Agahnim avançait. Derrière lui, Line et Robin marchaient en suivant son rythme. Leurs yeux étaient fixés sur leurs pas, comme pour éviter une chute ou les regards des autres. Leurs poignets étaient réunies dans leur dos et une longue corde les reliait. L'autre bout se trouvait entre les mains de celui qui les précédait. Il portait également un sac qui semblait contenir des armes.

Le groupe passa devant les guerrières chargées de la surveillance du pont-levis. Avec un sourire élargi, Aghanim les fixa avec arrogance. Les Gerudos l'observaient avec surprise. Elles avaient entendu les rumeurs qui parlaient de disparition soudaine, en même temps que Zelda. Les femmes qui avaient été désignées pour la dernière sortie de la princesse avaient fait les frais de la colère de leur roi.

Elles étaient coupables d'avoir abandonné leur poste pour courir après une personne sans importance. La punition avait été exemplaire pour dissuader tous les soldats de manquer à leurs devoirs. Après avoir été cruellement battues, elles avaient été enfermées dans des cages et suspendues à des grands poteaux au centre de la place du village. Si quelqu'un s'avisait de leur donner à manger ou à boire, il risquait de se retrouver à leurs côtés. La crainte s'était emparée des autres Gerudos, mais aucune n'osait se rebeller.

Sa réapparition ne faisait que leur rappeler les souffrances que plusieurs des leurs avaient endurées par sa faute. Malgré tout, il restait leur supérieur, car il était toujours le protégé du roi. Elles l'observèrent avec attention. Il ne semblait pas mal en point. Il n'avait même pas perdu de poids alors que celles qui l'avaient accompagné allaient sans doute mourir de faim et, plus probablement, de soif. Une sensation de rancœur les envahit, ce qui n'échappa pas à Aghanim.

Elles jetèrent un œil à Robin et Line derrière lui, puis fixèrent le jeune homme. En apercevant la corde qu'il tenait, leur rancune se fit plus forte. Il allait échapper à la sanction en ramenant des captifs. Elles étaient dégoûtées. En plus, il s'agissait des deux jeunes gens qu'elles n'avaient pas réussi à attraper, alors qu'elles en avaient eu plusieurs fois l'occasion.

— Où est notre roi ? demanda Aghanim, sur un ton qui ne permettait aucune remarque.

— Dans la salle du trône, répondit l'une d'elles. Il s'est posé beaucoup de questions sur votre « disparition ».

— J'ai dû partir en mission. Concluante, comme vous pouvez le voir ! J'ai réussi là où vous avez échoué, ajouta-t-il en élargissant son sourire.

— Doit-on les enfermer ? interrogea l'autre en retenant un flot d'injures.

Elle savait que se laisser aller à l'insulter n'aurait pour conséquence que sa propre perte. Elle prit sur elle de garder ses pensées au fond de sa tête.

— Non, ils restent avec moi. Ils ont beaucoup de choses à nous dire.

Pour illustrer ses propos, il s'approcha de Robin, l'attrapa par les cheveux et lui redressa la tête. Le jeune homme arborait un œil au beurre noir et du sang coulait de son front.

— Hein ! Tu as beaucoup de choses à nous raconter ! Et tu vas parler avant d'y passer, c'est moi qui te le dis !

Le captif ne peut retenir un gémissement et lança un regard assassin à Aghanim qui s'esclaffa avant de le lâcher. Robin s'écroula sur le sol et peina à se redresser. Le jeune vainqueur revint vers les Gerudos.

— Par contre, je veux que vous retourniez dans la forêt pour retrouver le fugitif, celui qui s'est enfui de notre prison. Il s'est échappé et s'est probablement perdu, vous n'aurez qu'à le cueillir. Il est blessé et désorienté. Même vous ne pourrez pas rater cette mission d'une facilité déconcertante. Allez-y en nombre, il y a beaucoup de terrain à couvrir et, surtout, ne revenez pas les mains vides.

Les Gerudos firent un salut militaire peu convaincant et se précipitèrent pour obéir aux ordres. Aghanim continua son chemin vers le château. Robin et Line reprirent leur marche, les yeux toujours au sol. Ils entrèrent par la porte principale, après avoir traversé la ville dont les rues étaient presque vides. La plupart des Gerudos avaient rapidement répondu à l'appel de leurs consœurs qui montaient la garde et les habitants s'étaient réfugiés dans leur demeure en le voyant arriver.

En traversant la place, Aghanim vit les cages et détourna son visage de cette vision d'horreur, il reconnut celles qui l'avaient accompagné. Line et Robin n'en virent que les ombres, ce qui les effraya, mais ils firent en sorte de ne rien laisser paraître.

Les soldats placés aux grilles du jardin royal les ouvrirent sans poser de questions. C'était des Hyliens qui se contenaient d'obéir aux ordres. Ils étaient peu employés et toujours placés à des postes non stratégiques. Pour arriver jusqu'à eux, il fallait d'abord passer devant les Gerudos et leur rôle se bornait à l'ouverture des portes pour le roi.

Aghanim avançait en premier, suivi par Line et Robin qui ne relevaient toujours pas la tête. Après avoir traversé les espaces verts et franchi la porte du château, ils parvinrent devant l'entrée. Ce qu'ils ne virent pas, c'était le visage de Ganondorf qui l'espionnait depuis une des fenêtres de la salle du trône. Un sourire étira sa face.

Aghanim les mena à travers de nombreux couloirs, des grands escaliers, pour finir par arriver devant une gigantesque porte gardée par deux soldats. Il leur demanda d'ouvrir et entra dans la salle du trône. Ganondorf était là, assis sur le siège royal. Son visage ne trahissait aucune expression. Aghanim se prosterna devant lui et le salua après avoir déposé son sac à ses pieds.

— Où étais-tu, aboya ce dernier. Voilà dix jours que tout le monde te cherche partout.

— J'ai été capturé, mon roi, mais j'ai réussi à m'échapper et je vous ai ramené un présent.

Il se releva et se plaça derrière ses deux prisonniers pour les faire avancer et les obliger à se mettre à genoux.

— Deux personnes de choix puisque nous avons la propre fille du fugitif, ainsi que son petit ami qui l'a aidé à le libérer.

— Intéressant, déclara Ganondorf. Et comment as-tu réussi cet exploit ?

— J'ai mis vos enseignements en pratique, père, bredouilla-t-il.

Il ne s'attendait pas à cette question et perdit un peu de sa confiance en lui. Le roi se doutait-il de quelque chose ? Ganondorf se mit à rire, se leva et s'approcha de son fils adoptif.

— Je reconnais bien là celui que j'ai élevé.

Il lui mit une main sur l'épaule et Aghanim qui se détendit un peu. Derrière lui, Robin échangea un regard avec Line. Il lui fit signe de se tenir prête pour une tentative. Ce faisant, il perdit un instant la situation des yeux. Il fut surpris par un geste rapide.

Ganondorf prit l'épée qu'Aghanim portait à la ceinture et fit volte-face pour attraper le jeune homme placé derrière lui et lui coller la lame sous la gorge. Ce dernier ramena ses mains vers l'avant et lâcha la corde qu'il tenait pour donner l'illusion qu'il était attaché.

— Je vous conseille à tous les deux de déposer vos armes et de vous rendre, cracha-t-il en direction de Line et de son fils adoptif.

Paniquée, Line se révéla, la corde tomba sur le sol.

— Me pensais-tu assez naïf pour croire que tu avais pu te libérer seul ? Espères-tu être le premier à essayer de me trahir ?

— Je…

— Je… suis aussi stupide que mon père, se moqua-t-il. C'est ça que tu essayes de me dire. Ta formation avait pour but de te rendre docile, pas de te donner la possibilité de réfléchir par toi-même. De plus, connaissant les capacités de la grande Impa, tu n'aurais pas pu t'échapper.

Aghanim reçut l'insulte en pleine face. Les mots tournèrent dans sa tête.

— Donc, tout ce qu'ils m'ont dit était la vérité.

— Bien sûr, je t'ai menti ! En doutais-tu encore ?

— Je… Je… Non, mais j'avais l'espoir que…

— Que ? Que certaines choses étaient vraies ? Comme mon attachement pour toi ? Tu pensais que j'allais tout arrêter par amour pour toi ? Tu es encore plus naïf que je ne croyais. Vous faites la paire, toi et ton géniteur.

Line sentait la colère la consumer à l'entendre insulter celui qui avait déjà tant enduré à cause de set imposteur.

— Tu ne lui arrives pas à la cheville.

— C'est ta sœur, alors ? J'espère que les retrouvailles ont été intéressantes, car elles risquent de mal se terminer pour vous.

En disant ces mots, il n'avait pas bougé d'un millimètre, sa lame toujours sur le coup de Robin qui n'osait même plus déglutir. Lui aussi avait, par réflexe, lâché la corde qu'il gardait en main pour simuler des attaches. Ganondorf l'observa attentivement.

— Hum ! Ça doit faire mal, dit-il en levant légèrement sa lame pour la placer sur la blessure.

Le contact déclencha un gémissement.

— J'imagine que c'était pour la crédibilité de votre petit manège. C'est dommage, tu n'auras réussi qu'à anticiper les souffrances que je vais t'infliger, car, crois-moi, tu en baveras avant de mourir. Tu me supplieras de t'achever.

Il se retourna vers les deux autres en replaçant la lame sous la gorge de Robin qui luttait pour ne pas crier.

— Quant à vous, je vous ai demandé de lâcher vos armes. Je sais que tu gardes une lame, cachée quelque part sur toi, dit-il à Line. Tu ne serais pas venue ici les mains vides, n'est-ce pas. Impa t'a sans doute enseigné plus de prudence.

— Lâche-le et on épargnera ta vie !

— Tu es bien présomptueuse, jeune fille. Je te rappelle que c'est moi qui ai l'arme et l'avantage. Regarde !

Il approcha la larme du cou de Robin qui ne put réprimer une grimace de douleur. Une goutte de sang se mit à glisser sur la lame.

— Arrête ! hurla Line.

Elle tira un poignard qu'elle cachait dans un étui accroché à sa jambe et le jeta par terre. Aghanim laissa tomber l'arc qu'il portait au dos, son épée étant dans la main de son père adoptif.

— Alors maintenant, tu as le choix : soit tu attaches l'idiot que voilà avec cette corde, soit tu regardes ton petit ami se vider de son sang.

Les yeux de Robin et de Line se remplirent d'horreur. La lame s'approcha encore plus de la peau du jeune homme et une goutte de sang perla. Il n'en fallut pas plus pour la décider. Elle n'avait pas le choix, elle ramassa la corde et s'empara des mains d'Aghanim qui se laissa faire.

— Je suis désolée.

— Ne t'en fais pas. On trouvera une autre solution.

Elle serra la corde.

— Comme c'est touchant ! Maintenant, recule !

Il s'approcha, en entraînant Robin et vérifia la solidité des liens. Satisfait, il reprit la parole.

— Bien, tu as compris qu'il était dans ton intérêt de coopérer. Je pourrais envisager de te donner la mort sans souffrance, ce ne sera pas le cas de ton frère.

Il les regarda tous les deux.

— C'est très drôle. En fait, j'aurais dû vous garder tous les deux, j'aurais eu plus de divertissements. Si seulement, j'avais su que cet incapable ferait deux enfants au lieu d'un. Ma vengeance aurait été beaucoup plus implacable.

— Qu'attendais-tu de moi ? demanda Aghanim qui commençait à comprendre.

Sa question n'était pas tant pour avoir une explication que de l'entendre de la bouche même de celui qui lui avait si longtemps menti. Cela pourrait rendre réel ce qu'il avait deviné.

— Avant de me poser des questions stupides, réfléchis quelques secondes. Cela pourrait t'éviter une gifle.

— Alors toutes ces histoires sur ses nombreux crimes contre mes parents, inventées de toutes pièces, c'était juste pour m'inciter à exercer ma vengeance sur lui. Et après ?

— Ne me fais pas croire que tes amis ne t'ont rien raconté. Tu as dû parler à ton père aussi. D'ailleurs, comment va-t-il ? La dernière fois que je l'ai vu, il avait du mal à se remettre des coups reçus des mains de son propre fils.

Ganondorf éclata de rire.

— Il est vivant. Et, malgré… malgré…

— Il t'aime toujours ? Typique de lui, ça ! C'est ce qui lui a coûté sa liberté.

— Ils m'ont raconté, il t'a sauvé la vie et c'est comme ça que tu le remercies ?

— À cause de lui, j'ai été exilé dans le désert, j'ai perdu tous mes privilèges. Bon, ça suffit, maintenant. Je n'ai pas à me justifier devant toi ! Gardes ! Emparez-vous de ces intrus et enfermez-les dans les cachots.

Il y eut un grand bruit de portes, mais celles-ci restèrent bloquées. Ganondorf réitéra son ordre, mais les battants ne firent que trembler.

— Nous ne sommes pas venus seuls, déclara Line, l'espoir dans le cœur. Nous ne sommes pas assez stupides pour nous jeter dans la gueule du loup sans un plan méticuleusement préparé. Les sages d'Hyrule se sont réunis pour te couper toute retraite. Personne n'entrera ni ne sortira d'ici. Un dôme infranchissable nous isole. Tes soldats ne peuvent plus rien pour toi.

Il éclata de rire

— Vraiment ? Sans vouloir vous offenser, ma chère, c'est plutôt vous qui êtes en mauvaise posture actuellement.

Ganondorf baissa l'épée, attrapa Robin par le col de sa chemise et l'envoya voler à l'autre bout de la pièce. Il percuta un mur de plein fouet et retomba sur le sol, inconscient.

— De trois, vous êtes passés à deux, avec l'un d'entre vous en mauvaise posture.

Line jeta un œil aux armes sur le sol. Elle s'élança vers l'arc et allait l'atteindre quand son ennemi posa le pied dessus.

— Tsss ! Vous me faites pitié. Tout ça… pour ça.

Il ramassa l'arc et l'épée d'Aghanim, puis envoya le sac apporté à l'autre bout de la pièce. Il s'avança vers Line qui, instinctivement, reculait.

Dans le temps de la forêt, Link se rongeait les sangs. Cela faisait maintenant plus de deux heures que les héros volontaires avaient quitté leur planque pour retourner au château d'Hyrule. Ils comptaient entrer en feignant une capture. Maintenant qu'Aghanim s'était rallié à eux, ils pouvaient suivre le plan de Rauru.

Le Héros du temps se rappela sa première rencontre avec son fils dans ses murs, deux jours auparavant. Impa lui avait annoncé la veille qu'il commençait à réfléchir et que c'était le moment pour eux de se parler.

Link entra doucement dans la pièce. Aghanim était installé sur son lit, le dos appuyé contre le mur et les yeux plongés dans un livre sur les légendes d'Hyrule. Il y avait beaucoup d'histoires qui racontaient les terribles combats entre les véritables souverains et ceux qui voulaient prendre le pouvoir. À chaque fois, un Héros venait protéger le pays, un orphelin qui risquait sa vie pour sauver celle de ses contemporains.

Link s'avança doucement, il s'aida de sa canne. Il s'arrêta, pris par un terrible souvenir. Il revoyait le jeune homme le frapper avec son fouet. Dès la deuxième séance, il avait été attaché sur une sorte de planche la tête maintenue de façon à ce qu'il puisse observer son bourreau à l'œuvre.

La violence de l'image lui fit perdre l'équilibre et sa cheville blessée se déroba. Il eut juste le temps de se rattraper avec sa canne, mais le bruit attira le regard d'Aghanim qui se leva d'un bond et vint l'aider à rester debout.

Ça va ? demanda ce dernier.

Mieux que toi visiblement, dit-il en montrant la canne.

Il aida son père à avancer et ils s'assirent tous les deux sur le lit.

Je ne suis pas encore capable de me déplacer sans, sourit-il, et même avec, ce n'est pas convaincant. Il faut dire que tu ne m'as pas raté.

Aghanim baissa les yeux.

Je pensais que tu avais tué mon père pour pouvoir épouser ma mère et prendre sa place au sein de l'armée.

Je ne comprends pas. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? C'est ça qu'il t'a fait croire ? C'est pour cela, cette haine que tu me vouais ?

Il m'a raconté que tu avais tué mes parents et que tu avais fui juste après. Il y a deux ans, il est venu me dire qu'il t'avait capturé et qu'il me laissait le soin de t'infliger la punition que tu méritais.

Cela faisait des années que j'étais entre ses mains. Depuis le jour de ta naissance.

J'aurais dû m'en rendre compte… Ton corps était couvert de cicatrices et tu étais sous-alimenté. Mais je l'ai cru quand il a dit que cela t'avait été infligé par tes semblables. Il s'était occupé de moi, m'avait tou donné, je ne pouvais pas imaginer qu'il me mentait.

Pourtant, tu n'as pas eu la vie facile d'après ce que j'ai entendu par Zelda.

J'ai eu une formation de soldats, c'était pour mon bien.

Non, je suis instructeur et je n'ai jamais agi comme ça. Mes entraînements étaient durs, je l'avoue, mais je n'ai jamais frappé mes élèves, je ne leur ai jamais infligé de punition, comme l'enfermement. J'encourageais les liens et la coopération entre eux. C'est comme ça qu'on devient un bon soldat.

Aghanim ferma les yeux, les souvenirs des sanctions lui revenaient en mémoire, toutes plus dures les unes que les autres.

Cela m'a rendu fort. J'ai cru que c'était le lot de tous. Je n'ai jamais pu en parler, je n'avais pas d'amis.

Il t'isolait pour mieux te contrôler. Il a utilisé la même technique avec moi.

Quel était son but ? Il m'avait promis le royaume et la main de la princesse Prudence.

Si j'ai bien compris, tu devais me donner la mort. Après, j'imagine qu'il t'aurait avouer la vérité pour te détruire, mais je ne peux pas t'en dire plus. Lui seul pourra te révéler ses intentions…

Link se demanda s'il avait pu avoir des réponses à ses questions. Malgré tout ce qu'on pouvait penser, le jeune homme restait fragile émotionnellement, après avoir appris que celui qui se disait son père s'était servi de lui.

Il recommença à faire les cent pas et jeta un œil à la pièce dans laquelle les sages s'étaient enfermés avec Zelda. Lors de leur dernière entrevue avec Rauru, le plan avait été préparé dans ses moindres détails.

Nous n'avons pas besoin d'entrer en foule, les seules personnes qui doivent se trouver en face de l'usurpateur sont les deux enfants du Héros du temps, ce sont qui peuvent le battre, mais ils doivent être solidaires. L'un sans l'autre, ils ne peuvent rien.

Mais, comment faire pour entrer ? demanda Line.

Je pense que mon idée ne va pas vous plaire.

Rauru se tourna vers le Héros du temps qui tenait difficilement debout.

Ni à toi, Link, mais c'est la seule façon de le rejoindre sans devoir s'en prendre aux innocents. Il faut que les Gerudos, comme les Hyliens, vous laissent passer. C'est impératif pour le bon déroulement du plan.

Aghanim s'était mis à l'écart, pour ne pas devoir supporter les regards des sages. Tous l'avaient vu à l'œuvre et se méfiaient de lui. Il ne leur en voulait pas comprenait leur réaction. Jusque là, il avait gardé la tête baissée et écoutait, mais il releva les yeux et fixa Rauru.

Je peux pénétrer facilement dans la cité et dans le château, intervint Aghanim. Line peut passer pour ma captive.

Non, s'insurgea Robin, je refuse de la laisser se balader avec toi en tant que prisonnière.

Le jeune homme ne croyait pas non plus dans le fait qu'il était à présent de leur côté.

Rien ne t'empêche de nous accompagner si tu ne me fais pas confiance.

Il lança un regard noir à l'ami de sa sœur. Celle-ci avait accepté son retour. Si ce garçon l'aimait vraiment, comme il le prétendait, il devrait la suivre sur ce coup.

Effectivement, Robin, ajouta Rauru qui voulait apaiser les tensions. Tu as prouvé ta valeur et tu pourrais bien avoir un rôle à jouer dans cette histoire. Sans toi, personne ne serait ici. Désires-tu les accompagner ?

Le jeune homme tourna son regard vers Line qui le fixait aussi, puis vers Aghanime qui semblait s'être désintéressé du problème. La vérité était tout autre. Il ne se sentait pas à l'aise et aurait tout donné pour être ailleurs. S'en apercevant, le Héros du temps, qui n'était pas loin de lui, posa une main apaisante sur son épaule et lui glissa tout bas :

Ne t'en fais pas. Quand ils auront appris à te connaître, leurs sentiments changeront.

Que devons-nous faire une fois sur place ? interrogea Line.

Rauru exposa alors son plan. Avec l'aide des sages et de la princesse, il créerait un dôme autour de leur position pour empêcher les Gerudos d'intervenir.

Comment ferez-vous pour nous localiser ?

Grâce aux six médailles des sages qu'il vous faudra porter sur vous. Nous pourrons ainsi vous localiser.

Aghanim proposa alors de les envoyer derrière un leurre, de les faire courir après un fugitif. Ses mots furent suivis d'un regard appuyé vers son père qui valida l'idée.

Plus il y aura de Gerudos hors du château et plus la reprise des lieux sera facile par l'armée, ajouta-t-il.

Ça n'explique pas comment nous pourrons le détruire, dit Line pour revenir au point qui l'intéressait.

Vous aurez besoin de l'Épée de Légende.

L'arme suprême, la lame purificatrice.

Celle-là même, celle qui ne peut être touchée que par une âme sans tâche. Vous devrez aller la chercher, elle reconnaîtra son ou ses porteurs. Pour la récupérer, vous devrez donc passer par le temple du Temps et y entrer.

À ces mots, Aghanim devint livide, certains des ouvrages en parlaient et ils disaient que seuls ceux qui avaient une âme pure pouvaient la toucher. Sous les ordres de Ganondorf, il avait beaucoup de mal, il s'était souillé.

Mais je le croyais scellé, intervient Line.

Très peu de personnes le savent, mais ton père l'a ouvert.

Le reste de la réunion se passa en discussions. Rauru dut user de toute sa persuasion pour convaincre les sages de laisser Line et Robin partir avec Aghanim. Il rappela qu'il avait fait confiance à un enfant de dix ans pour empêcher la première tentative de prise de pouvoir. Link, quant à lui, se porta garant pour son fils. Le fait que sa fille participait à l'action les rassura et le plan fut accepté.

Mido rejoignit Link et lui apporta un peu d'eau et de nourriture, car son anxiété avait monté d'un cran.

— Tu ne les aideras pas en refusant de manger. Tu en as besoin pour aller mieux.

— Tu as raison.

Ils s'installèrent pour manger.

Dans la salle du trône, la situation ne s'arrangeait pas. Aghanim observait partout, à la recherche de quelque chose qui pourrait l'aider. Il savait que l'élément qui les sauverait ne se trouvait pas loin, car c'était lui qui l'avait amené jusque là et, d'après ce qu'il avait appris récemment, Ganondorf ne pouvait pas la « toucher ».

Cela, il l'avait compris quelques heures plus tôt.

En quittant le Temple de la forêt, Robin, Line et lui s'étaient directement rendus près de la cité. Ils avaient voyagé, vêtus de capes les couvrant de la tête au pied pour ne pas être reconnus. Passant dans le quartier marchand de la ville en début d'après-midi, ils avaient réussi à s'infiltrer.

Robin n'était jamais entré dans ce grand bâtiment qu'il apercevait parfois de loin. Il allait le voir de très près. Ils n'eurent aucune difficulté à y pénétrer.

Le jeune homme fut ébloui par la lumière qui régnait à l'intérieur. Le silence était oppressant. Il s'avança, suivi par Line et Aghanim. Tous les trois n'osaient pas dire un mot devant la solennité des lieux. Ils traversèrent une immense salle au bout de laquelle se dressait un pied destale.

Ils avancèrent vers une ouverture qui menait à une plus petite. C'était là que devait se trouver la pierre dans laquelle la fameuse Lame purificatrice était plantée. Aghanim s'arrêta. Même s'il ne voulait pas le laisser voir, il avait peur. Peur de ce qui l'attendait lui s'il avait l'audace de la toucher. Accepterait-elle de le laisser prendre ?

Il s'interrogeait. Comment cette arme réagirait-elle en face de lui, après tout ce qu'il avait fait ? Certes, il n'avait jamais tué personne, mais il avait fait beaucoup de mal. Les conséquences de ses actes étaient nombreuses. En fermant les yeux, il se revit en train de frapper son propre père. La dernière fois, ses coups avaient carrément provoqué son évanouissement. Il en avait d'ailleurs discuté avec lui et se souvenant des paroles rassurantes : « Ne t'inquiète pas ! Ce ne sont pas tes actes qui seront jugés, mais ce que tu as dans le cœur. Moi, je sais ce que tu es à l'intérieur et ce que je vois est beau. » Il avait joint le geste à la parole en posant sa main sur la poitrine de son fils. Cela avait suffi à l'apaiser sur le moment, mais, maintenant qu'il était sur le point de la toucher, sa panique revenait.

Il prit une grande inspiration et entra dans la pièce. Line et Robin y étaient déjà. Ils ne bougeaient pas. Aghanim voulut leur demander où elle se trouvait, mais quelque chose attira son attention. Il comprit immédiatement leur état.

La pierre censée accueillir la lame était vide.