Chapitre 25; Amour


"Amour. Mouvement de dévotion qui porte un être vers une divinité, vers une entité idéalisée adhésion à une idée, à un idéal : Amour de Dieu.

Intérêt, goût très vif manifesté par quelqu'un pour une catégorie de choses, pour telle source de plaisir ou de satisfaction : Amour des objets d'art. Son amour du jeu le perdra.

Affection ou tendresse entre les membres d'une famille : Amour paternel, filial.

Inclination d'une personne pour une autre, de caractère passionnel et/ou sexuel : Déclaration d'amour.

Liaison, aventure amoureuse, sentimentale, galante : Un amour de jeunesse.

Personne aimée (surtout dans des apostrophes) : Mon amour."

Une définition bien longue pour un mot si simple, pourtant. Tant de sens alors que finalement, est-ce que aimer n'est pas la chose la plus naturelle, spontanée et instinctive. Que ce soit votre chien, votre compagnon, votre famille, votre sandwich, on aimera tous à un certain moment, impossible d'y échapper. Élémentaire, et pourtant il est possible de se perdre dans cette définition exhaustive.

Un petit tour de la situation s'impose tout naturellement: une chambre désordonnée, Loki enragé, Tony déphasé et dans l'encadrement de la porte, le chef des Ases et ses muscles saillants bandés.

Si l'on s'attardait un tant soi peu sur cette scène, on remarquerait que Loki a les yeux brillants, que Tony a les sourcils froncés et que son cerveau pulse à 100 à l'heure. Le truc, c'était qu'il était 4h34 du matin, et que y'avait la totalité des gardes en pyjama dans le couloir.

Tony grimaça: d'accord, Loki avait crié fort et lancé des objets mais le bruit n'avait pas pu arriver jusqu'à leurs oreilles ? Il entendait des gardes aboyer à des détenus de se recoucher, que la situation allait être maîtrisée. Le dictionnaire gisait au sol, deux feuilles s'étaient arrachées. Un soupçon de tristesse pinça le coeur de l'humain.

- Les mains sur le mur ! Ordonna l'Ase.

C'était donc ça qu'ils entendaient par "maîtriser la situation", pensa Tony. Il jeta un coup d'œil au dieu et commença à s'affoler lorsqu'il sentit que non, Loki n'avait pas vraiment dans l'idée d'être maîtrisé. Tout son corps était tendu, sa mâchoire serrée et crispée. Le dieu ouvrit la bouche pour cracher quelques insultes, hors de lui. Les gardes commençaient à affluer dans la petite chambre, toutes lances dehors.

Tony s'interposa entre l'assemblée et son ami quand les armes furent pointées sur Loki, les lames si près des yeux verts furieux.

- Les mains sur le mur, répéta fortement l'Ase en chef. Un rapport sera fait à Odin.

Loki feula, baragouinant des mots incompréhensibles pour le génie.

- Loki, vous savez que votre présence ici est menacée, continua l'Ase.

Scénario catastrophe: Tony se mordit la lèvre. Loki, expatrié loin d'ici dans une prison miteuse remplie de criminels dangereux. Non. Iron Man se retourna brusquement vers le dieu et plongea ses yeux dans les siens, inquiètes noisettes face aux furieuses émeraudes. Là, il chuchota, rapidement et frénétiquement, pour que seul Loki entende ces mots.

- Loki, arrête, je t'en prie, arrête bordel.

- Pars d'ici, stupide mortel.

- Merde, Lo, je t'aime.

Les mots s'étaient frayés un chemin dans sa gorge enroué, c'était passé tout seul. Chuchotés dans une chambre remplis de gardes en colère et à l'attention d'un dieu qui ouvrait et refermait la bouche tel un poisson en dehors de l'eau. Loki s'était figé.

- Dernier avertissement ! Prévint le gardien d'un air menaçant.

Tony attrapa un Loki désorienté par la taille et, posant une main légèrement tremblante sur le bas du dos pâle, il le dirigea gentiment vers le mur. Les pensées filaient à des centaines de kilomètres heures dans le crâne du génie, mais pour l'instant il devait calmer le jeu. Loki s'était soumis, les mains crispées posées à plat sur le mur blanc, la tête basse. Impossible de voir son expression. Iron Man se retourna:

- Ok, les gars, calme, tout va bien. J'ai une très bonne explicati...

- Allez vous mettre vos explications au cul Stark, rugit un petit Ase hargneux. Vous êtes dans la chambre d'un taré à quatre heure du matin, vous espérez vraiment qu'on vous écoutera ?!

- Taisez-vous Elfir, le coupa le chef Ase. Stark, pourquoi est-ce que la voix de votre... ami a résonné dans tout le Pavillon en pleine nuit, réveillant absolument tout le monde ?

- Résonné ?

- Nous avons distinctement entendu le prince siffler quelque chose à propos d'un dictionnaire, continua le garde.

- C'était comme juste à côté de mon oreille, frissonna un détenu du couloir.

Tony se passa la main sur le front; encore un effet de la colère du dieu. Loki devrait vraiment apprendre à retenir sa magie. Voilà pourquoi le Pavillon entier était complètement éveillé.

- Rien de très important, grinça Tony en grimaçant. Y'a-t'il une chance pour qu'on aille tous se recoucher sans conséquences ?

- J'en doute fort, Stark, répondit l'Ase en chef en croisant les bras sur sa poitrine.

- Merde, c'est un prince quoi. Vous allez pas chipoter parce que sa majesté a parlé un peu fort ?

- Sans mentionner le fait que vous étiez en pleine nuit hors de votre chambre.

- Herm. Pitié ?

L'Ase se frotta les yeux en soupirant: depuis que ce Midgardien était arrivé au Pavillon, c'était le chaos complet dans la prison.

- Descendons les, finit par dire le gardien.

...

- On s'en tire pas trop mal, non ?

On les avait menés dans un sous-sol humide, enchaînés dans une même petite cellule et laissés là pour six heures. Ils aviseraient après.

La pièce était étroite et à demi-plongée dans la pénombre. C'était une cellule dérobée dans les tréfonds de la prison, une punition pour les révoltés qui voulaient se racheter. Les gardes avaient décidé de leur passer les chaînes, l'alignement de Loki étant encore flou.

Tony fit bouger ses chaînes, le lourd fer cognant sur le sol froid. Il rit un peu, inquiet du manque de réaction du dieu.

Loki n'avait pas prononcé un seul mot depuis la déclaration intempestive, ses cheveux sombres cachaient toujours son visage. Aucun garde n'était posté devant leur cachot, ils étaient seuls et non, Tony était seul et Loki était catatonique. Intérieurement, Iron Man était dans un état de panique avancé: pourquoi est-ce que cette saleté de dieu ne disait rien ?

Une heure passa.

Tony gratta le sol en reniflant: d'accord, là le malaise était palpable. Un lourd silence d'anxiété et de non-dits. Un froissement de papier le fit soudain sursauter, et il leva les yeux sur son compagnon de cellule.

Tony loupa un battement de cœur en voyant l'air incertain et perdu de Loki. Le dieu tenait le dictionnaire abîmé, caressant la couverture de ses longs doigts blancs. Il ouvrit la bouche une fois, la referma, la rouvrit, la referma, et finit par se tourner directement vers Tony, yeux verts évitant son regard.

Il lui tendait pudiquement le dictionnaire, lorsque une feuille glissa du Larousse. Tony l'attrapa au vol, lisant la première définition qu'il voyait.

"Amour."

Il leva les yeux sur le dieu, qui rougit en voyant ce mot.

- C'était pas...

- Pas prévu ? Demanda Tony. Je sais.

- Je...

- Tu es désolé, mais tu n'éprouves aucun sentiment pour un stupide mortel comme moi ?

- Tony, je...

- Je sais pas pourquoi je te l'ai dit Loki, situation de crise, je sais pas gérer, désolé.

- Tu...

- Est-ce que maintenant, on pourrait oublier ce qu'il s'est passé dans cette putain de chambre, parce que j'étais très manifestement pas prêt et que toi non plus, et il est cinq heure du matin, et on a failli se faire sortir du Pavillon, et merde pourquoi tu t'approches, de moi, de moi, Loki, j'ai déconné, et t'es si proche, et...

Un doigt se posa délicatement sur sa bouche tremblante. Le dieu se lécha les lèvres, chercha un peu de contenance et souffla. Respiration froide sur la peau.

- Anthony Stark, qui appelle-t-on Langue d'Argent ?

- C'est toi, murmura l'humain d'une voix rauque.

- Et toujours pourtant, tu m'interromps et me déblatère tes sottises.

- Putain.

- Et toujours pourtant, tu es vulgaire.

- Je...

- Et toujours... "Amour", récita Loki, incertain. Mouvement de dévotion, goût très vif, tendresse, passionnel, aventure, mon amour.

Alors que Loki citait différents passages de cette satanée définition, le coeur de Tony désespérait de retrouver un rythme stable. Ses yeux se déplaçaient sur tout le magnifique visage offert, incompréhension, questions, explique-moi.

- Est-ce que ce que tu ressens pour moi correspond à cette définition ?

- Oui, déglutit l'humain.

- Est-ce que tu réalises ce que ça implique ? Regarde-moi, ce que j'ai fait, mon esprit fou, mes accès de poison...

- J'aime tout ça, répondit Tony. Tu ne pourras pas te débarrasser de moi si facilement, t'étais prévenu.

- Quel mortel têtu.

Tony hésita, avant de dire:

- À force de trop se pencher sur ta définition, on finit par t'avoir dans la peau tu sais.

- Tony ?

- Ouais ?

- Tu es l'homme le plus étrange et fascinant que j'ai rencontré.

- Ravi de l'apprendre.

- Tony ?

- Hm ?

- Merci.

- Y'a pas de quoi.

- Tony ?

- Encore ? S'amusa l'humain.

- Je t'aime.

Ah, là, droit dans le coeur. Ce verbe, aimer, dérivé du mot amour, du latin amor. Ce mot là qui déclenche un truc indescriptible en toi, qui t'ouvre comme un bouquin ouais, un bon gros dico avec plein de mots. Amour, dans tes tripes, amour, pétales d'une fleur, amour, mains enlacées.

Tony chercha une ruse dans les yeux du brun: le dieu de la malice ne semblait pourtant dissimuler aucune fourberie sous le voile de son regard.

- Tu mens, dit simplement le génie.

- Pour un homme qui se dit si intelligent, tu es définitivement un idiot Stark.

- Donne-moi une seule bonne raison pour laquelle tu serais tombé amoureux de moi ?

Loki rit légèrement en penchant la tête sur le côté. Doucement, il posa un baiser sur la joue de l'humain et commença à parler:

- Oh, Tony, Tony Stark, Midgardien angoissé et si vaniteux, humain si ennuyant et déconcertant. Tu as pourtant conscience de ton charme, Don Juan sur ta Terre. Veux-tu vraiment que je me lance dans une tirade ? Ne réponds pas Tony, c'était une question réthorique. Quel homme pourrait prétendre m'avoir autant atteint, touché, mordu en pleine âme ? J'ai plus de valises que personne n'en aura jamais et toi, toi... Tu me serres et tu me dis que tout ira bien et même si c'est sûrement faux, je t'aime pour ça. Je... J'ai moins peur des monstres quand t'es là, ceux qui se terrent dans les bas-fonds de mon être. Quand tu m'as menacé de t'en aller... J'ai pris peur. Tu es le seul qui m'ait tenu comme un véritable enfant. Je suis désolé d'être une diva, et merde comme tu dirais, je t'aime.

Tony fixa son interlocuteur quelques instants et puis l'information monta au cerveau et ding, il se jeta sur Loki.

- TU TE FOUS DE MOI ? Cria l'humain en plaquant le dieu au sol.

- Je ne mens pas, soupira Loki.

- TU AS AGIS COMME UNE PETITE PRINCESSE GÂTÉE ALORS QUE PUTAIN, JE TE PLAISAIS AUSSI ?

- Langage, mon amour.

- ÇA FAIT UN MOIS QUE JE ME RETOURNE LE CRÂNE LOKI !

- Je pense m'en être aperçu, effectivement.

- Oh putain, je t'aime, souffla l'humain.

Et leurs lèvres se retrouvèrent encore, cette fois pour de vrai. De vrai de vrai, c'est de la pure, plus de non-dits et d'hypocrisie. Tony souffla et grogna en plaquant le dieu à terre, chaînes heurtant bruyamment le sol de pierre. Langues chercheuses, bouches entrouvertes, dents heurtées s'imprimaient dans leurs os. Tony souffla:

- Je suis vraiment tombé amoureux de toi.

- J'en suis moi-même étonné.

- Tes mots sont tranchants, Loki. Tu es si putain d'attirant que j'en perd la tête.

- Quel poète. Dois-tu vraiment rajouter une insulte à chaque phrase que tu déblatères ?

- Mauvaise habitude.

Un autre baiser, plus doux et simplement posé comme un voile sur leurs lèvres.

Ils se remirent péniblement assis, adossés au mur froid de la cellule.

Loki émit un bruit proche du ronronnement en se collant à l'humain, ses mains posées sur le torse qui émettait la lueur bleue du réacteur. Un rayon d'azur dans le noir de la prison. Tony frissonna, parce qu'il n'appréciait pas d'être enchaîné dans un sous-sol glacial et poisseux.

- Pourquoi tes poils sont-ils hérissés ?

Avertissement: l'amour peut parfois pousser à observer chaque détail de l'être aimé. Tony se racla la gorge:

- C'est juste... Les chaînes. Et le noir.

Une sphère de lumière verte apparue non-loin d'eux, plongeant l'antre de pierre dans une ambiance douceâtre et flottante. Les chaînes aux poignets de Iron Man s'ouvrirent brusquement, faisant sursauter l'homme à nouveau libre.

- Est-ce mieux ainsi ?

- Mince, Loki, ta magie est pas censée être limitée ?

- Je n'ai pas touché mes propres chaînes.

- Mais...

- Seuls mes sorts de téléportation humanoïdes ont été bloqués. Croyais-tu vraiment que je ne pourrais user de ma magie ? Je respecte la loi, mais je refuse de te laisser enchaîné ici par ma faute.

- Les gardes...

- Les gardes comprendront, mon amour. Je suis le danger public, pas toi.

- Ce serait bien une première.

...

Quand Tony ouvrit un œil, la première idée qui lui traversa la tête fut de le refermer aussitôt. Il lâcha un grognement exaspéré et rouvrit lentement l'une de ses paupières.

- Je refuse catégoriquement de m'abaisser à cette tâche ingrate.

Loki se tenait debout face au chef de la garde, poing sur les hanches de toute sa splendeur. Tony éructa quelques marmonnements étouffés.

- Qu'est-ce que vous en pensez, Stark ?

- Gnéquoi ?

- Refuse, Tony, grinça Loki.

l'Ase poussa un long soupir ennuyé.

- Vous connaissez votre problème, Loki ? Vous êtes un petit prince borné et douloureusement exigeant.

- Que...

Le dieu ouvrit et referma sa bouche, outré. Tony se mordit la lèvre, qu'est-ce qui prenait au gardien ? Loki tempêta:

- Comment osez-vous ? Rugit le dieu.

- Vous voyez, répliqua l'Ase avec un large sourire. Ce tuyau, là.

Loki se retourna vers une sorte de conduit rouillé dans le coin de la cellule avec un sifflement d'ennui.

- Oui ?

- Il mène directement à ma chambre personnelle. Il fut créé par Saleth quand il construisit le Pavillon, et permet d'épier les détenus dans le cachot.

- Qu'est-ce que vous voulez insinuer ? Souffla Loki en fronçant les sourcils.

Tony grimaça: est-ce que c'était bien ce qu'il pensait ?

- Eh bien voyez-vous Prince, j'ai beaucoup moins peur de vous après vous avoir entendu déblatérer des niaiseries à Stark. Sans vouloir vous offenser, naturellement, continua le garde avec un sourire. Vous me paraissez plus sympathique. Mais si vous ne voulez pas cette histoire répandue dans toooouuut le Pavillon, et Asgard, et les Neuf Royaumes, vous feriez bien d'accepter ma proposition.

- ... j'accepte. Déguerpissez maintenant, gronda le dragon.

Tony se leva tant bien que mal et vint poser son front contre le long cou pâle du dieu, un sourire contenu sur le visage.

- On dirait que quelqu'un est de mauvais poil, railla l'humain.

- Tony, je viens juste de perdre toute trace d'honneur, pourrais-tu respecter ma perte ?

- Oui, mais t'as gagné un Midgardien chaud bouillant. Tu gagnes au change, si tu veux mon avis.

Loki se retourna rapidement et plongea ses yeux dans ceux du génie avec un sourire qui voulait dire "je suis fatigué de tes conneries."

Choc. Tony ouvrit la bouche, de stupeur, et de bonheur, sûrement. Parce que dans les yeux du dieu, y'avait une lueur plus pure que ce qu'on pouvait trouver sur tout les Royaumes. Si puissant que ça te prend aux tripes, si, c'est ce qu'on appelle l'amour, relis bien la définition sans oublier de respirer.

Tony attrapa le menton du dieu et posa un baiser sur les lèvres fines.

- Ne me regarde pas comme ça, marmonna le génie.

- Comme ça ? Demanda Loki avec un regard vert, si vert.

- Je t'aime, soupira Tony. Trop, je crois. Qu'est-ce que tu as accepté du gardien ?

- Je t'annonce que nous serons de corvée de ménage ces prochains mois, grinça Loki.

Alors que Tony éclatait de rire à la vision du dieu avec un balai, dans un coin de sa tête, il répétait en boucle et en boucle cette définition. Parce que pour une fois qu'il l'avait bien en bouche, sous ses yeux, partout sous ses mains, il comptait pas l'oublier celle-ci. C'était une des plus belles définitions, pour un mot auquel il pensait ne jamais avoir droit.

Et, là, dans ces cachots du Pavillon des Mots, Tony Stark se sentait bien.

Amour.


Il est enfin là, vous ne rêvez pas ! Le chapitre de la déclaration, ou la niaiserie à l'état pure. Mais on s'en fout, ça faisait 25 chapitres que j'avais ce moment dans le crâne et prêt à écrire. J'espère qu'il vous aura plu en tout cas moi, je me suis bien éclatée à l'écrire ! Il reste 3 chapitres à cette histoire et devinez quoi ? Le nom du prochain chapitre, c'est orgasme *cligne de l'oeil*. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires et à la prochaine !

Zombiscornu.