Bonsoir à tous les lecteurs anciens et nouveaux !
Le chapitre qui suit va encore mettre certains d'entre vous de mauvaise humeur, étant donné qu'on y tue encore quelques personnages, hélas.
Je vous en souhaite malgré tout une bonne lecture ou, si vous êtes curieux d'autre chose, je me permets de vous diriger vers la traduction que j'ai entamée de The North Remembers (Game of Thrones)
Chapitre 25 : la Tour Foudroyée
Une fois au dehors, les deux sorciers reprirent difficilement leur souffle et leurs esprits. Dumbledore parvenait à peine à se tenir debout et Harry avait le vertige. Pourtant, il fallait qu'il se secoue, car le vieil homme serait incapable d'assurer le transplanage jusqu'à Pré-au-Lard dans l'état où il se trouvait. Harry croisa mentalement les doigts, saisit Dumbledore par le bras sans lui laisser le temps de dire un mot, et pensa au village qu'ils avaient quitté quelques heures plus tôt.
Il trébucha et tomba à genoux par terre, mais en ouvrant les yeux il retrouva le décor familier de la rue principale, avec ses boutiques et ses petites maisons serrées les unes contre les autres. Malheureusement, le transplanage combiné avec les effets secondaires de la potion maudite lui soulevèrent à nouveau l'estomac, et il eut tout juste le temps de s'appuyer contre le coin d'un mur pour vomir à nouveau.
- On y est, monsieur, dit faiblement le jeune homme après coup. On a l'horcruxe, et on est à Poudlard... enfin presque.
Dumbledore ne répondit pas et s'appuya lourdement contre Harry, le visage cireux.
- Monsieur ?
- Il m'est arrivé de me sentir mieux, parvint à blaguer Dumbledore d'une voix faible. Cette potion n'était... vraiment pas une boisson recommandée pour la santé…
Harry ne put s'empêcher de sourire à son tour, puis il aida le vieil homme à s'asseoir par terre. Il était plus que temps de l'amener à l'infirmerie et le faire examiner en toute hâte.
- Il faut qu'on rentre à l'école, et Madame Pomfresh va s'occuper de vous.
- Non, protesta le directeur. C'est... le professeur Rogue qu'il me faut... Je ne pourrai pas marcher... si longtemps.
- Bon, alors je vais aller frapper chez quelqu'un pour que vous puissiez vous y installer, et ensuite je vais le chercher, d'accord ? Il faut juste que je vous laisse un petit moment…
Avant que Harry ne pût s'enquérir d'une aide quelconque, il entendit des pas arriver au trot derrière lui. Quelqu'un les avait vus arriver sur la route et les rejoignait. La baguette à la main, Harry se retourna et fit face à... Madame Rosmerta, qui sortait de son pub enveloppée d'une robe de chambre en soie brodée de petits dragons et chaussée de pantoufles à pompons. Voilà un spectacle qui aurait réjoui des promotions entières d'étudiants, mais ce n'était hélas pas le moment.
- Je vous ai vus transplaner alors que j'allais fermer ma fenêtre ! Dieu merci Albus, je ne savais plus quoi faire ! Mais... qu'est-ce…
- Il est blessé, coupa Harry. Il peut rester aux Trois Balais le temps que j'aille chercher de l'aide ? S'il vous plaît ?
- Mais vous n'allez pas y rentrer tout seul, voyons, protesta Rosmerta. C'est... Vous ne pourrez même pas approcher…
- Que se passe-t-il ? l'interrompit Dumbledore.
Elle tendit un doigt vers l'école en tremblant.
La Marque des Ténèbres flottait, verdâtre, au-dessus de Poudlard. Il y avait des mangemorts dans l'école... Des mangemorts, des aurors et l'AP. Oh, ça allait être... un vrai carnage, songea Harry, horrifié.
- Depuis quand est-elle apparue ?
Dumbledore serrait tant l'épaule de Harry pour se tenir debout qu'il y laisserait sûrement des bleus.
- Q... quelques instants à peine, bégaya Rosmerta. Elle... elle n'y était pas quand j'ai fait sortir le chat, c'est juste…
D'un seul coup, Dumbledore parut retrouver une partie de son énergie. Il se redressa et déclara nettement :
- Il faut que nous retournions immédiatement au château. Rosmerta, vous auriez des balais en état de voler ?
- Ou... oui. Vous... vous voulez que j'aille les chercher ?
- Harry s'il te plaît ?
Le jeune homme agita sa baguette et fit arriver deux balais "au pas de course". Les deux engins s'arrêtèrent dans un ensemble parfait devant le trio de sorciers.
- Rosmerta, ma chère, reprit Dumbledore, prévenez tout de suite le ministère. Nous ignorons combien d'intrus sont entrés dans Poudlard, ni si le groupe d'aurors présents sur place sera suffisant. Je ne sais même pas si quelqu'un a eu le temps de sonner l'alarme. Harry, mets ta cape tout de suite.
Il obéit sans discuter. Pouvoir se battre sans être vu présentait des avantages certains. Il jeta un regard à Rosmerta qui repartait chez elle d'une démarche vacillante, comme si elle avait ponctionné ses propres réserves d'alcool plus que de raison. Harry lui-même n'aurait pas forcément refusé un peu de courage liquide… Chassant cette pensée, il décolla, Dumbledore juste derrière lui.
En dépit des piètres qualités du balai, Harry parvint à prendre de la vitesse, et obliqua légèrement pour arriver sur la tour d'astronomie. Un coup d'œil en arrière lui apprit que le directeur suivait sans problème, regardant fixement la Marque des Ténèbres qui flottait au-dessus des poivrières du château. On pouvait dire ce qu'on voulait sur Dumbledore, mais malheur au pauvre bougre qui s'en prendrait à son école et à ses étudiants...
Harry tenta de forcer le balai à accélérer. Ils n'avaient pas pu partir si longtemps. Auraient-ils été surveillés, et Malefoy aurait-il fait entrer ses complices dès le départ de Dumbledore ? Quelqu'un avait-il été tué ? Ou les intrus avaient-ils juste laissé la Marque comme symbole, pour indiquer que même Poudlard n'était plus un endroit sûr ?
Quelque chose crépita soudain autour de Harry et le balai ralentit sensiblement, avant de reprendre son allure. Il venait de franchir les protections du château, mais n'avait heureusement pas été identifié comme "hostile", sans quoi ses cendres tapisseraient sans doute la prairie en-dessous.
Puis il passa par-dessus les créneaux de la tour, laissa claquer le balai sur le sol sans attendre le directeur et fonça vers l'escalier en colimaçon qui desservait la terrasse. Il descendait les marches quatre à quatre quand il entendit des pas précipités arriver en sens inverse. Sa cape le cachait aux regards, mais il ne pouvait éviter un choc. Jetant les yeux de tous côtés, il finit par découvrir une niche dans le mur extérieur, qui avait dû servir à abriter une statue en des temps anciens. Il s'y jeta et se plaqua contre la pierre.
Les pas se rapprochèrent et il vit bientôt Drago Malefoy dépasser sa position en grimpant les marches quatre à quatre. Harry sentit les points d'interrogation s'aligner dans sa tête. Depuis quand le furet participait-il à un combat avec tant d'entrain ? Et comment savait-il… ?
Harry eut envie de se frapper la tête contre le mur. Personne n'était encore assassiné. La Marque n'avait servi qu'à attirer Dumbledore au seul endroit d'où il ne pourrait pas s'échapper. Abandonnant son refuge, Harry suivit Drago, mais plus doucement, pour ne pas faire trop de bruit. Venant du bas de l'escalier, il entendit un fracas métallique et un grondement sourd. On se battait en bas, apparemment. Il atteignait le dernier palier quand il entendit la voix de Malefoy lancer :
- Expelliarmus !
Et voilà… Malefoy se lançait dans la dernière étape de son « travail ». Aurait-il seulement le cran d'aller jusqu'au bout ? Harry se glissa sur la dernière marche et jeta un regard par la porte sur la terrasse.
Dumbledore, désarmé, était appuyé contre un merlon, essayant tant bien que mal de garder son équilibre – en tout cas il n'avait pas perdu son calme – et Malefoy lui faisait face, la baguette pointée sur lui, souriant de toutes ses dents.
- Ingénieux… disait le vieil homme. Mais dis-moi… où sont-ils donc à présent ? Je te trouve bien seul ici.
- Ils ont dû se battre contre quelques membres de votre garde rapprochée, rétorqua Malefoy. Mais ils ne devraient plus tarder.
A la lueur de la Marque, Harry vit un léger sourire relever les lèvres de Dumbledore. Apparemment, il avait un peu moins confiance que Drago dans les capacités de ses complices.
- Je veux des témoins, poursuivit Malefoy. Et j'imagine que ça leur fera plaisir, de voir le grand planificateur se faire avoir par quelque chose qu'il n'a pas su prévoir.
- Je sais depuis cette affaire de collier que c'est toi qui cherche à m'atteindre. Avec le peu de succès que nous avons pu constater. Tu n'as tué personne.
Les pieds de Dumbledore commençaient à déraper sur la pierre, mais il était toujours capable d'asticoter l'ennemi pour tenter de lui soutirer des informations et lui faire perdre du temps. Harry devait admirer la résistance du vieux sorcier.
- Ça va changer ce soir, ricana Malefoy. Je parie que vous n'avez pas la moindre idée de comment je m'y suis pris pour faire entrer les autres dans l'école, hein ?
- Que ça m'intéresse ou non, je sens que je ne vais pas tarder à l'apprendre, de toute façon.
Harry dressa l'oreille. Drago commençait à tomber dans tous les travers du méchant de cinéma, y compris l'envie irrépressible de détailler son plan génial au lieu d'achever sa victime.
- En fait, ce sont les jumeaux Weasley qui m'ont donné l'idée, expliqua Malefoy. Ils auront au moins servi à quelque chose dans leur vie. C'est quand ils ont jeté Montague dans cette armoire à disparaître détraquée, l'année dernière. Ils en ont parlé dans toute l'école.
Harry retint un juron sous sa cape. Il allait dire sa façon de penser aux deux comiques une fois que tout ce bazar serait terminé.
- Elle était déjà dans l'école, donc inutile de s'inquiéter des aurors. Je n'ai eu qu'à la faire réparer, et à acheter son pendant à Barjow et Beurk. Deux mots au sujet de Fenrir Greyback les ont rendus très… coopératifs.
Le bruit d'une cavalcade au bas des escaliers attira l'attention de Harry, qui se pencha par la porte, et vit des ombres se profiler sur les murs. Les « témoins » de Malefoy arrivaient en toute hâte. Une fois de plus, Harry se fit discret, et il vit passer en file indienne… rien moins que Bellatrix Lestrange, Rogue – tenu par son serment – un genre de colosse crasseux qui empestait le fauve et le sang, et deux qu'il ne connaissait pas, apparemment issus de la même famille, laquelle vu leur tête était un peu trop portée sur les mariages consanguins. Sans hésiter, Harry tendit la baguette sous sa cape, se concentra, et envoya un Stupefix informulé sur le dernier mangemort de la file. La chute allait certainement être calamiteuse, mais à ce stade, il s'en fichait un peu. L'autre se figea sur place, puis bascula en arrière et dégringola les marches dans une série de chocs étouffés. Dans la précipitation, personne ne parut remarquer sa disparition soudaine.
- Oh ! Tu le tiens ! Félicitations, Drago, roucoula Bellatrix en faisant tournoyer sa baguette entre ses doigts. Très bon travail. Maintenant, tu sais ce qu'il te reste à faire…
- Alors, Dumbledore, ricana la sorcière à la mine un peu tarée dont Harry venait d'expédier le jumeau dans un monde qu'on espérait meilleur, tu te fais désarmer par un gamin ?
- Eh ! C'est l'âge, dit le vieil homme avec bonhomie. On perd ses réflexes. Tu t'en rendras compte quand tu vieilliras, Alecto. Enfin, si tu y arrives.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? aboya la dénommée Alecto. Hein ? Hein ?
Si tu as besoin d'un dessin, ça m'étonnerait effectivement que tu atteignes jamais le grand âge, ma cocotte, songea Harry, avant de planifier le meilleur moment pour l'envoyer rejoindre le premier mangemort qu'il avait expédié au bas des marches.
Dumbledore se tourna vers le reste de la clique.
- Ah, Fenrir, dit-il en levant les yeux sur le colosse qui semblait trop à l'étroit dans sa robe noire.
Harry sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. C'était Fenrir Greyback ? Il serra les doigts sur sa baguette, puis se força à se calmer il ne rendrait service à personne, même pas à la mémoire de Lupin, s'il se faisait prendre maintenant. Il espérait seulement que le flair du loup-garou n'était pas aussi puissant sous forme humaine qu'animale, sinon il serait repéré en moins de deux.
- Content de me voir ? répondit Greyback en essuyant ses ongles écarlates sur sa robe.
- Uh, non, pas vraiment, rétorqua Dumbledore. J'ai cru comprendre que tu aimais toujours autant jouer avec la nourriture.
Harry se mordit férocement l'intérieur de la joue pour ne pas hurler. A qui appartenait donc le sang qui maculait les doigts – les griffes ? – de Greyback ?
- C'est vrai, ricana l'autre, et tu sais à quel point j'aime les enfants. Faut reconnaître que c'était gentil de m'inviter dans une école.
- Je ne me rappelle pas t'avoir envoyé de carton, lâcha Dumbledore d'un ton méprisant, tout en jetant un regard guère plus aimable à Drago.
- Ce n'est pas moi qui l'ai fait venir, se défendit aussitôt Malefoy.
- Tiens donc… Je croyais que tu avais tout organisé…
- Dépêchez-vous, là-haut ! hurla une voix en provenance de l'étage inférieur. Ils sont entrain de bloquer tout l'étage !
Greyback émit un juron sonore et fit signe à Drago d'en finir au plus vite.
- Severus… chuchota Dumbledore d'un ton presque suppliant.
Rogue resta en retrait. Il ne se faisait apparemment aucune illusion sur ce qui allait se passer. Et l'âme de l'autre furet ne vaudra jamais la peine qu'il perde la sienne, songea férocement Harry.
Drago Malefoy leva sa baguette et s'avança d'un pas.
- Tous vos bavardages sont parfaitement inutiles, déclara-t-il avec un sourire narquois. Je sais très bien quel est le bon choix.
- Je t'en prie, dit Dumbledore avec une infinie tristesse. Je suis désolé pour toi.
Malefoy tendit le bras.
- Avada Kedavra.
Harry observa avec une fascination horrifiée le rayon verdâtre filer et frapper sa cible en pleine poitrine, projetant le corps du directeur par-dessus le parapet comme une marionnette désarticulée. Il serra les dents pour ne pas se remettre à vomir quand Greyback lança un sifflet comme au théâtre, tandis que Rogue reculait de quelques pas, le visage prudemment dénué de toute expression.
Malefoy jeta un regard par-dessus les merlons et hocha la tête en direction de sa tante.
- C'est bon.
- Parfait, ronronna Bellatrix. Je savais que tu en étais capable. Allons-y, il y a encore quelques têtes à faire disparaître et… Où est passé Amycus ?
Harry considéra cela comme l'indication qu'il était temps de déguerpir. Il se glissa dans l'escalier et pendant les quelques secondes que les autres perdirent à regarder autour d'eux, descendit jusqu'au palier inférieur. Puis il envoya toute prudence au diable et se mit à dévaler les marches à toute allure, rejetant sa cape pour éviter de marcher dessus dans sa course folle.
Arrivé à mi-parcours, il aperçut un capuchon noir, ne perdit pas de temps en sommations et expédia un Expelliarmus qui prit l'autre par surprise et l'envoya valser contre le mur. Sans s'arrêter pour vérifier l'identité du mangemort, Harry dégringola les dernières marches et parvenu en bas, il enjamba sans états d'âme le corps inerte du nommé Amycus qui, vu l'angle que formait son cou, était descendu bien plus bas que ces marches.
Puis le jeune homme s'avança dans le couloir… et tomba au beau milieu du chaos.
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Une mince fumée blanchâtre flottait dans l'air et des gravats jonchaient les dalles du sol un peu partout. Des tapisseries arrachées aux murs finissaient de se consumer par terre et tout près, Harry pouvait entendre le fracas de sortilèges mal ajustés qui manquaient leur cible en allant s'écraser contre un pilier ou une armure. Sa baguette à la main, le jeune homme avança rapidement en enjambant les décombres, craignant de tomber sur un autre corps qui serait, cette fois, celui d'un ami. Ce corridor semblait désert ainsi que les pièces attenantes, et Harry, sachant qu'il avait encore quatre ou cinq mangemorts derrière lui, se hâta de quitter les lieux en passant par l'escalier principal.
Arrivé à celui-ci, il vit tomber d'un étage supérieur une forme enflammée, qui atterrit bientôt en contrebas sans un cri. Harry n'osa regarder, ne serait-ce que pour vérifier l'allégeance du mort, car ce serait s'exposer à une attaque d'au-dessus.
Il descendit prudemment les marches, malgré l'urgence ; la rambarde avait été pulvérisée en plusieurs endroits, et une chute de sept ou huit étages n'était pas une expérience qui l'intéressait beaucoup. La chute mortelle du Mangemort était un avertissement plus que suffisant, et il ne tenait pas à ce que la situation se répète. Il atteignait le croisement de plusieurs couloirs quand il fut brusquement tiré en arrière et une main sèche et osseuse se plaquait sur sa bouche.
- Schhh… fit la voix de Rogue. C'est juste moi. Ne faites pas de bruit.
Harry hocha la tête pour faire signe qu'il avait compris, et la poigne du professeur se relâcha. Le jeune homme se retourna pour lui faire face. Jamais il ne l'avait vu si triste.
- Monsieur…
L'agent double leva la main pour lui imposer le silence.
- C'est ici que nous nous séparons, dit Rogue. Je doute que nos chemins se recroisent un jour, alors j'en profite pour vous souhaiter bonne chance, et faites bien attention à vous.
- Je ne suis pas d'accord, répliqua férocement Harry. Je vais nous débarrasser de ce salopard, peu importe le temps que ça me prendra, et vous ne serez plus forcé de vous lier à un maître ou un autre.
Rogue essaya de sourire, mais échoua totalement. Sa main se resserra brièvement sur l'épaule de Harry, puis il disparut aussi rapidement qu'il était venu, laissant le jeune homme seul dans le couloir.
