Chapitre 25 : Danse macabre
Cela faisait exactement un mois et deux jours que Will se trouvait à l'Asile et il n'avait reçu aucune visite. Il espérait toujours celle de Jack et redoutait celle de Mason Verger qui était de retour et ne semblait plus malade du tout. Du moins c'était l'impression qu'il avait donné à l'empathe en passant très rapidement devant lui sans même le regarder, en grande conversation avec Tobias Budge qui s'était jusque-là occupé seul de ses patients. Mason avait de nombreux défauts dont l'arrogance, la vulgarité et un fond aussi noir que de la merde de cochon mais il n'était pas un imbécile et il savait qu'il avait besoin d'un allié. Ill ferait tout son possible pour que Tobias prenne la place de Cordell. Il restait à voir si le chirurgien serait intéressé par une telle alliance.
Pendant ce temps, d'autres que Mason et Tobias développaient une amitié : Matthew et Randall. Ils parlaient à voix haute de sujets légers mais chuchotaient aussi longuement quand le gardien était certain que personne ne passerait dans son couloir et ne le verrait aussi proche d'un détenu. Franklyn se montra naturellement curieux de savoir ce qu'ils se disaient mais il le fut beaucoup moins quand Matthew menaça de lui briser quelques doigts en faisant tournoyer sa matraque. Will sentait qu'il ne plaisantait pas contrairement au principal intéressé qui décida de passer le temps en leur racontant des blagues à peine quelques minutes après avoir été menacé. Des blagues si mauvaises qu'elles finirent par les faire rire, y compris Peter qui se portait beaucoup mieux. Après ça, vu qu'ils s'ennuyaient, Matthew leur proposa quelques exercices sportifs. Personne ne l'avait soupçonné mais le gardien faisait pas mal d'activités physiques sur son temps libre et il était de bon conseil. Il ne pouvait pas leur montrer lui-même les exercices parce que ça aurait eu l'air bizarre si quelqu'un passait mais ses explications étaient suffisantes, et il parvenait parfaitement à corriger leurs postures. Franklyn fut le premier a être essoufflé et à s'arrêter et Will pensa brièvement que contre Randall, il n'aurait aucune chance de survivre et que c'était mieux comme ça, car l'homme-animal le tuerait plus vite s'il était peu résistant. Puis il se sentit vaguement coupable de penser une telle chose et reporta son attention sur Peter qui arrêta de faire des abdos, suivit par Abigail, Randall puis lui-même. Matthew sembla trouver leur performance plutôt mauvaise et les taquina.
« Vous êtes tous aussi vifs que des flèches sans empennage. »
« Oho, tu ferais mieux peut-être ? » demanda le voisin de Will, encore légèrement essoufflé.
« Bien sûr. Admire donc un vrai sportif. »
Matthew remonta son haut de façon à ce qu'ils puissent voir ses abdominaux bien dessinés.
« Argument valide. » s'amusa Randall, tandis que Will émettait un sifflement admirateur et que Franklyn regardait avec intérêt.
« Au lieu de regarder les abdos de Matthew, vous feriez mieux de regarder qui arrive... » souffla Abigail, et elle fut satisfaite de les voir sursauter et tous se retourner pour découvrir...Barney.
« Salut la compagnie. Matthew, tu peux aller à l'accueil s'il-te-plaît ? Il y a quelqu'un pour Will. »
« Comment le sais-tu? »
« Je viens de croiser Freddie en sortant des toilettes. Elle m'a demandé de te passer le message, sa majesté la langue de vipère n'avait pas envie de venir jusqu'ici. »
«Ça ne m'étonne pas d'elle. J'y vais tout de suite, merci. »
Le gardien s'éloigna et alla saluer Freddie qu'il trouvait belle, mais sans que cela éveille chez lui un réel intérêt. Il lui fit la conversation juste pour se distraire et pour lui paraitre amical puis il alla dans la salle d'attente chercher le visiteur de Will. Il s'attendait à Jack Crawford et haussa les sourcils en voyant qu'il ne s'agissait pas de lui mais d'une très jolie femme noire.
« Madame ? »
« Bella Crawford. »
Matthew sourit et lui donna toutes les consignes de sécurité sur le chemin menant au couloir des détenus, se montrant charmant avec elle mais pas charmeur. Même s'il trouvait qu'elle avait de grands yeux de biche et que son physique était plaisant de façon général, comme Freddie, elle ne l'intéressait pas spécialement, d'autant plus qu'elle était mariée. Il lui laissa quand même galamment sa chaise, à une distance raisonnable des barreaux de la cellule de Will puis il s'en alla pour les laisser discuter en paix, même si bien sûr les détenus autour d'eux entendraient leur conversation.
« Bonjour, Will. »
« Bonjour Bella. J'avoue que je ne m'attendais pas à vous voir... »
« Je sais. Vous attendiez Jack. »
« Pourquoi est-ce qu'il ne vient pas ? »
« Parce qu'il vous pense toujours instable. Ce qui n'est pas une bonne raison, et je lui ai dit. »
« Que lui avez-vous dit exactement ? »
« Que ce n'était pas une façon de traiter un ami. Surtout qu'avec les deux nouveaux crimes de l'Empaleur, vous êtes lavé de tous soupçons. Je n'ai jamais pensé que c'était vous...Je voulais venir vous voir plus tôt mais je n'étais pas en grande forme, ces dernières semaines. »
« Je comprends parfaitement. Vous êtes venue, c'est l'essentiel. »
« Je m'inquiétais pour vous. Le docteur Lecter m'a dit que vous receviez un traitement et que vous faisiez des progrès... »
« Et qu'a-t-il dit d'autre ? »
« Que vous êtes de plus en plus lucide. Que vous...percevez de mieux en mieux la différence entre la réalité et votre imaginaire, et que vous n'êtes plus un danger pour les autres. J'espère sincèrement que vous sortirez bientôt d'ici, Will. »
« Moi aussi. »
« Vous savez...Jack n'est pas le genre d'homme qui reconnait facilement qu'il s'est trompé. »
« Il n'a pas besoin de le reconnaître. Je ne lui en veux pas de m'avoir pensé coupable, il y avait des preuves...Je lui en veux de ne pas être venu et de ne pas avoir essayé d'entendre ma version des faits. Et d'avoir pensé que j'étais fou. J'ai travaillé pour lui des années...J'avais confiance en lui. »
Bella tendit les mains, les passant entre les barreaux malgré les consignes que lui avaient donné Matthew et Will les serra doucement entre les siennes avant d'ajouter :
« Dites-lui de venir, Bella. »
« Je vous le promets. »
Will savait qu'elle tiendrait promesse et il reprenait un peu espoir quant à une éventuelle visite de Jack. S'il y avait bien quelqu'un que cet homme écoutait, c'était sa femme. L'empathe lui parla encore un bon moment avant qu'elle ne reparte après avoir été cherché le cadeau qu'elle avait pris pour lui et qu'elle avait laissé à l'accueil. Il s'agissait d'une grande corbeille de fruits et, règlement oblige, il ne fut pas autorisé à avoir ladite corbeille. Il partagea son contenu avec le petit groupe et autorisa Matthew a donner le reste aux autres détenus.
Le jour d'après, ce fût Chilton qui eut une visite en la présence d'un inspecteur. Le côté paperasse pour que de nouveaux détenus puissent occuper les cellules vides était presque terminé mais l'inspecteur devait encore vérifier que les conditions de détention étaient correctes. Elles ne l'étaient pas, ce que le petit groupe apprit rapidement via Matthew. Cela mis Will de bonne humeur en imaginant la déconvenue de Chilton, puis Abigail demanda des détails sur les raisons du refus.
« Et bien, je l'avais déjà dit à mon Oncle mais vos tenues ne sont pas conformes. Tout le monde est fringué en blanc ici, détenus, aliénés et soignants. Il va devoir commander des tenus différentes pour vous, grises je crois. Et des matraques pour tous les gardiens, histoire qu'ils puissent se défendre. »
« Donc tu ne seras plus le seul à en avoir une. » le taquina à nouveau Randall.
« Les leurs seront noires et pas télescopiques. J'aurais toujours le style. »
« Et c'est si important, le style ? »
« Dis un type qui a les dents limées en pointe... »
« Ce n'est pas pour le style, ça fait partie de mon identité. »
« Mmh mmh. »
« Au fait, quelqu'un a vu Mason ? » demanda Peter.
« Il reste au premier étage pour le moment...Il se tient calme. »
« C'est curieux. » dit Will, réfléchissant à haute voix.
Mais ça ne l'était pas tellement. Si le chirurgien se tenait tranquille, c'était parce qu'Hannibal lui avait parlé de la mise à mort prochaine de Franklyn et qu'il y assisterait. Il ne se montra donc pas et le clan Graham n'eut pas d'autre visite que celle d'Alana l'après-midi. Elle passa le plus discrètement possible le nécessaire à Abigail pour quand elle aurait ses règles et ils firent tous mine de ne rien voir pour ne pas gêner cette dernière.
« Comment va Margot ? » demanda Peter, toujours soucieux du bien-être des autres.
«Bien mieux. La maison que lui loue Hannibal est très bien et son travail lui plaît. Elle s'occupe aussi beaucoup des chiens de Will avec la voisine, une certaine heu...Molly je pense. Et elle est loin de Mason. »
« C'est le plus important. »
L'infirmière ne resta pas longtemps, son travail l'attendant, et Will ne la revit pas avant le lendemain. Elle venait prévenir Matthew que tous les détenus devaient se rendre à la visite médicale et l'empathe redouta de se retrouver face à Mason mais ce dernier était apparemment occupé ailleurs (à quoi faire, il ne voulait pas le savoir) car ce fut Tobias qui s'occupa de recevoir tout le petit groupe, les uns après les autres. L'homme avait un air faussement bienveillant qui ne trompa pas Will mais il se comporta de façon correcte pendant les examens qui étaient basiques : rien de gênant, de douloureux ou de désagréable pour une fois.
Rien de spécial ne se passa non plus pendant la journée du vendredi mais Will sentit une certaine tension qui allait en s'accentuant au fur et à mesure que le temps passait. Matthew arriva en soirée car il était de garde pour la nuit et il distribua les repas. Will nota immédiatement qu'il ne donnait pas les plateaux n'importe comment mais en suivant un ordre bien défini sur son chariot. Certains étaient clairement destinés à certains détenus et pas à d'autres, alors qu'ils étaient sensé être tous identiques. Il eut la confirmation que quelque chose se préparait quand un bon moment après le repas, il fut rejoint par un autre gardien de nuit qu'il l'assomma pour mieux lui faire une injection. Quand l'homme émit un bruit qui ressemblait fort à un ronflement, il le souleva pour l'asseoir sur sa chaise.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Matthew sourit et plaça son doigt devant sa bouche, puis il ouvrit la cellule de Franklyn qui dormait à poings fermés et tira son corps le long du couloir jusqu'à disparaitre avec lui. Il revint seul un long moment plus tard et ouvrit les cellules de Randall, Abigail et enfin, celle de Will.
« Peter ne vient pas avec nous ? »
« Non, il est trop...sensible pour ce que nous allons faire. Je lui ai donné de quoi passer une bonne nuit de sommeil, comme aux autres et à mon collègue. »
Il négligea de dire qu'il avait reçu les substances nécessaires à l'endormissement de tout ce petit monde des mains d'Hannibal et les conduisit dans une grande pièce vide aux sous-sols où se trouvait un escalier qu'il leur indiqua.
« Montez l'escalier et patientez. Randall vient avec moi. »
Will attrapa la main d'Abigail, ne se sentant pas vraiment à l'aise et il gravit les marches lentement pour découvrir le balcon fait en grillage qui donnait sur une autre grande pièce pleine de bric-à-brac. Il ne s'intéressa pas au fouillisd'objets hétéroclites longtemps car deux personnes se tenaient toutes proches : Hannibal, assis ur l'un des cinq sièges présents et la main posée sur un fusil de chasse, et Mason Verger. Ce dernier était assis également mais à l'intérieur d'une cage grillagée qui le protégeait d'éventuelles attaques extérieures. Will se demanda si le métal rouillé serait suffisant pour arrêter une balle et vint à la conclusion que hélas, ce serait probablement le cas. Le salaud eut l'audace de leur adresser un petit salut de la main à lui et à Abigail.
Will le dévisagea longuement jusqu'à percevoir un certain malaise chez lui puis il laissa Abigail s'assoir directement à côté d'Hannibal et pris la place suivante. Il restait encore un siège entre lui et la cage de Mason, destiné au gardien. Matthew s'y assit quelques instants plus tard et Will pu distinguer Randall quelques mètres plus bas, muni de gants aux griffes métalliques. L'empathe regarda le gardien et celui-ci confirma qu'il était leur fabriquant.
« Toujours aider la famille. »
« Je vois. Docteur Lecter, pourquoi ce fusil de chasse ? »
« Vous verrez, Will. »
Le jeune homme pris une profonde inspiration et observa Franklyn qui était allongé sur un matelas au sol et qui remuait légèrement. Matthew expliqua :
« Je lui ai donné une faible dose, il devrait être pleinement réveillé d'ici quelques minutes. Et Randall est en pleine forme. »
« Oui, je vois ça... »
L'homme-animal était torse-nu et griffait le mur le plus proche, produisant un son crissant désagréable qui aida Franklyn à se réveiller. Will le quitta des yeux pour observer les autres, analysant leurs expressions et leurs postures. Hannibal était visiblement à l'aise, détendu et curieux de ce qui allait suivre et Will songea un moment à leur discussion à propos du théâtre. Le médecin n'aurait sans doute pas eu l'air différent s'il avait été bien assis dans une salle de spectacle, attendant que le rideau se lève. Abigail était clairement plus tendue mais Will songea qu'elle n'aurait pas désiré être ailleurs. Son regard était fixé sur Randall, et l'empathe compris que ce qui allait se passer serait décisif pour elle. Ca éclaircirait ce qu'elle ressentait pour le jeune homme aux griffes de métal, et cela l'éclairerait également sur sa propre nature. Jusqu'ici, elle avait tué uniquement pour se défendre et elle était curieuse de voir si elle serait capable de regarder Randall tuer quelqu'un pour qui elle n'éprouvait pas de haine, seulement une légère animosité. Son père n'avait jamais agi devant elle, quant à Cordell, il avait mérité son sort.
Mason s'était levé et appuyait le visage contre le devant de sa cage métallique, impatient que les choses commencent. Will savait qu'il espérait que Randall taillerait Franklyn en pièces, si possible lentement, et qu'il se blesserait au passage car l'environnement n'était pas vraiment sûr. Matthew était assis et regardait la scène située plus bas avec nonchalance, curieux mais sans plus comme à son habitude.
Randall semblait s'impatienter et il fit un petit signe à Hannibal qui plaça un disque sur le gramophone qu'il avait emporté en plus du fusil. Will put en lire le titre : la Danse macabre de Saint-Saëns. Le psychiatre lui avait fait écouter lors de leur dernière séance et il savait que c'était l'un des airs favoris de l'homme-animal. Franklyn s'éveilla un instant plus tard et se frotta les yeux, regardant autour de lui sans comprendre où il se trouvait, désorienté. Lorsque sa vue se fut un peu éclaircie, il reconnut Randall et remarqua ses gants aux longues griffes métalliques ainsi que le balcon au-dessus d'eux.
« Randall...Que faisons-nous ici ? Ouh, il fait si froid...»
« Nous sommes ici pour régler votre problème Franklyn. Vous entendez toujours le lion, n'est-ce pas ? »
« Ou...oui, mais je ne vois pas... »
« Je suis le lion, Franklyn. La seule façon de vous débarrasser de moi sera de me tuer. »
« Mais je ne veux pas vous faire de mal, Randall... »
« Mais moi si. Ça n'a rien de personnel, vous savez... »
« Ce n'est pas juste ! Vous êtes armé ! »
« Est-ce que la gazelle reproche au lion d'avoir des griffes ? Courrez, Franklyn...vous trouverez peut-être une arme quelque part par ici. »
Commençant à avoir peur, le petit homme leva la tête vers le balcon.
« C'est une mauvaise blague...docteur Lecter...vous n'allez pas laisser un de vos patient se faire tuer ? »
Le psychiatre ne daigna même pas répondre, observant froidement ledit patient et la scène où se jouerait sa mise à mort. Franklyn se tourna alors vers Will.
« Oh Will, je vous en prie...vous n'allez pas laisser faire ça...Abigail, une si gentille fille...aidez-moi...Matthew... »
L'homme commença à respirer plus vite et plus fort, stressé tandis que Randall lui laissait encore un moment pour réagir. Will se sentait extrêmement mal à l'aise car s'il intervenait en faveur de Franklyn il risquait de mettre Randall dans une rage folle. S'il ne tuait pas ce soir, il tuerait prochainement. Et Hannibal semblait vouloir assister à une exécution cette nuit. Malgré tout, Franklyn était innocent et il ne pouvait se résoudre à le laisser mourir ainsi. Jusqu'ici, il n'avait rien pu faire parce qu'il était enfermé mais là, il était libre de ses mouvements. Au minimum, il se devait d'essayer d'empêcher ça.
« Docteur Lecter...donnez-moi votre fusil. »
« Qu'en feriez-vous ? »
« Donnez-le moi, s'il-vous-plaît. »
Mason intervint, ayant parfaitement compris les intentions de l'empathe :
« Il nous ferait tous sortir d'ici et la plus grosse gazelle du monde retournera en cellule sans dommages. »
« Je ne vous donnerai pas mon arme, Will. Mais je tirerai sur la personne que vous me désignerez et n'occupant évidemment pas une place sur ce balcon. »
Randall ou Franklyn. Will réfléchit à toute vitesse. Avant d'entrer dans l'Asile, s'il avait été dans une situation semblable il aurait demandé à Hannibal de tirer sur le meurtrier, mais il se trouvait qu'aujourd'hui, le meurtrier était un jeune homme de dix-neuf ans qui avait tué pour lui, qui avait confiance en lui et qui l'avait consolé et écouté à de nombreuses reprises. C'était l'un de ses premiers vrais amis, et il n'aurait pas hésité à se mettre en danger pour le défendre. Le faire abattre semblait juste d'un point de vue extérieur car il allait tuer un innocent, mais pour Will c'était de la trahison et un choix impossible à faire. Il lui restait la possibilité de faire abattre Franklyn. C'était un choix raisonnable car ce dernier n'avait a priori aucune chance contre l'homme-animal, mais Will trouvait profondément injuste de ne pas lui laisser l'opportunité de tenter de se défendre. Et il n'avait pas envie d'endosser la responsabilité de sa mort non plus, alors il se tut.
Hannibal s'occupa du gramophone et la Danse macabre résonna dans la grande pièce comme un signal. C'était le début de la chasse, et Franklyn commença à courir. Randall était extrêmement rapide et il le rattrapa sans difficulté, le cœur ne battant plus vite qu'à cause de la course et de l'excitation. Il leva ses griffes, totalement en phase avec la bête en lui et laissa de profondes zébrures rouges sur les bras et les jambes du petit homme
Jusque-là, Will ne l'avait pas considéré sadique car il pouvait se contenter de tuer rapidement bien qu'avec brutalité, mais là, avec l'isolement et l'idée que son prochain meurtre serait dans longtemps, il avait le désir intense de prolonger les choses et de profiter de chaque sensation, au détriment de sa victime.
« Cours plus vite, Franklyn ! » encouragea Randall.
Ce dernier gémit car les coupures lui faisaient mal mais il courut, nettement plus vite que précédemment. Quand il vit que son poursuivant arrivait à nouveau à sa hauteur, il regarda autour de lui et attrapa ce qui semblait être un pied de chaise brisé. Il essaya d'assommer l'homme-animal avec l'énergie du désespoir mais ce dernier évita habilement chaque coup et lui saisit le bras, le mordant profondément et lui arrachant un premier morceau de chair. Le hurlement de l'homme couvrit la musique et il lâcha son arme, puis comme Randall l'avait lâché lui, il recula en sanglotant.
« Laisse-moi une avance ! »
Randall sembla hésiter puis il sourit, ses dents pointues rougies de sang.
« Très bien. »
L'homme-animal ferma les yeux et Franklyn aurait pu en profiter pour tenter de l'attaquer, mais il avait trop peur et il chercha un endroit où se cacher, ce qui ne manquait pas. Il ramassa une bouteille brisée qui ferait une arme parfaite et trouva refuge derrière une armoire de métal au evant vitré plutôt lourde mais qu'il ne serait pas impossible de pousser. Will sentit son cœur s'accélérer lorsque Randall rouvrit les yeux et commença à chercher sa victime en escaladant souplement tout obstacle qui se dressait sur son chemin, et il perçut à nouveau le loup géant derrière lui. Il aurait peut-être pu voir un lion étant donné les circonstances, mais l'idée qu'il s'était fait de la créature de Randall correspondait beaucoup mieux à ce dernier. L'empathe se concentra sur ce qu'il ressentait par rapport à ce qui se passait plus bas, et il dut reconnaitre qu'il n'avait pas exactement envie que le Franklyn échappe à son ami. Il voulait être honnête avec lui-même et entendit distinctement la voix d'Hannibal alors que ce dernier n'avait pas desserré les lèvres, concentré sur la chasse.
« Que ressentez-vous ? »
Il répondit en silence à sa voix intérieure, identique à celle de son psychiatre pour l'occasion de cette introspection.
« De l'excitation. J'ai...envie qu'il l'attrape. J'ai envie qu'il le blesse. Ce n'est pas une victime que je choisirai, parce qu'il est innocent, mais à présent que nous en sommes là...Oui, j'ai envie de voir Randall le tuer. »
« Parce que Randall est votre ami et que vous éprouvez du plaisir à le voir en prendre ? »
« En partie. J'éprouve aussi du plaisir parce que je peux m'imaginer à sa place. Je ressens l'excitation de la chasse...Je ressens le poids des lames rassurantes au bout de mes doigts...le goût du sang dans ma bouche et l'impression de toute puissance. Il ne peut pas m'échapper. »
« Et ressentez-vous la terreur et la douleur de Franklyn également ? »
« Non. Je ne la ressens pas...Parce que je ne le veux pas. Je ne veux plus subir mon don, je veux le contrôler. Je suis pas responsable de ce qui arrive à Franklyn, alors je n'ai pas à ressentir sa souffrance. »
« Prendriez-vous la place de Randall, si c'était possible ? Pourriez-vous tuer sa victime ? »
« Non. Et je ne le désire pas. Ce n'est pas parce que je prendrais du plaisir à tuer que je passerais facilement à l'acte. Je ne suis pas un tueur. »
Will cessa là sa conversation avec lui-même, observant Randall s'approcher de l'armoire derrière laquelle était caché l'homme grassouillet. Il allait passer devant et...
« Randall, recule ! » cria Matthew, à la grande surprise de l'empathe.
L'homme-animal obéit et fit un bond en arrière alors que l'armoire se fracassait au sol. S'il l'avait reçue sur lui, il aurait pu être grièvement blessé...ou tué. Matthew avait heureusement compris ce qui risquait de se produire quelques secondes avant Will et il était intervenu. Il était du genre plutôt détaché et l'empathe songea d'abord qu'il avait sauvé leur ami par loyauté envers leur groupe, mais en regardant le gardien, il comprit que c'était autre chose.
Ce dernier avait approché son siège du bord du balcon et il tapotait l'une de ses dents avec l'ongle de son index, l'air profondément pensif. Il était clairement intéressé par ce qui se passait sous ses yeux maintenant. Absorbé était le mot le plus juste, et Will ne l'avait jamais vu comme ça auparavant.
Il reporta néanmoins son attention sur Randall qui sauta sur la poitrine de Franklyn avec une forme de grâce qui contrastait avec la sauvagerie avec laquelle il enfonça ses griffes dans son abdomen, l'éventrant presque. Les hurlements résonnèrent à nouveau, sonnant curieusement par-dessus la musique qui touchait à sa fin. Le petit homme aurait pu abandonner, mais alors que Randall enfouissait son visage dans la chair à vif, sa main tremblante s'approcha de la bouteille brisée qu'il avait lâchée. Will l'avait vu et il ne se tut que pour laisser Matthew prévenir leur ami, car il était évident que le gardien voulait l'aider, ou bien participer à sa manière à ce qui se passait.
Randall recula et évita de peu d'avoir le visage tailladé par l'éclat de verre, et il réduisit une bonne fois pour toute l'esprit combattif de sa victime à néant en lui coupant plusieurs doigts de quelques coups de lames acérées. Un bruit provenant de quelque part derrière lui attira l'attention de Will et il se retourna pour découvrir Abigail à genoux et leur tournant le dos. Elle vomissait, et tout ce qui sortait de sa gorge coulait entre les carrés de la grille formant le plancher du balcon, tombant quelque part plus bas. En parfait gentleman, Hannibal se leva et lui donna son mouchoir brodé avant de lui indiquer la pièce vide à côté où se trouvait un robinet. Pendant qu'elle partait se rincer la bouche, les personnes restantes sur le balcon observèrent la suite des évènements.
Randall voulait de toute évidence encore jouer et il poussa Franklyn à se relever. Ce dernier essayait d'empêcher ses intestins de s'échapper de son ventre en les retenant avec son bras blessé. Il pleurait et gémissait à la fois et retomba bien vite au sol. Même si Will s'était détaché autant que possible de son empathie pour ne pas souffrir lui-même, il était plus que conscient de l'horreur de la situation.
« Hannibal, achevez Franklyn s'il-vous-plaît. »
« Non ! » s'opposa Matthew tout en se relevant. Ils étaient tous debout maintenant, à l'acception de Mason qui semblait beaucoup s'amuser, à l'abri dans sa cage.
« Regarde-le ! Il ne mérite pas ça... »
« Regarde Randall. Il est parfait. Lui... »
Il désigna l'être humain qui venait de retomber sur le sol, agonisant, et continua :
« ...il n'est rien qu'un insecte rampant en comparaison. »
« C'est un homme. Imagine l'un d'entre nous à sa place... »
« Sauf que ce n'est pas l'un d'entre nous. »
« N'importe lequel d'entre nous pourrait être...une proie un jour. »
« Je défendrai les membres de notre famille. Le sort des autres m'indiffère. »
« Une chance que nous n'ayons pas pensé de la même façon alors que tu ne faisais pas encore partie du groupe. »
« Vous n'avez pas pensé à faire de moi une proie parce que je n'en ai pas l'attitude. Abigail et toi avez de l'empathie contrairement à nous, mais vous n'êtes pas si différents. Vous êtes des meurtriers, et il serait temps que vous l'assumiez. »
« Je refuse de voir Franklyn se faire torturer une seconde de plus. »
« Alors laisse Randall l'achever. Ne lui retire pas cet instant... »
« Très bien, mais que ce soit rapide. »
Randall avait suivi la discussion sans quitter sa victime des yeux. A présent que tout était silencieux en dehors des gémissements de celle-ci, il se pencha sur elle et la mordit à la gorge. Le petit homme émit un dernier gargouillement avant de mourir et Randall observa ses yeux devenir vitreux, le visage couvert de sang tandis que Matthew l'observait lui, les yeux brillants de ce que Will interpréta comme de la convoitise. Il se passa plusieurs minutes pendant lesquelles personne ne parla puis le silence fut brisé.
« Bien, il va falloir faire le ménage à présent. » soupira Matthew, et il ramena Will et Abigail en cellule pour que Mason puisse sortir à son tour. Ce dernier s'en alla sans demander son reste bien qu'ayant apprécié le spectacle et le gardien se retrouva seul avec Hannibal et Randall. Matthew et le psychologue s'occupèrent du corps de Franklyn, récupérant tous les morceaux pour les placer dans un cercueil qu'ils fermèrent définitivement. Comme prévu, il serait dit à la famille que ce dernier était hautement contagieux. Hannibal s'en alla ensuite, laissant Matthew avec l'homme-animal qui le fascinait tant.
« Je reviens. »
«Je ne bouge pas. » promis Randall en léchant le sang sur ses gants. Il commençait déjà à sécher.
Le jeune homme aux yeux verts revint quelques temps plus tard avec une tenue propre pour son allié et de quoi le nettoyer, lui et ses gants.
« Je n'ai pas envie de les enlever... »
« Je sais, mais c'est nécessaire. Ne t'inquiète pas...Tu es ce que tu es, avec ou sans eux. Et tu es magnifique. »
«Tu m'as observé du début jusqu'à la fin ? »
« Je n'ai pas détourné le regard un seul instant. C'était une belle chasse...Juste un peu rapide, parce que Franklyn était faible. Ce serait intéressant et...amusant de trouver quelqu'un de plus résistant. »
« Will ne voudra pas. »
« Non, pas si vite, bien sûr. Il ne faut pas que les morts paraissent suspectes ou trop nombreuses. »
« Il voudra surtout choisir le type de proie. Et il voudra que je me tienne tranquille longtemps. »
« Et bien...si la personne qu'il désignera te convient, pourquoi pas ? Mais tu pourrais aussi te passer de Will. »
« Et qui choisirait mes proies, toi ? »
« Oui. »
« Will est mon ami. »
« Justement. Il est mon ami aussi et je l'ai observé...Même quand il essaie de se couper de son empathie, il n'y parvient pas totalement. Il absorbe...Et il ne s'est pas encore libéré de ses principes moraux. Peut-être même qu'il ne le sera jamais. Si ce n'était pas quelqu'un de loyal, il serait même un danger pour nous. »
« Mais il est loyal. »
« Tout comme toi et moi. Ce que je veux dire, c'est que faire de Will celui qui choisit tes victimes ou même juste...lui demander d'approuver tes propres choix n'est pas une bonne idée. Ce qu'il ne sait pas ne lui fait pas de mal. Je suis celui dont tu as besoin. »
« Peut-être bien. Hum...dis-moi, est-ce que me regarder faire...Est-ce que ça t'as permis de trouver ta propre voie ? »
« Oui. Et je t'en remercie. Je sais exactement ce dont j'ai besoin à présent. Et ce qui me fait vibrer... »
« Et qu'est-ce que c'est ? »
« Je te le dirai demain. Je ne crois pas que je parviendrai à en parler maintenant j'ai besoin de...d'assimiler la chose. »
« Ce qui ne me rend que plus curieux, et c'est le but escompté. Tu n'as pas besoin d'assimiler mais de réfléchir à la façon dont tu vas formuler les choses pour rendre ça plus sensationnel. Le style... »
« Non, cette fois ce n'est pas une question de style.»
« On verra ça. Comment va Abigail ? Je l'ai aperçue un bref instant mais après...et bien, j'étais concentré sur ce que je faisais. »
« Elle a vomit. Elle est choquée et je ne pense pas qu'elle désirera avoir une quelconque relation amoureuse avec toi à présent. »
« Elle est revenue vers moi après la mort de Cordell... »
« Ce n'était pas la même chose avec Cordell. Franklyn n'avait fait de mal à personne et puis ça a duré plus longtemps qu'avec Cordell, non ? »
« Oui...avec lui, ça avait été vraiment vite. Cette nuit, c'était différent...c'était...intense. »
« Dis-moi comment tu te sens à présent... » souffla doucement Matthew, en retirant et en nettoyant les gants qu'il avait fabriqué avant de les ranger.
« Apaisé. Fatigué et en forme à la fois...Je me sens...en vie. »
« Oh oui, c'est ce dont tu as l'air. Fort et en vie. » sourit le gardien en lui lavant le visage et tous les endroits où il était couvert de sang.
« Grâce à toi. Si tu ne m'avais pas prévenu pour l'armoire, j'aurais pu être salement blessé... »
« Tu en aurais fait de même pour moi. »
« Certainement. Mais je tiens quand même à te remercier. »
Randall pris le visage du gardien entre ses mains et le regarda un moment dans les yeux avant de poser ses lèvres contre les siennes. L'intérieur de sa bouche était encore emplit de sang mais ça ne gêna pas du tout Matthew qui caressa ses dents pointues de sa langue avant de lui donner un baiser qui n'avait plus rien de semblable avec le premier qu'ils avaient échangé. Il n'était ni doux ni chaste, et le gardien n'y était certainement pas indifférent.
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Blabla de l'auteur : J'aurais bien décrit le passage de la chasse du point de vue de Randall ou de Matthew, mais bon, Will reste le perso le plus important. Je ferai peut-être un chapitre plus centré sur eux pour le coup.
Réponses aux reviews :
Adonis Pendragon : COUCOU ! Ton souhait s'est réalisé x), même si Franklyn n'était pas une vraie menace pour le Hannigram (il parlait à tort et à travers, mais ne comprenait pas grand chose le malheureux). Pour la note perverse, je peux te confirmer qu'il y aura du sexe bientôt. En plus j'ai 69 reviews tout pile au moment où j'écris, c'est un signe (le lemon ne se limitera pas à ce nombre, promis) !
Vianaha : Au point où ils en sont, Will n'est même plus sûr que ce soit bien son but de le coincer XD. Hannibal a de bons arguments...Jack va finir par arriver, vi vi ^_^. Même s'il prend bien son temps. Pour Tobias et Hanni, je ne vais pas m'auto-spoiler, mais Tobias aura son rôle à jouer. Mason c'est pour bientôt (j'ai l'impression de dire ça à chaque fois, il s'accroche le saligaud XD) et pour Matthew et Randall, te voilà exaucée.
Artemis : Merci ! La question sur ce que ressens Abigail vis-à-vis d'Hannibal ? Oui, il y a de quoi être un peu perturbée XD.
