25 | La stratégie de l'encerclement
« Vous en pensez quoi ? », interroge Papa quand Justin nous à laisser 'à notre conseil de famille'.
L'avocat ami de mon frère a mordicus refusé qu'on le ramène où que ce soit. « Je sais encore transplaner », a-t-il affirmé à Harry qui insistait. Son offre a une durée de vie de douze heures. C'est dire qu'il faut lui répondre avant sept heures demain matin si j'en crois ma propre montre - c'est à dire deux heures avant la reconstitution chez les Lyndon. Ma vie est géniale.
En réponse à la question paternelle, Harry soupire. Cyrus hausse les épaules, et ça ne laisse que moi.
« Je ne suis pas avocate, ni même totalement capable de me rendre compte si ces lettres peuvent constituer des preuves suffisantes... Surtout sans les avoir lues ! », je me risque.
« Justin a dit qu'il nous ferait parvenir la copie d'une partie d'une lettre », rappelle Harry.
« On lui fait sacrément confiance à ce connard », marmonne Cyrus refusant de même accorder une attention superficielle à la réaction épidermique de Papa à l'emploi de gros mots en sa présence. « Une copie d'un extrait ? Il pourrait l'écrire lui-même ! Tiens, tu veux que je t'en fasse une maintenant ? Ça nous ferait gagner du temps ! »
« T'es salement parano », juge Harry quand, moi, je pense que Cyrus est surtout salement prétentieux – franchement, il saurait quoi mettre dans une telle lettre ?
« Quand Hermosa est concernée de près ou de loin ? Jamais assez », rétorque Cyrus avant que j'aie pu trouver une présentation à peu près diplomatique de mon opinion.
« C'est entendu », concède Papa. « Reste qu'à propos de la participation aux entreprises, l'enquête de Dora en dit à peu près aussi long. Disons que sa présentation est cohérente avec le peu que nous avons pu apprendre... »
« Le peu qu'on a pu apprendre », je souligne sombrement. Le fait qu'on en doive tant à Emma Lebenrecht est une partie de mon problème, je le sais.
« Et ce n'est pas en douze heures qu'on en saura plus », soupire Harry pensif.
Cyrus inspire, va parler et puis se tait. Je n'ai pas besoin de regarder mon père ou Harry pour savoir qu'ils en sont aussi conscients que moi.
« Tu as parlé à Mãe ce matin ? », je m'informe innocemment - tout en regardant mon père du coin de l'œil pour mesurer ce que lui sait.
« Mademoiselle sait donc tout de l'emploi du temps de sa mère, je vois... », persifle Cyrus.
« J'ai dîné avec elle hier soir », je reconnais sans le lâcher des yeux. Mon frère a l'air d'une bombe à retardement, d'une beuglante abandonnée dans un coin de la grande salle... bref, tout sauf quelqu'un qui va avoir un apport constructif à la conversation. Pourquoi est-ce qu'on n'a pas Ginny ici pour lui faire entendre raison ? Ça me fait penser à Samuel et encore plus à Caradoc qui devraient être là et il s'en faut de peu que je me lève et que je sorte.
«Le problème est que vous voulez des preuves, des certitudes et des faits alors que Hermosa n'est que rideaux de fumée, faux-semblants, prête-noms et coups fourrés... J'ai du mal – vraiment et sincèrement – du mal à croire qu'elle ait pu être assez tête en l'air pour laisser des mercenaires s'emparer de courriers aussi compromettants que le dit Justin », nous livre Cyrus dans un effort méritoire pour se contrôler.
«Et, du coup, tu ne diras rien de ce que tes amis sud-africains ou mozambicains ont pu te dire?», je questionne trop vite – je fais voler l'effort de contrôle en éclats.
« Recommence à me faire chanter, Iris, et j'efface durablement ton contact magique de mon miroir ! », il crache.
« Stop », soupire Papa au moment où je vais sans doute l'ouvrir une fois de trop. Quand il a pu vérifier qu'il a encore l'autorité suffisante pour mettre fin au moins momentanément à nos chamailleries, il reprend : « Si nous ne croyons pas à l'offre de Justin, refusons-la et n'en parlons plus. »
« Mais les conséquences... », commence Harry.
« Nous ne savons rien pour l'instant des conséquences. Iris est jeune, même si elle reçoit un blâme pour ses méthodes d'interrogatoire, elle s'en remettra. Caradoc aussi », juge Papa en me regardant. Je grimace mais j'admets en haussant les épaules. « Dora est prête à assumer une campagne contre elle – surtout qu'elle sait maintenant à peu près qui elle servirait... »
« Ah bon ? », je lâche.
« Comme quoi dîner ne suffit pas », m'assène Cyrus.
Harry me prend la main avant de se tourner vers lui avec des yeux verts flamboyants :
« T'arrête, Cyrus, Ok ? »
« Je ne l'attaque pas, je l'éduque ! », prétend ce dernier.
« J'espère que tu penseras autant de bien de ma propre intervention ! », est la réplique de notre grand frère commun.
« Reste notre désir de justice », reprend Papa calmement comme si aucune des dernières paroles n'avaient été échangées. D'une certaine façon, c'est sans doute une approbation à l'intervention de Harry, je me dis. « J'avoue que je me suis pris à rêver ces derniers jours... je sais bien que toutes les batailles ne sont pas gagnables... mais... cette Hermosa, elle n'a pas arrêté, n'est-ce pas... et nous, nous le savons. »
« Ne me demande pas ça, Papa », souffle Cyrus.
« M'as-tu entendu te demander quoi que ce soit ? », répond Papa en se levant pour aller regarder par la fenêtre sans réellement accorder une attention particulière à aucun de nous.
Harry fusille Cyrus du regard, et ce dernier se réfugie derrière ses cheveux. Le clan Lupin dans sa splendeur, je m'exaspère silencieusement. Reste qu'une idée nouvelle m'est venue, un peu en réaction à la proposition de mon père. Une idée un peu tordue mais, ça aussi, c'est la marque des Lupin.
« Est-ce qu'on est obligé de prendre son ultimatum au sérieux ? », je glisse dans le silence tendu. Papa se retourne. Mes deux frères me regardent comme si je venais de transplaner sans prévenir dans la pièce. Forte de cet intérêt général, je reprends : « Demain à sept heures, on dit : 'Pardon, Maître, mais nous ne sommes pas intéressés'. J'aimerais autant que ça ne soit pas moi, il serait capable de prendre ça pour une blague. À neuf heures, il est à l'ouverture du Magenmagot – s'il n'a pas des audiences et des rendez-vous... ce qui nous fait encore gagner du temps parce qu'il ne va pas envoyer sa petite secrétaire moldue », je continue d'imaginer. «Admettons qu'avant midi, il exige que l'affaire soit jugée dans les plus bref délais – parce que pour l'instant, elle est bloquée... »
« Justice, équité, etc », commente Cyrus avec acidité.
« Ma chef serait d'accord avec toi – ce retard la rend folle », je lui réponds. « Bref, on n'est pas le lendemain au Magenmagot, je peux vous l'assurer, ça. Pendant ce temps, on creuse notre piste sur les entreprises... surtout maintenant que Justin a lâché que certaines sont dans le collimateur des autorités – j'imagine plutôt les moldues parce que sinon on le saurait déjà... On assemble nos propres preuves... et on voit venir. »
« Bref, on continue », comprend Papa.
« Mais Justin va lancer son attaque dans la presse... », s'inquiète encore Harry
« Et nous, on lâchera les Belges », je réplique, avec un frisson d'adrénaline. Je suis en train de plaider pour le scénario le moins raisonnable qui soit – est-ce que j'ai été envoûtée ? « Mãe avait toujours dit que si la bataille devenait médiatique, on avait nos ressources... Elle voulait juste savoir ce qu'il proposerait... »
« En dernier ressort, la décision lui appartient », décide Harry, soulagé je crois de ne pas avoir à prendre parti. Il a sans doute du mal à digérer l'ultimatum de Justin.
« Combien de temps ? », demande alors Cyrus en me regardant.
« Pardon ? »
« Tu penses qu'on a combien de temps avant le procès ? », reformule Cyrus avec cette patience concentrée qui cache en fait un cerveau en total ébullition.
« Avec l'incertitude due au fait regrettable que je reste totalement à éduquer », je rappelle perfidement, « pas avant la semaine prochaine. Et si Justin va trop ostensiblement dans la presse, les juges pourraient repousser encore pour essayer de comprendre pourquoi... »
« Pourquoi on s'est inquiétés alors ? », grince Harry sortant de son habituelle bonne volonté.
« Iris l'a dit, Harry », répond Cyrus avec une sérénité nouvelle venue sans doute par la cheminée pendant qu'on regardait tous ailleurs. « On voulait avoir les termes du deal et on les a... Mais on n'est pas restés les bras croisés et on peut continuer à mener la bataille selon notre propre agenda... »
« Bon, j'appelle votre mère », décide Papa en sortant son miroir. « On va voir si elle réduit notre plan en miettes ou pas... On ne peut faire l'économie d'une réunion de tous les intéressés.. à leur corps défendant ou non », il rajoute avec un regard entendu pour Cyrus qui lève les yeux au ciel. « Ailleurs qu'ici, bien entendu... Notre appartement pourrait être surveillé... Chez toi, Cyrus, il y a les enfants... Iris, nous inviterais-tu à dîner ? »
« Moi ? », je questionne le souffle coupé par la conclusion que je n'ai pas vu venir.
« J'imagine que Caradoc et son amie pourraient être conviés – rien d'étonnant à ce qu'ils passent éventuellement te voir... », continue Papa dans une démonstration assumée de tout ce qu'il sait et ne partage pas, si vous voulez mon avis.
« Comme ça ? Ce soir ? Sans préparation ou... », je balbutie faute de meilleure idée.
« Je finance un traiteur si besoin », répond Papa, et mes deux frères attendent tous les deux avec curiosité de voir si je vais céder maintenant ou après une lutte inégale.
« Je vous préviens. J'ai une reconstitution hyper importante demain, donc je vous fiche dehors à onze heures quoi qu'il arrive – je répète : quoi qu'il arrive ! », je pose.
« Nous voilà prévenus », accepte Papa avec un sourire entendu.
oo
Samuel a avalé le projet mieux que je n'aurais osé l'espérer. J'en arrive à me dire que le plus important pour lui est de se sentir inclus. Je prends mon miroir pour appeler Caradoc avec plus d'appréhension.
« Chef, j'ai une veillée d'armes à te proposer », je lui balance sans préalable.
« Ce soir... ? »
« Toi, moi, Caradoc, Emma », j'explicite. « Mes frères pourraient passer... voire mes parents... »
« Tes... Une... réflexion sur l'achat de motos ? », il finit par questionner ayant maintenant mesuré les doubles sens de mes paroles.
« Une réflexion collective... », je confirme.
« Tu penses... qu'ils seraient d'accord ? »
« Hum pas gagné tout ça, mais ce serait dommage que tu rates le moment où je me fais engueuler par toute ma famille – non ? Emma va adorer... », je soupire.
« Toi en particulier ? »
« J'ai craqué pour une moto... un peu dangereuse de l'avis général... »
« Pourquoi ça m'étonne ? », il insinue avec un rire dans la voix.
« Vous pouvez dans une heure ? »
« On sera là », m'assure Caradoc sans insister davantage.
« Tu sais quoi ? », je lance à Samuel ,qui m'a écouté de la cuisine sans cacher ni sa curiosité ni son amusement. « J'espère presque être sur écoute... J'adorerais lire le rapport du pauvre mec qui devrait en tirer des conclusions... »
« Comme ça, l'idée de foncer droit devant et de gérer les conséquences après est de toi », relève plutôt mon petit ami.
« Oui, moi aussi, ça m'inquiète. »
« Justin ne reparlera jamais à ton frère », il commente en continuant de sécher nos verres pour faire face à l'afflux attendu de convives.
« Pas sûr que Harry fasse l'effort de lui demander pardon », je commence par répondre. « Non, ce n'est pas vrai. Harry en souffrira sans doute... Je crois qu'il en souffre déjà... Bon, le traiteur amène tout dans une demi-heure, mais faudrait quand même qu'on installe une table... »
« Oui, chef », me lance Sam en abandonnant les verres pour me rejoindre.
« Tu crois qu'on saurait travailler ensemble ? », je lui souffle quand il est près de moi.
« Tu veux savoir si j'aurais demandé un blâme pour comportement à la place de Caradoc ? », il me renvoie, après une demi seconde de surprise.
« Ok, on ne saurait pas », je maugrée en commençant à tirer la table basse au milieu de la pièce.
« Il t'a engueulé, j'espère ?», poursuit Samuel en amenant toutes les chaises qu'il peut trouver dans la salon.
« Pourquoi tu ne lui as pas demandé toi-même ? », je lui oppose.
« Je l'ai fait mais je voulais voir si tu me le dirais. »
«Que Cerridwenn me débarrasse des mecs parano », je commente en grinçant des dents. «Vous avez quoi tous à me prendre pour une gamine incapable de reconnaître ses torts !? »
« J'ai jamais dit ça, Iris », essaie Samuel sur un ton apaisant. « Je pensais que tu serais gênée, que tu minimiserais... pas que tu me mentirais... D'ailleurs c'est ce qu'a dit Caradoc – heureusement elle ne m'a pas menti... Elle m'a caché des choses mais sans me mentir... »
« Je n'avais pas remarqué que vous vous appeliez par vos prénoms... », je grince.
« On a fait un pacte... »
« De mieux en mieux ! »
« Iris », s'inquiète vraiment Samuel. « On devrait reprendre cette conversation sur d'autres bases. Tu es surmenée et toute ta famille arrive dans... vingt minutes. »
« Sans parler de Darnell et la géniale Emma... »
« Je te préfère attaquant le Magenmagot, les mercenaires, une obscure sorcière espagnole vivant au Mozambique et Justin en même temps, que mesquine avec Lebenrecht », m'indique Samuel assez fraîchement.
« Tu m'arrêteras si je... », je m'inquiète sincèrement.
« T'oseras pas faire ça à Darnell... »
« J'espère », je souffle alors que la table a pris une taille suffisante pour accueillir huit convives.
« Elle va être sans doute un peu agressive parce qu'intimidée et forte de ce qu'elle peut apporter. Mais c'est ton idée, Iris, et elle va voir que personne dans ta famille ne te traite comme un bébé... »
« Tu rigoles ? »
« Je pense qu'elle sera surprise, même si toi tu aimerais être moins protégée, mais... »
« On ne protège jamais assez l'avenir », je complète en répétant ce que m'a dit ma mère. «C'est comme ça que ma mère se justifie. »
« Je m'en resservirai ! », s'amuse Samuel.
« Avec moi ? »
« Merlin, non ! Mais l'Eolynn Camden, crois-moi, je sens qu'il va falloir que je la protège d'elle-même si je ne veux pas devoir aller lui rendre visite trop souvent à Sainte-Mangouste!», il me raconte. « On débarque chez ce gars qui a une boutique sur le chemin des embrumes mais trempe aussi dans d'autres magouilles, et tu crois, toi, qu'elle prend une boite à pleines mains sur un étalage? La boite contenait des cristaux de Nelps... »
« La pauvre ! », je compatis avec sincérité.
« Tu connais cette saloperie», constate Sam.
« Je ne te rappellerais pas qui est mon père. Mais c'est dans les histoires familiales parce que ma grand-mère en avait. Ils ont été détruits avant ma naissance. Harry avait été intoxiqué, il paraît... », j'explique tout en plongeant dans un placard à la recherche d'une nappe.
« Elle en avait ? », s'exclame Sam avec moins de diplomatie que souvent. « Qu'est-ce qu'elle fichait avec un truc pareil, ta grand-mère ?! Même ce vieux filou du chemin des Embrûmes a paniqué quand il les lui a vus entre les mains. Il nous a supplié de vérifier qu'elle n'était pas intoxiquée, et on a dû aller voir le docteur Smiley... »
Je vais troquer la folie congénitale de la famille Black contre des détails sur les malheurs d'Eolynn, histoire de ne pas être moins informée que la salle à café de la Division, quand le traiteur sonne et interrompt notre conversation. On est encore en train d'organiser ce qu'il nous a livré quand Caradoc et Emma arrivent.
« Vous êtes les premiers », leur indique Sam en les faisant entrer.
« Mais les bienvenus », je rajoute avec toute la diplomatie que je peux réunir. Emma me serre la main en regardant autour d'elle sans que je puisse imaginer ce qu'elle cherche. « J'ai dit qu'à onze heures, je mettais tout le monde dehors », je raconte à Caradoc, histoire de le rassurer quant à demain.
« Je suis content que tu n'oublies pas tes autres enquêtes !», s'amuse Darnell
Avant que je ne continue à lui donner la preuve de mon sérieux, la sonnette retentit, et Samuel s'empresse d'aller ouvrir. Ce sont mes parents et mes deux grands frères.
« Bonsoir Samuel – désolée pour l'invasion », lance ma mère. « Kane est de garde », elle rajoute pour moi, qui réalise seulement que je n'ai pas une seconde pensé à mon jumeau.
« Bonsoir », les salue prudemment mon quasi-fiancé officiel.
« Caradoc, j'espère que, toi, tu vas te rappeler de nos prénoms », indique Mãe en pénétrant plus avant. « Ça pourrait donner le bon exemple à Emma et à Samuel... Tout ceci n'a rien de très officiel, essayons de ne pas l'oublier ! »
« Très bien, Nymphadora », accepte Caradoc en lui serrant la main. « Bonsoir... Remus. Harry. Cyrus. Je ne sais pas si vous connaissez Emma – Emma Lebenrecht », il continue.
« Non, mais on en a entendu parler », sourit Harry en tendant la main à Emma qui est un peu rose. « Content de te rencontrer. »
« Moi aussi », indique Cyrus, laconique, quand vient son tour. Peut-être parce que tout dans la posture d'Emma indique que, des deux, il est celui pour lequel elle a le moins de respect. Le sourire provocateur de Cyrus ne s'y trompe pas.
« Iris, je sais que tu ne veux pas qu'on tarde trop... », commence ma mère – je ne sais pas si elle a remarqué leur manège.
«Oui, servons-nous, installons-nous et... voyons où on en est... », j'embraye un peu gênée de me retrouver en première ligne. J'espère que je ne vais pas me retrouver à animer la discussion!
Tout le monde acquiesce – sauf peut-être Emma, mais il faut que j'arrête de la regarder – et obtempère. Des conversations simples se nouent pendant que chacun compose son assiette: Harry demande des nouvelles des parents de Caradoc ; Papa entreprend Emma sur l'économie moldue apparemment en crise ; Cyrus fait rire Samuel – je crois que ça a trait aux motos. Mãe me regarde comme une maman et me coince dans la kitchenette alors que je suis allée ouvrir une des bouteilles de vin ramenées de France par Harry – 'pour essayer de voir les choses de manière plus positive', a-t-il indiqué en posant le carton dans ma cuisine.
« Remus va commencer mais je pense que tu vas devoir animer la discussion, Iris. Tu as plus d'infos que nous tous... »
« Tu n'es pas sérieuse ? »
« Tu as une vision plus globale à défaut d'avoir toutes les infos... », elle estime.
« Pas plus globale que toi ! », je proteste.
« Mais nous sommes chez toi. Je t'aiderai mais je ne veux pas... trop mélanger les genres. »
« Ok », je soupire en ramenant la bouteille. Pourquoi ai-je l'impression que Emma lit mon malaise sur ma tête alors qu'elle discute maintenant avec Harry des vins français ?
Tout le monde est assis. Je fais de même à la place d'honneur – face à mon père mais entre Samuel et ma mère.
« Merci à tous d'être là ce soir. Mais pas seulement ce soir », commence Papa. « Merci à ceux qui auraient pu refuser de bien vouloir mettre leur expérience, leur expertise, leur énergie à... cette histoire », il continue avec un regard chaleureux pour Emma et Caradoc.
« Merci à vous de nous inclure », répond ce dernier, et Emma semble d'accord avec lui.
« Tout le monde sait que nous avons rencontré Justin Finch-Fletchey cet après-midi. Nous avons donc les termes de son offre – valable pendant une douzaine d'heures... Globalement, autant dire que ces termes rendent difficiles de... ménager le procès de ces mercenaires et d'obtenir de quoi coincer Hermosa Fioralquila McNair... J'imagine que c'est normal, tel n'est pas l'objectif de Justin, mais si nous sommes là ce soir, c'est pour prendre une décision collective ou plutôt une série de décisions... », développe Papa – et j'imagine que je ne suis pas la seule à avoir l'impression d'être revenue à Poudlard. « Est-ce que Iris et Caradoc vont au procès des mercenaires en sachant les menaces proférées par la défense ; est-ce que les risques sont justifiés et acceptables ? Est-ce que nous avons assez avancé sur Mademoiselle McNair pour espérer changer les termes de la négociation ? »
Les questions semblent intimidantes parce que personne ne semble vouloir les attaquer. Ayant vérifié que ma mère n'a pas changé d'avis, je me penche en avant par dessus mon assiette pour indiquer que je vais parler.
« Tu vas peut-être trop vite, Papa. On peut repartir de ce qu'a proposé Justin : on limite les charges contre ceux que tu appelles les mercenaires à leur malheureux braquage sur le chemin de Traverse, on refuse l'extradition demandée par la Belgique, et Justin n'utilise pas nos méthodes... peut-être discutables d'interrogatoire dans la presse... »
Caradoc rougit furtivement, Cyrus ricane et Harry me regarde avec compassion en écoutant mon résumé. Emma se tourne vers ma mère qui lui oppose un regard totalement inexpressif puis vers Samuel, qui ne cache pas son amusement. Je crois que cette dernière réaction est plus impressionnante pour elle que le reste.
« Les risques seraient donc pour Caradoc et moi, d'abord », je continue en la regardant avec insistance. Il faudrait qu'elle se mouille, qu'elle me convainque que je me fais des films et qu'elle mérite ma confiance et celle de Caradoc. « Je sais qu'on a induit un des prévenus en erreur... sur mon identité... mais le cas est... - me semble-t-il - défendable devant un tribunal... Je parle pour moi bien sûr. Caradoc, tu peux penser différemment... »
« Je suis seul responsable de cette... erreur », décide de répondre mon chef et ami avec une raideur marquée. « C'est moi qui t'ai demandé de le faire. Tu n'as pas mesuré les risques »
« Toi non plus ! », je proteste.
« C'est bien là le problème », il estime.
« Donc tu proposes de tout prendre sur toi ? », le coupe Cyrus, pragmatique. « C'est très noble, mais il est probable que la stratégie de Justin repose au contraire sur le patronyme de ta subordonnée : une Lupin qui met en cause une autre Lupin... Donc si tu insistes trop sur ta responsabilité, on pensera que tu te sacrifies à la demande de Dora, pas autre chose, Caradoc.»
« Donc autant qu'on dise qu'abusant de mon nom et de mes capacités linguistques, j'ai voulu t'impressionner en arrachant des aveux... », j'abonde. Je note avec satisfaction que Emma est réellement surprise de ma position.
« Attendez, attendez », intervient Harry. « Ça y est, c'est dit : vous allez au procès ? »
« On explore les possibilités », je rappelle dans un soupir. « On mesure les risques. »
« Est-ce que les autres Aurors à cette table ont un avis ? », s'enquiert l'aîné de notre fratrie, pas trop impressionné par mes soupirs.
« Emma », désigne Mãe parce que toutes les personnes répondant à cette définition la regardent. « Tu es celle qui a senti arriver ce problème », elle lui rappelle. « Quels sont les risques? »
«Les interprétations possibles évoquées par Caradoc et... Iris ne constituent qu'une partie du problème », commence lentement Emma. « Il me semble que tout va dépendre du Magenmagot, de son arbitrage. Les juges n'aiment pas qu'on essaie de contourner les règles protégeant les droits des prévenus, c'est un fait... Ils prendront une sanction, au mieux symbolique et partagée en fonction des responsabilités des Aurors mis en cause », elle pose, et Caradoc grimace. «Reste que cette... pression a été exercée alors que le Magenmagot avait demandé un complément d'enquête et expressément demandé la coopération des prévenus et de l'avocat... Je pense que ça peut être pris en compte... et alléger les sanctions éventuelles. De plus, réputation pour réputation, la nature des crimes révélée est du type à être reprise par la presse qui se fichera des limitations de juridiction ou des procédures. »
C'était ce que ma mère avait peu ou prou dit un soir dans ce même salon. Ce que j'avais répété à la Fondation cet après-midi. On l'avait maintenant de la bouche d'une des meilleures juristes de la Division, d'après son Commandant. On pouvait construire dessus sans doute. On avait aussi conduit Emma en dehors de sa zone de neutralité - au moins de mon point de vue.
«Des Aurors... sanctionnés pour avoir mis à jour des crimes de cette ampleur... auraient la sympathie du public... Les juges ne vont pas vouloir d'une campagne de ce genre dans la presse... Mon avis est qu'ils vont faire pression sur l'avocat pour obtenir sa collaboration... », continue Emma. Et pour le coup, je me dis qu'elle a raison et que j'aurais dû aussi y penser.
« Alors pourquoi Justin essaie ? », questionne Harry, dubitatif.
« Parce qu'il espère nous appâter suffisamment pour qu'on ne pèse pas tout cela ? », je propose. N'est-ce pas ce que je crains depuis des jours ?
« Parce qu'il espère négocier avec le Magenmagot plutôt qu'avec nous », me contredit Samuel, avant de se tourner vers Papa et Mae pour quasi s'excuser : « Je veux dire... »
«Tu veux dire 'nous' Samuel – du moins, je l'espère», l'interrompt Mãe avec un sourire bref. «Je pense que tu as raison : Justin espère que le Magenmagot prenne la main et une décision moins osée que la nôtre... Il compte sur le fait qu'on risque de faire nos Gryffondors de Lupin et aller à la confrontation... Il nous connaît ou pense suffisamment nous connaître.»
Harry soupire et Cyrus rit ouvertement, comme s'il appréciait brutalement l'humour de Justin.
« Admettons qu'on ait bien identifié les enjeux », commence Papa. « Est-ce qu'on pourrait utiliser le temps de cette procédure pour faire avancer nos enquêtes sur les agissements de Mademoiselle McNair ? »
« Nos enquêtes ? », relève Caradoc.
« Il y a ce que Emma a réuni », je réponds – et cette réponse-là, je suis bien contente de l'avoir. « Il y a ce que Cyrus a peut-être découvert et partagera sans doute dans un cadre convivial comme mon salon... »
« T'es qu'une peste », soupire mon frère et parrain, beaucoup plus gentiment qu'il aurait pu le faire. Le fait que mes parents et Harry rigolent en réponse à cette sortie stupéfie Emma. Ça ne va pas mieux quand elle réalise que Samuel et Caradoc s'autorisent, chacun pour leurs propres raisons, un sourire en coin. « Je n'ai jamais dit... Merlin... Je protège mes sources et je ne veux pas nous lancer sur de fausses pistes – est-ce que c'est inaccessible comme principes à une Auror ? », il m'oppose quand même plus sérieusement.
«Mais du temps te permettrait de vérifier et de protéger ?», je m'intéresse laissant le reste glisser sur moi comme la pluie sur un joueur de Quidditch. «T'as donc des débuts de pistes?»
«Et, crois-moi Cyrus, elle est du genre qui suit tous les débuts de piste », souligne Caradoc, toujours amusé.
«J'imagine ; je ne connais pas plus têtue », marmonne Cyrus, en repoussant ses cheveux en arrière en un geste qui en dit long. « J'ai des fragments, mais sans doute des choses que... Emma... peut vérifier. On m'a parlé d'un consortium... Africa Future Plants... basé à Prétoria, Afrique du Sud... exportant partout dans le monde, des plantes... On parle d'abord de marchés moldus... des trucs bio, des médecines parallèles... mais l'infrastructure servirait aussi à d'autres types de transaction et de transports... »
« On arrive au même nom », remarque Mãe en regardant Emma qui a du mal à cacher sa surprise que mon frère ait trouvé ça. Elle opine quand même pour confirmer à notre chef qu'elle ne se trompe pas.
« Mais on m'a parlé d'un autre acteur... le Xochipilli Investment Club... Xochipilli est un dieu aztèque des plantes », rajoute Cyrus.
« Et les initiales forment XIC », remarque sombrement Harry. « Le nom utilisé par Hermosa et ses copains dans le temps», il rajoute pour ceux qui n'auraient pas tout cela en tête.
« Mes... informateurs disent qu'il y a beaucoup d'argent... proposé à la fois aux Moldus et aux sorciers ayant des projets dans la transformation de plantes... qu'il y a une dimension philanthropique affichée... mais que ça mériterait une petite enquête... », continue Cyrus, hanté, je le vois bien.
« Quel rapport entre les Aztèques et Hermosa ? », je demande. Je suis sûre que les Aurors autour de la table me remercient.
« Ce club a un nom mexicain, mais il aurait son siège à Curaçao et des fonds placés un peu partout. Et beaucoup d'argent : il participe de plus en plus aux réseaux de financement de thèses aux États-Unis et... », soupire l'ethnomage de la famille.
« Bettany », comprend Harry à mi-voix. « Tu tiens ça de Bettany ! »
« L'important est ailleurs », gronde Cyrus avant que quiconque ait pu s'intéresser au nom jeté par Harry. « Ça me prend du temps parce que je pose des questions à différentes personnes, je croise et je recroise les informations et j'essaie de ne pas attiser suffisamment de curiosité pour que ces gens se piquent de mener leur propre enquête, ok ? Vous vouliez savoir ce qui se dit dans les milieux ethno-botaniques : il se dit que le Club a beaucoup d'argent, finance des tas de choses étonnantes et recrute de jeunes talents... Il a commencé sur le continent américain mais il s'implante aujourd'hui en Afrique du Sud et au Mozambique... Personne n'a relié ça à Hermosa mais, moi, je pense que ça mérite une petite enquête... Ne serait-ce que pour voir quel plaisantin utilise les initiales du XIC !»
« Mais si ce Club a son siège à Curaçao », soupire Emma.
« Je ne dis pas que ça sera facile », reconnaît Cyrus en la regardant.
« Mais c'est une piste », admet Mãe. « D'autres choses ? »
Cyrus hésite, se gratte la tête et puis se lance :
« J'ai aussi posé des questions sur Hermosa et ses activités. Elle serait bien vue du gouvernement moldu mozambicain – il n'y a pas de réel gouvernement sorcier ; les communautés locales traditionnelles ont leur fonctionnement ancestral et les... groupes plus occidentalisés se tournent vers l'Afrique du Sud quand ils ont besoin de quelque chose. Je pense que, n'en déplaise à Justin, elle s'est construite une forteresse inexpugnable – peu de chance qu'une quelconque autorité locale nous la livre quelles que soient les preuves qu'on réunisse... »
« Raison de plus pour ne pas lâcher les mercenaires, alors », je soupire.
« Je crois que c'est le mot de la fin », abonde Mãe.
oooo
« Je crois qu'on va devoir laisser Iris se préparer pour demain », signale Harry, plus tard.
Il est plus de onze heures mais je n'ai jamais regardé ma montre. Les autres non plus. On a fini les plats du traiteur et plusieurs bouteilles de Harry ; on a ressassé ce qu'on savait et ce qu'on ne savait pas, mais je ne crois pas que quiconque se soit ennuyé. Caradoc et Samuel ont gagné en décontraction - même Emma a semblé abandonner son maintien rigide pour sourire parfois et se laisser aller sur l'épaule de Caradoc un bref instant. L'alcool a peut-être aidé.
« Et moi, je dois aller à Jersey voir un client et me lever tôt. Au fait, Papa et Mae, je pense que Brunissande et les enfants vont me rejoindre ici ce week-end... », continue d'expliquer Harry qui s'est levé en parlant. «Je sais que le moment est bizarrement choisi peut-être... »
« Au contraire », estime Papa.« Sans toute cette histoire, on serait déjà allé les voir ; ça commence à faire trop longtemps qu'on n'a pas passé du temps avec eux ! Aelys est toujours aussi têtue ?»
« Malheureusement », regrette un peu comiquement Harry. « Tu n'es pas obligé de me rappeler qu'elle a de qui tenir, sa mère fait ça très bien. »
« Ce n'est sans doute pas toujours reposant mais tu ne peux pas souhaiter qu'elle manque de caractère », estime Papa ce qui fait sourire tout le monde autour de la table et lever les yeux au ciel de Mãe.
« Ce n'est sûrement pas quelque chose qui menace quiconque portant ton nom de famille, Remus », elle marmonne augmentant encore la gaieté autour de la table.
«Même les adoptés de fraîche date », rajoute un peu sombrement Cyrus.
« Ah, je vois que Neville t'a écrit », constate Papa avec une dose de compassion.
« Tu en doutais ? »
« C'est la procédure, mais je lui ai dit de ne pas en faire une affaire d'état... »
« Pardon ? »
« Cyrus, tu voudrais que Aeccio ne fasse jamais de bêtises ? »
« Se balader sur les toits la nuit avec ses potes, tu appelles ça, une bêtise ? », s'étrangle Cyrus. Emma a du mal à cacher qu'elle est surprise des positions respectives qui vont sans doute à l'encontre de ses préjugés, et les autres amusés.
«J'ai cru comprendre qu'ils n'étaient pas allés bien loin - ils se sont fait prendre avant d'être réellement sur le toit. C'était un gage stupide pour avoir perdu une partie de bataille explosive...», minimise Papa.
«Iris, Harry, dites-moi que je rêve ! », commente Cyrus d'une voix blanche.
« Prends ça comme une perpétuation de ta légende, petit frère », se marre Harry sans aucune pitié. «Tu lui as donné une liste de conneries que tu avais faites à Aeccio ? Sois sympa, fais en une copie à Neville, ça va lui épargner des sueurs froides ! Remarque, il pourrait s'en rappeler d'une partie tout seul...»
« JE ne suis jamais allé sur le toit en deuxième année », proteste Cyrus, les deux mains sur la poitrine. « Et tu vas moins rigoler quand Neville ou un autre t'écrira à propos de Caël, Harry, crois-moi !»
« Oui, sans doute », admet Harry plus sérieux. « Je dirais même que j'évite soigneusement d'y réfléchir. J'ai encore deux ans de répit et j'en profite ! »
« Bah, Harry, ce sera peut-être un premier de la classe comme toi », je souris tout en pensant que Caël, tout en étant moins obstinément têtu que sa soeur Aelys, est bien du genre à monter sur un toit à la suite d'un pari.
« Aeccio n'est pas spécialement mauvais en classe », commente Papa l'air presque agacé de ma sortie. Il semble bien parti pour défendre son petit-fils adoptif jusqu'au bout, je me dis.
« Et je n'ai pas toujours été aussi sage que le veut la rumeur», ajoute Harry avec bonne humeur.
«Magnifique ! », grommelle Cyrus, toujours dans son rôle du père bafoué. « Si je vous écoute, je dois donc me réjouir de le voir s'intégrer si profondément dans les traditions familiales. Je devrais peut-être lui envoyer une lettre de félicitation, finalement. Lui conseiller d'embarquer Sio avec lui la prochaine fois, pourquoi pas, Severus et Susan me remercieraient ! »
«Siorus Smiley-Rogue est le filleul de Cyrus», je sous-titre pour tous ceux qui disposent pas de tous les éléments pour goûter tout le sel de l'échange avant de tester une fois de plus la patience de mon grand frère : «Tu comptes quand même pas envoyer une Beuglante à Aeccio?!»
« Non, aller le voir, demain », annonce un peu sombrement Cyrus. Si le procédé ne m'étonne pas - envoyer des Bleuglantes n'est pas une tradition familiale, je ne peux m'empêcher de grimacer de sympathie parce que Cyrus en colère n'est pas une chose qu'on peut souhaiter à quiconque, et ma réaction instinctive fait furtivement sourire Mae.
« Et... imaginons qu'il trouve quelque chose de pire... il te restera quoi ? », interroge Papa dans un soupir. « Laisse donc son directeur de maison sévir, Cyrus... après tout,il est là pour ça ! »
«Tu trouves que j'en fais trop ? Tu te rappelles combien tu m'avais engueulé ? », s'offusque Cyrus à la grande joie de Caradoc.
«Évidemment », reconnaît Papa. « On m'a ramené ta médaille trouvée dans une gouttière, Cyrus... il ne me fallait pas beaucoup d'imagination pour t'imaginer tout en bas ! Et puis, je m'inquiétais aussi pour McLeish ; le petit Crofton tient du singe autant que ton fils... »
«Tu t'inquiétais pour Archi ? », s'asphyxie Cyrus. « Je me rappelle plutôt de ce que tu as hurlé sur les risques que je prenais pour moi-même ! Combien c'était de l'égoïsme ?»
«Je ne peux pas regretter ça t'ait marqué», sourit Papa, mais moi, je rebondis sur le nom du pote de Aeccio:
« Crofton ? C'est lui que tu devrais aller voir, Cyrus. Mettez vous d'accord sur votre réponse ; ça les impressionnera peut-être, vos petits singes, et... le major Crofton qui est un fan de Mãe sera super content que tu le fasses !»
« Écoute ta soeur, Cyrus », ponctue Mãe avec un grand sourire.
« J'espère que tu trembles, Samuel, en entendant ça », soupire Cyrus avec un feint découragement. « Une fille qui utilise les conneries de ses neveux pour gagner des points auprès de ses collègues, ça ne te fait pas fuir ? »
« Je trouve ça plutôt subtil », finit par répondre Sam à la plus grande joie générale.
« Parfait», fait semblant de se soumettre Cyrus. «Je vais donc demander à Crofton des conseils sur comment élever mon fils... »
« Je voyais plutôt t'excuser que Aeccio ait une mauvaise influence sur son fils et lui proposer d'associer vos forces », je précise.
« Et t'es inquiète pour une opération demain ?», rigole Cyrus. « Mãe, Samuel, Caradoc et les autres, vous devriez vous méfier, elle prendra votre place à tous avant que vous ayez vu le truc venir !»
«Heureusement qu'elle sait qu'il lui en reste à apprendre - et ce sera sa première reconstitution», tempère Mae avec bonne humeur. « Vous êtes au point pour demain, j'espère ? »
« Oui Commandant », je soupire – je suis sans doute la seule à pouvoir le faire malgré l'atmosphère détendue ; j'y pense un peu tard.
« J'avoue que je suis curieuse de voir s'il va tomber dans vos filets », explique Mãe sans sembler en faire une montagne. Le 'tu devrais arrêter de te sentir juger' de l'autre jour me revient en mémoire.
« Nymphadora, tu... tu connais Sullivan Seysill ? », s'informe alors Caradoc avec un peu plus de formalité que précédemment.
« Je vois vaguement qui c'est », répond lentement Mãe, curieuse.
« Il apparaît dans un certain nombre d'enquêtes avortées sur Kelvin », précise mon petit chef à moi.
« Et c'est lui qui a produit l'enquête squelettique sur Aki Tanaka », je ne peux m'empêcher d'ajouter.
Mãe me regarde, pensive, avant d'annoncer :
« Je vais mettre Proudfoote sur son cas... »
« Commandant, tu es la première personne à laquelle nous parlons de cet élément que nous avons isolé cet après-midi... », s'empresse d'indiquer Caradoc. A raison, selon moi : Tanya risque de nous en vouloir pendant des années, sans parler de son mari.
«Proudfoote sera ravi de fouiller un peu le cas d'un policier flemmard à qui il doit sans doute le seul blâme de sa carrière ! », estime Mãe en haussant les épaules.
« Ce serait bien que Tanya ne l'apprenne pas par son mari », je me permets d'insister.
« C'est à vous de lui faire part de vos doutes, et elle y donnera les suites qu'elle veut », affirme ma mère. « Moi, je demande à Proufdoote de s'intéresser aux causes de la maigreur des rapports... en remarquant que c'est le même enquêteur... Ce sont deux choses différentes...»
« Et c'est bien que ça soit différent ? », je m'étonne ouvertement. Je crois que Caradoc et Emma, voire Samuel, sont sincèrement intéressés par la réponse.
Mãe inspire, regarde furtivement Papa qui lui sourit, avant de répondre :
« Iris, tu ne vois pas qu'ici aussi la meilleure tactique, c'est l'encerclement ? »
ooo
Je ne vous remets pas les perso non canon... vous me direz si ça manque
Le suivant nous emmène à cette fichue reconstitution qui m'a si longtemps échappé et ses conséquences. Ca s'appelle "Un tout petit monde". Ayant enfin repris de l'avance une fois ce point de blocage passé, ça devrait arriver plus régulièrement.
