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Chuck Bass observait son fils rire et courir sur la partie du gazon réservée à l'équipe des poussins. Jamais il n'avait projeté qu'il se retrouverait là un jour. Et pourtant, rien ne lui semblait plus naturel, ni n'aurait pu lui apporter plus de sérénité au fond du cœur.

Il avait tant espéré pouvoir un jour partager des instants de cette nature avec Bart, mais il n'avait pas imaginé qu'il pourrait être à la place de son père.

Nate était passé chercher son filleul pour l'emmener à son entraînement de lacrosse comme tous les mercredis et son fils l'avait quasiment supplié de les accompagner. Chuck n'avait pas résisté longtemps devant sa petite bouille boudeuse, exactement la même que Blair.

Aussi avait-il remis son travail à plus tard. Il veillerait un peu plus longtemps un point c'est tout. JAMAIS Bass Industrie ne passerait avant son fils ou même Blair, c'était une promesse qu'il s'était fait et aussi un des avantages à siéger à deux.

Jack et lui avait fait voter la coprésidence sans aucun problème et ils s'étaient départager les tâches au sein du siège de direction. Lui-même devait d'ailleurs d'abord se remettre en selle et étudier tous les changements et les acquisitions que son oncle avait effectués depuis qu'il était à la tête de BI. Chuck devait reconnaître qu'il avait plutôt fait du bon boulot.

- Papa, cria Nathan en rejoignant le banc pour laisser un autre joueur entrer dans le jeu.

Chuck lui fit un petit signe de la main.

- Est-ce que tu as vu comment j'ai envoyé la balle dans le but ?

Son père acquiesça en levant un pouce et il vit le petit troll rigoler, avant de chuchoter quelque chose à l'oreille de son camarade assis à côté de lui.

- Je crois qu'il n'a jamais aussi bien joué, commenta Nate en tendant un gobelet à son ami.

- Tu ne penses pas vraiment que je vais boire cette bière immonde et à moitié tiède n'est-ce pas, Nathaniel ? demanda-t-il d'un air perplexe.

Nate haussa les épaules et s'assied à côté de lui dans les gradins, déposant la Bud à ses pieds. Il en aurait plus pour lui.

- J'ai quelque chose à te demander, intervint le blond après quelques minutes passées en silence à scruter l'équipe des juniors qui s'entraînait de l'autre côté du terrain.

Venir ici avec son filleul lui rappelait les années où il jouait à St Jude. Il avait continué un peu à l'université puis avait rangé ses crosses, il avait l'impression que c'était il y a un million d'années, au moins.

Chuck l'interrogea du regard en s'installant dans le fond de son siège en plastique.

- On voudrait que tu sois le parrain de Noah, déclara Nate sans faire plus de cérémonie.

- Tu veux que je sois le parrain de ton fils ? s'étonna Chuck.

- N'ait pas l'air si abasourdi, je suis bien le parrain du tien et je n'ai pas de meilleur ami que toi.

- Ne me dis pas que tu ne t'es pas fait de nouveaux amis pendant les sept années où je suis resté comateux, railla le brun, un peu pris au dépourvu par les sentiments qui le submergeaient.

- Je me suis fait d'autres amis, bien sûr, le nargua Nate. Mais aucun ne pourra jamais rivaliser avec toi, même inconscient !

- Ce qui fait de toi un type plutôt pitoyable, Archibald, gouailla encore Chuck pour cacher son trouble face au témoignage de confiance de son ami.

- En fait, j'ai deux options. C'est toi, que je considère comme mon frère. Ou alors, si tu refuses, je me verrai contraint de me replier sur Dan comme roue de secours, répliqua Nate en entrant dans son jeu.

- Je ne pourrais jamais souhaiter une telle atrocité à aucun enfant, grimaça Chuck en reniflant de mépris à la seule évocation du nom de Brooklyn.

L'incident du baiser avec Blair était bien présent dans son esprit. Cette dernière ne voulait pas que ça s'ébruite et considérait l'affaire réglée mais il avait lui-même pris les choses en mains.

A la fin du mois, Lonely-boy quitterait définitivement New-York pour Tombouctou ou Guadalajara, peu importait sa destination, tant qu'il ne restait pas dans l'entourage de la femme qu'il aimait.

- Ça veut dire oui ? demanda plus sérieusement le père du nouveau-né.

Il n'avait jamais considéré demander une telle chose à Dan, pas après la manière dont il avait décrit Serena dans « Inside », sans parlé du fait qu'il ne l'estimait même pas assez pour lui donner un personnage qui lui corresponde pleinement.

Dan avait choisi de confondre sa caricature avec celle d'Éric, ce qui était révélateur de ce qu'il pensait réellement de sa personne. Depuis les deux hommes étaient en froid. Il ne tolérait l'habitant de Brooklyn que parce qu'il était « le frère » de sa femme et qu'il s'incrustait systématiquement à chaque repas ou réunion de famille.

C'est à Éric que S et lui avaient pensé demander cette faveur, même s'il vivait sur un autre continent, mais c'était avant que son meilleur ami ne sorte enfin du coma.

- Bien entendu ! répondit Chuck sans plus aucune ironie. Comment peux-tu seulement en douter ? Après tout ce que tu as fait pour Blair et Nathan pendant que j'étais absent.

- J'ai seulement fait ce que je pensais être mon devoir en tant que meilleur ami, argua Nate. Je me suis dit que c'est ce que tu aurais souhaité et aussi ce que tu aurais fait à ma place.

Chuck acquiesça d'un signe de tête en silence.

- Tu m'as manqué, man, souligna l'héritier Archibald sans fausse pudeur.

- Merci à toi, d'avoir aussi bien pris soin de ma famille, dit son ami d'une voix un peu entrecoupée par l'émotion. C'est un honneur et je serai plus qu'heureux d'être le parrain de ton fils.

Nate se pencha soudain vers le brun ténébreux pour lui faire une accolade.

Contre toutes attentes Chuck lui rendit son étreinte.

Il avait peut-être été inconscient pendant sept ans mais il était bien conscient de ce qu'il devait à son meilleur ami. Et d'une certaine manière, il avait l'impression qu'il lui avait manqué également, même s'il ne s'expliquait pas vraiment comment, ni pourquoi.

- Nathaniel, tu réalises qu'on est dans un endroit public, entouré de plein de mecs qui ont l'habitude de prendre leurs douches ensemble, n'est-ce pas ? demanda-t-il après plusieurs secondes.

- Ferme-là, Bass, dit Nate en reniflant, relâchant tout de même son étreinte.

Les deux jeunes hommes reprirent leurs prestances tout en lorgnant discrètement du coin de l'œil pour vérifier que personne ne les avait vus.

A la fin de l'entraînement, Nathan escalada les gradins pour venir rejoindre son parrain qui l'emmenait toujours au parc après le lacrosse.

C'était encore mieux aujourd'hui car son papa était venu avec eux.

Il grimpa jusqu'en haut du plus grand des toboggans et Chuck crut un instant qu'il allait faire une attaque cardiaque quand le petit monstre se pencha au-dessus de l'arceau de sécurité en sautillant.

Nathan glissa sans attendre, avant même que Chuck ou Nate ne puissent ouvrir la bouche et s'enfonça dans les buissons à la droite de la plaine de jeux.

- Nathan, reviens ici, cria Chuck en suivant son meilleur ami qui se déplaçait plus rapidement que lui.

Il avait beaucoup progressé, il parvenait à se passer de ses béquilles, qu'il utilisait plus comme une canne à présent, une bonne partie de la journée, mais il lui faudrait encore un peu de kiné pour s'en passer complètement et récupérer totalement l'usage initial de ses jambes.

Il montait et descendait ces foutus escaliers pratiquement une bonne trentaine de fois par jour pour s'exercer et avait définitivement pris ses quartiers dans l'ancienne chambre de Blair, même s'il était à chaque fois hors d'haleine en arrivant en haut des marches.

Il entendit Nathan se mettre à pleurer et son cœur s'emballa à l'idée qu'il soit peut-être blessé. C'était quelque chose d'irrationnel qui s'empara de lui et qu'il ne put pas contrôler jusqu'à ce qu'il voit de ses propres yeux que son fils allait bien.

Le gamin se jeta dans ses jambes en larmes.

- Il faut appeler une ambulance, cria-t-il à son père.

Chuck chercha désespérément une réponse dans les prunelles claires de son meilleur ami car il était évident que Nathan n'avait pas besoin d'un médecin.

Nate grimaça en indiquant la végétation derrière lui d'un signe de tête.

- On va faire venir le docteur pour les animaux, d'accord ? Je suis sûr qu'il ira bien, dit le jeune Archibald en s'accroupissant à hauteur de son filleul pour le rassurer.

- Il va mourir, pleura le gamin en s'éclipsant à nouveau dans les taillis.

- Nathan, non, viens ici ! cria Nate en le rattrapant par le bras.

Chuck avança de quelque pas et découvrit un cabot allongé sur le flan, l'arrière-train abîmé. L'animal avait sûrement été jeté là par un chauffard qui l'avait accroché sur la chaussée.

- Il est blessé, tu ne sais pas quelle réaction ce chien peut avoir, expliqua-t-il à Nathan.

- Il va être mort, renifla encore le petit en essuyant son nez avec sa manche.

- On va appeler un docteur, il va le soigner, d'accord ? dit Chuck en sortant son téléphone pour appeler la fourrière.

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Une demi-heure plus tard, le pauvre bâtard était évacué par un vétérinaire de l'agence de secours et de protection des animaux de compagnie de la ville de New-York.

Chuck rentra avec un Nathan inconsolable, malgré sa promesse que le vieux corniaud serait vite remis sur pattes et que le docteur prendrait bien soin de lui dans l'hôpital pour chiens où il avait été transporté.

Des sanglots remontaient encore dans la respiration, par moment saccadée, du petit garnement après qu'il se soit endormi dans les bras de son père sur le canapé du salon.

Dorota proposa de le porter jusqu'à son lit mais Chuck refusa. Il préférait le garder tout contre lui. Juste au cas où son fils se réveillerait avant que Blair ne rentre de sa réunion tardive.

Elle ne serait pas à la maison avant 22h30, au moins et il ne voulait pas risquer que Nathan pleure tout seul dans sa chambre à l'étage pendant quinze minutes tandis qu'il s'escrimerait à gravir les marches jusqu'en haut.