DISCLAIMER : - The Dark Knight, le Joker et Batman (...) appartiendront toujours aux DC Comics et à C. Nolan. GRAVE appartiendra toujours à BCooper ( qui m'a donné son autorisation pour traduire son histoire ) ainsi que son univers et ses OC. Je ne suis qu'une humble traductrice.

NDT : - Pour cette fois, je crois avoir été assez rapide. Bon, je ne pourrais pas vous promettre un rythme semblable pour les prochains chapitres, mais je vais essayer de toutes mes forces. Surtout que j'ai toujours cette même passion quand il s'agit de traduire cette magnifique histoire. Je vous remercie pour la lecture du précédent chapitre et j'espère que celui-ci vous plaira également. Bon bien sûr, je doute que vous retrouverez l'ambiance un peu tendre qu'il y avait dans la partie une. Mais il faut du changement, après toutes les années qui se sont écoulées entre les deux parties.

Je vous souhaite une bonne lecture. Accrochez vos ceintures concernant la partie II mes amis ;)


GRAVE

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CHAPITRE 25

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« Hurle. »

C'était ce que les parents disaient toujours aux enfants de faire si un étranger les approchaient, les attrapaient, ou même s'il leur jetait un regard étrange. Hurle. Cours. Frappe. Mord. Cela paraissait tellement évident. Tellement simple. Louise s'était toujours demandé pourquoi ils se sentaient obligés de le répéter encore et encore. Evidemment qu'elle hurlerait et se débattrait. Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire d'autre ? Rester immobile et attendre d'être violée sans rien dire ? Peut-être que dans l'Iowa ce n'était pas une nécessité de rester à l'écart des étrangers, mais dans les grandes villes… Louise était convaincue qu'on naissait avec cet instinct de survie.

Le problème était que, face à la vraie terreur, ce n'était plus aussi simple. Le rappel constant de ces règles lui semblait évident maintenant, alors que l'incarnation du démon en personne comprimait tellement son corps qu'elle pouvait à peine respirer. Elle se répétait inlassablement ces mots, encore et encore, essayant d'y obéir et pourtant…

Hurle. Mais elle était à bout de souffle. Chaque ordre que son cerveau envoyait à sa bouche était vain. Il lui était impossible de parler avec un visage pareil qui faisait face au sien, en souriant avec les mains d'un homme qui avait tué des centaines d'innocents – son amie, des adolescents, un enfant- qui pressaient un couteau contre sa gorge.

Son esprit était embrumé. Vide. Essentiellement étreint par la terreur. Un maquillage blanc étalé grossièrement, de larges puits noirs en guise d'yeux, un sourire sanglant… et les cicatrices. Celles-ci, bien plus que son apparence en elle-même, lui dictait qu'elle faisait face au Joker. Et non à une pâle imitation, mais bien au monstre en personne.

Si elle ne pouvait pas crier, alors il fallait se battre. Mais comment le pourrait-elle ? Ses membres étaient paralysés. Elle craignait que, si elle osait bouger d'un millimètre, la lame mortelle ne lui tranche la gorge d'une oreille à l'autre.

Face à son incapacité d'obéir à ces deux règles, Louise se sentait sans défenses. Elle ne pouvait rien faire, rien dire. Elle pouvait seulement attendre que l'homme qui tenait sa vie entre ses mains se décide lui-même à exécuter ces choses si simple qu'elle ne pouvait faire.

Elle attendait en se demandant ce qu'il allait choisir : parler, ou bouger.

— Désolé de te, euh, réveiller…

Cette voix. Celle qu'elle avait entendue des centaines de fois aux informations de Metropolis, mais qu'elle n'avait jamais cru entendre à quelques centimètres de son corps démuni.

— Alors que tu semblais faire un si beau rêve…

Plongée dans la terreur et dans la douleur incommensurable qu'elle ressentait, c'était difficile pour elle de comprendre exactement ce à quoi ce malade se référait. Lentement, son rêve revint à elle, le premier depuis des années qui lui avait permis de voir Jack Napier vivant à nouveau. Son sourire, ses mots, ses mains partout sur elle qui la caressaient, la faisaient frissonner…

Quand elle fut totalement consciente de ce dont il parlait, elle sentit un lourd poids s'abattre au creux de sa poitrine et le Joker éclata de rire. Cet étrange rêve ne venait pas seulement de son esprit dérangé pour répondre à des prières silencieuses, mais aussi du fait que le Joker était au lit avec elle, juste au-dessus d'elle et elle l'avait inconsciemment remplacé par l'homme qu'elle aimait.

Et il le savait. Elle pouvait le lire sur son visage. Elle avait réagi à ce rêve. Un soupir, un murmure, des mouvements de hanches… tout cela indiquait ce à quoi elle rêvé et il avait été là pour le voir.

Elle n'allait pas seulement mourir, mais elle allait mourir en sachant qu'avant tout ça, elle avait pratiquement supplié son meurtrier de la baiser.

— Embarrassée ?

Louise ne pouvait toujours pas parler, le couteau était fermement pressé contre sa gorge, tranchant presque sa peau à chaque inspiration qu'elle prenait. Si elle prenait une grande bouffée d'air pour crier, elle était certaine que la lame s'enfoncerait plus profondément.

— Ah, vraiment désolé. Tu peux pas parler avec ça contre ta gorge, pas vrai ? dit-il, comme s'il venait tout juste de réaliser ce qu'il faisait. Il retira le couteau et le laissa planer au-dessus de son visage, la pointe vers le bas, à peine tenu entre son index et son pouce.

Louise se sentit loucher quand elle essaya de suivre le mouvement du couteau, son actuelle épée de Damoclès. S'il le laissait tomber, par accident ou parce qu'il l'avait décidé ainsi, il irait se planter tout droit dans l'un de ses yeux. Elle gémit légèrement, étouffée par son poids, essayant de bouger ses hanches pour le pousser loin d'elle, loin de cet instrument mortel.

Avant qu'elle ne puisse effectuer un autre mouvement, le Joker claqua sa paume contre sa poitrine, la retenant fermement contre ses oreillers.

— Je pense que c'est assez pour ce soir, il pressa ses hanches contre elle pour lui montrer de quoi il parlait, tu n'en as pas eu assez ? Ou bien il ne savait pas où…

Le bout en cuir de l'un de ses gants glissa le long de son buste et dessina la forme de sa poitrine. Quelques mèches de cheveux frisés chatouillèrent sa joue alors qu'il baissait son visage vers le sien, ses lèvres maquillées suivant la courbe de sa gorge.

Toucher ?

Louise sentit son souffle se couper sous la terreur. Sa poitrine se levait de plus en plus rapidement sous la main du Joker. Avec les toutes dernières forces qui restaient dans son corps, elle commença à prier que tout cela ne soit juste qu'un cauchemar. Elle priait qu'après tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait été, après avoir presque vendu son corps, que son Dieu pourrait lui pardonner et aurait pitié d'elle. Elle ne pouvait pas mériter ça. Même après ces années où elle avait trop bu, dormi dans le lit de trop d'inconnus, elle ne méritait pas de mourir. Pas comme ça, pas entre les mains d'un homme qui était devenu célèbre grâce à la manière où il achevait ses victimes.

— S'il vous plaît, dit-elle laborieusement d'une voix lacée de peur et de désespoir, je…

Elle ne savait pas ce qu'elle aurait dû dire après, mais Louise n'eut pas à s'en inquiéter, parce qu'avec un roulement las de ses yeux entourés de noirs, le Joker la coupa sèchement.

— Tu devrais savoir, commença-t-il, sa langue courant sur sa lèvre inférieure. Qu'après tout ce temps où tu étais silencieuse, tu aurais dû trouver quel-que chose d'un peu plus original que « S'il vous plaît » Je suis déçu, Louise. Essaie encore, essaie encore.

La manière dont il avait dit son nom la dérangea. C'était familier, comme s'il la connaissait depuis des années. C'était d'un air amusé, comme s'il la défiait de lui dire d'arrêter de dire son prénom de cette manière. C'était presque moqueur, sarcastique, comme s'il s'en amusait.

Cela amena encore plus de confusion sur le fait qu'il soit là, la taquinant, alors qu'elle n'arrivait pas à penser à autre chose qu'à son couteau qui oscillait tel un pendule au-dessus de son visage. Il attendait sa réponse, laissant tomber de plus en plus le couteau à chaque seconde où elle restait silencieuse. Elle dit alors la première chose qu'elle parvint à penser.

— P-pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

La lame s'arrêta dans sa lente descente et le corps toujours pressé contre le sien, le Joker resta immobile et réfléchit.

— Il n'y a aucune raison. De se servir de moi, ou de me tuer, ou quoique ce soit… S'il vous plaît, je ne vaux pas le coup. Personne ne s'en souciera. Je suis juste venue à Gotham, je n'ai aucune… relation, je ne connais personne d'important. Je n'ai pas de famille. Je ne sais pas pourquoi vous faites ça mais je vous jure, je vous jure que vous perdez votre temps.

Elle termina sa tirade, essoufflée. Elle sentit tous ses poils s'hérisser sur son corps alors qu'elle attendait que le monstre lui réponde, lui dise pourquoi il était là, pourquoi il faisait ça. A cause de son apparition dans les journaux ? Parce qu'elle avait survécu et qu'elle n'aurait pas dû ? Juste pour ça ? Cela semblait trop bas, même pour un homme qui s'habillait en violet et changeait son visage en celui d'un clown macabre. Il y avait forcément un autre motif. Elle avait forcément fait quelque chose. Il y avait forcément un moyen de le faire changer d'avis, de le faire arrêter ça.

Louise n'arrivait pas à se dire qu'il n'y avait pas forcément de raison, parce que cela voudrait dire que tout cela allait très vite se terminer et qu'elle était incapable de l'arrêter. Et c'était inconcevable.

Quelque part loin dans les rues de Gotham, l'alarme d'une voiture se déclencha. Louise sursauta violemment, mais le Joker bougea à peine, son corps restant immobile tel une statue si sombre qu'elle tranchait à travers la faible obscurité de sa chambre. Elle avait laissé la lumière de la salle de bain allumée et de fins rayons se glissaient dans l'entrebâillement de la porte, et elle put voir un peu plus de détails de sa silhouette.

Ses cheveux sombres tombaient presque sur ses épaules. Le manteau violet qui pesait lourdement sur lui tombait de chaque côté du corps de Louise. Elle pouvait apercevoir ce qui se trouvait en-dessous. Un veston si sombre qu'il semblait noir, mais qu'elle savait être vert, et une chemise à motifs qu'elle ne parvenait pas à déterminer. C'était presque irréaliste de le regarder. Presque une expérience au-delà du réel.

D'un seul mouvement qui la pétrifia, le Joker sauta hors de son lit, ses pieds atterrissant sur le sol dans un bruit sourd. Il alluma la lumière de sa chambre à coucher et resta debout devant son lit, examinant le couteau qu'il avait trouvé sous son matelas.

— Je ne prendrais aucun plaisir avec celui-là, l'informa-t-il en souriant, tu mérites mieux.

Incertaine, Louise se déplaça lentement sur ses oreillers pour s'asseoir. Elle se massa la gorge, sentant les fines coupures sur sa peau. Dans la lumière, elle pouvait pleinement voir le Joker, jusqu'à ses chaussettes à motifs sous son pantalon violet. Chaque trait de son visage était illuminé, mettant en évidence la peau sous le blanc craie qui la couvrait. Il se tenait immobile, les épaules un peu lâches, ses yeux brillants intensément.

D'une poche intérieure, il sortit un couteau de taille égale au sien et le lui montra. Il avait deux pointes bien distinctes, l'une plus courte que l'autre. Il ressemblait presque à une pince satanique. Elle imaginait déjà la douleur mortelle que cela lui infligerait.

— Mais beaucoup plus avec celui-ci.

Louise frissonna en entendant la tendresse dans sa voix alors qu'il examinait le couteau de sa base jusqu'aux pointes. En continuant à le regarder, elle commença à bouger légèrement, vers le coin opposé de son lit. Si elle arrivait à l'atteindre, elle pourrait courir jusqu'à la porte avant qu'il n'ait le temps de l'arrêter. Elle n'en était pas certaine, mais il fallait essayer. Rester ici n'était sûrement pas une option. Même si sa vie était vide de sens, Louise voulait vivre. Il y avait toujours Mollie, se réveiller au lever du soleil, elle n'avait pas encore été mariée, elle n'avait pas encore d'enfants, elle n'était pas de nouveau tombée amoureuse. Pour la première fois, elle commença à regretter tout ce qu'elle n'avait pas encore fait depuis la mort de Jack, se rendant compte qu'elle aurait peut-être pu être heureuse.

Mais cela semblait trop tard, à présent.

— Si tu bouges d'un millimètre je te plante avec ça.

Ses yeux perçant se plongèrent dans les siens alors qu'elle retenait sa respiration, totalement immobile, sans autre recours. Pendant un long moment, aucun d'eux ne parla. Elle était figée par un regard si sombre qu'elle ne pouvait regarder ailleurs.

— Je suis venu ici cette nuit parce que je croyais que tu savais…

Le bout de son doigt ganté tapota pensivement la lame de son couteau.

Comme s'il venait de prendre une décision, le Joker fit claquer sa langue à l'intérieur de sa bouche et fit glisser son manteau le long de ses épaules. Il y eut des bruits métalliques qui retentirent dans la pièce. Le manteau semblait lourd. Avec une précaution qui ne lui ressemblait pas, il le plia et le posa sur le haut de sa commode, poussant des bouteilles de parfums sur le sol pour faire de la place. Elles se brisèrent une à une, et à chaque fois, Louise sursauta.

Quand il se tourna de nouveau vers elle, il redressa les épaules, semblant encore plus grand qu'il ne l'était déjà. Les motifs de sa chemise étaient à présent visibles. Mais ce n'était pas ce qui attira le plus son attention. Ce n'était pas cet étrange accoutrement, ni le fait qu'il semblait être en train de se déshabiller devant elle, ce qui aurait pu lui faire croire qu'il allait lui arriver quelque chose d'horrible. Ce n'était même pas le maquillage macabre qui couvrait son visage et ses horribles cicatrices.

C'était son corps. Plus exactement, son corps.

La fièvre la terrassa presque et Louise se fana, ses yeux parcourant le premier corps qui ressemblait exactement à celui qu'elle avait cherché depuis dix ans. Il n'était pas celui d'un adolescent, mais c'était la même version en plus mature. Les épaules étaient un peu plus larges. Les bras étaient presque gracieux, finement musclés. Des bras qui avaient l'habitude de porter du lourd, mais qui étaient pourtant parfaits. Elle connaissait ces bras. Elle les avait sentis l'enlacer avec assurance au beau milieu de la nuit.

Elle connaissait ce torse, même s'il était caché derrière sa chemise et sa cravate. Elle avait passé de nombreuses nuits, la tête posée contre ce torse, écoutant son rythme cardiaque. Combien de fois l'avait-elle embrassé quand il était au-dessus d'elle ?

Elle regarda les longues jambes fines et se remémora Jack, qui après une longue journée, s'était assoupi dans le canapé, les jambes étalées sur la table basse.

Et les hanches… elle aurait pu écrire un poème choquant à propos de ces hanches.

Mais, réalisa-t-elle quand son cœur rata un battement, ce n'était pas bon. Ce n'était pas ses hanches. Parmi tous les hommes qu'elle avait rencontrés, tous ceux avec qui elle avait couché ou qu'elle avait comparé à lui… parmi tous ceux-là, c'était cet homme qui avait le corps qu'elle avait cherché désespérément. Un meurtrier. Un homme si mauvais qu'il avait réduit une ville entière au chaos, juste pour s'amuser, tuant des innocents sans même sourciller. En riant. C'était donc lui ? Lui ?

C'était si injuste. Tout ce qu'elle avait toujours désiré, toutes ces prières, tous ces désirs vains… C'était comme ça qu'on la récompensait. Avec ce monstre. Celui qu'elle n'oserait jamais toucher, qu'elle refusait de toucher. L'homme qui allait la tuer juste parce qu'elle avait survécu à l'un de ses méfaits.

Elle avait décidé, longtemps auparavant, que Dieu n'existait pas. Mais ça, ça c'était le comble.

Aucun Dieu ne pouvait être si cruel.

Louise secoua la tête et se concentra de nouveau. Quand elle rencontra à nouveau le regard du Joker, elle fut dégoûtée de voir qu'il la regardait avec attention, un sourcil arqué.

— Non, murmura-t-il plus pour lui-même, tu ne sais pas. Tu ne te souviens pas.

— Me souvenir ?

Un muscle de sa mâchoire se tendit, comme si elle avait dit quelque chose d'interdit qui l'avait mis en colère. Le regard qu'il lui lança la pétrifia et elle anticipa ses mouvements.

Il ne lui fallut que trois pas pour venir jusqu'à elle et saisir son visage, le rapprochant tellement du sien qu'elle put sentir son haleine. Ses yeux sombres brûlèrent alors qu'elle se débattait, ouvrant la bouche pour crier. Il abattit sa main contre son nez et sa bouche, l'empêchant de respirer jusqu'à ce qu'il écarte un peu les doigts, lui permettant d'aspirer de faibles goulées d'air.

— Je suis venu ici parce que…

Il se tut, ses yeux errant loin de son visage, regardant les murs blancs de sa chambre. Sa langue caressa ses cicatrices à l'intérieur de sa bouche, les déformant un peu plus. Elle n'arrivait pas à regarder ailleurs.

— J'ai vu ta photo sur les journaux. Imagine ma surprise quand j'ai voulu vérifier l'étendue des dégâts et que j'ai réalisé… réalisé que je connaissais ces yeux.

De sa main libre, il traça une ligne le long de sa pommette.

— Je les connaissais. Tu sais depuis combien de temps je ne me suis pas souvenu de quelque chose ? J'y ai pensé de nombreuse fois, et puis j'ai oublié toute mon ancienne vie et alors toi… Tu étais censée être morte ! Pourrissant six pieds sous terre. Tu n'étais pas supposée marcher dans mes rues, ni tomber dans mes pièges. Tu n'étais pas censée être là-dehors et respirer. Vivre. Coucher avec d'autres hommes.

Il secoua violemment la tête, montrant les dents, les yeux brillants de méchanceté.

Louise le fixa, secouant la tête et grognant contre sa main qui l'empêchait de faire quoi que ce soit.

— Tu vas dire que ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ma chérie ? Tu vas croire que tu n'aurais… jamais… fait quelque chose avec un homme comme moi ?

Le Joker se mit à rire, dément.

— Mais j'étais tout pour toi, et avant que je te tue, je veux être sûr que tu t'en souviendras !

Louise grogna contre sa main, pleine de désespoir, alors qu'il pressait le couteau contre sa joue. Et cela se terminerait ainsi, un dingue qui la découperait en petits morceaux. Elle voulait crier que ce n'était pas vrai, qu'il avait tort, qu'elle n'était pas celle qu'il pensait qu'elle était. Si elle arrivait à le convaincre, il pourrait partir et la laisser vivante…

Mais c'était trop tard maintenant. Malgré tous les et si, même si un officier de police avait cru ce qu'elle lui avait dit, même s'il l'avait aidée… c'était trop tard. Elle était foutue. Sa vie allait se terminer dans une lente agonie dans quelques minutes.

— Tu veux savoir comment j'ai eu ces cicatrices, Louise ?

Dans un bar enfumé, des millions d'années en arrière, Sara Burton lui avait dit que c'était la dernière chose que les victimes du Joker entendaient. Une histoire concernant la manière dont il avait reçu ce sourire gravé sur les joues et puis… plus rien. La douleur et le néant.

C'était la fin et la seule chose à laquelle Louise pouvait penser était : combien de temps faudrait-il pour qu'on retrouve son corps ?

Le Joker ignora les larmes qui coulaient sur ses joues et mouillaient le cuir de ses gants. Il l'amena plus près de lui et parla doucement, lui racontant son histoire :

— Peu de personnes le savent, mais j'ai grandi dans les Narrows. Je ne suis pas comme ça. Les gens ne… n'arrivent pas dans le monde comme ça. Non. Les gens comme moi sont fabriqués. J'étais normal. J'avais une famille. J'avais une sœur.

La lame de son couteau gratta sa pommette et Louise renifla contre la main qui couvrait son visage. Elle pouvait presque le goûter et ce serait la dernière sensation qu'elle allait connaître. Un goût de cuir, de cendre et de quelque chose de métallique. Ce n'était pas un mélange très plaisant, de la même manière qu'il n'était lui-même pas beau à regarder.

— Papa était un ivrogne qui ne pouvait pas garder ses poings dans ses poches. Et maman n'était pas souvent à la maison, dont je pense qu'on pourrait dire qu'il s'agissait juste de ma petite sœur et de moi, laissés pour compte.

Il se tut. Quand il racontait cette histoire, il y avait comme quelque chose de désespéré dans sa voix, quelque chose de sombre qui faisait presque croire à Louise que chaque mot était vrai. Mais elle continuait à se dire que c'était ce qu'il faisait, ce qu'il disait à chacune de ses victimes. Elle n'était pas différente des autres, elle était destinée à la même mort. Elle écoutait la même histoire déjà racontée mille fois auparavant, qui n'était qu'un tissu de mensonge.

— Jusqu'à ce que ma petite sœur tombe malade un été. Cancer. Elle était incapable de tenir debout, elle pouvait à peine respirer, et nous étions si pauvres qu'on ne pouvait pas payer le traitement. On vivait grâce à la charité. Grâce aux généreuses donations des riches et des priv-i-légiés.

Il avait craché les derniers mots, avec colère. Louise pouvait à peine cligner des yeux. Ce n'était pas seulement le ton de sa voix qui la gardait si immobile. L'histoire, cette histoire qu'il racontait, lui semblait bien trop familière et il était impossible que ce soit le fruit du hasard, c'était impossible qu'il puisse lire en elle. Comment pouvait-il savoir ?

— Mais ce n'était pas assez. Ce n'était jamais assez. On ne pouvait pas payer pour la garder en vie. Donc j'ai fait la seule chose que je pouvais faire. J'ai vendu mon âme pour un petit peu d'argent. Je me suis associé aux mauvaises personnes. Je ne posais pas de questions quand ils me disaient de jeter un sac sanglant dans la rivière. Je tuais des gens et ça payait. Ca me semblait bien, parce que pour la première fois j'étais celui qui décidait pour ma sœur.

Sa poigne se resserra convulsivement autour d'elle et elle gémit. Elle avait l'impression qu'il pouvait lui briser la mâchoire avec facilité s'il le voulait. Mais même s'il le faisait, elle s'en préoccuperait à peine parce que ses mots, ses mots la bouleversaient, la déchiraient. Pour la première fois, Louise regardait à travers l'obscurité de ses yeux et voyait les iris sombres, tachetées de vert, comme si le passé se matérialisait devant elle alors qu'il lui contait son histoire. Elle était plongée des années en arrière, retrouvant les journées ensoleillées du printemps, le goût de la crème glacée, un enfant affamé et Jack, se tenant bien droit dans la lumière du jour, lui racontant l'histoire d'un seul petit dollar.

Il continua, ses doigts toujours serrés autour de sa mâchoire, ses yeux toujours fixés sur elle, sa voix presque désespérée, comme s'il priait pour que la fin de l'histoire soit différente que celle qu'il avait sur le bout de la langue. Louise voulait crier jusqu'à ce que sa voix se brise, parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait le supporter. Ca ne pouvait pas être vrai, elle n'y croirait pas une seule seconde. Pas encore. Même dans son déni, elle se sentait déchirée.

— Jusqu'à ce que je prenne la grosse tête. J'ai contrarié un gangster… trop de fois.

Il devint plus frénétique et Louise pouvait le sentir trembler, elle sentait les contractions de ses doigts contre sa joue, elle voyait la manière dont sa langue venait continuellement caresser ses lèvres, elle le voyait se mordre l'intérieur de la joue, dans un tic inconscient.

— J'étais sur le point de rentrer voir ma sœur et… ma copine… avec le reste de l'argent que j'avais gagné quand les mafieux m'ont coincé dans une allée avec des armes et un pied de biche. Ils m'ont frappé et m'ont immobilisé. Il a sorti un couteau et…

Son souffle était laborieux, ses yeux étaient furieux et Louise pleurait tellement qu'elle pouvait à peine le voir.

D'un mouvement violent, il la relâcha, la rejetant contre son matelas, lui autorisant d'aspirer une longue bouffée d'air. Ses mains retracèrent les lignes de ses cicatrices alors qu'elle se cachait le visage entre ses paumes pour gémir le seul et même mot. Non. Non. Non. Ce n'était pas vrai. Elle ne pourrait pas vivre dans cette réalité. Jack, un meurtrier. Jack. Non. Ce n'était pas vrai, pas comme ça. Elle ne pouvait pas le croire.

Mais cette histoire. Ces yeux. Ce corps…

— Je me suis réveillé un mois plus tard et tout avait disparu. Ma petite et innocente sœur était morte. Enterrée sans moi. Et le gars qui m'a sauvé m'a dit que l'autre fille était allongée juste à côté d'elle. Je ne pouvais pas le croire. (il secoua violemment la tête). Alors j'ai vérifié. L'appartement était… euh… il était vide.

Il devint silencieux, s'agenouilla sur son lit et la regarda, attendant qu'elle détourne les yeux. Les larmes montaient à nouveau, sa gorge était sèche et serrée. Ce corps, cette voix, l'homme dans la rue. Je prie… c'est comme ça que je prie. Jack, dans la rue, à l'âge de douze ans, des hématomes déformant son visage…

Ses funérailles. La fleur qu'elle avait placée sur sa tombe vide. Il n'y avait jamais eu de corps, mais Peyton Riley lui avait assuré qu'il était mort et cela lui avait suffi. Il ne serait jamais revenu à la maison….

Parce que quand il avait été capable de le faire, elle était déjà partie.

— Oh mon Dieu… gémit-elle en se redressant et en enfouissant son visage dans ses genoux.

— Alors maintenant que les fantômes de ton passé te rattrapent, bébé… des dernières volontés ?

Il y avait un air moqueur sur son visage. C'était toujours insupportable pour elle. Le maquillage le masquait si bien que même alors qu'elle acceptait cette réalité, elle avait toujours de grandes difficultés à y retrouver le garçon qui avait été tout pour elle. C'était peut-être dû aux cicatrices. Ou à ce regard. Un regard que celui qu'elle avait aimé n'aurait jamais eu.

Un regard qui lui disait qu'il allait la tuer.

Que pouvait-elle dire ? Elle avait prié pour entendre ça, entendre que Jack était toujours vivant quelque part, mais n'avait jamais imaginé ça. Un cauchemar déguisé en son plus grand souhait. Jack, son Jack, le garçon qu'elle avait aimé, le garçon qui l'aimait et avait aimé sa petite sœur… Lui… un meurtrier qui avait perdu toute raison. Elle n'arrivait pas à décrire ce qu'elle ressentait. C'était un conflit d'émotions, qui s'entrechoquaient, toutes aussi fortes l'une que l'autre. Il n'y avait aucun gagnant. Pas dans cette situation.

Louise savait que parmi tout ce qu'il y avait dans son esprit et les questions qu'elle avait envie de poser, il y avait une chose qu'elle pourrait dire. Une chose qu'elle n'aurait jamais pensé pouvoir lui dire. C'était une chose qu'elle devait à la seule amie qu'elle n'avait jamais eue, quelque chose qui était bien plus important que tout le reste.

— L-Lola, gémit-elle.

Durant une seconde, le masque hideux qu'il portait se figea et Louise sut qu'elle avait le temps de continuer.

— Elle voulait que je te dise, quand tu rentrerais à la maison qu'elle… qu'elle ne voulait pas que tu sois en colère de ce qui lui était arrivé. Que ce n'était… n'était pas ta faute…

D'une voix humide de larmes et tremblante, elle continua :

— Je suis désolée. Je suis… je suis…

Elle le regarda respirer, son corps se baissant vers le siens et ses muscles se tendant. Inspirer, expirer, inspirer, expirer. C'était quelque chose d'ordinaire s'il ne s'agissait pas de lui, dans ces vêtements, avec ce visage. Mais cela lui rappela une chose importante : il était humain. En dessous de tout cet attirail, il n'était qu'un homme. Il était un homme qu'elle avait connu, avant, mieux que quiconque.

Les ridules entre ses sourcils s'intensifièrent, ses épaules se tendirent. Instantanément, Louise sut qu'elle regardait les yeux de quelqu'un qu'elle connaissait que ce qu'elle lui avait dit l'avait profondément heurté, dans un endroit secret que sa folie n'avait pas encore atteint. Maintenant, peut-être, il y avait encore une chance…

D'une main tremblante, elle caressa sa gorge, nue de tout maquillage.

Mais juste comme ça, ce fut terminé. Ses yeux s'assombrirent et son poing se tendit et elle sut à cet instant qu'il allait la frapper.

Louise ferma les yeux, anticipant l'impact et la douleur, mais restait consciente du temps qui s'écoulait. Les secondes ressemblaient à des minutes… à travers ses cils, elle vit une lumière provenant de la fenêtre de sa chambre, plus blafarde que celle de la lune. Elle entendit le matelas grincer quand il quitta le lit. Elle sentit l'air froid chatouiller ses jambes là où le Joker était quelque secondes auparavant, tenant sa vie entre ses mains.

Quand elle osa regarder à nouveau, il était à sa fenêtre. Le blanc qui recouvrait son visage brillait, presque fantomatique, la faisant à nouveau frissonner. Il souriait.

Il bougea rapidement, attrapant son manteau qui reposait toujours sur sa commode. Il la regarda enfin, dans l'entrebâillement de la porte. Elle était toujours allongée sur son lit, attendant toujours le coup de poing qui n'arriverait jamais, et elle réalisa qu'il allait tout simplement partir.

Leurs yeux se rencontrèrent.

— Ne prends pas trop confiance, Louise

D'un mouvement fluide, il ajusta son manteau et remonta ses gants de cuir.

— Nous n'avons pas encore terminé.

Les mots restèrent pendus dans l'atmosphère alors qu'il disparaissait de la chambre, dans un dernier froissement de vêtement.

Louise resta immobile, respirant doucement, jusqu'à ce qu'elle entende la fenêtre de son salon claquer, et ses pas sur la sortie de secours. Ce fut seulement à cet instant qu'elle sortit du lit pour aller vers la fenêtre et regarder d'où venait cette lumière.

Là, flottant comme un fantôme dans le ciel, régnait la signature de Batman. A nouveau réparée. C'était la première fois qu'il embrassait à nouveau le ciel noir de Gotham depuis près d'un an, après la mort d'Harvey Dent. Après la disparition de Batman.

Les citoyens de Gotham pleuraient, hurlaient, demandaient de l'aide. Et c'était ce cri qui l'avait sauvée.


J'espère que vous avez pris autant de plaisir à lire que j'ai eu à traduire ce chapitre.

On se dit à très bientôt. Il ne reste plus tellement de chapitre... Il en reste tout juste 12 en comptant l'épilogue.

Votre humble traductrice.