Bonjour à tous ! (Puisqu'il y a effectivement des lecteurs masculins parmi vous)
Alors, pour commencer, j'ai une bonne nouvelle et une "mauvaise" nouvelle.
Bonne nouvelle : j'ai fini mon stage ! Ce qui signifie que je suis plus libre jusqu'à la mi-septembre, donc je vais pouvoir écrire plus.
"Mauvaise" nouvelle : LCI m'inspire un peu moins, je me concentre plus sur Kunoichi en ce moment. Le "mauvaise" est entre guillemets car Kunoichi avance très bien, ce qui est une bonne nouvelle. A mon humble avis, cette fiction sera beaucoup plus intéressante que LCI. (J'adore LCI, hein, c'est ma première vraie fiction, mais Kunoichi est une idée que j'ai depuis une éternité et qui sera beaucoup plus réfléchie.)
A présent, réponses aux reviews :
- lalwende : contente de te revoir dans les commentaires ! Bon courage pour ton boulot. Ah, je suis ravie d'avoir pu te faire apprécier une fiction où la guerre est aussi présente. Je ne compte pas arrêter d'écrire de sitôt, merci beaucoup :)
- lisou : non, vous n'êtes pas peu nombreux à commenter ! Je reçois entre quatre et six reviews par chapitre, ce qui est plus que ce à quoi je m'attendais en reprenant après un si long hiatus. Mais si mes encouragements peuvent pousser des lecteurs de l'ombre à se manifester, tant mieux !
Effectivement, le combat contre Madara sera plus long. Ce sera un peu la grande bataille de cette fiction ^^
Merci beaucoup pour tes commentaires qui me font toujours très plaisir, à la prochaine fois !
- Asagie : tout d'abord, bienvenue ! C'est fou comme les anti-Sasuke sont nombreux, on devrait démarrer un hate-club. Non, Sakura ne deviendra pas le second Danzô, elle intériorise juste beaucoup trop. Si le combat Itachi/Kakuzu t'a plu, tant mieux, j'aime écrire les scènes de combat !
J'espère que la suite te plaira, bonne journée :)
Bonne lecture !
Septembre venait de débuter et l'Alliance massait ses combattants à la frontière de l'Eau.
Bientôt, chuchotait-on dans les tentes, autour des feux de camp et entre deux tours de garde. La dernière bataille. Uchiha Madara. Les jinchuriki.
Bientôt.
Un dieu vengeur avait frappé leurs ennemis. C'est la Hokage, disait-on. Horrible mais c'est la guerre, c'est la vie, c'est la mort. C'est la Princesse Tsunade, elle nous a tous sauvés – elle nous a tous condamnés – nous allons gagner la guerre – nous allons perdre nos âmes – c'est la guerre.
Itachi fut envoyé à la frontière.
A des kilomètres de là, Sakura reçut un ordre similaire.
Une semaine plus tard, elle arriva au camp.
Une autre semaine, et ce fut à lui.
Durant le voyage, Sakura n'eut qu'une pensée en tête. C'était stupide de sa part et elle en avait parfaitement conscience : ils étaient en guerre, par les Kami, ce n'était pas une simulation idiote, et elle allait poser le pied sur un champ de bataille dans un pays inconnu.
Pourtant, alors que leur groupe fonçait vers l'archipel de l'Eau, elle ne voyait devant ses yeux que l'expression trahie de Naruto.
Konohagakure gagnait la guerre. Shikaku, Ibiki et Mikari – le représentant civil le plus important du village – avaient géré les négociations avec la Terre d'une main de maître. Le Tsuchikage avait râlé, bien sûr, en vieillard militariste qu'il était, mais les nobles avaient peur et la population aussi. Konoha avait fait la promesse solennelle de trouver un remède à l'horrible épidémie qui frappait la Terre, et de le trouver aussi vite que possible – « mais oui, Pokoya-dono, je le jure au nom de mon Village ! ».
Itachi était vivant et célébré comme un héros : il avait abattu Kakuzu, révélant au monde entier qu'il était parfaitement guéri, et joué un rôle capital dans la reprise de Kusagakure. On racontait qu'après son combat contre le chasseur de primes, il était revenu sur le champ de bataille et, aux côtés de la chef du village, avait affronté une pleine escouade de mercenaires d'un niveau de Jounin. Konohagakure redécouvrait le plaisir de se féliciter des exploits d'un de ses plus grands génies au lieu de trembler à son nom.
Pour le moment, plongés dans la folie des combats, les Konoha-nins songeaient à peine à critiquer le choix de leur dirigeante. On leur avait mis dans la tête qu'en situation d'urgence, l'obéissance devait devenir automatique et conditionnée ; ils étaient de bons combattants et savaient que c'était dans leur intérêt.
Mais Naruto…
Sakura avait tellement envie de le voir, et tellement peur en même temps. C'était comme du temps où son for intérieur était une part importante de sa vie : elle se sentait coupée en deux.
Il était son meilleur ami, son frère, l'homme qu'elle aurait peut-être-éventuellement-dans-un-avenir-lointain fini par épouser s'il n'y avait eu Itachi. Ils se connaissaient si bien, mais ce qui était d'ordinaire une preuve de leur affection mutuelle devenait ici une malédiction. Parce que Sakura savait parfaitement ce qu'il avait dû éprouver.
Elle avait besoin que Naruto comprenne. Non, même pas : elle se contenterait d'être pardonnée. Recevoir son pardon, ce serait comme l'absolution d'un dieu.
Ses instincts de combattante lui criaient d'aller vers la confrontation alors que sa nature profonde freinait des quatre fers. Coupée en deux, effectivement. Mais Sakura était une Jounin et l'apprentie de la Hokage, alors elle continua à courir vers l'objectif qu'elle redoutait.
Depuis la capitulation de la Terre, la ligne de front avait été poussée sur l'archipel lui-même. C'était à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : bonne, parce que gagner du terrain était le but de la guerre. Mauvaise, parce que les combattants de l'Alliance se battaient dans des conditions mal connues alors que les Kiri-nins étaient chez eux parmi les marécages.
La frontière de l'Eau était aussi depuis le début des conflits la zone qui requerrait le plus de médics. Entre les bestioles venimeuses et les virus inhabituellement agressifs, on amenait un nouveau malade par jour, d'après les rapports.
Et, bien sûr, il y avait le ravitaillement : maintenant que les civils de l'Eau crevaient par paquets, la situation alimentaire devenait critique pour les shinobi ennemis. Cela aurait été parfait si ça ne voulait pas dire qu'au lieu de se servir dans les campagnes conquises, l'armée Alliée dépendait exclusivement de la nourriture en provenance du continent – une nourriture qui, avant de leur parvenir, devait traverser la mer. De nombreux ninjas avaient ainsi appris à leurs dépens que les Kiri-nins étaient doués pour se cacher sous l'eau. On avait dû sacrifier plusieurs Jounins pour surveiller les cortèges alimentaires et faire passer les pertes à un tiers, au lieu des trois quarts les premiers temps.
Il y avait même eu des désertions, fait absolument invraisemblable pour une armée ninja. L'arrivée de Naruto et son aura solaire, puis de B et son humour décalé avait heureusement mis à terme à cette hémorragie, mais tout de même – Tsunade-shishou en avait tremblé de rage – des désertions.
La frontière de l'Eau était sans aucun doute le pire front de cette foutue guerre.
C'était aussi là-bas qu'on avait envoyé le trio Ino-Shika-Chô.
Sakura serra les dents. Toujours pas de nouvelles, après plusieurs semaines, ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose. Elle avait refusé d'y penser mais à présent, elle ne pouvait plus se voiler la face : Ino était probablement morte.
Je hais la guerre.
Sa première vue du camp principal ne lui donna aucune raison de penser autrement. Tout était gris, sale, humide, et l'air sentait la panique.
- Sakura-sama ! Les kamis soient loués, vous êtes là ! s'exclama un Chûnin blond en courant vers eux.
- Que se passe-t-il, Mitokado-san ?
- Il y a eu une attaque, nous les avons repoussés mais on manque de médics…
- Qui dirige la riposte ?
- M, de la Foudre.
- Genma, Oka, prenez vos unités et allez en soutien. Les médics, avec moi. Sayuri, va à la tente principale pour présenter ton équipe.
Sakura se précipita vers la tente médicale dont le drapeau vert clair pendait mollement à plusieurs mètres de hauteur. Elle passa les deux heures suivantes à soigner blessé sur blessé jusqu'à ce que ses mains tremblent, ses affaires en tas à côté d'elle, de la boue montant jusqu'à ses chevilles. Quand on cessa de lui mettre sous le nez de nouvelles plaies à guérir, elle put relever la tête : la lumière avait nettement baissé.
Ce fut sa première introduction au camp principal de l'Eau.
- La ligne de front s'étend sur environ deux-cents kilomètres, lui expliqua Otabura Jin, chef des ANBU de Konoha, quand elle put enfin entrer dans la tente de commandement. Nous avons quatre camps en plus de celui-ci. Les premières semaines, mon prédécesseur a essayé d'installer un grand nombre de petits camps pour empêcher les Kiri-nins de passer, mais ils ont dû renoncer – ces salauds se dissimulaient dans les marécages et exterminaient un camp entier avant de disparaître. Quand je suis arrivé d'Iwa, A avait commencé à réorganiser le front pour y mettre un nombre plus restreint de gros camps.
- Ce qui laisse le champ libre aux ennemis qui veulent s'infiltrer.
- On ne peut pas les en empêcher, autant concentrer nos ressources sur la protection des convois.
Sakura dut hocher la tête. Se battre en territoire ennemi forçait à faire des concessions.
- Depuis le début de l'épidémie, les attaques se font de plus en plus nombreuses. Maintenant que la Terre a capitulé, ils ont balancé toute prudence par la fenêtre, on se prend au moins une bataille par jour et c'est pas la peur de mourir qui les retient. Il y a des shinobi, des mercenaires, des civils, tous ceux qui peuvent tenir une arme et même certains qui ne peuvent pas. Des enfants aussi, mais de moins en moins.
Sakura se mordit la lèvre. Leurs ennemis envoyaient des enfants au front… Et elle ne pouvait même pas les blâmer, parce qu'elle avait mis au point une maladie bien plus meurtrière que n'importe quel champ de bataille.
De moins en moins, venait de dire Jin. Evidemment. En période d'épidémie, les plus jeunes étaient les premières victimes.
Ils vont combattre parce qu'ils savent qu'ils mourront de toute façon.
Elles avaient prévu tout ça, sa Shishou, Shizune et elle… mais Sakura avait passé la durée de la guerre entre les hauts murs de Konoha. Il y avait un monde entre planifier un génocide sur les chaises de l'hôpital et savoir qu'à deux cents mètres d'elle, une escouade de Chûnins récupérait des cadavres d'enfants pour les jeter dans la fosse commune.
C'était nécessaire, se répéta-t-elle.
Alors pourquoi avait-elle envie de partir très loin sans jamais se retourner ?
- Où est A ? demanda-t-elle plutôt.
- Avec son frère et Naruto, j'imagine. Il arrivera dès que le prochain convoi alimentaire sera rangé. Les jinchûriki ont un quartier spécial dans le camp, je peux envoyer un homme t'y conduire.
- Je vous en serais reconnaissante. Oh, au fait, Shishou m'a demandé de vous remettre ceci.
Un parchemin changea de main. Jin hocha la tête. C'était étrange de le voir ainsi, à visage découvert, sans son masque blanc orné d'une unique feuille. Il semblait presque… ordinaire.
- Les médics ont tous accepté de travailler sous tes ordres, reprit-il en brisant le sceau du parchemin. Leurs registres sont dans la tente médicale si tu veux y jeter un coup d'œil.
- Je m'en occuperai. Je vais aller poser mes affaires, à présent.
- Entendu. J'enverrai quelqu'un pour t'amener jusqu'à Naruto dans une dizaine de minutes.
Ils se saluèrent et Sakura ressortit dans l'air lourd des marécages. L'atmosphère fébrile ne fit rien pour détendre ses nerfs malmenés : comme tous les combattants, elle était entraînée pour réagir à la menace d'un combat, mais ce qui était bien utile quand une situation dégénérait brutalement devenait un poids sur un champ de bataille. Lorsque les hostilités pouvaient démarrer à chaque instant du jour et de la nuit, comment se détendre ? Comment se reposer, réfléchir, s'entraîner ? Les shinobi étaient tendus comme la corde d'un arc.
Sakura sentait de longues nuits sans sommeil se profiler à l'horizon.
On lui avait attribué une tente à elle seule, un luxe qu'elle devait sans doute à son statut d'apprentie de Tsunade – à moins que ce ne soit sa position dans la hiérarchie médicale. Peu importe : la jeune Jounin comptait bien en profiter. La solitude était une denrée rare chez les shinobi, et Sakura ne s'était jamais habituée à la proximité qu'exigeaient leurs missions.
Elle déballa ses maigres possessions avec une efficacité acquise au cours de longues années de pratique. Son dernier sceau piégé venait de s'enfoncer dans le sol quand elle sentit une présence qui avançait droit vers sa tente.
Il faisait presque nuit, à présent. Sakura ne reconnut pas la femme à l'entrée de la tente – et pour cause : son bandeau frontal indiquait qu'elle venait de Suna.
- Je suis Kichû Moji, Chûnin de Sunagakure, Haruno-sama. Otabura-taicho m'a chargée de vous conduire jusqu'au quartier des jinchûriki quand vous serez prête.
- Je le suis. Je vous remercie pour votre assistance, Kichû-san.
La formule était un peu guindée mais Sakura avait souvent été choisie comme ambassadrice de Konoha : elle savait que trop de politesse valait mieux que le contraire quand on traitait avec des étrangers. Alors elle était bien décidée à être parfaitement polie, même si une part d'elle aurait voulu que sa guide n'arrive jamais… car maintenant, chaque pas la rapprochait de Naruto. Sakura ne pouvait plus le nier : elle était terrifiée.
Pardon pardon pardon pardon
Le camp était une masse de boue qu'on avait recouverte de quelques tentes plantées à la va-vite. L'agitation était générale ; tous les shinobi semblaient sur le qui-vive. Les sandales avaient été remplacées par des chaussures fermées et les combattants avaient improvisé des voiles semblables aux chèches des Suna-nins – une vaine tentative de repousser les moustiques, devina Sakura.
Le plus frappant, songea-t-elle en suivant sa guide, était le silence. Il y avait des sons, bien sûr, le bruit des pas dans la boue collante, des conversations murmurées et des armes qu'on aiguise, mais elle sentait comme une coupure entre la taille du camp – on n'en voyait pas le bout – et le faible volume sonore. Personne ne parlait à voix haute. Un bruit inquiétant amenait toutes les mains vers les poches d'armes. Ses cheveux roses, qui attiraient déjà les regards en temps normal, semblaient être devenus un véritable aimant : dans leur état de nervosité, tous les shinobi remarquaient son passage. Ils étaient nombreux à hocher la tête dans sa direction –les Konoha-nins, bien sûr, mais aussi beaucoup d'autres qu'elle n'avait jamais vus.
La Sakura du passé aurait été ravie de tant d'attention. Celle de maintenant n'était vraiment pas sûre d'aimer ça.
Les shinobi s'étaient naturellement regroupés par villages. Il n'était cependant pas rare de croiser des tentes aux motifs différents rapprochées pour former un cercle, et dans les groupes qui discutaient d'arrache-pied, les bandeaux frontaux variaient. Qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs, les ninjas restaient avant tout des ninjas.
Quand elles y pénétrèrent, Sakura comprit tout de suite pourquoi ce quartier était connu comme celui des jinchûriki. Les shinobi qui parcouraient les allées dégageaient bien plus de chakra que les Chûnins de bas niveau qui constituaient le gros de leurs forces. C'était un choix logique : les Jinchûriki étaient des pièces clés dans cette guerre et on n'avait visiblement pas lésiné sur les gardes du corps chargés de leur protection. Le premier qui tenterait de s'infiltrer dans une zone d'aussi haut niveau finirait en charpie avant d'avoir fait trois mètres, Sakura n'en doutait pas. Elles avaient à peine fait dix pas que plusieurs Jounins convergeaient vers elles pour exiger divers papiers et procéder à des vérifications d'identité. Si elle n'avait pas été aussi nerveuse, Sakura aurait souri en les laissant poser un sceau en spirale sur son bras : Naruto l'avait mis au point lui-même et lui avait transmis confidentiellement le moyen de le leurrer.
- Voici la tente d'Uzumaki-sama.
- Merci, Kichû-san. Vous pouvez y aller ; je saurai retrouver mon chemin.
La tente était presque aussi grande que celle du commandant. Assise contre l'un des poteaux, une grenouille montait la garde. Même sans sa présence, Sakura aurait su que son meilleur ami se trouvait à l'intérieur : Naruto n'avait jamais été capable de masquer son prodigieux chakra.
Alors, réunissant son courage, la Jounin avala sa salive et entra.
Il était là. Assis en tailleur, des manuels de Fuinjutsu éparpillés autour de lui – les seuls livres qu'il acceptait de lire –, Naruto traçait de la pointe d'un kunai des formes ésotériques dans la terre.
- Rah, non, pas comme ça ! Il faut plus de…
- Naruto.
Le garçon fut sur pied en une fraction de seconde.
- Sakura-chan ! Sakura-chan, tu es a… !
Sakura put voir sur son visage le moment exact où il se rappela de Sasuke.
- … Tu es arrivée, reprit-il maladroitement.
Elle dut se mordre la lèvre pour ne pas réagir quand il la fixa de ses yeux si bleus. La confiance trahie, l'incompréhension… Elle ne supportait pas de les voir dans son regard à lui. Parce que c'était Naruto, bon sang, son frère de cœur – alors pourquoi la regardait-il comme s'il ne l'avait jamais vue ?
Plusieurs secondes s'écoulèrent. Les manuels abandonnés reposaient mollement sur le sol.
- Pourquoi ? finit-il par demander.
Parlait-il de Sasuke ou de l'épidémie qui se répandait ? Peu importe. Il n'y avait qu'une seule réponse.
- Pour Konoha.
Le visage de Naruto s'anima soudain.
- N'importe quoi ! C'est pas ça, la volonté du Feu ! Tu… tu as agi comme Danzô !
Sakura tressaillit. Alors il voulait en parler tout de suite – elle n'était pas surprise : Naruto n'était pas du genre à tourner autour du pot. Elle avait fait de son mieux pour chasser ses doutes, mais… n'avait-il pas raison ? N'avait-elle pas songé plus d'une fois, dans le secret de ses pensées, que Danzô avait parfois eu raison ?
- Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? demanda-t-elle avec désespoir. Il n'y avait pas d'autre solution !
- Il y a toujours une autre solution, Sakura-chan ! On aurait pu le convaincre !
Sasuke ou Madara ?
- Il aurait pu revenir !
Sasuke, bien sûr. C'était toujours Sasuke – depuis le début, tout avait toujours tourné autour de lui.
- Il nous a quittés, Naruto, gronda-t-elle en refoulant ses larmes. Nous lui avons tout donné et il est juste… parti. Est-ce que tu ne lui en as jamais voulu ? Il nous a jetés par la fenêtre comme des vêtements sales dès qu'Orochimaru lui a offert plus de pouvoir !
- C'était quand même Sasuke, il appartenait à l'équipe Sept–
- JE SAIS ! Je sais qu'il était l'un des nôtres et je… j'étais amoureuse de lui ! Mais il a essayé de nous tuer – par les Kami, il a failli réussir à me tuer ! Il a rejoint nos ennemis, il a appris la vérité et après ça, il a quand même voulu détruire Konoha ! Bon sang, Naruto, il aurait tué son propre frère si je n'avais pas protégé Itachi ! Il était… Ce n'était plus notre Sasuke. C'était le Sasuke de Madara.
- On aurait pu le sauver, murmura Naruto avec une conviction obstinée.
- Peut-être, soupira son amie. Mais gagner la guerre et sauver Sasuke en même temps ? Alors qu'il combattait pour nos ennemis ? On n'aurait pas pu.
Elle était en train de lui briser le cœur. L'équipe Sept était la famille qu'il n'avait jamais eue et elle lui annonçait que quoi qu'il fasse, il n'aurait jamais pu sauver leur brebis égarée.
Mais que pouvait-elle faire ? Mentir, prendre la faute sur elle, dire que oh, bien sûr qu'il y avait encore un espoir pour Sasuke ! Non, ce n'est pas comme s'il était complètement fou !
Naruto serait bientôt Hokage. Il devait impérativement grandir : le rôle qu'il allait endosser n'autorisait pas les illusions. Alors Sakura poursuivit, même si elle avait l'impression qu'un kunai lui fouaillait le cœur :
- Il le fallait. Si le Sasuke de notre époque avait vu ce qu'il allait devenir, je suis sûre qu'il aurait été d'accord.
Le pire, songea-t-elle en serrant les poings, était qu'elle ne mentait pas. Sasuke avait toujours été torturé par ses démons mais c'était aussi un garçon bien, avant qu'Orochimaru ne le corrompe. Il n'aurait pas voulu devenir ce monstre à visage d'homme que la vie avait fait de lui.
- Tu aurais pu me le dire.
- Bien sûr que non. Si je t'avais parlé du plan, tu aurais tout fait pour me convaincre de renoncer.
- Bon, d'accord, mais quand même, Sakura-chan…
- C'était lui ou Itachi, l'interrompit-elle doucement. Sans les yeux de Sasuke, Itachi serait mort. Est-ce que tu aurais été prêt à le condamner à mort pour sauver un… un ennemi ?
- J'aurais sauvé les deux !
- Non, Naruto. Je suis médecin et je te dis que c'était le seul remède à la maladie d'Itachi. Voilà les choix qu'un Hokage doit faire.
Il savait qu'elle avait raison. Naruto n'était pas stupide, malgré les apparences. Mais il avait toujours espéré pouvoir faire les choses différemment – son but dans la vie, il le lui avait révélé après une soirée un peu trop alcoolisé, était de devenir suffisamment fort pour sauver tout le monde et ne plus jamais avoir à choisir. Et la plupart du temps, cet imbécile heureux béni des dieux y parvenait.
Sauf que quand il n'y arrivait pas… au lieu de se dire que c'était la vie, comme n'importe quel shinobi, il considérait que c'était sa faute à lui – comme Sakura quand elle ne parvenait pas à sauver un patient. Il devenait alors un double de Lee, s'entraînant comme un fanatique jusqu'à avoir expié cette faute qui n'était pas de son fait.
Sakura n'aurait jamais dénigré sa Shishou, mais elle était réaliste : Naruto pouvait battre n'importe quel Konoha-nin en combat singulier, y compris la Cinquième Hokage. Quel dommage, se dit-elle en le regardant se mordre la lèvre jusqu'au sang, qu'il ne puisse pas affronter ses démons aussi efficacement…
- C'est fait, Naruto. Sasuke-kun… Sasuke est mort et Itachi est vivant. Kusagakure est libre, la Terre a capitulé et Madara se montrera bientôt.
- Justement, Sakura-chan ! C'est quoi, cette histoire de maladie ? J'ai pas voulu y croire au début mais Iwa n'aurait jamais capitulé !
Oh dieux tout-puissants, il y avait ça. Sakura sentit une nausée familière la reprendre. Des femmes, des enfants, des innocents empilés dans des fosses communes… Tout ça pour parvenir jusqu'à un seul homme : Uchiha Madara.
- Et ne me dis pas qu'il le fallait ! continua son meilleur ami.
- Il n'y a rien d'autre à dire, répliqua Sakura en détournant la tête.
- Comment… Sakura-chan, il paraît que ce sont des civils qui meurent !
- Qu'est-ce que tu aurais fait, toi ?! s'exclama-t-elle avec la colère née de sa culpabilité.
- Tout mais pas ça ! Pourquoi on n'a pas envoyé des gens après Madara ? Ou bien pour convaincre la Terre qu'il est dangereux ? Maintenant, ils vont nous détester !
- Le temps qu'ils retrouvent une population assez importante pour être dangereux, ça fera des années qu'ils auront oublié leurs rancœurs.
- Et alors ? C'était des gens, Sakura-chan ! De vrais gens avec des vies, des familles, des rêves ! Ils étaient comme nous !
- C'était le seul moyen de sauver Konoha !
- Konoha sans la Volonté du Feu n'est pas Konoha ! Vous avez agi comme Danzô ! Est-ce que tu ne te sens pas coupable ?
Sakura sentit une larme lui couler sur la joue, puis une deuxième, jusqu'à ce qu'un sanglot secoue sa poitrine et qu'elle perde le compte.
- Bien sûr que si ! Mais c'était la meilleure solution sur le long terme et… et j'aurais voulu qu'il en soit autrement mais nous n'étions pas assez nombreux, Naruto, on aurait été exterminés ! Madara aurait gagné et je ne sais pas ce qu'il compte faire, mais tu imagines vraiment que les civils auraient été plus heureux sous son règne ?
- Si on massacre tout le monde pour gagner, on ne vaut pas mieux que lui !
- C'était massacrer une partie de la population et gagner ou ne massacrer personne, perdre et laisser Madara massacrer tout le monde, Naruto ! On n'avait pas d'autre choix !
- On peut toujours créer un autre choix !
- Alors qu'est-ce que tu aurais fait ?! hurla-t-elle entre ses larmes.
Il ne répondit pas. Là était le nœud du problème, n'est-ce pas ? Il y avait peut-être une solution miraculeuse qui aurait permis de gagner la guerre sans sacrifice, mais Sakura ne la connaissait pas… et de toute évidence, Naruto non plus.
- Il n'y avait pas d'autre solution, martela-t-elle. Maintenant, c'est à nous de régler ça une fois pour toutes et d'annihiler Uchiha Madara. Après ça… Tu deviendras Hokage.
- Mais Baa-chan… Ah.
Non, Naruto n'était pas un idiot, et il savait très bien qu'il ne serait pas le seul à réagir avec horreur face à un génocide planifié. La population de Konoha allait réaliser l'horreur du génocide orchestré par Tsunade, ce n'était qu'une question de temps.
- Je n'autoriserai jamais un truc pareil quand je serai Hokage, insista Naruto.
- Je sais, dit Sakura avec un pauvre sourire.
- Quand est-ce que vous allez donner le remède à la Terre ?
Elle sentit une sueur froide lui couler dans le dos.
- Le… le remède ?
- Me prends pas pour un idiot, Sakura-chan, vous avez forcément un remède. Maintenant qu'ils ont capitulé, vous leur avez envoyé, hein ?
Sakura ne répondit pas. Non, bien sûr que non, elles n'avaient pas donné le remède à la Terre. Tout le monde savait que Konoha avait mis au point ce virus mais si la Feuille sortait comme par magie un remède de sa manche, ce serait l'équivalent d'un aveu à la face du monde.
L'unique moyen de survivre aux prochaines années était de détruire leurs ennemis, de les frapper si fort qu'il leur faudrait des générations pour s'en remettre. D'ici là, qui se soucierait de ce qu'avait fait le pays du Feu deux ou trois siècles plus tôt ? Ce ne serait que des légendes déplaisantes. On préférerait se souvenir du règne du Sixième Hokage, le grand Uzumaki Naruto…
Tel était, du moins, le plan de Tsunade, si ce même Naruto ne le fichait pas en l'air.
- … Vous leur avez donné le remède, pas vrai ?
Elle ne répondit pas.
- Sakura-chan. Dis-moi que vous n'êtes pas en train de laisser des gens mourir alors que vous pouvez les soigner.
Sakura sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes.
Une expression horrifiée prit possession du visage de Naruto.
- Non ! Il faut les aider ! Ce sont des civils, merde, Sakura ! Tsunade-baachan est la meilleure médic du monde ! Vous ne pouvez pas les laisser mourir ! Sakura-chan, dis-moi que vous allez leur envoyer le remède !
- Pas avant d'avoir tué Madara, mentit Sakura en serrant les dents.
Je suis tellement tellement tellement désolée
- Maintenant ! insista Naruto. Comment est-ce que…
Et, avec un soulagement répugnant, Sakura entendit quelqu'un entrer dans la tente derrière elle.
- Madara a été aperçu, Naruto-sama. Les éclaireurs nous ont avertis qu'une troupe de Kiri-nins approchait, vous devez immédiatement rejoindre B-sama…
Naruto fonça immédiatement à la recherche de l'autre jinchûriki, non sans poser sur Sakura un regard qui disait On en reparlera.
Sakura essuya rageusement ses larmes et se précipita vers la tente de commandement.
Un chapitre court aujourd'hui. Le dialogue de Naruto et Sakura a été très difficile à écrire et je n'en suis pas entièrement satisfaite, mais je voulais absolument publier le chapitre ce samedi.
J'espère avoir bien rendu la fébrilité du camp de l'Eau, très différente du camp de l'Herbe.
On se revoit dans quelques jours pour le chapitre 23. Au programme : la guerre, l'arrivée d'Itachi et OUI ! La Bataille Finale se profile à l'horizon ! Mais n'ayez crainte, ce ne sera pas la fin de cette fiction, même si on s'en rapproche.
