Premiers émois
Bien entendu, j'étais déjà parti en vacances avec mes parents – ou même avec des amis (à ce propos, il faudra que je vous raconte un jour comment Shunkô s'est retrouvé à danser sur une table, déguisé en vahiné – Shunkô, quoi...). Mais là, c'était différent. J'étais avec ma petite-amie et c'était la première fois que nous partions ensemble. En vérité, c'était la première fois que je partais tout court avec une petite-amie.
Ça vous étonne ?Oui, on aurait pu penser qu'avec mes moyens et la durée des trêves, j'aurais amplement eu de quoi emmener mes copines à droite et à gauche pour leur en foutre plein la vue ou profiter tout simplement de la vie. Mais non !
Les vacances et tout autre genre de repos étaient pour moi des choses tellement rares (parce que je le voulais bien, j'en suis conscient), qu'elles en prenaient une saveur particulière que je n'avais pas envie de partager avec des greluches qui ne feraient jamais que traverser mon existence.
*Anja, vous l'avez compris, c'était différent.*
Et à ce propos, en termes de « première », il faut aussi que je vous dise que c'était la première fois que je me retrouvais à courir un marathon en plein cœur d'un parc d'attractions.
Ce que je faisais dans un parc d'attractions ? Bah... On était en vacances, non ? Et qui dit « vacances », dit « détente ».
*Enfin, tout étant relatif, car j'ai rapidement découvert qu'Anja avait une notion très personnelle de la détente…*
On avait préparé une espèce de planning pour mieux profiter de notre séjour en Espagne. Et sans parler de concessions, nous avions davantage sélectionné à l'avance des endroits à visiter pour ne pas perdre de temps.
Là, pour le coup, c'était plutôt un choix d'Anja (je lui avais évidemment laissé choisir notre lieu d'atterrissage). Ensuite viendrait le mien : la visite du Camp Nou.
*Quoi ?! Une remarque à faire, peut-être ?!*
Seulement voilà, pour une raison que je ne parvenais pas à m'expliquer - à moins qu'elle n'ait vraiment été inquiète quant à un manque d'entraînement et souhaitait y pallier à sa façon - il était impossible à ma chère et tendre de faire plus de dix mètres sans se mettre à courir dans tous les sens !
*A croire qu'elle suivait la mascotte du parc pour lui demander un autographe…*
En plus, moi, vous vous en doutez : je n'étais pas spécialement parti en vacances pour découvrir un autre pays...
*Ben non ! Comme si avec toutes les compétitions internationales que nous disputions, je n'avais pas déjà fait trois fois le tour de la Terre !*
… mais plutôt pour passer du temps avec Anja et...et... Quoi, encore ? Z'avez fini ne me gratifier de ce petit sourire éloquent dès que je parle de nous deux ?! C'est bon, quoi ! Ça faisait plus d'un mois qu'on sortait ensemble et franchement, depuis, j'avais fait plus que montrer patte blanche et (comment, elle avait dit, déjà, ma mère ?) prouver à Anja que je pouvais ne pas être comme j'avais toujours été !
- Oh ! Hé ! Stooop !, ai-je fini par lancer en m'asseyant d'autorité sur le premier banc libre, terrassé par un point de côté.
Vous imaginez un peu le rythme qu'elle m'imposait, cette sauvage, pour que je finisse par avoir un point de côté ? Je n'en avais pas eu un seul de toute la saison !
- Qu'est-ce qu'il y a ?, m'a aussitôt demandé Anja en affichant un air poliment étonné.
- Comment ça, « qu'est-ce qu'il y a » ? T'as oublié qu'on était en vacances, ou quoi ?!
Et là, son haussement de sourcils expressif laissant à penser qu'elle me trouvait excessif dans ma réaction, m'a quelque peu agacé.
- On reste deux jours, Anja, ai-je alors insisté. Deux jours ! Il est donc tout à fait inutile d'avoir testé toutes les attractions au bout de la première demi-heure !
- Mais dis donc..., a-t-elle souri en s'asseyant à mes côtés – m'agaçant un peu plus. C'est que tu pourrais être râleur, quand tu t'y mets... Hein, mon p'tit vieux ?
De quoi ?
- Tu sais ce qu'il te dit, « le p'tit vieux » ?, ai-je répliqué avec un rictus féroce – qui ne l'a pas le moins du monde impressionnée.
- Oui : qu'il a un point de côté et qu'il ne sait pas maîtriser sa respiration quand il court, a-t-elle plaisanté.
J'ai failli m'étouffer. Me dire ça à moi ! À moi !
*Oui : à moi !*
Moi qui étais un sportif professionnel qui passait son temps à courir après un ballon !
*Oui, je sais que dit comme ça, ça renvoie l'image du chienchien à sa mémère qui court après sa bababalle ! Mais bon... Bref !*
- J'te signale que question endurance, j'te mets la pile quand tu veux, ai-je rétorqué, toujours très aimable.
- Mais je le sais…, a fini par reconnaître Anja en posant sa tête sur mon épaule, nous accordant ainsi notre premier moment de tendresse.
Et tout ça, à la barbe de badauds qui défilaient devant nous, leurs nez plongés dans le dépliant du parc, sans se douter une seule seconde de qui j'étais. Pour ça, ça a du bon l'affluence.
- Excuse-moi, a ajouté doucement Anja. C'est plus fort que moi : dès que je suis dans un parc d'attractions, je ne tiens plus en place et suis toute excitée.
- Oh… ?
C'est sorti tout seul… avant que je ne pense très fort : « Si j'avais su, je t'aurais emmenée dans un parc d'attractions plus tôt ! ».
Mouais… J'ai même dû le penser un peu trop fort, car j'ai tout à coup vu Anja se figer et virer au cramoisi en une fraction de seconde. Elle s'est ensuite tournée vers moi avec appréhension, affichant un petit sourire d'excuse tout à fait adorable.
*Bigre ! Les voyants étaient-ils enfin passés au vert ?*
Grand prince (et pas fou), je n'en ai pas rajouté et me suis contenté de l'attirer délicatement contre moi en lui posant un bisou sur la joue. Gênée, elle a caché son visage dans mon cou et n'a plus bougé durant de longues minutes.
Ben vous savez quoi ? J'avais beau avoir compris qu'on était désormais sur la même longueur d'ondes, ça ne m'a absolument pas procuré les mêmes sensations que d'habitude. Alors que tout m'avait semblé classique jusqu'à présent, j'ai brusquement ressenti comme un stress. C'coup-là, assurément, fallait pas que je le foire – et je ne fais pas ici référence à quelques exploits de sport en chambre graveleusement colportés d'une greluche à l'autre et qu'il m'aurait fallu confirmer pour ne pas perdre la face !
Non…
J'étais le premier grand Amour d'Anja (et comptais bien être le seul) et rien que pour cela, je devais me comporter comme tel.
*'tain ! Voilà que je me foutais la pression, maintenant !*
Ainsi, l'ambiance est soudainement devenue plus calme, plus silencieuse aussi. On est restés un petit moment dans notre bulle, puis lorsque nous en sommes sortis… Anja est repartie au triple galop dans tous les sens !
*Finalement, chacun à sa façon, nous étions tous les deux irrécupérables.*
Bah… Au moins, on aura profité du parc toute la journée, jusqu'à sa fermeture, sans se poser de questions. Mais lorsque la soirée est arrivée, d'autres sentiments en ont fait de même…
Je l'aimais. Plus fort que tout je l'aimais. Pour être tout à fait franc, ça me paraissait même complètement fou d'être justement fou amoureux de quelqu'un, comme ça. Et si j'avais pu avoir le moindre doute quant aux sentiments plus ou moins intenses éprouvés pour l'une de mes conquêtes…
*Je vous rassure – ou pas – de suite, c'est une chose qui ne m'est jamais arrivée !*
… lorsque nous nous sommes retrouvés, seuls, juste elle et moi dans la pénombre de notre chambre, il ne faisait aucun doute que je n'avais jamais été amoureux.
J'étais alors plus grand et plus gaillard qu'elle. Mais ce n'est pas pour ces raisons que je l'ai sentie si fragile. Presque fébrile… Ma première fois… Je ne m'en souvenais même pas - et entre nous, ce n'est pas ce qui m'a intéressé à ce moment-là. J'espérais simplement que tout aille. Qu'au pire, on ait un ou deux fou-rires nerveux bien mal placés comme ça arrive parfois, mais surtout, qu'elle soit bien. Qu'elle se sente bien auprès de moi…
Alors ça a commencé par un premier bisou, puis un second, puis un troisième. Puis des caresses légères et malhabiles qui partirent explorer nos corps avant que nos vêtements, lentement et un à un, ne tombent.
Je sentais son souffle sur ma peau. Si chaud, si rapide, si émotionné.
*Si, si, il existe, ce mot.*
Je l'ai prise dans mes bras et elle s'est laissée faire. Là, c'est mon cœur qui a failli exploser.
Elle avait la peau douce. Si douce… Soudain, un frisson l'a faite tressaillir.
*A moins que ce ne soit une partie de mon anatomie qui l'ait fait réagir lorsque nous nous sommes retrouvés très très près l'un de l'autre…*
Elle s'est blottie contre moi et a respiré profondément. Son regard brillant s'est ensuite levé vers moi, puis, bravant cette peur de l'inconnu, elle m'a embrassé langoureusement. Je l'ai alors soulevée dans mes bras, l'ai déposée délicatement sur le lit et… et…
Et la suite ne vous regarde pas !
*C'est pas une interview pour un journal érotique, que je sache ! Alors un peu de pudeur, s'vous plaît !
… Non mais oh !*
La dernière chose que je puis vous dire à ce sujet, c'est qu'il n'y a rien de plus beau que de faire l'amour avec la personne que l'on aime.
*Bizarre ? Pourquoi trouvez-vous bizarre de dire cela ? Ne suis-je pas un exemple flagrant que l'on puisse faire l'un sans l'autre ? Pff… Et si vous pensez que je suis un cas à part, malheureusement, vous vous trompez.*
Avec Anja, j'étais heureux. Et même plus que ça : j'étais comblé. Pour la première fois de ma vie, je ressentais une plénitude qui ne me quittait plus. Ce n'était pas comme après une victoire où l'on se retrouve dans un état d'euphorie intense et passagère. Là, cet état durait. C'était comme si j'avais atteint un autre stade de maturité émotionnelle ou intellectuelle (ou un peu ce que vous voulez). En tout cas, ça ne m'a plus quitté et j'espérais du fond du cœur qu'Anja se sentait aussi bien que moi.
Et voilà ! Un p'tit tour du côté du Camp Nou par-dessus tout ça et nos premières vacances furent une vraie réussite.
Qui a dit que j'étais désespérant ?
… Parce que cette personne aurait presque raison…
Pourquoi ce soupir ? Parce que si je ne vous mens pas en vous disant que ces vacances auront été pour moi merveilleuses, je ne vous mens pas non-plus en vous disant qu'une fois rentré en Allemagne, la dure réalité de la vie allait cruellement se rappeler à mon bon souvenir et que très bientôt, j'allais vivre les moments les plus pénibles de mon existence…
Commentaire :
Bon week-end et rendez-vous pour la suite ^^ !
