Coucou mes chers petits rôdeurs,
C'est le cœur lourd que je vous poste ce chapitre, qui sera le dernier du premier tome de cette histoire :) Je l'ai fini cet après-midi avec une grosse pointe de nostalgie. Je n'avais pas repris la plume depuis 2014, j'ai passé 4 années très difficiles sur le plan personnel, et me remettre à l'écriture après tout ça a été comme un renouveau, une renaissance ! J'ai fait de superbes rencontres, j'ai renoué avec une passion que je pensais éteinte, et rien que pour ça, je suis heureuse de m'être lancée dans l'écriture de cette fanfic !
Je tiens à remercier chacun d'entre vous, pour vos lectures, vos commentaires, vos réactions, votre enthousiasme, vos encouragements...un très très grand merci à vous toutes de m'avoir soutenue et supportée dans mes délires (Barry quoi mdrrrr). Je n'en reviens toujours pas de l'accueil que j'ai reçu, et encore une fois merci ! Je vous adore !
Bon bref, l'émotive que je suis va se mettre à pleurer...alors je m'arrête là pour ce discours digne d'une remise de prix ptdrrrr
Je vous poste l'épilogue dans la foulée, ainsi que la playlist qui m'a accompagnée !
Bonne lecture mes petits rôdeurs !
Chapitre 25 – Promesse
Une semaine après la visite surprise d'Andrea, je m'éveillai aux côtés de Daryl. Les cauchemars n'avaient de cesse de m'assaillir un peu plus chaque nuit et par conséquent, je commençais à accumuler un nombre incalculable d'heures de sommeil en retard. J'en étais arrivée à un stade où l'épuisement était constant, pesant sur mes épaules comme une chape de plomb sournoise. Mais étrangement, je me sentais bien. Depuis que le chasseur s'était dévoilé, j'étais heureuse. Plus que je ne l'avais jamais été. Enfin, j'envisageai l'avenir avec un semblant d'espoir, ce qui n'était pas rien en période d'Apocalypse.
- Bonjour, murmurai-je dans un bâillement.
Pour toute réponse, il m'embrassa sur le front, ses bras toujours noués autour de mon corps pressé contre le sien. L'inquiétude marquait ses traits crispés. Je n'avais toujours pas répondu à ses sentiments. Et l'espace d'un instant, je m'interrogeai sur les raisons de son anxiété. Avait-il des doutes à mon sujet ? Je ne savais pas trop ce que j'attendais. Je l'aimais. Probablement beaucoup trop d'ailleurs. Néanmoins, j'avais prononcé ces quelques mots trop souvent. Et à chaque fois, les types s'étaient sauvé en courant...enfin, j'exagérais légèrement...quoique, pas tant que ça quand on y pensait sérieusement. Jusqu'à Daryl, ma vie amoureuse avait été une suite de relations toutes plus désastreuses les unes que les autres. Une histoire de karma très certainement. Quelque part, j'avais l'impression de retarder ma déclaration enflammée par peur de le faire fuir. C'était complètement ridicule, j'en avais conscience.
- A quoi tu penses ? demanda-t-il finalement en me voyant me débattre comme toujours avec mes pensées.
- Au karma.
- Au karma ? répéta-t-il, intrigué.
- Ouais...laisses tomber je ne suis pas encore bien réveillée, m'esclaffai-je.
Il s'assit au bord du lit et porta une cigarette à ses lèvres avant de l'allumer. Je détallai silencieusement les cicatrices défigurant son dos avec un pincement au cœur. Nous portions tous les deux les mêmes stigmates. Notre passé d'enfants battus nous avait marqué à vie. La différence, c'était que mon père n'avait laissé aucune empreinte visible sur moi.
Je me glissai derrière l'archer, mes bras autour de son torse et laissai ma tête reposer contre son omoplate en fermant les yeux.
- Comment ça va se passer tu crois, cette rencontre entre Rick et le Gouverneur ?
- J'en sais rien, avec ce type, on peut s'attendre à tout.
Après quelques minutes de silence, il enfila une chemise sans manches, sa veste brodée d'ailes d'ange et ses chaussures.
- Va falloir que j'y aille, dit-il avant de se lever. Rick et Hershel doivent m'attendre.
Je l'imitai avec une grimace de douleur, étirant mes bras au dessus de ma tête. J'attrapai la boîte d'antalgiques dans mon sac. Merde. Elle était vide.
- T'en as plus ? s'inquiéta-t-il en approchant.
- Nan, répliquai-je avec un sourire qui se voulait rassurant. Mais ça va aller, j'ai encore de la pommade.
Bordel de merde. Ça va aller...Je venais de lui sortir le genre de phrase toute faite que je ne supportais pas.
- C'est pas ça qui va t'soulager, grogna-t-il en se rongeant l'ongle du pouce.
- J'peux peut-être demander à Glenn de remettre le générateur en route...pour ce soir, suggérai-je avec un haussement de sourcils évocateur.
Il déglutit, surpris par mon audace, avant de capturer mes lèvres des siennes.
- Fais pas d'conneries aujourd'hui, chuchota-t-il en me serrant contre lui.
- Je vais essayer, souris-je.
Il attrapa son arbalète et se dirigea vers la grille.
- Reviens vite.
Acquiesçant d'un signe de tête, l'archer esquissa un sourire.
- Pour le générateur...ça me va, marmonna-t-il avant de s'éclipser.
Un peu plus tard dans la matinée, je descendis pour ma promenade quotidienne en compagnie de ma lenteur d'escargot, lorsque je croisai J.C dans la salle commune. Occupé à rassembler notre arsenal, ce dernier leva ses grands yeux sombres et son visage s'illumina en me voyant arriver.
- Salut ! lança-t-il en se levant. T'as bien dormi ?
Je me crispai lorsqu'il plaqua une bise sur mon front. Ce mec avait beau être charmant, je devais admettre que sa lourdeur à mon égard devenait pesante.
- C'était quoi ça ? demandai-je un peu plus sèchement que je ne l'aurai souhaité.
- Je voulais juste te dire bonjour, répliqua-t-il en passant une main derrière son crâne rasé.
- En m'embrassant sur le front ? sourcillai-je.
- Ouais...je me suis un peu emballé, grimaça-t-il.
- Un peu, oui, acquiesçai-je.
- Je suis désolé, je sais pas ce qui m'a pris. Je t'ai vu arriver et...c'est que...t'es tellement belle aujourd'hui.
Je m'esclaffai nerveusement en secouant la tête. Que quelqu'un me vienne en aide, songeai-je, tiraillée entre mon envie de me sauver en courant et celle de lui coller ma main dans la figure.
- Aujourd'hui ?
- Nan, pas que aujourd'hui...t'es toujours...
- Dis plus rien...s'il te plaît. Tu me mets super mal à l'aise, m'exclamai-je en m'échappant aussi vite que ma condition me le permettait.
Je retrouvai Merle, adossé au fond de la salle commune près de notre cuisine de fortune. A en juger par son air moqueur, ce dernier se foutait déjà de moi...ça promettait !
- Je ne veux rien entendre, marmonnai-je.
- Tu sais, j'suis sûr qu'il se branle en pensant à toi.
- Ok...je crois que je vais vomir. Mais pourquoi tu me sors ça alors que j'ai même pas encore avalé mon café ?!
- Tu devrais pas parler d'avaler quand il est dans le coin, cingla-t-il en me tendant un bol qu'il remplit de caféine
Je le dévisageai, la bouche grande ouverte, éberluée par sa remarque d'une grossièreté effarante.
- Et fermes la bouche, ajouta-t-il. Du sucre ?
- Non, je le préfère noir. Tu te rends compte que t'es vraiment dégueulasse ? m'assurai-je en m'installant autour de l'une des tables métalliques.
- Depuis quand tu joues les vierges effarouchées Lola chérie ? T'as le dos cassé mais ça t'empêches pas de faire du rodéo, hein ? J'pensais pas qu'il tenait autant la forme mon p'tit frère.
- T'es en manque ? Tu devrais te trouver une copine, raillai-je. Je suis sûre que les cadavres qui pullulent dehors sont pas difficiles en matière de connard misogyne.
Lori nous rejoignit, visiblement de mauvaise humeur et me tendit Judith.
- En parlant de cadavre, marmonna Dixon, m'arrachant un haussement de sourcils outré au passage.
- Tu peux t'en occuper ? Beth n'est pas là et je dois aller aider Maggie au mirador.
- T'es au courant qu'elle doit pas porter de charges lourdes ?
- 4kg c'est pas une charge lourde, rétorqua-t-elle en me collant le nourrisson dans les bras avant de sortir de la salle commune.
Je me tournai vers Merle, tenant le bébé devant moi comme s'il agissait d'une arme bactériologique particulièrement dangereuse.
- Tu m'fais quoi là ?
- Tu veux pas t'en occuper ? suppliai-je. J'ai mal au dos et je suis pas à l'aise avec ces trucs !
- Tu peux toujours courir Casse-Noisette. J'ai mieux à faire ! sourcilla-t-il en quittant la pièce à son tour.
Je plantai mes prunelles émeraudes dans celles d'Ass Kicker avec une moue boudeuse.
- Bon, entre moi qui ne peut pas marcher et toi qui n'a aucune conversation, je sens qu'on va s'éclater toutes les deux.
Elle me répondit par un gazouillis baveux tout à fait charmant, face auquel je ne pus retenir un sourire attendri.
En début d'après-midi, je retrouvai Beth dans la salle commune. Carol était venue me relayer, et par conséquent, ma carrière de baby-sitter s'était arrêtée prématurément. Dieu merci ! J'avais passé la matinée entre les couches, les biberons et les renvois odorants. Aussi adorable soit-elle, je n'étais définitivement pas faite pour ça. Je préférais encore la compagnie lourdingue de J.C. Ceci étant dit, je devais admettre que m'occuper du nourrisson m'avait permis d'échapper pour un temps, à mes tourments.
Le biker latino et Barry discutaient dans un coin, pendant que Lori s'occupait de Carl. Rick, Daryl et Hershel n'étaient toujours pas rentrés de leur rencontre avec le Gouverneur. Nerveux, l'aîné des Dixon tournait comme un lion en cage sous l'œil inquisiteur de Michonne.
- Qu'est-ce-qu'il a ? m'enquis-je en m'asseyant sur les marches en béton.
- Il veut aller au point de rendez-vous pour en finir avec le Gouverneur, déclara Maggie en se laissant tomber à mes côtés.
- Mais Glenn est contre, poursuivit Beth.
- C'est vrai qu'ils sont partis depuis un moment maintenant, constatai-je, les entrailles soudain nouées.
Glenn arriva à son tour et déposa le chalumeau qu'il tenait sur l'une des tables.
- Bon Jackie Chan, tu comptes faire quoi ?! Rester ici à t'tourner les pouces ? attaqua l'ancien junkie.
- Rick nous a dit de ne pas bouger !
- Et alors ? T'obéis aux ordres comme un bon p'tit soldat ?
- C'est pas ce que t'as fait toi, quand ton pote m'a tabassé ?
- Fermes ta gueule le chinetoque ! aboya Merle.
- Je suis coréen, abruti.
- On s'en cogne, c'est pareil !
Après de longues minutes d'une joute verbale des plus plaisante à laquelle j'assistai, blasée, les deux hommes en vinrent aux mains avant d'être séparés par Barry et J.C. Hors de lui, Merle se dégagea de l'emprise du catcheur et se dirigea vers la sortie.
- Si tu veux pas bouger ton cul, c'est ton problème ! J'ai pas besoin de ta permission !
- Rick nous a dit...
- J'en ai rien à branler de ce qu'a dit l'inspecteur de mes couilles ! cingla l'aîné des Dixon en claquant la porte derrière lui.
- Ce connard va tout faire foirer ! s'écria Glenn à mon attention.
Je me levai avec une grimace. Réussir à faire changer d'avis Merle était peine perdue, je le savais d'avance. Et puis, je devais admettre que j'étais moi aussi morte d'inquiétude.
- Je vais aller avec lui, déclarai-je.
- Quoi ?! Pas dans cet état, Daryl me tuerait !
- Tu vois une autre solution peut-être ? Un autre volontaire ?
Je me tournai vers nos compagnons qui s'étaient subitement pris d'une passion dévorante pour les lacets de leurs chaussures.
- Il vaut mieux que je l'accompagne, histoire de temporiser, repris-je à voix basse en reportant mon regard sur Glenn. Il n'écoutera personne de toute façon, alors autant que ce soit moi qui y aille.
- Je sais pas Lola...je le sens vraiment pas sur ce coup là, chuchota mon ami coréen. Mais comment tu fais pour le supporter ?
- Question d'habitude, pouffai-je. Restez-ici, je m'occupe de Merle.
- Ok, abdiqua-t-il, mais si ça tourne mal...
- Je dirai à Daryl que tu n'étais pas d'accord, ça te va ?
- Tu réalises que ce plan est complètement merdique ?
- Parce que tenter une négociation avec le Gouverneur ça l'est pas, peut-être ? m'esclaffai-je.
- Daryl va me tuer, se lamenta Glenn.
- Mais qu'est-ce que vous avez tous à avoir peur de lui ?
- Quand il s'agit de toi, il n'a plus les idées très claires, remarqua-t-il avec un sourire.
- Bon, éludai-je, j'y vais avant qu'il ne pète vraiment un câble.
- Ouais, sois prudente quand même Lola.
J'acquiesçai d'un signe de tête et traînai ma carcasse endolorie à l'extérieur. J'attrapai les clés d'un véhicule et une machette au passage, puis retrouvai l'ancien junkie en train d'essayer de faire démarrer une vieille voiture de patrouille.
- Avec ça, ce pas serait mieux ? lançai-je en secouant bruyamment le trousseau.
- Envoies Casse-Noisette !
- A une condition, je viens avec toi, sourcillai-je. Et c'est non négociable, ajoutai-je en voyant qu'il ouvrait la bouche pour protester.
- Eh bah, ça va être joyeux !
Nous avions pris la route depuis près d'une heure dans une ambiance parfaitement bonne enfant, lorsque le moteur crachota avant d'arrêter de tourner. Je me tournai vers l'aîné des Dixon, les sourcils relevés, une moue faussement aguicheuse collée au visage.
- Ne me dis pas que tu me fais le coup de la panne ?
- Désolé de t'casser dans ton délire Lola chérie, mais les casses couilles dans ton genre c'est pas mon type.
Je m'écroulai de rire face à sa répartie complètement naze.
- Sérieusement, t'as pas trouvé mieux ? Les casses couilles dans ton genre c'est pas mon type, répétai-je dans une parfaite imitation.
- Putain de bordel de merde ! Fais chier ! Putain d'bagnole de merde !
- T'as bouffé Barry pour être aussi poétique ?
- Fermes ta gueule !
- Tu peux toujours courir !
L'ancien junkie sortit du véhicule avec mauvaise humeur, tandis que je m'étirai douloureusement. Après avoir récupéré ma machette sur le siège arrière, j'ouvris ma portière dans un grincement et le rejoignit pendant qu'il farfouillait dans le capot. Je l'observai tripoter tout un tas de machins auquel je ne comprenais rien, pestant et re-pestant contre l'état délabré de l'épave qui nous servait de véhicule.
- Alors ? m'enquis-je après vingt minutes de « putain de bordel de merde, fais chier » récités en alexandrins.
- Alors, on va marcher Lola chérie.
- Tu te souviens que j'ai le dos en miettes ?
- Ça t'pose pas de problème pour t'envoyer en l'air, cingla-t-il.
- Monsieur est de mauvaise humeur à ce que je vois, pouffai-je en lui emboîtant le pas.
- J'crois que j'préférais encore quand tu tirais la tronche !
Nous coupâmes à travers bois, slalomant entre les arbres aussi vite que ma condition nous le permettait. A en juger par l'odeur agréable de décomposition qui flottait dans l'air, un troupeau de rôdeurs devait se trouver à proximité. Merle ralentit le pas, avant de me faire signe de m'arrêter.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- On a de la compagnie, dit-il à voix basse en indiquant d'un signe de tête un groupe d'une dizaine de cadavres à seulement quelques mètres de nous.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demandai-je en m'accroupissant avec une grimace de douleur derrière un buisson.
- T'es pas franchement en état de jouer les amazones, Lola chérie.
- On les contourne ?
- Vous allez plutôt vous retourner en silence et nous suivre bien gentiment, lança une voix derrière nous.
Mon regard croisa celui de Merle et, avant d'avoir pu réagir, un violent coup de crosse s'abattit sur ma tempe, me plongeant dans le noir total.
Derrière mes paupières closes, des éclats de voix. Des hurlements. Une femme. Andrea ?
J'ouvris péniblement les yeux, essayant vaguement de distinguer quelque chose dans l'obscurité, lorsqu'un projecteur s'alluma brusquement face à moi. Éblouie par sa lumière vive, je tentai de me lever, avant de réaliser avec horreur que j'étais attachée sur une chaise métallique, mes poignets noués aux accoudoirs par du fil barbelé. Ok. Là, j'étais vraiment dans la merde.
Pas de panique Lola, songeai-je en me débattant, entaillant un peu plus la peau de mes avants-bras meurtris. Ma respiration s'accéléra sensiblement sous l'effet de la peur qui se répandait lentement dans mes veines. Une silhouette sombre se découpa derrière la clarté aveuglante, pour se rapprocher à pas lent.
- Lola, me salua le Gouverneur, si tu savais comme je suis content de te voir.
Je déglutis tandis qu'un sourire malsain s'étirait sur son visage de premier de la classe. Quoique, avec le bandeau noir qu'il portait à l'œil droit, il me faisait désormais plus penser à Albator qu'à une copie du gendre idéal.
- Ne m'en voulez pas mais...le plaisir n'est pas partagé, tentai-je de plaisanter avant de recevoir un coup de poing dans la mâchoire.
Écœurée par le goût du sang chaud qui s'écoulait dans ma gorge, je jetai un regard circulaire à la pièce, cherchant désespérément un moyen de fuir ce cauchemar.
- Ok...j'en déduis que ça s'est mal passé avec Rick ? demandai-je.
- Je lui ai proposé un accord, éluda-t-il.
- Quel genre d'accord ?
- Ça n'a plus d'importance pour toi.
Mes yeux s'habituèrent peu à peu à la luminosité, détaillant chaque recoin de cet endroit nauséabond. Brutalement, mon cœur manqua un battement lorsque mes prunelles se posèrent sur un corps recroquevillé près de la porte d'entrée.
- Merle ! Merle ! Qu'est-ce-que vous lui avez fait ?! m'écriai-je en me débattant comme une forcenée sur mon siège.
- Rien, il est juste assommé. Je dois reconnaître que je me suis trompé à ton sujet. Quand on vous a trouvé, toi, Andrea et...Michonne, ajouta-t-il avec un rictus sadique, je ne pensais pas que tu serais aussi coriace.
Je le toisai silencieusement, envahie d'une irrépressible envie de vomir lorsqu'il sortit un couteau de chasse de la ceinture de son pantalon.
- Tu as oublié ceci lors de ta dernière visite, déclara-t-il en détaillant la lame de Daryl entre ses doigts. Quand j'ai découvert le cadavre de Marvin, avec ça planté dans le cou, je me suis souvenu que tu portais cette arme avec toi quand on vous a ramené ici toutes les trois.
Son ton menaçant et ses yeux froids n'auguraient rien de bon. Je me tortillais sur ma chaise, tentant d'échapper à la morsure du barbelé sur mes poignets blafards mais à part entailler d'avantage ma chair, je n'arrivai à rien. Le souffle court, je ne cessais de jeter des regards anxieux à Merle.
- Tu sais, Lolita, reprit mon tortionnaire en appuyant chaque syllabe du surnom que me donnait ma sœur, je me suis pas mal interrogé sur le fait que tu aies été en sa possession, alors qu'il aurait dû être dans la vitrine de mon appartement.
Je ne répondis rien, me contentant de le fixer de mes iris émeraudes. Son air suffisant me collait la nausée.
- Et puis, je me suis souvenu de ce que Merle m'avait dit à ton sujet. Qu'il te connaissait. Depuis toujours. Et, tout est devenu encore plus évident quand ce traître a disparu après cette fameuse nuit. C'est lui qui te l'a rendu, affirma-t-il sombrement.
Il s'approcha de moi, me détaillant pensivement de son unique œil. Caressant ses lèvres du bout des doigts, il s'attarda un instant sur la cicatrice que je portais à l'épaule droite.
- Intéressant, murmura-t-il pour lui-même, avant de me poignarder violemment, rouvrant cette ancienne blessure.
Un hurlement de douleur s'échappa de mon larynx alors qu'il retirait la lame couverte d'hémoglobine de ma chair. Ma respiration saccadée se mêla une seconde à l'adrénaline dans mes veines en réalisant que j'allais mourir sous les mains de ce cinglé. Mes yeux se chargèrent de larmes que je refusais de verser. Pas maintenant. Pas devant lui. Mais en pensant à Daryl, mon estomac se contracta furieusement. Ses prunelles tourmentées, ses mains, ses fêlures, son sourire...mon être tout entier souffrait le martyr à l'idée de ne jamais le revoir. Je l'aimais. Et je n'avais pas osé lui dire à cause d'une peur irrationnelle de l'abandon. Putain de merde !
- Ça fait mal, hein ? dit le monstre de Woodbury en attrapant mon menton entre le pouce et l'index. J'ai une mauvaise nouvelle pour toi, ma douce et jolie Lolita.
Je secouai la tête pour échapper à l'emprise répugnante de ses doigts sur ma peau.
- Ce n'est que le début.
- Où est Andrea ? demandai-je entre mes dents sans trop savoir pourquoi.
- Andrea ? Rassures-toi, tu vas bientôt la retrouver. Je t'ai réservé une place de choix, juste à côté de sa jolie petite tête blonde. Mais d'abord, j'ai envie de m'amuser un peu, déclara-t-il d'une voix rauque.
- Vous l'avez tué ? soufflai-je au bord de l'asphyxie.
- Et j'ai pris tout mon temps, sourit-il.
Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine à mesure que le sang s'écoulait de mon épaule. Ignorant les protestations douloureuses de mon dos et de ma peau écorchée, je continuais de me débattre, rejetant de toutes mes forces les visions d'horreur que m'imposait mon esprit torturé en songeant à l'ancienne avocate.
Le Gouverneur me regardait, amusé par ma ténacité. Ce type, engendré par l'Apocalypse, était bien plus monstrueux que les morts-vivants qui erraient dans les rues en quête de viande fraîche. Le tortionnaire approcha son visage à quelques centimètres du mien.
- Je vais m'occuper de toi, et ensuite, j'irai chercher ton amie Michonne.
- Vous serez mort avant d'avoir pu l'approcher, grinçai-je.
Un nouveau sourire s'étira sur ses lèvres écœurantes, puis, avec des gestes cérémonieux, il retira son bandeau pour me fixer de sa pupille crevée en une croix grotesque.
- Je vais d'abord m'occuper de toi, ensuite j'irai voir Rick, ton groupe et je terminerai par elle. Je lui réserve un sort tout particulier, tu peux me croire, murmura-t-il à mon oreille.
Un frisson de dégoût me parcourut l'échine en sentant son souffle mentholé sur moi. Je lui crachai à la figure avant de recevoir un violent coup de poing en retour. Légèrement assommée, je relevai la tête, défiant du regard ce résidu dégénéré d'être humain. Satisfait, il reporta son attention sur l'ancien junkie qui commençait à remuer.
- C'est parfait, jubila le monstre de Woodbury en me frappant à nouveau, pile dans les temps.
- Fous lui la paix, cracha Merle en se mettant péniblement debout.
Très affaibli par son passage à tabac, le visage couvert de bleus, sa chemise noire ouverte sur un marcel blanc tâché d'hémoglobine, l'aîné des Dixon faisait peine à voir.
- La touches pas !
- Elle sera parfaite dans ma collection, répliqua le Gouverneur en éclatant ses phalanges sur l'une de mes pommettes.
- Espèce de merde ! aboya Merle en se jetant sur lui dans un sursaut d'adrénaline.
Il écrasa son poing sur la mâchoire de l'homme au bandeau qui le repoussa violemment contre le mur le plus proche. Son avant bras plaqué durement contre sa gorge, le Gouverneur fit courir la lame de Daryl sur son front avec un rictus malsain. L'ancien junkie tenta de le repousser, sa main valide s'acharnant sur le visage de son adversaire, lorsque celui-ci referma ses dents sur ses doigts. Terrifiée et impuissante, j'assistai à la scène au ralenti. Dans une attitude bestiale parfaitement maîtrisée, le tortionnaire lui arracha une phalange qu'il recracha un peu plus loin. Enragé, Merle ne cessait de se débattre sous les assauts, encaissant les coups, encore et encore, sans broncher. Après de longues minutes d'acharnement, son corps glissa le long du mur pour s'effondrer sur le sol tel un pantin désarticulé.
- En fait, je n'ai pas très envie de la tuer, déclara l'homme au bandeau en s'agenouillant. C'est toi, qui va t'en occuper, ajouta-t-il avant de poignarder son abdomen à plusieurs reprises.
Dans un hoquet de stupeur, l'aînée des Dixon plaqua sa main ensanglantée sur son ventre.
- Noooooon ! hurlai-je à m'en déchirer les cordes vocales.
Les larmes que je retenais désespérément s'écoulèrent sur mes joues tuméfiées, tandis que Merle s'écroulait sur le flanc dans un bruit mat.
- Non...non non non, répétai-je comme une démente.
- Tu vas te vider de ton sang, tu vas mourir et tu vas revenir t'occuper d'elle, reprit le Gouverneur en se relevant. Je vais vous laisser tous les deux, en famille. Et pendant que tu détachera la chair de ses os, je vais aller rendre une petite visite à ce cher Rick.
Je tremblais des pieds à la tête, le souffle court, prise de spasmes incontrôlables tandis que je dévisageai le corps inerte de l'ancien junkie. Mon cerveau avait cessé de fonctionner, refusant d'assimiler ce qui venait de se passer.
- Lola chérie, murmura-t-il faiblement en reprenant connaissance.
- Merle, me lamentai-je entre deux sanglots.
- J'vais t'sortir de là, dit-il en se traînant dans une mare rouge sombre.
Cassée, horrifiée, la vue brouillée par un torrent de larmes, je le regardai ramper jusqu'à moi. Arrivé à ma hauteur, il s'attela à dénouer mes poignets de sa main valide, s'arrachant des lambeaux de chair supplémentaires au passage. Après de longues minutes, je retrouvai enfin ma liberté et me laissai tomber sur le sol à ses côtés. Je me glissai dans son dos, le soutenant de mes bras comme je le pouvais, tandis qu'il suffoquait.
- Faut qu'tu te barres Lola chérie, dit-il dans un râle.
- Je te laisse pas ici, répliquai-je, c'est pas négociable.
- Barres-toi, bordel de merde !
- Putain non, m'écriai-je, butée, en le serrant contre moi, t'es le frère que j'ai jamais eu, m'effondrai-je.
- T'es trop sentimentale Casse-Noisette, cingla-t-il avant de recracher un filet de sang. C'est mort pour moi gamine, on sait tous les deux c'qui va se passer.
- Je te laisse pas, répétai-je catégorique, je reste avec toi, je te laisse pas.
Il se tut un instant, cherchant son souffle à travers sa respiration sifflante.
- Faut qu'tu le fasses Lola chérie, j'veux pas devenir un de ces bouffeurs de barbaque.
- Non, sanglotai-je en secouant la tête.
- Obéis pour une fois dans ta putain de vie, s'esclaffa-t-il douloureusement.
J'agrippai mes cheveux poisseux de mes deux mains, tentant de reprendre mes esprits. Après une profonde inspiration, je me levai difficilement, couverte de sang, de sueur, de terre et titubai jusqu'à un établi dans le fond de la pièce. Je renversai les tiroirs sur le sol dans un fracas métallique, farfouillant parmi les objets en tremblant, avant de renfermer ma main sur un tournevis rouillé. Je retournai auprès de Merle d'un pas chancelant pour m'écrouler derrière lui, mes bras autour de son corps tendu par la douleur.
- Occupes-toi de Daryl.
J'acquiesçai en silence.
- Et promets-moi de buter ce putain de borgne de mes couilles.
- T'as vraiment bouffé Barry ce matin, m'esclaffai-je tristement entre deux sanglots en le serrant un peu plus contre moi.
- Tu m'connais Lola chérie, la poésie c'est pas mon truc.
- Je te le promets, murmurai-je d'une voix brisée que je ne reconnus pas, je te le promets.
Nous restâmes quelques secondes, immobiles, sa respiration s'apaisant à mesure qu'il s'affaissait sur moi.
- Fais le, ordonna-t-il faiblement.
Je fermai les yeux une seconde, me mordant la lèvre inférieure pour retenir un hurlement de détresse.
- Je suis désolée, chuchotai-je avant d'embrasser sa tempe.
Des secondes. Des minutes. Des heures.
Je restai figée, dans la même position, incapable d'esquisser le moindre mouvement, mes mains toujours agrippées à la chemise ensanglantée de Merle, sa tête reposant paisiblement sur mon épaule en charpie. Je ne tremblais plus. Je ne pleurais plus. J'étais éteinte. Brisée. Anesthésiée.
Je fixai d'un regard vide le tournevis imprégné de son sang sur le sol. Je n'entendis pas la porte s'ouvrir. Je ne vis pas mes amis se précipiter sur moi. Je ne distinguai pas le visage de Daryl se tordre dans une grimace de douleur à la vue du corps de son frère.
- Non, m'écriai-je tandis que Barry me soulevait de terre, m'arrachant à la dépouille de l'ancien junkie.
- Lola, tenta de m'apaiser Rick, Lola c'est nous.
- On peut pas le laisser...on doit pas le laisser, hurlai-je, soudain hystérique.
- Je m'occupe d'elle, murmura Daryl en me ceinturant tandis que je me débattais comme une enragée.
Je m'écroulai dans ses bras, martelant son torse de mes poings sans en avoir réellement conscience. Il me serra contre lui, m'écrasant douloureusement la poitrine tandis que je m'époumonai contre le tissus de sa chemise.
- Doucement, chuchota-t-il en larmes à mon oreille, c'est fini...
Je vous laisse découvrir l'épilogue, et on se retrouve prochainement avec le tome 2 !
A très bientôt
