- WITHOUT YOU, I CAN'T BE HAPPY -
Leurs mains étroitement liées l'une à l'autre devenaient doucement moites sous le coup de l'émotion et de la chaleur qu'ils partagent depuis un petit moment maintenant, ayant quitté l'agence pour profiter du beau temps de ce début de printemps qui se profile à l'horizon dans le but de ne pas se laisser avoir par la tentation que représentait le canapé sous leur popotin et qui avait manqué d'être traumatisé par une vision bien plus sensuelle de leurs sentiments. Depuis, ils marchaient sans véritable but, chacun profondément plongé dans ses pensées sans pour autant lâcher l'autre.
Le regard de Jimin s'égare un instant sur leurs mains, ses petits doigts serrant avec douceur ceux qui sont entremêlés aux siens, longs et masculins, la chaleur de la paume contre la sienne envahissant son bras puis tout le reste de son corps. Légèrement plus en arrière, il en profite pour observer l'homme devant lui, sa main libre glissée dans la poche avant de son pantalon et durant un court moment, ses yeux dévient sur le fessier soi-disant inexistant et qui pourtant, dans ce pantalon ainsi étiré, est visible à la perfection. Bien vite son regard remonte sur son dos légèrement musclé qu'il devine à travers son pull épais tout comme ses épaules auxquelles il aimait tant se raccrocher dans bien des moments. Un soupire rêveur lui échappe, ce qui ne loupe pas d'attirer l'attention de l'artiste qui vient alors se mettre à sa hauteur avec un petit sourire qui se veut moqueur quand bien même son regard soit habillé d'une tendresse qu'on lui voyait rarement.
- Tu me matte ?
- Hm ? Non. Rêve pas.
- Je suis sûr que tu me regardais. Avec un soupire pareil, ça ne peut qu'être ça. Avoue le.
Le danseur lève alors les yeux au ciel devant ce manque évident de modestie et sans qu'il ne s'y soit attendu, son regard tombe sur un endroit qu'il n'avait pas côtoyer depuis des années, preuve même qu'ils se sont égarés bien loin dans la ville sans même s'en rendre compte.
L'université dans laquelle ils avaient chacun étudié leur matière de prédilection, la danse pour Jimin et l'art pour Jungkook. Une université qui avait vu nombre de leurs disputes mais aussi leurs réconciliations, leurs petits moments à deux et leurs maladresses des débuts.
Le plus âgé s'arrête, les souvenirs affluant dans son esprit et d'un signe de tête, silencieux, il pousse Jungkook a remarquer l'endroit, ce dernier lâchant alors une exclamation de surprise, bien vite suivit d'un petit ricanement significatif : une moquerie n'allait pas tarder à venir.
- Ça te rend nostalgique ? Me dit pas que ça te manque, les cours, les prof' chiants comme pas possible, les devoirs à rendre, les examens, tout ça tout ça.
- Un peu quand même, pour tout t'avouer.
Haussant un sourcil, il parait plutôt dubitatif face à ses propos qui lui semblent incohérents, il l'observe en attendant plus d'explications. Pour lui, aussi bien l'université que le lycée avait été une période assez ... ennuyante. Ou plutôt des lieux barbants dans lesquels il avait passé bien des épreuves – parfois insolites et inutiles à ses yeux – qu'il avait réussit presque toutes haut la main. Il avait toujours été un étudiant plutôt assidu et même si l'université était de loin l'école la plus intéressante, pour rien au monde il ne voudrait retrouver le stresse des examens et des dates limites de devoirs.
- J'étais heureux à cette époque. Je dansais tout les jours même si certaines périodes étaient franchement difficiles. Je voyais sans cesse mes amis, je faisais des tonnes d'expériences, je bossais dans le petit supermarché sans me prendre la tête, je sais pas si tu t'en souviens ?
- Ouais ...
- Puis on sortait ensemble, on était vraiment bien ... C'est l'époque où tu tentais de te faire pardonner tes maladresses avec des cookies qui ne ressemblaient pas à grand-chose m-
- Hé !
- Mais ! Ils étaient très bons. On déjeunait à l'ombre des arbres. Tu venais me rendre visite pendant mes entraînements. Je vivais presque chez toi. On se disputait tous les jours mais pas un seul instant on s'ennuyait. Pas un seul instant je ne regrettais de m'être lancé dans cette aventure avec toi. Donc ... oui, si je pouvais, j'aimerai y retourner pour tout t'avouer.
Il réajuste son sac sur son épaule en prononçant ses mots, étirant un mince sourire avant de lâcher la main qui tentait de s'agripper à la sienne et le voilà qu'il s'avance dans l'enceinte de l'université, dans cette cour au centre des nombreux bâtiments qui renferment chacun des centaines, des milliers d'heures de cours de disciplines différentes. Il sent le regard de son ancien petit-ami derrière lui, il entend ses pas se rapprocher et il sent sa présence à ses côtés tandis que ses yeux ne semble pouvoir se détacher d'un arbre gigantesque et large dont les feuilles peinent à renaître en ce mois de mars, le printemps débutant à peine.
Comme d'habitude, Jimin restait bien plus sentimental que lui. Là où Jungkook ne voyait en l'université qu'un amas de cours et d'obligation, le danseur lui y voyait de bons moments, des rencontres, des rires et parfois des pleurs, des souvenirs qui rendent le lieux bien plus chargé d'émotions qu'il ne l'aurait cru possible. Et cette constatation laisse traîner sur son visage un sourire doux et tendre, sa main venant farfouiller avec affection la chevelure blonde et épaisse de ... de cet homme qu'il ne savait plus comment qualifier après ces dernières semaines, après ces dernières heures.
- Mais Jimin ...
Le regard sombre se pose sur lui, son coeur manquant de s'arrêter alors que ce qu'il y voit ressemble de près à une étincelle d'espoir mais aussi de tristesse, comme si repensait à tout ça était à présent une source de souffrance malgré ce qu'il tentait de lui faire croire. Ce qu'il voulut dire mourut dans sa gorge sans même qu'il puisse le contrôler et un silence étrange flotte autour d'eux sans qu'il ne trouve le moyen, ni même l'envie, de détourner son regard du sien.
Était-il vraiment possible d'être autant attiré par la même personne depuis plus de sept ans ? Comment était-il réellement possible qu'après tant d'éloignement, tant de souffrance, malgré le poids de tous ces souvenirs, il soit toujours profondément touché par lui, toujours profondément amoureux ? Il se souvient de ce qu'il était à l'époque, un jeune adulte d'un ego discutable, un véritable petit con d'une fierté sans nom si bien qu'il n'avouait jamais ses tords, ses faiblesses et bien rarement ses sentiments. Il se souvient aussi de cette difficulté qu'il avait de tomber amoureux, si bien que Jimin avait été le seul et l'unique à l'avoir fait sombrer si profondément dans ces sentiments. Il avait été le seul dont il avait pu tomber amoureux, à qui il avait dit « Je t'aime », le seul homme qu'il avait chéri aussi fort, le seul à être entré dans son esprit, dans son coeur et à n'en être jamais ressortit.
- On ...
Il déglutit, il se fait violence pour ne pas juste lui dire de laisser tomber, comme si ce qu'il avait à lui partager n'était rien d'autre qu'une idée stupide et saugrenue qu'il vaudrait mieux taire.
- Maintenant, on est tous les deux. Tu vis chez moi, on partage nos repas, nos soirées, nos journées ... On est de nouveau ... ensemble. Non ?
Jimin l'observe, incrédule tant l'image du plus jeune abandonné par son assurance légendaire lui semble adorable. Lui même était grignoté par une incertitude dérangeante depuis cette fameuse nuit, depuis cette semaine ... depuis leur baiser dans cette salle de danse quelques heures plus tôt.
« Arrête de te prendre la tête» ne cessait de lui dire Hoseok dès qu'il parlait de l'artiste. « Fonce ! » lui avait conseillé Yeri tout au long de cette semaine. Mais maintenant qu'il se retrouvait face à ce qui ressemblait de près à un moment fatidique, il perdait en assurance, il perdait en volonté, bien moins sûr de lui, bien plus effrayé de faire un pas de travers et de tout gâcher.
- Seulement si tu me refais tes cookies à ton image, en forme de mouettes.
- C'était des aigles. Pas des mouettes. Des aigles, jolie coeur. Bien plus majestueux.
- Ne m'appelles pas comme ça !
- Hm ? Tu préfères le surnom que je te donnais avant ? Hm .. c'était quoi déjà ...
- Chut. Tait-toi.
Jimin pose ses petites mains sur les lèvres du plus jeune dans l'espoir que cela suffise à le faire taire. Mais ce qu'il peut lire dans son regard sombre ne lui dit rien qui vaille, cette insolence si caractéristique de ce gosse qu'il était refaisant surface, preuve indéniable qu'il n'avait pas entièrement changé et c'était sûrement pour le mieux. Il aimait tant cette partie de lui, source bien souvent de leurs disputes mais pourtant ... il aimait ce Jungkook insolent, rebelle, railleur et moqueur, parce qu'il était pleinement conscient que derrière ses ricanements et ses moqueries se tenait une grande affection et de tendres promesses.
Les mains bouillantes de l'artiste viennent prendre ses poignets et lorsqu'il écarte ses mains, ce n'est plus l'air encore frais de ce début de printemps qu'il sent contre ses lèvres entrouvertes mais une bouche qui se glisse contre la sienne dans un baiser qui se veut d'abord agréablement doux. Il ne peut empêcher un frisson de traverser son corps au simple contact de ses doigts chauds contre sa peau, tout comme il ne peut ralentir les battements fous de son corps dans sa poitrine comme s'il cherchait vainement à en sortir alors même qu'une paire de lèvres légèrement humides malmène les siennes de la plus délicieuse des manières.
Les étudiants passant autour d'eux les observes un instant avant de s'en désintéresser, inconscient de leur passé, de ce présent important et de ce futur meilleur qui semble de dessiner devant eux.
- C'était « Bébé » non ?
Le rire naissant de Jungkook est bien rapidement étouffé par un nouveau baiser cette fois-ci offert par le danseur qui avait agit bien trop lentement, le surnom résonnant dans son esprit et remuant ses tripes quand bien même soit-il bateau et ridicule. Il n'y pouvait pas grand-chose, réagissant bien trop violemment à chaque mot doux qu'il pouvait lui dire, c'était pire encore lorsqu'il les lui glissait avec cette voix basse et intime.
Le soir-même c'est d'un pas silencieux que Jimin entre dans l'appartement en plein milieu de la nuit pour ne pas réveiller son colocataire qui doit déjà s'être endormi depuis un moment. Tout aussi silencieusement, il dépose son sac à côté du canapé sur lequel il avait déjà passé de nombreuses nuit mais qui ne lui semble pas aussi accueillant qu'habituellement. Jungkook lui avait préparé, le meuble déplié et recouvert d'une couverture épaisse et confortable ainsi que de deux coussins dans lesquels il aimait se fondre et serrer contre lui. Mais ... ce n'était pas de ce lit qu'il avait cette nuit. Ce n'était pas contre un oreiller qu'il avait envie de se blottir et quand bien même ce soit égoïste, il n'a aucune envie de faire autrement que cette idée qui germe dans son esprit.
Son corps fatigué de toutes ses heures supplémentaires de travail se traîne jusqu'à la seule chambre de l'appartement et tout en se guidant à l'aveuglette il se glisse au côté de l'homme endormit non sans oublier de se défaire de ses vêtements, venant tendrement se coller à ce dos accueillant et chaud.
De nouveau, le silence reprend ses droits dans l'appartement où l'obscurité règne, à peine perturbé par la respiration calme des deux occupants. Le bruit des draps se fait entendre un court instant suivit d'un soupir surprit.
- Qu'est ce que ... ?
Jimin lâche un doux rire alors que la voix endormit du propriétaire des lieux lui parvient. Un rire qui se meurt bien rapidement lorsque des bras viennent l'entourer pour le ramener contre un torse sur lequel il pose timidement ses mains. Son nez frôle sa gorge et encore une fois, son coeur trouve le moyen de raisonner dans ses oreilles si bien qu'il est persuadé que Jungkook peut l'entendre en étant si proche de lui.
- Je voulais pas te réveiller, désolé ...
- Aucun soucis. Tu rentres tard, ça a été ?
- Oui, j'ai juste du faire quelques ajustements et présenté le tout au tout nouveau groupe avant de commencé à leur apprendre les mouvements principaux. Ça s'est un peu éternisé ...
- Ça t'a plu de faire ça ?
- ... Oui, beaucoup.
- C'est parfait alors.
Leur voix n'est plus qu'un chuchotis doux et presque inaudible. Ce sont de tendres sourires qui habillent leur visage tandis que chacun profite de la présence de l'autre. Et bien que le sommeil guette le moment où ils voudront dormir, ils ne semblent pas vouloir s'y laisser aller, Jungkook profitant du moment pour le combler de caresses aussi douces qu'innocentes sans même être perturbé par la présence nouvelle du danseur dans son lit. L'une de ses mains parcourt le dos nu du plus âgé, l'autre se glissant dans les mèches blondes et légèrement emmêlées qu'il prend soin de coiffer à l'aide de ses doigts. Leurs jambes s'entremêlent et avec douceur, leurs lèvres se retrouvent pour des baisers doux et lents, profitant simplement d'être ensemble sans chercher plus que de simples étreintes.
- Je me demandais ... t'en as fais quoi du tableau que je t'avais offert ?
- Il est chez mes parents.
- Oh, j'ai cru que tu l'avais jeté, vu qu'il n'était pas chez l'autre quand on est allé chercher tes affaires.
Il ne tarde pas à pousser une exclamation de douleur tandis que Jimin trouve le moyen de lui pincer les côtes face à l'absurdité que le plus jeune venait d'énoncer. S'il n'avait pas jeté les nombreux cadeaux qu'il avait pu lui faire, il n'allait pas jeté le plus important de tous. Un tableau que Jungkook avait mis des jours et des jours à lui offrir, éternel insatisfait de son propre travail derrière ses airs sûrs et vantards. Pourtant il l'avait trouvé sublime au premier regard et cette vision n'avait pas changé même après des années à l'observer. C'était une toile sur laquelle était peint leur groupe d'ami réunis un soir, chez l'un d'entre eux, la lumière tamisé des petites lampes et du feu de cheminée éclairant leurs mines heureuses – et blasée pour leur Yoongi national. Certains étaient assis sur le canapé, d'autres sur le tapis qui les protégeait du sol et soutenait la table basse recouverte de nourritures et de boissons. Ce tableau représentait une scène banale, une des nombreuses soirées qu'ils avaient pu faire tous ensemble, réunissant les couples dans une ambiance chaleureuse, simple représentation de leur bonheur, de son paradis.
Comment aurait il pu se séparer d'une telle toile ? Il l'avait juste confié à ses parents pour ne pas avoir à la regarder chaque jours qui passent tant au fils du temps, l'observer lui était devenu douloureux.
- Au lieu de dire des bêtises plus grosses que toi – et il faut le faire hein – accepte que je le ramène ici. On pourrait l'afficher dans le salon. Non ?
- ... Tu insinues que je suis gros ?
- Mais tais toi donc.
- Hé, ça fais deux fois aujourd'hui, tu vas te calmer tout de suite.
- Sinon ... ? Tu vas me faire quoi ?
Un nouveau rire se fait entendre bien vite suivit d'un soupire d'aise alors que leurs lèvres se retrouvent une nouvelle fois, Jimin ayant trouvé une technique visiblement très efficace – et agréable – pour le faire taire. Bien vite, leur corps se réchauffent, se rapprochent et l'innocence de leurs échanges laisse place à quelque chose de bien moins sage, les soupires remplacés par des gémissements et les draps bien vite repoussés au pied du lit. Les mimines du danseur retrouvent le chemin des épaules de l'artiste, ses doigts se faufilant dans les mèches brunes pour s'y accrocher, le corps ravager par les sensations et les sentiments.
Et tandis que Jungkook profite allégrement de son petit ami – quelle douce constatation pour son esprit – il se dit que cela faisait bien plus de six ans qu'il n'avait pas été aussi heureux, Jimin étant bien loin de contredire cette délicieuse pensée.
"Sans notre amour, sans toi, je ne peux être heureux"
- F I N -
C'est tellement étrange d'écrire ce petit mot après une vingtaine de chapitre et presque neuf mois d'écriture et de publications plus anarchiques les unes que les autres.
J'espère sincèrement que cette fin vous convient, douce et légère après tant de doutes et de douleurs pour eux. Je ne souhaitais pas m'étendre plus alors qu'il n'y aurait pas eu grand chose à dire d'autre. Ils se sont retrouvés, ils se sont pardonnés et maintenant ils s'aiment librement après de nombreuses années à souffrir de leur éloignement.
Un petit épilogue suivra ~
Merci beaucoup pour votre soutien, vos votes et vos commentaires vous m'avez donné la motivation de terminer une histoire pour la première fois.
N'hésitez pas, une nouvelle fois, à me faire part de vos impressions
