(Re-)Bonjour à tous,

Deux chapitres ce lundi, pour la deuxième fois dans la publication de cette fanfiction. Rassurez-vous, il y aura quand même un chapitre lundi prochain. Pourquoi un doublet aujourd'hui, alors ? Eh bien parce que ces deux chapitres fonctionnent ensemble, parce qu'ils traitent du même thème, et parce que je voulais qu'on puisse voir tous les Snowkids dans la foulée. Et surtout parce que dans le fond, je fais ce que je veux ;)

Sur ce, bonne lecture


Chapitre 25 :

Réunion de Famille

« Bonjour !

- Rocket, Tia ! Quelle bonne surprise !

- On ne vous dérange pas ? »

Rocket se penche pour embrasser sa mère, une grande femme au teint basané dont le visage un peu trop allongé est éclairé par des yeux dorés semblables à ceux de son fils, quoique cernés. Ses épais cheveux d'un brun qui tire sur le gris son retenus en une queue de cheval lâche dans laquelle court une unique mèche d'argent.

« Non, pas du tout ! Entrez donc, vous tombez bien, Aarch et Adim sont là aussi. »

Elle embrasse Tia à son tour, ravie comme à son habitude de se dire que son fils lui a trouvé une belle-fille si merveilleuse.

« Oncle Aarch ! Adim ! Désolés de venir perturber votre repas en petit comité !

- Ne dites pas de sottises, c'est toujours un plaisir de vous voir ! »

Son père, un homme brun à l'air revêche avec son visage très pâle aux joues particulièrement creusées, et dont le menton est constamment mangé par une barbe naissante, se lève pour les accueillir malgré la prothèse métallique qui remplace sa jambe gauche et qui rend ses déplacements légèrement compliqués. À côté de lui, sur le canapé d'un salon envahi de plantes vertes resplendissantes au milieu de la lumière distribuée par trois murs en bais vitrées, l'ancien entraineur des Snowkids adresse un sourire chaleureux à ses deux anciens protégés, imité par sa compagne, Adim, une femme magnifique dont le visage aux traits nobles est encadré par une frange auburn et de lourdes mèches qui ondulent élégamment. Tia se fait la réflexion que ses yeux verts n'ont jamais été plus perçants que depuis qu'elle a quitté son poste de présidente de la Ligue pour vivre enfin son histoire avec son amour de jeunesse.

« Asseyez-vous, asseyez-vous, les encourage Norata, le père de Rocket. Vous voulez boire quelque chose ? »

Avisant les tasses fumantes posées sur la table basse merisier, Rocket répond :

« Ben s'il reste du thé je dis pas non. Tia ?

- Oui, moi aussi, merci Norata.

- Alors Rocket ? Tu renonces déjà à faire travailler tes joueurs jours et nuits ? » demande Aarch pour le taquiner.

Se sentant rougir, le jeune homme bafouille :

« Heu non, enfin, si, mais… En fait on va partir sur le Genèse demain, alors j'ai libéré l'après-midi et…

- Ha ha, calme-toi, je plaisante !

- Sur le Genèse ? s'étonne Adim. Vous avez un match amical de prévu ? Je n'en ai pas entendu parler, pourtant…

- Ah, non, en fait on y va à cause des évènements de Xzion. »

Devant les visages interrogatifs de leurs ainés, Tia et Rocket résument le peu d'informations qu'ils ont en leur possession, et l'atmosphère se teinte d'une gravité peinée.

« Je vois, reprend finalement Aarch. Et tu as une idée de la manifestation que vous allez mettre en place ?

- Pas vraiment, non… Je me disais qu'on pourrait sûrement organiser un match de charité avec une autre équipe. La Technoïde pourrait probablement répondre sans problème si les autres équipes sont un peu trop prises de court.

- Oui, ce serait certainement le plus simple. Sinon, vous pouvez toujours mettre en place un concours du meilleur buteur.

- Et pourquoi pas ou démonstration de tirs acrobatiques ? » surenchérit Norata.

Les trois femmes se regardent, amusées de voir que leurs hommes respectifs sont déjà en train de planifier la logistique de l'évènement.

« Le football ne te manque pas trop, Adim ? lance finalement Kira.

- Sans doute un peu. Mais la vie à deux a son lot de défis, et je sens qu'ils ne vont pas tarder à être beaucoup plus enthousiasmant que la gestion de l'égo des footballeurs. »

Tia pouffe de rire à cette formulation tandis que Kira s'étonne :

« Ils ne vont pas tarder ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Oh, heu. Hum, Aarch ? Chéri, tu peux mettre vos tirs au but en suspens une seconde ? Et bien, si nous avons voulu venir aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour une réunion de famille.

- Oui, et ça tombe très bien que vous soyez passés tous les deux, ajoute Aarch en direction de Rocket et Tia.

- Aarch et moi, nous allons avoir un bébé. »

Les félicitations éclatent au milieu des senteurs fleuries. Adim est rayonnante quand elle explique qu'ils ont voulu attendre un peu d'être sûrs que le début de la grossesse se passait bien pour en parler mais que cela va bientôt faire deux mois qu'elle est enceinte.

Au milieu de cette famille qui s'est perdue et retrouvée de façon si chaotique, Rocket regarde son oncle. Son oncle qui s'est d'abord réconcilié avec son frère, qui l'a observé être réuni avec sa femme, qui est finalement parvenu à reconquérir son amour perdu. Et il remarque qu'il ne l'a jamais vu aussi heureux, même en deux Cups remportées.


« Maman ? Papa ? »

Thran et Ahito entrent l'un après l'autre dans l'appartement de leur parents. Ils débouchent immédiatement dans une petite pièce à vivre dont le mur de droite s'ouvre sur une cuisine vieillotte. Quand ils vivaient ici à quatre, ils se marchaient un peu dessus. Mais maintenant que les jumeaux ont déménagé, leurs parents semblent trouver que le volume est idéal.

« Les garçons ? Quelle bonne surprise ! Dyran ! Dyran, réveille-toi, tes fils sont là ! »

Thran sourit en constatant que leur père est assis dans son bon vieux fauteuil gris, endormi avec à la main un journal ouvert sur une page de mots croisés entamés.

« Hein ? Quoi ? marmonne-t-il en se réveillant avec difficulté. Oh, mes garçons, comment ça va ?

- Très bien papa, répond immédiatement Ahito en allant s'assoir sur le siège le plus proche de celui de son père. On est venu parce qu'on part demain pour le Genèse.

- Ah oui ? Très bien, ça, très bien. Le Genèse c'est bien, il y a plein de choses à faire pour des garçons plein d'énergie comme vous deux. »

Sous le regard amusé de Thran, et celui atterré de sa mère, les têtes de Dyran et Ahito retombent de concert sur leur poitrine respective.

« Bon sang, ils sont impossibles ces deux-là.

- Bah, ça fait un moment qu'ils n'ont pas eu l'occasion de faire une sieste l'un à côté de l'autre, laisse-les donc dormir m'man. »

Il retourne des yeux pétillants vers la petite femme. Il trouve ça adorable à chaque fois qu'il constate qu'il la dépasse d'une bonne tête, au point de ne voir qu'un nuage de cheveux blancs comme neige quand il est trop proche. Mais contrairement à son père, sa mère est une boule d'énergie qui a toujours besoin de bouger, de marcher, d'agir. Et elle lève à l'instant un visage au teint sablé un peu dépité vers son aîné de quelques secondes.

« Tu veux aller faire un tour maman ? Je pense que papa et Ahito veilleront très bien l'un sur l'autre. »

Avec plaisir, Thran voit ses yeux en amande s'illuminer à la proposition.

« Je vais chercher mon manteau. »

Et c'est coiffée d'un béret prune qu'elle pousse gentiment son fils hors de l'appartement.

« Alors, raconte-moi un peu les dernières nouvelles. Est-ce que cette jeune fille dont tu me parlais s'en sort ?

- Anna ? Oui, je te l'avais déjà dit, j'ai l'impression qu'elle va beaucoup mieux depuis que je lui ai parlé. Je sens bien qu'elle ne me fait pas encore assez confiance pour me dire ce qu'elle et son frère ont vécu, mais puisque maintenant elle sait qu'elle peut compter sur moi, je pense que ça ira. »

Sa mère pose sur lui un regard plein d'affection tandis qu'il lui parle de cette nouvelle recrue qui l'inquiète.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il en le réalisant.

- Rien. Je suis simplement fière que mon petit soit si attentif aux autres. »

Thran lui retourne son éternel sourire doux. C'est sa mère qui lui a appris a toujours prendre soin de ceux qui l'entourent, à commencer par son adorable petit frère. Il ne compte plus le nombre de fois où il s'est levé sur ses talons pour chercher des couvertures et border Ahito tandis qu'elle couvrait tendrement son père.

« Et toi maman ? Comment ça se passe à la crèche ? Les petits vont bien ? »


Ahito baille bruyamment, à s'en décrocher la mâchoire. Puis il se frotte consciencieusement les yeux. S'endormir n'importe où ne l'a jamais gêné, en grande partie parce qu'il sait que Thran est toujours là pour veiller sur son sommeil. Mais il ne fait jamais de siestes aussi confortables que lorsqu'elles surviennent dans le salon de l'appartement.

« Bien dormi mon garçon ? »

Entendre son père lui demander ça tandis qu'il est lui-même en train de s'étirer le ferait presque ronronner de plaisir. Il se tourne vers le visage paternel encore un peu endormi, rond et lisse, malgré son âge signalé par son début de calvitie en oreilles de mickey au milieu de ses cheveux gris. À laquelle son espèce de barbe si fine qu'on douterait presque de sa présence fait pendant.

« Comme toujours p'pa ! Et toi ?

- Oh, à mon âge on dort toujours bien. Alors, dis-moi, tu arrives à dormir plus depuis que vous avez un second gardien ? Quel dommage que ta cousine ne soit pas restée.

- Bah, Yuki était super, mais comme elle piquait jamais un somme, elle s'ennuyait trop à rester sur le banc de touche ! Mais Gauvin est un très bon goal aussi. Il a encore des progrès à faire évidemment, mais il est jeune et il apprend vite ! Si je m'endors au mauvais moment, c'est moi que Rocket va faire passer suppléant…

- Allons, ne dis pas de sottises. Mon fiston est le meilleur gardien de la galaxie. Et puis tu assures un spectacle de qualité. C'est important, les beaux gestes, c'est ce qui fait rêver les foules. Et les autres nouveaux ? Tu t'entends toujours bien avec eux ?

- Anna et Devon ? Bien sûr, ils sont cools ! Anna est trop mignonne, c'est comme une petite sœur, maintenant. Thran aussi l'adore. Et Dev est silencieux, on peut faire des siestes de qualités quand il est là. »

Son père s'esclaffe à cette mention. Lui et son cadet partage un point commun assez inhabituel. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, il les rapproche effectivement beaucoup. La narcolepsie est un handicap. C'est difficile de se lancer dans certaines activités quand on sait qu'on risque de s'endormir à tout moment. Alors il laissait ces dernières à Thran et à sa femme, et Ahito et lui restaient au calme, en se gardant toujours le droit de simplement s'endormir côte-à-côte. Bien qu'il ait un peu honte de le penser, il est heureux que l'un de ses fils ait hérité de sa particularité. Quand il a appris qu'il allait être père, il avait craint de ne pas être à la hauteur, de ne jamais vraiment pouvoir partager les jeux de ses enfants, de les ennuyer, voire de les embarrasser. Il se sent tellement chanceux d'avoir au contraire découvert par les yeux d'Ahito que la narcolepsie n'est pas un frein quand on a du talent pour quelque chose, mais aussi de croiser le regard si doux de son aîné, quand bien même ce dernier est plus proche de sa mère. Et c'est parfait comme ça. Parce que sa femme et lui les aiment tous les deux, mais qu'ils ont chacun le leur.


« Et une limonade pour la quatre, une !

- Excusez-moi… Vous êtes Micro-Ice, n'est-ce pas ?

- Hé hé, le seul, l'unique, le magnifique ! Oui c'est moi ! Vous voulez un autographe ? »

La casquette de sa mère enfoncée sur la tête, Micro-Ice revient gaiement au comptoir sous l'œil amusé de sa génitrice.

« Micy, tu n'es pas obligé d'aller servir les tables, tu sais.

- Ça me fait plaisir ! répond-il avec un sourire à lui faire tomber la moitié supérieure du crâne. Alors ? Quelle est la prochaine commande ?

- Ha ha, rien pour l'instant mon chéri. Assieds-toi donc et prends un chocolat chaud. »

Le petit brun obéit en se léchant les babines. Il saisit prudemment la tasse et, constatant qu'elle n'est pas trop chaude, prend une première gorgée qui lui laisse une belle moustache.

« Et dire que tu ne réserves même pas ces chocolats à ton fils unique. C'est une honte maman, une honte. »

Mana Ice laisse échapper un rire comme un son de grelot. Son fils est un tel boute-en-train.

« Tu ne préfères pas sortir pas sortir avec D'Jok avant ton départ d'Akillian ?

- Quelle idée ! Je le vois tous les jours, ce roux ! Non, je réserve mon après-midi à ma petite maman chérie.

- Tu es sûr ? Parce que ta vieille mère pourrait bien parler des sujets qui fâchent, signale-t-elle avec un sourire amusé.

- Ouh là là, les sujets en Y et en Z sont interdits ! Sauf si tu as de nouveaux conseils, évidemment.

- Tu veux dire, à part faire ton possible pour ne pas briser le cœur d'une jeune fille, et tant qu'à faire garder le tien intact ?

- Maman ! Elles sont géniales toutes les deux ! Et personne ne résiste à mon charme fou ! Il y aura forcément deux cœurs brisés dans cette histoire ! C'est une tragédie !

- Mon pauvre chéri, c'est dur d'être un Don Juan.

- Bon, sérieusement, je ne sais pas quoi faire alors je ne fais rien. Une idée lumineuse ?

- Malheureusement non, Micy, si ce n'est que tu ferais mieux de ne pas leur donner de faux-espoirs trop longtemps. »

Micro-Ice pousse un énorme soupir qui n'est pas entièrement simulé. Il le sait bien, qu'il tombe amoureux trop facilement. Ça lui arrive depuis toujours. Seulement, d'habitude, l'élue de son cœur l'envoie paître. Alors pourquoi a-t-il fallu qu'il rencontre presqu'en même temps les deux femmes de sa vie ?

« Allez ! Courage, Micro-Ice ! Les choix ce n'est jamais facile, mais si on n'en fait pas, on ne profite jamais vraiment de rien. Pense à la merveilleuse histoire que tu pourras vivre quand tu cesseras d'hésiter. »

Il garde le silence, le temps de boire une nouvelle gorgée de l'épaisse boisson sucrée que sa mère lui a servie.

« Tu n'as jamais regretté, toi ? demande-t-il doucement. »

Prise de court, Mana Ice hésite un peu, mais se décide finalement pour la vérité.

« Des fois. Dans les moments les plus difficiles. Mais j'ai connu des bonheurs bien plus grands que ce que j'avais osé espérer avant de me lancer. Et j'ai la chance d'avoir un adorable petit bonhomme à mes côtés pour me prouver que j'ai fait le meilleur choix que j'aurais pu faire. »

Micro-Ice lève des yeux rayonnants sur sa maman, et recommence à boire son chocolat chaud en manifestant bruyamment son contentement.


« Bon, alors, j'ai ma carte d'identité, les photocopies de vos deux passeports, et l'autorisation de quitter la planète. Je pense que c'est tout bon. »

Gauvin range avec nervosité l'ensemble des papiers dans une pochette orange, qu'il dépose immédiatement dans son sac à dos, de peur de l'oublier.

« Calme-toi mon chéri, lui dit gentiment sa mère en passant une main affectueuse dans ses boucles blondes. Tout va bien se passer.

- Et même si ça se passe pas bien, tu seras sur le Genèse ! T'imagines pas à quel point je suis jaloux, p'tit frère ! »

Celui qui vient de parler est une version plus âgée du jeune goal, à quelques détails près. Si son crâne est également recouvert d'une profusion de boucles, les siennes sont du même châtain que celles de leur mère. De plus, des lunettes aux verres si épais qu'ils grossissent ses yeux de façon un peu comique lui mange une partie du visage.

« Pourquoi tu dis ça Yvain ? Qu'est-ce qui peut bien t'intéresser sur cette planète artificielle ?

- Comment peux-tu demander ça ? s'exclame le jeune homme, sincèrement surpris. Tu penses à la forêt qu'ils ont recréée ? C'est un prodige ! Il y a des plantes qu'on ne peut observer nulle part ailleurs parce que leur planète d'origine les protège ardemment ! À supposer que j'obtienne mon diplôme, il me faudra encore des années pour obtenir assez de renommée pour me faire financer un voyage d'étude sur le Genèse, et je n'ose même pas imaginer ce que ce serait pour analyser les gladélias directement sur Palissandre ! Non non, tu as une chance hors du commun, et plutôt que de craindre d'oublier tes papiers, empêche-moi de te voler ta place sur cette navette !

- Ben tu sais, avec un peu de chance, je ne pénaliserai pas les Snowkids à la prochaine Cup, et si on arrive en finale, les familles sont invitées…

- C'est vrai ? »

Mais l'enthousiasme d'Yvain est relégué au second plan par une jeune femme qui lui ressemble également beaucoup si ce n'est qu'elle est un peu boulotte.

« Gogo ! Te dévalorise pas comme ça ! Je suis sûre que tu vas être un super atout pour ton équipe ! Et même si t'as encore des doutes, t'as plus de trois ans pour devenir un vrai dieu du foot ! Tu vas voir ! Et puis, je t'encouragerai si fort que l'autre équipe en sera déstabilisée !

- T'es gentille, Lunete…

- Mais c'est que je suis si fière de mes deux petits frères ! déclare-t-elle en venant le serrer contre elle manu militari. Vous êtes si passionnés, tous les deux ! Et dire que moi je fais juste des études d'économie parce que ça rapporte et que j'ai pas d'autre idée. C'est plutôt à moi d'être jalouse ou angoissée ! »

Sous l'œil amusé de leurs parents, Yvain et Lunete font leur possible pour détourner le petit dernier de son stress. Gauvin a toujours été sensible à la pression, cependant, force est de constater que s'il se met dans des états impossibles, ça ne l'empêche pas de réussir ce qu'il entreprend. Aussi ne s'inquiètent-ils pas vraiment pour leur troisième. Ils sont simplement satisfaits d'assister à une énième démonstration de complicité entre leurs trois enfants. Une fratrie qui ne s'entend pas, il n'y a rien de plus triste, pensent-ils.


« Maya ?

- En bas, D'Jok ! »

Le jeune homme descend prudemment les marches de bois taillées en colimaçon dans les énormes racines de l'arbre qui étreint entièrement la maison où il a grandi. Au fur et à mesure de sa descente, la lumière prend une teinte mauve de plus en plus prononcée et les murs finissent par être complétement engloutis par les excroissances organiques. Quand il était petit, l'antre de Maya lui faisait peur, il n'osait pas y descendre. Puis il avait appris ce que faisait sa mère adoptive, et le lieu s'était mis à le fasciner, sans doute encore plus du fait que la voyante avait toujours refusé de lui prédire son avenir.

Lorsqu'il arrive au bas des marches, il avise Maya, assise en tailleur sur les coussins qui entourent la table basse qui accueille sa boule de cristal. La femme qui l'a élevée garde son visage aux traits masculins rivés sur son outil de travail. Ses épais cheveux pourpres repoussés derrière ses oreilles laissent voir de larges créoles d'or. D'Jok remarque que ses sourcils sont légèrement froncés tandis qu'elle scrute les volutes tout en nuances de rose qui tremblent dans la boule en lévitation.

« Un problème ? » demande-t-il en s'asseyant en face d'elle.

La voyante soupire alors que la boule vient se poser en douceur sur la table.

« Une incertitude, plutôt.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je distingue des ombres autour du Genèse. Et je n'arrive pas à savoir si ce sont des menaces. Je déteste quand les visions se bornent à rester confuses comme ça. Tu n'as pas de pressentiment qui pourrait me mettre sur la voie, dis-moi ? »

D'Jok hausse les épaules.

« Des pressentiments, j'en ai eu qu'une seule fois, et ils étaient biaisés. Alors désolé de décevoir tes attentes, mais je vais éviter le shamanisme et me contenter du football. »

Maya éclate franchement de rire devant la moue renfrognée de son fils adoptif. Malgré une ingestion accidentelle d'une tisane de gentlianes qui lui était destinée à elle, son troisième œil a à peine daigné s'entrouvrir, et il en avait été quitte pour une semaine de fièvre et une tignasse rouge en lieu et place de sa chevelure châtain claire d'origine. Mais elle devait bien avouer que si sa couleur pourpre datait de sa première ingestion de cette plante particulière, ses dons avaient eu besoin de quelques réitérations pour pleinement s'éveiller.

« Alors vous partez demain ?

- Tu l'as « vu » ?

- Ce matin, acquiesce Maya avec dépit. Je ne suis pas une voyante très efficace. Soit je « vois » trop tard, soit je « vois » trop flou. Même dans des circonstances vitales, mes dons ne me permettent pas de te donner d'informations utiles. »

Devant l'air abattu de la femme qui l'a élevé, le jeune homme repense à cette fois où elle avait tenté de le convaincre de ne pas livrer le match contre les Lightnings. Sa vision s'était réalisée. Pendant celui contre les Xénons.

« Ne t'inquiète pas pour nous Maya, essaie-t-il finalement de la rassurer. Ce ne sont pas quelques ombres qui vont nous faire peur ! Et puis, toi qui n'a jamais voulu me prédire mon avenir, ne t'avise pas de commencer maintenant que je connais enfin mon destin !

- Tes talents se seraient-ils finalement réveillés ? répond-elle, taquine.

- Pitié, ne parle pas de malheur… »

Maya éclate à nouveau de rire avant que D'Jok ne se remette à lui parler de ce sport qui est désormais toute sa vie. Le destin a le sens de l'humour, se dit-elle. Lui qui est le fils d'un grand scientifique, il a été élevé par une femme qui ne jure que par la spiritualité, et il se réalise dans la performance physique pure.

Des fois, elle regrette que celui qu'elle considère comme son enfant n'ait pas été plus intéressé par ses capacités. Elle aurait pu lui transmettre tant de choses, pourtant. Des fois, elle se dit qu'elle aurait dû insister, le forcer au moins à démarrer. Mais Maya a toujours profondément cru à la liberté, alors elle a laissé à D'Jok celle de choisir une autre voie. Qui apparemment lui réussit au-delà de toute espérance. Et puis, son véritable père aurait sûrement eu du mal à accepter qu'il adopte sa vision des sciences. Cette vision qui veut qu'elles ne soient pas la réponse à tout.

La voyante se retient de justesse de soupirer. Elle a honte de penser comme elle le fait. Depuis qu'elle a accepté la charge du nourrisson des mains de sa mère mourante, elle le considère comme de son sang. Alors elle ne peut pas s'en empêcher, peu importe combien de fois D'Jok lui dit qu'il se sent fier de l'avoir pour mère. Les faits sont là : elle aurait préféré que ses deux parents restent morts.