Ce moment où tu zappes complètement la publication du vendredi pour le réaliser le mercredi suivant e.e Rendu-là, je me suis dit que c'était aussi bien d'attendre à vendredi pour repartir du bon pied. Je suis vraiment désolée, le chapitre m'est complètement sorti de la tête. Des choses se sont bousculées dans la dernière semaine, mais c'est la vie comme on dit! D'ailleurs, déménagement prévu entre fin juin début juillet, fort possible que je rezappe un chapitre dans ces environs-là. Je vais essayer que non, mais aussi bien le dire tout de suite, ce n'est pas impossible XD
Je ne m'étends pas d'avantage, place aux RaR!
Eolane : J'avais prévenu que dans cette 2e partie de la fic, je désirais traiter davantage des autres personnages et de leurs relations qui n'ont pas forcément de lien direct avec Daryl ou Milie :p J'espère que je m'en sors pas mal pour le moment, notamment avec le Carol/Travis qui semble, pour le moment du moins, unanimement apprécié. Comme vous, je trouve que Carol mérite d'avoir un homme bien, un homme d'honneur qu'elle le dit si bien à la fin de la saison 2, à ses côtés et je dois bien admettre que j'ai créer Travis expressément dans cette optique. Je trouvais qu'un homme avec une éducation (il était ingénieur après tout!), qui est gentil, qui a son charisme bien à lui et qui évolue un peu dans l'ombre (doué avec les enfants, qui embarque dans les délires de Noah, mais qui ne s'affiche pas en groupe), comme Carol, serait parfait pour elle. C'est une relation qui se fait un peu par hasard, créée par la considération commune de Carol et Travis pour Talie (j'avais dis qu'elle serait tercière, mais bien présente dans les relations des autres :p) qui est timide et incertaine à cause du passé respectif des deux concernés. Je suis en partie allée dans cette direction parce que c'est une sorte de relation que je n'ai pas encore exploité dans ma fic :)
Pour ce qui est de l'histoire triste de Travis, c'est le premier détail qui m'est venu du personnage. Au même titre que Andrea a perdu sa soeur, que Charlie a vu sa femme emportée par la fièvre, au même titre que tous les autres Travis a souffert de l'épidémie. Il a perdu des êtres aimés, il dû commettre des actes dont il n'est pas fier ou qui le hantent. Comme on ne peut pas tout voir à la télé, on ne peut pas tout écrire dans une fic et penser à chaque petite parcelle de détail serait un boulot incroyablement demandant (surtout pour moi qui est incapable de manœuvrer avec seulement quelques personnages =.=). Mais je tenais quand même à camper chaque OC dans une réalité qui lui était propre. Sans nécessairement aller à fond dans les détails pour tous, mais suffisamment pour éviter qu'un personnage devienne tapisserie. Je peux délaisser un personnage en particulier pendant plusieurs chapitres, mais ils ont tous leur petit moment pour revenir sur la scènette principale. Autrement, à quoi ça me servirait de les avoir? XD
En ce qui concerne Rebecca et Ray, en fait, ce n'était pas prévu ces deux-là! Leur échange dans le chapitre 23 m'a beaucoup plu et finalement j'ai eu envie de pousser leur relation vers le sexe. Le besoin de se sentir près de quelqu'un. Rebecca a toujours été dépendante des hommes et en particulier son frère, parce que pour moi, elle n'a jamais su choisir le bon gars avec qui avoir une relation. Son frère a toujours été l'homme référent dans sa vie, sa conscience, celui qui l'aidait à être une bonne personne et qui la poussait à être meilleure. Ray a eu cette figure dans le chapitre 23, par conséquent, je voyais bien Rebecca s'accrocher à lui. Le principe de la femme qui veut un homme pour la protéger - et pour assurer protection à sa nièce également, je trouvais ça intéressant à traiter! Plus en rapport avec Talie, Rebecca cherche surtout à s'occuper la tête pour arrêter de penser au pire. Dans sa réaction je voulais montrer qu'elle tient énormément à Talie, c'est sa nièce après tout, mais qu'elle ne sait absolument pas quoi faire. Parce que normalement, c'est Charlie qui se charge de tout. C'est lui qui trouve les solutions et qui prend le relais dès que les choses se compliquent le moindrement. Avec Carol qui gère la fièvre de Talie comme une maître et avec confiance, Rebecca prend le chemin facile qu'elle a toujours emprunté, celui de laisser Carol s'occuper de Talie à sa place. J'estime que ce n'est pas tout le monde qui s'adapte rapidement à un changement de situation et Rebecca fait partie de ces gens qui ont un apprentissage lent. Elle commence à pouvoir davantage se défendre par elle-même, c'était déjà beaucoup pour elle, mais comme le montre le cas de Talie dans ce chapitre, il y a encore du chemin à faire ;)
Milie et Noah! Tant mieux si ça t'a plus, parce que ce petit échange de dialogue en particulier m'a bien fait rigoler, mais comme pour Merle j'y reviendrai plus en détail dans la réponse pour Saphira, vos commentaires se complètent.
Saphira15 : J'aime que tu soulèves la question du transfert entre Sophia et Talie! J'ai eu plus ou moins confirmation de mon idée dans la saison 3 au moment où Carol prend Judith dans ses bras parce que je voulais ce lien mère/fille entre Carol et Talie avant même le début de la saison 3. Je crois que ce qui définit Carol en tant que personne, c'est être mère. Prendre soin d'être autres, être à l'écoute de leurs besoins et s'arranger pour palier à ces besoins. C'est ce qu'elle fait, ce qu'elle est. Une petite fille sans parent, forcément, je me dis que Carol ne peut pas ne pas prendre soin de cet enfant. Carol voit très clairement sa Sophia en Talie et ça lui fait du bien de s'occuper d'elle. Ça la reconnecte avec ce qu'elle est. Quant à Talie, elle n'appelait pas vraiment Carol, juste sa mère, carrément, dans un moment de délire à cause de la fièvre. À son âge et sans ses parents, le réflexe de Talie, c'est de s'accrocher aux adultes qui sont autour d'elle. Rebecca davantage parce qu'elle est sa tante, mais elle s'accroche également beaucoup à Noah - parce qu'il est le mec typique qui se met automatiquement à se rouler par terre quand il voit un enfant et que les enfants adorent ce genre de gars :p - et aussi à Milie. Pour chacun des raisons différentes. Rebecca est sa tante, seule figure familiale qui lui reste. Noah est le clown qui l'amuse. Et Milie, c'est celle à voir quand Talie a peur des monstres et qu'elle a besoin d'être rassurée. De façon innée, elle va puiser chez les gens ce dont elle a besoin et Carol assise à son chevet qui replace ses couvertures et lui parle avec sa voix douce, c'était comme être à nouveau avec sa maman, même si en temps normal, Talie est consciente que sa mère est morte et que ça veut dire qu'elle ne la reverra plus jamais. Néanmoins, avec la fièvre, la fatigue, la malnutrition, je crois pas qu'à 5 ans on ait le réflexe de se dire : ah ouais, nha je peux pas appeler maman, c'est vrai, elle est morte. L'appel est venu tout seul et, comme dit plus haut, Carol ne pouvait pas ne pas y répondre :)
Milie et Noah, je n'en ai pas terminé avec eux! Parce que, comme tu dis, en présence de Noah, Milie semble être une autre personne. Elle s'accorde le droit d'avoir 24 ans et être plus immature, carrément. Elle tombe dans le piège, si on veut, du charme enfantin de Noah. Parce qu'il a ce don de faire oublier les horreur et juste rire cinq minutes peu importe ce qui se passe autour. Et même si Noah n'est pas un gros badass qui se la joue Rambo version tueur de zombies, il n'en reste pas moins quelqu'un de fort avec un moral d'acier. Après ces mois d'apocalypse, il est encore capable de rire et de faire rire les autres. Il invente des histoires farfelues et se rend ridicule exprès pour la cause. Pour oublier le sang, pour oublier les morts, pour oublier la faim et les zombies. J'estime que pour être capable de faire naître la joie dans un chaos pareil, il faut être fort et c'est précisément de là que Noah tire toute sa force. Sans oublier que c'est également un bouclier pour lui. En faisant le commentaire de Daryl est vieux ça sert non seulement à dissiper le petit malaise de Milie de on dirait que j'ai surpris mon père en train de faire des cochonneries, brrrrr! mais Noah passe également un peu son avis sur la relation qu'elle a avec Daryl. T'sais Milie, tu baises avec un gars qu'y'a peut-être l'âge de ton père, ça aussi c'est bizarre. Il le fait de telle manière que Milie ne s'en rend même pas compte. Pourquoi ne pas lui dire clairement que ça le dérange? Parce que Noah ne fait pas dans les confrontations. Et aussi précisément parce qu'il n'est pas du genre à s'immiscer de force entre deux personnes. Mais il n'est pas un saint non plus, loin de là! Il a grappiller chaque petit contact que Milie a bien voulu lui offrir - même après avoir su qu'elle était avec quelqu'un d'autre-, mais il n'est jamais allé au-delà de ce qu'elle lui a donné. Déprimer 20 chapitres et monter un plan pour casser le couple de Milie? Ça n'arrivera jamais pour la simple et bonne raison que Noah n'est pas de ce genre-là et que ce serait totalement out character. Il est la définition même de l'homme idéal... Dans la vie d'avant. Et c'est là-dessus que tout repose. Noah était parfait pour Milie avant l'épidémie. Il la faisait rire, la faisait sortir de son sérieux. Il rendait sa vie amusante, lui apportait l'amour dont elle avait besoin et il ne regardait même pas les autres filles. Il savait s'occuper de lui-même et même s'il n'avait pas l'ambition d'être un grand musicien de renom, il payait son loyer et sa bouffe. Que demander de plus? Avant l'épidémie, c'était parfait! Mais plus maintenant. C'est là que ça coince. Noah est resté Noah, mais Milie ne veut plus rire et il ne suffit plus de bosser dans un café et d'aller à l'épicerie du coin pour avoir de la bouffe. Le dilemme est simple, de ce côté, son idée est faite depuis longtemps, mais ça reste plus compliqué que ça. Parce que même en pleine fin du monde - surtout là, je dirais - un antidépresseur comme Noah, ça reste vachement utile! Et la complicité, les sentiments, ça ne meurt pas si facilement. Noah a encore cette facilité à faire rire Milie, c'est clairement exprimé dans ce chapitre, et même si elle ne s'en rend pas encore compte, ça lui apporte un bien fou d'arrêter d'être sérieuse 5 minutes, juste rien faire et dire des conneries comme sont supposés de le faire des gamins de 20 ans.
Merle et Daryl! J'hésitais un peu de ce côté-là, je l'avoue. J'avais un peu peur que le côté "gros méchant manichéen opposant de Daryl" fasse surface alors que, comme tu dis, ce n'est absolument pas ça. Merle ne veut pas se tirer tout seul avec son frère pour casser le couple. Ça n'a rien à voir avec Milie et à peine avec Daryl en réalité. Milie le dit très clairement : Merle est égoïste. Dans ce groupe, il est en rapport de faiblesse. Il ne s'y sent pas à sa place, mais surtout, il ne veut pas y être à sa place. Il n'a fait aucun effort pour s'intégrer. Il a aidé le groupe à la prison pour payer la dette que Daryl lui avait flanqué sous le nez et pour son frère, mais c'est tout. Il ne veut pas se rapprocher de ces gens qui l'ont abandonné et qui lui ont fait perdre sa main! (Ce qui est a mes yeux est franchement normal! :p) Il est pris avec eux parce qu'il n'a pas trop le choix, mais à 99.9% juste parce que Daryl est avec eux, autrement il se serait déjà tiré et se serait débrouillé tout seul, pour sûr! Sauf que dans cet égoïsme, maintenant qu'il a retrouvé son frère, s'il part il veut que ce soit avec lui. Il se fiche bien que Daryl ait à quitter des gens qui sont importants pour lui, qu'il ait à quitter la seule femme qu'il ait jamais aimé. Cette fille, c'est qu'une gamine de toute manière et des gens, ils en trouveront d'autres. Des mieux. Parce que ceux-là, ils ne seront pas responsables de son amputation. Parce que ceux-là, ils ne se méfieront pas de lui. C'est pour ces raisons que j'ai décidé d'y aller quand même pour le Merle qui veut s'en aller en douce avec son frère. Pas parce que "bon, maintenant que Noah est définitivement hors course pour chambouler le Daryl/Oc, ça prend un truc pour mettre encore leur amour à l'épreuve", mais juste parce que Merle ne pense qu'à lui-même. Il n'est pas à sa place dans ce groupe, mais il veut pas quitter son frère. Facile alors, on s'en va avec le petit frère et tout est réglé! J'avais peur que les gens s'arrêtent au premier niveau et qu'ils se disent "roh méchant Merle, il veut séparer Daryl et Milie", mais je suis bien contente, avec ton commentaire tu me montres que mon véritable objectif a bien été vu. Excellent! *0*
Sur ce, comme d'habitude, je vous souhaite une bonne lecture et j'espère que ce chapitre vous plaira! Je l'aime beaucoup, il est parmi mes préférés parce que j'y traite de beaucoup de choses et que ça a été un gros défi pour moi de mettre tout ce que je désirais y mettre. J'espère avoir réussi, mais ça je le verrai bien selon les commentaires que j'en recevrai! Il est plus long que ma moyenne habituelle, 18p. au lieu d'une quinzaine!
On se revoit dans deux semaines pour un nouveau chapitre! En attendant, désolé encore pour ce retard et je souhaite bonne chance à ceux qui sont au milieu des révisions et des examens. Fight les gens, ce sera bientôt fini è.é
Chapter 25 ;; Utopia
Au lendemain de la tempête qui les avait immobilisés pendant plus de deux jours, ils avaient dû attendre encore une moitié de journée que les routes redeviennent praticables. Pendant tout ce temps, Daryl avait pris grand soin d'éviter son frère pour l'empêcher de revenir sur son idée débile de filer à l'anglaise. Merle n'en avait plus reparlé, mais chaque fois que les yeux du chasseur rencontraient ceux de son ainé, il pouvait y lire l'envie de revenir à la charge. Retourner enfin sur la route avait repoussé le projet du plus vieux, ce qui était loin de déplaire à Daryl. Merle était assez fou pour se lancer à l'assaut de la Floride tout seul s'il le voulait vraiment. Par chance, il tenait également à ce que son petit frère l'accompagne, ce qui l'empêchait de mettre son plan à exécution.
Plan qu'il allait ramener sur le tapis bientôt, pour sûr, maintenant que le groupe s'était mis en traque d'un endroit où passer la nuit. Le temps qu'ils mirent à gagner une petite ville, s'écartant de leur itinéraire de plusieurs kilomètres, Merle n'avait cessé de grommeler sur le siège passager de la camionnette – ils avaient hissé la moto dans le lit du pick-up, les averses intermittentes n'étant pas l'idéal pour se promener à moto. Maintenant qu'ils slalomaient dans les rues à la recherche d'une maison pas trop petite pour eux tous et en terrain suffisamment découvert pour ne pas être pris au dépourvu, son chant plaintif ne faisait que s'intensifier.
« On perd du temps et du carburant à ces conneries. Rouler toute la nuit, on y est avant demain matin. L'shérif a p't-être peur du noir, mais pas moi bordel. »
« Fais chier Merle, mets-la en sourdine un peu » marmonna Daryl derrière le volant.
« T'm'diras pas quoi faire p'tit frère. Pas ma faute s'ils sont tous une bande de cons. »
Le cadet était sur le point de répliquer, à bout de patience, mais s'abstint en voyant le convoi ralentir devant lui. La rue tournait sur la gauche à quelques mètres devant eux pour éviter une colline qui surplombait l'arrondissement. Au sommet, la demeure imposante d'une personne qui avait dû être vachement riche et importante dans une autre vie se détachait de l'obscurité naissante. La résidence, de style victorien, avait des allures de château. Ce genre de maisons qu'il ne voyait autrefois qu'à la télé. Ce genre dans lequel Daryl n'avait jamais mis les pieds et n'aurait jamais pensé le faire un jour.
Stratégiquement, c'était parfait. Ils pouvaient voir les ennuis arriver de loin. Le bâtiment était volumineux. Avec du bol, il y aurait des lits pour tout le monde. De vrais lits. Sans cette odeur de mort incrustée dans le matelas et les draps.
Le chasseur vit Rick sortir de la voiture de tête et s'arrêter un moment à la portière d'Alvarez pour discuter. Ça avait demandé du temps et des efforts d'adaptation, mais au final, l'hispanique s'était taillé une place dans le petit cercle de conseillers du shérif. Nul doute que ce dernier considérait également cette demeure sur la colline comme le parfait endroit où passer la nuit, autrement il n'aurait jamais arrêté le convoi.
« Wuha, sympa la baraque » commenta Milie.
Penchée vers l'avant entre les sièges, elle avait dû se lever les fesses de la banquette arrière afin de bien voir ce qui avait valu de s'arrêter. Depuis que Merle avait commencé à grogner – aussi bien dire depuis plus d'une heure – la jeune femme avait sagement opté pour le silence.
« Mais tu divagues complètement mon amour, c'est pas du tout dans nos moyens » plaisanta-t-elle en venant s'appuyer la tête contre l'épaule de Daryl.
L'homme eut un sourire en coin à la mauvaise blague, bien qu'il se garda de répliquer, et Merle lâcha un pfff comme s'il était nécessaire qu'il exprime davantage son manque d'enthousiasme. Rick quitta Alvarez et se rapprocha finalement de la camionnette. Daryl abaissa sa vitre et le shérif vint s'appuyer contre le véhicule.
« Qu'est-ce que t'en penses? » demanda-t-il directement en ignorant parfaitement la présence de Merle pour lui faire clairement comprendre que ce n'était pas son avis qu'il venait quémander.
« J'en pense que c'est le meilleur hôtel de la région » répondit Daryl. « Ratisser la maison devrait pas nous prendre bien longtemps si on s'y met tous. »
Rick approuva du menton, avant de faire savoir qu'Alvarez et Hershel partageaient le même sentiment. Ce fut donc décidé et les voitures se remirent en route pour grimper lentement la colline. L'hispanique, au volant du pick-up, fit un tour complet de la résidence pour s'assurer qu'il n'y avait de surprise nulle part dans le périmètre, avant qu'ils ne s'accordent tous à descendre des véhicules. Daryl s'étira, la sensation de muscles atrophiés d'être resté assis à conduire pendant des heures lui rappelant désagréablement des jours de captivité qu'il aurait préféré oublier. Puis, les équipes se formèrent, par deux ou par trois. Lori et Carol – qui avait encore besoin de sa béquille pour se déplacer – restèrent près des voitures avec les enfants, pendant que les autres pénétraient la maison par la porte principale.
Celle-ci n'était même pas verrouillée. Fidèle à son extérieur, l'intérieur était richement décoré dans un goût classique, surchargé au goût de Daryl. Deux trois de ces objets devaient valoir plus que le mobil home merdique dans lequel il vivait avant que l'épidémie se déclare. Il n'y avait pas la moindre trace de population, vivante ou morte-vivante.
Rick et Hershel trouvèrent le vieux propriétaire des lieux qui avait pris soin de se faire exploser la cervelle dans son boudoir des mois auparavant. Il avait laissé une note sur son bureau, finement écrite avec un stylo qui devait valoir à lui seul une petite fortune. Ça disait à quiconque s'aventurant sur sa propriété, dorénavant seul vestige de la famille ayant fondé la petite ville qui entourait la colline, qu'il pouvait faire comme chez-lui. Qu'il y avait des réserves de nourriture dans la chambre froide. Que le générateur, situé à la cave, était en état de marche bien qu'il restait du carburant pour quelques jours seulement. Il souhaitait bonne chance aux courageux qui avaient choisi de vivre au son des trompettes du jugement dernier et terminait son message en demandant à Dieu de lui pardonner sa lâcheté.
Travis, l'ingénieur, alla donc s'aventurer à la cave avec Merle et T-Dog pendant que le reste du groupe terminait de vérifier chaque pièce. Pas un rôdeur. Pas un traitre signe de pillage. Comme si cette maison – si on enlevait son défunt propriétaire – avait été complètement épargnée du soulèvement des morts.
Une vingtaine de minutes s'était écoulée lorsqu'une légère explosion fit trembler la colline. Quand les sous-groupes arrivèrent à l'entrée de la cave, une fumée noire se dégageait par toutes les sorties qu'elle pouvait trouver. Travis, T-Dog et Merle toussotaient et une fine couche de suie s'était rajoutée à la crasse qu'ils portaient déjà.
« Qu'est-ce qui s'est passé? » demanda Rick, inquiet.
« On a eu du mal à redémarrer le générateur. Il avait pas fonctionné depuis trop longtemps » répondit Travis. « J'ai dû bidouiller un peu, j'espère que ça ira. »
Les lumières commencèrent par vaciller avant de réellement s'allumer et Travis eut un large sourire.
« Ça fonctionne » ajouta tout de même l'ingénieur. « Y reste pas beaucoup de carburant, mais si on est économe sur l'électricité, y'en a pour un peu plus d'une semaine. »
Devoir ménager sur les lumières ou alors ne pas utiliser le four et la cuisinière en même temps leur apparut comme une plaisanterie stupide après tous ces mois sans électricité. Ils n'auraient aucun problème à faire gaffe, habitués à œuvrer à la lueur de leurs quelques lampes de camping depuis des semaines. Il y avait des foyers dans plusieurs pièces de la maison, ils n'auraient aucun mal à chauffer la résidence pour en chasser l'humidité froide.
Carol, Lori et Maggie se lancèrent dans la confection d'un véritable festin malgré qu'ils aient tous engloutis suffisamment de craquelins et biscuits secs pour se rendre malade dès qu'ils les avaient trouvés dans le garde-manger de la cuisine. Cette sensation d'être sustenté, Daryl avait oublié ce que ça faisait. Et c'était sans parler de la douche. Une vraie douche, chaude, avec du savon qui sentait bon et du shampoing.
Si la prison avait eu des airs de paradis lorsqu'elle l'avait vue la première fois, cette sensation s'en trouvait décuplée dans cette maison. D'accord, il n'y avait ni clôture, ni barricade, mais il n'y avait pas non plus de béton gris et morne. Il n'y avait pas cette odeur humide et putride qui trainait en permanence dans les couloirs. Il n'y avait pas non plus de barreaux aux fenêtres. Il y avait des tableaux aux murs. Un feu dans chaque âtre –allumés par leurs bons soins au moment de s'installer. De la nourriture dans les placards. Une grande table en bois massif où ils s'assoiraient tous plus tard pour manger un vrai repas. Le parquet antique craquait agréablement sous ses pas. Ses yeux glissaient sur les tapisseries avec ravissement. Dans ce dédale de portes et de couloirs, elle en oublia presque la fin du monde.
Jake lui avait vaguement dit sur quelle chambre le choix de Daryl s'était arrêté. Sans surprise, elle dut parcourir un labyrinthe de couloirs qui menaient à la chambre la plus isolée de toutes. Sobre, contrairement à d'autres qu'elle avait croisées, mais dont les fenêtres donnaient sur trois directions différentes. Milie sourit. Daryl avait besoin d'avoir des yeux tout le tour de la tête pour se sentir bien dans son environnement. Le son de l'eau qui coulait attira ensuite son attention en direction d'une porte entrebâillée d'où s'échappait des volutes de vapeur. Jetant son barda au pied du lit, souriant encore plus, la demoiselle se dirigea vers la porte à pas de loup, laissant derrière elle une trainée de vêtements tel un Petit Poucet.
Lorsqu'elle entra dans la salle de bain contiguë à la chambre, elle fut frappée de délectation. La chaleur enveloppante de cet air humide sentant le shampoing était un plaisir qu'elle avait bien cru ne jamais revivre. Celui de déceler le corps ferme qu'elle connaissait déjà par cœur à travers la buée sur les vitres de la douche, fut fort agréable à découvrir. La tête sous le jet d'eau, Daryl était en train de se rincer lorsque Milie se glissa sournoisement dans la douche.
« Si tu pensais me surprendre, c'est raté » indiqua-t-il toujours la tête penchée sous le jet, les yeux fermés.
Elle ne se départit pas de son sourire. Tout comme le choix de la chambre, cette sorte d'instinct animal qu'il possédait, et qui lui avait permis de sentir sa présence, n'avait rien d'étonnant.
« C'est pas grave, un jour j'arriverai à te faire sursauter » assura-t-elle sur un ton de défi à relever.
Chassant l'eau de sur son visage, le chasseur se décala finalement du jet en ouvrant les yeux pour les poser directement sur elle. Ils se baladèrent sans pudeur sur son corps pendant qu'ils échangeaient leur place. Lorsqu'elle sentit l'eau lui couler abondamment sur la peau, Milie laissa s'exprimer son extase par un gémissement contenté. Une douche chaude. Un bonheur qu'elle n'avait pas eu l'occasion d'apprécier à sa juste valeur la dernière fois qu'elle y avait eu droit. L'homme qui la dévorait des yeux à ce moment-là n'avait rien à voir avec celui qui le faisait maintenant.
Rapidement, les premières couches de crasse s'écoulèrent d'elles-mêmes, colorant l'eau au fond de la douche d'une teinte brunâtre. Milie frotta le reste avec une éponge et du savon avant de se shampouiner les cheveux. Lorsqu'elle acheva de les rincer, elle ne voyait encore rien qu'elle sentit une paire de lèvres attaquer son cou de baisers et des mains glisser sur sa taille puis ses hanches et ses fesses. Sa peau respirait pour la première fois depuis des semaines et ils firent l'amour à la va vite, comme deux adolescents ayant peur de se faire surprendre, avant de succomber à la tentation de se savonner encore une fois.
Puis, ils se séparèrent. Daryl souhaitait aller rejoindre Rick pour discuter de cette maison. Milie ne l'accompagna pas. Lui disant seulement de but en blanc qu'il serait profondément idiot d'abandonner ce palais pour l'incertitude d'un camp dont la mentalité était toute aussi incertaine. Chargeant presque Daryl d'être son porte-parole à ce sujet, la jeune femme entreprit plutôt de poursuivre son exploration de la maison, s'arrêtant devant chaque tableau qui croisait son regard. Il y avait si longtemps qu'elle ne s'était pas adonnée à l'observation d'une peinture, quelle qu'elle soit.
Il y avait plusieurs portraits qu'on pouvait aisément relier entre eux par l'appartenance familiale, certains traits physiques s'étaient transmis de génération en génération. Milie s'amusa à imaginer les personnalités selon l'apparence des gens qui avaient habité cette maison au fil des années. Perdue au milieu de ses hypothèses, il lui aurait été impossible de dire combien de temps s'était écoulé, jusqu'à ce qu'une mélodie – qu'elle crut imaginaire au départ – la sorte de sa rêverie. Lorsqu'elle comprit qu'elle n'imaginait pas cet enchainement de cordes pincées qu'elle avait appris à reconnaître entre mille, elle avança en suivant les sons, débouchant finalement sur un petit salon où se trouvaient plusieurs canapés à l'allure très confortable ainsi qu'un piano droit.
Le piano n'était pas le seul instrument de la pièce, puisque, debout à observer les objets d'arts, Noah tenait une guitare et jouait une musique de son cru. Sachant à quel point il était bon de renouer avec sa passion après ces mois de sevrage forcé, Milie eut un large sourire en rejoignant son ami qui le lui rendit dès qu'il remarqua sa présence. Tout comme Daryl et elle – et sans doute tout le reste du groupe – Noah avait profité des bienfaits de la douche chaude et portait à présent des vêtements propres, quoi qu'usés.
« T'y crois toi? » s'enjoua Noah. « C'est le paradis ici! Encore mieux qu'à la maison. »
« C'est… féérique » admit Milie après un rapide tour d'horizon de la pièce.
Aucun d'entre eux n'avait jamais connu pareille demeure, c'était certain. Tout ce qui manquait, c'était de hauts murs pour empêcher les intrusions sur le terrain. Et des murs, ils pouvaient en construire.
« Ça donne envie de chanter! » s'exclama le musicien avant de se racler la voix et faire deux trois vocalises.
Malgré elle, son cœur fut saisi d'une chaleur bien typique. C'était le monstrueux cliché de la fangirl, mais elle avait toujours trouvé la voix de Noah absolument magnifique. Elle n'avait jamais su y résister.
« Il était une fois la fin du monde,
Me dit ma copine Raymonde!
Les morts se lèvent, si si.
Partout partout, des zombies,
Pas le temps de faire pipi! »
Milie éclata de rire. Lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois, il chantait à propos d'un pot de confiture à l'orange qui rencontrait son âme sœur, au beau milieu de l'aire passante à l'école d'arts… en caleçon… avec un chapeau de paille sur la tête. Un pari perdu, lui avait-il dit lorsqu'elle lui avait demandé ce qu'il fabriquait. Elle avait appris plus tard qu'il n'avait pas perdu son pari, mais qu'il avait trouvé la conséquence tellement amusante, qu'il s'était fait le plaisir de relever le défi même s'il n'y était pas obligé.
« Froc aux genoux,
Je songeai à une matraque en bambou.
Pourquoi en bambou?
Parce qu'il fallait bien un truc pour rimer avec genouuuuuuux! »
« Et pourquoi une matraque? » demanda malicieusement Milie.
Le jeune homme interrompit brusquement sa mélodieuse chanson improvisée – aux paroles si profondes et lourdes de sens, soit dit en passant – son expression traduisant la réflexion ultime.
« Tous les arts ne sont pas faits pour être compris » répondit-il finalement, ce qui fit renaître le rire de la jeune femme.
Ils trouvèrent confort sur un canapé moelleux. Milie se pelotonna dans un coin, un coussin contre elle, dévorant Noah des yeux sans pouvoir se retenir. Attentif, il accordait l'instrument avec beaucoup de douceur. Ce garçon prenait énormément de choses à la légère – trop de choses, serait-on tenté de dire – mais lorsqu'il était question de musique, il devenait alors délicat et concentré. Lorsqu'il tenait cet instrument entre ses mains, une sorte de magie se mettait soudainement à opérer.
« Tu chantes ma chanson? » demanda-t-elle en regrettant déjà à moitié la requête.
« T'es sûre que c'est une bonne idée? »
« Non, mais elle me manque » admit-t-elle avec franchise. « S'il te plait. »
Il eut un sourire tendre et acheva d'accorder la guitare avant de se lancer dans la mélodie de Mads Langer, I love you. Il l'avait jouée la première fois après quelques semaines à se tourner autour. Noah avait une vieille âme romantique et quoi de mieux qu'un chant d'amour pour exprimer ses sentiments? Depuis, cette chanson avait toujours eu un impact bienfaiteur sur elle. Le revers de la médaille était, cependant, qu'elle en avait également toujours des papillons dans l'estomac et cette chaleur typique dans la poitrine. Chaleur qui n'avait plus sa place entre eux. C'était bien pour ça qu'elle regrettait à moitié d'avoir fait cette demande spéciale.
Néanmoins, quand la voix de Noah s'éleva dans la pièce, elle fut heureuse de retrouver ce petit bout de son passé, comme si tous ces mois horribles venaient soudainement d'être effacés.
« Sometimes
Sometimes when I let myself drift into daydreams
They're about you
And somehow
When I touch your skin my heart begin to do things
How about you?
And the strangest thing about it is
I'm scared to blink in case I miss
You and your beautiful ways
Somewhere
Somewhere in between the now and the beginning
Who cares when?
La,la la, la la la la love
I love you »
Elle avait toujours adoré le début de cette chanson. Des paroles et un rythme légers porteurs de l'exaltation des premiers moments amoureux. Il lui avait chanté cette chanson à de nombreuses reprises. Parfois, comme maintenant, juste pour lui faire plaisir. D'autres fois, en homme fourbe qui voulait se faire pardonner une bêtise, sachant qu'elle ne saurait lui résister après son récital. Et certaines fois, juste parce qu'il voulait lui dire qu'il l'aimait, à sa manière à lui. Au fil des paroles qui s'enchainaient et face à ce regard qu'il n'avait que pour elle, elle songea avec amertume que cette épidémie avait non seulement détruit des milliards de vies, mais également de belles relations comme celle qu'ils avaient.
« I will go out and buy you a plasting ring
Your hand in mine, eyes all shimmering
La la, la la, la la la la love
I love you »
Milie sourit. Évidemment, Noah n'aurait pas été Noah si au moins une phrase n'avait pas été un peu ridicule. La première fois, il avait vraiment une bague en plastique, verte et bien fluo, à lui offrir. Sa nostalgie se renforça à ce souvenir. Dieu que ça lui semblait être à des années lumières maintenant.
La chanson s'acheva et elle n'aurait su dire s'il s'agissait d'un geste mû par l'habitude ou non, toujours est-il que Noah se pencha sur elle pour l'embrasser. Elle faillit bien le laisser faire, plongée dans les réminiscences de leur relation, mais détourna la tête au dernier moment, les lèvres de Noah frôlant sa joue. Le remord et la culpabilité s'emparèrent d'elle. C'était égoïste de lui avoir demandé cette chanson. C'était égoïste de rester si près de lui et d'interagir avec lui presque comme si rien n'avait changé. Parce que tout avait changé.
« Je suis désolée. »
Elle avait l'impression d'être un monstre. C'était purement et simplement cruel. S'était-elle seulement arrêtée aux sentiments de Noah dans tout ça? Peut-être une fois ou deux. L'espace d'une minute. Il méritait davantage de considération. Il méritait mieux.
« Ouais, moi aussi. Mais j'imagine que ça change rien, pas vrai? »
Ça lui faisait mal de le voir ainsi. Il n'était pas fait pour avoir un visage triste. Il n'était pas fait pour être malheureux et errer dans un monde en perdition en proie à la désolation. Non, Noah était fait pour rire, sourire et respirer de joie de vivre. Il était fait pour chanter, égailler les cœurs et partager les petits plaisirs simples.
« Toi et moi, ça appartient à un monde qui n'existe plus » répondit-elle non sans tristesse.
Il baissa les yeux, absorbant le coup, et opina de la tête. Milie eut alors la sensation d'avoir détruit un arc-en-ciel. Elle venait de commettre une atrocité, rien de moins.
« On aurait qu'à installer des barricades » énonça Anderson.
« On était presque blindés à la prison et c'est ça qui nous a attiré des ennuis » fit remarque T-Dog. « Le mieux, ce serait encore de rien faire et s'arranger pour que le coin ait l'air le plus inhabité possible. »
« Pour éviter que les gens s'intéressent à nous, c'est pas mal » admit Alvarez, « mais ça empêchera pas les hordes de passer, elles se fient pas à ce qu'elles voient. »
Certains étaient assis, d'autres debout. À un bout de la longue table en bois vernis, Rick, Alvarez, Anderson, T-Dog, Andrea, Hershel et Glenn y allaient de leurs opinions. Il s'agissait plus d'un échange pour faire le point sur ce que chacun en pensait plus que sur une discussion hautement prioritaire. Appuyé contre un pilier en bois sculpté, Daryl gardait le silence, préférant écouter les opinions des autres plutôt que de donner la sienne. Ils étaient hâtifs et ne voyaient que le blanc et le noir de cette aubaine qu'ils venaient de découvrir. Rien n'était blanc ou noir. Il n'y avait que des nuances de gris, la fin du monde n'avait pas changé ça. La perfection? Même en ratissant le pays de fond en comble, jamais ils ne trouveraient le parfait endroit où s'établir. Il manquerait toujours quelque chose. Il y aurait toujours autre chose en trop. C'était comme ça. Pourquoi ne pas juste se considérer chanceux pour une fois? Ne venaient-ils pas tous de prendre des douches pour la première fois depuis des mois? N'y avait-il pas ce fumet de poulet en train de cuir qui leur titillait les narines? Cette absence d'humidité froide qui pénètre les os. Ces quelques lumières pour diffuser un éclairage agréable malgré la nuit tombée. Oublier un peu tout le reste l'espace d'une soirée, ça ne pouvait faire de mal à personne.
« On s'en fout, on déglinguera tout ce qui passe que je dis » s'exclama Merle de sa voix volubile en pénétrant la pièce.
Il avait une bouteille d'alcool dans la main – déjà entamée – et d'autres sous les bras. Il laissa son butin rouler sur la table, torse bombé, pas peu fier de sa trouvaille.
« Mais ce soir, c'est la fiesta! J'étais sûr qu'une baraque comme celle-là avait son coin bar qu'que part! Et y'a même une table de billard et de poker. »
Daryl eut un sourire en coin pendant que les bouteilles commençaient déjà à circuler. Et si Merle en avait oublié son idée de quitter le groupe pour gagner la Floride par ses propres moyens, alors au diable la question des barricades ou pas de barricades. Cet endroit amenait avec lui bien plus de points positifs que négatifs!
« Bois un coup p'tit frère, ça fait du bien » l'encouragea son aîné en lui tendant la bouteille qu'il tenait.
Le chasseur s'en saisit sans hésiter pour laper une bonne gorgée de whiskey. Il y avait un long moment qu'ils n'avaient pas eu accès à de l'alcool. La dernière fois remontait à leur première nuit dans la prison. Ils avaient partagé ce qui restait d'une maigre bouteille. Pas assez pour réellement faire de l'effet. Avant ça, ça remontait au CDC. Sa gorgée se termina sur un petit goût amer. Le jour qui avait suivi cette nuit ouverte aux grands espoirs n'avait pas été parmi les plus joyeux.
« Et bois jusqu'à ce que tu fasses plus cette sale gueule » ordonna Merle.
Sans réfléchir davantage, le cadet reporta le goulot à ses lèvres pour une autre gorgée, plus volumineuse que la précédente. Rapidement, la demeure enchanta tout le groupe qui en délaissa les pours et les contres d'un endroit comme celui-là. Lorsqu'ils se retrouvèrent attablés devant le plus somptueux repas qu'ils avaient eu l'occasion de manger depuis le début de l'épidémie, celle-ci sembla tomber quelque peu dans l'oubli. Le révérend prit soin de réciter le bénédicité. Sans être croyant, Daryl trouva l'acte tout de même approprié. En ces circonstances, ça ne pouvait pas faire de mal de prendre le temps de remercier quelqu'un pour la chance qu'ils avaient. Ensuite, vin et autres alcools commencèrent à circuler allégrement sur la table. L'humeur était à la fête et bien que ce n'était pas franchement prudent, Daryl fit taire cette petite voix qui lui susurrait la mise en garde en continuant d'écouter les paroles de son frère. Bois. Il était fatigué d'être sur ses gardes vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils l'étaient tous. Ils avaient besoin de quelques heures loin de toutes ces préoccupations. Ici, maintenant, c'était le moment idéal pour le faire. Ils étaient au bout du rouleau. Incertains quant à la suite. Oui, une soirée de pause, ça ne pouvait pas faire de mal et personne ne s'y opposa. Ils portèrent un toast à tous leurs disparus, puis, s'accordèrent le droit de rire tous ensemble.
Rapidement fatiguée – et étant toujours sobre contrairement aux autres – Lori prit sur elle d'aller coucher les enfants. Carl rouspéta, mais il ne tarda pas à suivre Talie au pays des rêves, le doux confort d'un véritable lit ayant rapidement raison de lui. Partageant le lit des enfants, le chien s'était allongé à leur pied sur le matelas moelleux, donnant l'impression de veiller leurs rêves. Lori rejoignit la chambre voisine, confiante, et s'endormit rapidement à son tour.
Un étage plus bas, à l'autre bout de la maison, le reste du groupe avait investi la fameuse pièce bar vantée par Merle. Au comptoir, chacun sur leur tabouret, Hershel et le révérend étaient enlisés dans une conversation théologique qui, de l'avis de Daryl, devait faire un certain bien à Hershel qui se reconnectait, de cette manière, avec sa foi. Ça l'aiderait sûrement à poursuivre son deuil.
La table de billard fit naître un grand intérêt. D'abord pour Merle qui chercha à savoir s'il pouvait être aussi compétitif qu'avant d'une seule main et, surtout, de la gauche, en prenant appui sur son bras droit. Puis pour Carol que son mari n'avait jamais laissé approcher ce genre de choses de tout leur mariage. Travis entreprit de lui apprendre à jouer et, ainsi, la femme et son professeur se mesurèrent à Merle, le nouvellement gaucher. Ce fut la partie la plus longue et la plus haute en couleur jamais observée par Daryl, mais les fous rires et les gentilles moqueries valaient le manque de qualité de jeu face auquel le chasseur était confronté.
Rick, T-Dog, Andrea, Alvarez et Rebecca avaient investi la table de poker, s'amusant à mettre en jeu diverses babioles qu'ils pouvaient trouver dans la pièce où celles avoisinantes question de ne pas jouer pour des prunes.
Également au bar, mais laissant en retrait le vétérinaire et le révérend, les jeunes s'étaient instinctivement agglomérés. Le musicien – guitare tantôt dans le dos, tantôt sous le bras – s'était lancé dans la création de cocktails avec Anderson, pendant que Milie, Glenn et Maggie s'étaient transformés en juges pour l'occasion.
Contenté à simplement tout observer du coin de l'œil, Daryl s'amusa quant à lui à de petits paris avec lui-même, tout en savourant tranquillement les cigarettes qu'il avait récupérées en faisant les poches d'un des types d'Elijah. Qui gagnerait entre Merle et Carol. Qui de Glenn ou Noah tournerait de l'œil le premier. Qui d'Andrea ou T-Dog allait lessiver tout le monde au poker. Qui de Hershel ou du révérend aurait l'argument qui laisserait l'autre sans voix. Quand est-ce que Travis commencerait à avoir les mains baladeuses pendant qu'il montrait à Carol comment se positionner pour effectuer son coup correctement. Quand Glenn et Maggie s'éclipseraient pour aller terminer la soirée en tête en tête. Quand est-ce qu'Alvarez et Rebecca succomberaient également à la tentation – Daryl voyait très distinctement les attouchements discrets sous la table de poker et les regards qui se multipliaient au gré des verres d'alcool.
Quand Merle perdit sa partie contre Carol, l'honneur Dixon fut alors mit à rude épreuve et l'ainé tira son cadet de son isolement pour l'obliger à jouer avec lui. Un rematch deux contre deux – les Dixon contre Carol et Travis – débuta alors et le chasseur délaissa complètement son observation du reste du groupe. Travis et lui étant relativement du même niveau, ce qu'il découvrit après quelques tours de jeu, la partie était serrée et bien que Merle fût atrocement compétitif, l'humeur joyeuse ne déchanta pas pour autant. Rapidement, chaque personne dans la pièce pouvait être considérée comme complètement saoule.
Daryl ne sut pas qui entre le révérend ou Rick alla se coucher le premier. Il ne sut pas non plus comment Merle arriva à faire partir Andrea de la pièce avec un regard outré, mais se douta que ça devait avoir un lien avec une proposition salace qui n'avait visiblement pas plu à la blonde. Ensuite, Merle s'en alla à son tour, en proclamant sans gêne aucune, qu'à défaut d'un peu de chaleur féminine, il allait se faire plaisir tout seul! Difficile de dire qui entre Glenn et Maggie ou Alvarez et Rebecca partirent en premier pour céder à l'appel du péché de la chair. Il ne fut même pas certain à cent pour cent d'avoir vu de petits baisers timides échangés entre Carol et Travis, mais voulut y croire. Carol méritait un peu de douceur pour une fois. Il ne fallait pas non plus lui demander qui avait fait le meilleur cocktail entre Anderson et Noah. Ni comment ce dernier s'était retrouvé debout sur le bar à faire un striptease sur une musique qui devait être la danse des canards, revisitée version interprète complètement ivre. L'idée sembla néanmoins venir d'Anderson si Daryl en croyait la remarque que Milie lui servit quand Noah escalada le bar pour y monter.
« T'es fou de le mettre au défi, il l'aurait fait même en étant sobre! »
Le spectacle rameuta les quelques personnes restantes, Daryl compris, qui sous l'effet étourdissant de la typique perte des inhibitions, alla se caller le torse contre le dos de Milie – assise sur un tabouret –, passant ses bras autour de sa taille. Il posa quelques baisers dans son cou avant de réellement reporter son attention sur la danse de Noah. Toute aussi amochée par la consommation d'alcool, Milie avait à peine dénoté le rapprochement physique auquel son compagnon ne s'adonnait jamais en présence des autres. Comme une enfant, elle grimaçait qu'elle ne voulait pas voir ça et se cachait les yeux derrière sa main, écartant les doigts pour tout voir quand même.
Lorsque le stripteaseur en herbe perdit drastiquement son équilibre – retirer complètement le pantalon fut le grand échec insurmontable – et chuta de sa scène, il y eut une petite panique, vite remplacée par les rires lorsque tous constatèrent que le corps mou de Noah avait absorbé le choc sans mal. Quoi qu'il allait sûrement avoir une ecchymose ou deux le lendemain pour lui rappeler sa mésaventure. L'incident sonna la clôture de la soirée puisqu'il était visiblement temps que tout un chacun regagne son lit.
L'ascension de l'escalier fut le grand challenge de la soirée pour nombre des fêtards. T-Dog fut le premier à perdre pied, suivit de Noah. Ceux-ci et Anderson arrivèrent à grimper les marches en s'appuyant les uns sur les autres. Carol dut s'agripper à la rampe et se faire aider de Travis, trouvant sa propre maladresse très amusante. Tout en bas de l'escalier, la tête tombant légèrement vers l'arrière en observant la taille de la montagne à franchir, Milie secoua la tête de gauche à droite.
« Oublie, j'vais me casser la gueule » certifia-t-elle. « Y'a pas de marches entre le canapé et moi, s'ra mieux. »
Elle ravala un hoquet pendant que Daryl, tête penchée sur le côté, observait l'obstacle à surmonter, l'air pensif. Il en avait seulement l'air parce qu'aucune pensée cohérente ne se formait dans son esprit engourdi. La seule qu'il arrivait à avoir, c'était qu'il était hors de question de dormir sur un canapé pour une fois qu'un bon et grand lit moelleux les attendait au-delà de cette douzaine de marches.
La demoiselle effectuait déjà un demi-tour pour gagner le salon aux nombreux canapés, lorsque Daryl s'interposa en fléchissant un peu les genoux. Épaule inclinée, il cueillit la jeune femme sans difficulté comme une poche de patate qu'il souleva brusquement. Il faillit bien perdre l'équilibre dans la manœuvre, arrachant un petit cri de surprise à son otage au passage. Du haut de l'escalier, les autres rigolaient déjà, pointant ici et là Daryl qui commençait son escalade, se baladant de droite à gauche, son équilibre plutôt précaire depuis qu'il avait hissé le paquet sur son épaule.
« Daryl, tu vas nous tuer! » s'alarma Milie en battant des pieds dans le vide.
Tête en bas, dans le dos de son homme, elle devait avoir une vue franchement peu rassurante de cette montée d'escalier, mais celui-ci n'avait pas les pensées assez claires pour y songer.
« Tais-toi femme » commanda-t-il en lui claquant une fesse « faut j'me concentre. »
Elle riposta en lui tambourinant le bas du dos et le fessier, battant toujours autant des pieds. Il y eut bien quelques moments où Daryl se sentit légèrement tomber vers l'arrière, se rattrapant à chaque fois avec le mur ou la rampe, mais, il arriva à atteindre l'étage, son fardeau toujours sur l'épaule. Il y eut sifflements et applaudissements de la part des spectateurs de la scène, puis les gens se séparèrent de couloir en couloir et de porte en porte.
Daryl était presque arrivé à la chambre quand Milie, toujours la tête en bas, se plaignit plus sérieusement de sa position.
« J'ai mal au cœur. »
Le chasseur s'appuya au mur pour la remettre sur ses pieds sans les entrainer tous les deux dans une chute, puis, une fois debout, elle s'accrocha à ses épaules. Front plissé, visage pâle, elle était en phase de profonde concentration pour ne pas vomir. Daryl prit son visage en coupe dans ses mains, la dévisageant pour chercher à voir si elle allait réellement vomir ou non. La nausée sembla passer, les mains de Milie glissant le long de ses bras pour se tenir à ses poignets, caressant le dessus de ses mains avec ses pouces. La lueur dans son regard changea distinctement, passant du malaise au désir et le chasseur fondit sur ses lèvres sans attendre.
Ils entrèrent dans la chambre pratiquement à l'aveuglette et maladroitement, se cognant ici et là contre les meubles. Une fois dans la pièce, ils se débarrassèrent mutuellement de leurs vêtements, se pressant l'un contre l'autre dans un manque de cohésion qui traduisait leur ivresse. Ses sens profondément engourdis, Daryl buta contre le bout du lit. Ses genoux affaiblis, incapables de résister au choc le firent tomber sur le dos et il rebondit deux trois fois sur le matelas, Milie grimpant à califourchon sur ses cuisses.
Ils firent à nouveau l'amour, complètement guidés par la recherche de sensations parfois atrophiées parfois décuplées par l'alcool qui circulait dans leur sang. Il y eu nombre de maladresses, souvent suivies de rires incontrôlés, et une fois le plaisir recherché atteint, ils s'endormirent au creux des couvertures. À ce moment, Daryl ne songea pas une seconde à ce qui pouvait arriver en dehors de cette pièce. Le corps nu et chaud de Milie contre le sien, il avait le nez contre sa nuque et respirait son odeur – qui pour une fois sentait parfum propre du savon – à plein poumons. Le reste, il s'en foutait. Son frère. Les courbatures de l'autre stripteaseur improvisé. Le rapprochement d'Alvarez et Rebecca. Celui de Carol et Travis. Si Glenn avait été malade ou non. La multiplication des gueules de bois qu'il y aurait le lendemain. Il ne pensa pas une traitre seconde aux rôdeurs et l'apocalypse qu'ils avaient fait naître avec eux. Il en oublia jusqu'à leur existence pendant ces quelques minutes à peu près lucides où il serrait tendrement la femme de sa vie dans ses bras. Puis, ce fut le gouffre noir du sommeil sans rêve qui l'engloutit jusqu'en milieu de matinée.
Quand il se réveilla en raison des rayons du soleil droits dans ses yeux, Daryl eut d'abord l'impression d'être plongé dans un rêve tant ce qu'il observait autour de lui était surréel. Le mobilier chic, les cadres dorés sur les murs, l'air vide de l'odeur de putréfaction, les draps propres et ce visage face au sien, profondément endormi sur lequel ne s'affichait aucune préoccupation. Sans le solo de tambour et cette impression de sable boueux en bouche, typiques de la gueule de bois, il aurait pu croire qu'il s'agissait d'un rêve, mais cette douleur lancinante entre ses tempes lui fit rapidement prendre pied dans la réalité.
Il se frotta vigoureusement le visage, surtout les yeux, pour se réveiller complètement avant de s'enfoncer encore plus au creux du lit. Le chasseur n'était pas du genre à se perdre dans l'imagination de scénarios impossibles, mais, pendant quelques minutes, il se demanda de quoi aurait pu avoir l'air la vie dans cette maison, dans cette chambre, avant l'épidémie, avec Milie. Quand le seul souci était de se lever du lit pour aller travailler pour finalement y revenir à la fin de la journée. Avoir pour première et dernière vision le sourire de la femme aimée et aimante, comblée parce qu'elle pouvait avoir tout ce dont elle désirait. Il en était à imaginer ce que ça pouvait bien faire de prendre le petit déjeuner au lit dans une vie comme celle-là, lorsque les gémissements de Milie le tirèrent de sa rêverie.
Son visage blême et ses cheveux en batailles étaient le fier résultat de cette nuit d'ivresse et de débauche. Son premier geste fut de s'enfoncer dans l'oreiller aussi profondément que possible pour se cacher de la lumière du jour comme si elle ne l'avait pas vue depuis des lustres. Elle grincha de longs sons plaintifs à moitié obstrués par l'oreiller. Daryl sourit, pour une fois que ce n'était pas lui le grognon du matin!
« J'ai mal au crâne » marmonna-t-elle.
« Tu t'attendais à quoi en buvant autant? » se moqua-t-il gentiment en passant une main dans ses longs cheveux à quelques reprises pour y mettre un peu d'ordre.
« Plus de fun et moins de lendemain de veille » répondit-elle franchement.
Le brun eut un rire tandis qu'elle ressortait finalement de l'oreiller, se frottant les yeux pour les aider à se décoller. Lorsqu'elle fut à nouveau capable de voir correctement, elle dévisagea longuement Daryl en silence, un sourire prenant lentement forme sur ses lèvres.
« B'jour. »
Elle se tortilla au milieu de couvertures pour se rapprocher, lui donnant un petit baiser avant de se laisser paresseusement choir contre son torse.
« C'est décidé je sors plus jamais de ce lit » décréta-t-elle. « Trop mal au crâne et pas assez d'énergie. »
« T'sais qu'y'a un remède miracle contre la gueule de bois. »
« Ah? C'est quoi? »
Le chasseur eut un regard plus que suggestif pendant que ses mains partaient à l'aventure sur ce corps qu'il se plaisait à redécouvrir jour après jour. Il sentit sa peau douce frissonner sous son passage et ses hanches se mettre à onduler lascivement contre les siennes dès qu'il les attira contre son bas-ventre.
« Et ça marche vraiment? Ou c'est juste une excuse pour avoir droit au sexe du matin? » demanda-t-elle d'un ton particulièrement aguicheur.
« Y'a qu'une façon de le savoir » répondit-il.
Il gémit tout de suite après sa phrase, son membre soudainement prit en otage par une main chaude qui ne tarda pas à l'éveiller de quelques caresses habiles.
« J'espère que tu n'oserais quand même pas me mentir » avertit-elle juste avant que son souffle ne soit coupé par Daryl qui lui rendait son attaque.
« Pour qui tu me prends, j'suis un type honnête. »
Il chercha à l'embrasser, mais chaque fois qu'il était presque sur ses lèvres elle se désistait d'un sourire malicieux. Ils jouèrent ainsi de caresses et de baisers pendant de nombreuses minutes, appréciant cette trêve apocalyptique. Ils n'avaient pas si souvent l'occasion de prendre leur temps et surtout pas dans un confort tel que celui-ci. Sans oublier que durant les dernières semaines, les jeux d'amour avaient été volontairement et drastiquement délaissés. Daryl avait maintenant retrouvé sa Milie. La surréaliste qui ne se serait jamais approchée de lui avant l'épidémie et qu'il s'estimait incroyablement chanceux d'avoir. Cette fille fonceuse, indépendante et un peu cruelle, à vrai dire, qui – après s'être empalée sur lui pour le guider jusqu'à l'orgasme – lui avait interdit de la suivre sous la douche. Elle était trop affamée et pressée d'aller manger pour remettre ça dans la douche avait-elle dit avant de fuir dans la salle de bain dont elle avait soigneusement fermé la porte. Il avait même entendu le verrou!
Zappant la douche – ne se considérant pas sale puisqu'il n'avait aucune crasse sous les ongles et aucun reste puant de rôdeur d'incrusté sur lui – le chasseur s'habilla et quitta la chambre pour se rendre également à la cuisine. Il n'avait pas particulièrement faim avec toute la nourriture engloutie la veille, mais rien que le luxe de pouvoir manger s'il le voulait était trop beau pour ne pas le saisir.
Quand il pénétra dans la pièce, une bonne odeur de café lui assaillit les narines et il se dirigea d'instinct vers la cafetière pour se servir une tasse. Assis au comptoir de l'ilot central, devant une tasse que venait de lui servir Maggie, Glenn avait la tête dans les mains et ronchonnait à l'image de Milie dans son oreiller.
« Plus jamais » grincha-t-il en prenant la tasse entre ses mains.
Daryl eut un sourire. Lori, Carol, T-Dog et Andrea rigolèrent ouvertement. Il avait dit exactement la même chose après sa cuite au CDC. Ce que T-Dog expliqua brièvement pour ceux qui n'étaient pas présents lors de leur passage là-bas.
Plus énergique en quittant la douche, Milie était complètement réveillée et manger quelque chose achèverait de chasser cet empâtement de la gueule de bois. Finalement, Daryl n'avait pas menti bien qu'elle mettait sa solution miracle avant tout sur l'envie de sexe. Après tout, c'était un homme! Une fois habillée, elle fit rapidement le lit, heureuse à la simple idée ultra normale de défaire un vrai lit ce soir pour aller dormir, avant de descendre à la cuisine. Les dernières dix-huit heures avaient été les meilleures depuis longtemps. Très longtemps. Et elle se surprit à espérer que ces heures se transformeraient en jours. Elle n'avait pas envie de quitter cette maison. Ils étaient si près d'une vie normale. Ils étaient si près de ce qui manquait réellement de la vie d'avant. Pas la télé, internet, les téléphones cellulaires ou les médias sociaux qui n'en finissaient plus d'exposer la vie humaine sous ses moindres angles – souvent ceux dont elle n'avait strictement rien à faire d'ailleurs – mais le confort d'une maison chaude qui pouvait s'éclairer la nuit, d'habits propres, de repas riches et diversifiés. La prison avait été une maison un peu sinistre dans laquelle il était difficile d'oublier pourquoi ils s'y trouvaient. Mais pas ici. Autour de cette table où chacun émergeait des conséquences d'une soirée bien arrosée. Au milieu des plaisanteries et des échanges pimpants de bonne humeur. Ce lieu était ce qu'elle avait envie d'appeler maison.
« J'ai mal au dos » se plaignit Noah en s'assoyant avec beaucoup de soin.
« Tu te souviens pas de ton strip? » s'amusa T-Dog.
« C'était du grand art » renchérit Jake en portant une tasse de café à ses lèvres.
« J'ai fait un strip? »
« Eh oui » assura Milie. « Jake n'a eu qu'à dire les mots magiques, à savoir : t'es pas cap', et deux secondes après, t'avais déjà balancé tes bottes et ta chemise. »
« Ah, ça explique tout » concéda le musicien, la veille semblant très nébuleuse à son souvenir.
« Je t'ai déjà dit cent fois que ça aurait raison de toi un jour » ajouta la jeune femme sur un ton moralisateur.
« T'es une femme » commença Noah.
« Oui, la dernière fois que j'ai regardé, ça n'avait pas changé » coupa-t-elle, se recevant une grimace de la part de l'autre.
« Tu peux pas comprendre ce que ça fait quand on attaque l'orgueil mâle » poursuivit-il tout de même.
« Je- »
Ce qu'elle allait dire fut brusquement coupé par le son de verre fracassé. Certains poussèrent des cris et chacun bondit de sa chaise. Carol et Lori eurent le réflexe d'hurler les noms des enfants pour les rapatrier près d'elles. Ils se rassemblèrent et beaucoup cherchèrent à dégainer leur arme pour se rendre compte qu'ils ne les avaient pas avec eux. Cette maison les avait complètement envoûtés. Milie réalisa soudainement qu'ils n'avaient instauré aucun tour de garde. N'avaient pas pensé à tenir les voitures prêtes comme d'habitude. Leurs affaires n'étaient pas parées à être ramassées en urgence non plus.
« Des rôdeurs, ils arrivent par dizaines » leur appris Ray en revenant avec Rick et Daryl dans la cuisine après être allé voir ce qui se passait.
« Le bruit du générateur hier » comprit soudainement Travis. « Ça a dû rameuter tous les rôdeurs des environs. »
« Et ils sont pas qu'un peu » tonna Rick d'une voix forte. « Rassemblez tout ce que vous pouvez, on se dépêche. Fermez toutes les portes que vous trouvez au rez-de-chaussée, vite, allez! »
Certains réagirent sans attendre, d'autres eurent besoin que Rick frappe dans ses mains à quelques reprises pour sortir de leur torpeur. Ils se retrouvèrent rapidement au premier étage, devant une baie vitrée, observant le spectacle avec leurs maigres bagages à leurs pieds.
« Comment on va faire pour se sortir de là? » demanda Lori en soutenant son ventre rond. « On peut pas rester ici, ils vont finir par tout défoncer et on sera fichu. »
Les rôdeurs s'aggloméraient tout le tour de la maison. Il leur était complètement impossible de rejoindre les voitures. Elles étaient cernées par les morts-vivants qui cherchaient à pénétrer la résidence par n'importe quel moyen. Le son de fenêtres cédant sous la pression qui leur était infligées continua à leur parvenir, provocant des sursauts à chaque fois.
« Faut faire diversion » déclara Glenn.
Il attira toute l'attention sur lui, Maggie lui attrapant un poignet, déjà prête à le retenir.
« Je vais y aller » poursuivit-il.
« C'est complètement fou, tu vas te tuer » paniqua sa petite amie.
« Je suis le meilleur pour me faufiler » dit-il en simple guise d'explication.
« Je vais avec toi » décida Jake.
Personne ne remit sa proposition en question. Après tout, il était soldat. Formé pour se sortir de situations hautement dangereuses.
« Moi aussi » ajouta Milie avant même d'y avoir réellement réfléchi. « On sera pas trop de trois et faudra courir vite. »
Elle avait réussi à survivre quelques semaines sans arme. Ce n'était pas en attaquant les rôdeurs qu'elle avait été en mesure d'accomplir une chose pareille, mais bien en sachant les éviter le plus possible et, surtout, arriver à les semer à la course.
Qu'elle se porte volontaire ne plut pas à Daryl. Elle le vit tout de suite dans ses yeux, mais à l'instar de Maggie qui cherchait encore à faire entendre raison à Glenn, il conserva le silence. Il savait comme elle qu'ils n'avaient pas le temps de débattre de la question. Il fallait agir avant que la maison ne soit complètement infestée de rôdeurs et qu'ils soient tous coincés.
Ils repérèrent un arbre suffisamment près de la maison pour leur permettre de descendre de l'étage par l'extérieur. Postés à diverses fenêtres, Ray, T-Dog, Andrea, Merle, Maggie et Hershel usèrent du bruit d'armes à feu pour attirer les rôdeurs d'un côté précis de la maison. Rick, Travis, le révérend, Carol et même Carl tuaient ceux qui atteignaient l'escalier dès qu'ils les voyaient au pied des marches.
Jake et Daryl défoncèrent la vitre avec une lourde statue de bronze et Glenn enjamba la fenêtre sans attendre marchant comme un funambule sur la large branche, assurant son équilibre en s'accrochant à certaines plus menues au dessus de sa tête. Jake le suivit et Milie ferma la marche non sans un dernier regard pour Daryl avant de passer la fenêtre. Ils descendirent de l'arbre et s'éloignèrent de la maison en deux temps trois mouvements, quelques rôdeurs trainant à leur suite. Mais le nombre n'était pas suffisant.
« Faut les attirer sans vider tous nos chargeurs dans les airs » souligna Jake.
Milie réfléchit quelques secondes avant d'empoigner son couteau, appuyer la lame contre la paume de sa main gauche et trancher d'un coup sec. Immédiatement, davantage de rôdeurs s'intéressèrent à eux. Elle rangea son couteau et ouvrit sa main en direction du sol pendant qu'ils se mettaient à courir en criant aux rôdeurs de les suivre. La trainée de sang, en plus des hurlements incitatifs, fonctionna à merveille. Rameutant la horde trop nombreuse aux yeux de Milie pour être estimée, ils dévalèrent la colline aussi vite que possible. S'ils se faisaient cernés, ils étaient fichus. La maison étant relativement isolée de tout, ils mirent quelques minutes de courses à atteindre d'autres maisons. Ils coururent, toujours en hurlant et Milie laissant son sang couler à grosses gouttes.
« Bordel, ça marche! » s'exclama Merle, épaté, en constatant que les rôdeurs délaissaient la maison pour suivre la parade qui s'éloignait vers le petit centre-ville.
« On est pas encore tirés d'affaire » fit remarquer lourdement Rick.
Armés de machettes, couteaux, haches, bâte de base-ball, pied-de-biche, ou tout autre objet pouvant servir à tuer un mort-vivant de manière silencieuse –pour ne pas rameuter la horde qui s'était laissée prendre par la diversion –, ils entreprirent de descendre le grand escalier. Le rez-de-chaussée fourmillait de rôdeurs. Certaines portes n'avaient pas encore cédées, mais ce n'était qu'une question de temps. En cercle, Lori, Rebecca et les enfants au milieu avec le chien, ils évoluèrent lentement vers la porte d'entrée principale. À quelques mètres de celle-ci, dehors, se trouvaient les voitures. Armé de son couteau – l'arbalète n'étant pas très efficace dans les circonstances – Daryl n'avait qu'un objectif : sortir rapidement de là pour aller chercher Milie, où qu'elle soit.
Ils étaient presque à la porte lorsque Rebecca fut bousculée par T-Dog qui avait dû reculer sous l'assaut d'un rôdeur. Sa main lâcha celle de Talie qui trébucha. Elle peina à se relever au milieu des jambes des adultes, pleurant, pendant que sa tante hurlait son nom. Une fois debout, la petite apeurée s'accula au coin d'un mur en petite boule tremblante. Elle poussa un cri d'effroi lorsqu'un rôdeur qui venait de tomber au sol se mit à ramper vers elle. Le crâne du mort-vivant explosa sous la hache de Carol, du sang giclant sur le visage de la petite fille tant elle se trouvait près de lui à ce moment-là.
Le temps que Carol se penche sur Talie pour la soulever, Travis s'interposa entre elles et un autre rôdeur qu'il tua d'un coup net de machette.
« Recule! » intima-t-il en se servant de son corps comme rempart.
Carol laissa tomber sa béquille et obéit bien que ça signifiait s'éloigner du reste du groupe. Daryl les vit se détacher du cercle et entreprit de se frayer un chemin dans leur direction. Rick avait atteint la porte. Merle fut le premier à sortir, suivit de T-Dog. Il restait des rôdeurs dehors si Daryl en croyait la lenteur avec laquelle ils purent sortir. Rebecca continuait d'hurler le nom de sa nièce, cherchant elle aussi à se créer un passage jusqu'à elle, tuant de manière sauvage et imprécise chaque mort-vivant qui croisait sa route, assistée d'Alvarez.
D'autres rôdeurs arrivant dans la direction où le trio se dirigeait, Travis plaqua Carol contre le mur, en coin avec un lourd vaisselier. Il eut le temps de sourire à Carol avant de sentir la première morsure qui le fit rugir de douleur. Carol hurla à son tour, Talie se mit à pleurer plus fort. La femme s'accroupit pour éviter les morsures, serrant l'enfant contre elle. Travis, malgré les nombreuses morsures qui l'assaillirent de toutes parts continua à jouer son rôle de bouclier jusqu'au bout.
Daryl fut le premier à arriver, plantant son couteau dans chaque crâne avec un geste mécanique et précis. Ni trop fort, ni trop peu, économisant ses forces pour arriver à poursuivre la boucherie jusqu'à la fin. Alvarez et Rebecca se joignirent à lui.
« Daryl! » appela Carol sans qu'il n'arrive à la distinguer.
« Tiens bon » tonna-t-il en portant des gestes plus rapide.
Mais le corps de Travis faiblissait. L'ingénieur était en train de partir, il n'arrivait plus à résister. Rebecca et Talie criaient mutuellement le prénom l'une de l'autre et, malgré tout le chaos ambiant, Daryl arriva à entendre la voix de Carol.
« Ça ne lui arrivera pas. Pas elle aussi. »
Le cœur du chasseur s'arrêta brusquement, devinant une fraction de seconde à l'avance ce que ça annonçait. Carol poussa Talie de toutes ses forces pour la propulser à travers les jambes de rôdeurs. L'ancienne mère s'étala sur le ventre sous l'effort, n'ayant pas eu le temps de retenir sa chute complète avec ses mains. Talie roula derrière les rôdeurs et Daryl s'empressa de la soulever de terre, l'ayant attrapée par un seul bras.
« Bec'! »
Il lui lança presque la gamine qu'elle cueillit dans ses bras avec soulagement, s'élançant sans attendre vers le reste du groupe et la sortie. Daryl ne fut pas suffisamment rapide. Coincée sous le corps maintenant mort de Travis, Carol hurla, serrant le cœur du chasseur d'effroi à la signification de ce cri et des suivants. Elle était fichue. Son dernier acte avait été de sauver Talie. À défaut d'avoir pu sauver sa propre fille de cette terrible fin, elle avait préféré donner sa vie plutôt que de voir la même chose se produire avec Talie.
Refusant d'abandonner son amie la plus précieuse, Daryl continua de tuer les rôdeurs de manière plus violente. Il ne ménageait plus ses forces, défonçant chaque crâne avec toute l'ardeur dont il était capable, la vue obstruée par des larmes qu'il n'était même pas conscient de verser. Il n'entendit pas son nom, répété plusieurs fois par Alvarez. Un bras musclé le tira en arrière, l'ayant saisi en travers du torse, la main accrochée solidement à son épaule. Il résista, mais l'hispanique se révéla être plus fort que lui et arriva à le sortir de la maison pour le balancer dans la première voiture à portée.
« Lâche-moi bordel! » tonna Daryl, colérique.
« Tu peux plus rien faire pour elle » rétorqua le soldat d'une voix à la fois navrée, mais sans appel. « Faut qu'on aille aider ceux pour qui on peut encore faire quelque chose. Faut trouver Milie, pigé! »
Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas couru autant. Le souffle lui manquait déjà alors que quelques mois plutôt, elle aurait pu tenir ce rythme pendant encore deux heures avant d'avoir ce point à l'estomac qui lui tirait à chaque pas. Slalomant entre les édifices, ils cherchaient maintenant une porte de sortie, toujours suivis de près par des dizaines de rôdeurs affamés.
« Faut aller en hauteur » dit Glenn, également à bout de souffle.
Ils baladèrent les yeux sans attendre à la recherche d'un bâtiment possédant une échelle ou un escalier de secours qui leur permettrait de montrer rapidement.
« Là! » pointa Jake en désignant un magasin général qui devait posséder, à l'étage, un appartement pour loger le propriétaire et sa famille.
Glenn fut le premier à sauter à l'échelle de secours, grimpant aussi rapidement que possible. Milie suivit, puis Jake. La vieille échelle rouillée grinça sous chacun de leur geste lourd et précipité par la panique. Milie arrivait à peine à distinguer les sons autour d'elle, son cœur battant à tout rompre dans ses tempes. Il y eut un soubresaut, un long grincement – qu'elle perçut très bien cette fois-ci – puis l'échelle se mit à s'incliner lentement vers l'arrière. Les rivets qui l'ancraient au bâtiment étaient en train de céder. Ils montèrent plus vite encore et Glenn put atteindre le toit avant que l'échelle ne se désarrime complètement. Sans trop savoir comment, Milie arriva à attraper le bras tendu de Glenn de sa main droite. Elle laissa échapper un cri de douleur quand elle sentit Jake s'accrocher à ses jambes pour ne pas tomber avec l'échelle. Glenn, dents serrées avait du mal à supporter leur poids, mais chercha tout de même à les hisser de toutes ses forces. Milie tendit la main gauche vers le bas. Jake arriva à s'en saisir. La poigne était poisseuse et glissante en raison de la paume qu'elle s'était volontairement ouverte plus tôt pour attirer les rôdeurs. Elle hurla, cherchant à se donner plus de force et de résistance malgré la douleur de son épaule – le poids de Jake dévoilant qu'elle avait encore une faiblesse à ce membre déboité par le passé. Mais ce ne fut pas suffisant.
« Jake! »
Il tomba au milieu des rôdeurs qui se jetèrent sauvagement sur lui pour le dévorer. Pendue dans le vide, agrippée à l'avant-bras de Glenn, la jeune femme ferma les yeux pour ne pas être témoin de cette vision d'horreur, se sentant lentement hissée vers le haut. Lorsqu'elle en fut capable, elle s'accrocha au rebord du toit de son bras gauche et Glenn la saisit par sa ceinture pour la faire passer du bon côté de la rambarde en béton.
Serrant son membre blessé de sa main droite, un peu plus haut que le cœur, elle resta adossée au muret. Les nerfs à vif, elle se mit à pleurer abondamment sa peine et sa douleur, sentant à peine Glenn fermer ses bras autour d'elle.
Le rêve n'avait même pas duré une journée. Le cauchemar avait répliqué fort. Représailles cruelles parce que, dans cette maison enchanteresse, ils avaient su oublier cette maudite fin du monde.
