Doooonc, voici le dernier chapitre ! Et oui, et oui ^^ Il ne reste plus que l'épilogue qui est en cours d'écriture ! Bonne lecture à tous et merci d'avoir lu !


Chapitre 25 : Bon voyage


D'un claquement de doigt hautement professionnel, Claire avait allumé les grandes torches magiques pour qu'elles éclairent la terrasse autour de laquelle elles étaient plantées, et tous les jeunes pouvaient alors apprécier l'une de leurs dernières soirées sur Ilerrante. Août se faisait vieille, cette année, et ses glorieux jours n'étaient plus bien nombreux. Les études d'Albus, Rose et Louis reprenaient dans deux semaines à la grande école secondaire de Verbossu, tandis que Hugo et Lily embarqueraient dans le Poudlard Express une dernière fois, accompagnée de Molly qui allait entamer sa sixième Année et de Roxanne qui n'en avait pas fini de leur apprendre le complexe art de la Divination. Et pour les autres, les vacances touchaient tout simplement à leur fin, et il faudrait reprendre la routine du travail.

Et même ceux qui aimaient leur métier comme James ou Victoire ressentaient comme un petit pincement au cœur quand ils songeaient à la fin de l'été. C'avaient été de longues et chargées vacances de familles et, mine de rien, ça avait fait du bien. Toutes les batailles d'eau et les interminables conversations, les repas qui s'allongeaient sur des après-midi entières ou les soirées qui gobaient toute entière la nuit, oui, personne n'avait envie de quitter tout ça. Ils avaient toujours été heureux en famille. Les disputes et les rivalités ne pourraient jamais gravement entamer ce petit cocon qu'ils s'étaient tous créé autour d'eux, il était indestructible, il se reformait encore et encore, sans relâche, à chaque entaille.

Victoire était bien placée pour le savoir. Il y a de ça quelques semaines, elle se sentait anéantie, au-delà de toute reconstruction, et puis, Dominique avait ramené le cocon familial tout autour d'elle. Et désormais, elle avait l'impression d'être toute neuve, complètement refaite, et prête à tout ré-attaquer une nouvelle fois. Pourtant, elle n'était pas si naïve que la plupart des gens l'imaginaient, elle avait bien conscience que ce serait dur et long mais elle entretenait aussi la conviction qu'elle se révélerait assez forte pour en venir à bout. A l'esprit amer et torturé de Teddy, et au fossé qu'il creusait entre eux quand il était pris dans l'une de ses tempêtes intérieures, oui, elle était sûre qu'elle arriverait à transformer tout ça en mauvais souvenirs.

Elle plongea une fraise dans la fontaine magique de chocolat installée par Roxanne sur la table pour la soirée, et qui faisait le plaisir des plus gourmands. Et quand on voyait l'incroyable quantité de chocolat qui disparaissait dans les bouches avides de Fred, Roxanne et James, il n'y avait plus aucun doute qu'un enchantement était derrière tout ça, que les eaux chocolatées étaient inépuisables.

« Ch'est crooop BON ! s'extasia James, la bouche pleine à craquer de guimauve et de chocolat.
-Potter, ferme la bouche ! Oh Merlin, gémit Dominique, c'est juste immonde, t'en as partout…
-Ben quoi ?! Je fais honneur à la magnifique fontaine de Rox !
-Et tu fais bien ! applaudit avec joie celle-ci. Parce que cette petite merveille m'a coûté les yeux de la tête, malgré mes grands talents de négociatrices ! Le vendeur était un sacré filou ! Alors, faut l'amortir, les enfants !
-T'inquiète pas pour ça !
-J'crois qu'elle est déjà amortie, là…
-JAMES ! hurla Lily. T'as foutu pleins de chocolat sur ma robe !
-T'as pas vu mon t-shirt ? grommela Albus. C'est James, la fontaine à chocolat…
-Vous dites ça parce que vous êtes jaloux, rétorqua-t-il. Et puis, d'abord, c'est le rêve de tout le monde d'être une fontaine de chocolat !
-Bien vu, concéda Rose.
-Alleeeeez ! »

Par-dessus la table, les deux cousins se tapèrent les poings, sous le regard excédé de Lily, et tous ensemble, ils continuèrent à faire un sort à la fontaine qui se révélait, au fil des minutes, tout simplement invincible.

« Alors, j'espère que vous êtes prêts pour votre rentrée ! fit Roxanne en regardant Lily, Albus et Rose. »

Elle eut le droit à tout un concert de marmonnement qui la fit froncer des sourcils avec sévérité, et même son chapeau jaune pâle semblait les juger du haut de ses boucles brunes.

« C'est fini les vacances ! Maintenant, il faut se forger un bel avenir ! Pas le moment de se démobiliser !
-Ca va, Roxie, laisse-les, intervint Dominique avant de pointer un doigt sur Lily qui ouvrit une bouge indignée, elle, par contre, t'as le droit, après tout c'est ton élève…
-Merci, Dom !
-Oh, pas de quoi !
-Lily, Lily ! l'appela Roxanne. Alors, t'as bien fait tous tes devoirs ? Non, parce que vous autres élèves semblez l'oublier très vite, mais vous avez des devoirs pendant les grandes vacances…
-ROXANNE, s'teeee plaiiit…, implora Lily.
-Quoi ? alors, c'est fait ? »

Dominique échangea un regard malicieux avec Rose qui paraissait apprécier terriblement sa fraise au chocolat, mais son regard se porta plutôt sur le feu de camp qui dansait dans l'air chaud de la plage. Les feux sur la plage, c'était une autre chose qui lui manquerait… Et puis, Barney aussi. Ca faisait huit jours ce soir qu'il se passait ce truc entre eux et elle n'oserait définir leur relation à personne - hormis à Roxanne et James parce qu'ils étaient tous deux aussi de grands spécialistes des relations mal étiquetées- et elle n'admettrait non plus à personne qu'elle comptait les jours, mais si elle le faisait, c'était tout simplement parce que c'était hors de son contrôle. Quelque chose en elle était convaincue, même si ni lui, ni elle n'avait pipé mot, que ça se finirait avec leurs vacances. Elle reprendrait sa vie de mannequin jet-setteuse, et lui referait le tour du monde une nouvelle fois. Leurs modes de vies étaient inconciliables, il n'y avait qu'à voir leur incapacité à se mettre d'accord sur un moyen de communication quand ils étaient loin l'un de l'autre. Il ne se poserait jamais à un lieu bien précis pour elle, et elle ne se condamnerait pas à abandonner tout sens d'accroche et de stabilité pour le suivre dans ses éternelles aventures.

Ça lui brisait déjà le cœur. Et pire encore que cette évidence, ces petites étincelles d'espoir tout à fait incorrigibles, qui clignotaient de leurs idées folles qu'il puisse rester pour elle, la torturaient. Pour huit stupides jours et au mépris de tous leurs désaccords.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Rose.
-C'est la fin de l'été.
-Vaut mieux une fin que pas d'été du tout…
-Rose, cette philosophe en toi dont le commun des mortels ignore totalement l'existence…, railla Dominique en riant.
-Allez, va le voir !
-Pour lui dire quoi ? Je sais qu'il va repartir.
-Pour l'instant, il est encore là, remarqua la brune en haussant une épaule. T'as cru que ça valait le coup d'essayer, non ? Alors, vas-y. Faire les choses à moitié, c'est jamais bon, crois-moi. »

Dominique se mordilla un peu la lèvre inférieure tandis qu'elle observait pensivement sa cousine. D'après ce qu'elle avait pu voir ces derniers jours, Scorpius et Rose avaient décidé de reprendre dès le début. Quelques soirs ou après-midi, ils disparaissaient pour se promener mais au-delà de ça, rien n'indiquait qu'ils s'étaient remis ensemble. Il semblait juste qu'ils s'étaient redonné une chance pour qu'un jour ça devienne possible. Et finalement, Dominique s'était peut-être trompée sur le compte du blond. Il n'était pas si idiot que ça, en fin de compte. Ca plairait moyennement à Tonton Ron mais bon, Rose était bien plus têtue que son père.
Décidant d'écouter les conseils avisés de sa cousine, Dominique se leva et ses pieds quittèrent la solidité de la terrasse pour l'imprévisible mollesse du sable, qui glissait en s'agrippant à ses orteils, qui écorchait tendrement ses talons. Autant c'était la pire des torture de marcher pieds-nus dans le sable durant la journée, autant il n'y avait rien de plus délicieux que de s'aventurer sur la plage après le coucher du soleil. Autour du feu de camp, une grande partie de cartes faisait du bruit. Elle n'était pas certaine que la partie était très sérieuse parce que Barney et Charlie, bien que tenant leur lots de cartes, semblaient plus concentrés sur leur conversation que sur le jeu mais les autres riaient très fort et s'échangeaient leurs cartes avec entrain. Après un vague moment de doute, elle décida d'écarter suffisamment les jambes étendues de son petit frère pour s'adosser contre son torse.

« Coucou frangin ! dit-elle. Toujours aussi confortable, c'est bon à savoir… tu dois être un homme heureux, lança-t-elle en direction de Walter qui confirma.
-Le plus heureux, m'dame !
-Alors, fit-elle en se tournant vers Barney qui lui souriait. Qui gagne ? »

A la chaude lumière des flammes et sous un ciel noir encre, elle était au courant que chacun devenait attirant, même les moins bien dotés par la nature, mais Barney… il ressemblait à un Dieu Grec. Ses cheveux bruns foncés touffus rougeoyant grâce au feu, son beau visage aux traits forts, son regard sombre et si bien dessiné, et chaque petit détail de tout le reste mis en valeur par le feu. Tant d'injustice avec Mère Nature, tant d'injustice… elle, elle avait le droit, bien sûr, c'était du sang de vélane qui coulait dans ses veines ! Mais lui ?! Lui, non, c'était un pur scandale.

« Tu sais même pas à quoi on joue ! nota-t-il en riant.
-Je m'en fous, l'important c'est de savoir qui gagne !
-T'es venue parce que je te manquais, hein ?
-N'importe quoi.
-Allez viens ! lui fit-il en faisant le geste d'approcher. Tu vois pas que tu gênes ton frère alors qu'il est avec son mec !
-HAN ! s'exclama-t-elle avant de se rendre compte en grimaçant que James déteignait dangereusement sur elle. T'entends ça, Loulou ?! T'entends ce qu'il ose dire ?
-Tu ne nous gênes pas du tout, Dominique ! lui assura Walter avec un sourire sympathique.
-Ah tu vois ! Merci, Waltie.
-Sauf que t'es un peu lourde quoi…
-LOULOU ! »

Sous les rires de Charlie et de Louis, Barney se pencha vers elle pour lui choper le bras et la tirer des bras de Louis jusqu'à lui. En râlant plus pour la forme que par pure agacement, elle se laissa faire et se positionna contre Barney qui, parée d'un sourire espiègle, entoura ses épaules de son bras et pencha sa tête vers elle.

« Me remercie pas, je savais que t'osais simplement pas venir dans mes bras par toi-même…
-Quel gentleman. »

xOxOxO

« Madagascar... »

Au soupir rêveur de sa meilleure cousine, Roxanne quitta les bracelets de perles nacrées et de cuir brun des yeux pour se retourner vers Dominique qui faisait tourner une mappemonde. Le bleu des océans se mariait aux jaunes verdis des continents et dans un flou sphérique de voyages interminables, la Terre en plastique projetait ses milles merveilles d'encre et de papiers aux visages de mannequin de la famille Weasley. Il y avait une certaine nostalgie dans ses yeux qui n'échappa pas à Roxanne.

Si Roxanne ne la connaissait, elle aurait pu croire que Dominique se rappelait de vieilles aventures de globe trotteuse mais ce n'était pas son style. Oui, bien sûr, elle faisait un tour réguliers des capitales du Monde mais c'était les podiums et les galas du gratin international sorcier qu'elle visitait, pas les monuments, pas les musées et certainement pas les jungles et les contrées sauvages.

« Les gens passent leur lune de miel à Bali ou à Venise, d'habitude, tu sais ça ? releva Dominique en haussant un sourcil. Vous allez revenir plus crevés et cramés que jamais... T'es sûre que ta chochotte de mari va kiffer ? Il est plus du genre massage et cosmopolitan que safari.
-Il te ressemble vachement en fait, remarqua Roxanne joyeusement, ça doit être pour ça que j'ai craqué pour lui !
-La flatterie bien placée ! » apprécia sa cousine.

Le vendeur de la petite boutique de souvenirs du centre ville d'Ilerrante les épiait de la caisse, pour s'assurer tout à la fois qu'elles n'allaient pas sortir d'ici sans acheter un petit quelque chose, mais surtout qu'elles ne cassaient rien en tripotant ses trésors.

« Tu vas vraiment ramener des bracelets à tous tes élèves ?
-Oh non, seulement à mes chouchous !
-Ah, ceux qui balancent les tricheurs ?
-Rien n'est gratuit dans ce monde ! »

Dominique rit et refit tourner le globe terrestre, et regarda les pays valser pour elle, regarda la petite île d'Ilerrante briller comme un phare dans les eaux pour que n'importe quel touriste qui l'achète ne puisse jamais oublier où il a passé ses vacances d'été 2024. Ça lui donnait le tournis, à Dominique, le cafard, ça la gonflait de bien plus de tristesse qu'une simple mappemonde touristique était sensée inspirer mais c'était la réalité. La Terre ne s'arrêtait pas de tourner, que ce soit pour son habitant le plus angélique, ou pour le plus grand tyran. C'était aussi bien une bénédiction qu'une malédiction, on était tous logé à la même enseigne. Peu importait les drames et les bonheurs, la Terre était propulsée sur son axe et elle emportait tous les aventuriers avec elle, elle leur faisait à tous perdre la tête, la leur faisait tourner à 360° et ça les enivrait bien, bien trop pour qu'ils ne pensent à rentrer à la maison.

« Domino. »

Elle posa une main ferme sur le globe terrestre et l'arrêta net. Roxanne était juste à côté d'elle, affichant un air incroyablement sérieux. Quand cette dernière était si grave, la conversation qui suivaient n'était jamais bien agréable. Du point de vue de Dominique, en tout cas.

« Tu veux qu'il rentre avec toi ?
-Pff, qu'est-ce que je fouterais d'une mappemonde ?!
-Je parle de Barney.
-Ilerrante est déjà trop petite pour lui alors imagine un peu un appart. Non, répondit Dominique, l'été est fini. »

Dominique baissa un instant le regard sur le bout pointu de ses escarpins rouges vernis qu'elle avait sorti de sa valise ce matin pour se rappeler que oui, l'été touchait bel et bien à sa fin, que c'était le vrai retour à Londres, de la véritable reprise du boulot. L'été était fini. Elle aurait certainement dû le commencer plus tôt. Pour avoir davantage à se rappeler, un peu moins à regretter. Ou un peu plus.

Elle n'avait toujours pas compris comment les souvenirs et la nostalgie fonctionnaient, si prendre plus signifiait gagner ou perdre un peu plus. Au final, il s'agissait plus du degrés de la chose. Qu'était le pire entre devoir oublier ou n'avoir rien à oublier ?

« Je suis p't-être comme ton mari, même si ça me fait mal de l'admettre, mais toi, tu ressembles à Barney. Vous êtes tous les deux des aventuriers, Rox, soupira Dom, on ne peut pas vous arrêter, on peut seulement vous suivre.
-Peut-être qu'il... ne partira pas, cette fois...
-Alors, mes p'tites dames, vous avez vu que'qu'chose qui vous plairait ? les accosta le vendeur.
-Je vais prendre ça, » l'informa Dominique, l'index pointé sur le globe terrestre.

Les yeux de Roxanne s'écarquillèrent mais elle s'abstint de tout commentaire.

Quand elles rentrèrent à la villa, Barney et Lorcan les attendaient sur la terrasse en compagnie de Victoire et de Charlie. Deux valises en cuir camel patientaient l'une contre l'autre aux pieds de la table, annonçant le départ tout proche des jeunes mariés pour leur lune de miel. Ils devaient prendre un bateau magique qui s'envolerait pour l'Afrique dans quelques heures.

Alors que Rox alla embrasser Lorcan, Dominique remarqua l'agitation qui transparaissait à travers les vitres de la cuisine. Teddy, Claire et les enfants préparaient leur dernier véritable repas. Était venu le temps des au-revoirs, et pas seulement pour Lorcan et Roxane. Victoire rentrait avec Teddy, demain, emmenant les enfants avec le même portoloin et Dominique, sans l'avoir proprement annoncé à son agent ou même à qui que ce soit, prévoyait de partir avec eux. Même si Victoire l'avait regardé silencieusement faire ses valises.

C'était ridicule d'en faire tout un mystère. Si elle décidait de partir, alors elle partait. Ce n'était en aucun cas une affaire d'état. Autant prévenir les autres qu'elle les accompagnerait, ça faciliterait peut-être la logistique. Mais quelque chose la retenait, lui liait les lèvres. Comme une gamine, elle ne voulait pas parler de départ ou d'au-revoir. Elle voulait fuir le sujet, rallonger le chemin avant le point d'arriver, avant la dernière ligne droite.

Parce qu'alors, elle devrait entendre Barney lui dire que ça ne faisait rien, et qu'à dire vrai, ça simplifiait même grandement les choses. Elle avait pensé à partir sans même le prévenir, partir avant qu'il ne parte, mais c'était bien trop lâche à son goût. Alors, en attendant, elle se chamaillait avec lui entre deux batifolages et ils prétendaient tous les deux que ça faisait une éternité que ça durait, pour durer encore une autre éternité. Quelques jours d'éternité, ça ne pesait pas lourd.

Elle se demandait comment les autres appelleraient ça quand elle en parlera plus tard une escapade, une amourette, un flirt ? Si c'était lui, il appellerait certainement ça une aventure. Tout était une aventure dans sa vie, de toute manière, ça ne faisait pas une grande différence.

« Tu veux pas venir avec nous, Domino ?! lui lança alors Roxanne, quelque part dans sa conversation avec les autres, t'es jamais allée à Madagascar, si ?
-Passer sa lune de miel avec la cousine de sa femme, c'est le rêve de tous les mecs, rit Barney. T'as de la chance, mon gars...
-Oh mais c'est toujours un plaisir d'être en compagnie des femmes Weasley ! assura Lorcan sur un ton presque convainquant.
-Continue la lèche et je vais vraiment venir, Scamander, » le prévint Dominique, sardonique.

Tandis que le visage de Lorcan prenait une légère teinte verdâtre, Roxanne se mit à rire en encourageant son mari à continuer à motiver Dominique à bel et bien venir tenir la chandelle sous le soleil de Madagascar. Pour que la symbolique chandelle lui fonde bien partout sur elle, quelle fantastique expérience.

Dominique s'avança pour s'asseoir et Barney tira la chaise à sa gauche pour qu'elle s'y installe. Il y garda le bras sur l'accoudoir et elle le regarda pensivement étirer son tapis d'attention en velours sous ses pas. Celui qui avait un jour dit que c'était trop beau pour durer avait dû connaître ce type de situations. Juste avant que le tapis soit brutalement tiré sous ses pieds et qu'il se retrouve à terre, les quatre fers en l'air.

« Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il. Sois pas triste, Rox va revenir. »

Elle ne dit rien, sourit légèrement et il lui embrassa la tempe. Bien sûr que Rox reviendrait, elle était l'une de ces aventurières qui n'oubliait jamais ceux qu'elle avait laissé à la maison.

Pas lui.

xOxOxO

Gigantesque, sombre et lumineux à la fois avec son habitacle noir et ses voiles d'un orange reluisant à la lueur de la lune, le bateau décolla majestueusement dans l'air de la nuit qui s'obscurcissait. Les dernières gouttes d'eau retombèrent, et Dominique perdit bien vite de vue les derniers au-revoirs que les jeunes mariés leur envoyaient encore de grands geste de leur bras. L'été se finissait sur une jolie note, sur une nuit chaude d'août avec un départ pour une lune de miel, et toute la famille retournèrent à l'ancien hôtel de Claire pour y passer une dernière nuit.

Le lendemain, c'était encore un belle journée ensoleillée qui s'annonçait et on ne pouvait pas dire que qui que ce soit se lassait de la météo méditerranéenne. Installée sur la table du jardin de la famille Rodriguiz, Dominique profitait un peu du soleil matinal qui réchauffait sans brûler. La tête en arrière et les yeux fermés, ses longs cheveux roux se laissaient bercer par la douce brise, et elle se sentait bien plus détendue que lorsqu'elle s'était réveillée dans un lit vide. Barney ne faisait que prendre sa douche dans la salle-de-bain d'à côté, elle avait pu l'entendre distinctement mais elle l'avait pris pour ce que c'était une bien juste prémonition. Il ne restait jamais très longtemps au même endroit, que ce soit un lit, ou un continent. Alors, elle s'était levée pour trouver Marisol, déjà levée comme toujours, à préparer toute une tour de crêpes, presque épaisses comme des pancakes.

Toujours les yeux clos, elle entendit la démarche joyeuse de Marisol qui ramenait le sucre, le miel et les milles confitures sur un immense plateau volant, en chantonnant le refrain de La Camisa Negra qui passait à la radio allumée dans la cuisine, et dont elle avait poussé le volume au maximum. Dominique se redressa en ouvrant les yeux et après avoir souri à Marisol, elle se mit à disposer les pots des délicieuses confitures sur toute la table.

« Mes crêpes vont te manquer, hein ? lui lance Mairsol, avec une adorable fierté.
-MORTELLEMENT ! »

Ç'aurait dû être gênant, ou... enfin, ça ne devrait pas être aussi simple ! Ca faisait après tout plusieurs jours qu'elle prenait le petit-déjeuner avec Marisol, et parfois son mari, après que ce soit plutôt clair pour tout le monde qu'elle ait passé la nuit avec leur fils, et pourtant ça ne semblait déranger personne. Ils étaient tous deux adultes, et on était en 2024, mais ce genre de choses n'étaient que rarement aussi confortables. Plus d'une fois, Dominique avait tenté de filer en douce pour ne pas éveiller les soupçons, mais c'était comme si Marisol détenait un sixième sens et venait lui barrer le chemin à chaque fois qu'elle descendait les escaliers -peut-être aurait-il dû essayer de passer par la fenêtre. Elle l'emmenait prendre le petit-déjeuner avec eux, si ce n'est même rester pour midi, et ça n'appelait à aucune protestation. A part quelques sous-entendus et clin d'œil, il n'était d'ailleurs jamais question de Barney et elle.
A bien y réfléchir, Marisol n'avait jamais été une mère très intrusive, ou autoritaire. Elle était sûrement ainsi avec toutes les personnes que Barney invitait chez eux, que ce soit hommes, ou femmes.

« Je vais d'ailleurs pas trop traîner, il faut que je me prépare à partir, » lui avoua Dominique.

Pour s'occuper les mains, elle avait agencé les pots par couleur mais elle finit par sentir le regard de Marisol sur elle, alors, résignée, elle se tourna vers elle. Il y avait un air triste et mélancolique dans ses yeux sombres, et Dominique lui offrit une esquisse de sourire. Elle savait que ça se passait d'explication, que Marisol avait tout compris sans qu'elle ne précise la situation. L'été était fini, et elle partait avant qu'elle ne se retrouve seule. En soit, ce n'était pas tragique, à peine décevant, c'était la vie, ni plus, ni moins.

Elle n'allait pas en faire toute une histoire.

« Tu as bien le temps pour quatre-cinq crêpes, non, ma puce ?
-Oui, bien sûr, » répondit Dominique.

Au final, elle en prit près d'une dizaine et elle ne savait pas exactement d'où lui venait cet appétit. Peut-être pour engluer l'anxiété qu'elle ressentait dans une tonne de confiture. Barney les rejoignit dans leur festin matinal en amenant des grands bols de cafés fumant, et Dominique se laissa immergée dans cette dernière conversation estivale.

xOxOxO

« C'est une grande baraque, observa Claire alors qu'elle avait déjà embrassé et enlacé ses trois petits-enfants, je me rappelle encore quand c'était un hôtel. »

La dernière génération Delacour avait leurs têtes blondes et rousses tournées sur l'immense villa aux murs clairs, aux larges fenêtres et baies vitrées, et au magnifique toit reluisant, aux vignes grimpantes qui s'entrelaçaient de leurs tiges brunes et on aurait bien envie d'y rester pour la vie. Mais Louis avait ses études secondaire sur l'Histoire Sorcière à terminer à Verbossu, Victoire devait retourner à ses patients de Sainte-Mangouste et les podiums et shootings se languissaient de Dominique. Claire comprenait bien que leurs vies les rappelaient à elles, c'était bien normal, c'était la jeunesse.

Mais cette villa n'était pas construite pour une seule personne, au caractère aussi explosif fut-il, et Claire aurait bien gardé ses petits-enfants toute l'année.

« Revenez quand vous voulez, mes trésors, leur dit-elle alors.
-Dés que j'ai un week end de libre, promit Victoire.
-A mes prochaines vacances ! annonça Louis.
-Je ne sais pas quand ! finit Dominique en rigolant quand Claire lui flanqua une tape derrière la tête.
-Allez, abandonnez-moi ! »

La place de la grande ville d'Ilerrante pétillait des conversations de sa masse d'habitants qui profitait de leur après-midi toujours ensoleillée, et de l'eau qui clapotait dans la fontaine. Les alentours était orange, doré et bleu, et tout resplendissait. Les petits restaurants, et les cafés, mêmes les ombrelles des terrasses aux larges dalles polis par les pas de la vie.

Les roues des valises faisaient des petits bonds en suivant les vacanciers sur le retour.

Teddy avait son bras autour des épaules de Victoire, et celle-ci tenait le portoloin qui les renverrait chez eux ; Dominique ne les regardait pas avec tant d'hostilité qu'elle l'aurait cru. Eux-deux formaient un drôle de couple, un couple dangereux parce qu'ils souffraient tous les deux ensemble, souffraient aussi l'un sans l'autre et qu'il n'y avait pas vraiment de solution. D'un autre côté, peut-être n'en cherchaient-ils tout simplement pas. Ca faisait mal au cœur de les voir, puis tout autant chaud au cœur ; leur histoire était à la fois pleine d'avertissement et de promesse. Elle ne l'avouerait certainement jamais, pas même à Victoire elle-même, mais après cet été, Dominique espérait que Teddy soit capable de changer, non pas dans son caractère, mais dans sa façon de se comporter avec Victoire. Que Dominique continue de le détester mais pas parce qu'il blessait sa sœur, tout simplement parce qu'il était un ignoble emmerdeur.

Juste derrière eux, les doigts de Scorpius et Rose se frôlaient à chaque pas. Sans se tenir proprement les mains, ils restaient côte à côte. Dominique ignorait ce que ça pouvait bien signifier pour leur futur, mais à ce stade, tout était possible. Qu'ils s'oublient ou recommencent de plus belle, en pire ou en mieux et c'était rafraîchissant de ne pas savoir. De se dire que, et oui, tout était possible et oh, on verra bien !

Et pour finir ce joli cortège de couples, Walter et Louis papotaient joyeusement de ce qu'ils feraient demain, la semaine prochaine ou dans une éternité. C'était un charmant rappel que l'amour n'avait pas toujours à être compliqué, que ça pouvait aussi venir simplement et naturellement à ceux qui savaient comment faire.

Dominique, clairement, n'avait pas la plus petite idée de comment faire, et quand elle vit qui les attendaient près des jaillissements clairs de la fontaine, elle en eut la preuve la plus concrète. De larges sacs en cuir à ses boots, Barney discutait avec nul autre que Charlie. Quand ils les entendirent arriver, tous deux se tournèrent vers eux et Dominique crut avancer au ralentis. Même les gouttes d'eaux de la fontaine semblaient prendre une éternité à tomber. Elle vit avec une précision terrifiante les yeux noirs de Barney se fixer sur elle, et l'expression de son visage changer. De l'excitation au sérieux.

« Dom, souffla Victoire.
-Je le savais, lui certifia Dom, la gorge serrée.
-Il te l'a dit ?
-Non mais je savais. Je reviens, d'accord ? »

Victoire lui avait attrapé la main dans un élan de réconfort et elle la relâcha lorsque Dominique quitta le groupe pour se diriger vers Barney qui se frottaient les mains en anticipation. Il devait s'attendre à des hurlements, ou peut-être des pleurs. A une bourrasque de rancœur et ressentiment. Elle ne savait trop ce qu'elle ressentait exactement, il y en avait sûrement un peu, de la rancœur, du ressentiment, mais c'était futile contre la fatalité. Le cours des choses ne connaît rien à la souplesse, il ne se plie pas aux prières silencieuses. Des années qu'elle voulait qu'il reste un peu, des années qu'il partait sans regarder en arrière. Un tel constat était plutôt clair.

« Dominique..., commença-t-il en faisant un pas.
-Tu pars où ?
-Je pars avec Charlie en Roumanie. Il m'a parlé de ses dragons, des montagnes... »

Dominique jeta un coup d'œil à Charlie qui, leur laissant leur intimité, se tenait quelques mètres plus loin, le raffut de la fontaine l'empêchant à coup sûr d'entendre la conversation. C'était clair, que son oncle s'en voulait et qu'il hésitait encore à emmener le supposé petit-ami de sa nièce, loin en Roumanie avec lui. Elle ira le voir plus tard pour lui dire de ne pas culpabiliser. Barney voulait partir, et il partirait ; ce ne serait pas en Roumanie, ce serait ailleurs. Peut-être plus loin. Au moins, de cette façon, Charlie serait avec lui pour s'occuper de lui si quelque chose arrivait.

Elle expira longuement, rejetant les cendres de ces fausses illusions qui s'étaient allumées malgré les avertissements. Maintenant, c'était fini. Et c'était mieux comme ça.

« Je voulais t'en parler mais... je ne voulais pas que ça gâche nos derniers jours.
-C'est mieux comme ça, répéta-t-elle sa pensée. C'est mieux quand on parle pas.
-Dom, écoute...
-Non, je suis sérieuse, le coupa-t-elle simplement en secouant la tête, je suis fatiguée. »

Elle l'était, elle avait incroyablement mal dormi. Les sourcils de Barney se froncèrent et tout son beau visage était sombre, comme s'il regrettait. Mais qu'y avait-t-il à regretter ? Il pouvait toujours ne pas partir, rien n'était fait. Si l'on regrette avant de faire quelque chose mais qu'on persiste, ça s'appelle de la folie. Il regrettait seulement de la faire souffrir, peut-être, et Dominique s'en fichait bien de ses scrupules.

« Bon voyage, » lui souhaita-t-elle sincèrement.

Qu'il fasse bon voyage, et qu'elle fasse bon voyage, et qu'ils aient tous deux ce qu'ils voulaient. Elle trouverait ce qu'elle voulait ailleurs -elle ne savait même pas ce qu'elle voulait. Mais elle ne voulait pas ça. Pas être là, à attendre pour des miettes, à courir après le vent, à se battre contre un mirage. Elle ne voulait pas d'un Ulysse et de son épopée, elle ne voulait pas d'un aventurier et de ses périples. Qu'il embarque sur un bateau ou une fusée, et qu'il parte aussi loin que le cœur lui en disait. Les étoiles seraient là pour lui, c'était tout ce dont il avait besoin.

Il s'approcha pour la prendre dans les bras et elle le repoussa, les deux mains sur le torse. Sans lui demander de lui écrire, ni même de venir la voir quand il reviendrait après six ou huit mois, elle s'en alla. Il eut l'audace de la retenir par la main et elle se retint à grande peine de le gifler.

« S'il-te-plait, Dom ! s'exclama-t-il. C'est... toi aussi, t'allais retourner à Londres, de toute façon !
-Me sers pas cette merde ! » siffla-t-elle.

En deux pas, elle était de retour sur lui et elle le frappa fort, à sa poitrine. Elle avait cette envie de le mettre en pièce, de le réduire en cendre pour le mélanger à celles de ses désillusions et de tout balancer dans les airs. Se débarrasser de lui, une bonne fois pour toutes.

« Londres, c'est chez moi ! C'est là où j'habite ! Toi... »

Oh, qu'il ne la regarde pas comme ça ! Comme si elle était celle qui lui faisait du mal, celle qui était injuste, comme si elle devait juste pleurer, l'embrasser et lui dire de revenir quand il le voulait, qu'elle serait là à son retour. Qu'espérait-il ? Que le monde tournait autour de lui, alors qu'il était celui qui tournait autour du monde ?

« Toi, t'habites nulle part, Barney, lui rappela-t-elle. Tu retournes nulle part. Ne fais pas comme si c'était de ma faute.
-Je peux pas rester au même endroit toute ma vie, Dom ! J'ai besoin... j'ai besoin de voir le monde, je ne suis pas comme vous, je sais que c'est dur à comprendre mais s'il-te-plait, Dom, crois-moi, je...
-Je t'ai dit, je veux pas en parler, l'interrompit-elle encore, tu me forces à rester cinq minutes de plus, mais pourquoi ? A quoi bon m'attraper par le poignée juste pour cinq minutes de plus ? »

Elle leva le poignée qu'il ne tenait encore comme preuve et elle le refit tomber, ce qui lui fit le lâcher. Elle ne resterait pas cinq minutes de plus, mais elle pouvait gâcher encore quelques secondes pour lui. Les larmes lui rayaient déjà sa vision, alors, elles étaient déjà gâchées de toute façon. Elle eut un petit rire jaune, parce que c'était si ironique. Qu'elle parte en premier ou qu'elle reste jusqu'à ce que lui parte, elle serait toujours celle qui perdrait à la fin. C'était une défaite assurée, et elle voulait bien l'accepter, ce n'était pas si grave. Elle voulait juste que ce soit la dernière. Demain, ce serait passé et elle prendrait un autre chemin.

« C'est vrai que c'est un peu ma faute, consentit-elle, je n'aurais jamais dû essayer quoique ce soit avec toi, en sachant où ça me mènerait. Maintenant, je m'en rends compte. »

C'était trop tard, mais c'était une bonne leçon. Elle voyait que chaque mot qu'elle prononçait le blessait mais c'était lui qui avait voulu qu'elle parle.

« A cause de ça, je pense pas que je pourrais te pardonner un jour, avoua-t-elle. Mais c'est aussi ma faute, alors j'essayerai quand même.
-Dom...
-Quand tu rentreras, est-ce que...
-Oui ? la pressa-t-il.
-Est-ce que tu pourrais ne pas venir me voir ? »

La colère s'était dissipée, il n'y restait que le goût âpre de la résignation et, celui salé et amer des larmes qui s'échappent malgré qu'on essaye de les retenir. Et d'autres larmes brillaient dans les yeux noirs de Barney, ça la rendit encore plus triste, parce qu'on aurait dit deux victimes en cet instant, elle comprenait plus Victoire et Teddy qui se faisaient du mal sans même le vouloir vraiment. Coincés dans une impasse, et pourtant ils ne pouvaient pas partir tous les deux dans la seule direction qui leur restait pour s'échapper. Alors, lui s'enfuyait et elle... elle abandonnait tout simplement.

« D'accord ? »

Elle lui sourit à travers ses larmes, prit son silence pour un oui, et cette fois-ci, elle s'en alla pour de bon. Dieu merci, il faisait beau, au moins. Ne pleure pas, se dit-elle. Elle se décida de ne pas quitter l'île aujourd'hui, elle voulait rester quelques jours d'été de plus avec sa grand-mère et profiter du soleil d'Ilerrante.

Ne pleure pas, se répéta-t-elle, ne pleure pas, Dominique, il fait beau !