Chapitre 25:

RÉUNION.

Les derniers jours de l'année filèrent rapidement et avant que Gin ne s'en rende compte, tout le monde ne parlait que de la fête qui aurait lieu pour le Nouvel An. Le jeune homme marchait dans les rues, emmitouflé jusqu'aux oreilles pour se garder du froid, serrant contre son torse les dossiers qu'il devait amener au commandant Ukitake. Tandis qu'il marchait, il écoutait les conversations des shinigami autour de lui. Il paraissait que le commandant avait organisé une sorte de réception à laquelle seuls les nobles, les capitaines, vice-capitaines et quelques ajouts tels que Rukia ou Ichigo seraient conviés. Ca faisait couler beaucoup d'encre et de salive parmi les shinigami et Gin avait déjà surpris quelques resquilleurs en pleine élaboration d'un plan pour s'inviter, Madarame et Ayasegawa en tête. Il y avait peu de chance pour qu'ils y parviennent, cependant.

Écoutant les conversations de rue, Gin se rendit compte que Byakuya, Ichigo et Rukia se rendraient certainement à cette soirée, le laissant seul au manoir avec Yukiko et les domestiques. Cette pensée lui déchira le coeur et il partit en shunpô pour faire taire les voix et essayer de calmer la colère qui montait soudain en lui. Byakuya et lui n'avaient plus échangé le moindre mot depuis leur dispute, hormis des ordres et des confirmations. Le noble le snobait ouvertement, ce qui étonnait tout le monde et Gin, bien que sa colère se soit calmée, ne faisait rien pour se rapprocher de lui. Ils étaient tous les deux trop fiers pour faire le premier pas et présenter leurs excuses.

Il arriva devant le bureau de Ukitake en quelques minutes et frappa doucement à la porte. La voix douce du commandant se fit entendre de l'autre coté du panneau et Gin le fit coulisser pour entrer. Ukitake était seul dans son bureau, malgré les pressions qui pesaient sur lui plus lourdement qu'avant, maintenant qu'il était commandant du Gotei, il n'avait toujours pas décidé de trouver un successeur pour Kaien Shiba.

- Bonjour commandant, voilà les affectations pour les missions de la sixième division que vous aviez demandé au capitaine Kuchiki, annonça-t-il en s'avança dans la pièce.

- Ah, toujours à l'heure ce cher Byakuya, sourit Ukitake. J'aimerai bien que tout le monde soit comme lui. Zaraki a trois mois de retard.
Gin retint un sourire en se disant que certains ne changeait pas.

- Je veux bien lui laisser plus de temps qu'aux autres en raison de son handicap mais quand même, soupira l'homme aux cheveux blancs en se calant au fond de son siège.
D'après ce que Gin avait pu apprendre en écoutant Ichigo et Rukia discuter entre eux, Zaraki avait perdu l'usage de son bras gauche pendant la guerre. Ce qui n'avait en rien atténué son esprit combatif et sa nature belliqueuse.

- Assieds-toi, Gin, tu prendras bien un thé avec moi.

- C'est à dire que le capitaine Kuchiki m'attend ...
Ukitake balaya ces protestations d'un geste de la main et appela Kiyone pour lui demander de leur apporter du thé.

- Comment ça se passe à la sixième division? Demanda-t-il à Gin quand elle fut partie. Byakuya ne t'épuise pas sous trop de travail?
Gin secoua la tête:

- Pas du tout, tout va très bien!
"Enfin presque!" songea-t-il avec un soupir. Ukitake s'en rendit compte.

- Allons, tu peux tout me dire Gin, fit-il avec un sourire encourageant.
Le jeune homme cependant resta silencieux, n'osant même pas regarder Ukitake en face.

- C'est à cause de Byakuya?
Avant que Gin ait eu le temps de s'en empêcher, son corps tout entier se contracta et il baissa les yeux vers ses mains posées sur ses cuisses.

- Je m'en doutais! Il te fait la vie dure, c'est ça? Tu veux que je lui parle?

- No ... Non ... Merci Commandant, mais ce n'est rien que je ne peux résoudre moi même.
Ukitake lui accorda le genre de petit sourire qu'un adulte indulgent offrait à un enfant immature.

- Comme tu veux, Gin, mais si tu changes d'avis je suis là pour t'aider, n'oublie pas.
Gin se contenta de hocher silencieusement la tête.

Kiyone revint portant sur un plateau deux tasses de thé qu'elle déposa sur le bureau de son capitaine. Celui-ci la remercia chaleureusement avant de la congédier. Avant de sortir, cependant, elle lança un regard méfiant à Gin, comme pour le défier de faire du mal à son capitaine adoré pendant qu'elle avait le dos tourné. Le jeune homme se contenta de répondre par un sourire charmeur qui prit la gamine par surprise. En sortant, elle arborait la jolie couleur d'une pivoine.

- Tiens! J'y pense d'un seul coup, Gin, fit Ukitake en prenant l'une des tasses entre ses mains, histoire de les réchauffer. Tu sais qu'il y a une fête donnée en l'honneur de la Nouvelle Année, demain soir?
Le jeune homme confirma d'un signe de tête en buvant une gorgé de thé. Le liquide brûlant lui fit du bien et le réchauffa.

- Bien entendu, tu y es invité toi aussi!
Gin faillit s'étouffer avec son thé. Il hoqueta et toussa un instant sous l'oeil mi-amusé mi-alarmé du commandant.

- Moi, fit-il en s'essuyant le visage de sa manche. Pourquoi?

- Parce que ça me fait plaisir, sourit Ukitake. Tu viendras j'espère? J'ai déjà prévenu Byakuya.

- Euh ...
Gin ne trouvait pas réjouissant de se retrouver face à face avec tous les officiers supérieurs du Gotei en même temps. Parmi eux, certains lui étaient ouvertement hostiles, comme Hitsugaya, d'autres préféraient le voir en prison que libre, et d'autres se fichaient bien de ce qui pouvait lui arriver. Il aurait nettement préféré ne pas avoir à faire à eux avant d'avoir été réintégré à son poste de capitaine. Cependant, il soupira, contraint:

- Bien entendu, commandant.
Il n'avait pas le choix de toute façon. Il ne pouvait refuser une invitation, encore moins une invitation du commandant du Gotei, et surtout pas après tout ce qu'il avait fait pour le sortir de sa cellule. Ukitake lui adressa un sourire ravi en faisant semblant de ne pas remarquer la résignation dans la voix de Gin.

- Magnifique!
Il but une longue gorgée de thé.

- J'ai une bonne nouvelle pour toi aussi, Gin, annonça-t-il. Le Central 46 t'autorise à retourner sur le terrain, tu ne tarderas donc pas à être envoyé en mission.
Un véritable sourire se dessina sur le visage de Gin, le premier depuis des jours.

- Merci commandant.
Ukitake lui rendit son sourire, content de le voir heureux.

- Ne me remercie pas, c'est Byakuya qui a réussi à leur arracher cette autorisation.
Gin fronça les sourcils en se demandant quelles pouvaient êtres les motivations du noble.

- Dans ce cas, je le remercierai, promit-il.
Ukitake hocha tranquillement la tête avant de tendre une épaisse enveloppe à Gin.

- Tiens, les dossiers à remettre à Byakuya.
Gin pris l'enveloppe, remercia Ukitake avant de finir son thé. Il salua le commandant et quitta le bureau afin de rejoindre la sixième division. Il n'utilisa pas le shunpô, préférant rentrer en marchant afin de réfléchir. Il n'avait pas envie d'aller à cette soirée donnée par Ukitake. Il sentait qu'il n'allait pas du tout s'y amuser. Il ne s'y amusait déjà pas en tant que capitaine, alors en tant que simple troufion, ancien traître récemment sortit de sa prison et réintégré qui plus est, ça risquait d'être mortel. En espérant que ce ne soit pas au sens littéral du terme.

Quand il arriva au bureau de Byakuya, il trouva le noble occupé à travailler seul. C'était le jour de congé de Abarai et Gin savait qu'il devait être au dojo de la onzième division avec Ichigo. Gin se planta devant le bureau et délivra à Byakuya les documents confiés par Ukitake. Le noble les prit et décacheta l'enveloppe pour y jeter un coup d'oeil.

- Bien! Fit-il simplement.
Gin retourna s'installer à son bureau. Ils travaillèrent en silence durant un moment puis Gin leva la tête et observa Byakuya en silence.

- Qu'il-y-a-t-il? Demanda le noble sans lever la tête de son travail.

- Ukitake m'a invité à sa soirée, fit simplement Gin.
Leurs bureaux étaient placés de telle façon qu'il ne voyait que le profil du noble, pourtant ce fut suffisant pour remarquer un léger haussement de son sourcil.

- Je sais, fut tout ce que Byakuya répondit.

- Et tu comptais me le dire?

- Bien entendu.

- Quand?

- Ce soir.
Gin leva les yeux au ciel, visiblement il ne tirerait rien d'autre du noble que des réponses courtes prononcées d'une voix sèche et tranchante. Il abandonna et retourna à sa paperasserie en silence. Il sentit bien le regard du noble sur lui, mais il ne releva pas la tête. Il y eut un imperceptible soupir puis Byakuya se remit au travail lui aussi.

Le soir, au manoir, l'ambiance ne fut pas plus joyeuse que d'habitude, en dépit de la fête approchant. Gin ne parla pratiquement pas durant le repas et Byakuya se contenta de répondre aux questions qu'on lui posait à phrases courtes et sèches si bien que même Rukia cessa de l'interroger au sujet de la réception donnée par Ukitake. Agacé, Gin sauta sur le premier prétexte venu pour quitter la table et aller s'enfermer dans sa chambre. Il n'en pouvait plus de cette situation mais il ne parvenait pas à pardonner au noble. Quand il repensait à ce qui c'était passé, la déception et le sentiment de trahison qu'il ressentait lui brûlaient douloureusement la poitrine. Il se déshabilla rapidement et se coucha en essayant de ne pas penser au lendemain.

Gin se leva tard le matin suivant, il était de congé comme tous les autres shinigami, et en profita pour traîner au lit le plus longtemps possible. Il n'avait pas envie de voir Byakuya et imaginer l'ambiance festive dans le manoir et dans toute la ville lui minait le moral. Quand il se leva, l'heure du petit déjeuner était passée et il se contenta d'un bol de soupe miso dans la cuisine, sous le regard hargneux de la cuisinière. Il passa le reste de la journée à éviter Byakuya et les autres habitants du manoir. Il s'occupa comme il le faisait durant ses jours de repos: bouclant les derniers papiers en retard, dessinant dans sa chambre ou jouant du piano. Il se promena longuement dans le jardin en fin d'après midi avant de se décider à rentrer pour se changer. Ca ne l'enchantait pas le moins du monde, mais il était bien obligé.

Debout devant son placard ouvert, il inspectait le contenu des boites de carton qui y étaient soigneusement rangées. Il soulevait des couvercles et regardait les étiquettes afin de trouver un kimono pour la soirée. Il en avait quelques uns qui pouvait convenir. Ouvrant l'une des boites pour en vérifier le contenu, il eut un coup au coeur en découvrant le kimono vert offert par Byakuya lors du séjour à Nitta. Gin pinça les lèvres et fronça les sourcils. Bien entendu le kimono était parfait pour la soirée mais Gin referma la boite pour la replacer dans le placard. Il ne mettrait pas le kimono de Byakuya ce soir. Il finit par choisir l'un de ses plus beau kimono, en soie turquoise, agrémenté de dragons brodés au fil d'argent s'enroulant autour du vêtement sur toute sa hauteur et fermé par un mince obi vert.

Gin quitta sa chambre et se rendit à la salle de bain des domestiques. Il prit tout son temps pour faire sa toilette, laver ses cheveux et prendre son bain. Il s'habilla soigneusement, peigna et tressa ses cheveux avant de regagner sa chambre. Il n'emporta pas d'autres accessoires qu'un mouchoir et un petit poignard camouflé dans l'une de ses manches.

Ainsi paré, il quitta sa chambre et se mit à la recherche de Byakuya qui devait commencer à rassembler sa troupe pour partir. Gin n'eut pas besoin de chercher longtemps, il trouva le noble devant la porte d'entrée occupé à discuter avec Yukiko. Cette dernière se tourna vers le nouveau venu et lui adressa un sourire doux.

- Ah vous voilà, Ichimaru-kun! Justement j'allais vous chercher.
Gin répondit à son sourire par l'un des siens tandis que Byakuya l'observait avec un imperceptible froncement de sourcil. Bien qu'il ne voulait pas l'admettre, le noble était déçu que Gin ne porte pas le kimono vert. Cependant l'arrivée de Rukia et de Ichigo ne tarda pas à le détourner de ses sobres pensées.

- Bien, maintenant que tout le monde est prêt, nous pouvons y aller, fit-il de sa voix froide.
Il ouvrit la porte et sortit de la maison. En le rejoignant sous l'engawa, Gin vit la voiture attendant devant la porte. Il se dit qu'arriver à pied à une fête donnée par le commandant du Gotei ne devait pas être digne d'un Kuchiki. Ils montèrent dans la voiture qui s'ébranla rapidement.

Gin ne prononça pas le moindre mot, il se contenta de regarder par la fenêtre sans faire attention à ce qui se passait dans la voiture. Son attitude distante et sa déprime n'étaient pas passées inaperçues et intriguaient beaucoup Ichigo et Rukia qui commençaient à se poser des questions. Toutefois, Gin ne leur laissait pas le loisir de le questionner. Il faisait toujours attention à ne pas rester seul avec l'un d'eux. Il n'avait pas envie de répondre à leur questions. La seule fois où Rukia avait réussi à le prendre au piège, il lui répondit simplement d'aller poser ses questions à Byakuya, tout en sachant parfaitement qu'elle n'oserait jamais le faire.

Tandis qu'il observait par la fenêtre un paysage qu'il ne voyait même pas, Gin ne remarqua pas le regard de Byakuya posé sur lui. Le noble ne parlait pas, lui non plus, et restait aussi froid et neutre qu'a l'accoutumé, mais à l'intérieur de lui, la tristesse et la douleur ne lui laissaient pas de répit. Il savait que le comportement de Gin n'était dû qu'à sa seule bêtise mais, comment pouvait-il admettre devant lui voir eu tort? Pire, Gin accepterait-il seulement de l'écouter? Il ne savait plus quoi faire. Son coeur et sa raison lui dictaient deux comportements diamétralement opposés. Son coeur lui disait qu'il devait tout faire pour se réconcilier avec Gin car, il devait bien l'avouer, sa présence lui était devenue indispensable. Son coeur ne souhaitait qu'une chose: être près de lui et le voir enfin heureux. Sa raison lui dictait, au contraire, de tout faire pour s'éloigner de Gin car il était dangereux. Non parce qu'il avait trahi le Seireitei, mais parce qu'il représentait tout ce que les Kuchiki méprisaient et souhaitaient voir disparaître. Ses sentiments pour Gin étaient interdits. Il n'avait pas le droit d'aimer un homme, à plus forte raison un homme comme Gin.

Pour la seconde fois de sa vie, Byakuya ne savait plus que faire. Il avait pourtant travaillé si dur pour que cette situation ne se représente jamais à lui, pour ne plus jamais avoir à choisir entre son clan et son coeur. Il avait défié le clan une fois déjà pour suivre les élans de son coeur et le clan s'était débrouillé pour lui arracher Hisana. Byakuya avait toujours soupçonné sa chère famille d'être à l'origine de la mort de son épouse. Après tout, sa chère tante Hasaya n'était-elle pas une spécialiste des potions et poisons en tout genre?

Il ne voulait pas perdre Gin, comme il avait perdu Hisana.

Mais que pouvait-il faire? S'il continuait à ignorer Gin comme il le faisait, celui-ci finirait par s'éloigner de lui et trouver quelqu'un d'autre. S'il acceptait ses sentiments, ce serait les Kuchiki qui feraient disparaître Gin, définitivement. A choisir, Byakuya préférait nettement voir Gin heureux avec quelqu'un d'autre que de le mettre en danger et le perdre. Au moins, comme ça, il pourrait le voir chaque jour, même s'il savait que le voir avec quelqu'un d'autre serait pour lui la plus cuisante des blessures.

Le noble poussa un imperceptible soupire tandis qu'au même moment la voiture faisait halte devant la salle dans laquelle la fête allait se tenir. Tous les passagers descendirent et Ukitake vint les accueillir en personne. Gin salua le commandant du Gotei, comme il se devait, mais ne fit pas la moindre attention à ce qu'ils se dirent après ça. Il se contenta de suivre Byakuya en silence. Une fois dans la salle, il s'aperçut que beaucoup d'invités étaient déjà arrivés. Un silence glacial l'accueillit lorsqu'il entra dans la pièce et il s'efforça de ne pas faire attention aux regards hostiles braqués sur lui.

Byakuya abandonna Rukia et Ichigo pour se diriger vers le petit groupe que formaient Unohana, son vice capitaine, Isane Kotetsu, le capitaine Kyoraku, Nanao Ise et Shuhei Hisagi. Gin le suivit du regard un instant avant de se détourner en soupirant et de se diriger vers le buffet. Une coupe de saké serait certainement une bonne consolation. Il n'avait pas fait trois pas vers les table qu'il entendit hurler son prénom. Aussitôt, un tornade rose et jaune lui sauta dessus et il se retrouva le nez coincé dans une opulente poitrine.

- Je suis contente que tu sois là, s'écria une voix qu'il connaissait bien.

- Mmfm mmm mfm! Fut tout ce qu'il parvint à produire.

- Je pense que le capitaine aimerait pouvoir respirer, Matsumoto-san, entendit-il Kira déclarer d'une voix inquiète.
Soudain, la délivrance, Rangiku le lâcha et il put à nouveau respirer.

- Contente de te voir, fit Rangiku avec un sourire éclatant.

- Moi aussi, répondit Gin en lui adressant un sourire. Salut Izuru.

- Bonsoir capitaine.
A ces mots, plusieurs voix se firent entendre pour manifester leur désapprobation et leur mécontentement mais le blondinet n'y fit pas attention.

- Vous avez faim, capitaine?
Gin répondit simplement d'un hochement de tête et tous les trois se dirigèrent vers le buffet sous les regards hostiles ou indignés de quelques shinigami, dont Hitsugaya. Ils prirent un cruchon de saké, trois coupelles, un plateau de sushis et s'éloignèrent des autres pour discuter tranquillement à l'écart.

Ils passèrent la majeur partie de la soirée entre eux, sans faire attention aux autres, en dépit de quelques tentatives de grincheux intolérants, tel la binoclarde Ise ou le bellâtre Hisagi, pour arracher Rangiku et Kira de Gin. Ceux-ci ne se laissèrent pas faire et les envoyèrent balader sans ménagement.

- Mais c'est un comble ça, s'écria Rangiku, comme la Ise insistait un peu trop à son goût. Vous allez me lâcher un peu que je passe un peu de temps avec mon ami? Je ne le vois jamais parce que le capitaine Hitsugaya lui a interdit de mettre les pieds à la dixième division, même pour délivrer des papiers de la sixième. Si vous n'êtes pas contents, je m'en tape! Foutez moi la paix!
Toute la salle la regarda avec des yeux ronds et Nanao Ise tourna les talons d'un air furieux après avoir lancé un regard assassin à Gin qui se contenta de hausser les épaules.

Toute la soirée, Gin essaya de s'amuser avec Rangiku et Kira, puisque personne d'autre ne voulu les rejoindre à leur table et que les amis de Ichigo et Rukia s'amusaient à accaparer l'attention des deux jeunes gens pour les empêcher de le rejoindre. Mais il n'arrivait pas à oublier Byakuya. Plusieurs fois, Rangiku le surprit en trains de jeter des regards dans la direction du noble. Elle ne dit rien mais elle devina que quelque chose n'allait pas. Elle ne posa cependant aucune question, elle savait parfaitement que Gin ne lui répondrait pas.

Voir Byakuya se comporter comme si de rien n'était, discuter avec les autres invités et l'ignorer froidement commençait à devenir insoutenable pour Gin. Le bel espoir qui avait été le sien était bel et bien mort à présent. Jamais le Kuchiki ne s'était intéressé à lui. Abattu, il cessa de faire attention à ce qui se passait autour de lui et n'écouta plus Rangiku raconter les derniers potins du Seireitei. Il entendait juste la voix de Shinsô qui essayait une fois de plus de lui remonter le moral.

Un soupir triste traversa sa poitrine sans qu'il s'en rende compte. Kira et Rangiku échangèrent un regard inquiet. Tous les deux voyaient bien que le jeune homme n'était pas au meilleur de sa forme. Oh, physiquement il avait l'air d'aller très bien mais moralement c'était une autre paire de manches. Il fallait être aveugle ou stupide pour ne pas voir la tristesse sur son visage. Gin essayait de le cacher du mieux qu'il pouvait, mais il n'y parvenait plus.

- Gin, que se passe-t-il? Tu as l'air complètement déprimé, commença courageusement Rangiku. C'est le Kuchiki, c'est ça? Il te maltraite?

- Non, ce n'est rien ne t'en fais pas, mentit-il.
Mais ses mensonges autrefois si naturels étaient aujourd'hui complètement risibles, prouvant une nouvelle fois qu'il n'y avait plus rien du traître en lui.

- Dis-moi, insista la blonde d'une voix douce, tu sais que tu peux me faire confiance.

- Je sais oui, répondit Gin en se forçant à sourire.
Une grimace ce fut tout ce que son visage parvint à produire. Rangiku soupira.

- Comme tu veux, mais si tu décides d'en parler, n'hésite pas à venir me trouver.
Gin hocha simplement la tête et ne vit pas ses deux amis échanger un nouveau regard remplit d'inquiétude. Tous les deux savaient que quelque chose n'allait pas, mais tant que Gin ne leur en parlait pas, ils ne pouvaient rien faire pour l'aider.

Surprenant un nouveau regard en direction du noble, Rangiku sembla se gonfler de colère et aurait volontiers été lui dire sa façon de penser si Hitsugaya n'avait pas les yeux fixés sur elle à longueur de temps. Byakuya était à présent entouré d'un groupe de jeunes femmes de la noblesse que Ukitake avait été obligé d'inviter pour ne pas provoquer de scandale au sein de la noblesse. Cette vision plongea Gin dans la plus profonde détresse. A bout de nerfs, il se leva brusquement.

- Désolé, fit-il pour Rangiku et Kira. Je suis fatigué et j'ai mal au crâne, je vais rentrer me coucher. Passez une bonne fin de soirée tous les deux et ne buvez pas trop.
Il accompagna ses paroles d'un pale sourire et d'un clin d'oeil.

- Non, tu ne vas pas déjà partir, protesta Rangiku, la fête commence seulement.
Gin ne l'écouta pas et se dirigea vers la porte en se forçant à ne pas s'enfuir en shunpô.

- Gin! Appela Rangiku.
Elle allait se lever mais Kira la retint d'un geste et secoua doucement la tête pour lui signifier qu'il valait mieux le laisser partir. Rangiku se rassit et regarda Gin quitter la salle, la mort dans l'âme. Son ami n'allait pas bien et, encore une fois, elle ne pouvait rien faire pour l'aider.

De son coin de la salle, Byakuya avait suivit toute la scène. Bien qu'il faisait semblant de converser avec les autres invités, son regard n'avait pas quitté Gin de la soirée. Il s'était rendu compte que même la présence de Matsumoto et de Kira ne parvenait pas à le distraire de sa déprime. Ca lui faisait mal de voir ça et savoir qu'il était responsable de la situation ne l'aidait pas à se sentir mieux, loin de là. Il n'en pouvait plus de voir Gin comme ça, il voulait le voir rire et sourire, être insolent, sûr de lui, vivant. Une impérieuse envie de le sortir de sa déprime s'empara de lui. Il hésita un instant et allait renoncer à le suivre quand il saisit soudain le contenu de la conversation des shinigami et des nobles l'entourant, occupés à vilipender Gin, comme depuis le début de la soirée.

Byakuya en avait assez entendu et supporté, il s'arracha à son groupe et s'éloigna d'un pas raide et digne. Des regards stupéfaits le suivirent un instant avant que l'un des types essaie de le retenir. Byakuya lui lança un regard polaire par dessus son épaule avant de répliquer:

- J'ai assez entendu de vos inepties inutiles. Vous devriez avoir honte.
La phrase claqua comme un coup de fouet dans la salle et un silence stupéfait suivit. Sans s'en préoccuper, le noble se détourna d'un mouvement sec. Son regard croisa un instant celui, surpris, de Rangiku amis il ne lui laissa pas le temps de faire quoique ce soit. Il s'en alla d'un pas digne dans le silence interloqué de la salle.

Byakuya ne savait pas pourquoi il avait réagit comme ça, il n'avait pas pu s'en empêcher, c'est tout. Une fois dehors un soupir irrité lui échappa. Bon sang! Mais pourquoi cet idiot de Ichimaru le faisait réagir comme ça. C'était plus fort que lui, il ne parvenait pas à garder la tête froide quand il s'agissait de Gin. Ca l'agaçait et l'inquiétait à la fois. S'il ne parvenait pas à rester maître de lui même face à Gin, comment pouvait-il espérer le protéger?

Byakuya chercha un instant Gin du regard mais, ne le voyant pas, scanna les alentours à la recherche de son réiatsu. Il se rendit compte que le jeune homme avait quitté les lieux en shunpô et était déjà arrivé au manoir. Soupirant, le noble décida de laisser la voiture à Ichigo et à Rukia et de rentrer à pied, histoire de s'éclaircir les idées. Dans les rues du Seireitei, la fêtes battait son plein. Ce n'était pas un festival comme la ville en connaissait plusieurs fois par ans, non, c'était comme une fête généralisée qui déborderait des maisons pour se tenir jusque dans les rues, malgré le froid mordant de l'hiver. Byakuya n'avait pas souvent eu l'occasion de se promener parmi les fêtards de la classe moyenne de la ville. Il passait souvent cette fête chez lui, à supporter les interminables et brabants banquets familiaux. Cette année, il pouvait remercier Ukitake de l'en avoir sauver en l'invitant à sa fête. Le jeune homme pouvait lui en être reconnaissant.

Le noble traversa différentes rues en évitant les groupes de fêtards, dont certains étaient déjà très imbibés de saké, se dirigeant à pas lents vers sa demeure. Plongé dans ses pensés, il ne faisait pas vraiment attention à ce qui l'entourait. Tout son esprit était centré vers Gin. Byakuya cherchait un moyen de renouer le dialogue avec le jeune homme, car il devait avouer que cette situation lui pesait. Mais Gin était tellement remonté contre lui, qu'il pouvait refuser toutes tentatives de dialogue. Que faire.

Byakuya abandonna derrière lui les rues emplies de fêtards pour se plonger dans les ruelles calmes et silencieuses du quartiers où résidaient les nobles. Il arriva devant la porte de sa demeure et activa le gong. Le serviteur qui vint lui ouvrir ne posa aucune question mais Byakuya vit bien qu'il était surpris de le voir rentrer seul. Byakuya gagna le manoir de son pas majestueux habituel sans prêter la moindre attention à l'homme qui le suivait. Yukiko et la plupart des habitants du manoir n'avaient pas attendu pour aller se coucher, suivant les ordre donnés par Byakuya avant son départ. Dans le hall d'entrée une servante le débarrassa de son manteau. Byakuya s'éloigna ensuite sans un mot. Il sentit le réiatsu de Gin dans le jardin de l'autre coté de la maison et traversa le dédale de couloirs pour ressortir sous l'engawa. Gin était bien là, assis sur une pierre, le regard perdu dans le ciel étoilé au dessus de lui. Arrivé à sa hauteur, le noble s'arrêta. Gin lui lança un regard indifférent avant de se tourner à nouveau vers la voûte céleste. Pendant un moment ils restèrent muets, échangeant à peine un regard. Le noble ne trouvait rien à dire pour briser la glace et Gin ne faisait aucun effort de son coté. Byakuya remarqua alors un détail.

- Tu n'as pas de manteau? Tu n'as pas froid?
Il se serait maudit de dire quelque chose d'aussi ridicule mais au moins ça eut l'effet de faire sortir Gin de son mutisme obstiné.

- Pourquoi? Tu t'inquiètes?
Le noble n'hésita pas une seconde avant de répondre:

- Oui, pour tout dire.
Cette fois le regard que Gin posa sur lui n'était plus indifférent mais étonné. Byakuya l'observa un instant sans rien dire.

- Ca m'étonnerai, soupira finalement Gin.
Byakuya se glissa derrière lui et passa les bras autour de la taille de l'autre homme. Gin se figea instantanément. Il sentit le noble enfouir son visage dans sa nuque. Il était comme paralysé. Son esprit lui hurlait de bouger et d'envoyer paître le noble tandis que son coeur lui intimait de ne pas bouger et de profiter de l'embrassade. Son corps était comme paralysé, il ne parvenait plus à bouger le moindre muscle.

- Je suis désolé, murmura Byakuya.
Ses lèvres frôlèrent l'oreille droite de Gin et le souffle chaud du noble dans son cou le fit frissonner. Ce que le noble ne manqua pas de remarquer.

- Tu as froid? Rentrons! Ordonna-t-il.

- Non, avant je veux que tu me répète ce que tu viens de dire.
Byakuya prit une longue inspiration avant de répéter:

- Je suis désolé pour ce qui s'est passé. Je sais que je t'ai blessé, mais je ne cherchais qu'à te protéger.
Gin se détacha du noble et se retourna pour lui faire face, les yeux grands ouverts, le regard brillant de colère.

- Et contre quoi?

- Ma famille. Comprend moi, je n'ai jamais joué avec toi, mais cette nuit là, pendant que tu dormais, j'ai réfléchi à la situation. J'ai compris que je ne voulais pas te perdre mais j'ai aussi compris que personne dans mon clan n'accepterait notre relation. Pire, si quelqu'un l'apprenait, tu serais en danger. La tête du noble clan Kuchiki aimant un autre homme, un ancien traître, un prisonnier en cours de réhabilitation. Imagine le sandale! Ils n'hésiteraient pas à te tuer pour éliminer le problème. Je ne veux pas que ça arrive. En me détachant de toi je ne cherchais à que te protéger d'eux.
Gin était assaillit par un tourbillon de sentiments contradictoires. Il ne savait plus très bien s'il était en colère ou heureux. Certes Byakuya l'avait fait souffrir ces dernières semaines mais ce n'était que pour le ... le protéger. Cette idée le fit grincer des dents:

- J'étais capitaine, je suis capable de me protéger tout seul, grogna-t-il.

- Contre eux? Non je ne crois pas. Ils ont bien réussi à tuer mon père et Hisana ...
Il y eut un instant de silence.

- Ils ne se battent pas à la régulière. Tu n'as pas la moindre chance contre eux. Ce sont des serpents sournois qui frappent dans le dos quand tu t'y attends le moins. Même Aizen aurait eu peur d'eux s'il avait su ce que je sais de cette famille.
Gin resta silencieux un instant, frottant machinalement son bras droit de la main gauche dans une vaine tentative pour se réchauffer.

- Viens rentrons.
Le noble saisit Gin par le poignet et l'entraîna à l'intérieur. Le coeur battant le jeune homme se rendit compte qu'ils se dirigeaient vers la chambre du noble. La porte se referma derrière lui avant qu'il ait eu le temps de réagir. Une nouvelle fois, les bras de Byakuya l'encerclèrent et sans, qu'il comprenne ce qui se passait, les lèvres du noble furent pressées contre les siennes. Il fallut à Gin employer tout ce qu'il y avait de volonté en lui pour réussir à repousser Byakuya. Pendant un instant les deux hommes se regardèrent en silence.

- Il faudrait savoir, lança Gin avec humeur. Un coup tu me baises, un coup tu me rejettes avant de me sauter à nouveau dessus. Je suis pas ta poupée gonflable, Byakuya.
Byakuya resta un instant silencieux avant de s'éloigner de Gin.

- Je ne sais plus, fit-il d'une voix lente. Je sais que je ne dois pas mais j'en ai tellement envie. Je n'arrive plus à penser. Tu ressurgis dans mon esprit dès que je laisse ma garde retomber. J'essaie de me noyer dans le travail mais je n'arrive pas à m'empêcher de penser à toi. La nuit je rêve de toi. Je n'arrive plus à vivre. Je ne devrais pas, mais j'attends avec impatience tous ces petits moments où tu es près de moi, même si tu m'ignores. Je ... je ne sais plus ce que je veux ...
Il se retourna et vit Gin, toujours debout près de la porte, raide et pale. Si pale qu'il semblait refléter la lumière blafarde de la lune.

- Je t'aime, Gin, mais je ne devrais pas. Ça m'est interdit. T'aimer signerait ton arrêt de mort, et je ne veux surtout pas qu'ils te fassent de mal. Trouve quelqu'un d'autre, quelqu'un de moins dangereux que moi, quelqu'un qui puisse enfin te rendre heureux.
Il y eut un instant de silence, puis Gin s'avança et se planta devant Byakuya pour le prendre dans ses bras et le serrer contre lui.

- Je ne veux personne d'autre, murmura-t-il. Je ne veux que toi. C'est toi que j'aime depuis que je t'ai vu la première fois à l'académie.

- Mais, ils te tueront, ils ont ...
Gin le fit taire en appliquant un long index blanc sur les lèvres du noble.

- Dans ce cas, ce sera notre secret, pas besoin de l'exposer devant tout le monde.
Il offrit un sourire à Byakuya, un véritable sourire, le premier depuis des semaines.

- Gin ...
Byakuya passa les bras autour de la taille de l'autre homme et le serra un instant avant de l'embrasser. Il se laissa basculer dans le futon, entraînant Gin dans sa chute.

- Gourmand! Murmura Gin d'un air mutin.
Byakuya le fit taire en l'embrassant une nouvelle fois, tirant d'une main sur le noeud du obi de Gin. Le jeune homme en profita pour glisser ses mains sous le kimono du noble pour caresser sa peau si douce.


Gin fut tiré d'un profond sommeil par une main qui le secouait par l'épaule. Il protesta avant de s'enfoncer d'avantage dans son nid douillet de couvertures. Un rire se fit entendre et la main le secoua une nouvelle fois. Ouvrant un oeil, à regret, le jeune homme vit son amant près de lui qui le regardait un petit sourire aux lèvres.

- Byakuya? Fit-il en se redressant.
Il se frotta les yeux encore lourds de sommeil de ses poings puis regarda autour de lui. Il reconnu le décors de la chambre du noble. Son coeur tomba comme une pierre dans sa poitrine quand il comprit ce qui se passait. Byakuya le réveillait sûrement pour qu'il vide les lieux et retourne dans sa propre chambre.

- Debout, dormeur, si tu ne te lèves pas maintenant, on ne pourra pas voir le lever de soleil.
Il fallut un instant à Gin pour comprendre. Le premier lever de soleil de la nouvelle année. Le regarder était sensé porter bonheur pour toute l'année à venir.

- Dépêche toi! Insista Byakuya.
Gin repoussa les couvertures et se leva. Byakuya en fit autant et alla ouvrir les shoji, permettant à l'air glacial de l'hiver de rentrer dans la chambre. Le ciel rougeoyant annonçait une aube imminente. Les deux amants restèrent cote à cote sur la terrasse, sans dire un mot attendant que le soleil se lève. Bientôt les rayons rougeâtres embrasèrent le ciel et un pale soleil d'hivers, voilé de brume matinale surgit au dessus des toits environnants. Byakuya et Gin le regardèrent émerger jusqu'à ce qu'il soit entièrement au dessus des toits.

Gin se tourna vers Byakuya dont le visage, inondé de lumière, semblait irradier et un sourire se dessina sur ses lèvres. Qui sait, peut-être cette tradition avait du vrai, et ce premier lever de soleil leur porterai bonheur. Il espérait que cette année soit enfin une année heureuse pour lui. Une année heureuse dans les bras de Byakuya.