Un sourire immense, suffisant, étira les lèvres de Peter Lewis.
Il savait qu'il pouvait se reposer sur ses capacités de concentration pour extraire l'information. Son cerveau et ce qu'il pouvait faire, et ce qu'il avait fait, grâce à sa supériorité était la seule chose de sûre dans cet univers.
Enfin… ça et une condamnation à vie entouré par l'équivalent mental de chiens bien dressés, ce que je refuse catégoriquement !
L'image du numéro de téléphone de Rossi tremblait dans l'esprit de Lewis. Comme il savait que cela finirait par arriver, elle devint claire comme du cristal. Je l'ai !
Ils lui avaient pris sa montre, mais il pouvait jauger la période de la journée. Le matin. Un peu avant midi. C'était un moment aussi bon qu'un autre pour voir s'il aurait plus de succès pour atteindre l'agent vétéran du BAU qu'il n'en avait eu pour atteindre son leader.
- Garde ! Monsieur ? Puis-je réessayer de passer mon coup de téléphone ? S'il vous plait ?
Il adopta son expression la plus doucereuse quand un geôlier en uniforme approcha.
Il n'avait absolument pas conscience d'à quel point ils trouvaient perturbant son sourire faux et son regard glacial, inaccessible.
-o-o-o-
Rossi opta pour rester en bas des escaliers pendant que Reid examinait Hotch.
Il partageait l'inquiétude de Morgan, mais il sentait qu'avec sa présence, il y aurait comme trop de chefs dans une cuisine d'une personne. De plus, il était fatigué. Il avait refait du café et discuté de sujets d'importance négligeable avec un Mudgie non moins attentif.
Il commençait à songer à se traîner jusqu'à sa chambre, à l'étage, pour une petite sieste, quand l'enfer se déchaîna. Dave se figea, la tasse à mi-chemin entre ses lèvres, quand le profond baryton de Hotch s'éleva dans un son qui ne semblait même pas humain. Plus comme un mélange de lion et d'ours envoyant un avertissement à tous ceux qui se trouvaient dans les environs. Ce fut suivi par des pas lourds, une porte qui s'ouvre violemment et un bruit sourd retentissant qui, il le découvrirait plus tard, avait été provoqué par Morgan qui plaquait Hotch sur le matelas.
Rossi abandonna son café et se précipita vers les escaliers.
A cet instant son téléphone sonna, demandant son attention quand il n'en avait que peu à accorder. Il sortit l'appareil de sa poche et répondit sans se préoccuper de vérifier l'identité de son correspondant.
- Rossi à l'appareil… répondit-il en montant les marches deux à deux.
- Ah… bien. Agent Rossi, c'est Peter Lewis.
La voix était douce comme du velours, huileuse… elle lui rappelait des choses déplaisantes et pernicieuses.
- Je pense que j'ai quelque chose dont vous avez besoin… Nous devrions parler.
-o-o-o-
Le temps que Rossi raccroche, les choses s'étaient calmé à l'étage.
Dave reprit sa montée des marches pour rencontrer Morgan et Reid dans le couloir, juste devant la chambre de Hotch. Tous les trois semblaient troublés pour différentes raisons.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Morgan en voyant l'expression de Rossi. On dirait que vous avez de mauvaises nouvelles…
- Plus tard. D'abord, dites-moi comment ça s'est passé, pressa l'aîné avec un mouvement de tête vers Hotch. Comment va-t-il ? Quel était ce vacarme que j'ai entendu ?
- Je ne sais pas, répondit Reid en haussant les épaules tout en jetant un regard désapprobateur vers Morgan. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis prêt à parier que Lewis a effectivement utilisé une forme modifiée de PNL sur Hotch. Je pensais qu'on avançait, et puis…
Il secoua la tête et plissa les yeux en direction de Morgan.
- Hé, je pensais que tu avais des ennuis. Je suis désolé, d'accord ? Je le referai si les mêmes circonstances se représentaient.
Morgan tenta d'avoir l'air blessé mais il devait admettre que, puisque Spencer avait réussi à calmer Hotch sur la fin, il aurait sûrement été capable de se débrouiller sans son intervention.
Rossi se passa la main sur son visage inquiet.
- Quoi qu'il se soit passé, vous pourrez pointer l'autre du doigt plus tard. Comment va Hotch maintenant ? Mieux ?
- Eh bien, il dort, alors c'est une bonne chose, répondit Morgan en regardant le jeune génie pour confirmation.
- Peut-être.
Reid ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression que cette session lui avait permit de jeter un œil dans la cage, mais pas d'obtenir la clef pour l'ouvrir.
- Le sommeil est bénéfique, ça aide à faire le tri, comme je l'ai déjà dit. Mais…
Il baissa le regard vers ses chaussures, les lèvres commençant à se tordre d'une manière qui indiquait à ses collègues qu'il était ébranlé.
- Crache le morceau, Beau Gosse.
- Je ne suis pas certain qu'il aille mieux, lâcha Spencer avec un soupir découragé. Je ne pense pas avoir fait le moindre bien sur le long terme. Si cela avait été le cas, il ne serait pas devenu… vous savez…
Il jeta un regard à Morgan et conclut :
- …complètement hors de contrôle et mut à nouveau uniquement par l'instinct.
Les épaules de Rossi s'affaissèrent.
- As-tu besoin de plus de temps ? Y'a-t-il quoi que ce soit d'autre que tu pourrais essayer ? Ou n'importe quelle autre solution, n'importe quelle autre méthode qui pourrait aider ? Quoi que ce soit ?
Les deux autres échangèrent un regard inquiet. Il y avait une pointe de désespoir dans la demande de Rossi. Reid recommença à jouer avec ses doigts et se mordre la lèvre.
- Je n'ai aucune idée à l'heure actuelle. Laissez-moi faire davantage de recherches. Et attendons de voir comment Hotch se sentira à son réveil.
Sa voix se fit moins audible, comme s'il pensait à haute voix au lieu de leur parler :
- Peut-être que cela vaudrait le coup d'interroger Peter Lewis pour voir si je ne peux pas avoir grâce à lui une idée sur la direction à prendre …
L'inspiration brusque que prit Rossi attira leur attention.
- J'espère que nous n'aurons pas à en arriver là, mais… commença-t-il avant de jeter un coup d'œil à la porte fermée de la chambre de Hotch et d'ajouter : retournons en bas.
Reid et Morgan suivirent leur hôte dans le salon, de plus en plus mal à l'aise. Morgan brisa le silence en premier :
- Alors, qu'est-ce que vous ne voulez pas que Hotch entende ?
Rossi s'assit au bord de son canapé, trop tendu pour adopter une position plus confortable.
- Pendant que vous vous chamailliez là-haut, j'ai reçu un coup de téléphone. Peter Lewis.
- Quoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a à vous appeler, vous ?
Morgan se pencha en avant depuis l'endroit où il s'était assis, impatient de connaître la réponse. La vision de l'expression satisfaite de l'unsub quand il avait été emmené restait vivace dans sa mémoire. Tout comme la raillerie de Lewis concernant ce qu'il avait fait à leur Chef d'Unité.
Reid sentit sa respiration s'accélérer et son estomac se tordre.
- Il veut utiliser Hotch comme monnaie d'échange. C'est ça, n'est-ce pas, Rossi ? Il va se servir de la santé mentale de Hotch pour qu'on lui obtienne tout ce qu'il souhaite. C'est ça ?
Tout ce que Rossi put faire, c'est acquiescer…
…et espérer que le génie de l'équipe puisse trouver une solution autre que celle consistant à permettre à Lewis d'atteindre leur leader.
