INTERROGATOIRE D'HARRI OLLI
Hotch et Prentiss attendait que la police leur amène leur suspect suivant. En attendant, Reid les avait rejoints. Auparavant, il avait suivi les interrogatoires avec JJ depuis une autre pièce où ils avaient installé un système vidéo.
- Je les trouve assez intéressants comme suspects. C'est des gens normaux, qui pratiquent un sport au niveau mondial et pourtant l'un d'entre eux est un tueur. Ça me fascine. C'est une de mes enquêtes favorites pour l'instant, commenta Spencer.
- Reid, il ne s'agit pas d'un jeu, dit Hotch en soupirant.
On frappa à la porte et le suspect entra. Il avait toujours sa veste sur lui fermée juste sous le nez et le bonnet jusque sur les yeux. Il s'assit et ôta ses gants.
- Bonjour, nous sommes les agents Prentiss et Hotchner du FBI et le Dr Reid ici présent observera l'entretien, lui annonça Hotch. Et vous êtes?
- On s'est déjà vu madame. Je suis Harri Olli, dit-il alors qu'il avait toujours sa veste fermée et son bonnet sur les yeux.
- Enlevez votre bonnet et je crois que vous pouvez décrocher votre veste. Il fait chaud ici, dit Hotch avec sarcasme.
Il enleva son bonnet qui cachait des cheveux en bataille blonds foncés presque châtains qui avaient l'air d'être teints. Certains commençaient déjà à manquer même s'il ne paraissait pas très âgé. Il décrocha sa veste mais la garda sur les épaules. Il avait le teint blafard et ses yeux sombres étaient sans cesse en mouvement. Il observait chaque détail. Apparemment, il n'avait pas pris le temps de se raser ce matin-là. Une moustache noire était en train de faire son apparition. Il semblait nerveux. Il n'arrêtait pas de toucher ses doigts. Les agents remarquèrent que ses ongles étaient rongés. Depuis le coin de la pièce, Reid voyait que le sauteur faisait tressaillir nerveusement sa jambe droite. Il n'était vraiment pas à l'aise.
- Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Y a-t-il quelqu'un dans votre équipe qui aurait changé de comportement ces derniers temps? lui demanda Prentiss.
- Janne Ahonen, répondit-il sans réfléchir.
- Et pourquoi lui? demanda Hotch en haussant un sourcil.
- Il veut absolument gagner et il est prêt à tout pour y arriver. Il est fort pour faire une déclaration à la presse pour mettre la pression sur quelqu'un ou vous glisser une parole dans l'oreille juste avant de sauter pour vous énerver et vous déconcentrer. C'est ce qu'il a fait avant mon deuxième saut lundi. J'aurai pu finir sur le podium et le battre s'il ne m'avait pas perturbé, expliqua le Finlandais.
- Que vous a-t-il dit? lui demanda Prentiss.
- Que j'étais une merde, que j'allais me vautrer et ensuite la presse allait s'en donner à cœur joie. Un truc du genre.
- Je me pausais une question. Avez-vous déjà mangé ce genre de bonbon? le questionna Emily en mettant la photo devant lui.
- Oui.
- Et vous aimez?
- Oui, sinon je n'en mangerai pas.
Harri glissa ses mains sous la table et croisa les jambes.
- Que pensez-vous de ça? demanda Hotch en lui tendant les photos des cadavres.
Il remit ses mains sur la table et toucha les photos. Ses doigts laissaient des traces. Il avait les mains moites. Il en regardait une puis l'autre, revenait à la première. Il les observait comme s'il devait les comparer mais ne sembla pas être ému et n'eut pas de réaction de rejet. Hotch regarda le sauteur en fronçant les sourcils. Puis, il pausa son regard sombre sur Emily.
- Vous ne m'avez pas répondu. Que pensez-vous de ces photos? redemanda Aaron perplexe.
- Je ne sais pas. C'est deux cadavres. Simon et Gregor. C'est dommage qu'ils soient morts. Que voulez-vous que je dise?
- Que ressentez-vous. De la peur? Vous avez bien une idée?, insista Hotch.
- Non, je n'ai pas peur. Je me dis que celui qui a fait ça a du cran. C'est tout.
- Et pourquoi? s'intéressa le profileur.
- Gregor avait une grande gueule et pouvait crier. En plus, ce n'est pas facile de le choper seul et Simon, il venait de devenir champion. C'était le centre d'intérêt. C'est un peu comme celui qui a tué Kennedy. Il faut vraiment avoir du cran. Ce n'est pas un minable qui peut le faire, dit-il.
- Si je comprends bien vous admirez son œuvre?
- Non, j'admire son courage. C'est différent, ajouta le sauteur en regardant Hotchner pour la première fois.
- Donc vous rêveriez d'être cet homme plein de courage? lui demanda Hotch.
- Vous êtes comme ces connards de journalistes! Vous dites tous que je suis un minable. Mais ce n'est pas vrai! s'énerva-t-il.
- Je n'ai jamais dit une chose pareille, lui fit remarqué Aaron d'une voix neutre.
- Est-ce que je peux m'en aller? demanda-t-il calmement.
- Je ne crois pas non! répondit Hotch. Vous croyez que je vais laisser filer notre suspect le plus sérieux?
- Je n'ai rien fait. Je le jure. Je dis beaucoup de conneries et je m'énerve facilement mais jamais je ne tuerai quelqu'un, dit-il d'une petite voix pleine de pitié.
- Que pensez-vous du fait que le tueur mette le bonnet sur les yeux de ses victimes? continua Hotch en ignorant la remarque d'Harri.
- Je ne sais pas.
- Vous ne croyez pas que c'est par ce que le tueur est lâche? Qu'il a peur que les victimes le reconnaissent? insista l'agent de FBI.
- Peut-être. Mais ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question, ajouta-t-il avant de se mordre la lèvre inférieure. Il serra ses doigts. Il semblait être de plus en plus stressé.
Hotch plongea son regard dans celui du sauteur. Il sentait qu'il avait fait mouche. Son expérience fit naître dans ses tripes la sensation qu'il touchait au but. Harri glissa légèrement sous la table. L'agent Hotchner l'impressionnait. Il se sentait tout petit. Il ressemblait de plus en plus à un petit oisillon tombé du nid qui allait se faire manger par un prédateur.
- Mais arrêtez de me regarder comme ça! Je n'ai rien fait. Vous me mettez la pression. Je n'aime pas ça, se plaignit le sauteur.
Sentant que l'interrogatoire allait dans la mauvaise direction, Reid se leva et tenta de remettre le sauteur plus à l'aise pour qu'il se confie. Il pensait que si Hotch continuait sur cette voie, Harri allait fermer toutes les portes et juste répondre "je ne sais pas".
- Que faisiez-vous samedi soir juste après la conférence de presse? dit Reid très calmement.
- Je suis rentré à l'hôtel et je suis resté dans ma chambre.
- Est-ce que quelqu'un peut confirmer? ajouta Reid.
- Oui, Matti Hautamäki. On partage la même chambre.
Après cette phrase, Emily se leva et quitta la pièce. Hotch croisa les bras et se pencha en arrière sur sa chaise. Harri avait la tête baissée sur ses mains.
- C'est bon? Je peux retourner à l'hôtel? demanda le sauteur avec une toute petite voix.
- Reid? Une nouvelle question? lui demanda son chef sur un ton plus dur qu'il n'aurait voulu.
- Non, je n'en ai plus.
- Vous pouvez y aller, mais ne vous éloignez pas, ordonna Hotchner.
Sans attendre, il remit son bonnet jusque sur les yeux et ferma sa veste jusque sous le nez. Il ne dit rien aux agents et ferma la porte dernière lui.
Rossi et Morgan attendaient les autres agents dans leur salle réservée. Hotch et Reid arrivèrent. Le chef d'équipe avait le regard plus sombre que jamais.
- Qu'est-ce qu'il y a, Hotch? demanda Morgan.
- J'ai de sérieux doute quand à l'innocence d'Harri Olli, mais je me méfie aussi d'Hautamäki.
