Au Temps des Légendes

Chapitre 21 : Le Dragon Blessé

Disclaimers: On pourrait croire qu'ils sont à moi, mais non... J'en suis navrée, je ne suis pas JKR.

Avant propos: Cette fic est toujours dédicacée à One Ring, ma ch'tite Sam. Vous trouverez la musique à télécharger http / autempsdeslegendes . free .fr /ATL21 .zip

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Relecture : One Ring et Superstar

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1035 - Ceux que l'on appelle les Seelies sont défaits en Ecosse, dans la bataille où le Roi Knut d'Angleterre fut également blessé. Celui-ci meurt de ses blessures dans les semaines qui suivent. Les Princes se déchirent, la princesse guerrière dont la paternité incertaine mettrait d'accord les différents partis reste introuvable.

1036 – Les rescapés Seelies se rassemblent en Irlande pour panser leurs blessures.

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« Il est parfois difficile de s'imaginer que ce ne sont pas toujours les sorciers les plus âgés, ni les sorciers les plus jeunes, qui détiennent la clé de notre monde. Oublier que Harry Potter nous apporta un premier répit alors qu'il n'était âgé que d'un an, oublier que Dumbledore, approchant déjà du centenaire vainquit Grindelwald. Pourtant, c'est à un âge plus raisonnable qu'on attribue le bannissement des Unseelies aux fondateurs. Du moins à Gryffondor et Poufsouffle, d'un âge certain pour leur époque, surent déceler le potentiel étonnant de leurs jeunes confrères Serdaigle et Serpentard.

Mais quoi qu'il en soit, il ne faut jamais oublier le prix terrible que payent ces héros, et que parfois, la plus belle des victoires peut avoir l'amertume des plus grandes défaites, et que l'après-guerre n'est jamais immédiat. »

" Ce qui fit les Grands Hommes"

Chad Kalen Du Lac

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Suggestion Musicale : Lady Marian – Clannad

Achever le récit de la bataille d'Ecosse aurait été bien difficile pour Rowena qui perdit pendant plusieurs mois la simple faculté de voir le monde autour d'elle. Salazar raconta bien plus tard qu'ils s'étaient retrouvés acculés au bord d'une falaise par les soldats de Knut. Le roi d'Angleterre avait ordonné avant de perdre connaissance suite à ses blessures qui lui furent mortelles, qu'on lui ramène la messagère aux cheveux noirs sous les traits de qui se cachait sa fille.

Celle-ci aurait été bien incapable de lui échapper, perdue comme elle était, le regard vide, le corps parcouru des spasmes de la crise post-transformation qui reprenait ses droits, l'adrénaline du combat, de même que tout esprit l'ayant abandonnée. Aussi reposait-elle tel un poids mort dans les bras du guerrier aux yeux d'émeraude qui reculait.

Il ne se laissa pas capturer, et malgré la fatigue qui faisait trembler ses membres, il était hors de question qu'il abandonne la jeune femme. Aussi, puisant dans ses dernières réserves, se précipita-t-il dans la mer agitée en contrebas. Vous parler des sortilèges puissants, associés à la consommation à la limite de l'intoxication de Branchiflore, l'aide de l'élément protecteur de Salazar et des créatures gardiennes telles les sirènes serait bien trop compliqué.

Toujours est-il que c'est la magie de l'eau dont il était héritier qui les mena sains et saufs vers Helga et le Refuge Irlandais. Du moins en ce qui concernait le physique, car mentalement, c'était une toute autre affaire.

Les troubles de Rowena étaient des plus spectaculaires. Elle ne bougeait plus, ne battait même plus des et respirait à peine. Son regard s'était troublé et semblait focalisé sur un endroit que personne ne pouvait voir, et on avait beau s'agiter autour d'elle, elle ne réagissait plus. Helga voulut à plusieurs reprises brusquer la jeune femme, mais Salazar retint toujours sa main.

Pas qu'il était moins inquiet que la rouquine, mais il comprenait mieux que quiconque qu'elle ait préféré fuir la réalité que d'affronter l'amertume d'avoir survécu. Lui-même avait songé à se laisser mourir sur ce champ de bataille après avoir mis fin à la vie de ses deux frères les plus proches. Mais Godric, le flamboyant Godric, lui avait passé le flambeau de ce combat qu'il menait depuis l'adolescence. Il lui avait rappelé que lui avait un fils qui l'attendait en Irlande et pour qui il fallait vivre, et il lui avait confié la garde de cette jeune fille aussi sauvage que le vent qui lui avait rendu le sourire.

Il l'aimait profondément. Salazar avait pu le lire dans le regard étincelant de son frère alors qu'il décidait de se sacrifier pour les sauver. Quant aux sentiments de Rowena, qui avaient toujours été difficiles à déchiffrer, hormis concernant son sens du devoir et sa haine pour Blaise, son état ne laissait plus aucun doute. Aussi Salazar comprenait-il l'état de la jeune femme.

Il fallut attendre le retour d'Alfred en visite en Normandie pour que celui-ci, après une verte engueulade avec Salazar, quitte la salle commune de dîner et se rende auprès de sa sœur, qu'il n'avait toujours pas reconnue; le sortilège d'échange entre celle-ci et Salazar toujours actif, pour que Rowena retrouve un semblant de conscience.

Courant vers la baraque où elle reposait avec les blessés de la dernière pleine lune, il la saisit par les épaules et la secoua de toutes ses forces. Mais voyant qu'elle ne bougeait pas, il la gifla à la volée. Celle-ci avait encaissé le premier coup sans même afficher le moindre rictus ou tressaillement musculaire, puis la seconde. Elle ramena son visage face à celui de son agresseur, mais celui-ci garda son expression vide.

« Mais enfin vas-tu cesser de regarder ton monde intérieur et t'intéresser aux vivants ? Tu as perdu une bataille et un allié certes puissant, mais pas encore la guerre ! Rugit-il. Tu n'as pas achevé ce que ma sœur t'a demandé d'accomplir ! » Sa voix trembla alors qu'il évoquait Rowan qu'il croyait rentrée en Avalon comme le bruit avait été propagé.

« Je suis sûr que si elle te voyait t'apitoyer ainsi sur toi, elle traverserait les barrières magiques d'Avalon pour venir te botter l'arrière-train d'égoïste et égocentrique emplumée ! » Continua-t-il alors qu'il tirait un mince filet de sang à la commissure des lèvres de la pâle jeune femme dont les joues étaient rouges de douleur.

« Alfred ça suffit ! » Cria Helga qui était entrée derrière Salazar qu'elle avait visiblement retenu.

« Ne la touche pas immonde simulacre de! » Rugit Salazar échappant à la poigne d'Helga qui était bien empêtrée avec son dernier-né dans les bras.

Il le jeta à terre et se laissa tomber sur lui pour le rosser à son tour.

« Tu ne peux pas comprendre ! Vous ne pouvez pas comprendre ! Vous n'étiez pas là ! » Cria Salazar, ses poings frappant de chaque côté de la tête d'Alfred, déchirant la terre en même temps que sa peau et l'inondant de sang. « Vous n'avez pas vu ! Vous ne savez pas que nous avons tué mes frères ! » Continua-t-il, sans se soucier du manque de réponse d'Alfred qui de toute façon était trop choqué par cette explosion inattendue.

« Vous ne savez pas, vous ne pouvez pas comprendre… » Hoqueta-t-il alors qu'il tremblait trop pour continuer à frapper.

« Nous avons tué avant … » murmura Rowena d'une voix sombre et profonde qui fit reculer Alfred et tressaillir Helga, « mais jamais d'être si chers à nos cœurs. Nous avons utilisé la magie interdite. Jamais je ne pourrais me le pardonner. » Elle s'était levée et leur faisait face, avançant lentement, d'un pas ferme vers eux. « Parce que non contente d'avoir tué ceux que je considérais comme des frères … » Elle tomba à genoux, les mains sur la terre dans laquelle elles creusèrent de profonds sillons. « J'ai tué le souvenir de celui à qui j'avais offert ma vie. » Acheva-t-elle alors que les larmes inondaient son champ de vision et s'échappaient pour rejoindre la terre et ses mains crispées. « Ô Salazar ! Comment pouvons nous continuer à vivre après un tel acte ? » Demanda-t-elle en levant son visage dévasté vers son compagnon.

Il voulut répondre, mais les mots moururent sur ses lèvres. Ce fut Helga qui s'agenouilla entre eux et passant un bras au cou de chacun les attira contre elle et murmura : « Ne vous détruisez pas en remord alors que vous n'aviez pas d'autre issue. Godric a fait un choix, lourd à porter, mais ne rendez pas son sacrifice inutile en vous complaisant dans votre peine. Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. Aujourd'hui les larmes, et demain sera un jour nouveau. » Les deux jeunes gens ouvrirent grands les yeux aux paroles dures d'Helga, pourtant prononcées avec une douceur qui acheva de faire tomber les barrières que la violence d'Alfred avait ébranlées.

Et les larmes coulèrent de plus belle, Helga offrant ses épaules aux deux jeunes gens vieillis bien avant l'âge par les événements.

Après ce soir fatidique, Salazar vécut quelques mois calmes à s'occuper de son petit garçon. Charles était à présent âgé de trois ans. Il marchait et même galopait fièrement auprès son père. Si les premières semaines avaient été difficiles, le petit garçon ne reconnaissant pas l'homme qu'on lui présenta comme son papa, la leçon d'Helga avait fait beaucoup pour ouvrir Salazar, et le petit garçon, rendu sensibles aux humeurs de ses interlocuteurs par ses aspects lupins, s'était approché du mage de guerre. Salazar se souviendrait toujours du petit bout de chou, qui se cachait toujours dans les jupes d'Helga et qui était apparu un matin dans sa hutte.

« Dis monsieur mon père, est-ce que tu as mal quelque part pour toujours être triste ? » avait-il demandé, en hésitant sur la manière de lui parler.

« Oui j'ai mal, » avait avoué Salazar se retenant d'une répartie sanglante dont il avait le secret et invitant l'enfant à pénétrer plus avant, tapotant la couverture aux pieds du lit. « Mais ce n'est pas comme quand tu tombes et t'écorches, c'est ici que j'ai mal. » Expliqua-t-il en désignant son cœur légèrement à gauche de son torse.

« Pourquoi est-ce que tu as mal là ? Tu as été blessé ? C'est qui qui t'as fait du mal que j'aille le gronder ! »

Salazar éclata de rire.

« C'est la vie Charly qui m'a fait mal, » Déclara-t-il en ébouriffant les cheveux d'un noir de jais de son fils. Mais voyant que l'enfant ne comprenait pas, il ajouta. « Parce que tous ceux que j'aime m'ont abandonné ou m'ont quitté. »

« Mais moi, je t'ai pas quitté, et je vais pas t'abandonner. Alors tu seras pas triste monsieur mon père ! » Et joignant le geste à la parole, il se jeta dans les bras de son père qui, surpris par le geste manqua de tomber de sa couche. Il hésita alors que le petit garçon enfouissait son visage dans sa chemise, « moi je te laisserai pas, et même si les autres disent que je suis qu'un monstre, moi je t'abandonnerai pas. » Surpris par la déclaration d'amour de son enfant qu'il ne connaissait finalement pas, l'ayant envoyé au Refuge dès sa création, Salazar sentit son cœur se serrer comprenant que son fils ne serait jamais considéré comme un humain à part entière si il n'y mettait pas les règles.

Il referma les bras autour du petit bout d'homme qu'était son fils, et il se promit de faire changer les mentalités de ses contemporains et des générations futures concernant ceux qui avaient la malchance d'avoir été touchés par la malédiction du loup. Et de travailler, si ce n'était pour guérir, atténuer les effets de la transformation.

Il ne supporterait pas de voir son fils se retourner contre lui à cause du loup, et d'avoir à le tuer, comme il avait dû le faire avec son frère jumeau. Aussi passa-t-il auprès de son fils autant de temps que ses guerres personnelles et voyages lui permirent, n'oubliant plus que c'était pour son fils, plus encore que pour les autres, qu'il se battait.

Rowena avait certes repris un semblant d'activité humaine, mais elle se mêlait peu aux autres habitants du refuge. Définir l'existence que la jeune femme mena les mois qui suivirent son réveil serait difficile; Elle était présente, elle participait de bon cœur aux activités qui assuraient la survie de la petite troupe, mais elle était totalement transparente aux autres, elle n'était pas là. Et bien souvent, une fois ses corvées achevées, elle quittait le petit hameau et marchait de longues heures jusqu'à parfois passer la nuit dehors au milieu de la forêt.

Il ne fut pas rare qu'Helga, Alfred ou Salazar ne la retrouvent prostrée, allongée sur les pierres couchées qui avaient dû être un cercle de pierre face à la mer et à l'est, plongée dans la contemplation du ciel. Mais bientôt ses errances furent accompagnées par Helga qui prenait plaisir à marcher avec la jeune femme et chasser avec Raven. Puis par Maëlwys-Kaï, de retour d'un voyage vers Rome et à travers toute l'Europe.

Celui-ci, contrairement à Helga ou Alfred, se contenta de suivre Rowena dans ses errances, parfois lui montrant une plante exceptionnelle près de laquelle ils passaient, souvent concentrés simplement sur le silence et la nature. Raven semblait apprécier ces longues heures à voler librement, sans mission d'aucune nature, que ce soit surveiller le chemin de sa maîtresse ou porter des messages. Et la jeune Faërienne semblait partager cette joie simple et pure, oubliant même quelques instants ce qui la rongeait de l'intérieur, seulement un instant.

Un jour de printemps, alors que les jeunes roseaux naissaient sur les bords de l'étendue d'eau proche du village, Rowena dégaina sa dague Avalonienne pour la première fois depuis la bataille d'Ecosse et se fabriqua une flûte de Pan qui meublait le silence de ses promenades. Celui qui avait un temps assumé le titre d'Emrys passa de longues heures assis non loin de la jeune fille qui dansait au son de sa propre musique. Mais invariablement, les notes finissaient par mourir, et l'enfant des Vents s'effondrait en larmes.

Elle ne parvenait pas à oublier, et les visions nombreuses du futur pour lequel elle avait tant intrigué ne faisaient que lui retourner le couteau dans la plaie. Parce que le Cercle Magique avait été rompu, parce que Godric n'était plus …

Mais la musique adoucissait sa peine, et attirait à elle aussi bien les créatures de la forêt que les enfants, curieux et émerveillés. Il ne fut pas rare, avant la fin de l'été de la voir assise en tailleur sur une pierre redressée, un cercle attentif buvant chacune de ses notes. Et ce fut tout naturellement qu'elle se prit au jeu d'accompagner sa musique de récits, chargés de messages et de leçons pour l'avenir de ces jeunes sorciers.

Avant de s'en apercevoir, Kieran le Sombre s'était rendormi et avait fait place à Rowena le Barde.

Si Alfred continuait ses allez retours incessants entre la Normandie et d'autres lieux, où il espérait trouver les alliers qui lui faisaient défaut pour reprendre le trône de son père à présent vide avec la mort de Knut, il n'en revenait pas moins régulièrement en Irlande vers Helga et leur petite fille Elaine. Il aurait voulu épouser la sorcière aux cheveux de sang, mais celle-ci avait été très claire et refusait de s'engager pour l'éternité. Elle lui avait cependant concédé sur les conseils de son père, l'ancien Emrys, un mariage Celte. Sept années au bout desquelles pourrait reprendre sa liberté.

Ceci expliquait les craintes du jeune prince d'Angleterre, qui malgré la naissance de leur enfant craignait la présence de Salazar autour d'Helga.

Il fallait bien avouer qu'un lien particulier existait entre les deux élémentaires. Déjà de par leur nature, l'eau et la terre se mêlant et s'associant beaucoup plus aisément que l'air et l'eau ou le feu et la terre. Et puis Helga avait sauvé la vie de Charles, l'enlevant avec Godric aux prêtres et aux hommes de Godwin, en le nourrissant alors qu'elle était elle-même enceinte, puis en veillant sur chacune de ses transformations en loup. La gratitude de Salazar à l'égard de la princesse Irlandaise était sans limite, et celle-ci acceptait pour seul paiement de ses efforts qu'il sourit en sa présence et l'aide à améliorer ses connaissances en potions et plantes magiques curatives, ne possédant que celles de la vieille sorcière du village où elle avait grandi.

Pour toutes ces raisons qui liaient de manière définitive Salazar à Helga, Alfred haïssait Salazar. Sans parler du fait que Salazar était officiellement le dernier à avoir parlé à Rowan avant que celle-ci ne rejoigne Avalon, sujet qu'il remettait régulièrement sur la tapisserie, ne comprenant pas le départ de celle-ci pour ces îles qu'elle avait tant maudites.

Il ne vint pas une seule seconde à l'esprit de Rowena de dissiper le sortilège qui la liait à Salazar et de révéler à son frère qui elle était. Car à présent, le trône vide d'Angleterre était régenté par Harold, le fils aîné du premier mariage de Knut, en attendant qu'Hartakanut soit en âge de régner. Situation au combien précaire, les Barons recherchant Rowana, à qui le trône avait été promis lors de sa naissance par Knut, dont les derniers mots sur son lit de mort maintinrent cette déclaration. La jeune femme était à présent persuadée qu'elle n'avait aucun lien de sang avec ce roi. Mais les prédictions d'un mage avaient promis à l'enfant d'Emma un destin fabuleux dont on parlerait encore mille ans plus tard, et avait transformé Rowan, l'enfant dont le genre avait longtemps été aussi indéterminé que celui de son prénom, en une arme sans égal pour la conquête du trône d'Angleterre.

Et cela, jamais elle ne l'accepterait. Ils pouvaient bien tous s'entretuer à conquérir ce bout de métal qui servait de couronne. Elle ne se révélerait pas, ne s'enfermerait pas à nouveau dans cette cour qui lui avait tant coûté, ne serait pas mariée de force à un quelconque baron plus puissant que les autres qu'on lui imposerait pour maintenir son pouvoir sur le royaume, et ne se priverait pas de liberté plus qu'elle n'avait déjà eu à le subir.

Helga paraissait beaucoup moins attachée à l'extérieur qu'au bon fonctionnement de la petite communauté. Elle avait organisé toute une vie autour des quelques sorciers marqués par le loup, s'accordant au cycle de leur transformation pour recréer une vie normale. Et puis étaient venus les blessés et les vieillards fatigués de combattre.

Petit à petit, les quelques tentes étaient devenues de petites maisons de pierre, un puits avait été creusé, des champs cultivés, et en quatre ans, c'était un véritable village qui avait recueilli les derniers Seelies chassés de Grande-Bretagne. Il y avait beaucoup d'enfants dans le village, victimes des attaques ayant assez de volonté pour survivre mais pas assez pour s'enfuir et rejoindre les meutes sauvages qui formaient le gros des troupes Unseelies.

Cela n'avait pas été un problème pour la rouquine qui avait fait réaliser à chacun que la vie n'était pas finie avec cette malédiction, qu'ils étaient encore vivants, contrairement à beaucoup de leurs camarades, qu'ils n'étaient bêtes que trois nuits par Lune, et ne changeaient pas les autres jours. Et la tristesse qu'ils pouvaient lire dans les yeux sombres de la rouquine alors qu'elle évoquait les morts et la chance qu'ils avaient d'être en vie les dissuadait de mettre fin à leurs jours. Ne serait-ce que pour ne pas rajouter à la peine infinie qu'elle semblait porter au plus profond d'elle-même, cachée sous cette apparence de sourire et de joie.

Mais cette impression d'infinie mélancolie était vite dissipée par la joie de vivre et de s'occuper des jeunes qu'elle dégageait. Oui, elle était faite pour être mère, et c'est cette figure matriarcale qui mine de rien détournait tout ce petit monde de l'abîme au bord duquel ils naviguaient.

Suggestion Musicale : Time Trouble (Back And Back And Back To The Future) – Farscape Soundtrack

Mais alors qu'un équilibre précaire s'était établi entre les errances de Rowena, les va-et-vient des trois hommes forts du Refuge – Alfred, Maëlwys-Kaï et Salazar, en l'absence d'Hengist, resté en Ecosse, parvint une nouvelle qui allait le bouleverser.

Alors que tous étaient installés autour du feu, Rowena jouant un air d'Avalon que Salazar animait de figures aquatiques représentant les enfants du peuple Dragon, Alfred entra dans la tente, faisant vaciller le feu autour duquel tous s'étaient rassemblés pour se protéger du froid et de la neige. Il laissa tomber sa cape à même le sol et s'époussetant à peine, marcha tout droit sur Rowena.

« Il faut que tu retournes en Avalon et que tu décides ma sœur à revenir parmi nous. »

Elle l'ignora, se lançant dans un trille violent qui fit tressaillir les êtres d'eau. Ils se mirent à courir dans tous les sens alors qu'une mini-tornade les menaçait et s'abattait cruellement sur eux. Alfred voulut l'interrompre, mais Helga lui colla leur fille dans les bras et hocha la tête négativement, lui faisant signe de regarder la suite.

Celui-ci voulut protester, mais la fillette de deux ans saisit le bout de la barbe pêche de son père qu'elle tira vers elle avant de reporter son attention sur le spectacle que créaient Salazar et Rowena. Les Tornades dansaient avec les fées des eaux, qui déployaient des ailes translucides pour leur échapper, mais toujours elles étaient ramenées au centre de la scène, prisonnières. Et avec une note stridente, les tourbillons éclatèrent, aveuglant l'assistance. Quand les enfants rouvrirent les yeux, flottaient les figurines devenues de glace, portées par la dernière note que tenait Rowena, puis tombèrent ensemble pour se fracasser au sol.

« Ooooohhhh… » Soufflèrent les enfants qui avaient été totalement hypnotisés par la féerie des danses aquatiques et la mélodie du vent.

« Ainsi fut puni le Peuple du Dieu Dragon d'avoir voulu contrôler la Naturepar leurs dons au lieu de se mettre à son service. » Expliqua le jeune père dont le petit garçon était recroquevillé entre ses jambes, serrant dans ses poings les pans de la tunique paternelle, surpris par la fin de la magie.

« Est-ce pour cela que nous avons perdu la dernière bataille ? » Demanda un garçon d'une dizaine d'années qui avait été envoyé en Irlande de force et y avait perdu son frère aîné lors de celle-ci.

« Crois-tu vraiment que nous luttons pour maîtriser la nature ? » Claqua la jeune fille à la longue chevelure noire, dont le regard habituellement vide s'était éclairé d'une fureur glaciale. Mais l'enfant ne recula pas, affrontant son regard, refusant de détourner les yeux.

« Non, » avoua-t-il, « mais je peux me poser la question, après tout, les Unseelies semblent bien plus accordés à la nature que les Sorciers et encore pire, les Moldus. »

Helga sourit et ébouriffa affectueusement les cheveux de l'enfant.

« C'est une très bonne question, à laquelle malheureusement tu devras répondre tout seul. Personnellement, je ne juge pas quelqu'un sur son appartenance à une famille, à une idéologie ou à une espèce différente de la mienne. Je ne m'intéresse qu'à ses actes vis-à-vis des siens et surtout de la Terre. J'aime beaucoup ce que disent les prêtres à ce sujet, tu étais poussière et tu redeviendras poussière. Les êtres vivent puis meurent, mais la Terre reste. Avoir raison ou non, qu'importe puisqu'à la fin il ne restera de nous que poussière et souvenir. »

« Alors à quoi bon combattre ? » Répondit l'enfant désespéré. Helga lui sourit tendrement.

« Il y a des choses qui valent la peine d'être vécues, pour lesquelles mille souffrances ne sont rien pour ces quelques instants de pur bonheur. » Expliqua Salazar, à la surprise de tous qui le trouvaient souvent bien trop sombre et vieilli avant l'âge.

« Le premier flocon de neige à l'approche de l'hiver. » Murmura Rowena.

« La première fleur perçant le manteau de neige au printemps. » Surenchérit Helga.

« Le premier sourire d'un nouveau-né à ses parents. » Acheva Salazar qui berçait un petit bout de Charles qui s'était endormi dès la tournure sérieuse des événements. Un silence contenté s'empara de l'assemblée, à peine troublé par le crépitement des flammes, leur rappelant l'absence.

« Je suis désolé d'interrompre l'assistance, mais Rowena il faut sérieusement que nous parlions. Je sais que ma sœur te fait une confiance absolue pour t'avoir laissé la garde de Raven. C'est pourquoi tu dois la prévenir. Il faut qu'elle revienne maintenant. »

« Et pourquoi ? » Demanda la jeune femme qui se releva et s'épousseta, passant le cordon auquel était attachée sa flûte de Pan par-dessus sa tête.

« Mais parce que c'est le moment ! Nous pouvons reprendre le pouvoir sans avoir à lever les armes si elle revient réclamer la couronne d'Angleterre ! » S'exclama Alfred comme si cela tombait sous le sens.

« Pourquoi ? » Répéta-t-elle sans le regarder, s'agenouillant pour nouer autour de ses pieds et ses mollets les longues langues de cuir qui lui servaient de bottes.

« Pourquoi quoi ? » S'énerva Alfred.

« Pourquoi revenir réclamer la couronne ? »

« Et bien, parce que… Tu dois savoir… nous… » Balbutia-t-il.

« Oh je pense qu'elle va apprécier ces réponses mon cher Alfred. » Railla Rowena, s'attaquant à sa seconde jambe alors que le rouge montait aux joues du prince.

« Notre père, c'est à cause de notre père ! » S'emporta-t-il.

« Votre père ? » S'étonna Rowena, « J'avais pourtant entendu le Roi Knut déclarer que la couronne reviendrait à son premier né d'Emma. Or, si Rowana a le même père que le tien, elle ne peut prétendre à la Couronne comme tu le sous-entends. »

« Oh ne joue pas sur les faux-semblants ! Nous savons tous qu'elle ne peut être la fille de Knut, elle ne ressemble en rien à ce chien Danois, alors qu'elle a toute la finesse d'esprit d'Aethereld… »

« Donc tu admets qu'elle n'est pas l'héritière de Knut, alors je répète ma question. Pourquoi la faire revenir ? »

« Parce que Mère la demande ! »

« Oh, mais la Reine Emma refuse simplement de voir échapper le trône à sa lignée, et sincèrement, je ne doute pas qu'elle se fiche du géniteur, tant qu'un de ses enfants arrachera la couronne aux étrangers. Alors pourquoi ? »

« Parce que… » Mais elle ne lui laissa pas le temps de se reprendre et quitta la hutte principale pour aller marcher dans la neige fraîche.

Elle se laissa porter invariablement vers la falaise et le vieux cercle de pierre où l'attendaient déjà Maëlwys-Kaï et Salazar.

« Pourquoi avoir tourné Alfred en ridicule de cette manière. » La gronda Kaï.

« Je ne l'ai pas tourné en ridicule, j'ai juste voulu qu'il comprenne de lui-même pourquoi je ne voulais pas me dévoiler. »

« Knut t'a pourtant reconnue sur le champ de bataille. »

« Négligence de ma part, que je ne reproduirai pas. De toute façon, ton père doit penser que j'ai encore changé d'apparence pour disparaître à nouveau. »

« Fort probable. » Admit Salazar en fermant les yeux et hochant la tête.

« Plus sérieusement, » Reprit Kaï, qui s'était assis sur une des pierres encore debout et jouait de son bâton dans la neige. « Pourquoi continuer à te cacher de ta famille, puisque de toute façon tu es bannie d'Avalon ? »

« Je ne suis pas bannie, j'ai juste quitté le service d'Avalon, il a une petite différence. » Corrigea-t-elle.

« Tu joues encore sur les mots. » Soupira Salazar.

« Serais-tu capable de retrouver la route des sept îles ? » S'enquit Kaï.

« Je… non… » Avoua-t-elle en baissant les yeux sur la mer en contrebas. « Parce que je n'en ai pas encore terminé avec le monde extérieur. »

« Alors pourquoi refuser de prendre la Couronne ? » Continua l'homme sans âge.

« Enfin, ouvrez les yeux. Ne voyez-vous pas qu'une fois assise sur le trône, ils exigeront un consort à défaut d'un Roi, consort qui s'empressera de m'engrosser si souvent que je mourrai en couche avant d'avoir pu réaliser la moindre des choses qui me retiennent ici ? »

« Tu n'as qu'à épouser un impuissant si c'est ce qui te tracasse ! » La contra-t-il. « Tu pourrais t'allier avec la vieille noblesse en épousant un de ces barons décrépis qui a assez d'esprit pour se lever, pas pour réfléchir, et que tu pourras manipuler. »

« Mais je ne suis pas politicienne ! Et un tel mariage, alors que vous plus que quiconque savez ! » S'écria-t-elle.

« Savez quoi ? » Répéta Salazar. Kaï soupira, ses épaules s'affaissant.

« Ainsi tu n'as pas cru ce que je t'ai dit petite fille, il y a déjà plusieurs années de cela. »

« Comment croyez-vous que j'aurais pu un instant l'accepter. Si il était mort, mon cœur se serait brisé, de même que le sien, si j'étais passée de l'autre coté du Voile. »

« Et pour cette promesse d'enfant, tu es prête à jouer le futur que tu pourrais construire en prenant le contrôle de la cour d'Angleterre ? » Elle se tourna vers lui, le défiant du regard.

« Il n'y a rien de plus beau en ce monde que les rêves d'enfants. » Eut-elle pour toute réponse. Kaï allait répliquer, mais la main que posa Salazar sur son épaule l'en dissuada. Elle avait choisi, bien des années auparavant, une voie qui n'avait jamais été celle de la facilité. Ce n'était pas aujourd'hui qu'elle changerait.

« Si c'était aussi facile, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle, » murmura Salazar, alors que Rowena étendait ses ailes et s'envolait rejoindre la Lune, sa compagne de toujours.

« Te rends-tu comptede l'occasion que nous perdons ? »

« Dîtes moi sincèrement ce que comptait faire Alfred, et la Reine Mère une fois la couronne sur la tête de Rowan ? »

« Honnêtement, je crois malheureusement qu'ils l'auraient poussée à abdiquer en la faveur d'Edouard ou d'Alfred, ou même à épouser leurs fidèles normands… Elle n'a pas tort en un sens. Peu enviable est la place de la femme à notre époque. »

« Vous croyez qu'un jour les hommes et les femmes seront égaux ? »

« La société Celte était bien Matriarcale, et quoi qu'on en dise, Avalon est gouverné par une Reine, alors pourquoi pas ce monde-ci ? Il ne tient qu'à nous de planter les graines du changement. » Ils partagèrent un sourire entendu.

« Rowena a cette franchise qui l'empêche de voir le côté manipulation, pourtant une des caractéristiques de son sexe. Même Helga, l'air de ne pas y toucher, sait très bien en jouer, » reprit Salazar.

« Est-ce que tu connais un peu l'enfance de Rowan ? » Demanda l'Emrys.

« Très peu de choses. Mais ce n'est pas comme si Sven ou moi ne lui avions confié la nôtre. »

« Et bien pour expliquer sa manière de penser, sache qu'elle a été élevée jusqu'à un âge avancé, comme un garçon. C'est pourquoi il lui est très difficile, encore maintenant alors qu'elle ne peut plus nier l'évidence, de se comporter comme une femme. Mais je dois bien avouer qu'il est dommage qu'elle n'utilise pas plus la ruse et ne soit pas plus ambitieuse. » Soupira Kaï tout en dessinant dans la neige des cercles magiques compliqués que Salazar ne comprenait pas.

« Nos méthodes et motivations sont différentes, mais nous sommes habités par un même rêve. On ne se souviendra pas de ce que nous étions, seulement de ce que nous aurons accompli. Qui pourra dire dans mille ans, si je ne serai pas considéré comme un traître à mes alliers, Helga comme la pire des magiciennes de l'ombre et Rowena comme la destructrice de Rois. » Kaï éclata de rire.

« Il y a de l'idée dans ce que tu dis, mais je pense que tu te trompes, au moins en partie. Enfin. » Il laissa couler quelques longues secondes avant de reprendre la parole, ses yeux dirigés vers l'est de la Grande-Bretagne. « Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi ces voyages ont été aussi nombreux ces derniers mois entre Eire et Inis Pridein (1)? »

« Ah, vous n'avez donc pas cru à mon envie de découvrir la terre d'Eire ? Et de chercher le moyen de détruire une bonne fois pour toutes les Unseelies qui sont natifs de ces contrées. »

« Salazar mon petit, si tu te crois rusé, tu as devant toi un être dont tu ne soupçonnes même pas la nature. »

« Vous cachez donc autre chose derrière cet ancien titre d'Emrys. Je l'avais dit à Helga, mais elle m'a répondu que vous étiez son père, que votre nature ne l'intéressait pas tant que vous étiez là pour elle et ses enfants. »

« Oh ne t'inquiète pas, je veillerai toujours sur mes petits-enfants, arrière-petits-enfants, et même bien des générations plus tard. Quant à révéler mon secret. Ah… Sache juste que je ne suis qu'un petit joueur face à Merlin et Morgane car je doute beaucoup trop. C'est un grand secret que je te révèle ce soir Salazar. On disait à l'époque, que celui qui cesse de douter cesse d'évoluer, et donc d'avancer. Mais celui qui doute ne trouve pas la force de réaliser ses rêves. Aussi, quoique tes voyages cachent, tant que tu restes persuadé que tu as fait le bon choix, tu trouveras toujours la force de continuer. Helga le sait depuis sa plus tendre enfance, Godric qui fut mon pupille devait également le savoir, j'aimerais que Rowena apprenne cette leçon autrement que dans le sang.»

« Je préférerais personnellement, qu'elle se répète 'tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir' au lieu de se torturer comme elle le fait. »

« Ah ça, malheureusement, de ce point de vue là, elle reste malheureusement très féminine. Mais on m'a dit que leur cerveau ne s'arrêtait jamais de tourner, ni de penser. »

« Comment ? Même pas une seconde de repos, une seconde de vide dans leurs caboches, sans la moindre pensée même secondaire ? » Kaï secoua négativement la tête.

« Hé bah… » Il regarda Rowena, qui continuait à virevolter et danser avec les nuages. Il vit alors d'un autre œil les errances de la jeune femme.

Avec l'hiver et la nativité du Christ vint un temps béni pour les sacrements. Et Harrold, qui avait réussi à s'attirer les faveurs des Barons, allait faire couronner Hartacknut tout en régentant son règne.

Alfred, furieux après le refus de Rowena de contacter sa sœur et l'attitude étrange de Raven de se tourner vers l'Avalonienne chaque fois qu'il lui confiait un parchemin, décida le Prince. Il agirait seul et n'attendrait plus le bon vouloir de ses frères et sœurs. Il était prince du même sang que le leur, il pouvait très bien reprendre ce qu'ils abandonnaient sans leur aide. Aussi se mit-il en quête en Normandie, en Bretagne puis en Irlande, de guerriers prêts à le suivre. C'est alors que ses troupes se rassemblaient au nord de Dublin que le premier coup de la seconde vague Unseelies fut porté.

Rowena était venue accueillir Salazar, de retour d'une de ses escapades clandestines vers l'île des Forts. Elle tenait dans ses bras un petit Charly fatigué et blessé. Salazar s'en voulut immédiatement. Il avait été retenu plus longtemps que prévu et avait laissé passer la pleine Lune. Mais les griffures sur la cape de la jeune fille lui montrèrent que l'enfant n'avait pas marché seul, proie trop facile pour les loups plus âgés qui se seraient trouvés dans les environs. Il ne comprenait d'ailleurs pas comment faisait la jeune femme pour marcher aux côtés des loups sans avoir été leur victime. Peut-être était-ce encore un secret que seuls les Avaloniens possédaient.

Helga les attendait non loin de là et gronda vertement Salazar pour son absence alors qu'elle avait tant besoin de ses connaissances en préparations et potions pour fabriquer assez rapidement les remèdes et baumes pour les maudits. Il accepta sans broncher la litanie sans fin de la rouquine, jusqu'à ce que Rowena s'effondre, prise d'une crise subite de seconde vue.

« Helga, tu ne lui as pas demandé de t'aider à préparer tout ça ?» Demanda Salazar, sa voix tremblante d'inquiétude.

« Pourquoi pas ? Elle était bien plus précise et appliquée que tous ceux à qui j'ai commencé à enseigner les préparations et… »

« Tu n'as pas rajouté de Fleur de Lune pour adoucir le goût, encore une fois ? » S'écria-t-il saisissant la jeune fille et la redressant.

« Bien sûr que si ! On voit bien que ce n'est pas toi qui gères les pleurs et les crises de nerfs à chaque fois. Alors ajouter la Sélénite pour mieux faire passer les potions, c'est presque une bénédiction ! »

« Sauf que la Fleur de Lune a la caractéristique d'inhiber les sensations physiques pour aiguiser celles de l'esprit. »

« Oh Merlin, Rowena ! » Helga se pencha et posa ses mains de chaque côté du visage crispé de son amie. Celle-ci se mordit les lèvres, se débattit légèrement, puis ouvrit brutalement les yeux. Tout tremblement avait cessé.

« Row… »

« Ils sont de retour. Ils ont frappé au nord. Alfred… … » Helga pâlit à ces mots et porta instinctivement la main à son ventre. Geste qui n'échappa pas à Salazar.

« Helga, ne me dit pas que… »

« Cela n'a pas d'importance, vite, allons chercher des chevaux et filons en reconnaissance. Je prends mon arc et… » Mais Rowena l'avait saisie par le poignet.

« Helga ! Le village aura besoin de protection, et Salazar et moi sommes plus habitués à nous déplacer rapidement. »

« Est-ce une solution de me laisser seule ici si ils se déplacent dans notre direction ? »

« Tu ne seras pas seule, je rentre tout juste et ne suis pas assez en forme pour reprendre la route. Par contre Régulus ici présent semble prêt à repartir. » Déclara Kaï qui entrait dans le village à pied, marchant à côté de son cheval aussi sombre que ses cheveux.

« Je prends la voie des airs, Raven te guidera. »

« Pas d'imprudence Rowena ! » La prévint Helga alors que celle-ci se débarrassait de sa cape et faisait apparaître ses ailes.

« Ne t'inquiète pas Helga. La vengeance est un plat qui se mange froid. Ils sauront pourquoi on m'appelait autrefois Kieran. »

Suggestion Musicale : The Alchemic World - Two Years Thereafter

Mais Rowena et Salazar arrivèrent bien après la bataille. La jeune femme se maudit d'avoir attendu d'ingérer de la Sélénite pour laisser retomber ses défenses mentales. Salazar la gifla alors qu'elle menaçait de tomber dans une nouvelle crise de culpabilité.

Ils marchèrent à travers la clairière où la petite troupe de guerriers avait été attaquée. Tous étaient morts en défendant leur prince. Celui-ci semblait avoir hésité longtemps avant de déployer ses ailes, qui n'avaient été qu'un poids mort et l'avaient rendu plus vulnérable encore aux griffes de ses assaillants. Loups et Vampires, encore une fois alliés en ces nuits de pleine Lune.

Refusant de voir son frère transformé, ils montèrent un bûcher qu'ils regardèrent se consumer et se disperser au vent jusqu'aux dernières cendres. Ne restait plus que la larme Atlante, qui seule avait refusé de disparaître dans les flammes. Elle ramassa la pierre précieuse qu'elle attacha à son poignet. L'enfant d'Helga ne connaîtrait pas son père, mais au moins garderait-il toujours sa présence près du cœur.

Dire que l'ambiance sur le chemin du retour avait été morose aurait été bien améliorer la réalité. Salazar semblait plongé dans ses sombres pensées ramenées d'Angleterre, et Rowena ne cessait de passer de la fureur glaciale de l'assassin à la peine d'avoir perdu celui qui était le plus proche de son sang. Et dans ces moments terribles, revenaient sans cesse les dernières paroles échangées et le mensonge qu'elle continuait de nourrir.

Ambiance qui se changea en terreur et inquiétude, alors qu'ils approchaient du Refuge et que des flammes dévoraient la forêt, là où aurait dû simplement fumer le feu de bois de la hutte commune.

Ici aussi, le combat était déjà terminé. Ils trouvèrent Helga en larmes, le visage et les vêtements couverts de terre. Dans sa main reposait une lance de bois d'if, le bois des sépultures, et au sol était dessiné un sceau mortel. Elle avait dû utiliser la magie des Valkyries pour défendre le Refuge. Et il y avait eu des dégâts collatéraux qu'elle n'avait pas prévus.

Maëlwys-Kaï était manquant, certains louveteaux avaient rejoint la meute qui les avait attaqués, d'autres gisaient morts. Charly, petit bout de trois ans, se tenait vaillamment devant la fille d'Helga et Alfred. Il présentait de nouvelles traces de morsures. Il sourit à son père tout en perdant connaissance. Il avait protégé ceux qu'il aimait, il n'avait pas fuit. Cela n'avait pourtant pas suffi et la fille d'Helga et Alfred avait succombé.

Commença alors la difficile tâche que Salazar et Rowena avaient accomplie à peine quelques heures plus tôt : édifier un nouveau bûcher funéraire. Helga ne semblait plus capable de s'arrêter de pleurer, mais restait digne, le regard certes trouble et dirigé vers un monde que personne ne semblait voir, guidant ceux qui refusaient de partir vers les flammes et un monde, elle l'espérait meilleur.

Rowena resta avec les survivants jusqu'au moment où les flammes furent offertes aux morts. C'en était trop en si peu de temps. Aussi s'éclipsa-t-elle dès que la bienséance le lui permit. Elle avait trop de mauvais souvenirs rattachés à de telles flambées pour assister une fois de plus à l'une d'elles.

Elle marcha seule, accompagnée du vol protecteur de Raven. Sa longue cape sombre flottait librement au vent doux qui soufflait de la mer. Invariablement, ses pas la guidèrent vers cette falaise d'où par temps clair elle croyait deviner l'île des Forts.

Elle s'assit, ses jambes jouant dans le vide. Il aurait été tellement facile de se laisser tomber au lieu de continuer à lutter. Pour quel résultat avait-elle jusqu'à présent agi ?

Alfred, son frère le plus proche et plus véhément encore qu'elle ne l'avait été dans ses nombreuses critiques des sociétés humaines, était mort, ainsi que sa petite fille. Maëlwys-kaï avait été porté disparu, et la description qu'avaient pu faire les enfants de son décès rappelait furieusement à Rowena la mort de sa Tutrice Viviane.

Que lui restait-il à espérer de cette vie, maintenant que tous ceux qui avaient fait le plaisir de son existence disparaissaient les uns après les autres pour la laisser seule. A quoi bon lutter alors que le sort s'acharnait pour les faire chuter plus bas chaque fois ?

Pourquoi avoir pris les armes ? murmura une voix dans son esprit embrumé par la transe prophétique dans laquelle elle se sentait glisser.

« Je me croyais capable d'aider à créer un monde meilleur pour nous tous … Un monde où sorcier, humain et chacun auraient pu marcher sans craindre à chaque instant le pouvoir des autres. »

Est-ce vraiment ce que tu croyais accomplir ? Demanda la voix, d'un ton moqueur.

« Je… » Elle inspira profondément. Même si elle se savait pourvue de nombreux talents qui lui donnaient un avantage indéniable sur le temps, avait-elle vraiment cru être capable de réaliser un tel projet en une seule existence ? « Non » avoua-t-elle péniblement. « Mais je croyais pouvoir poser les fondations de ce nouveau monde. »

Ah… D'autres avant toi s'y sont brûlés les ailes, des êtres plus puissants que toi.

« Qu'a à voir la puissance, la volonté ne suffit-elle donc pas ? » S'écria la jeune femme en se tournant dans tous les sens, cherchant la source de cette voix.

Tu ne peux porter à toi seule le poids du futur.

« À quoi bon m'attacher à des compagnons, si je suis à nouveau obligée de les sacrifier pour atteindre mes objectifs ? » Elle avala le sanglot qui lui montait dans la gorge, revoyant une fois de plus Godric frappé du Médorora. (2)

Peut-être alors n'es-tu pas réellement celle que nous avons cru être. Peut-être as-tu oublié ce qu'était le sens du Sacrifice et la véritable raison de ta présence hors des terres d'Avalon…

« Morgane ? Viviane ? » Appela la jeune femme qui s'était redressée et cherchait à présent frénétiquement l'origine de ces voix.

Quand les enfants des quatre éléments s'uniront, alors seulement, la paix des Faëriens pourra être établie…

« … et le mage créateur reviendra sur cette Terre. » Acheva Rowena se souvenant des paroles brûlantes qui l'avaient poussée à abandonner Avalon où elle aurait pu vivre une éternité.

Elle ouvrit les yeux et la clarté de l'aurore déchira la brume qui obscurcissait sa vision. Loin devant, un dragon argenté disparaissait dans la lumière de l'aube.

Retrouve moi !

Elle hoqueta de surprise, réalisant que l'animal mythique était bien réel, et disparaissait, enchaîné et traîné par l'ombre.

« Attends moi ! » Appela-t-elle, tendant la main vers l'horizon et la créature, reine des protégés de la Magie et qui était le symbole du peuple dont elle était issue. Elle voulut se laisser tomber et déployer ses ailes, se lancer à la poursuite de la bête mystérieuse mais la terre trembla sous ses pieds, alors que les vagues se faisaient plus fortes, perturbant le courant ascendant qui l'aurait fait décoller.

« Où crois-tu aller ? » Demanda Salazar, de ce ton froid et calculateur qu'il employait de plus en plus souvent.

« Ne crois-tu pas qu'il serait temps d'agir ensemble plutôt que séparément ? » Renchérit Helga qui se tenait appuyée sur son bras. Elle tremblait d'épuisement, et son visage ruisselait toujours de larmes, mais une détermination nouvelle brillait dans son regard sombre.

Rowena ferma les yeux, inspira profondément et laissa s'exprimer l'appel lancinant qui lui étreignait la poitrine. Elle ouvrit son esprit et chercha les signes contraires, mais son cœur était attiré vers l'Est. De là venaient les attaques. De là était apparu le Dragon enchaîné. Son cœur vibrait alors qu'elle rouvrait les yeux et reprenait pied dans la réalité. Salazar et Helga l'entouraient et attendaient sa réponse. Elle leur sourit, serrant leurs mains en une promesse muette.

« Le Dragon est un animal dangereux mes amis, mais ce qui ne le tue pas le rend plus fort. J'ai assez attendu, il est temps de porter un coup fatal. »

« Et je t'accompagnerai car il n'est plus question que je regarde les gens mourir, alors que je peux y changer quelque chose. » Déclara Helga. Et effectivement, Rowena remarqua qu'elle n'avait pas quitté sa tenue de chasse ni son arc. La douce Helga avait définitivement fait place à la Valkyrie, et le chant de guerre accompagnait ses pas. Salazar laissa un sourire en coin étirer ses lèvres. Il n'y avait pas besoin qu'il parle pour savoir qu'il les accompagnerait, en enfer et au-delà.

« Où irons-nous ? » Demanda-t-il alors que Rowena faisait de nouveau face à la mer et à l'Est.

« Là où dort le Dragon… » Répondit-elle, énigmatique, le regard tourné vers le soleil rouge levant. « A Camelot ! »

(1) Eire L'Irlande des Poètes, Inis Pridein La Grande Bretagne.

(2) Medorora voir chapitre 20 - sortilège mêlant le Feu et la Glace, annihilant tout ce que qu'il touche.

OOOooooOOO

Notes de l'auteur - Angharrad

Bon j'ai craqué, j'ai zappé les scènes de combat. Je pense que le chapitre précédent en était suffisamment chargé, et le prochain en aura normalement sa dose lui aussi. Mais que dire, si ce n'est que l'histoire avance à pas de géant.

Ce chapitre est écrit depuis quelques mois déjà mais s'est perdu dans les méandres des correcteurs. Je m'en excuse et espère que vous y trouverez tout de même votre compte.

Je vous laisse les remarques finales des Correctrices parce qu'elles sont bien sympathiques -

Notes de Ze Evil Correctrice Sammy ! (ouaiiis ! )

Voilà, j'espère que mes corrections te plaisent, pa'ske j'ai vraiment joué à la prof de français avec application ! MUAHAHAHAHHAHAH ! :

Que c'est amusant de faire des notes en rouge ! XD

Mais bon, il reste peut-être d'autres choses que j'ai pas vues ou qui m'ont pas plus interpellée, j'sais pas :s

Notes de la seconde correctrice Superstar : je confirme qu'effectivement il y a eu un certain relâchement de la part de la première correctrice sur toute la seconde partie du texte ! Cependant je reste indulgente car il se peut que moi aussi j'aie laissé passer quelques erreurs…

Voilà pour le contenant. Pour ce qui est du contenu, je rejoins l'avis de Sammy : tu es bien méchante d'assassiner et Alfred et sa fille ! La pauvre Helga ! Ce n'est pas humain de lui infliger ce sort

Réponses à tout vent aux questions posées dans les reviews – Ffnet

Tout d'abord merci à Alana Chantelune, Didi, Alpo, BastetAmidala, Dragonna et Miss Lulaby pour leurs commentaires souvent justes, humoristiques et plein d'encouragement – sans parler des ilustrations de Miss Lulaby ! Merci de votre patience !

Pour le flou final du chapitre précédent, je pense que l'état d'esprit des personnages dans ce chapitre-ci devrait vous éclairer sur le sort de chacun, et notamment les états d'âmes. Effectivement, je pourrais faire des choses très sympa du chapitre 20 pour la parodie Et non, je n'ai pas merdouillé. J'avais parlé de chapitre 24 pour la fondation de Poudlard, mais c'est bien au chapitre 22 ( le prochain) que nous y seront.Oui, Angharrad vient bien du roman « La Rowane » J'y ai ajouté un R par fantaisie personnelle.

Angharrad – 2 Mars 2006