25.
A la sortie du petit lac artificiel, Alguérande s'était allongé sur le sable, les projecteurs imitant le soleil le séchant doucement.
Le somme était venu tout naturellement et quand il avait rouvert les yeux, il avait trouvé Clio, en légère robe de plage, assise près de lui.
- Il y a longtemps que tu es là ?
- Assez. Je suppose que je n'ai pas à t'apprendre que tu es devenu un bien bel homme ?
Les joues Alguérande s'empourprèrent.
- Oui… Non… Personne ne me l'a vraiment dit.
Il fourragea dans sa crinière fauve.
- Il faut dire que je n'ai pas eu l'occasion de côtoyer tant de filles que cela… Vu leur longévité, au Sanctuaire d'Aldéran durant les deux ans où il s'est occupé de moi, les Sylvidres ont dû toujours me considérer comme un bébé. Tout comme toi, j'imagine ?
Les joues de Clio rosirent très légèrement.
- J'ai passé tant de temps avec ton père, de la plus proche et la plus chaste façon. Je me suis profondément imprégnée d'humanité… Je ne peux donc qu'être sensible à ta beauté et à ton jeune charme animal.
- Il faudra pourtant que tu partages la vie de quelqu'un de Jura ? remarqua le jeune homme en se redressant pour se placer sous un robinet de douche, pour se débarrasser du sable qui avait collé à sa peau moite.
De fait, le regard toujours appréciateur, Clio le garda posé sur la silhouette déliée et finement musclée qui se rinçait soigneusement, indifférent à l'attention dont il était l'objet.
Il repoussa en arrière ses longues mèches à nouveau humides, dégageant pour une des rares fois ses oreilles, le lobe de la gauche percé d'un petit anneau d'or.
- Depuis quand ? interrogea la Jurassienne.
- C'est Zartiguryan. Il s'agit de métal de son Sanctuaire.
- Un lien physique entre vous deux, comme avec le tatouage de Talmaïdès ? J'espère que tu n'auras pas trente-six alliances à afficher ainsi ? s'amusa Clio.
- Ce sera toujours mieux qu'avec Gordan qui voulait me marquer au fer rouge…
- Quoi ! ?
- Oui, ainsi quoi qu'il arrive, j'aurais été sa propriété… Il n'a jamais mis sa menace à exécution, la seule chose qu'il m'ait épargnée.
Alguérande s'enveloppa dans un drap pour finir de se sécher avant de se rhabiller.
- Clio se leva, lui remonta sa chemise sur les épaules pour qu'il la boutonne.
- Tu sais qu'il faudra que tu te livres un jour entièrement à la psy, pour la dernière nuit qu'il t'a infligée, sinon tu ne pourras jamais guérir entièrement du traumatisme.
- Je ne me souviens de rien ! jeta trop précipitamment le jeune homme.
- Elle est convaincue du contraire. Et, sans rien nous dévoiler de vos séances, elle revient régulièrement à la charge auprès de Khell et de moi pour te persuader de te confier.
- Je n'ai aucun souvenir ! insista Alguérande avant de se diriger rapidement vers les bungalows investis par ceux de l'équipage pour les deux jours de détente.
Alguérande en compagnie de la Mécanoïde professeur de musique, Khell était demeuré sur la petite plage du bungalow de trois chambres, en compagnie de Clio.
Il avait allumé un feu et fait griller les poissons tandis qu'elle se régalait d'une vieille eau-de-vie.
- Alors, dernière ligne droite vers le Sanctuaire de cette Sorcière avant qu'on ne revienne se colleter avec les Carsinoés et leurs troupes fidèles ? s'enquit-elle.
- Oui. Le voyage jusqu'à la Passe de l'Enclume prendra cinq semaines, mais ce sera loin de tout couloirs de navigation, nous devrions parvenir là-bas comme une fleur ! Il ne restera plus qu'à Alguérande de jouer !
- Tu es sûr qu'il ne risque rien ? insista la Jurassienne.
- Je ne fais aucune confiance à ces Sanctuaires, gronda le second de l'Arcadia. Et même s'ils étaient hostiles, j'ai dû me résoudre à accepter que nous ne pouvions porter aucun secours à Algie s'il était menacé. Il semble néanmoins apte à se défendre !
- Mais ce sera tout autre chose que Zartiguryan, face aux Carsinoés !
- Je ne le sais que trop…
Clio prit sa harpe.
- La Sorcière semble être la dernière étape de notre étrange périple. J'ai hâte d'y être car cela signifiera que bien que âpre, les combats qui viendront signifieront peut-être le retour d'Albator si ses fils son prêts !
- Je l'espère… Je l'espère… murmura Khell en entamant son repas au gré de la musique.
