Repaire Rocket, Ville Griotte / 1 semaine plus tard
Yukihiro s'affala sur son lit en grimaçant. Amos, ayant probablement remarqué son manque d'enthousiasme, lui faisait effectuer bien plus de missions qu'habituellement. De ce fait, il n'avait que très peu de sommeil derrière lui. Ses Pokémon se relayant pour l'accompagner, ces derniers n'étaient pas aussi affectés que lui. Malgré tout, il craignait que le leader de la Team Rocket se doute de ses intentions. Comme s'il cherchait à l'affaiblir. Non, ce n'était pas possible. Personne ne pouvait imaginer que Yukihiro veuille défaire celui qui lui avait donné tout ce pouvoir. Ses partenaires voyaient plutôt ça comme une mauvaise passe sans doute. S'occupant distraitement de ses Pokémon, le dresseur de Doublonville repensait à cette dernière semaine. Il avait épargné plus de quinze personnes et dix Pokémon. Ce faisant, il prenait de gros risques. Si un seul d'entre eux se décidait à se remontrer, il était fichu. Et même s'il pensait être en mesure de venir à bout d'Amos, il ne se voyait pas affronter les autres caïds, encore moins Klaus. Car Klaus, bien qu'étant son ami, ne laisserait sûrement pas Yukihiro détruire la Team Rocket comme Red l'avait fait autrefois. La situation devenait des plus inconfortables.
Tandis que le jeune homme commençait à s'assoupir, il fut réveillé par l'arrivée du second Capitaine des R8. La jeune femme aux cheveux violets le secoua par le bras sans ménagement ce qui fit grogner son partenaire.
– J'ai même plus le droit de dormir ? bougonna-t-il, vous pouvez bien vous passer de moi 5 minutes, non ?
– Désolée de te déranger mais c'est une réunion d'urgence. C'est au sujet de la base d'Acajou. On a pas eu plus de détails mais il parait que c'est grave.
– C'était bien la peine qu'on s'emmerde à la conquérir... Enfin, je te suis.
Yukihiro se leva à contrecœur et d'un geste fit comprendre à ses Pokémon qu'ils devaient rester dans la chambre. Sans protester, les concernés reprirent leurs activités.
– Tu pourrais quand même faire preuve de plus de gentillesse, Lute. C'est pas cool d'être réveillé comme ça, fit le dresseur de Doublonville.
– Comment voulais-tu que je te réveille sinon ? demanda Lute
– Je sais pas. Plus gentiment. En me parlant. Pas en me secouant comme un sac à patates... Grâce à toi, je vais être grognon toute la journée.
– Il est déjà 18h00, la journée est bien avancée. Et grognon, tu l'es 24 heures sur 24 depuis une semaine. Alors je ne pense pas que ça changera grand chose...
– Super. C'est quand même génial d'entendre des choses comme ça alors que c'est la première fois qu'on se parle depuis 2 jours. Tu ne me demandes pas si je vais bien ou si ma mission s'est bien passée.
– Tu me connais suffisamment pour savoir que ce n'est pas dans mes habitudes de chercher à savoir ce genre de choses. Je ne suis pas quelqu'un qui aime le contact avec les autres. Donc je ne pose pas de questions inutiles.
– Mais quand même Lute, persista Yukihiro, depuis les débuts où tu étais plus froide que le souffle d'un Givrali, on a quand même fait un bout de chemin. Quoi que tu en dises, on s'est rapproché, tu m'as donné des conseils, tu m'as fait avancer. Et quelques fois tu m'as même fait part de bribes de ton passé. Alors pourquoi ce retour en arrière ?
– Ce n'est pas un retour en arrière, Capitaine Yukihiro. Je suis restée moi-même. Je ne suis pas quelqu'un avec qui il est agréable de discuter.
– Pff, n'importe quoi. C'est toujours un plaisir de discuter avec toi. Tu connais énormément de choses et tu as un vécu que je n'ai pas... Mais si c'est ton choix, je le respecterai.
La fin du trajet jusqu'à la salle de réunion se passa dans un silence total qu'aucun des deux membres du R8 n'avait envie de briser, chacun campé sur ses positions. Alors qu'ils allaient franchir la porte, Lute se retourna et fit :
– De toute façon si tu as des soucis, et je sais que c'est le cas, parles-en à Klaus. Il est bien plus doué que moi pour les relations sociales.
Elle entra alors dans la salle de réunion si bien que Yukihiro ne put lui répondre
« Je déteste quand elle me fait des coups comme ça » pensa le jeune homme.
Bien qu'il eut aimé continuer la discussion avec son ex-supérieure, le Capitaine du R8 prit place à la table de réunion. Un écran géant mettait les hauts gradés du complexe de Mauville en communication directe avec Amos qui, lui, était à Doublonville.
– Bien, fit ce dernier, tout le monde est là. Parfait. Nous n'avions pas eu de réunion en urgence depuis l'attaque des ninjas lors de l'entraînement des R8. Et bien laissez moi vous dire que c'est d'un tout autre niveau. La base d'Acajou est perdue ainsi que le matériel s'y trouvant...
– C'était bien la peine de se casser le cul, chuchota Yukihiro dont les paroles furent couvertes par le brouhaha général causé par l'annonce.
En effet, tout le monde commençait à paniquer ou s'énerver. Qui avait pu faire ça ? Quelle organisation ? La base était pourtant gardée par Lambda et Ariane. Estimant leur avoir suffisamment laissé le temps de s'alarmer, le boss temporaire de la Team Rocket se racla la gorge pour appeler tout le monde à reprendre ses esprits.
– Je sais que la nouvelle est fort mauvaise mais les résultats déjà obtenus sont suffisant pour continuer le projet. Les machines ont été livrées et se trouvent en sécurité dans les sous-sols du centre commercial de Doublonville. Il ne reste plus qu'à passer à la partie finale du plan. Mais pour cela, il faut déjà que Maître Giovanni nous revienne. On va donc pouvoir faire d'une pierre deux coups en investissant la Tour Radio : obtenir un émetteur suffisamment puissant pour que le signal affecte tous les Pokémon de Johto et faire en sorte que le boss sache qu'on attend tous son retour !
– Je ne l'avais jamais entendu appeler Giovanni ainsi depuis le début, souffla Yukihiro à Lute, il doit vraiment avoir besoin de soutien...
– Tais toi donc, répondit sa partenaire.
– Pff , t'es vraiment pas cool aujourd'hui, grommela le dresseur de Doublonville.
– C'est bien beau tout ça, affirma l'un des caïds présents, mais qu'en est-il des agresseurs ? Sait-on qui ils sont et combien ? S'en sont-ils sortis indemnes ?
– C'est justement ce détail qui fâche. Le premier d'entre eux s'appelle Gold. C'est un dresseur originaire de...
– Bourg Geon, coupa Yukihiro, je le connais très bien. C'est un ami de la fille de mes ex-employeurs. Il possède un niveau impressionnant et est décrit comme le nouveau... Bah vous-savez-qui. Celui qui a fait que maître Giovanni s'est retiré.
– Je n'irai pas jusque là, reprit Amos qui affichait à présent un air courroucé, son niveau est impressionnant mais en rien comparable à celui de ce maudit Red. Malgré tout, il faudra s'en méfier. Et puis, vu que le Capitaine Yukihiro semble si bien le connaître, il devrait être en mesure de le vaincre. Même si lors de leur dernière rencontre, cela ne s'est pas terminé en sa faveur.
– Je n'échouerai pas deux fois, renchérit le concerné, piqué au vif, j'apprends de mes erreurs. D'ailleurs, si au lieu de m'envoyer à droite à gauche ces derniers temps j'avais été sur place, la base d'Acajou nous appartiendrait encore aujourd'hui et cette réunion n'aurait pas lieu d'être...
– Je n'en serai pas aussi sûr. A moins que tu te penses capable de venir à bout de Peter, dracologue de première classe et maître de la Ligue Pokémon.
– Pete ? intervint Klaus autant par curiosité que pour mettre fin à la joute verbale, qu'est-ce qu'il foutait là ?
– L'un des effets indésirables de l'expérience a été de faire apparaître un Léviator rouge en plein milieu du Lac. Sa férocité incontrôlable a amené les pêcheurs à faire appel à un Dracologue. Et Peter a répondu à l'appel. Je ne connais pas exactement les circonstances de la rencontre entre les deux gêneurs mais il s'est avéré qu'ils travaillaient ensembles.
– Ça me la coupe, affirma le chef du R8, si Peter a accepté de travailler avec le gamin, c'est vraiment mauvais signe... La bonne nouvelle, c'est qu'il ne va pas chercher à nous combattre. Il a du déceler un potentiel intéressant chez ce Gold et pour le pousser à le développer, il lui laisse le soin de nous arrêter.
– Ce qui, soit-dit en passant, est assez irresponsable. Laisser un gamin faire le boulot à sa place, c'est pas très malin, affirma Yukihiro.
– On s'égare, coupa le responsable du R4, la question est de savoir ce qu'on va faire.
– C'est déjà tout trouvé, fit Amos, je veux que 80% des effectifs de Mauville viennent renforcer ceux de Doublonville. Je veux les commandos R4, 5, 7 et 8 à monter la garde à chaque étage de la Tour Radio. Vous allez partir immédiatement après la fin de cette réunion. C'est l'aboutissement de ces trois longues années d'attente. Je ne laisserai pas un gamin gâcher à nouveau les plans de la Team Rocket ! La réunion est terminée.
L'image se coupa et les différents gradés commencèrent à parler stratégie et à préparer le départ. Lute, Yukihiro et Klaus se retrouvèrent dans un coin.
– Bon, c'est la dernière ligne droite, affirma le leader des R8, et c'est le moment pour moi d'avoir une discussion avec toi Yukihiro. Lute sait déjà tout.
– Et je vais donc vous laisser, fit-elle, je fais se préparer les autres. On se retrouve au hangar.
Tandis que Yukihiro la regardait s'éloigner, Klaus reprit :
– Marchons un peu. Je ne veux pas que d'indiscrètes oreilles surprennent ce que j'ai à te dire.
Ces mots eurent pour effet d'attiser la curiosité du jeune homme qui suivit son mentor.
– Bien ? Je peux donc commencer. Je ne vais pas y aller par 4 chemins : demain ou après-demain, c'est la fin de la Team Rocket.
– Comment ça ? s'étonna Yukihiro
– Ce Gold. Il va faire exactement comme Red. L'histoire se répète et tu le sens toi aussi. Tu n'as aucune intention de l'arrêter. Tu pensais même à vaincre Amos par toi- même, je le sais.
– Mais... Je... Putain Klaus, comment tu fais pour tout deviner ? C'est pas possible, tu lis dans les pensées.
– En fait, j'en étais seulement au stade des suppositions mais ta réaction ne fait que confirmer. Vos prises de têtes s'intensifiant, je me doutais que tu n'accepterais pas de rester, et ce même après le retour probable de Giovanni.
– Je me fais encore trop facilement percer à jour. Enfin... Je compte toujours me battre face à Amos. Quoi que tu me dises. Et même si je dois me battre contre chacun d'entre vous.
– Allons, allons, Yuki. Personne ne veut en arriver là, tu le sais bien. D'autant que tu n'es pas le seul à avoir des envies d'ailleurs. J'ai pu récupérer tout ce dont j'avais besoin grâce à la Team Rocket et je n'ai pas envie de la suivre dans sa déchéance.
– Alors toi aussi tu veux partir ? Mais tu occupes une place importante. Tu es considéré comme l'un des membres les plus influents et il y a même des gens qui militent pour que tu remplaces cet inutile Lambda.
– Contrairement à toi, petit, je sais cacher mes véritables intentions. La Team Rocket a toujours été un simple tremplin pour mes ambitions. Maintenant que j'ai pu obtenir ce que je souhaitais, je tire ma révérence.
– Et tu laisses les autres derrière toi sans l'ombre d'un remord ? s'inquiéta le dresseur de Doublonville.
– N'est-ce pas ce que tu comptais faire ? Tu m'as bien dit que tu te battrais contre chacun d'entre nous, non ?
– … Et j'ai encore parlé trop vite. Mais bon. Ça ne répond pas à ma question. Vu que tu as dit que Lute savait déjà tout, c'est qu'elle est au courant.
– Belle déduction gamin. Tous les R8 sont au courant. J'ai attendu le dernier moment pour t'en parler parce que tu as la fâcheuse tendance aux réactions excessives.
– Ça m'énerve mais tu as raison... Alors on va tous se séparer, c'est ça ?
– Pas tout à fait. Bien que Roy et Konrad restent fidèles à la Team Rocket, Lute, Oliver, Isaac et Lenka ont choisi de me suivre puisqu'ils croient plus en moi qu'en Amos. Puisque c'est ton cas, accepterais-tu de me rejoindre ?
– Pour rester dans un monde de meurtre et de tromperie. Tu me connais si mal que ça Klaus ? Tu sais que je veux fuir ce monde là et que je n'aurai jamais du y mettre les pieds. Je regrette, je vous apprécie beaucoup, tous autant que vous êtes, mais ma vie est ailleurs. Je vais devenir le prochain Maître Pokémon. Et peut-être que ce sera quelqu'un d'autre qui choisira un jour le pseudo de Yukihiro pour cacher sa véritable identité, qui sait ?
– Peut-être bien... Reste malgré tout sur tes gardes, Yukihiro. Le monde de la pègre n'est pas un monde qu'on peut quitter si facilement. Ton passé te rattrapera un jour.
– Et je saurai y faire face. Nos chemins vont donc se séparer une fois que l'assaut de la Tour Radio aura commencé, hein ?
– Exactement. Ce fut un plaisir de travailler avec toi. J'espère que tu réaliseras ton rêve, petit. Tu le mérites.
– Je suis pas sûr que ce soit une question de mériter ou non. Si c'est le cas, y'a bien peu de chances que je devienne Maître alors… De mon coté je vais espérer ne pas te voir aux informations à la manière de la Team Rocket...
Un léger silence s'installa que le leader du R8 s'empressa de couper.
– Pour quelques heures encore, je suis ton supérieur. Alors allons nous préparer et partons pour Doublonville. Ce sera peut-être pour toi l'occasion d'avoir une explication avec tes ex-employeurs à la pension.
Le dresseur de Doublonville partit dans sa chambre afin de préparer ses affaires. Il en profita pour exposer la situation à ses Pokémon qui montrèrent qu'ils étaient fin prêts à clôturer ce sombre chapitre de l'existence de leur dresseur. Yukihiro rejoignit donc ses compagnons dans le Jet des R8. Tous affichaient une mine sérieuse. Roy surveillait constamment les autres membres de son équipe pour repérer tout mouvement suspect. Les dernières heures du R8 n'allaient pas être les plus heureuses.
Mais Yukihiro n'y pensait pas. Pour le moment, il cherchait ce qu'il allait bien pouvoir dire lorsqu'il ferait face à Agathe et Armand. Et surtout, quelle serait son excuse pour les avoir laissés sans nouvelle aussi longtemps ? Mais le pire restait ce R rouge qu'il arborait sur son costume, symbole de ses méfaits. Il était temps de se repentir et d'affronter ses erreurs.
