Playlist
Salut à toi ô mon frère
Salut à toi peuple khmer
Salut à toi l'Algérien
Salut à toi le Tunisien
Salut à toi Bangladesh
Salut à toi peuple grec
Salut à toi petit Indien
Salut à toi punk iranien
Berurier Noir, Salut à toi.
Dimanche 1er avril
XXV. Harry. Des limites de la franchise et de la nationalité des suspects
Le repas est très gai - étonnamment gai - comme une parenthèse hors du temps et du stress, comme une incursion dans ununivers parallèle ou comme une fuite de la réalité. On ne parle pas de XIC, de Ron ou de la reconversion annoncée de Ginny. On réveille des souvenirs qui nous font sourire, on parle de choses légères et on rit beaucoup.
Minerva puis Neville doivent partir. A regret. Moi, je ne peux ignorer qu'il ne me reste plus que quelques heures en Angleterre. Et ma frustration est immense.
"Tu t'en vas ce soir, déjà ?", s'étonne Cyrus quand je l'annonce sombrement à haute voix.
"Je dois rentrer tôt à Venise, je commence mon stage chez les Gobelins à la Banque de Genève demain matin", j'explique avec un soupir agacé. Dans toutes autres circonstances, je serais excité d'y aller. C'est juste que là, j'ai l'impression d'abandonner ma famille et mes amis au moment où ils ont besoin de moi.
"Pour combien de temps ?", s'intéresse Hermione.
"Eh bien, en fait, je viens renforcer l'équipe autour de pleines lunes, donc, je serais là-bas une petite semaine et puis je retourne à Venise... Pour la durée totale, ça va dépendre des résultats", j'estime.
"Tu vas passer la pleine lune à Genève ?", relève alors bizarrement Cyrus. Je me serais attendu à ce qu'il demande plutôt quand je comptais revenir les voir.
"C'est toute l'idée", j'explique. "Il s'agit d'étudier les réactions de certains objets à cette période... des objets qui auraient appartenus à des garous... C'est pour ma compréhension supposée de ce type de magie qu'ils m'ont pris d'ailleurs !"
J'ai mis toute la dérision disponible dans cette dernière phrase - parce que dire que j'ai une meilleure compréhension des magies de lune parce que mon père adoptif est un loup-garou est tout de même de l'ordre de la blague, non ? Étonnamment, mon frère ne revient pas sur ça. Il regarde plutôt Ada comme s'il s'attendait à ce qu'elle proteste. Au point que celle-ci finit par commenter :
"Ça a l'air intéressant comme stage... et puis c'est moins long que s'il partait un mois !"
La sage réponse d'Ada a l'air de rendre mon frère songeur - j'en rirais bien, si j'avais le temps. Je n'ai que quelques heures à consacrer à mes amis et ma famille et tant de choses à leur dire. Abandonnant volontairement la question de mon stage, je me tourne donc résolument vers Hermione :
"Si tu veux passer quelques jours à Genève, d'ailleurs..."
"C'est gentil, Harry, mais j'ai mon travail et, selon la Division, je dois prendre les plus grandes précautions lors de mes déplacements", elle me coupe immédiatement. Je connais Hermione, ça veut dire : "Non, merci, Harry", et c'est sans doute sans appel
"Et un de nos principaux suspects est Suisse", rappelle alors Cyrus.
"Elles valent quoi leurs pistes ?", questionne alors Hermione avec un intérêt non dissimulé. J'aurais dû mesurer avant et tout seul qu'ils sont tous pris par l'enquête et que toutes mes diversions ont peu de chance d'aboutir.
"Pour ce qu'on en sait, elles restent parcellaires, mais ils travaillent beaucoup à les faire avancer et il faut garder l'espoir", j'estime loyalement.
"Ron est dedans ?", enquête encore Hermione.
"Nuit et jour ou presque", confirme Ginny avec un air d'excuse, et je mesure que mes deux plus vieux amis, amoureux depuis tant d'années, sont sacrément brouillés.
"Il doit être content...", commente cryptiquement Hermione, confirmant ainsi mon impression que leur séparation va au-delà des questions de sécurité personnelle.
"Il veut se faire pardonner", juge mon frère, assez abruptement - ça fait d'ailleurs grimacer Gin.
"Tu parles pour toi, Cyrus", rétorque Hermione sans doute juste avant moi. "Ron a toujours rêvé d'être au coeur de l'action. C'est pour ça qu'il est devenu Auror, pour cela qu'il a accepté de t'aider, et pour cela qu'il est en ce moment à la Division", elle développe - et je sens les larmes qu'elle retient fièrement. "Pas parce qu'il s'estime réellement coupable !"
Je connais Ron depuis trop longtemps pour penser qu'elle a tort. Le sixième des Weasley a toujours profondément désiré prendre le devant de la scène sans trop savoir comment y arriver. Combien de fois avait-il pu même en venir à m'envier des "aventures" que j'aurais préféré ne jamais vivre ? La Division était sans doute un bon exutoire pour ses rêves. Mais je sais aussi que perdre Hermione serait un prix trop élevé.
"Et toi, Hermione ?", questionne alors Ginny, m'enlevant la question de la bouche.
"Moi ? Moi, j'aimerais rentrer chez moi", souffle doucement notre amie.
"On voudrait tous que l'enquête soit finie", commente Archi avec un soupir.
Moi, je regarde Hermione, n'osant pas poser la question qui me brûle les lèvres.
"Avec Ron, si possible", elle me répond avec un sourire triste.
"Il n'espère que ça", s'écrie Ginny qui devait avoir les mêmes attentes que moi. "Je te promets, Hermione !"
Notre amie se contente de hocher la tête, comme pour dire qu'elle s'en doute.
"Tu pourrais l'appeler", je souffle. Puis je me rappelle le doute pesant sur la confidentialité de nos miroirs et j'ajoute : "Ou lui écrire !"
"Moi ?", questionne Hermione. Et il y a une émotion non retenue dans sa voix, cette fois.
"Lui n'osera pas", je confirme.
Ça fait évidemment ricaner mon frère et soupirer Ginny, mais c'est vrai.
"OK, moi", soupire mon amie.
"Oh, je peux utiliser tout ça dans mon feuilleton ?", quémande alors Archibald. Et nous nous rendons compte qu'il vient de consigner tous nos échanges avec une plume papote.
Hermione va protester - je le vois - quand une plume rousse se matérialise au dessus de la table - un peu indécise, à mi-distance entre Cyrus et moi, je dirais.
"Papa ou Mae", commente mon frère et il se saisit de la plume avant que j'aie fini d'acquiescer.
"Je ne sais pas trop où vous en êtes dans votre programme... mais tu m'as dit que tu repartirais tôt, Harry, et je suis avec les jumeaux à la Fondation... J'attends même Albus dans l'après-midi... Si vous avez envie de passer..." annonce la voix de Papa.
"Une plume pour ça ?", s'étonne Hermione en fronçant les sourcils.
"On est devenus extrêmement méfiants envers les miroirs depuis l'enlèvement de Archi", lui explique Cyrus, mais c'est moi qu'il regarde.
Il me reste deux heures, je calcule. La Fondation est plus pratique que Poudlard pour ensuite reprendre un portoloin international et je n'ai pas vu mon grand-père adoptif depuis des mois, mais je décide que la décision revient à Ada - dire que c'était notre week-end un peu romantique !
"Ça te dit ?", je questionne prudemment. Je ne chercherai pas d'interprétation à sa réponse, je me promets, sans trop me croire pourtant.
"La Fondation, c'est l'école pour les... loups-garous ?", elle demande à son tour - à peine une hésitation devant l'appellation.
"Ce n'est pas que ça", je corrige, "mais essentiellement, oui..."
"Pourquoi pas", elle répond avec une voix ferme.
oo
Hermione retourne chez ses parents "qui vont s'inquiéter sinon". On transplane, Cyrus, Ginny, Archi, Ada et moi, pour ce vieil atelier désaffecté à deux pas de square Grimmaurd. Comme Ada a peur de se perdre, je l'emmène en escorte - comme Aurore, il y a trois ans. L'atelier n'a pas du tout changé depuis la dernière fois que je l'ai utilisé - ce qui date de moins longtemps que ma visite avec Aurore, je m'oblige à m'en rappeler. Personne ne porte beaucoup d'attention au lieu d'ailleurs et on est vite devant la Fondation, dont tout le monde connaît l'adresse et donc voit l'escalier.
"C'est qui, Sirius Black ?", questionne Ada en lisant la plaque - comme Aurore il y a trois ans.
"Le parrain de Harry", répond Cyrus avec un sourire finaud, repris en écho par Ginny et Archi.
"Un très bon ami de mon père", je préfère ajouter.
"Et riche de surcroît", intervient Archi plus sérieusement. "Il a fourni le capital de départ."
"Oh", commente Ada visiblement impressionnée sans que je sache bien pourquoi.
Pour couper court à toutes ces conversations à moitié franches, je sonne à la porte, et Michael ouvre avec sa brusquerie suspicieuse habituelle mais il sourit presque en me reconnaissant : "Harry ! Ça faisait longtemps !"
"Trop longtemps, Michael, je suis désolé !", je réponds en lui rendant son accolade. Il voit ainsi le reste de la troupe.
"Salut Michael !", lance Cyrus avec cet air bravache qui ne trompe pas sur sa nervosité réelle. "On va peut-être entrer, non ?"
"Oui, bien sûr", admet avec empressement le lycanthrope. "Bonjour Ginny, bonjour Archibald - c'est ça ?", il ajoute en fermant la porte derrière nous.
"Oui, bonjour Michael", confirme l'ami de Cyrus en lui serrant la main.
"Et voici, Ada, une amie italienne", j'ajoute pour éviter à Michael d'avoir à demander.
"Enchanté, mademoiselle", la salue-t-il, en la regardant en dessous avec une certaine suspicion. Michael n'aime pas les nouvelles têtes, nous le savons depuis longtemps.
"Papa est là ?", je questionne donc sans attendre - il n'aime pas non plus qu'on traîne sans but dans la Fondation.
"Il finit une réunion avec Thaddéus... ", commence Michael. Il est interrompu par une cavalcade joyeuse dans l'escalier. "C'est l'heure du thé des petits qui sont venus faire des jeux..."
"Eh, regardez, y'a Cyrus !", crie alors un des mômes penchés par dessus la rambarde de bois sombre. La seconde d'après, mon frère est entouré de gosses ravis de le voir. Les jumeaux, qui étaient avec eux, leur laissent pour l'instant la vedette.
"T'es plus malade, Cyrus ? Tu vas revenir ?", questionnent les mômes.
"Il n'était pas malade, il était blessé", corrige Iris, et Ginny et moi partageons un regard mi-amusé, mi-agacé par son incapacité à laisser longtemps de l'espace aux autres.
"Je vais beaucoup mieux et vous me manquez aussi", répond Cyrus avec un sourire qui ne trompe pas - il est sincère.
Puis la petite Rosabel remarque Ginny et lui saute dans les bras en annonçant :
"Et toi, tu sens toujours aussi bon, Ginny !"
"Ada aussi", annonce alors Iris en prenant d'assaut mon amie avec des airs de propriétaire.
Les enfants se tournent quasiment tous vers Ada qui me semble presque nerveuse de cette attention - mais je reconnais qu'ils sont peu délicats dans leurs manières !
"C'est l'amoureuse de Harry !", révèle Kane qui ne veut sans doute pas être en reste.
"Vraiment ?", me demande Rosabel avec des yeux écarquillés.
J'opine en riant, ce qui fait que la plupart m'imite et, c'est imperceptible, mais Ada semble se détendre. Archibald finit de détourner le sujet en se livrant à son jeu favori : titiller Cyrus dans ce qu'il a de plus raisonnable...
"Mais tu serais autre chose qu'un prof méchant et désagréable, Cyrus ? Ils ont presque l'air de t'aimer !"
"Mais bien sûr qu'on l'aime ! Tu reviens quand ?", insiste Edwin, le chef de la bande des petits à la Fondation.
"Bientôt... Vous devriez demander à Remus, tiens !", ajoute mon frère ayant remarqué Papa qui s'approche.
"Remus, il revient quand Cyrus ?", questionne immédiatement Edwin.
"Ça vous manque tant que ça les potions ?", s'amuse Papa.
"Oui !", répond un choeur unanime.
"Eh bien, on doit pouvoir s'organiser... Demain ?", il propose, et tous les enfants sautent et hurlent. Ada et Ginny ont un grand sourire aux lèvres. Cyrus fait semblant d'être surpris.
"On fera quoi comme potion ?", interroge la toujours très sérieuse Haydée.
"Heu, je ne sais pas", avoue Cyrus en riant. "Un truc drôle, je promets !"
Une fois que les nouveaux hurlements de joie sont calmés, il faut toute l'autorité de Michael pour emmener la petite troupe à la cuisine pour le thé. Les jumeaux se joignent sans arrière pensée à la petite troupe qu'ils fréquentent depuis leur naissance.
"Vous avez vos nouvelles baguettes ?", veut savoir Papa en nous guidant vers son bureau. Thaddeus nous attend sur le pas de la porte.
"Moi, j'ai quasiment la réplique de la première, mais Cyrus n'a pas pu s'empêcher de se faire remarquer !", s'amuse encore Archibald.
"Acajou et crin de licorne d'Amazonie", annonce immédiatement mon frère sur le même ton fataliste qu'il prenait pour avouer ses plus mauvaises notes.
"Pourquoi pas ?", estime Papa puis, ayant mesuré la nervosité de mon frère, il ajoute : "On retrouvera peut-être ta baguette et tu pourras choisir !"
"Je croyais que c'est la baguette qui choisissait son sorcier", remarque Ginny.
"Eh bien, il pourra voir laquelle veut le plus de lui, alors", reformule Papa avec légèreté.
"Elles vont peut-être se battre pour toi", soupire Archi l'air rêveur. Et immédiatement une plume à papote et un parchemin se matérialisent pour prendre des notes.
"On va lire notre dimanche pendant des semaines, j'ai l'impression", s'amuse Ginny.
"Je devrais vous suivre plus souvent, j'aurais plus d'inspiration pour mon feuilleton !", admet Archibald de bonne grâce.
"Bon, donc faut s'attendre à ce qu'un de tes personnages passe toutes les pleines lunes à Genève alors", lance alors Cyrus en me regardant.
Encore ! ai-je envie de relever, mais je me dis que c'est sa façon de regretter mon départ.
"Ok, j'écrirai régulièrement pour nourrir l'inspiration d'Archibald", je choisis donc de répondre. "Des nouvelles de Mãe ?"
"Pas pour l'instant", soupire Papa et, comme je grimace, il se sent obligé d'insister, "Mais j'attends Albus..."
On sonne au même instant à la porte d'entrée - peut-être est-ce lui.
"Ça plairait à Mãe que tu penses Grand-Père plus efficace qu'elle pour mener une enquête", remarque Cyrus, avec un petit rire sec et les bras croisés.
"Je pense qu'elle mène très bien la question de la surveillance des suspects, des liens moldus/sorciers ou de la collusion de la police moldue", se défend Papa. "Mais il y a la question de la diplomatie, de l'ampleur internationale du réseau, et si Dora a bien essayé de mener une enquête de ce côté-là, elle ne peut pas tout faire..."
La porte du bureau s'ouvre alors comme un écho devant Thaddeus qui introduit Grand-père.
"Restez tous assis", s'empresse d'indiquer ce dernier quand nous nous levons pour l'accueillir. "Cyrus, Archibald, et toi aussi Harry, je dois dire que je suis content de vous voir !"
"La mauvaise graine résiste à tout", commente Cyrus en l'embrassant.
"Moi aussi, Grand-père, je suis content de te voir", je réponds moi avec sincérité en lui rendant son étreinte. "Laisse-moi te présenter, mon amie Ada", j'ajoute sans attendre. Je crois que Cyrus et Archibald sont contents que je détourne ainsi l'attention loin de l'enlèvement.
"Mademoiselle", la salue Grand-père, ses yeux bleus pétillants de gaîté.
"Pro... professeur", elle répond avec plus de difficulté.
"Ne soyons pas cérémonieux, Mademoiselle Ada, il y a longtemps que je n'ai plus donné de cours à quiconque ! Et ceci vaut aussi pour vous Archibald, il faudrait arriver à m'appeler Albus, au moins en privé !"
"Heu, vraiment ?", questionne le meilleur copain de Cyrus, et tout le monde rit.
"Si ça vous vient, Archibald, uniquement si ça vous vient !," le rassure Albus, en prenant place à côté de Papa. "J'imagine que tout le monde ici est au courant de l'enquête en cours et de ses ramifications politiques", il enchaîne alors, les yeux un peu plus sérieux tout d'un coup. Il se satisfait de nos opinements.
"Surtout des ramifications internationales", je souligne.
"Oui, et c'est donc logique que Nymphadora ait fait appel à nos services. Ceux-ci ont sincèrement essayé d'obtenir les renseignements dont elle avait besoin par la voie diplomatique - mais il y a un moment où cette voie ne peut suffire. Face à un groupe comme le XIC, qui dispose manifestement d'appuis solides des deux côtés, d'espions bien introduits et de ressources inédites, la voie diplomatique officielle ne peut plus être employée que pour induire l'adversaire en erreur sur nos intentions..."
Je souris brièvement, Cyrus et Papa abondent silencieusement, et Archibald commente mezzo vocce :
"Et on voudrait que je fasse le poids aux échecs !"
"Mais ma première mission, n'est-ce pas Remus, était de dépasser les limites de la diplomatie habituelle en faisant jouer mes contacts pour en apprendre un peu plus sur nos amis du XIC... et j'ai avancé", annonce Albus et on se penche tous en avant.
"J'ai pu confirmer que la base probable de l'organisation était en suisse..."
"On va bientôt découvrir qu'en fait les Gobelins sont de mèche, Harry, et que ton stage sur les magies de lune, c'est du vent !", lance nerveusement Cyrus, comme s'il était incapable d'écouter ou de se concentrer sur les informations d'Albus.
"Les magies de lune, Harry ?", relève grand-père.
"Ils disent compter sur mon ouverture d'esprit à ces questions pour venir à bout de certains objets déposés dans les coffres de Genève", je résume prudemment. Je ne voudrais pas que la conversation parte trop loin de l'essentiel. Puis je repense aux Cimballi et à toutes les questions que j'aurais pour mon Grand-père sur les amulettes, Maddalena Taluti, les esprits dévoreurs de magie, les pactes de sang et les magies de lune. Je me décide pour un sobre : "Je t'écrirai dès que j'en saurai plus, si tu veux."
"Mais tu seras à Genève ?", vérifie Albus.
"Toutes les semaines de pleine lune jusqu'à réussite", je confirme avec fatalisme - j'ai l'impression de passer mon temps à répéter la même chose.
"Ça pourrait nous être utile", estime grand-père.
"Albus, je ne crois pas qu'envoyer Harry mener une quelconque enquête officieuse soit...", commence nerveusement Papa.
"...acceptable pour Kingsley, et donc pour Dora", le coupe Grand-père. "Je m'en doute. Je pensais juste à certains contacts qui pourraient être faits. Les communications sont peu sûres - en particulier les miroirs mais même le courrier par hiboux pourrait être intercepté... Harry pourrait servir éventuellement d'agent de liaison..."
Ada me prend possessivement le bras et proteste : "Mais ça ne sera pas dangereux au moins ?"
"Ce qui est dangereux c'est de laisser le XIC prendre de l'ampleur", raisonne gentiment Grand-père.
"Et tu as pu en apprendre plus ?", questionne mon frère.
"La Suisse offre l'avantage du secret bancaire côté moldu et d'une très grande tradition d'autonomie de la communauté sorcière. Ils ont très peu d'institutions, vont généralement à l'école à Beaux-Bâtons ou à Durmstrang... Les sorciers suisses sont très connectés aux autres pays et très jaloux de leur indépendance... La famille Teuffer, à grande majorité sorcière, gère néanmoins une société financière moldue et sa richesse dans les deux mondes est difficile à estimer avec précision !"
L'immensité de la fortune Teuffer semble emplir le silence qui s'impose sur la pièce et le rendre plus pesant.
"On dit de manière tout à fait officieuse, que ces fonds privés et moldus sont venus en aide au Ministère espagnol quand les Gobelins refusaient de le faire", ajoute alors Grand-père assez sombrement. "Fioralquila était Ministre évidemment.."
"Albus, vous voulez dire que des gouvernements sont derrière le XIC ?", s'effare Archibald.
"Plus précisément que le XIC est possible parce que ses membres disposent de dossiers suffisants sur des gens bien placés", reformule Grand-père. "Et ce que nous savons n'est sans doute que la partie émergée de l'iceberg..."
"On peut faire quoi, alors ?", questionne agressivement mon frère.
"Continuer", répond tranquillement Grand-père. "En questionnant certaines personnes sur les Teuffer, j'ai pu identifier ce qui ressemble à un duo. Meinrad, le patriarche Teuffer, a eu deux enfants. L'aîné, Ludger, est le père du jeune Kuno qui a fréquenté Beaux-Bâtons et est inscrit en potions à Londres. Mais Meinrad a aussi eu une fille qui serait morte il y a quelques années dans un accident de voiture sur la Riviera. Cette fille a eu un fils qui devrait avoir une vingtaine d'années lui aussi et sur lequel on sait peu de choses jusqu'à aujourd'hui... Mais j'ai pu établir qu'il est présent lui aussi au Royaume-Uni sous un passeport moldu monegasque établi au nom de Jérémie Lavendin..."
"C'est sans doute n'importe quoi, mais il m'a semblé que le deuxième gars encagoulé avait le même accent suisse que Teuffer", lance nerveusement Cyrus.
"D'après ce que j'ai pu faire établir discrètement par mes services", continue Albus sans relever. "Il travaille lui-aussi officiellement pour Babouchka Cleaning..."
"Décidément", commente Papa avec une certaine satisfaction.
"Et il ne sortirait pas avec Hermosa McNair ?", ironise Archibald.
Grand-père sort alors une photographie moldue des poches de sa robe et la tend à mon frère en disant :
"Il faudrait sans doute que Drago nous renseigne..."
"Mais si ces gens sont si riches, qu'ont-ils besoin de monter le XIC ?", je demande.
"Selon mes contacts, le vieux Teuffer refuse de laisser la place et son propre fils Ludger est totalement dépendant de lui. On parle d'une fronde de la nouvelle génération, de Kuno et Jérémie donc, qui refuseraient d'attendre..."
"Bref, on est les victimes d'une guerre familiale", estime froidement Cyrus - et je lis dans ses yeux que ces informations entrent parfaitement avec d'autres qu'il possède. Mais il ne partage pas ses réflexions avec nous.
ooo
Je dois finalement partir avant Albus - Cyrus ironise évidemment que je deviens sacrément important. Mais il est déjà six heures et il me faut retourner à Venise, faire mes adieux à Ada et aller à Genève. C'est déjà presque trop tard pour faire tout ça.
"Tu feras attention à toi, hein ?", me souffle Papa en nous raccompagnant à la porte. "Plus on en sait, plus on sent qu'on doit se méfier d'eux."
"Ils n'apparaissent pas comme des amis des Gobelins s'ils jouent parfois à les concurrencer", je remarque.
"C'est vrai des Teuffer, est-ce vrai du XIC ?", riposte Papa.
C'est toujours difficile de contrer la vérité.
"Je ferai plus qu'attention", je promets donc et ma réponse semble bien plaire plus encore à Ada qu'à mon père.
Ada et moi retournons à l'atelier abandonné pour transplaner au Centre de délivrance des portoloins internationaux. Il y a un peu d'attente un dimanche soir. On entend à peu près toutes les langues européennes et je distingue même un couple parlant japonais.
"On va partir chacun de notre côté", estime alors Ada avec une certaine émotion dans la voix.
"Je peux très bien t'accompagner à Venise avant d'aller à Genève", je contre un peu fiévreusement. C'est après tout ce que j'avais prévu.
"Mais tu dois t'installer à Genève et il est déjà tard", elle remarque. "Et plus nos adieux seront longs et plus j'aurais du mal à... avoir l'air courageuse."
Elle a posé sa tête sur mon épaule comme une ponctuation à sa phrase.
"Ada...", je souffle ému par sa réaction. Je me rappelle du doute qui m'habitait jeudi encore et je suis content de pouvoir m'en moquer.
"C'est mieux comme ça, Harry. On se voit dans une dizaine de jours", elle continue sans me regarder.
"On s'écrit", j'insiste. "Je voulais t'offrir un miroir mais le moment ne parait pas bien choisi !"
"OK, on s'écrit... la poste moldue est plus longue, mais elle est sans doute plus sûre", elle ajoute.
"Mais le facteur a un peu de mal à te trouver", je lui rappelle en souriant.
"Je le guetterai", elle promet.
Je pars après elle. Je ne sais pas si ça m'aurait fait moins de mal de faire l'inverse. J'ai juste eu le temps de m'excuser du bizarre week-end que je lui ai offert et elle d'en rire en insistant sur le fait qu'elle en avait appris bien plus sur moi comme ça que si on avait fait une excursion sur la Tamise. Le pire est qu'elle a sans doute raison, je me dis en tendant ma lettre d'invitation des Gobelins aux contrôles du Centre de portoloins de Genève. Je ne sais pas si les Suisses ferment les yeux sur les actions de leurs ressortissants mais ils sont méfiants envers les autres.
Brunissande m'attend dans la zone d'arrivée.
"Alors ça quelle surprise !", je balbutie quand je reconnais la jolie jeune femme qui me fait de grands signes dans la foule.
"Tiziano m'a dit que tu devrais arriver ce soir... Mais comme tu étais parti à Londres, il ne savait pas quand, ni d'où tu arriverais... Comme je n'étais pas loin, je me suis dit que ce serait le plus simple d'attendre ici un peu et de voir si je te voyais !"
"Merci", j'arrive à répondre. Tiziano et ses insinuations ne comptent pas réellement parmi mes sujets préférés juste maintenant. "Tu n'attends pas depuis trop longtemps, au moins ?"
"Non, un grand quart d'heure, ils annonçaient plusieurs arrivées de Londres, alors je suis restée à tout hasard. Tu étais allé voir tes parents ?", elle enchaîne alors que nous sortons du centre. Il neigeotte dehors.
"Oui", je réponds distraitement en fermant mieux ma cape. Dire qu'il doit faire chaud à Venise !
"Ils vont bien ?", elle continue ses questions.
"Plutôt", je décide de répondre - la vérité est irrésumable.
"Tant mieux. on va prendre un taxi, comme ça je te montrerai quelques points de repère dans la ville", elle ajoute, légère et pratique.
"Bonne idée", j'accepte, et puis je me rappelle que je ne sais pas où je vais dormir. "Tu as trouvé un logement pour moi?"
"Deux choses", elle répond tout en faisant signe à un taxi qui vient se ranger devant nous. "Il y a une pension pas très loin de la Banque qui a une chambre libre ; je dois les appeler si tu arrives. Sinon, une de mes colocataires est en vacances cette semaine - elle est d'accord pour que tu prennes sa chambre... C'est comme tu veux."
Le chauffeur prend mon petit sac et le pose dans le coffre, il a l'air seul et abandonné.
"Je vous conduis où ?", il demande ensuite à la cantonade.
Brunissande me regarde - évidemment. Je n'ai jamais adoré les chambres d'hôtel ou de pension impersonnelles, et il me semble que je serais impoli avec Brunissande si je refusais sa proposition.
"Allons chez toi", je décide donc.
"Excellent", elle commente avant de se pencher vers le chauffeur pour lui donner l'adresse.
ooooooo
1) Personnages non canon
J'imagine que vous n'êtes pas arrivés ici sans avoir enregistré qui sont Archibald et Ada, hein.
Je me concentre donc d'abord sur un rappel des garous de la Fondation :
Thaddeus Miley
Sorcier britannique, éducateur en chef de la Fondation Sirius Black pour l'enfance magique en danger, fin psychologue, souriant.
Michael Truman
Loup-garou britannique, sans famille, vivant en permanence à la Fondation, dévoué à Remus, voire jaloux du fait qu'il ait une famille.
Silas Abner (7 ans). Son père l'a mordu puis a disparu de sa vie. Abner veut dire mon père est lumière en hébreu.
Virgil (8 ans), Edwin (12 ans) Trey - ils ont un grand frère de 14 ans Gabriel mais qui n'est pas dans le même cours.
Baldric (va avoir 11 ans) et Rosabel (8 ans) Tanner - leur père est employé du ministère et a caché leur état au Ministère.
Haydée Loneman (11 ans) est fille unique, timide et réservée.
Et un rappel des membres supposés du XIC voire de leur famille
Hermosa Fioralquila McNair
Sorcière espagnole, nièce du McNair du canon, fille de l'ex ministre de la magie d'Espagne, étudiante en potions, participe aux soirées du XIC
Kuno Teuffer
Étudiant présenté comme médiocre en potions, connaissance de Drago via Hermosa McNair. Son passeport est suisse, et ses relations troubles... Kuno est un prénom germanique, signifiant clan et famille, et Teuffer est inventé par moi en partant de Teuffel, le diable en allemand... ça lui va très bien.
Ludger Teuffer
Père de Kuno Teuffer.
Kreszenz Teuffer Lavendin,
mère de Jérémie.
Meinrad Teuffer.
Père de Ludger et Grand-Père de Kuno et de Jérémie Lavendin
Jérémie Lavendin
Cousin de Kuno Teuffer, il détient un passeport monégasque et on ne sait pas grand-chose de lui encore.
Babouchka Cleaning
Entreprise paravent du XIC en Angleterre, gérée par Jenna Waterman, la cousine de Vassili Garinov, un autre membre avéré du XIC, et son mari Ian..
Je m'excuse par avance auprès de lecteurs éventuellement suisses, monégasques et moins probablement bulgares ou espagnols qui se sentiraient indûment attaqués dans leur honneur national, hein... tout ceci est pure élucubration de ma part. Je suis sûre que les mafias sont encore plus malignes que ce que j'arrive à créer...
Une fin de week-end agitée, un lundi à peine plus calme, c'est Cyrus qui raconte le 26e chapitre baptisé Des provocations utiles et des pièges à double détente
