Chapitre 26 - Destruction.


Ses yeux clignèrent.

Cette voix.

C'était elle.

De toutes les foutues personnes qui habitaient ce château, il fallait que ce soit elle.

Il inclina sa tête du côté de la fenêtre et la vit, du moins quelques ombres floues avant que ses pupilles ne fassent le point.

-" Par Merlin, qu'est-ce que vous faîtes ?!"

Elle avait l'air inquiète.

-" Fouttez-moi la paix." Réussit-il à grommeler.

Sans trop comprendre pourquoi ni comment, il fut tiré du côté sûr par la main et la jambe et tomba au sol comme une masse.

Il s'était très certainement fracassé le genou, vu le bruit de ses os, mais l'alcool diluait toute sensation de douleur. C'était vraiment parfait.

-" Vous avez bu !"

Il se sentit soulevé du sol glacé et rapidement, le monde fut de nouveau à la verticale.

Comment pouvait-elle trouver la force de le relever ?

Il inspira un grand coup et la chassa aussi vite qu'il était remis sur pied.

-" Fouttez-moi le camp." Lâcha-t-il sur un ton dangereux. Il n'eut pas de réponse et entendit un tintement singulier provenir de la jeune femme. Il tenta de se frayer un chemin dans la pièce qui tournait autour de lui. Il tomba sur le cul, comme un gosse qui apprend à marcher.

La seconde qui suivit, la main de la sorcière se porta à sa bouche et un goulot froid pénétra ses lèvres de force.

Chouette, encore du whisky.

Et soudain tout fut un peu plus clair.

Tout revint à presque à la normale.

Et le poids de son fardeau lui tomba sur les épaules, écrasant ses cotes.

Elle claqua des doigts.

-" C'est bon ? Vous êtes sobre maintenant ?" Dit-elle.

Il se tourna vers elle pour la première fois et la détailla avec dédain.

-" Pas encore... Ah... Miss Granger... Toujours aux petits soins... Maintenant barrez-vous." Murmura-t-il. Il se releva avec panache et la toisa, voyant qu'elle n'avait nullement l'intention de décamper sous ses ordres. Elle avait l'air tellement en colère, les bras croisés et les cheveux totalement libres.

-" Je me barrerais quand je me serais assurée que notre sous-directeur, aussi irresponsable soit-il, sera rentré dans ses appartements et restera sobre." Répndit-elle avec aplomb.

-" Depuis quand vous inquiétez-vous de ma consommation ? Non seulement vous n'êtes pas ma mère, mais en plus vous êtes carrément hypocrite de me faire un tel reproche."

-" Je ne bois pas seule !" Se défendit-elle.

Les lèvres du potioniste s'entrouvrirent comme pour dire quelque chose, mais il se ravisa et choisit le registre de l'ironie.

-" Vous comptez me border ?"

-" Pas spécialement." Cracha-t-elle.

-" Bien, dans ce cas, si vous voulez bien m'excuser... Partez, Miss Granger. Il n'y a pas de place pour vous quand j'ai besoin d'être en compagnie de ma solitude."

À cet instant, elle produisit un regard étrange et son visage se tendit considérablement. Il venait de la blesser. Juste avec des mots. Comme d'habitude.

Irrécupérable.

-" Bon sang, je savais que j'allais vous trouver ici ! Vous n'avez donc pas changé, le miroir n'est plus là alors pourquoi vous entêter à venir ?!" Hurla-t-elle presque, posant un index accusateur très près de son coeur.

-" Et vous ?" Fit-il très calmement.

-" Moi ? Je... Là n'est pas la question !" Même dans la semi-pénombre, il vit qu'elle rougissait de colère, ou de honte. Étant congelé, il pouvait même presque sentir la chaleur que dégageait son corps. Intéressant.

-" Vous semblez en colère tout à coup, bien plus que tout à l'heure." S'amusa-t-il.

-" Severus..." Grogna-t-elle en avertissement, comme un loup dénudant ses dents. " Écoutez-moi..." Il la coupa.

-" Non, vous allez m'écouter. Vous n'avez rien à faire ici et vos nouveaux petits privilèges ne vous permettent pas de vous mettre dans les pattes de votre supérieur hiérarchique, que ça vous plaise ou non, c'est comme ça. Vous profitez encore plus de votre statut pour vous pavaner avec votre air arrogant de Miss-Je-Sais-Tout. Vous adorez ça, sans parler de votre exubérance à aimer vous montrer avec Monsieur Parfait, cette espèce de grande saucisse qui se croit également tout permit dans le château et qui réussit à forcer tout le monde à faire ses quatre volontés juste grâce à sa plastique, faisant tourner toutes les têtes dans cette école de dégénérés... Félicitations, vous vous êtes bien retrouvés tous les deux."

Définitivement irrécupérable

Il ne sut comment il avait trouvé la force de puiser tant de mots aussi cruels envers elle.

Les yeux d'Hermione étaient grands ouverts. Elle ne respirait plus, ne clignait plus, ne bougeait plus. Simplement choquée.

Deux larmes tombèrent de ses yeux, sur son visage inerte.

Bien joué, mon grand, t'es un champion.

Les entrailles de Severus se mirent à bouillir inexplicablement et sa haine intérieure contre lui-même le submergea.

Hermione se tourna comme un automate et se mit à avancer comme un fantôme, elle flottait presque sur le sol.

Il pesta, grimaça et soupira. Il lui avait fait mal et c'était lui qui en ressentait le tout, physiquement.

-" Hermione..." L'appela-t-il.

Elle ne répondit pas et continua sa route, désarçonnée. Il fit quelques grands pas et l'attrapa par le bras.

Se retournant, il eut à peine le temps d'analyser ses traits qu'elle dégagea sa main comme s'il était un lépreux.

-" Ne... Me... Touche... Pas." Grinça-t-elle entre ses dents définitivement dénudées.

-" Je suis désolé, je n'aurais pas..."

-" Garde ta salive." Cracha-t-elle.

Les mots résonnèrent en lui puis lui revinrent comme un boomerang avec la force de deux décennies. Il lâcha un souffle douloureux et malgré sa tentative d'empêcher de grimacer, il échoua.

-" Tu es jaloux."

C'était peut-être ça la vérité qu'il essayait de se dissimuler à lui-même.

-" Non ! Je ne suis pas..."

-" Si tu l'es !" Coupa-t-elle presque en hurlant. " Je suis venue ici parce que je savais que tu serais là et sans aucune raison rationnelle d'y être. Comment tu aurais pu anéantir un rituel que tu as eu pendant près de vingt ans ? Je voulais simplement m'assurer que tu ne ferais rien de stupide. Tu es jaloux de David et franchement, je me demande pourquoi !"

-" Comment peux-tu accepter de revenir avec un homme qui t'a brisé le cœur ?" Rugit-il avec un émotion particulière dans la voix.

-" Parce qu'il était là au bon moment ! Je ne l'ai pas attendu, lui. Je ne vois même pas pourquoi ça t'affecte tant."

-" Parce que je tiens à tes sentiments, plus qu'aux miens." Avoua-t-il. Définitivement, la potion qu'elle lui avait donné n'était pas assez puissante pour effacer tout ce qu'il avait ingurgité et le whisky agissait encore comme un Veritaserum. " Il t'a menti, tu as souffert..."

-" Tu m'as aussi fait souffrir Severus." Lâcha-t-elle en un souffle. D'autres larmes vinrent fendre ses joues.

-" Je n'en ai jamais eu l'intention."

-" Et pourtant, c'est ce que tu as fait... Je t'ai tellement attendu. J'ai tellement voulu me faire croire que j'étais au-dessus de tout ça, que c'était une preuve de maturité que de feindre l'indifférence à ton égard, te faire croire que j'étais forte, mais tu n'as pas idée... Non, tu n'as pas idée de ce que c'est." Elle tremblait et à présent les sanglots étaient perceptibles dans sa voix, la raillant comme du métal.

Il perçut son cœur se retourner tant par ses insinuations que par la douleur qu'elle éprouvait.

Doucement, il posa le bout de ses pouces de part et d'autre du visage de la Gryffondor et encra son regard sur le sien. Elle trembla. D'un mouvement gracieux, il chassa ses larmes tout en la fixant.

Il y avait une lueur étrange de souffrance non dissimulée dans les yeux du maître de potions. Hermione ne voulait pas voir ça. Elle ne voulait pas voir sa pitié. Elle ferma ses paupières et posa ses mains sur les siennes pour les déloger, mais il resta de marbre et la serra avec une force mesurée.

-" Regarde-moi." Ordonna-t-il.

Elle ne put s'empêcher d'obéir et ouvrit lentement ses yeux, ne voulant pas se confronter à ses problèmes, ses sentiments.

Ils restèrent comme ça quelques secondes, perdus dans leur contemplation douloureuse, près l'un de l'autre. Les mains glacées de Snape reprenaient vie et son souffle était chaud, parfumé de whisky.

Il se pencha doucement sur son visage et vint frôler ses lèvres des siennes. Hermione ne bougea pas et se laissa faire docilement. Lorsque leurs bouches s'effleurèrent plus franchement, elle ferma les yeux et recommença à percevoir quelque chose qu'elle avait enfoui depuis très longtemps.

Ce n'était pas un geste désespéré bien qu'il aurait pensé qu'à présent, c'était ça qui était vital pour lui. Leurs corps se saluaient comme de vieux amants et c'était un comble en y repensant, car il n'avait jamais réellement possédé la sorcière. Pendant des semaines, il avait pensé que le thé de Bathsheda était la cause simple de leur courte aventure, mais la chose diluée couplée avec leur proximité avait transformé cette relation cordiale en quelque chose de bien plus sulfureux et ça... Il avait mis de longs mois à l'admettre.

Et elle l'avait attendu.

Pauvre imbécile.

Soudain, Hermione reprit vie et se dégagea de Snape comme s'il l'avait brûlée. Surpris, il lâcha sa prise et la regarda avec un léger étonnement mêlé au tourment.

-" Non Severus... Je suis désolée... Cette fois, c'est moi qui te repousse." Fit-elle en inspirant un grand coup. " Il faut que je retourne auprès de David." Acheva-t-elle, revenant à la raison.

Il la regarda partir presque en courant.

Et il resta seul.

Avec un fond de bouteille d'Odgens.