Chapitre 24 : Le Noël de l'orpheline.

Dans une pièce peu chaleureuse, dans le coin le plus sombre, se dressait un arbre de Noël pitoyable. Beaucoup de jeunes personnes se trouvaient dans cette pièce. La plupart avaient l'air sinistre.

Sur le seuil de la porte de cette pièce se tenait une petite fille. Elle se tenait là, timide, à regarder cet arbre de Noël qui avait eu, avant, une place importante dans sa vie…

Les autres enfants, qui s'affairaient dans la pièce, ne l'avaient pas remarquée. Mais qui donc pourrait remarquer cette petite fille aux yeux rougis et aux cheveux décoiffés qui serrait dans ses bras une vieille peluche mangée aux mites ?

Soudain, un garçon d'une douzaine d'années, au visage dur, passa derrière la fillette en la bousculant violemment. Elle fut plaquée contre le chambranle de la porte sous les rires des autres garçons qui suivaient le premier.

- Alors, l'Amnésique, on ne dit pas pardon ? se moqua le garçon qui l'avait bousculée. T'as oublié les bonnes manières ?

Et il éclata de rire, suivit de ses compagnons, sous les yeux effrayés de la fillette. Cela ne faisait que quelques mois qu'elle était là et depuis, ce garçon l'ennuyait tout le temps.

Un des garçons de sa bande avisa sa peluche et le lui arracha de ses petites mains tremblantes.

- Et bien, qu'est-ce qu'on a là ?

- Rends-le-moi ! s'écria la fillette. C'est le mien !

- Tiens, fit le garçon au visage dur, elle n'a pas oublié comment on fait pour parler !

- Rends-le-moi !

- Non, je n'en ai pas du tout envie !

Les yeux de la fillette s'emplirent de larmes. Elle regarda celui qui avait pris sa peluche avec insistance. Soudain, celui-ci poussa un cri de douleur en posant ses mains sur son nez, laissant choir la peluche…

Toc ! Toc ! Toc !

Mentha revint à la réalité et redressa la tête, quittant sa photo du regard. Photo qu'elle fixait tout en se souvenant.

- Entrez ! dit-elle.

La porte du bureau s'ouvrit sur Severus Rogue. Mentha se leva.

- Oh, bonjour, Severus… dit-elle.

- Bonjour ? Je crois qu'il faudrait plutôt dire "bonsoir", remarqua Rogue en regardant par la fenêtre.

Mentha suivit son regard et vit que le ciel était sombre. Elle regarda ensuite son horloge qui indiquait 18h54.

- En effet… dit-elle en soupirant.

- J'étais venu pour vous dire que le dîner de Noël est sur le point de commencer. Et comme vous ne veniez pas, j'ai décidé de venir voir si tout allait bien. (Rogue, philanthrope ? Wouah)

- Tout va bien, merci Severus, assura la jeune femme. J'étais juste perdue dans mes pensées, ajouta-t-elle en regardant la photo qu'elle fixait quelques minutes auparavant.

- J'ai été surpris d'apprendre que vous restiez ici. J'ai pensé que vous fêteriez plutôt les fêtes avec vos parents.

La jeune femme sourit tristement.

- Oh ! C'est ce que j'aurais fait…

Mentha remarqua qu'il regardait l'arrière du cadre de sa photo. Elle prit le cadre en question et observa la photo immobile.

- C'est la photo de mon orphelinat, en France…

- Orphelinat ? s'étonna Severus.

- Oui. J'ai perdu mes parents lorsque j'étais enfant… et on m'a placé dans cet horrible endroit !

Elle lui tendit le cadre. Il le prit et le regarda. C'était une photo moldue qui représentait un sapin de Noël miteux devant lequel se tenait une trentaine d'enfants.

- Où êtes-vous ? s'enquit Severus.

- Oh ! Ne cherchez pas, vous ne me trouverez pas. Gary Calladwer s'est mis devant moi…

Il lui rendit le cadre.

- J'ai passé les pires années de ma vie, là-bas ! Mais, allez savoir pourquoi, je n'arrive pas à me séparer de cette photo…

Elle poussa un long soupir.

- Je suis arrivée là-bas à huit ans. Etant donné que mes parents sont morts dans des circonstances… disons, magiques, j'ai dû dire que je ne me souvenais de rien… ce qui m'a valu le surnom d'Amnésique… alors que tout était très clair dans ma tête…

- Pourquoi me racontez-vous cela ? demanda Rogue.

- Je n'en sais rien, à vrai dire, répondit Mentha. Je suppose qu'un jour ou l'autre, tout doit sortir. Je n'en ai jamais parlé à personne, sauf à mon meilleur ami…

- Celui qui vous aidait en potions ?

- Celui-là même. Je sais qu'il n'a jamais trahi mon secret… puisse-t-il reposer en paix…

Elle ferma les yeux quelques instants puis les rouvrit et sourit à Rogue.

- Allons dîner ! Ne faisons pas attendre les autres.

Quelques minutes plus tard, Rogue et Mentha entrèrent dans la Grande salle et s'installèrent à la seule table, dressée au centre de la pièce. Dumbledore était déjà assis en compagnie de McGonagall, Flitwick, Chourave et Runick. Une petite vingtaine d'élèves étaient présents, seulement.

Une fois le repas terminé, ils firent exploser des Pétards Surprises. Mentha se retrouva coiffée d'un chapeau Napoléon. Dumbledore avait eu un chapeau rouge bordé de fourrure blanche : un chapeau de père Noël. Et lorsqu'il le coiffa, il fit vraiment penser au distributeur de cadeaux.

- Souriant, Dumbledore tendit l'extrémité d'un gros pétard à un élève de troisième année de Serdaigle.

- A votre tour, Willem, annonça Dumbledore.

Mentha regarda le jeune garçon aux cheveux marron et un autre souvenir lui revint à la mémoire…

C'était il y a trois ans, la veille de Noël. Il neigeait. Elle était en compagnie d'autres Aurors.

- Quelle idée de nous faire travailler le jour de la veille de Noël ! maugréa un des Aurors.

- Allons, Justin, ne râlez pas ! s'exclama Mentha. C'est la veille de Noël pour nous aussi !

Ledit Justin grogna.

- On est sûr qu'il va venir ici, n'est-ce pas ? demanda la jeune femme à un autre Auror.

- C'est plus que probable, répondit celui-ci. Mais nous avons quand même fait garder le manoir des Bleuberry, au cas où…

- C'est une bonne initiative, dit un autre Auror.

Celui qui venait de parler avait les cheveux marron et les yeux sombres. Les quatre Aurors étaient arrivés devant un manoir d'aspect sinistre.

- C'est là-dedans que vivent les Godstein ? s'enquit l'homme aux cheveux marron.

- Oui, répondit Mentha. Ne fais pas cette tête, Willem, c'est un très bel endroit quand il fait jour et sans la neige !

- Si tu le dis…

Mais il ne semblait pas du tout convaincu.

- Bon ! fit le plus âgé des Aurors. Chacun sait ce qu'il a à faire ! La lune ne pas tarder à se lever. Restez sur vos gardes, il se peut très bien que Greyback ne vienne pas seul !

Les trois autres hochèrent la tête.

- Bien ! Chacun prend sa position.

Sur ce, il partit prendre sa place. Justin partit aussi.

- Et bien, Willem ? dit Mentha. Tu ne vas pas prendre ta position ?

- Sois très prudente, Mentha, dit Willem. La dernière fois, il t'a griffée, il pourrait très bien te mordre, cette fois…

D'un geste involontaire, elle porta sa main gauche à son avant-bras droit.

- Ne t'en fais pas Willem, je serai prudente ! Promis !

- T'as intérêt ! fit-il, réprobateur. La prochaine fois, nous arriverons peut-être trop tard !

- Allons, Grand Frère, je ne suis pas une idiote : je ne fais jamais deux fois la même erreur !

Willem sourit et lui embrassa le front. Il savait qu'elle avait employé son surnom pour le calmer.

- Sois prudente, Petite Sœur, dit-il, un peu inquiet.

- Ne t'en fais pas. Et toi aussi, sois prudent !

- Bien sûr ! Tu oublies que dans trois semaines, je vais devenir papa ! Elle naîtra peut-être le même jour que moi…

- Et que mon père, dit Mentha en souriant. J'ai toujours dit qu'on était destiné à se rencontrer vu que tu es né le même jour que mon père !

Willem sourit.

- Alors, tu veux toujours pas savoir si c'est une fille ou un garçon ? demanda Mentha.

- Non, je préfère attendre.

- Mais Cinthya, elle, elle sait…

- Je sais, mais je préfère attendre quand même, insista Willem.

Au moment où Mentha allait répondre quelque chose, l'Auror qui dirigeait les opérations apparut au coin de la maison.

- Kirke ! Vous n'êtes pas là pour bavarder, mais pour surveiller l'aile ouest de la maison !

Willem sourit à Mentha et partit. Mentha se retrouva seule. Elle regarda la lune se lever avec appréhension. La lune était pleine, donnant une belle couleur argentée à la neige. Il avait arrêté de neiger, le ciel n'était pas nuageux. Le cœur palpitant, Mentha sortit sa baguette magique et se tint prête à tout moment.

Elle se mit alors à penser à Willem qui était son meilleur ami depuis les onze dernières années. Ils étaient inséparables ; si bien qu'ils s'appelaient Grand Frère et petite Sœur entre eux. Willem avait même désigné Mentha pour être la marraine de son enfant qui allait bientôt naître.

Soudain, elle entendit des hurlements de loups-garous. Elle se sentit glacée. D'après les hurlements autour du manoir, ils étaient au nombre de trois. Elle vit une ombre dépasser la maison pour aller vers l'arrière du manoir. Elle s'apprêtait à le poursuivre quand elle vit un autre loup-garou foncer sur elle. Elle sauta sur le côté et l'évita. Le loup-garou se tourna vers elle en montrant les dents.

- La poisse ! On avait déjà du mal avec un loup-garou, mais avec trois !

La créature l'attaqua mais elle parvint à esquiver. Elle examina le monstre et remarqua qu'il ne s'agissait pas de Greyback. Le loup-garou attaqua. Mentha lutta contre lui. Elle entendit alors du bruit de verre brisé et jura. Un des loups-garous avait réussi à entrer dans le manoir.

Après quelques minutes de lutte acharnée, Mentha parvint à neutraliser la créature. Elle l'avait immobilisée et assommée ensuite. Elle reprit son souffle et entendit des bruits de lutte. Un cri se fit entendre. Puis, la vitre qui se trouvait à la droite de Mentha explosa et un loup-garou sortit de la demeure.

Il dût sentir l'odeur de Mentha car il se tourna vers elle. Et elle le reconnut aussitôt : c'était Fenrir Greyback ! Et elle se raidit en voyant ses crocs et ses griffes couverts de sang.

Elle lui jeta un sort qu'il évita avant de s'enfuir en détalant comme un lapin. Une fois qu'il eut disparu, elle se laissa glisser le long du mur, à côté du loup-garou qu'elle était parvenue à stopper.

Une porte s'ouvrit à la volée, faisant sursauter Mentha. Justin était apparu.

- Mentha ! Vous n'avez rien ! Et vous avez réussi à arrêter un loup-garou !

- Oui, dit-elle en se relevant. Mais je n'ai pas réussi à neutraliser Greyback, il vient de s'enfuir…

- Stanton a réussi à arrêter l'autre, lui apprit justin.

Stanton était le chef d'opération. Elle se souvint alors du cri.

- Qui a crié ? demanda-t-elle en époussetant des vêtements couverts de neige. Un des membres de la famille Godstein ?

- Non, répondit Justin.

- Comment ça, non, dit Mentha en fixant Justin de ses grands yeux menthe à l'eau.

Justin hésita.

- C'était… Willem…

Mentha pâlit à un tel point que Justin eut peur qu'elle ne s'évanouisse…

Mentha poussa Justin, qui se tenait devant la porte, et entra dans la maison. Elle entendit du bruit dans le salon et y entra en trombe. Stanton et Mr Godstein étaient penchés sur un corps. Mrs Godstein serrait son fils contre elle, un peu en retrait, les larmes aux yeux.

À son entrée, tous se tournèrent vers Mentha.

Stanton se leva et s'avança vers elle.

- Mentha… vous…

- Willem !

Elle voulut aller vers lui mais Stanton la retint.

- Laissez-moi passer ! hurla-t-elle, au bord de l'hystérie. WILLEM !!!

- Mentha, il ne vaudrait mieux pas…

- Je vous ai dit de me laisser passer !!! hurla la jeune femme.

- Mentha…

Tous retinrent leur souffle car c'était Willem qui venait de parler. Elle poussa Stanton, qui se laissa faire, et s'agenouilla auprès du jeune homme. Son visage était en sang et on voyait de longues traces de griffes sur son torse. Ses bras et ses jambes avaient été griffés et mordus.

Elle lui prit la main et la serra dans la sienne, si fichant du sang. Il répondit faiblement à son étreinte. Mr Godstein avait soigné quelques blessures avec sa magie mais Willem était trop gravement blessé pour que ça fasse la différence…

- Je suis là, Willem, lui dit-elle en retenant à grande peine ses larmes. Tout va bien se passer, tu vas voir… Les Médicomages ne vont pas tarder à arriver…

- Je vais mourir… dit faiblement Willem.

- Non ! protesta Mentha. Tu n'en as pas le droit ! Tu as une famille ! Tu as une femme ! Pense à Cinthya ! Pense à l'enfant qu'elle va mettre au monde ! Ton enfant !

- Dis-moi… est-ce une fille… ou un garçon ?...

- Tu le sauras quand l'enfant naîtra…

- Je ne le verrai pas… dit Willem.

- Ne dis pas ça ! Tu dois te battre ! Tu dois vivre pour ton enfant !

Cette fois, Mentha pleurait, laissant libre cours à son chagrin et à sa peur de le voir mourir.

- Est-ce… une fille… ou un garçon ? demanda à nouveau Willem, de sa voix faible.

- Une fille… dit Mentha en pleurant plus fort.

- Tu feras… une marraine parfaite pour elle… je voudrais… je… voudrais qu'elle… s'appelle Grace… comme ma mère…

- Bien sûr, tu l'appelleras Grace ! Tu verras, tu…

Mais Willem l'interrompit.

- Quand… elle sera assez… grande pour… comprendre, dit-il d'une voix de plus en plus saccadée, tu… lui diras… que son papa… veille sur elle… où qu'il soit… tu la protégeras, hein ?

- C'est… le rôle d'une marraine…

- Dis… à Cinthya… que je l'aime…

Mentha ne répondit pas mais hocha la tête en se mordant la lèvre, les larmes coulant toujours sur ses joues.

Willem leva la main et essuya les larmes de Mentha. Elle le regarda de ses grands yeux remplis de larmes.

- Adieu… Je t'aime… Petite Sœur…

Et Willem rendit son dernier soupir et sa main retomba le long de son corps. Mentha le regarda quelques secondes, n'osant y croire, s'imaginant qu'il allait sauter sur ses pieds et lui dire : "Je t'ai bien eu, hein, Petite Sœur !?!". Mais Willem ne se relevait pas…

- Willem…

Elle le prit alors contre elle, en pleurant et en criant son nom, se fichant du sang qui souillait ses vêtements.

- Grand Frère !!! Oh, Willem !!! WILLEM !!!!

- Mentha ?

Elle sentit une main se poser sur son épaule et revint à la réalité. Elle tourna le visage vers Rogue qui venait de l'appeler en posant sa main sur son épaule.

- Ça va ? demanda-t-il.

- Très bien, Severus… J'étais juste encore perdue dans mes pensées…

- Et qui hantait vos pensées ? s'enquit Runick en fusillant la main de Severus sur l'épaule de Mentha. L'élu de votre cœur ?

- Non, je pensais à Willem, répondit aimablement la jeune femme.

Tous tournèrent la tête vers l'élève de Serdaigle.

- Je repensais à votre devoir sur les loups-garous, Willem, poursuivit Mentha. Et il était très réussi. Il est très rare de voir un devoir de cette qualité !

Le garçon rougit et Mentha sourit.

Le reste de la soirée se passa dans la bonne humeur. Mentha se dit que c'était un beau Noël. À l'orphelinat de France, elle avait passé des Noëls horribles et lugubres. C'était à Beauxbâtons qu'elle avait connu son plus beau Noël après la mort de ses parents, en compagnie de Willem. Et aujourd'hui, c'était le Noël le plus joyeux qu'elle connaissait depuis la mort de Willem, son meilleur ami, son Grand Frère…