« Qu'est-ce que c'est que cette musique de sauvages ? »
Mary lâcha la télécommande de la chaîne hifi en voyant Dité sortir de sa chambre, furieux et à moitié nu. Il traversa le salon, ramassa la télécommande, éteignit et la rendit à Mary, en lui fermant la bouche avec un geste moqueur. Il se laissa tomber sur le canapé-lit encore défait.
« C'est… C'est mon lit ! »
« C'est mon salon. Et ça, je n'ai rien contre, dit-il en désignant la chaîne. Mais j'ai droit de veto sur ce que tu écoutes quand je suis là. »
« Veto ? Tu rêves ! »
« Alors restreignons les conditions ! Veto quand j'essaye de dormir. Les reste du temps, droit de donner mon avis. »
« Tu ne dors plus, dit-elle en remettant la musique. »
« Ce truc, c'est vraiment affreux… Il doit se détruire les cordes vocales à hurler comme ça…»
« On appelle ça une voix dark. J'adore le hard rock. Je ne peux pas vivre sans ! »
« Ca veut dire que je vais devoir te tuer, dit-il en se relevant ? »
« Essaye seulement, répondit-elle en sortant un pistolet de sa ceinture. »
« Je dérange peut-être ? »
Ils se tournèrent tous les deux vers Dante qui venait d'entrer.
« Vous faites un beau couple. »
Mary rangea son arme en rougissant.
« Tu craques ! C'est un démon. »
Dité enfila une chemise noire serrée.
« J'ai repoussé des filles mille fois mieux faites qu'elle. »
« Je plaisantais. »
Dante aida Mary à replier le canapé.
« J'ai besoin de toi pour un contrat, Dité. »
« Je t'écoute. »
« Un groupe de musiciens que j'aime beaucoup a perdu trois membres ces derniers mois. Trois disparitions inexpliquées. Officiellement, des suicides. Mais on n'a retrouvé aucun corps. »
« Du démon donc. »
« Il leur manque un guitariste et un chanteur. »
Dante posa l'étui à guitare qu'il portait sur le canapé et l'entrouvrit.
« Ce son devrait les convaincre, dit-il en posant délicatement la main sur Nevan. Mais je chante assez mal. Je me suis dit que tu pourrais faire l'affaire. »
« S'ils veulent ton aide, pourquoi dois-tu les convaincre ? »
« Ils ont lancé une audition pour recruter avant de faire appel à moi. Il va surtout falloir faire le poids face aux fans et musiciens professionnels qui vont venir. »
« Pourquoi tu fais toujours dans le compliqué ? »
« Question d'habitude, je suppose. Tu acceptes ? »
« Quel groupe ? »
« Celui-là, dit Dante en désignant la chaîne qui hurlait toujours de toutes ses basses. »
« Hors de question ! »
« J'ai vraiment besoin de toi ! »
« Donne-moi une seule bonne raison de le faire… »
Mary reprit son arme et la pointa sur Dité.
« J'adore ce groupe ! Alors tu vas y aller et m'inviter dans les loges ! »
« Ah, les groupies, dit Dante en reprenant ses affaires. Habille-toi, l'audition est tout de suite. »
« Puisque j'ai le choix… »
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La salle de concert était située dans un quartier pour le moins mal fréquenté, et une bande de motards à l'air patibulaire bouchait l'entrée.
« Evite de leur chercher des coups. Je vais faire en sorte qu'on passe assez vite, je reviens dans deux minutes. »
Dante entra dans la salle. Dité soupira, il ne se sentait absolument pas à sa place.
« Hé, chérie, tu te sens pas seule sans ton petit ami ? »
Un instant, Dité crut que Mary les avait suivis. Mais il constata avec un vif déplaisir que la remarque lui était destinée. Un gros motard dopé à la créatine le regardait avec mépris.
« C'est pas un endroit pour toi. Dégage. »
« J'attends mon « petit ami ». »
« On va te démolir si tu te tires pas. »
« « On » ? Tu es combien ? »
« Oh, elle n'a pas peur ! Allez, viens te battre ! »
« Laisse tomber. Je ne veux pas d'ennui. »
Dité tourna le dos à la bande et voulut partir. Mais une grosse main se posa sur son épaule et le retourna. Il évita le coup de poing, prit la main et se dégagea en tordant le poignet.
« J'ai dit : laisse tomber. »
« A moi les gars ! »
Dité soupira et lâcha le motard. Il évita un coup de barre de fer, désarma son attaquant et se fit un peu de place avec l'arme. Ils attaquaient à plusieurs de tous les côtés, mais même comme ça ils ne pouvaient pas le surprendre. Ils étaient bien trop lents.
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Dité laissa tomber la barre et épousseta son manteau.
« On peut te faire confiance, commenta Dante dans son dos. »
« Ils ont cherché la bagarre. »
« Allons-y. »
Ils laissèrent la dizaine d'hommes assommés ou blessés au sol.
« Heureusement que t'as pas grandi dans ce monde, dit Dante. »
« Pourquoi ? »
« Tu aurais fini en maison de correction à force de tabasser tous ceux qui se seraient moqué de toi ! »
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« On passe juste après. Ecoute bien, ils ont choisi cette chanson pour faire leur premier choix. Si ça va, on en fait une autre ensuite. »
Dante ne tenait pas en place.
« Tu n'as aucune raison d'avoir le trac, dit-il. On va assurer. »
Dité sourit mais ne répondit pas.
« Dante, c'est à toi ! »
Une belle jeune femme aux longs cheveux noirs faillit faire faire une attaque cardiaque au demi-démon en lui prenant le bras.
« Oh merci ! »
Elle passa devant et ils lui emboîtèrent le pas. Les membres du groupe les saluèrent chaleureusement.
« Bonne chance, dit le bassiste. »
« On n'en a pas besoin, dit Dante. On a ça. »
« Wouah, elle déchire trop ! »
Dité arrêta la main du bassiste avant qu'il ne touche Nevan.
« Dante tient beaucoup à cet instrument. Personne à part lui n'a le droit de le toucher. Pas vrai ? »
Dante soutint le regard quasi-électrique de Dité.
« C'est vrai. Désolé les gars. »
« Pas de problème ! Montre-nous ce que vaut cette beauté ! »
Dante commença le solo, rejoint par la batterie et l'autre guitariste, qui semblait emballé. Dité écarta le micro. Il n'en avait pas besoin. Voix dark, hein?
Can't push aside this feeling no longer I'm able
I need to poison myself to stay sane and stable
I've lost control of everything I've kept inside me
Slipping on razor's edge I hope you'd finally find me
Dité ignora les sourires d'encouragement de Dante et ferma les yeux. Au moins, le texte était intéressant…
But I justify my desire to no one
I won't deny that I need it bad to go on
My jaded heart is yours to poison with your flame
Take me away over to somewhere
Where the fire reigns and where nothing else remains
Together alone waiting for nothing
In where the fire reigns and where nothing else remains
Looking through broken glass I see twisted faces
Spitting and smiling at me with sharpened embraces
But I justify my desire to no one
I won't deny that I need it bad to go on
My jaded heart is yours to poison with your flame
Take me away over to somewhere
Where the fire reigns and where nothing else remains
Together alone waiting for nothing
In where the fire reigns and where nothing else remains
Dante assura sa partie solo avec un brio que Dité n'aurait pas soupçonné. Le bassiste et le guitariste en oublièrent presque de l'accompagner.
Take me away over to somewhere
Where the fire reigns and where nothing else remains
Together alone waiting for nothing
In where the fire reigns and where nothing else remains
« On vous prend ! »
Le leader du groupe sauta au cou de Dante avant même que le dernier accord ne s'éteigne.
« Tu es génial ! C'est quoi ce son ? D'où tu sors ton instrument ? »
« C'est une guitare démon, dit Dante le plus sérieusement du monde. Ca permet d'obtenir un son plus agressif. »
Ils éclatèrent de rire. Dité se frappa le front.
« Ta voix m'a donné des frissons, dit la femme en s'approchant. Je suis Amy, leur agent et le dernier membre du groupe. »
Il lui serra la main.
« Dité. Tu dois remercier cet idiot qui m'a traîné ici. »
« Tu as su pour les autres ? »
« Tu veux dire, est-ce que Dante m'a expliqué pourquoi vous l'aviez engagé ? »
Elle sourit, soulagée.
« Ca n'a pas l'air de t'impressionner. »
« Je mange des démons au petit déjeuner, dit-il. »
« J'espère sincèrement que vous empêcherez d'autres drames. »
Elle alla féliciter Dante. Dité détacha son regard d'elle et le baissa sur sa main.
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« Alors ? »
« Tu auras ta place en backstage. »
« GENIAL ! »
Elle lui sauta au cou et l'embrassa avant de reculer précipitamment.
« Désolée. L'excitation… »
« Pas grave. Je préfère ça aux coups de feu. »
« Combien de temps tu vas encore remettre ça sur le tapis ? »
« Jusqu'à ce que tu en aies assez et que tu t'en ailles. »
« Tu ne le penses pas. »
« Si. »
Elle alla à la cuisine et s'assit en face de son plat de nouilles chinoises.
« Je ne t'ai rien pris, dit-elle. Vu que tu ne manges pas… »
Dité jeta un regard au vieux volume qu'il avait fini de lire. Puis il passa sa main sur sa joue avant de se lever.
« La nuit est tombée, je vais chasser. Tu viens avec moi ? »
« Je croyais que tu ne voulais pas de moi. »
« Chez moi. Pas en chasse. »
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« Dis-moi, leur agent ça fait longtemps qu'ils l'ont ? »
« La fille ? Quelques mois. »
« Comme les quelques mois depuis lesquels ils ont des disparus ? »
« Un peu avant… Tu ne penses pas que… »
Une horde de démons les attaqua. Mary en entraîna quelques uns à l'écart pour travailler tranquillement.
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Le dernier démon s'écroula aux pieds de Mary dans un râle. Ses griffes acérées cherchèrent à blesser une dernière fois, mais elles furent repoussées du bout du pied, comme une chose répugnante mais inoffensive.
Elle rangea son arme et regarda son reflet dans la mare de sang noir. Elle frissonna. La pâle lumière de la lune déposait une couronne d'argent sur ses cheveux noirs qu'une légère brise faisait onduler. Elle détestait ce regard, celui qu'elle avait quand elle venait de tuer.
Elle entendit un cri rauque venant d'une ruelle adjacente. S'étonnant qu'il n'ait pas encore fini avec sa part, elle rejoignit Dité.
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Le dernier démon s'écroula aux pieds de Dité dans un râle. Ses griffes acérées cherchèrent à blesser une dernière fois, et elle s'enfoncèrent dans une épaule, maigre satisfaction. Il lâcha un cri d'agonie quand Dité mordit avec avidité dans sa chair.
Il entendit les pas de Mary s'approcher puis s'arrêter à quelques mètres. Il sentit une odeur familière se mêler à celle déjà enivrante de l'humaine.
De la peur.
Dité se releva et regarda son reflet dans la mare de sang noir. Il sourit. La pâle lumière de la lune faisait luire ses yeux ambrés. Il adorait cette sensation, celle qu'il avait quand il venait de tuer. Il entendit Mary sortir son pistolet et se tourna calmement vers elle.
Elle tremblait légèrement.
« Ne me dis pas que tu as peur de moi ? »
« Tu… Tu… »
Dité essuya le sang sur son menton et se lécha les lèvres avec délectation. Mary crispa sa prise sur son arme.
« J'espère que tu ne m'embêteras plus avec tes questions sur mon alimentation. »
Il la dépassa sans qu'elle réagisse et prit le chemin du retour.
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Dité éteignit l'eau froide et se sécha. Sortant de la salle de bain, il se retrouva nez à nez avec le regard furieux de Mary. Furieux et triste : une larme était restée sur sa joue.
« Tu viens récupérer tes affaires, dit-il froidement ? »
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Comment ça ? »
« Tu me laisses m'installer ici… Tu te montres à moi sous un jour qui n'est pas celui que Dante m'avait décrit. Et maintenant… »
Il l'écarta d'un coup d'épaules et passa, mais elle le retint par le bras.
« Pourquoi tu veux me chasser maintenant ? Pourquoi comme ça ? »
« Je ne suis pas un gentil démon. Je n'aurais pas du jouer la comédie aussi longtemps devant toi, dit-il sans même se retourner. »
« Regarde-moi dans les yeux et répète ça ! »
« Et que t'arrive-t-il à toi ? »
Elle frissonna lorsqu'il essuya la larme sur sa joue.
« Tu l'as assez dit, ajouta-t-il en considérant la perle d'eau sur son doigt, tu détestes les gens comme moi. »
« Mais toi, tu es… »
Mary ferma les yeux.
« J'ai cru que tu étais différent. Je le crois toujours. »
Il la regarda, étonné.
« Les démons que je pourchasse tuent des humains. Toi, tu t'es abaissé à tuer tes semblables… »
« Tu ne t'en iras pas ? »
Le ton de Dité était froid.
« Non, répondit-elle avec entêtement. Je reste. C'est aujourd'hui que tu as joué la comédie pour me chasser. Je veux savoir pourquoi. Et si c'est une bonne raison, je partirai. »
Il soupira. Ses yeux reprirent leur chaude teinte ambrée.
« Pourquoi tu tiens que ça à rester ? »
« Parce que… »
Elle baissa les yeux et posa sa main droite sur la poitrine nue de Dité.
« Parce que… »
Il écarta sa main avec délicatesse.
« Parce que je veux rester avec toi. Je suis bien avec toi. C'est tout, dit-elle en relevant la tête. »
« Tu sais ce que tu risques ? »
« Dis-le-moi. Explique-moi. »
« Dante m'a dit que tu étais une descendante directe de la prêtresse que Sparda a sacrifié. »
« Et c'est ça le problème ? Je suis prête à me sacrifier, s'il le faut. »
« Non, ce n'est pas ça le problème… Le fait qu'il ait choisi cette femme n'avait rien à voir avec son sang ou sa soi-disant pureté. »
Il la prit par les épaules.
« Il a du la sacrifier parce qu'il l'aimait. Et que c'était réciproque. »
Elle un sursaut et recula.
« C'est pour ça que j'aimerais que tu partes. Avant qu'il ne soit trop tard. »
Elle soupira.
« Tu es un boulet, dit-elle. Il est déjà trop tard. »
