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Chapitre 25 Le temps d'une rose

Le voyage étant calme et agréable entre New York et Philadelphie, Drago somnolait sur l'épaule d'Harry, qui appréhendait la rencontre avec le fameux Severus, bien plus qu'il ne voulait bien se l'avouer.

Il se rappelait le comportement des Malefoy avec les domestiques, et craignait le mépris de l'oncle, même s'il n'était plus sensé en être un. Saurait-il faire illusion ? Ils préparait déjà un petit laïus dans sa tête, pour justifier sa présence auprès de Drago, et était surpris du calme de ce dernier. Il semblait à l'aise en toute circonstance, et ne se laissait jamais démonter, quel que soit l'interlocuteur. Harry lui enviait cette prestance et cette confiance en lui, même si elle n'était souvent que de façade. Il le connaissait bien maintenant, et savait qu'il était plus fragile qu'il ne le paraissait.

Il était heureux de profiter des paysages verdoyants, qui lui rappelaient son Angleterre natale. Un vent chaud le caressait, en ce début mai. Une chaleur tout à fait inhabituelle pour lui si tôt dans la saison, mais le temps de la Pennsylvanie n'était pas celui du Surrey.

Il n'osait pas bouger, pour ne pas réveiller le blond dont la tête reposait dans son cou, dont il percevait le souffle régulier. Il était à la fois gêné de cet abandon public, et ému de sentir ce corps contre lui. Plus que jamais l'odeur des cheveux blonds le troublait, cette odeur si particulière qu'il aurait reconnue entre mille et qui générait toujours une tendre émotion chez lui. Elle se mêlait à celle des arbres en fleurs, tout au long du chemin.

Heureusement le cocher leur tournait le dos, et il n'y avait pas grand monde sur la route.

Il fut presque déçu quand ils arrivèrent enfin aux portes de la ville. Quand ils pénétrèrent dans Philadelphie il fut impressionné par les grandes avenues rectilignes bordées d'arbres et le calme de la cité, comparée à New York. Le centre cependant était plus animé, et il admira au passage quelques monuments, comme l'Independance Hall et le récent Musée des Arts.

Il réveilla doucement son amant, qui lui sourit :

- Merci de m'avoir laissé dormir sur ton épaule, Harry. C'était très confortable. Je savais bien que tu me servirais toujours à quelque chose, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

- Très drôle…

- Ca ne va pas ? Tu es ankylosé ?

- Non, pas du tout, rassure-toi. Mais l'idée de rencontrer ton oncle me déplaît…

- N'aie pas peur…il ne mange pas les grands garçons.

Harry haussa les épaules. Drago rajouta, à voix basse :

- Il n'y a que moi qui aie le droit de te dévorer…

Harry sourit, mais son sourire s'effaça quand il continua :

- Il faudra être prudent avec lui, quand même. C'est un vrai rapace, à l'affût de tout. Dis-en le moins possible, réponds par oui ou non, et surtout n'essaie pas d'être gentil ou souriant. Sois le plus froid et sec possible, en toute circonstance. Ne te laisse pas désarçonner par ses questions, il est curieux comme une fouine.

- Oh misère ! C'est maintenant que tu me dis ça ??

- Ben oui…Je ne voulais pas gâcher notre séjour new-yorkais…rassure-toi, je suis là. Et ne t'étonne pas si je change d'attitude avec lui, il a l'habitude de me voir revêche et déplaisant, et je ne veux surtout pas qu'il devine que je suis heureux avec toi. Il ne supporte pas le bonheur, je crois.

Harry soupira en repensant au Drago qu'il avait connu, pédant et insupportable, et se dit qu'il risquait de passer de mauvais moments s'il réapparaissait.

La calèche s'arrêta devant une maison majestueuse, de style néo classique, avec de grandes colonnes en marbre de chaque côté de l'entrée. Elle était entourée par une pelouse impeccable, d'un vert vif, agrémentée ça et là de rosiers et arbres immenses.

- Dis donc, il doit être riche, ton oncle…

- Oui, il a fait fortune ici. Mais ne te laisse pas impressionner, c'est très tape-à-l'œil tout ça…

Harry trouvait la demeure splendide, quant à lui.

La calèche s'arrêta devant un immense escalier, et un domestique s'empressa de descendre les aider.

Dans le hall majestueux, tout en marbre, un homme d'une cinquantaine d'années, aux cheveux noirs comme une aile de corbeau et au visage renfermé, s'avança vers eux :

- Drago, mon neveu…bienvenue dans mon humble demeure.

- Merci mon oncle, répondit Drago avec froideur. Permets moi de te présenter mon ami M. Potter, qui m'accompagne…

- Ravi de faire votre connaissance, jeune homme, dit Severus avec obséquiosité.

- Bonjour, Monsieur, répondit Harry, mal à l'aise.

L'homme le fixait en effet de son regard perçant et Harry eut l'impression qu'il fouillait les tréfonds de son âme rien qu'en l'observant. Il lui sembla qu'un mince sourire apparaissait sur ses lèvres, aussi fin et tranchant qu'une lame de couteau, qui disparut rapidement.

L'homme les précéda jusqu'à un salon dont les rideaux avaient été tirés, gardant ainsi une délicieuse fraîcheur. Ils prirent place dans des fauteuils, autour d'une table basse, et un domestique leur déposa un plateau chargé de fruits et petits gâteaux.

- Mon neveu, il serait d'usage de prendre le thé, mais vue la chaleur qui règne dans ces colonies…je te propose plutôt une citronnade.

- Merci, mon oncle, fit Drago d'un ton absent.

Le domestique les servit et leur remit à chacun une petite assiette remplie de viennoiseries et de fruits découpés. Harry était sur le point de se jeter dessus quand un léger « hum hum » de Drago lui mit la puce à l'oreille. Il se rappela qu'il n'était pas sensé se jeter sur la nourriture, et attendit que Drago se saisisse négligemment d'un minuscule cake pour en faire autant.

Mais tandis que Drago le grignotait négligemment du bout des lèvres Harry n'en fit qu'une bouchée, suscitant un froncement de sourcils chez le blond.

Lorsque le domestique se fut retiré, Severus, qui observait Harry d'un œil inquisiteur, s'adressa à Drago :

- A propos, toutes mes félicitations pour ce grand bonheur, mon cher…

Drago leva un sourcil surpris et Severus reprit :

- Oui, je n'avais pas encore eu l'occasion de te féliciter pour ce magnifique mariage.

- Oh ! Merci mon oncle…

- Tu dois être très heureux…

- Je ne saurais dire à quel point, répondit Drago sans sourciller.

Ils burent une gorgée de citronnade et Severus reprit :

- Ta charmante épouse ne t'accompagne pas ?? Quel dommage…j'aurais été ravi de la rencontrer.

- Je n'en doute pas, mon oncle…

- Comment s'appelle t- elle, déjà ??

- …Virginia, répondit Drago après un instant d'hésitation.

- Ah oui…Virginia. J'aurais aimé faire sa connaissance. Il semble qu'elle soit délicieuse, d'après ce que m'a dit Narcissa. Mais j'imagine que dans son état la traversée n'aurait pas été prudente, lâcha-t-il en le fixant avec intérêt.

- Pardon ?

- Mais oui, tu sais…sa…Enfin, l'heureux évènement qui est attendu pour dans quelques mois…

Harry, qui écoutait d'une oreille distraite en dévorant les fruits, s'étrangla bruyamment, s'attirant un nouveau regard courroucé de Drago.

- Vous êtes sûr, mon oncle ? reprit ce dernier d'un ton surpris.

- Absolument…ta mère vient de me l'annoncer par lettre. Tu n'étais pas au courant ?

- Non…nous sommes partis…enfin je suis parti il y a presque un mois, et cette bonne nouvelle n'était pas encore connue

- Toutes mes félicitations, en tout cas. La descendance des Malefoy sera assurée. C'est une bonne chose, vus les biens que vous avez. Tu dois être fou de joie, n'est–ce pas ?

- Bien entendu…

- Comptes-tu retourner en Angleterre voir ton épouse pour la naissance de ton héritier ??

Harry se tourna vivement vers Drago, qui crispa sa main autour de son accoudoir :

- Je ne sais pas encore, à vrai dire. J'aviserai.

- A moins que tu ne préfères qu'elle te rejoigne…

- Nous verrons cela, mon oncle, en temps et heure. Comme vous l'avez dit, la traversée dans son état ne serait pas prudente.

- De toute façon, je ne doute pas que ma chère sœur saura veiller sur elle…

- Je n'en doute pas non plus, mon oncle.

- Et que ton père saura prendre soin de ton fils, ou de ta fille.

- Absolument. Il fera cela pour moi comme j'aurais fait ça pour lui, dans la même situation, répondit Drago avec assurance.

Harry n'en croyait pas ses oreilles : par quel caprice du destin Lucius allait-il s'occuper de l'enfant de son fils, alors que Drago s'était engagé à pourvoir à l'éducation de Gabriel, fils de Lucius ??

Il repensa à la nuit de noces et se dit qu'heureusement, grâce à sa détermination, l'enfant serait bel et bien un Malefoy, et pas un Potter.

Severus parut satisfait des réponses de son neveu, et se tourna vers Harry :

- Vous venez d'où, exactement, M. Potter ?

- Du…Surrey, comme Dra…hum, comme lord Malefoy.

- Vraiment ? Et comment vous êtes vous rencontrés ? demanda-t-il, curieux.

- Sur le bateau…

- Quelle coïncidence…Potter, vous dites ?? Il y avait une famille Potter, près de la résidence de ma famille, dans le comté d'Elmbridge.

- Oui, c'est bien de là que je viens.

- J'en étais certain, à votre accent. Vous avez typiquement le parler des gens de là-bas. Vos parents vont bien ?

- Non, ils sont décédés, tous les deux.

- Oh…désolé, vraiment. Et c'est pour ça que vous avez décidé de partir en Amérique, j'imagine ?

- Oui, exactement.

- Ca a dû être difficile pour vous, de quitter votre maison.

- Très dur, oui.

- Bien sûr…je comprends. Quelle chance pour vous d'avoir sympathisé avec mon neveu…Il n'est pourtant pas d'un abord très facile…Comment cela s'est-il passé, exactement ? demanda-t-il avec un petit sourire.

- Et bien…

Drago décroisa les jambes et répondit :

- Je ne pense pas que cette histoire soit passionnante, mon oncle. Nous sommes fatigués, le voyage a été éprouvant, par cette chaleur. Pourrions nous nous rafraîchir dans nos appartements ?

- Soit. On va vous guider. Je me permets de vous rappeler que le dîner est servi à 7h30 précises. Dans le grand salon.

Un domestique noir vint les rejoindre, au grand étonnement d'Harry. Drago ne broncha pas et ils montèrent à l'étage.

Harry était fortement impressionné par le luxe et l'immensité des lieux, qui faisaient presque paraître le manoir Malefoy comme une gentille chaumière. Un silence imposant régnait, loin de l'agitation qu'ils avaient connue à New York, et le moindre bruit était amplifié par le marbre du sol.

Sa chambre lui parut immense également, bien que meublée sans ostentation. Il reconnut l'austérité toute protestante de l'oncle de Drago dans cette volonté de dépouillement. Il fut gêné lorsque le domestique commença à déballer et à ranger ses affaires dans l'armoire, et fut sur le point de lui dire qu'il ferait ça lui-même, mais il se rappela les consignes de Drago et s'éloigna vers la fenêtre, sans mot dire.

La vue de la fenêtre était splendide, donnant sur un jardin magnifiquement entretenu et rempli de roses. Un jeune jardinier était justement en train de les tailler et il leva les yeux vers Harry, surpris. Ils s'observèrent quelques secondes et le jardinier baissa précipitamment les yeux.

Harry eut envie de lui sourire pour lui signifier qu'il était son égal, et qu'il n'était pas à craindre, mais le jeune homme avait déjà repris son activité.

Après le départ du valet, il s'allongea et s'endormit sans s'en rendre compte.

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Des coups discrets frappés à la porte le réveillèrent bien plus tard. Le valet entra et lui dit :

- Puis-je aider Monsieur à s'habiller pour le dîner ?

Harry faillit répondre par la négative et réalisa qu'il aurait sans doute besoin d'aide, en effet, pour choisir la tenue adéquate. Il n'avait pas retenu grand-chose de sa brève expérience de valet, et fut heureux de penser que le domestique allait choisir les vêtements avec soin, à sa place.

- Faites, je vous en prie, répondit-il du ton le plus neutre possible.

Il n'apprécia guère d'être vêtu et dévêtu par le valet, ayant l'impression d'être une poupée qu'on habille et qu'on déshabille. Mais ce dernier restait parfaitement impassible, même lorsqu'il le frôlait parfois par inadvertance.

Harry ne put s'empêcher de repenser aux confidences de Drago sur le comportement d'Andrew, et se dit qu'il avait dû être bien difficile à un si jeune homme de supporter les attouchements d'un homme plus âgé, dans ces moments-là.

Il sourit en se disant qu'à cet instant précis il aurait également nettement préféré demeurer le valet du blond plutôt que son compagnon de voyage, pour pouvoir le déshabiller et l'habiller à sa guise.

Il rejoignit Drago et Severus dans la grande salle à manger. Ils étaient assis face à face, de part et d'autre d'une immense table, et semblaient se jauger du regard.

Harry eut l'impression que la tension était palpable, et se demanda s'il avait raté un échange entre eux.

Severus se leva pour réciter ses grâces, et Harry calqua son attitude sur celle du blond. Il retrouva plus ou moins les paroles du benedicite et fut soulagé de se rasseoir.

Il fut sur ses gardes dès le début du repas, à essayer de ne pas commettre d'impair, mais heureusement Drago et son oncle discutèrent de leurs connaissances communes, et il n'intervint pratiquement pas dans la discussion, à son grand soulagement.

Il se détendit, dégusta avec plaisir les mets servis par les domestiques, et apprécia le vin de France, qui lui tourna rapidement la tête. A plusieurs reprises il eut l'impression d'une joute verbale entre les deux hommes, sans en saisir les enjeux.

Il laissait son regard errer entre le magnifique bouquet de fleurs devant lui et Drago, et remarqua que ses lèvres légèrement charnues étaient du même ton qu'un délicat bouton de rose, et semblaient tout aussi veloutées. Sa peau semblait fine comme de la soie et même les bougies paraissaient ternes à côté de l'éclat de ses cheveux blonds. Il le trouvait incroyablement beau, ainsi vêtu, et ne pouvait détacher ses yeux de cette tendre bouche qui savait si bien lui souffler les mots les plus impudiques et lui arracher des cris de plaisir, dans les moments intimes.

Il soupira, saisi par une douce torpeur, et imagina les lèvres humides sur sa virilité, la langue titillant son gland rougi, ce qui le troubla et fit immédiatement affluer le sang dans sa verge.

Plus Drago parlait sérieusement de la situation économique anglaise, en termes techniques et détachés, plus Harry avait envie de lui et imaginait cette bouche habile sur son sexe lui procurant mille plaisirs interdits. Il mordilla sa lèvre, fou de désir, tentant en vain de refreiner ses instincts. Il se demanda comment il allait pouvoir prendre possession le soir même de ce corps blond, pour le faire hurler de plaisir. Il s'imagina au dessus de lui, totalement nu, totalement offert, déposant ses jambes sur ses épaules et le pénétrant avec délicatesse, en le regardant au fond des yeux. Il évoqua sa douceur et son étroitesse intime, son regard éperdu tandis qu'il le prenait, de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu'à lui arracher la plus intense des jouissances dans une plainte rauque.

A ce moment Drago se tourna vers lui, le foudroya du regard et Harry reprit contenance, tant bien que mal. Le blond allait encore lui reprocher de le dévorer des yeux, ce qui était malheureusement vrai.

Il n'arrivait cependant pas à se calmer, échauffé par le vin rouge et la beauté de son amant, et, sous l'œil acéré de Severus, qui dissertait sur le sort des indiens d'Amérique, se leva tant bien que mal et se rendit aux toilettes le plus dignement possible.

Là il s'appuya à la porte close et posa sa main sur son sexe tendu et douloureux. Il la lécha rapidement pour l'humidifier et commença à se caresser, avec vigueur, faisant aller et venir la peau sur la hampe et le gland, en gémissant.

C'était d'autant plus excitant pour lui qu'il imaginait Drago rendu fou de rage par son comportement, et Severus horriblement choqué. Quand il évoqua les fesses rondes et les bourses blondes, qu'il imagina tenir dans sa main tandis qu'il s'immisçait dans son fourreau de chair, il sentit une vague de plaisir monter en lui et le sperme gicla jusque sur le mur en face, en long jets.

Il attendit de reprendre ses esprits avant de retrouver ses hôtes qui dégustaient leur dessert en silence. Il ne regarda ni l'un ni l'autre et attaqua sa crème brûlée avec appétit.

Le reste de la soirée se déroula sans encombre, et Harry participa même brièvement à la conversation, mais il devinait sous l'impassibilité de Drago que celui-ci savait parfaitement ce qui s'était passé, et qu'il ne manquerait pas de le lui reprocher vertement, à la première occasion. Après tout, ce n'était pas de sa faute si le blond était tellement désirable.

Bien décidé à lui couper l'herbe sous le pied, il salua brièvement son hôte et se dépêcha de disparaître dans sa chambre, avant que Drago n'ait pu lui adresser la parole.

Il se dévêtit rapidement et s'endormit immédiatement.

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Le lendemain il se réveilla tôt, frais et dispo, fit une rapide toilette et s'habilla, avant que le domestique n'arrive. Il descendit jusqu'à la salle à manger, qui était déserte, et croisa une femme de chambre qui lui dit :

- Le breakfast sera servi à huit heures, Monsieur. Notre maître est à la chapelle pour l'office du matin.

- Oh ! très bien, merci, répondit Harry.

Harry décida de se promener dans le jardin, en attendant l'heure du petit déjeuner. Il parcourut avec plaisir les allées ensoleillées et admira les massifs de rose multicolores, qui embaumaient dans l'air du matin.

Il s'arrêta pour en humer une, qui était rose pâle, de la couleur de la bouche de Drago. Il passa ses lèvres sur les fragiles pétales, yeux fermés, en un baiser furtif.

- Je peux vous la cueillir, si vous voulez, dit une voix douce à côté de lui.

Il rouvrit les yeux et vit le jeune jardinier qui le regardait en souriant. Il paraissait très jeune, presque un enfant encore, et le fixait d'un profond regard noir. Il tenait un sécateur dans la main et s'approcha de la rose.

Harry lui rendit son sourire, un peu gêné, et répondit :

- Oh non !! ce serait dommage…elle est tellement belle.

- Vous savez, j'en coupe chaque jour pour la table de la salle à manger. Pas la peine d'attendre qu'elle se fane…autant en profiter tout de suite.

- Oui, sans doute…mais ce ne sera pas la peine, merci. C'est vous qui vous occupez de toute la propriété ?

- Oui.

- C'est immense, non ? Ca doit être beaucoup de travail…

- Oui, c'est vrai. Mais mon père, qui était jardinier ici avant moi, m'aide parfois.

Harry le trouva extrêmement sympathique et beaucoup moins guindé que les autres domestiques :

- C'est vous qui aviez préparé le bouquet de la table, hier soir ?

- Oui, c'est moi. Vous l'avez remarqué ?

- Oui…il était splendide, dit-il en se rappelant l'émoi qui l'avait saisi devant les pétales d'une rose.

- Merci. Notre maître ne fait jamais aucun commentaire, sauf quand ça ne lui plaît pas.

Harry fit une petite grimace, malgré lui, et lui jeta un regard compréhensif. Le jeune homme lui demanda :

- Vous êtes anglais, n'est-ce pas ? Vous êtes de la famille de M. Malefoy ?

- Non, pas du tout…Enfin, oui, je suis anglais, mais je ne suis pas de la famille de Dra..euh, de M. Malefoy.

- J'avais deviné à votre accent…

Ils se sourirent et soudain entendirent une voix sèche derrière eux :

- Brian, je vous paie pour vous occuper des fleurs, pas pour compter fleurette aux invités. Votre conduite est inqualifiable…

- Mais..

- C'est moi qui lui ai posé des questions sur les fleurs, Monsieur, dit précipitamment Harry.

Severus leva un sourcil sceptique :

- Vous vous intéressez à la botanique ou l'horticulture, M. Potter ?

- Euh…non. Mais j'admirais votre jardin…il est splendide.

- Merci. Si voulez voir quelque chose de splendide, je vous montrerai ma collection de coléoptères, à l'occasion. Le travail et la précision, mon cher, sont les seuls secrets de la réussite.

- Bien sûr…répondit Harry avec un soupir.

- Allons déjeuner. Brian, reprenez votre travail, dit Severus d'un ton sec.

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Ils s'installèrent à la table du petit déjeuner et Severus remarqua, irrité :

- Bien entendu Drago n'est pas encore levé…je ne comprends pas comment on peut paresser au lit. Mais je présume que c'est lié à la déplorable éducation qu'il a reçue de Lucius. Luxure et laisser-aller. Voilà la jeunesse actuelle…il va falloir que je mette bon ordre à tout ça.

Harry ne répondit pas et s'absorba dans la dégustation de ses toasts.

- Que comptez-vous faire à Philadelphie ? reprit Severus

- Je ne sais pas encore exactement…

- Réellement ? Mais pourquoi être venu ici, alors ?

Harry se mordit la lèvre pour ne pas répondre : « parce que j'aime votre neveu », et haussa les épaules :

- Oh…ici ou ailleurs…

- Jeune homme, si vous ne savez pas ce que vous voulez faire dans la vie, vous n'irez pas loin.

- Sans doute, oui. En fait, votre neveu m'a demandé de l'accompagner pour l'aider à construire sa propriété.

- Et vous avez des compétences dans ce domaine ?? demanda Severus, narquois.

- Ma foi…pas vraiment. Un peu…

Severus le fixait avec attention et Harry se sentit sur la sellette.

- Vos parents n'avaient pas beaucoup d'argent, je crois ?

- Non, pas beaucoup, reconnut Harry.

- Comment avez-vous payé votre voyage, alors ?

Là encore, agacé, Harry faillit répondre : « j'ai payé en nature », mais il prit une mine dégagée et dit :

- La vente de notre maison a suffi à couvrir le billet.

- Je vois. Mais pourquoi être venu en Amérique, si vous ne savez pas ce que vous allez y faire ?

- Rien ne me retenait là-bas…

- Et qu'est ce qui vous retient ici ??

- Rien ne me retient ici, Monsieur, répondit Harry qui commençait à s'énerver. Il est fort possible que je parte dans l'Ouest, pour la construction du chemin de fer…

- A la bonne heure !! Voilà un projet d'envergure…une excellente idée pour les gens tels que vous…Je pense que Drago vous a dit que j'avais monté une société de chemin de fer en Californie, et je comptais l'y envoyer pour superviser les travaux. Mais finalement j'ai changé d'avis pour lui. Je vous propose une place là-bas, si vous voulez. Vous pourrez partir quand vous voudrez. Mon neveu, quant à lui, doit se construire une carrière à la hauteur de sa noblesse, et je l'aiderai en ce sens. A condition qu'il sache tenir son rang, et qu'il fasse face à ses obligations, familiales en particulier. Je pense que nous nous comprenons, M. Potter ?

Harry baissa la tête, gêné. Avant qu'il ait pu répondre Drago apparut et les salua. Severus le fixa, mécontent :

- Tu as raté l'office du matin, Drago.

- J'ai préféré prier dans ma chambre, mon oncle. Je m'y concentre mieux.

- Tu pries régulièrement ?

- Absolument. Pour la rédemption de ma famille, répondit Drago nonchalamment. Celle de mon père, en particulier.

- Tu fais bien. Notre jeune ami me disait justement son intention de s'engager dans la construction ferroviaire, ce qui est un excellent choix. Je lui ferai une proposition qu'il ne pourra pas refuser. Quant à toi, tu viendras me voir dans mon bureau, tout à l'heure, que je te parle des projets que j'ai pour toi…

Les deux jeunes hommes se regardèrent, et Drago répondit froidement :

- Je viendrai, mon oncle.

Ils continuèrent à déjeuner en évoquant le climat de la Pennsylvanie, mais Harry se sentait mal à l'aise après l'échange avec Severus. Il fallait qu'il en parle à Drago, absolument, dès qu'ils seraient seuls.

En partant il aperçut la table de la salle à manger, où un bouquet de roses parmes était posé. Au milieu se trouvait une splendide fleur rose, et il reconnut fugitivement la rose qu'il avait caressée de ses lèvres, le matin même.

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Le reste de la matinée se déroula sans qu'Harry puisse parler en privé à Drago, qui demeura avec son oncle jusqu'au déjeuner.

Lorsqu'ils se revirent à ce moment-là Harry trouva Drago particulièrement distant, qui ne lui adressa pas même un regard.

Ce fut finalement en fin d'après-midi qu'il réussit à le prendre à part, après le thé. Ils se trouvaient dans la bibliothèque avec Severus, à admirer certains exemplaires rarissimes de vieux livres, lorsque celui-ci reçut la visite de son confesseur, et s'éclipsa.

Dès qu'ils furent seuls, Harry se précipita vers son amant et lui souffla :

- Qu'est ce qui se passe ? T'en fais une tête !

- Figure-toi que je n'ai pas été spécialement ravi d'apprendre par mon oncle que tu allais t'embaucher sur ses chantiers ferroviaires, après tout ce que j'ai fait pour toi, répondit Drago froidement.

- Mais j'ai jamais dit ça !! gémit Harry

- Ah oui ? Il a deviné tout seul, alors ? Il est vraiment fort, pour quelqu'un qui ne te connaît pas…

- Drago, il cherche à nous séparer…j'en ai seulement évoqué la possibilité, parce qu'il m'a poussé à bout. Je crois qu'il se doute de quelque chose pour nous...

Le blond se retourna vers lui et le fusilla du regard :

- Tu crois qu'il se doute de quelque chose ? Sans blague ? Tu aurais tout aussi bien pu te masturber à table, hier soir !! Mon Dieu, Harry…j'étais mort de honte. Comment tu as pu faire une chose pareille !!

- Quoi ? Mais j'ai rien fait…et puis j'y peux rien si je t'aime !!

- Shshhsh…Crie-le sur les toits, tant que tu y es…le tout, Harry, c'est de se contrôler. On n'est pas à New York au milieu d'inconnus, ici…, répondit Drago entre ses dents.

- Alors partons. Je ne l'aime pas, ton oncle. Il me fait peur.

- Harry, j'ai pas fait ces milliers de kilomètres pour casser des cailloux sur des chantiers, moi. Il vient de me proposer de créer un journal sur Philadelphie, et j'ai bien l'intention d'accepter…

- Un journal ? Mais tu ne m'as jamais parlé de ça…tu m'avais parlé de chemin de fer !! Tu le savais, qu'il allait te faire cette proposition ?

- Non, je viens de l'apprendre.

- Et tu y connais quelque chose ?

- Je sais lire, figure-toi, et pas que des horreurs. Il envisage de faire une carrière politique et il a besoin d'un journal pour le soutenir. Il a déjà commencé à recruter des gens, et il voudrait que je le dirige pour surveiller la ligne éditoriale.

- Et moi ?

- Quoi toi ?

- Je ferai quoi ?

- Ecoute, je ne sais pas. On n'a pas beaucoup parlé de toi, à part en ce qui concerne la construction du chemin de fer.

- Je me fiche de ce que ton oncle envisage pour moi. Je veux savoir ce que toi, tu veux construire avec moi…

- Une maison ??

- C'est de l'humour ?

Drago se rembrunit et répondit :

- Non, ce n'est pas de l'humour. Dis-moi ce que tu sais faire, ce que tu veux faire, et on étudiera ton projet.

- Tu veux me faire passer un entretien d'embauche ??

Ils se dévisagèrent et Drago murmura :

- Ecoute, on en parlera plus tard, mais tiens-toi, par pitié…

- Sinon ?

- Sinon…je ne sais pas. Viens, dit-il en le tirant par la manche jusqu' à la porte.

Il jeta un coup d'œil à l'extérieur, puis referma la porte en coinçant Harry contre elle, rapidement.

Avant qu'il ait eu le temps de réagir il se colla contre lui, plaquant son ventre sur celui du brun, et il l'embrassa sauvagement, jusqu'à perdre haleine :

- Moi aussi je t'aime et j'ai envie de toi, mais il faudra être extrêmement prudent. Il fera tout pour nous séparer. Jure-moi qu'il n'y arrivera pas…

- Il n'y arrivera pas, murmura Harry avant de reprendre ses lèvres, avec avidité.

A suivre…

Merci pour votre lecture et vos commentaires !!