Bonjour,

Voici le chapitre 25 comme toujours corrigé par Elyrine. Merci à elle.

J'en profite pour vous avertir : je ne pourrais pas publier lundi prochain et lundi d'après (soit le 25, c'est Noël et le 1er, c'est le jour de l'an et je suis en famille). La semaine prochaine et celle d'après malheureusement, vous n'aurez qu'un seul chapitre. Je reprendrais ensuite les publications normales !

Merci de continuer à me lire et à m'écrire !

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

You found me de The Fray

Chapitre 25 : Photos

« La photographie parle et l'émotion qui s'en dégage la fait taire. »

Remy Donnadieu

Dean n'avait pas trouvé le courage d'embrasser Castiel à nouveau depuis leur soirée parfaite quelques jours plus tôt. Il en avait envie. Il en avait même terriblement envie. Mais il ne savait pas comment procéder pour que cela paraisse naturel. Il avait peur également de donner de fausses idées à Castiel. Pour lui, c'était comme démarrer une nouvelle relation amoureuse. Il avait besoin de temps pour se familiariser avec ces nouvelles sensations. Il repartait de zéro. Pour son mari, c'était différent. Lui se souvenait parfaitement d'avoir déjà partagé de nombreux baisers avec Dean. Il se souvenait d'avoir fait l'amour avec lui. Un simple baiser appelait sans doute bien plus. Et le jeune homme n'était pas prêt à aller plus loin. Il ne voulait surtout pas frustrer Castiel en lui apportant un avant-goût de quelque chose qu'il ne pourrait peut-être pas avoir avant de longues semaines.

Il était également occupé à réapprendre à s'occuper de sa fille et n'avait finalement que peu de temps à consacrer à quoi que ce soit d'autre. Il lui arrivait de se souvenir de certaines choses la concernant. Il se rappelait à présent le nom de sa peluche préférée, le livre qu'il lui lisait souvent pour qu'elle s'endorme et le nom de sa maîtresse. Il gardait chaque nouveau souvenir précieusement dans un coin de son esprit sans en parler à chaque fois à Castiel. Il savait qu'il était douloureux pour son mari de constater qu'il commençait à retrouver la mémoire mais que rien ne le concernait lui directement. Il avait beau être heureux de ses progrès évident, il se sentirait mis à l'écart si Dean lui en parlait à chaque fois.

Ils avaient repris une vie normale malgré tout. Castiel avait repris son emploi à plein temps et était le plus souvent absent toute la journée. Lyra partait à l'école le matin et rentrait en milieu d'après-midi. Dean passait la majeure partie de ses journées seul dans leur maison. Ce n'était plus oppressant comme cela avait pu l'être au début. Il se sentait bien à présent chez lui. Chez eux. Il commençait à comprendre comment il avait pu tomber amoureux de cette maison en la visitant la première fois. Elle n'était pas ce qu'il avait imaginé acheter un jour mais elle était parfaite pour fonder une famille et vieillir aux côtés de l'homme qu'il aimait.

Pour occuper son temps, Dean avait recommencé à dessiner et peindre. Les premiers jours avaient été difficiles et frustrants. Il n'avait pas d'inspirations et trouvait chacun de ses essais décevants. Mais à force de persévérance, il avait fini par retrouver ses automatismes et avec eux son inspiration. Il voulait commencer une nouvelle série. C'était peut-être un peu cliché mais après tout ce qu'il avait vécu ces derniers mois, il ressentait le besoin de dessiner chacun des membres de sa famille élargie. Sa famille de sang, Sam et Mary, et sa famille de cœur, Castiel, Lyra, Charlie et Bobby. Il avait même tenté de dessiner Gabriel. Il avait un peu plus de mal avec lui mais le rendu était plutôt satisfaisant.

Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il voulait faire de ces œuvres une fois la série terminée. Il doutait que la galerie avec laquelle il travaillait serait intéressée par elles. Elles n'avaient rien d'original. Juste des portraits. Mais à chaque nouveau coup de pinceau, il sentait un poids disparaître de sur ses épaules. Peu importait finalement qu'il parvienne à les vendre. Il les faisait avant tout pour lui.

Sam passait le voir quand il avait le temps entre deux clients. Jess essayait également de lui rendre visite malgré sa grossesse et la fatigue qui en découlait naturellement. Charlie était sans doute celle qui passait le plus de temps avec lui. Mais ils avaient tous leurs vies à mener et Dean avait beaucoup de temps pour lui malgré leur bonne volonté.

Il ne s'en plaignait pas. La plupart du temps, il trouvait à s'occuper, que ce soit en peignant ou en rangeant la maison. Parfois, il se sentait un peu seul. Mais il chassait aussitôt la mélancolie qui s'installait alors et appelait Sam, Castiel ou Charlie pour se changer les idées.

C'était suite à l'un de ces coups de fils que son frère choisit de lui rendre visite malgré son emploi du temps chargé. Il avait probablement dû reporter plusieurs rendez-vous mais Dean avait besoin de le voir et ne lui en fit pas le reproche.

Quand Sam frappa à la porte, Dean était soulagé de le voir. Il s'était levé avec une drôle de sensation au creux de l'estomac et l'impression que quelque chose clochait sans savoir quoi.

Il avait regardé Castiel partir sans parvenir à l'embrasser comme il en avait terriblement envie et il ne pouvait s'empêcher de le regretter amèrement. Il avait besoin d'en parler à quelqu'un. Et après de longues heures passées à regarder une feuille blanche sans réussir à dessiner quoi que ce soit, il avait fini par appeler Sam à l'aide. Comme toujours, son frère n'avait pas hésité à tout plaquer pour voler à son secours. Dean avait de la chance de l'avoir.

- Dean ? Est-ce que ça va ? demanda-t-il aussitôt après avoir refermé la porte de la maison derrière lui.

Dean lui fit signe de le suivre dans le salon. Il n'avait pas pris le temps de ranger et la table basse était couverte de feuilles et de crayons en tout genre. Il n'avait pas non plus pris de douche et avait les cheveux qui pointaient dans toutes les directions sur la tête. Il portait toujours le T-shirt avec lequel il dormait ces derniers temps et il était sûr que son aspect allait inquiéter son frère.

- Ça va, Sammy… je suis juste... Ce n'est pas une bonne journée. J'avais besoin de compagnie et enfin… je suis désolé de t'avoir appelé mais tu étais le plus proche.

- Tu n'as pas à t'excuser, Dean. Je suis content que tu m'aies appelé. Est-ce que tu veux me dire ce qui te tracasse ?

Dean se laissa tomber lourdement sur le canapé et grimaça aussitôt quand son dos protesta. Il avait parfois du mal à oublier qu'il n'avait plus vingt ans. Il n'était pas vieux. Il était juste plus vieux. Et passer des heures debout sans bouger avait des conséquences sur son dos.

- J'ai embrassé Castiel, finit-il par lâcher sans réellement le bouloir.

Il n'avait pas prévu de parler du baiser à son frère. Il n'avait pas honte d'avoir embrassé Castiel. Mais il avait encore du mal à assimiler l'information lui-même. Il avait du mal à gérer le fait qu'il en avait envie à chaque fois que ses yeux se posaient sur les lèvres de son mari. Mais il était évident qu'il tournait en rond en ne faisant rien et peut-être qu'en parler à son frère était la situation pour reprendre enfin sa marche en avant.

- Ce matin ? demanda Sam, visiblement surpris.

- Non, pas ce matin. Il y a quelques jours. J'avais envie de faire quelque chose de gentil pour lui… quelque chose pour lui prouver que j'étais prêt à faire des efforts pour que notre relation fonctionne et… je lui ai préparé un dîner. On a discuté et une chose en entraînant une autre, je l'ai embrassé.

- Et maintenant tu le regrettes ?

Dean n'était pas surpris que cela soit la première chose que son frère puisse penser. C'était une réaction qui lui ressemblait plutôt. Il avait déjà paniqué par le passé vis-à-vis de Castiel. Il avait même repoussé le jeune homme après avoir couché avec lui pour la première fois. Il était parfaitement normal que son frère puisse penser que c'était ce qu'il avait besoin de lui dire. Mais cette fois, il se trompait.

- Non, je ne le regrette pas… pas le moins du monde. J'en avais envie et… c'était bien. C'était… différent des baisers que j'ai partagés jusque-là ou du moins… de ceux que je me souviens avoir partagé jusque-là. C'était plus fort et… j'ai envie de l'embrasser à nouveau. Je ne sais juste pas comment… comment m'y prendre pour amener la chose et j'ai peur qu'il ne finisse par perdre patience.

- Castiel, perdre patience ? Dean, il t'a attendu pendant presque un an avant que tu n'ouvres enfin les yeux sur ce que tu ressentais. Je pense qu'il serait capable d'attendre une année de plus si c'était nécessaire. A vrai dire, je suis presque sûr qu'il serait capable d'attendre toute sa vie juste pour être avec toi. Tu es son âme-sœur.

- Sauf que je ne veux pas le faire attendre. Je veux… je veux avancer avec lui. Les choses rentrent enfin doucement dans l'ordre. Je dessine à nouveau et je commence à me souvenir de Lyra. Mais j'en suis toujours au point mort avec Castiel et j'en ai assez.

- Qu'est-ce que tu attends de moi, Dean ? Tu veux que je te dise comment séduire ton mari ?

Dean secoua la tête car l'idée était ridicule. Il n'avait pas besoin que son frère lui donne des conseils en matière de drague. Il savait parfaitement comment se comporter pour séduire quelqu'un. Non. Ce qu'il voulait, c'était des infirmations sur la façon dont il se comportait avec Castiel. Il voulait agir le plus naturellement possible pour que son mari soit à l'aise. Sauf qu'il n'avait aucune idée de ce qui était naturel ou non entre eux.

- Non, ce que je veux, c'est que tu me dises comment je me comportais avec lui avant mon accident. Est-ce que j'étais du genre démonstratif ? Est-ce qu'on se tenait la main en public ? Est-ce que je l'embrassais quand vous étiez là ?

Sam grimaça une seconde, visiblement en proie à un souvenir gênant. Dean lui laissa quelques secondes pour s'en débarrasser avant de lui faire signe de parler de la main.

- Eh bien au début, tu étais… disons que tu étais discret. Je pense que tu croyais bêtement que ça me gênerait de te voir embrasser un autre homme. Et puis avec le temps, tu as fini par comprendre que je m'en fichais complètement et tu as enfin commencé à te comporter normalement avec lui. Tu lui tenais la main. Tu l'embrassais sur la joue. Et parfois même sur la bouche d'une façon qui laissait à penser que vous ne vous seriez pas contenté d'un simple baiser si je n'étais pas là. Ce dont je peux me passer d'ailleurs parce que tu es mon grand frère et que je préfère ignorer que tu es un être sexué mais… tu ne te cachais pas, si c'est ce que tu veux savoir. En public, c'est différent. Il y a toujours le risque de tomber sur quelqu'un d'un peu moins ouvert d'esprit que nous et enfin… vous aviez choisi d'être plus discrets.

Dean hocha la tête en enregistrant chacune de ces informations. Il n'était pas réellement surpris par ce qu'il entendait. Il continuait de penser qu'il était injuste que les couples de même sexe soient contraints de se cacher par peur de la réaction des autres mais il ne s'imaginait pas en militant de la cause gay.

- En résumé, Dean, si tu as envie d'embrasser Castiel, fais-le et arrête de te poser des questions stupides. Tu ne t'en posais pas avant. Et je suis sûr que Cas serait ravi que tu prennes l'initiative. Lui ne le fera pas. Il a sans doute peur de te brusquer.

Dean était effectivement convaincu que si son mari ne l'avait pas embrassé depuis ce fameux soir, c'était uniquement pour lui laisser le choix de le faire ou non. Il avait sans doute peur que Dean regrette leur baiser. Qu'il soit terrifié à l'idée de recommencer. Ce qui ne pouvait pas être plus faux. Dean voulait l'embrasser. Il ne savait juste pas comment.

- Tu sais… je crois que l'idéal serait de te montrer, lança Sam en s'éloignant de Dean.

- Comment ça, de me montrer ? Tu n'as quand même pas l'intention de m'embrasser, Sammy.

- Ah ah, très drôle, Dean. Non je ne vais pas t'embrasser.

Dean le regarda prendre un album photo dans la bibliothèque derrière lui puis l'apporter jusqu'à lui. Il se laissa ensuite tombe sur le canapé à son tour et l'ouvrit à la première page. Dean jeta un coup à la photo qui s'y trouvait. Il ne se souvenait pas qu'elle ait été prise mais il n'avait pas besoin de sa mémoire pour savoir qu'il s'agissait d'une de leurs photos de mariage. Ils portaient tous les deux un costume dessus, se tenaient par la taille et souriaient comme des idiots. Ils étaient heureux.

- Je ne crois pas t'avoir vu plus heureux que le jour de votre mariage… sauf bien sûr celui où Lyra est arrivé dans vos vies mais… voilà à quoi tu ressembles quand tu es avec Cas, Dean.

- Un idiot ? plaisanta le jeune homme en observant son visage sur la photo.

- Tu as toujours l'air d'un idiot mais quand tu es avec lui tu es un idiot amoureux.

- OK.

Sam tourna la page de l'album et pointa une nouvelle photo du doigt. Cette fois il s'agissait d'un selfie, pris par Dean vu l'angle de la photo. Dessus, Castiel avait le visage tourné vers lui et les yeux rivés sur son profil. Dean de son côté regardait l'objectif avec le même sourire stupide que sur sa photo de mariage. En arrière-plan, il pouvait deviner une plage presque déserte.

- Votre lune de miel. Tu as pris cette photo pour me l'envoyer et me rendre jaloux parce que j'étais coincé ici et que tu étais dans un endroit paradisiaque. Mais tu la trouvais réussie alors tu l'as imprimée et mise dans cet album.

Dean se concentra quelques secondes sur la photo. Il fronça les sourcils en cherchant à se souvenir de quelque chose. Il ne parvint pas à se rappeler de l'endroit où ils étaient ou de l'hôtel qu'ils avaient choisi mais il parvint tout de même à se souvenir de ce qu'il avait ressenti en prenant cette photo. De l'amusement à l'idée de l'envoyer à Sam. La joie d'avoir son mari serré ainsi contre lui. De l'amour. Il sourit.

- On a fait l'amour à peine arrivé dans la chambre, souffla t-il surpris.

Il ne s'en souvenait pas clairement mais il en était tout de même convaincu. C'était difficile à expliquer. Ce n'était pas un souvenir précis. Plus une sensation. Une certitude.

- Je me serais bien passé de ce détail mais… félicitations, je suppose.

Dean tourna la page sans attendre, enthousiaste à l'idée de voir plus de photos et de retrouver peut-être quelques souvenirs en les étudiant une à une.

- Sur la page suivante, la photo avait été probablement prise par un passant. Dean et Castiel se faisaient face devant une nouvelle plage. Le soleil se couchait doucement dans leurs dos. Leurs visages étaient extrêmement proches l'un de l'autre, presque comme s'ils étaient sur le point de s'embrasser. Il était évident qu'ils étaient amoureux, et extrêmement heureux.

- J'adore cette photo. Je vous ai conseillé de la faire encadrer mais tu préférais la mettre dans cet album, confia Sam en souriant.

Dean leva les yeux de la photo pour les poser sur son frère.

- Je… est-ce que c'est toujours comme ça que je le… que je le regarde ? Et qu'il me regarde ? On dirait qu'on est sur le point de se sauter dessus.

Sam se racla la gorge visiblement mal à l'aise.

- Sammy, ne fais pas l'enfant. Tu dois bien te douter que je fais l'amour avec mon mari. J'ai besoin que tu me répondes.

- Non, je… crois-moi, je sais parfaitement combien votre vie sexuelle est… satisfaisante. Je ne suis juste pas… pas toujours très à l'aise à l'idée d'en parler. Mais, OK, je peux être adulte et mature. Pour répondre à ta question… oui, c'est comme ça que tu le regardes… même après toutes ces années de mariage. C'est aussi ce qui fait la force de votre couple. Vous continuez d'être… c'est presque comme si vous étiez toujours en lune de miel. Et parfois… parfois, c'est même un peu gênant pour ceux qui sont dans la même pièce que vous. Quand vous vous regardez comme ça, on a la sensation de ne plus exister… d'être de trop.

- Oh, désolé Sammy. Je ne savais pas qu'on vous mettait mal à l'aise.

- Pas mal à l'aise. Crois-moi, je suis content de te voir aussi heureux. Et je suis content que ce soit avec Castiel parce que c''est quelqu'un de bien.

Sam tourna la page de l'album sans laisse le temps à Dean de dire quoi que ce soit. Ce dernier baissa alors les yeux sur la photo suivante. Il embrassait Castiel sur celle-ci. Et visiblement, il n'avait pas conscience ou se fichait totalement que quelqu'un soit en train d'immortaliser ce moment. Il avait les lèvres collées contre celles de son mari, les mains sur ses joues pour le garder contre lui. Les bras de Castiel étaient autour de sa taille, le bout de ses doigts effleurant ses fesses. C'était un moment d'une grande intimité et visiblement d'une intensité affolante.

- C'est moi qui ai pris cette photo. C'était pour le nouvel an. Il devait être tout juste minuit et une minute. Au début, je pensais prendre cette photo juste pour vous montrer à quel point vous étiez gênants pour tous ceux qui se trouvaient dans la même pièce que vous mais ensuite… je la trouvais plutôt géniale alors je vous l'ai imprimée. Et tu l'as aussi mise dans cet album.

Dean ne parvenait pas à se souvenir précisément de ce moment mais une nouvelle fois, il se rappelait parfaitement de son impatience à l'idée d'embrasser son mari pour la nouvelle année. De son désir de s'enfermer dans leur chambre pour fêter dignement l'évènement. Il caressa doucement la photo du bout des doigts avant de reporter son attention sur son frère.

- Il n'y a que nous dans cet album ? demanda-t-il alors.

Sam hocha la tête.

- Oui, c'était ton idée. Tu voulais rassembler les photos de chaque moment important de votre vie à deux avant l'arrivée de Lyra pour qu'elle puisse les regarder ensuite. Tu voulais pouvoir t'asseoir avec elle, lui montrer chaque photo et lui raconter ton histoire d'amour avec son autre père. Qu'elle comprenne que bien qu'adoptée, elle était désirée et le fruit d'un amour fort et d'un désir de fonder une famille.

Dean trouvait effectivement l'idée intéressante. Il se demandait s'il avait déjà eu l'occasion de regarder l'album avec sa fille. Il se promit de le faire si ce n'était pas encore le cas.

- Tiens, regarde celle-là, lança Sam tirant Dean de ses songes.

Il baissa aussitôt les yeux sur la photo que son frère pointait du doigt. Il s'y trouvait avec Castiel une nouvelle fois. Ils étaient assis sur son vieux canapé, celui qu'il avait eu avant de rencontrer son mari, et semblaient en pleine discussion. Il avait les mains levées entre eux deux alors que Castiel avaient les siennes posées sur ses cuisses. Dean observa longuement leurs deux visages.

- On se disputait, se souvint-il. Pas méchamment, juste… je ne me souviens plus à propos de quoi mais on n'était pas d'accord.

- Aussi stupide que cela puisse te paraître maintenant, c'était à propos de Star Wars. Castiel tentait de te faire comprendre pourquoi il préférait Star Trek mais tu voulais absolument le convaincre que Star Wars était un chef-d'œuvre sans égal. Votre débat et votre dispute étaient tellement stupides que Gabriel vous a pris en photo pour pouvoir vous le rappeler ensuite.

- J'étais… j'ai toujours considéré qu'il était important que les personnes qui partagent ma vie soient aussi fascinées par Star Wars que je le suis. Et je voulais qu'il soit de mon avis. On a fini la soirée en comprenant qu'on ne serait jamais d'accord et on a fini par se réconcilier sur… tu ne veux pas savoir.

- Tu t'en souviens ? demanda Sam.

- Pas vraiment, non. Ce n'est pas un souvenir clair… plus une sensation. C'est difficile à expliquer. Mais c'est un progrès. Jusque-là je n'avais jamais réussi à me rappeler de quoi que ce soit en rapport avec Castiel. J'aurais dû regarder ces photos depuis longtemps. J'avais peur qu'elles ne me rappellent rien et que cela soit pire encore après. Je pourrais déjà avoir retrouvé la mémoire si je n'avais pas eu peur.

Sam tourna la page pour lui montrer la photo suivante. Il était évident qu'il avait envie de contredire son frère sur ses derniers propos. Probablement lui répéter que ce n'était pas de sa faute et qu'il avait tort de se faire constamment des reproches. Mais il devait savoir que cela ne servirait à rien de le lui dire. C'était plus fort que lui.

- Peu importe ce que tu aurais pu ou dû faire… le plus important c'est que les souvenirs commencent à te revenir.

- Pas les souvenirs Sammy, juste des sensations.

- Ne joue pas sur les mots, Dean. On continue ?

Dean hocha la tête. Il avait envie de regarder chacune des photos de l'album pour retrouver d'autres émotions et sentiments qu'il avait oubliés jusque-là. Il en avait besoin. Sam tourna la page sur laquelle ils étaient arrêtés depuis quelques minutes et pointa une nouvelle photo du doigt. Dean l'observa une seconde. Une nouvelle fois, Castiel et lui se trouvaient dessus. Ils étaient dans un restaurant qu'il ne reconnaissait pas, le cliché sans doute pris par leur serveur. Dessus, Castiel avait une chemise blanche dont les premiers boutons étaient ouverts. Sa veste était sur le dossier de sa chaise. Dean, de son côté, avait carrément opté pour une chemise et une cravate. Les deux grises et ton sur ton. Il devait reconnaître qu'il se trouvait plutôt élégant. Il n'avait jamais été du genre à porter des costumes. Il préférait de loin ses vieux T-shirts et ses surchemises. Mais l'occasion devait être importante pour lui. Il fronça les sourcils.

- C'était… je voulais l'impressionner. Je voulais que… qu'il réalise combien je prenais les choses au sérieux. Mais je ne parviens pas à me souvenir de quel évènement il s'agit.

- C'était votre deuxième anniversaire de mariage. Tu l'as invité au restaurant. Tu avais planifié toute la soirée pour qu'elle soit parfaite. J'avoue que te voir organiser tout ça avec autant de sérieux m'a surpris.

- Parce que le premier a été catastrophique, souffla-t-il alors, le vague souvenir d'un dîner brûlé lui revenant à l'esprit.

Sam ricana une seconde, visiblement amusé.

- On peut dire ça comme ça, oui. Le second a été une réussite dans tous les cas.

- Tant mieux.

Dean n'avait jamais, avant de rencontrer Castiel, fêté un quelconque anniversaire de ce type. Il n'avait jamais été suffisamment longtemps avec la même femme pour cela. Il ne s'imaginait pas du tout attachant une telle importance à un tel évènement. Il avait visiblement changé également de ce point de vue-là.

- Tu me montres la prochaine photo ? demanda-t-il alors.

Sam tourna aussitôt une nouvelle page. Sur celle-ci, Dean était debout face à l'appareil, un verre de champagne à la main. Il portait un smoking noir et semblait s'adresser aux gens autour de lui. Il souriait et paraissait heureux et amusé.

- Ton mariage, lança-t-il alors sans hésitations.

Il ne se souvenait pas de la cérémonie mais il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti au moment de la photo. Une fierté immense en voyant son frère épouser la femme de sa vie. Un amour inconditionnel pour celui qu'il avait élevé en partie comme son propre enfant. L'honneur d'être son témoin. Le bonheur de voir tous ses proches réunis pour l'occasion.

- C'était ton discours de témoin. Bizarrement, tu n'as pas dit que des choses idiotes. Tu as bien raconté quelques souvenirs humiliants mais tu as également dit deux ou trois choses gentilles alors je t'ai pardonné.

- J'aimerais me souvenir de ce jour. Il est évident que c'était le plus important de toute ta vie et je… je voudrais pouvoir me rappeler de tout ce qui s'est passé… de ce discours et du moment où tu as dit oui à Jess.

- Tu finiras par t'en souvenir, Dean. Ce n'est qu'une question de temps.

- Tu es heureux, Sammy ?

Depuis son réveil, Dean s'était avant tout soucié de lui. De son amnésie et du fait qu'il ne parvenait pas à se souvenir de son mari et de sa fille. Mais il n'avait pas pris le temps de penser à son frère. Il n'avait pas réfléchi à ce que lui avait pu traverser depuis son accident. Il savait que Sam ne lui en tenait pas rigueur. Il était toutefois temps pour lui de remédier à tout cela.

- Tu veux dire aujourd'hui ou… en général ? demanda Sam en le regardant dans les yeux.

- Aujourd'hui, en général… dans ta vie, dans ton couple, dans ton travail ? Est-ce que tu es heureux, Sammy ?

Il aurait dû poser la question depuis bien longtemps. Ça aurait probablement dû être la première chose à demander après son réveil. Mais il s'était laissé absorbé par ses propres problèmes. Il avait complètement oublié le reste.

- Je suis heureux, oui… plus que je pensais pouvoir l'être un jour. J'ai une femme formidable que j'aime de tout mon cœur. Je vais devenir père. J'ai le travail dont j'ai toujours rêvé et… mon frère est lui aussi marié et père de famille. Je suis heureux, Dean. Tu n'as pas à t'en faire pour moi.

- Je m'en fais toujours pour toi. C'est plus fort que moi. Tu es mon petit frère et je pense que c'est inscrit dans mes gènes.

Sam sourit légèrement avant de refermer l'album photo et de prendre une des mains de Dean dans la sienne. Ce n'était pas quelque chose qu'il faisait souvent. Ils se prenaient dans les bras quand ils avaient besoin d'un contact entre eux. Mais ils ne se tenaient jamais la main. Le fait que Sam ressente le besoin de le faire laissait à penser qu'il s'apprêtait à dire quelque chose d'important.

- Il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit depuis… depuis que tu t'es réveillé et je… je crois que c'est le bon moment pour le faire.

- Sammy, tu me fais peur, avoua Dean en fronçant les sourcils.

Sam secoua la tête avant de reprendre.

- Ce n'est pas une mauvaise nouvelle et ce n'est pas non plus un secret qu'on aurait gardé jusque-là Cas et moi. C'est… je voulais m'excuser. Voilà, c'est dit. Je suis désolé.

Dean était complètement perdu. Et surpris également. Il ne voyait pas pourquoi son frère ressentait le besoin de s'excuser. Il n'avait rien fait de mal. Bien sûr, lui cacher qu'il avait une fille à son réveil n'avait sans doute pas été sa meilleure idée. Mais Dean lui avait pardonné depuis un moment maintenant. Il comprenait même pourquoi Sam n'avait pas voulu lui en parler immédiatement. Il savait qu'il aurait encore plus paniqué en l'apprenant.

- T'excuser ? Pourquoi est-ce que tu devrais t'excuser ? demanda-t-il finalement.

Sam se racla la gorge et posa sa deuxième main sur celle de Dean qu'il tenait toujours.

- Parce que je n'ai pas cru en toi quand j'aurais dû. Parce que j'ai perdu confiance alors que j'ai toujours su que tu étais la personne la plus forte qui soit.

- Sammy, je suis désolé mais je ne comprends pas vraiment ce que tu cherches à me dire. Est-ce que tu pourrais te montrer un peu plus clair ?

- Ce que j'essaie de te dire, c'est que je suis désolé de ne pas avoir cru que tu finirais par te réveiller, d'avoir songé à ta mort comme à une probabilité simplement parce que les médecins nous disaient qu'il y avait peu d'espoir et… j'aurais dû croire en toi comme Castiel le faisait. J'aurais dû savoir que si une personne était capable de s'en sortir, c'était toi. A ma place, je suis convaincu que tu n'aurais pas perdu espoir.

Dean ne dit rien pendant une seconde, perdu dans ses pensées. Il se souvenait avoir eu une discussion similaire avec Sam. Son frère ne s'était pas excusé à l'époque. Il avait juste voué avoir un peu de honte de son attitude. Il s'était surtout concentré sur la foi de Castiel. Sur sa confiance en lui et sur le lien qui les unissait et qui lui prouvait que Dean était toujours là. Toujours en train de se battre pour se réveiller.

- Peut-être que j'aurais continué de croire en toi, Sammy, ou peut-être que j'aurais perdu espoir. A vrai dire, je n'en sais rien et je préfère ne jamais le savoir. Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que tu n'as aucune raison de t'excuser. Tu as simplement cru ce que te disaient les médecins. Comme n'importe qui d'autre l'aurait fait à ta place.

- Sauf que Castiel ne les a pas crus, rappela Sam.

- Parce qu'il est un éternel optimiste ou peut-être qu'il existe réellement ce lien entre nous qui lui permettait à l'époque d'être sûr que j'étais en train de me battre. Peut-être que nous sommes réellement deux âmes-sœurs et que c'est la raison pour laquelle il continuait à garder espoir. Peu importe. Ce n'est pas ce qui compte, Sam. Je ne t'en veux pas d'avoir cru que j'allais mourir. Tu ne m'as pas laissé tomber. Tu étais là à mon chevet à mon réveil. C'est la seule chose que je veux garder à l'esprit.

- Mais j'aurais dû… j'aurais dû pouvoir le sentir moi aussi. Je sais bien que le lien qui t'unit à Castiel est différent de celui qui nous unit tous les deux. Je suppose qu'on ne peut pas dire que nous sommes deux âmes-sœurs mais… je suis ton frère. Je suis ta famille… la seule personne liée à toi par le sang encore en vie et je… c'est quelque chose que j'aurais dû sentir.

Dean trouvait cette discussion ridicule. Il n'était pas en colère. Sam n'avait pas à se sentir coupable. Ils n'avaient aucune raison d'en débattre pendant des heures. Mais il pouvait sentir que c'était important pour son frère. Et il était prêt à en parler durant des jours entiers si cela pouvait l'aider à se sentir mieux.

- Sammy, je sais que tu m'aimes et que tu tiens à moi. Je n'en ai jamais douté. Et ce n'est parce que tu as perdu espoir pour un temps que j'en doute. Je mettrais ma vie entre tes mains sans hésiter une seconde.

- Dean, souffla son frère, visiblement ému par ce qu'il entendait.

- Non je n'ai pas fini, poursuivit Dean sans hésiter une seconde. Tu es l'une des personnes les plus importantes à mes yeux. Tu as été le centre de mon univers durant toute mon enfance et… sans doute plus encore. Tu continues d'être… peut-être pas mon âme sœur, je ne pense pas que ce soit le terme adéquat, mais… tu es une partie de moi. Tout comme je suis une partie de toi. C'est quelque chose que personne ne pourra jamais nous enlever. Tu es mon frère… mon petit frère. Et il existe un lien entre nous qui ne peut pas exister avec qui que ce soit d'autre. C'est unique et c'est fort. Et j'en ai besoin pour être parfaitement heureux. J'en aurai toujours besoin. Ça ne signifie pas pour autant que je suis capable de dire quand tu es loin de moi si tu vas bien ou non. Ça ne signifie pas que je peux lire dans tes pensées ou que je peux deviner ce que tu vis à un moment donné. Si c'était le cas, je n'aurais pas eu besoin de te demander si tu es heureux ou non.

Dean pouvait deviner sur le visage de son frère que ce qu'il venait de lui dire n'était pas parfaitement clair pour lui. Il prit donc une grande inspiration et choisit de continuer à s'expliquer.

- Ce que je veux te dire par là, c'est que je t'aime et que je ne t'en veux pas. Tu ne pouvais pas deviner que je finirais par me réveiller. Tu ne pouvais pas savoir que les médecins avaient tort.

- Mais Castiel… intervint Sam qui semblait avoir besoin de se comparer à son mari.

- Castiel avait besoin d'y croire parce qu'on a une fille et qu'il ne se voyait probablement pas l'élever seul et la voir grandir sans l'un de ses parents. Il avait besoin de croire et il a attribué cela à un quelconque lien mystique entre nous pour justifier de garder espoir malgré tout ce qu'on vous avait dit jusque-là. Parce qu'il avait besoin de croire qu'il avait raison d'espérer quand tout tendait à prouver qu'il avait tort. Ou peut-être qu'il a un don. Va savoir. Peut-être qu'il devrait même en faire son métier. Il pourrait faire fortune. Ou… qui sait… peut-être que c'est quelque chose qui n'arrive qu'entre deux personnes qui s'aiment comme nous nous aimons. Je n'ai pas d'explication et tu sais que je ne suis pas du genre à croire à ce genre de choses. La seule chose que je sais en revanche, c'est que tu n'as aucune raison de t'excuser. Point final.

- Merci, Dean.

Le jeune homme était satisfait de voir que ses propos avaient visiblement soulagé son frère. Il retira alors sa main de celles de Sam et l'attira à lui pour le prendre dans ses bras. Sam enfouit aussitôt son visage dans son cou et accepta son étreinte. Ils restèrent ainsi de longues secondes avant qu'il ne finisse par reculer. Il ne pleurait pas mais ses yeux étaient brillants. Il souriait toutefois.

- Quoi ? demanda aussitôt Dean.

- Tu as dit « comme nous nous aimons » et pas « comme nous nous aimions ». Tu as utilisé le présent et non le passé.

Dean ne s'en était pas rendu compte. Il ne l'avait pas fait exprès. C'était venu naturellement. Sans doute cela signifiait-il quelque chose. Il n'était juste pas sûr de savoir si c'était parce que ses souvenirs commençaient à lui revenir ou s'il était tout simplement tombé amoureux de Castiel à nouveau. Ça n'avait finalement aucune importance. L'essentiel était ailleurs.

- Est-ce que tu aimes Castiel ? demanda Sam après quelques secondes.

Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde. C'était une question difficile. Il ne se l'était plus demandé depuis un moment maintenant. Il avait même refusé d'y penser. Mais il allait devoir se pencher sérieusement sur la question à présent.

- C'est compliqué, Sammy. Mon instinct est de te dire « non » parce que je ne me souviens pas de lui et que je ne le connais pas suffisamment pour tomber amoureux de lui. Mais si je prends le temps d'y réfléchir, c'est… je suppose que je l'aime, oui. Et c'est complètement dingue parce que je ne sais pas s'il s'agit là de mes anciens sentiments ou si de nouveaux se sont formés depuis mon réveil. Ce qui est sûr, c'est que je tiens à lui, que je veux que ça fonctionne et que j'ai… je n'envisage pas de faire ma vie sans lui à mes côtés.

- C'est une bonne chose, Dean. Parce que je doute qu'il envisage de faire la sienne sans toi.

- C'est toi qui avait raison en fin de compte. Peu importe que je me souvienne de lui ou de notre vie commune. Je suis tombé amoureux de lui une fois et de toute évidence, c'est quelque chose qui est toujours là. J'avais peut-être juste besoin de ne plus y penser pour que cela se produise à nouveau. Je suis amoureux de Castiel. Je l'aime.

Sam souriait toujours et Dean ne put que l'imiter. Il n'en revenait pas de la facilité avec laquelle il avait admis quelque chose d'aussi énorme. Il n'avait jamais été amoureux avant Castiel. Il n'avait jamais envisagé de faire sa vie avec qui que ce soit. Il n'avait même jamais été attiré par un autre homme. Mais il lui avait suffi d'entendre son frère lui poser la question pour réaliser qu'il était amoureux de l'homme qui partageait sa vie. Il avait clairement fait des progrès.

- Tu vas lui dire ?

Dean secoua la tête aussitôt en entendant la question de son frère.

- Non. Pas parce que je ne veux pas qu'il le sache ou parce que j'ai peur de le lui dire mais… c'est encore trop tôt pour ça. J'ai besoin de temps et je crois qu'il en a besoin aussi. Je le ferai… juste pas maintenant. On commence tout juste à reprendre nos marques. Je ne veux pas précipiter les choses.

Sam ne semblait pas totalement de son avis mais il eut la gentillesse de ne pas le contredire. Dean savait qu'il pouvait compter sur lui pour garder le secret. Il était soulagé de lui avoir dit tout cela. Il avait à présent quelqu'un avec qui en parler. En attendant de pouvoir en discuter avec Castiel.

- Maintenant que c'est dit… je ne serais pas contre l'idée de regarder d'autres photos. Peut-être que je parviendrais à me souvenir d'autre chose.

- Tu sais quoi, Dean ? Je pense que c'est une bonne idée.

- C'est la tienne, rappela le jeune homme en souriant.

- Oui, et c'est pour ça que c'est une idée brillante.

Dean sourit à nouveau. Il n'en avait pas eu conscience jusque là mais il réalisait à présent combien il avait de la chance de ne pas avoir entièrement perdu la mémoire. Il n'aurait jamais pu surmonter cette épreuve s'il n'avait pas gardé des souvenirs de son frère, de leur enfance et de Bobby. Il aurait très certainement fait quelque chose de stupide s'il n'avait pas eu Sam à son réveil. S'il n'avait pas pu se raccrocher à celui qui avait été durant de longues années sa seule bouée de sauvetage.

- Toutes tes idées ne sont pas brillantes. Est-ce que je dois te rappeler du jour où tu as sauté d'un arbre parce que tu étais convaincu que tu pouvais voler ? Est-ce que je dois te rappeler que tu as fini à l'hôpital avec un bras fracturé ?

- C'était ton idée, Dean. C'est toi qui m'a dit qu'on avait des super-pouvoirs. J'avais cinq ans alors je doute de pouvoir être tenu responsable.

- D'accord, je veux bien reconnaître que ma plaisanterie n'était pas aussi drôle que je le pensais à l'époque mais je ne t'ai jamais dit de sauter d'un arbre ! Ça, c'était ton idée et c'était stupide. J'ai été puni par Papa pendant des semaines à cause de toi.

- Tu l'avais mérité, répliqua Sam en rouvrant l'album photo.

Dean choisit de ne pas dire à son frère que leur père l'avait giflé en apprenant que Sam était à l'hôpital. Qu'il lui avait dit tout un tas d'horreurs ensuite. Il choisit également de ne pas lui expliquer combien il avait pleuré en entendant cela parce qu'il croyait réellement avoir manqué à son devoir de grand frère à l'époque. Il ne voulait pas gâcher le moment qu'il partageait avec Sam en évoquant de mauvais souvenirs. C'était pour ça qu'il ne lui avait rien dit à l'époque également. Il avait toujours voulu le protéger de l'homme qu'était réellement leur père. Maintenant qu'il était mort, il était inutile d'en parler.

Il se concentra à la place sur les photos de l'album. Il écouta Sam lui décrire chacune d'elle avec un sourire. Il rit parfois en entendant certaines des choses ridicules qu'il avait pu faire en tentant d'impressionner Castiel. Il laissa les émotions oubliées remonter à la surface. Il le laissa le convaincre un peu plus encore qu'il avait été heureux avec son mari. Heureux avec la famille qu'il s'était construit durant ces onze dernières années. Il ne chercha pas à ignorer l'amour qui ne faisait qu'accroître au fond de son cœur pour l'homme qui partageait sa vie. Il accepta qu'elle le submerge.

Quand ils eurent fini de regarder le premier album photo, ils en ouvrirent un deuxième. Dean perdit rapidement la notion du temps. Quand Castiel rentra finalement du travail, le jeune homme l'accueillit avec un baiser sur la bouche qui sembla le surprendre. Il entendit son frère le souffler dans son dos mais il n'y prêta pas attention. Il se contenta d'embrasser son mari durant de longues secondes. Puis, quand ils se séparèrent, il lui sourit longuement avant de déposer un rapide baiser sur son front. Sans lui laisser le temps de réagir, il invita Sam à rester manger et l'encouragea à inviter Jess également. Il avait envie de passer la soirée avec une partie de sa famille. Il ne se souvenait peut-être pas encore de tout mais il avait à présent quelques nouvelles certitudes qui lui permettaient d'avancer. Il était heureux. Il était amoureux. Et il avait toutes les raisons de retrouver le sourire. Il n'avait peut-être pas la maîtrise sur ce qui se passerait ensuite dans sa tête. Il ne savait pas s'il récupérerait un jour l'ensemble de ses souvenirs. Mais il s'en contrefichait pour la première fois de sa vie. Car il était convaincu que tout rentrerait dans l'ordre. Et si toutefois il ne parvenait pas à se remémorer son mariage avec Castiel, il l'épouserait à nouveau. Ils reprendraient tout à zéro et il se construirait de nouveaux souvenirs. Castiel avait cru en lui-même quand personne n'avait l'espoir de le voir se réveiller. Bobby était persuadé que tout finirait par s'arranger. Sam avait une confiance aveugle en lui également. Il était peut-être temps pour lui d'apprendre à en faire de même. A oublier tout ce que son père lui avait dit et qu'il l'avait fait douter de lui-même durant toutes ces années. Il était peut-être qu'il se fasse un peu plus confiance. Il avait réussi à se construire une vie géniale une première fois. Il ne voyait pas pourquoi il ne serait pas capable de le faire à nouveau.