Comme je vous l'avais dis, je ne vous fais pas attendre 2 mois pour celui-ci ( preuve que ce n'est vraiment pas un choix quand je le fais ). Les choses avancent vite.

A tous, ne me detestez pas.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser une review, elles me donnent l'envie de continuer.


Drago ouvrit les yeux et sourit en sentant une main dans la sienne. Elle avait dormi à ses côtés. Il repensa à leur nuit ensemble et se tourna vers elle pour pouvoir l'observer dormir. Il fronça les sourcils quand il se rendit compte qu'elle ne s'était pas glissée sous les draps avec lui. Qu'elle était encore toute habillée. Qu'ils n'avaient pas passé la nuit comme il s'en rappelait. Pendant plusieurs secondes il se demanda ce qui s'était passé avant de se rapprocher de la jeune femme pour la réveiller et lui demander. Ce n'est que quand il remarqua les mouchoirs en papiers éparpillés autour d'elle qu'il réalisa les cernes foncées et la pâleur de la jeune femme. Une quinte de toux le surprit alors qu'il se redressait, et ce n'est que quand l'écho d'une crampe lui saisit l'estomac qu'il se rappela de ce qui lui était arrivé. Les recherches, le laboratoire, Will fatigué et sa crise. A en juger par la lumière qui filtrait les rideaux fermés il était très tôt. Il avait dû s'endormir toute l'après midi et la nuit qui avait suivit, se réveillant au petit matin. Drago s'apprêtait à se rallonger pour éviter de réveiller l'endormie quand la porte de la pièce s'ouvrant pour laisser passer Severus faussa ses plans. Hermione se réveilla en sursaut et se redressa sans attendre.

- Bonjour, Bella, salua Drago qui s'étonna lui même en remarquant à quelle point sa voix était cassée.

Avait-il hurlé longtemps avant qu'on ne le trouve? La pensé le fit grimacer intérieurement, mais il se contenta d'un sourire apaisant pour calmer une Hermione cherchant apparemment frénétiquement un signe sur son visage.

- Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai quelque chose sur le visage?

- Drago, est-ce que tu es vraiment conscient? Demanda t-elle, le sanglot dans la voix.

Le blond se tourna vers Severus qui arrivait à peine jusqu'à eux et contournait le lit pour - sans doute - l'examiner. L'ancien professeur ne prit pas la peine de répondre à la question silencieuse du patient, ne lui donnant donc aucune explication quant à l'attitude presque irrationnelle de la jeune femme.

- Calme toi Hermione, je me sens bien. C'est passé..

Hermione fit des signes positifs de la tête, mais déjà il voyait son regard se mouiller. Elle approcha une main pour lui caresser le visage, presque comme pour vérifier qu'il était vraiment là, avant de se tourner pour tirer un nouveau mouchoir et se cacher le visage dedans. Drago se tourna à nouveau vers Rogue, cette fois assez inquiet pour exiger une explication du regard.

- Tu t'es réveillé plusieurs fois mais tu délirais. Ca fait six jours que tu es dans cette chambre Drago.

La nouvelle n'était pas des plus réjouissante, certes, mais Drago sentait que Rogue ne lui disait pas tout. Etait-ce la fin? Allait-il mourir dans la journée, la semaine? La gravité que Severus ne tentait même pas de cacher sous-entendait un drame plus grave qu'une simple crise passagère. Et Hermione pleurait.

- Dis-moi, fit-il simplement sans le quitter du regard mais en cherchant inconsciemment à prendre la main d'Hermione dans la sienne.

Severus soupira. Il tardait à répondre. Severus Rogue ne tournait jamais autour du pot. Il était concis et efficace. Il répondait à chaque question dans la seconde. Il ne prenait pas le temps de baisser les yeux, de passer une main dans ses cheveux longs et de pincer l'arrête de son nez comme il était en train de faire. Il n'avait pas les joues creuses et le teint maladif d'un homme qui avait oublié de se nourrir ni les cernes bleutées d'un insomniaque ayant meme oublié de recourir à la magie de l'illusionnisme.

- Dis-moi, répéta Drago, implacable.

Il ne cilla même pas quand se fut Hermione qui le força à la regarder en lui caressant la joue de sa main libre. Elle avait les yeux rouges de ceux qui ont déjà beaucoup pleuré.

- Drago, tu es là depuis six jours, commença t-elle d'une voix calme qui semblait presque provenir d'ailleurs.

Le blond aurait voulu lui faire remarquer qu'il avait déjà entendu cette partie, mais il préféra ne pas l'interrompre, rien ne devait interrompre ce qu'elle allait lui annoncer. Malgré tout, il avait l'impression que le temps s'allongeait. Il remarqua que son coeur était calme et qu'il était prêt à entendre ce qu'on s'apprêtait à lui dire. Il s'y attendait. Son regard ne délogeait pas du visage d'Hermione dont il étudiait chaque centimètre. C'était son seul regret. Il aurait voulu pouvoir en profiter plus longtemps.

- Will est dans un état critique.

Et là, toutes ses pensées chavirèrent.

- Quoi ?

Non. C'était sur son état qu'on devait s'inquiéter. Ca n'allait pas. Il y avait une erreur quelque part. Quelqu'un s'était trompé.

- Sa fatigue a empiré quelques heures après qu'on se soit occupé de ta crise. Puis il a fait plusieurs malaises les deux premiers jours. Le virus ne répond plus au traitement. Comme dans ton cas, le corps se bats contre les symptômes et contre les médicaments, c'est pour ça qu'il a juste ... arrêté de fonctionner. Mais l'organisme de Will ne peut pas tenir plus longtemps.

Hermione s'arrêta là. Ayant apparemment besoin de se moucher à nouveau avant de pouvoir continuer. Severus la devança.

- Il ne tiendra probablement pas plus de deux jours sans l'antidote. Et Drago.. Mr. Kaname est décédé hier soir à la suite du même virus..

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Hermione s'inquiéta quand Drago ne prononça pas le moindre mot. Il s'était contenté de se laisser retomber contre le mur qui soutenait son dos. A genoux sur le lit, elle osait à peine respirer en attendant la réaction de son amant. Pourtant, il ne demanda rien. Il ne demanda pas ce qui avait été mis en place pour tenter de sauver Mr. Kaname, ni si il était dans le même cas. Il ne demanda pas où était Will, si il était conscient ou endormi. Il ne demanda même pas de l'aide quand il se redressa pour sortir du lit. Severus n'esquissa pas le moindre mouvement pour l'empêcher d'aller à la salle de bains, mais Hermione se rendit compte qu'elle ne pouvait pas le laisser s'enfermer quelque part où elle ne pourrait pas le voir. Le toucher. Elle était égoïstement dépendante. Elle se leva et entra dans la salle de bains pour trouver Drago en train de se brosser les dents le plus calmement du monde. S'il n'y avait pas eu le vide le plus total dans ses yeux, il aurait pu paraître normal. Quand il reposa sa brosse à dents dans le verre à cet usage, il resta paralysé. Les yeux fixés sur l'évier, il semblait ne plus savoir quoi faire, ou ne plus vouloir agir.

Alors Hermione quitta son poste d'observation près de la porte. Elle s'approcha et retrouva la brosse à cheveux élégante qu'elle avait remarqué plusieurs jours plus tôt. Sans la proposer à Drago, elle se glissa entre son corps immobile et l'évier et se percha sur ses pointes de pieds pour pouvoir passer la brosse dans les cheveux fins du Lord. Elle les coiffa en arrière à la Malefoy et pendant plus longtemps que nécessaire, le seul mouvement qui dérangeait le silence était celui répétitif d'une brosse allant de l'avant à l'arrière inlassablement. Drago avait fini par baisser les yeux vers elle et la fixait alors qu'elle même semblait plongée dans son travail. Ce qu'il voyait le fit apparemment réagir puisqu'il leva une main pour la poser sur la joue de la jeune femme et la laisser là. Elle s'interrompit momentanément, mais reprit son rythme doux et lent comme s'il n'avait rien dit. Elle le sentit sourire avant de le voir. Et de sa main libre il arrêta la sienne.

- Je crois que je suis suffisamment bien coiffé.

Elle baissa les yeux en souriant, et posa la brosse derrière elle sans faire attention.

- Je sais que tu aimes quand c'est parfait, répondit-elle en gardant volontairement un ton léger.

- Comment est-ce que toi tu les aimes ?

Hermione releva enfin les yeux et le regarda un long moment avant de répondre.

- Ca n'a aucune importance.

Drago sourit à nouveau et d'un mouvement aérien décoiffa le travail consciencieux de son amie.

- Ca en a pour moi.

Et Hermione ne résista pas à la tentation de passer elle même sa main dans la crinière blonde de l'homme en face d'elle. Bien sur qu'il savait qu'elle préférait quand ses cheveux restaient indomptés et naturels. Ca lui donnait un air sauvage qui lui avait fait monté le rouge au joue le jour (bénit ) où il était sorti de sa douche encore trempé. Et se hissant à nouveau sur ses pointes, elle déposa un baiser simple sur les lèvres du blond avant de l'entourer de ses bras et de l'y serrer aussi fort qu'elle le pouvait.

- Et toi, tu vas bien? Demanda t-il sans se défaire de l'embrasse.

Hermione aurait voulu avouer son mensonge sur le champs mais elle savait que ce n'était pas le moment. La voix basse et sérieuse qui avait posée la question avait pénétrée sa poitrine et son coeur s'était remis à battre trop vite. Elle avait l'impression qu'elle allait se remettre à pleurer, mais la simple pensée que c'était possible l'agaçait et la fatiguait. Aussi avoua t-elle ses sentiments sans dévoiler la vérité quand elle répondit simplement :

- Ca n'a aucune importance.

Et elle le sentit déposer un baiser sur ses cheveux avant qu'il ne parle à son tour pour lui dire beaucoup plus doucement, mais avec la force de la vérité:

- Ca en a pour moi.

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- Je vais mourir?

Drago se tenait devant William Burns, huit ans, et ne répondait pas. Les deux garçons étaient tous les deux debout malgré leur pâleur et la fatigue évidente qui les étreignait. La chambre d'amis qu'occupait Will semblait beaucoup trop grande. Et ils avaient l'air perdu en son centre.

- Je vais mourir? Répéta l'enfant sans ciller.

Savait-il au moins ce que mourir voulait dire? Après des semaines à hôpital, il avait peut-être pensé être malade, avoir à souffrir quelques temps... mais mourir? Savait-il ce que ses propres mots signifiaient?

- Tu es malade, répondit alors Drago d'une voix qui n'était pas la sienne, d'un ton qu'il ne connaissait pas, avec une force qu'il n'avait pas.

- Comme la femme qui... est morte, au tout début ?

- Oui.

Drago ne savait pas qui était en train de parler. Il voyait bien la bouche de William former des sons, et il se sentait y répondre, mais c'était totalement impossible. Il ne pouvait pas être en train de dire ça à cet enfant. Ce ne pouvait pas être lui, alors qui était-ce?

Will avec les yeux trop grands ouverts, comme si il voulait être sur de bien voir Drago lui confirmer sa condamnation. Comme si on lui parlait trop doucement et qu'il essayait de lire sur les lèvres de son voisin pour bien comprendre. Il ne cillait pas, comme si c'était un luxe qu'il ne pouvait pas se permettre alors que son cerveau, sa capacité d'entendement était en train de travailler à plein régime.

Et puis ses yeux se firent humides. Des larmes. Will allait pleurer. La première goutte formée eu l'effet d'une vague géante fouettant Drago au visage et noyant les dernières parcelles de volonté et de compréhension qu'il possédait. Elle déchaina une rage qu'il ne comprenait pas, qu'il ne contrôlait pas. Une voix automatique semblable à la sienne et qui sortait de son propre corps demanda au jeune de ne pas pleurer. Il se demanda si Lucius venait de faire une apparition.

- Je ne pleure pas, fit doucement Will avec la voix serrée. Il avait du mal a parler.

La première larme coula le long de sa joue, atteignant rapidement le menton de l'enfant avant qu'une seconde ne l'imite de l'autre côté. Puis une autre. Et une autre.

- NE PLEURE PAS, cria un Drago inconscient de sa propre voix en reculant pour être contre un mur. Tu ne dois pas pleurer! On. Ne pleures. Pas !

- Je ne pleure pas, répéta William en sanglotant, sans prendre la peine d'essuyer ses joues ruisselantes.

- ARRÊTE.

Et prit d'une folie qu'il ne comprenait pas, comme si son corps et le reste de son esprit étaient déconnectés, il dégagea d'un geste des bras tout ce qui se trouvait sur le meuble le plus proche, envoyant tout valser à terre ou contre des murs dans un grand fracas.

Will recula et se replia sur lui. Les sanglots redoublèrent d'intensité et Drago ferma les yeux, se prenant la tête entre les mains. Tout cela n'avait aucun sens. Aucun sens.

William était toujours debout, il avait essayé de sécher son visage, mais abandonna et baissa les yeux. Drago avait l'impression de se revoir face à son père. Quand il baissait le visage pour ne pas risquer de croiser le regard déçu ou furieux de Lucius.

- Lève la tête, ordonna le blond d'une voix dure.

Le petit garçon obéit. Les larmes avaient momentanément arrêté de couler.

- C'est impossible, fit-il simplement. Il y a un malentendu.

Sa voix était décidée, comme si sa seule volonté pouvait inverser le cours des choses. William écarquilla les yeux, fixant Drago comme si ce qu'il venait de dire était la nouvelle la plus choquante de la journée. Comme s'il venait de réaliser quelque chose qu'on lui avait pourtant dite bien plus tôt.

- Tu as la même chose que moi n'est-ce pas?

Drago n'eut pas à répondre par un oui pour que le plus jeune refonde en larmes. Cette fois il s'effondra à même le sol et tenta de cacher son visage d'un bras tandis que les sanglots devenaient incontrôlables.

- Je t'ai dis d'arrêter, fit la voix cassée de Drago alors qu'il saisissait l'enfant de deux mains de fer.

Il le redressa et l'obligea à le regarder dans les yeux. Les deux regards s'affrontèrent à peine quelques secondes avant que le bleu ne cède le premier. Drago relâcha doucement son emprise et s'éloigna, présentant son dos au jeune enfant.

Ne sachant quoi faire, il ouvrit la porte et s'en alla, conscient qu'il fuyait. Dans sa chambre il tomba sur son lit comme si toute sa force lui avait été volée. La tête appuyée sur ses mains, il se rendit compte que son visage était mouillé. Se retournant vers le grand miroir qui trônait accroché au dessus de la large commode de la chambre, Drago Malefoy se rendit compte que ses yeux, rougis, n'avaient pas retenues les larmes qui avaient trempées son visage sans qu'il ne s'en rende compte. Il ne s'en étonna même pas. Les gens normaux pleuraient bien quand ils se sentaient éclater de l'intérieur, non? Se cachant dans ses bras, il sentit quelque chose céder dans sa poitrine, et se mit à pleurer sans essayer de se retenir. C'était trop. Beaucoup trop. William Burns, 8 ans et Hermione Granger, la première femme avec qui il avait vraiment été.

Une vingtaine de minutes plus tard, deux coups à la porte lui signalèrent que William voulait le voir. Il reconnaissait sa manière de se présenter à sa chambre sans mots Comment l'enfant avait-il pu venir jusque là? La porte s'ouvrit alors entièrement, et se referma, laissant passer entre temps le jeune garçon qui s'avança jusqu'au pied du lit de Drago. Il redressa la tête en bombant la poitrine. Ses joues étaient sèches, ses yeux étaient moins rouges. Il fixa Drago qui s'était calmé lui aussi.

- On ne pleure pas, déclara enfin Will en fronçant les sourcils comme s'il défiait quiconque de dire le contraire.

Drago acquiesça d'un signe de tête et inspira profondément. Le petit s'installa à ses côtés sur le lit et au même moment, trois coups à la portes prévinrent le jeune Malefoy que quelqu'un d'autre voulait le voir. D'un coup de sa baguette qui enveloppa William et lui, il se refit un visage plus serein. Lançant un coup d'oeil à son voisin, il vérifia que son sort avait eu l'effet escompté. Que leurs yeux ne trahissaient plus leur faiblesse.

Comme toujours, c'était Hermione qui arrivait à pique. Elle entra d'un pas un peu hésitant, en ouvrant doucement la porte et en y passant d'abord la tête pour voir si elle était bien autorisée à entrer.

- Ca va? Demanda t-elle une fois qu'elle eu refermé la porte. Janine m'a dit qu'elle avait entendu du bruit de votre côté du couloir, je me suis inquiétée.

- C'étaient mes jeux, répondit William en souriant, l'air de rien. On était dans ma chambre, rajouta t-il comme si cela expliquait tout.

- Oh.

Bien sur, Hermione ne doutait pas une seconde que le petit mentait. Elle savait assez bien lire le visage de Drago pour comprendre que non, cela n'allait pas. Elle était assez douée en magie pour avoir percé à jour le dernier sort d'illusionnisme que Drago avait à peine réussit à installer. Le blond lui demanda silencieusement de ne pas poser plus de questions, et Hermione se contenta de sourire et de s'avancer. Dans un geste inattendu pour les deux garçons, elle déposa un baiser sur leurs deux fronts et sortit de la pièce sans rien ajouter. Drago attendit quelques secondes la réactions dégoutée de Will.

- Elle n'est pas si mal que ça, Hermione, grommela le petit en se frottant la tête.

Drago dû retenir son éclat de rire ( sans doute légèrement nerveux ) quand il se rendit compte que son ami était devenu aussi rouge qu'un Weasley au soleil.

- Hey, elle est à moi, gronda faussement l'adulte en poussant doucement l'enfant.

- Eurk, mais je la veux pas ! S'exclama Will en bondissant sur ses pieds.

- Alors pourquoi tu es tout rouge? Parce qu'elle t'a embrassé ?

- N'importe quoi ! Arrête ! Arrête de sourire !

Drago n'arrêta pas de narguer l'enfant, qui se pressait de tout nier en bloc. Et adossée derrière la porte, Hermione sourit.

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Hermione avait été au laboratoire avec Severus quand celui-ci avait été appelé. Elle s'était remise au travail après avoir parlée à Drago et Will, retrouvant l'atmosphère tendue de l'espace de travail encombré. En six jours, Severus avait fait appel à tous les médicomages doués en potion de sa connaissance. Trois d'entre eux s'étaient précipités sur le champs - quand Severus Rogue demandait une faveur, c'est que l'événement était assez important pour que personne ne puisse vouloir le rater. Deux autres les avaient rejoints avant le décès de Mr. Kaname, et leur dernière collègue, maîtresse en médicomagie expérimentale, était arrivée quelques minutes avant le réveil de Drago. Ils avaient ainsi pu mettre en marche la création de plusieurs potions en même temps. Huit potions étaient en train de bouillir, décanter, refroidir ou d'être étudiées, quand Hermione reprit son poste derrière un petit bureau plein de paperasse. Elle relut une dernière fois les notes qu'elle avait pris en observant la réaction de Mr. Kaname à la potion qu'ils lui avaient donnés en dernier recours quelques heures avant sa mort. C'était la potion N°1, l'une des trois restantes ce jour là. Des plaques d'eczémas impressionnantes étaient apparues à la seconde où la potion avait été administrée au malade. Puis sa peau avait bleuie à plusieurs endroits au niveau de son ventre, impliquant sans doute un problème au niveau des organes internes. Severus avait précisé que le rein et le foie s'étaient apparemment perforés pour une raison inconnue. Hermione s'était alors immédiatement mise à la recherche d'informations complémentaires sur chacun des ingrédients de la potion, décidée à comprendre lequel aurait pu provoquer de telles réactions. Pour l'instant elle n'avait encore rien trouvé. Au moins, ils avaient put éliminer une potion en plus. Dans les deux jours suivants ils en avaient concoctées cinq autres, mais deux avaient été immédiatement éliminées par la méthode des quatre éléments identiques.

Plongée dans son travail, Hermione ne remarqua pas que le professeur Rogue n'était toujours pas revenu près de deux heures plus tard. Son instinct prédisait des problèmes, mais pour une fois elle décida de l'ignorer pour se concentrer sur ses recherches. Elle avait déjà une théorie assez solide sur le problème de la potion N°1, et si la théorie s'avérait exacte, ils pourraient éliminer toutes les potions à base d'ailes de papillons du sud. Ca paraissait trop beau, mais elle ne pouvait pas abandonner. C'est plus d'une heure plus tard que Colbie apparue à ses côtés, apparemment paniquée, la suppliant de la suivre. Hermione s'apprêtait à sortir quand Colbie secoua la tête négativement et lui tendit la main. La jeune femme comprit, et se prépara à disparaître à la seconde où elle toucha l'elfe. Immédiatement, elles se retrouvèrent devant le chambre de Will. La chambre était dans le plus grand chaos. Il y avait tellement d'infirmières et autres personnels qu'elle prit plusieurs secondes avant de pouvoir avoir un aperçu du lit du patient. Elle aurait sans doute préféré ne jamais l'avoir vu. Will se tordait dans son lit et semblait crier. Ce n'est qu'à ce moment que la jeune femme remarqua que le sort de silence avait été posé sur la pièce. Au moment où elle posa un pied à l'intérieur, les hurlements de Will et les cris des médicomages aboyant leurs ordres l'assaillirent. Le petit s'agitait, remuait et se tordait dans son lit.

Hermione avait vu beaucoup de choses ces dernières années. Elle avait assisté à la torture d'ennemis comme d'amis, à la mort sanglante de centaines de combattants. Elle avait vu le spectacle horrifiant de créatures magiques plus effrayantes les unes que les autres se jeter sur les hommes et leur déchiqueter le corps. Elle avait eu des cauchemars et en aurait sans doute encore toute sa vie. Mais cette image la hanterait tout aussi surement. Il y avait quelque chose de profondément dérangeant, de contre nature, dans la vision d'un enfant si jeune se débattant contre la mort de façon aussi violente.

Elle avait cependant appris à ne pas s'arrêter, se bloquer. A être efficace. Aussi s'approcha t-elle sans perdre une seconde pour retrouver Severus. Celui ci tentait d'immobiliser l'enfant, sans succès. Hermione comprenait que dans une situation aussi critique pour le patient, il devait éviter toute interférence magique et donc agir sans sa baguette. Le savoir ne l'aidait pas à calmer l'envie pressante de sortir sa baguette pour lancer un sort d'apaisement au corps traversé de spasme du petit.

- La potion 3 Hermione, lança Severus sans lâcher les poignets de Will.

La concernée agita tout de suite sa baguette et la fiole de la potion numéro 3 apparut. Son coeur battait à tout rompre. Si Rogue s'apprêtait à lui faire boire une potion, c'est que c'était réellement sa dernière chance. Will hurlait et pleurait. Hermione pouvait entendre les battements de son coeur et tout ce bruit lui donnait le vertige. Et Will transpirait. Il était blanc comme la mort elle même. Sa respiration était bruyante. Sa voix s'était cassée d'avoir trop crié. Severus réussit à lui faire boire la potion et le corps de l'enfant se crispa une dernière fois dans une cambrure peu naturelle. Hermione eu peur une seconde que la violence du mouvement n'ai réellement brisé sa colonne vertébrale.

Le silence qui suivit avait l'air irréel. Tous mouvements s'étaient suspendus dans l'air. Will, toujours cambrés et la tête enfoncé dans l'oreiller ne bougeait plus. Sa respiration s'était bloquée, ses cris s'étaient arrêtés. Les médicomages avaient cessé de bouger, tous observaient la réaction à la potion. Et doucement, le cours du temps reprit rythme normal.

Le corps de Will tomba à plat comme s'il s'était endormi en une seconde, les médicomages reprirent leurs analyse, Rogue put réutiliser sa baguette pour observer les vitales du garçon. Et le silence peu naturel fut interrompu par des chuchotements pressés et des ordres murmurés.

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Et puis. Drago était là.

Hermione ne l'avait pas remarqué au pas de la porte. Il était appuyé contre le mur et ne parlait pas.

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Severus demanda à la foule dans la pièce de sortir. Ils n'avaient plus rien à faire d'autre qu'attendre, et Severus pouvait s'occuper seul d'observer la réaction de Will. Bientôt ils n'étaient plus que trois dans la chambre avec l'enfant. Et Hermione, remarquant le regard ardent que Drago n'avait pas décollé du corps trempé du petit, décida de sortir à son tour. Elle se contenta d'embrasser le front de William et de caresser doucement l'épaule de Drago en le dépassant. Il n'esquissa pas le moindre mouvement.

Drago était ailleurs. Il regardait Will et se demandait ce qu'il devrait ressentir. Rien ne lui venait à l'esprit. Rien d'autre que le son assourdissant de son coeur au rythme trop rapide qui lui donnait la nausée. Il sentait son corps lourd s'engourdir mais se concentra sur l'enfant au lieu de s'inquiéter d'une probable crise à venir.

Will s'était endormi à peine quelques secondes quand il ouvrit à nouveau les yeux. Drago entendait Rogue lui poser des questions d'une voix posée presque apaisante, mais par Merlin il n'arriva pas à comprendre les mots qui sortaient de la bouche du professeur. Il sentait bien qu'il était en train de glisser doucement vers l'inconscience mais rien n'aurait pu le déloger. Le blond avait vu Rogue faire couler le liquide dorée dans la bouche de Will plus tôt. Il savait que les chances étaient minimes, mais une lueur d'espoir tenace grandissait malgré tout dans le creux de son ventre. Ou peut-être était-ce seulement la nausée. Will était calme et semblait lutter contre la fatigue. Il était évident qu'il se battait contre le sommeil en tentant de garder les yeux ouverts, mais au moins il gagnait. Quand l'enfant se tourna enfin légèrement sur le côté, il tomba directement sur le regard impénétrable de Drago. Et là... il se mit à pleurer. Presque automatiquement. Trop vite pour que Drago ne réagisse.

Silencieusement. Sans secousses, sans tremblements et sans hurlements. Il était juste là, le regard fixé sur celui de son grand ami, et en larmes. Et Drago ressentit enfin quelque chose d'autres que la simple peur. Il sentit son coeur se briser.

Et ça faisait mal.

Alors, oubliant ses jambes lourdes, sa tête qui tournait et la migraine qui pointait son nez, il s'avança et s'installa aux côtés de l'enfant, à même le lit. Encore une fois, il ne fit pas attention à Rogue quand celui-ci dégagea les draps et releva la chemise mouillée de l'enfant pour observer sa peau. Il avait commencé par chercher le visage, la nuque, les bras, mais c'est en arrivant au ventre que le professeur sembla trouver ce qu'il cherchait. Une partie du subconscient de Drago remarqua les tâches bleuâtres qui semblaient foncer à vu d'oeil sur le corps de Will. Une partie de son subconscient savait que la potion n'était pas la bonne. Il sentit plus qu'il ne vit Rogue se lever et sortir.

Plusieurs secondes ne furent interrompues que par une quinte de toux du plus jeune et quelques grimaces déformant son visage. Les larmes coulaient encore, mais cette fois le petit tentait de les sécher avant même qu'elles ne glissent sur ses joues. Ses gestes étaient furieux et presque hystériques, et déjà sa peau était rouge et irritée. Alors que Will relevait le bras pour essuyer de sa manche les larmes qui s'apprêtaient à ruiner ses efforts, Drago s'interposa. Il avait attrapé la main rageuse de Will avant qu'elle n'atteigne son visage.

- C'est des conneries, s'entendit-il dire.

Will écarquilla les yeux dans une évidente surprise. Drago n'avait pas l'habitude d'être vulgaire près de lui.

- Les protocoles. Les règles. L'illusionnisme. Cache tes émotions et tu seras puissant, Pleurer est un signe de faiblesse, Ne baisse pas les yeux, La tête haute, Sois froid et le monde te craindra. Sois arrogant et le monde t'obéira. Ce ne sont que des conneries.

Will faillit l'interrompre mais Drago ne lui en laissa pas l'occasion.

- Regarde autour de toi. Regarde Granger et ses copains. Est-ce qu'ils sont plus faibles que nous? Non. Ce sont les foutus héros du monde sorcier. Nos parents nous élèvent pour qu'on prennent leur place un jour. Est-ce que tu veux être comme ton père, William?

Le garçon secoua négativement la tête. Il était silencieux et ses yeux grands ouverts signalaient son attention totale.

- Les hommes qui ont confiances en eux, ceux qui sont réellement forts, ne sont pas invincibles. Ils connaissent la peur. Ils connaissent le doute. Seulement ils le reconnaissent au lieu de s'en cacher. Ils n'ont pas honte de pleurer.

Drago se rapprocha et passa ses deux bras derrière le dos de Will. Il l'attira vers lui en faisant attention à ne pas lui faire mal.

- Tu es un homme Will. Un vrai. Pleurer ne te rend pas faible. Et te dire que c'aurait été un honneur que de t'avoir eu comme petit frère ne fais pas de moi un moins que rien. On est humain et vouloir le cacher ne nous apportera rien d'autre que la solitude. Mais tu n'es pas seul aujourd'hui. Tu le sais, Will?

L'enfant grogna légèrement en signe d'affirmation. La pensée qu'il avait trop mal ou qu'il était trop fatigué pour même répondre fut un nouveau coup à l'estomac pour Drago. Il le cacha en serrant un peu plus William en restant délicat.

Et puis le petit se mit à tousser. Inconfortablement. Drago le relâcha et le vit se débattre avec son propre corps. Il hurla à Severus de revenir alors qu'il voyait l'enfant s'acharner à tenter de respirer.

- Il y a des fluides dans ses poumons, diagnostiqua Severus en pointant immédiatement sa baguette sur la poitrine du patient.

- Qu'est-ce que ça veut dire? Severus, qu'est-ce que ça veut dire?

Le professeur ne répondait pas. Il murmurait une suite d'incantations et un fil d'argent reliait sa baguette au corps convulsif du malade.

- Ca veut dire qu'il se noie, fit doucement Hermione qui était à la porte.

Ses yeux étaient rouges et humides. Elle porta une main à sa bouche sans lâcher du regard Will. Celui-ci continuait à tousser en respirant à intervalle irrégulier. Drago avait l'impression que les lèvres du petit avaient bleuies, et ça ne pouvait pas être bon signe.

- M.. Mère .. M.. Maman..

La voix de Will était si serrée que Drago eut du mal à l'entendre. Et ses supplications furent aussitôt suivies d'une nouvelle quinte de toux.

- Lautrec ! Lautrec ! Appela Severus en se tournant vers la porte.

Un médicomage arriva au pas de course, Rogue lui expliqua tout de suite que l'enfant avait besoin d'oxygène immédiatement. Le nouveau venu acquiesça et d'un geste de baguette fit apparaître un petit masque. Severus le plaça sur le visage de l'enfant, et immédiatement celui-ci sembla se clamer, respirant profondément. Drago voyait bien que Will paniquait. Se noyer sur la terre ferme, allongé sur un lit. Le blond ne pouvait ni ne voulait imaginer ce que son ami ressentait. Sa propre douleur lui était suffisante. Severus avait posé sur son nez crochu des lunettes aux verres si grossissant que c'en était ridicule. Il se pencha vers la poitrine de l'enfant.

- Oui, beaucoup de liquides, et le tissu pulmonaire est beaucoup trop endommagé.

- C'est le virus ou la potion? Demanda Lautrec qui avait posé sa main sur le masque respiratoire pour ne pas qu'il tombe.

- La première victime n'avait rien au poumon.

- La potion alors, conclut Hermione qui tentait apparemment de se reprendre en essuyant ses larmes.

Rage. C'est ce qui traversa le corps de Drago quand il entendit ces mots. Ils avaient empiré son cas. Ils faisaient souffrir Will. Ils allaient le tuer. Drago aurait voulut exprimer sa fureur, même s'il la savait irrationnelle et injuste, mais son corps lui refusa ce luxe. Il fit un pas vers Hermione avant qu'une douleur lui déchire l'estomac. Il se plia en deux et s'écroula quelques millièmes de secondes avant que son ancienne ennemie ne tente de le retenir.

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Hermione tentait de calmer sa respiration. Elle avait pleuré comme une enfant hystérique, ayant même eu le hoquet quand elle avait essayé de rassurer Severus qu'elle allait bien. Bon, il n'avait certes pas posé la question mais elle était persuadée d'avoir vu de l'inquiétude dans son regard. A moins que les larmes n'aient rendues sa vision trop floue et qu'elle ait tout imaginée. Voila, son esprit recommençait à s'éparpiller. Ca arrivait toujours quand un grand choc la prenait par surprise. Elle savait qu'elle n'aurait pas être surprise, que des semaines en quarantaine auraient la préparer à ce qui allait arriver, mais ce n'était pas le cas. Elle était allongée près de Drago et sa conscience ne la grondait même pas pour avoir arrêté ses recherches. Elle n'était pas en état de travailler. Elle avait passé ses notes à la Maîtresse en Médicomagie Expérimentale et était montée rejoindre son amant. Elle était presque tombée sous le poids de la fatigue. Depuis quand n'avait-elle pas eu plus de 2 heures de sommeil par jour? Elle se sentait succomber à Morphée quand elle sentit la main dans laquelle elle avait glissée la sienne se contracter. Drago.

Il avait les yeux ouverts quand se redressa pour le regarder. Il fixait le plafond.

- Combien de temps? Fit-il d'une voix cassée qui lui avait un jour fait tourner la tête.

- Trois jours.

Drago ferma les yeux. Il n'avait pas besoin de poser la question, Hermione le savait, mais une part d'elle le suppliait de le faire. Cela faisait plus de 24 heures que les mots qu'elle retenait lui brulait la gorge et la poitrine.

- Will? Fit-il finalement.

- Il s'est endormi hier à deux heures du matin.

Hermione se tut quand elle sentit qu'un sanglot risquait de lui échapper. Elle n'avait pas besoin de continuer non plus. Le regard vide de Drago qui regardait toujours le vide du plafond prouvait qu'il ne s'attendait à rien d'autre qu'au pire. Mais égoïstement, elle savait qu'elle avait besoin de le dire.

- Il ne s'est plus révéillé.

Le silence qui suivit dura plusieurs minutes. Hermione s'était rallongée sur son dos et avait reprit la main de son amant. leur deux regards étaient à présent occupés par la blancheur impeccable du plafond. Hermione crut que Drago s'était rendormi quand elle sentit la main du jeune homme se détendre dans la sienne.

- Est-ce qu'il a dit quoique ce soit.. avant ?

- Non, rien après avoir appeler sa mère quand on était encore dans sa chambre.

Hermione pensait que répondre au plus vite et avec le plus de précisions ne pouvait qu'être préférable. Le silence qui suivit ne l'étonna pas. Mais elle se redressa pour pouvoir observer le blond. Il faudrait qu'elle appelle Rogue. Mais toute une série de Médicomages arriverait avec lui, et elle savait que Drago voudrait sans doute attendre avant d'être envahit. Quand elle remarqua la pâleur de l'homme en question et la couverture de sueur qui s'était doucement formée sur son front, elle comprit qu'elle aurait sans doute mieux fait de prévenir le professeur immédiatement. Drago était de toute évidence en train de se battre contre la douleur, à en juger par son visage et sa nuque crispée.

Elle appuya sur le bouton magique que Severus avait installé à la tête de lit du patient, et moins d'une vingtaine de secondes plus tard, Colbie avait transporté magiquement Severus dans la pièce. Les autres devraient apparemment se contenter des escaliers. Ils ne tardèrent pas pour autant, et bientôt tout le monde avait reprit son poste d'observation autour de l'alité. Drago perdait de toute évidence son combat contre la douleur, et Hermione, voyant Severus préparer l'injection d'encre de Poulpe des Nuages se fraya un chemin pour rejoindre le blond.

- Drago? Tu m'entends? Calme toi, plus tu es contracté plus tu auras mal.. Je sais que c'est dur Drago mais ne t'inquiète pas... tu ne vas plus avoir mal, Rogue va te donner quelque chose pour t'endormir..

Hermione n'avait pas réussit à retenir ses larmes, mais s'étonnait elle même de la calme douceur de ses mots. Elle continua à susurrer des paroles rassurantes à son oreille alors qu'elle passaient ses mains dans les cheveux blancs mouillé du patient, et réussit même à sourire quand elle sentit le corps du blond se relâcher. Elle le prévint quand Rogue arriva avec l'injection, et lui dit doucement qu'il allait pouvoir se remettre à rêver d'elle dans quelques secondes.

- Hermione, grogna t-il difficilement après quelques secondes. Il avait du mal à garder les yeux ouverts, la potion faisant son effet, mais la brune se rapprocha à nouveau pour écouter ce qu'il avait à dire.

- Pourquoi.. pourquoi tu n'es pas .. tu n'es pas malade...

Ses yeux s'étaient fermés avant qu'il ne prononce le dernier mot, cachant le visage surpris et choqué d'Hermione qui devait se retenir de fondre en sanglots sur place. Merlin ce qu'elle était faible. Jamais elle ne s'était sentie aussi inutile de sa vie.

- Tu m'as menti Her... 'mione..

Le bras du jeune homme remonta avec une force anormale vu la situation pour attraper la chemise d'Hermione. Il n'ouvrait pas les yeux mais semblait se battre contre l'inconscience pour pouvoir parler. Hermione ne savait pas quoi dire. C'était le pire moment. Et puis quelque chose la fit sourire. Une réalisation impromptue et sans doute mal venue.

- Je suis juste plus forte que toi Malefoy, je n'ai pas besoin de dormir toute la journée moi, je suis une Gryffondor, s'exclama t-elle avec toute la force de détachement qu'elle pouvait feindre.

Et elle se sentit voler quand un sourire se dessina sur le visage du blond.

- C'é'ait faux. Te'ment Serp'ard.. Tant mieux.

La main résista autour de sa prise quelques secondes, et laissa finalement aller le tissu pour retomber sur le lit. Drago dormait. Et Hermione eut à peine la force de marcher jusqu'au couloir avant de s'effondrer à son tour. Contre le mur, les genoux contre sa poitrine, elle laissa tomber son visage dans ses bras et abandonna sa bataille vaine contre les larmes, la fatigue et le désespoir. Elle pleura de tout son soul, repensant à l'épiphanie qu'elle avait eu quelques secondes plus tôt.

Elle aimait Drago.

Des éclats de rire nerveux interrompirent momentanément ses sanglots avant qu'elle ne se calme enfin progressivement. Elle aimait Drago. Et elle se sentait enfin complète. Plus rien ne manquait dans sa poitrine. Dans sa tête. Elle comprenait ce qu'elle ressentait. C'était le meilleur sentiment du monde. Et elle s'apprêtait à le perdre.

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Hermione aurait voulu avoir quelques minutes pour calmer la tempête qui déferlait dans son corps. A la place, elle eu Ron. Elle avait relevé la tête, et il avait été là, devant elle, la fixant silencieusement les yeux grands ouverts avec Colbie à ses côtés. L'elfe disparut quelques secondes plus tard, elle se contentait apparemment d'accompagner l'invité de son maître.

Ron avait une barbe de plusieurs jours qui lui mangeait le visage, des cernes creusées qui égalaient presque celles de Severus, et un teint halé qu'il n'arborait pas la dernière fois qu'elle l'avait vu. Hermione se demanda quelles régions du monde il avait pu traverser. Elle ne pensa pas qu'il l'observait tout aussi efficacement qu'elle lui, c'était un réflexe que de vérifier qu'il n'était pas blessé. Elle n'omit pas de remarquer les marques rouges qui se dessinaient sur son cou et qui semblaient remonter vers son menton. Elle voulut lui demander si c'était la raison de sa barbe mais le regard flamboyant qu'il fixait sur elle lui coupa la parole. Hermione avait oublié que Ron avait un physique si imposant. C'était l'homme le plus grand qu'elle connaissait. Ses épaules étaient aussi larges que celles d'un nageur, bien que quand elle le lui avait fait remarquer, elle avait dû lui expliquer le concept de la natation professionnelle et l'écouter souligner le ridicule et le manque d'intérêt d'un sport qui se concentrait sur des hommes en slips qui s'amusaient à aller et venir. Ses cheveux étaient aussi plus longs que dans sa mémoire, et le tout combiné à sa tenue de voyage lui donnait un air sauvage, sombre et presque mystérieux que l'intensité de son regard n'atténuait pas.

Elle se rendit enfin compte qu'elle devait avoir les yeux rouges et gonflés et le visage mouillé. Son attention se détourna d'elle pour se poser sur la porte dont elle venait de sortir, et il s'approcha pour l'ouvrir sans même demander ce qui se trouvait derrière. Au son, Hermione n'eut pas besoin de se tourner pour imaginer les mouvements frénétiques des médicomages qui avaient dû arriver et de Severus. Elle entendait également des sons entrecoupés de tissus se froissant et de claquements de métal contre le mur. Hermione ferma les yeux pour faire disparaître l'image probablement exacte d'un Drago se convulsant dans son lit malgré le sommeil artificiel dans lequel il avait été plongé. Savoir que Drago ne sentait rien pour le moment ne l'aidait par pour autant à supporter l'image de son corps se tordant de douleur. De son lit cognant le mur. Elle entendit le soupir de Ron, et sentit qu'il refermait la porte magiquement insonorisée. Le bruit disparut, et elle rouvrit les yeux, guettant le prochain mouvement du roux. Une chaleur réconfortante l'envahie quand elle le vit s'adosser au mur près d'elle, et se laisser glisser jusqu'au sol. Il se pencha alors contre elle et passa un bras puissant derrière son dos pour l'attirer vers lui. Elle se laissa faire. Hermione sentait sa barbe contre son front mais ce contact - n'importe quel contact - était le bienvenu.

Ron comprenait. Ron acceptait.

- Tu m'as manqué, avoua t-elle d'une voix encore serrée.

- Je sais.

- Bien.

Elle remonta ses genoux contre elle et se laissa aller un peu plus dans l'embrasse. Ron l'aiderait à repousser les cauchemars qui tournaient dans sa tête. Comme il l'avait toujours fait. C'était son meilleur ami, et il était là. Avec elle.