Bonjour tout le monde! Encore une fois, je m'excuse pour le retard, mais avec la fin du semestre et les exams, j'ai du mal à faire des chapitres réguliers. Pour me faire pardonner, celui-ci sera donc un peu plus long que les autres. Sinon, les mises à jour régulières devraient reprendre dès le 25 mai, pas avant. En attendant je vous souhaite une bonne lecture!
Chapitre 25 : Questions sans réponses
Après une bonne demi-heure de discussion avec madame Pomfresh, Théodore parvint enfin à la convaincre de le laisser sortir. Enfin, parvint… il n'y serait sans doute pas parvenu si Dumbledore n'avait pas pris son parti mais bon… les faits étaient qu'il n'était pas obligé de passer la nuit à l'infirmerie. Tandis qu'il se dirigeait vers la sortie, Théodore entendit clairement Pomfresh accuser Dumbledore d'être un irresponsable, mais n'en eut cure, et fut reconnaissant envers le directeur de le laisser partir.
En sortant de la pièce, cependant, il eut la surprise de voir Justin qui l'attendait, assis par terre.
- Finch-Fletchley ? Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna Théodore.
- Je t'attendais.
- Ah…
Il y eut un silence gêné, que Justin finit bientôt par briser.
- Alors ça va, toi ?
Théodore approuva d'un signe de tête guère convainquant, toujours perturbé par les révélations faites par Dumbledore. Justin dut s'en rendre compte, car il se releva et s'approcha, l'observant avec attention.
- T'as mauvaise mine, dit-il. Tu es sûr que tu n'aurais pas mieux fait de rester à l'infirmerie pour la nuit ?
- Que je passe la nuit à l'infirmerie ou dans mon dortoir, je crois que ça ne fera pas de grande différence…
- Au moins tu serais au calme, l'histoire de l'épouvantard a déjà fait le tour de l'école. Tu vas être bombardé de questions.
- Je sais, mais c'est inévitable, et tant qu'à faire je préfère me débarrasser de cette corvée le plus tôt possible. Ca ne sert à rien de retarder l'échéance.
- Si tu le dis…
Il y eut un nouveau silence, aucun des deux garçons ne sachant quoi dire. Finalement, ce fut Théodore qui prit parole.
- Au fait, désolé de te causer des ennuis.
- Hein ?
- C'est la deuxième fois que je tombe dans les pommes et que tu me transportes jusqu'à l'infirmerie. Je m'en excuse.
- Mais non ! Et puis je te signale que pour ce coup là, je n'étais pas seul : les autres m'ont donné un coup de main. D'ailleurs, si tu n'y vois pas d'inconvénients, je les remercierai en ton nom, vu que les Serpentards ne disent jamais merci.
Théodore sourit à la remarque.
- Merci. dit-il.
- Hé, je croyais que tu étais censé être l'ingrat de service. Sourit Justin en lui faisant un clin d'œil.
- Et bien je crois qu'on peut dire que je peux faire des exceptions.
- Dans ce cas Super-Justin a remporté une nouvelle victoire !
- Zen, blaireau, t'emballes pas.
Sur ces bonnes paroles, ils prirent la direction des cachots, Justin tenant absolument à accompagner son camarade jusqu'à la salle commune des Serpentards. Ils firent de nombreux détours pour éviter les autres élèves, et comme d'habitude, Justin réussit à détendre l'ambiance, et Théodore se sentait bien mieux. Arrivés aux cachots, cependant, Justin ne put s'empêcher de poser une dernière question au Serpentard.
- Au fait, comment ça c'est passé avec Dumbledore ?
Théodore se raidit en se rappelant les révélations du directeur, mais avant que Justin n'ait le temps de remarquer son malaise, un autre détail s'imposa à son esprit. Un sourire ironique s'étira sur les lèvres de Théodore, puis il fit face au Poufsouffle.
- Et bien, pour tout te dire, il semblerait que j'ai eu un aperçu de ce que tu seras dans soixante-dix ans.
- Hein ?
- Tu m'as bien entendu. Il est aussi gâteux que toi, et lui aussi a un goût plus que prononcé pour les sucreries.
- Ah oui, c'est vrai ! J'ai entendu dire que les mots de passe pour aller dans son bureau étaient les trois-quarts du temps des noms de bonbons.
- Ca ne m'étonnerait pas. Il a passé vingt minutes à me parler de chocogrenouilles.
- Un expert en la matière… s'émerveilla Justin, le regard brillant. Faut absolument que je lui parle !
Théodore sourit face à l'immaturité de son compagnon.
- En fait, il y a aussi un autre point commun…
- Lequel ?
- Lui aussi, il sait quoi dire quand on a besoin que quelqu'un nous remonte le moral. Il sait trouver les bons mots, comme toi.
- Je suis flatté, sourit Justin, c'est rare que tu me fasses des compliments.
- C'est rare que je fasse des compliments tout court, alors ne t'y habitues pas.
Justin fit la moue à la remarque, comme un enfant qui boude. Théodore ne put s'empêcher de rire en le voyant ainsi, ce qui fit revenir la bonne humeur du Poufsouffle. Ils se saluèrent alors et se séparèrent, mais comme toujours Théodore était impressionné de voir comment le Poufsouffle réussissait à lui remonter le moral et lui faire oublier ses problèmes.
Sa nouvelle bonne humeur ne dura pas, cependant, car à peine fut-il entré dans la salle commune, que tous les élèves se ruèrent sur lui.
- Nott, qu'est-ce qui c'est passé ?
- C'est vrai ce qu'on dit ?
- Raconte-nous !
Théodore eut un mouvement de recul face à cette foule qui le bombardait de questions. Il n'avait pas vraiment envie d'expliquer l'expérience la plus traumatisante de sa vie à des gens qu'il ne connaissait, pour la plupart, même pas. Cependant, avant qu'il n'ait le temps de répliquer, une voix forte mit un terme au flot de questions :
- Non mais vous allez lui foutre la paix à la fin ?!
Théodore se retourna, surpris, vers Drago Malefoy, qui arrivait accompagné, comme d'habitude, de Crabbe et Goyle, mais aussi de Blaise. Les quatre Serpentard se frayèrent un chemin à travers la foule pour rejoindre leur camarade de classe, puis ils le traînèrent avec eux vers leur dortoir. Pansy et Daphné, le regard avide, furent découragées de les suivre par un regard particulièrement glacial de Drago. Du coin de l'œil, Théodore aperçut Tracey, à l'autre bout de la salle commune, qui le regardait d'un air inquiet, mais il était clair que, contrairement à Crabbe et Goyle, elle n'était pas en état de séparer la foule à coups de poings.
Il se retint à grand peine de soupirer en entrant dans leur chambre, car subir un interrogatoire de Drago Malefoy ne serait pas un partie de plaisir. Cependant, il fut distrait de cette triste idée en constatant que la fumée noire du Polynectar, qui envahissait la chambre le matin même, avait disparu, tout comme le chaudron, d'ailleurs.
- Qu'est-ce que…
- On s'est dit que tu en avais assez bavé pour aujourd'hui, pas besoin de t'étouffer avec ce truc. Expliqua Malefoy en s'asseyant sur son lit.
- Mais, qu'est-ce que vous en avez fait ?
- On l'a déplacée. Ca se voit, non ?
- En plein jour ! Mais c'est de la folie !
- Oui, je sais. Répondit le blond en haussant les épaules.
- Mais… pourquoi…
- Parce que t'as pas besoin d'ennuis en plus, voilà pourquoi ! Dorénavant, cette potion sera en lieu sûr, et tu n'auras plus à bosser dessus. Je vais me débrouiller. Après tout c'est ma mission, non ?
Si le petit sourire crispé de Malefoy était censé exprimer la confiance en soi absolue, alors Théodore en arriva à la conclusion que le Prince de Serpentard avait vraiment besoin d'entraînement. Néanmoins, l'héritier des Nott connaissait trop bien son compagnon de chambrée pour mettre en doute ses paroles, et une partie de lui devait l'admettre, il était reconnaissant envers Malefoy d'avoir fait ça pour lui.
Il s'assit à son tour sur son lit, et attendit qu'on lui pose des questions. Comme prévu, ce fut Malefoy qui prit parole, mais une fois encore son attitude surprit Théodore.
- Ce soir, Dumbledore va nous expliquer ce qui s'est passé aujourd'hui. On s'en contentera. Il vaudrait mieux que tu n'ailles pas au dîner ce soir, et que tu te fasses discret pendant un certain temps, histoire de laisser aux autres le loisir de t'oublier. On te ramènera de la bouffe des cuisines.
- Mais… pourquoi est-ce que vous feriez ça pour moi ?
Malefoy se contenta de hausser les épaules.
- On est dans le même bateau, et puis tu m'as filé un coup de main avec la potion. Je paye ma dette, c'est tout, et on en reste là.
- Merci...
- Ne me remercie pas, on est quitte maintenant. Et puis, si Théodore Nott devient sentimental, où va le monde !
Les cinq garçons ricanèrent à la remarque. Théodore se sentit bizarre, c'était la première fois qu'il se sentait soutenu par ses camarades de Serpentard. L'ambiance était bien plus détendue qu'à l'ordinaire et Théodore fut rassuré de constater que, pour une fois, il n'avait pas à s'inquiéter : aucun de ses compagnons de chambrée ne profiterait des évènements de la journée pour le rabaisser.
- Tiens, fit Malefoy en regardant sa montre, c'est bientôt l'heure du dîner. On ferait mieux d'y aller. Au retour on en profitera pour te prendre quelque chose aux cuisines.
- Et cette fois-ci laisses ta fierté de côté, Nott. Le taquina Blaise.
- D'accord. Sourit Théodore. Je vais me reposer un peu en attendant.
- Y a intérêt ! fit Blaise. Si à mon retour je te vois en train de faire tes devoirs, je t'assomme, c'est clair ?
- On ne peut plus clair.
- Parfait. D'ailleurs, hors de question de te laisser seul : tu vas avoir une gardienne de choix, la meilleure amie de Miss Teigne !
Sur ces bonnes paroles, Blaise alla chercher Nix et posa la chatte noire sur le lit de Théodore. Nix se hâta de rejoindre son maître en ronronnant, et Théodore lui gratta la tête en échange.
- Ah c'est sûr, cette bestiole est une terreur, ironisa Malefoy, elle m'effraye encore plus qu'un loup-garou. Pourquoi ne pas prendre le chat de Bulstrode, pendant que tu y es ?
- Justement, parce qu'il ressemble trop à Bulstrode. L'horreur ! T'imagines un peu te lever au milieu de la nuit avec ça dans ta chambre ?
- Expérience traumatisante, en effet…
Tous ricanèrent, sauf Goyle, qui quitta la pièce en marmonnant tout bas. Ses compagnons restèrent sous le choc, assimilant le sens de son départ.
- Dites, commença Malefoy avec un sourire pas très honnête, c'est une impression à moi ou il…
- Non, c'est pas une impression ! En avant ! s'écria Blaise, ouvrant la marche le poing en l'air.
Théodore sourit en voyant ses compagnons quitter la pièce : il était rare que les Serpentards agissent comme des adolescents normaux. Une fois seul, cependant, l'héritier des Nott eut l'étrange impression que les murs glacés l'entourant l'écrasaient. Il soupira, et s'allongea dans son lit, tentant de faire le vide dans son esprit, mais ce fut plus dur que ce à quoi il s'attendait. Quand il fermait les yeux, il revoyait ses atroces souvenirs, il avait l'impression d'entendre à nouveau la voix de sa mère, de sentir une nouvelle fois l'odeur du sang glacer ses poumons. Pour chasser toutes ces horribles sensations, il changea plusieurs fois de position, puis finit par s'amuser avec Nix. La présence du petit animal lui faisait oublier ses soucis, mais ce n'était que temporaire. Il avait l'impression que si son regard se détournait du chat, ne serait-ce qu'une seconde, il sombrerait à nouveau dans les ténèbres de ses souvenirs. Par désespoir, il sortit ses affaires de cours, et se plongea dans ses devoirs. Au début, ce fut efficace, mais sa concentration fut de courte durée, et il dut bien vite abandonner cette idée.
Lorsque ses camarades revinrent, ils ne lui posèrent aucune question sur la mort de sa mère, et il leur en fut reconnaissant. Il se força à manger son sandwich, bien qu'il fut totalement dépourvu d'appétit. Ils discutèrent alors de choses banales : quidditch, professeurs idiots, Gryffondors orgueilleux, et autres choses du genre.
Puis l'heure de dormir arriva. Malgré son épuisement, Théodore ne parvenait pas à trouver le sommeil, hanté par des visions d'horreur. Parfois, il s'endormait, mais c'était uniquement pour se réveiller quelques minutes après en sueur. Plus d'une fois, il se réveilla en hurlant, troublant ainsi le repos de ses camarades. Heureusement, aucun ne s'en formalisa : Crabbe et Goyle se contentèrent de rouler sous leurs couvertures, et Blaise n'hésitait pas à se lever pour discuter un peu avec Théodore. Malefoy agissait d'une manière différente en fonction de son humeur à chaque réveil : soit il se contentait de se rendormir sans faire aucun commentaire, soit il se joignait à Blaise pour changer les idées de l'héritier des Nott.
Quoi qu'il en soit, le lendemain matin, lorsque les Serpentards arrivèrent à la Grande Salle, ils étaient dans un état d'épuisement total. Théodore s'excusa auprès de ses camarades pour les ennuis causés, mais ils n'y prêtèrent aucune attention : Crabbe et Goyle baillèrent, Malefoy marmonna quelque chose du genre « pour ce qu'on a à faire aujourd'hui », et Blaise lui donna une tape sur le haut du crâne.
Ils se rendirent par la suite à leurs cours de la journée. Théodore fut ravi de revoir Tracey. Il discuta un peu avec la jeune fille, et sa présence le fit, une fois de plus, se sentir mieux. Tracey était particulièrement bien placée pour comprendre ce qu'il ressentait, elle qui avait perdu sa mère il y a peu de temps, et elle le soutint du mieux qu'elle put. Théodore aurait bien passé toute la journée avec elle, mais quand il aperçut le professeur Rogue dans l'un des couloirs, il se rappela la promesse qu'il s'était faite la veille même. Il s'excusa auprès de Tracey, et se précipita à la poursuite du maître des potions. Une fois devant le bureau de son directeur de maison, il hésita un moment, puis prit une profonde inspiration et frappa doucement à la porte.
- Entrez. Fit la voix glaciale de Rogue. Oh, c'est vous…
- Oui…
- Je m'attendais à ce que vous veniez me rendre visite. Alors, avez-vous passé une bonne nuit ?
Théodore fronça les sourcils face à ce sarcasme évident, mais il se retint de tout commentaire. Le sourire moqueur du maître des potions disparut bien vite, remplacé par un regard réprobateur.
- Vous auriez dû y penser avant de quitter l'infirmerie. Vous avez vécu une expérience traumatisante. Pourquoi croyez-vous que l'on vous ait conseillé de passer la nuit là-bas ?
- Cela n'aurait rien changé.
- Au contraire, cela aurait tout changé! Nous avons des potions pour ça, vous savez ! Mais non, vous préférez exhiber votre -souffrance comme ces idiots de Gryffondor ! Le résultat : non seulement vous êtes épuisé, mais vos camarades aussi. N'avez-vous rien de mieux à faire que de gêner ceux qui vous entourent ? Venant de votre part, je suis déçu, Mr Nott, je ne savais pas que vous étiez aussi faible.
Théodore serra les dents. Il n'était pas faible, ni physiquement, ni psychologiquement, et il l'avait déjà prouvé plusieurs fois.
- Et puis-je savoir, Monsieur, comment est-ce que vous auriez réagi à ma place ?
- J'aurais réfléchi, cela va de soi. Rétorqua le professeur sans se soucier de l'insubordination de son élève. Je croyais que vous étiez capable d'en faire autant, il semblerait que je vous ai surestimé...
- Merci pour le réconfort, Monsieur, je me sens beaucoup mieux maintenant !
Rogue haussa les sourcils en entendant ces mots. Théodore lui-même avait du mal à croire ce qu'il venait de dire. Il faut croire que passer deux semaines en dormant trois heures par nuit, faire une potion très compliquée dans son dortoir, et revivre le pire évènement de son existence lui avait fait atteindre ses limites. Le résultat était qu'il manquait de respect envers le seul homme de Poudlard qu'il devait vraiment respecter.
- Mr Nott, depuis le temps que vous êtes dans ma maison, vous auriez dû comprendre que je ne suis en aucun cas ici pour apporter du réconfort à mes élèves. Je me contente de leur faire des remarques sur leur comportement et leurs erreurs. A eux d'en tirer les conclusions nécessaires.
- Et quelles conclusions dois-je tirer alors ? Dois-je abandonner le peu d'humanité qu'il me reste ?
Rogue fronça légèrement les sourcils à la remarque, et il observa son élève d'un œil particulièrement attentif. Après un long silence, il finit par répondre.
- Cela dépend du chemin que vous voulez choisir. Dit-il dans un murmure étouffé.
- Comment ça ? demanda Théodore, complètement déboussolé.
- Je vous l'ai déjà dit, Mr Nott, c'est à vous d'en tirer les conclusions. Quoi qu'il en soit, voici un conseil que je me permets de vous donner : n'agissez pas sur un coup de tête. Avant de prendre une décision, quelle qu'elle soit, prenez le temps d'y réfléchir, et surtout soyez conscients des conséquences. Un prochain coup de tête pourrait vous coûter beaucoup plus qu'une simple nuit de sommeil, et vos cauchemars de cette nuit vous paraîtront alors très agréables, je puis vous l'assurer.
Théodore blêmit, comprenant soudain ce à quoi son directeur de maison faisait allusion. Se pourrait-il que Rogue ait compris que son élève avait des doutes concernant le Seigneur des Ténèbres ? Le voyait-il comme un traître potentiel ? Lui donnait-il un avertissement ? Si c'était vrai alors sa situation était critique, car tous les Serpentard savaient que leur directeur était au service du Seigneur des Ténèbres. Théodore serra les dents : se pourrait-il que Rogue soit, tout comme Vaisey, un Legilimens ?
Il y eut un silence particulièrement lourd, tandis que l'élève et le professeur s'observaient attentivement, chacun tentant de trouver le point faible de l'autre. Finalement, Rogue brisa le silence.
- Mr Nott, cessons cette comédie et allons droit au but. Je sais très bien que vous n'êtes pas venu ici pour me demander conseil ou vous lamenter, cela ne vous ressemble pas. La question est donc : que voulez-vous réellement ?
- Je veux savoir ce qui est arrivé à ma mère. Dit Théodore d'un ton ferme, en reprenant son attitude habituelle.
Rogue resta impassible, mais une étrange lueur anima son regard, avant de disparaître furtivement.
- Le professeur Dumbledore a dû vous l'expliquer, non ?
- Il m'a fait part de la version officielle, mais ce que je veux c'est la vérité.
L'espace d'un instant, Théodore crut voir un léger sourire étirer les lèvres du maître des potions, mais ce fut si rapide qu'il supposa que ce n'était qu'une impression. En effet, le visage de Rogue était à nouveau aussi impassible et froid qu'ordinaire.
- Les faits sont ce qu'ils sont : votre mère a été mariée de force à un homme qui avait l'âge d'être son père et a fini par se suicider. Ce genre de chose est relativement commun dans notre société et vous le savez très bien.
- Les choses ne sont pas toujours aussi simples. Et il est aisé de modifier les faits par les mots : l'on peut faire entendre aux gens ce qu'ils veulent. C'est la faculté de réfléchir par soi-même qui différencie les faibles des forts.
- Peut-être. Approuva Rogue. Mais les « forts » qui sortent du moule sans réfléchir sont sûrs d'être écrasés par quelqu'un de plus fort, par quelqu'un qui « modifie les faits », comme vous l'avez si bien dit. Dans ce cas là, les forts ne sont que des idiots.
Théodore ne répondit rien, assimilant les propos du professeur. L'homme savait quelque chose, c'était une certitude. Mais à quoi venait-il de faire allusion, là ? Chercher la vérité au sujet de la mort de sa mère le mettait-il à ce point en danger ? Le Seigneur des Ténèbres aurait-il un lien avec toute cette histoire ? Ou alors une autre personne bien placée ? Théodore prit alors conscience du fait qu'il s'apprêtait à se mêler de quelque chose qui le dépassait, mais pouvait-il reculer ? Il serra les dents, calma son esprit, puis décida d'aller droit au but.
- Monsieur, dites-moi ce qui s'est passé.
- Je ne sais rien de plus que ce que les autorités ont bien voulu dévoiler.
- Non, vous avez de nombreuses sources d'informations, vous devez savoir ce qui s'est réellement passé.
- Et que s'est-il passé, selon-vous ? Si ce n'est pas un suicide, qu'est-ce donc ? Allez-vous me dire que vous croyez toujours à la version que l'on vous a fourni il y a plus de dix ans, selon quoi il s'agirait d'un simple accident ? se moqua Rogue.
- Non, je dirais qu'il s'agit d'un meurtre.
L'air moqueur de Rogue disparut immédiatement, et son regard s'assombrit. Il observa Théodore avec attention, comme s'il essayait de lire dans ses pensées. L'héritier des Nott ignorait si son professeur était Legilimens ou pas, mais dans le doute, il rassembla dans son esprit tout ce qu'il savait au sujet de Legilimencie et surtout de l'Occlumencie, la science qui permet de fermer son esprit. Il concentra alors toutes ses pensées sur une seule et même image, l'océan. L'océan tel qu'on le voyait près de chez lui, avec les vagues se fracassant contre les falaises. Théodore dut faire un effort de concentration particulier pour fixer son esprit sur cette image, mais le plus frustrant était qu'il ignorait si ce qu'il faisait était utile. Si Rogue ne pouvait lire les esprits, c'était une précaution inutile, et si Rogue était un bon Légilimens, alors une technique improvisée ne servirait à rien.
Théodore décida tout de même de contrôler son esprit dans la mesure du possible. Il lui sembla qu'une éternité s'était écoulée lorsque Rogue reprit enfin parole, et cette fois-ci Théodore fut sûr de voir un léger sourire se former sur le visage de l'homme.
- Et bien, Mr Nott, je dois admettre que votre technique pour bloquer l'accès à votre esprit est originale, certes, mais relativement efficace, si l'on prend en compte votre inexpérience. J'en connais certains qui devraient prendre exemple sur vous…
- Alors, vous êtes vraiment un Légilimens…
- En effet. Mais il me semble que notre sujet principal est tout autre. Dites-moi, qu'est-ce qui vous fait penser à un meurtre ?
Théodore hésita à répondre, puis se décida, priant pour que sa voix ne tremble pas trop en évoquant ce souvenir.
- Hier j'ai revu une partie de la scène seulement. Dit-il à voix basse. Ma mère levait sa baguette sur elle-même, mais elle ne voulait pas le faire. C'était comme si quelque chose contrôlait ses mouvements…
- Une théorie à ce sujet ? l'encouragea Rogue.
- Oui. Je… je crois qu'elle était soumise au sortilège de l'Impérium.
- Désolé de vous contredire, mais votre théorie ne me semble pas correcte. L'Impérium emprisonne le corps et l'esprit, la victime n'a plus conscience de ses actes. Or, si j'ai bien compris ce que vous m'avez dit, votre mère était consciente de ce qui allait arriver.
- Il y a… il y a un autre type d'Imperium, rarement utilisé. Avoua Théodore dans un souffle. Celui-ci contrôle les mouvements de la victime, mais elle reste consciente. Ce sort peut être utilisé pour la torture…
Rogue fronça les sourcils.
- Vous parlez de magie noire très avancée là…
- Je sais…
Rogue resta silencieux pendant un moment, réfléchissant aux conclusions auxquelles était arrivé son élève.
- Une théorie intéressante, je dois l'avouer… conclut-il au bout d'un moment.
- Alors c'est vraiment ce qui s'est passé ? demanda Théodore. Mais pourquoi ? Qui pourrait faire une telle chose ? Dans quel intérêt ?
- Calmez-vous, Mr Nott. Le réprimanda Rogue. Calmez-vous et écoutez moi. Vous vous souvenez ce que j'ai dit sur les idiots qui agissent sans réfléchir, n'est-ce pas ? Je vous prierai de ne pas me décevoir encore une fois, ne vous comportez pas comme quelqu'un de faible.
- Mais…
- Il n'y a pas de « mais ».
Le ton de Rogue avait été si sec que Théodore en resta muet. Il brûlait d'envie de questionner son professeur, mais il semblait clair que Rogue n'était pas disposé à l'aider dans sa recherche de la vérité. Au mieux, le maître des potions était enclin à entendre ses théories, sans doute par curiosité, mais pas à l'aider de manière concrète.
- Vous savez ce qui s'est passé… insista tout de même Théodore.
- Non, je ne le sais pas. Je ne sais que ce qu'on a bien voulu me dire, et il y a tellement d'incohérences que j'avoue avoir abandonné l'idée de comprendre cette affaire. De plus, la vérité ne m'apporterait rien, et à vous non plus, Mr Nott.
- Mais…
- Mr Nott, comme je vous l'ai déjà dit tout à l'heure, je n'apporte ni aide ni réconfort à mes élèves, je me contente de faire des remarques. C'est à vous d'en tirer les conclusions et de faire vos choix. Quel que soit le chemin que vous choisirez, je ne vous blâmerai pas si vous avez pris le temps d'y réfléchir avant. Mais n'oubliez pas : pensez aux conséquences, réfléchissez. Vous êtes troublé actuellement, prendre une décision dans ces conditions n'est pas une bonne idée.
Théodore soupira, il voulait savoir la vérité, il se devait de la découvrir, mais d'un autre côté, sa discussion avec Rogue lui avait fait comprendre que cela pourrait être dangereux. Cela en valait-il la peine ? Il revit alors sa mère, son sourire, sa gentillesse, puis son désespoir et sa mort. Il serra les dents, il continuerait à chercher, il n'abandonnerait pas, quel qu'en soit le prix. Son regard se tourna à nouveau vers Rogue. L'homme ne l'aiderait pas, c'était sûr, mais au moins avait-il confirmé ses théories, et il l'avait mis en garde.
- Monsieur, je vous remercie de votre aide et de vos conseils.
- J'espère seulement que vous en tiendrez compte…
- Oui, Monsieur, soyez sans crainte, sourit Théodore, mais c'est tout de même à moi de faire mes choix. Sur ce, je vous laisse, je ne voudrais pas abuser de votre temps.
Après avoir salué son directeur d'un signe de tête, Théodore se dirigea vers la sortie.
- Mr Nott.
- Oui ? fit Théodore en se retournant, surpris.
- Tenez. Cela pourra vous être utile. Lui dit Rogue en lui tendant une fiole remplie d'un liquide bleu clair étincelant.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une potion pour le sommeil. Une gorgée avant de dormir et vous devriez être tranquille jusqu'au lendemain. Il y en a ici pour une semaine. Si par la suite vous continuez à avoir des problèmes, allez voir Madame Pomfresh.
- Merci, monsieur.
- Inutile. C'est la potion que vous avez oublié d'emporter hier soir.
Sur ces bonnes paroles, le maître des potions tourna les talons pour retourner s'asseoir à son bureau. Une fois dans le couloir menant à la salle commune, Théodore se permit un petit sourire. L'avantage d'être un Serpentard, c'était que lorsque Rogue n'était pas en colère, il acceptait d'avoir une conversation relativement normale avec ses élèves, et pouvait même leur donner quelques conseils. Le tout était de savoir le gérer et, bien sûr, être dans la maison vert et argent.
Mais la situation était tout de même étrange. Rogue cachait quelque chose, Théodore en était certain. Le maître des potions devait avoir des informations sur cette histoire, mais il était clair que quelque chose le poussait à adopter une attitude neutre. Pourtant, au cours de leur brève entrevue, l'homme n'était pas parvenu à cacher une certaine curiosité, comme s'il prenait plaisir à voir ce dont son élève était vraiment capable. Les choses avaient toujours été ainsi entre eux, Rogue n'avait jamais accordé un traitement de faveur à Théodore, comme il l'avait fait avec Malefoy. Au contraire il avait toujours placé la barre très haut, le mettant constamment à l'épreuve, comme s'il voulait pousser son élève à se surpasser, comme s'il voulait voir si le fils de Richard Nott était aussi exceptionnel qu'on le disait…
Quoi qu'il en soit, cette conversation avait porté ses fruits, et Théodore savait désormais qu'il s'embarquait dans quelque chose de dangereux. Néanmoins, il se refuser à abandonner, et puis sa discussion avec Rogue lui avait permis de comprendre que, même si les choix qu'il faisait devaient être faits avec sérieux et en étant conscient des conséquences, il était tout de même en droit de choisir par lui-même.
