CHAPITRE 25 : Au bord du lac
Durant les jours qui suivirent, Rogue ne lui parla plus de l'incident. Et même s'il battait des records de méchanceté à son égard, West ne lui laissa pas l'occasion de se le mettre à dos. Ce que disait Dumbledore se vérifiait, il explosait vraiment si on s'en prenait à sa petite amie. Lui pouvait endurer toute la colère du maître de défense.
Tout dans sa vie semblait aller de mieux en mieux, Ron avait repris les entraînements avec eux et West et Ginny se rapprochaient rapidement du niveau professionnel.
- Si vous me sortez la double feinte de Wronski pendant le match, je vous laisse carrément attraper le vif d'or et je vais m'asseoir dans les tribunes pour vous regarder jouer, plaisanta Harry. Non sérieusement, c'est fantastique !
Le seul qui n'était pas content, c'était Dean. On ne lui disait jamais qu'il était fantastique, qu'il faisait des actions géniales. Et pour cause, il n'en faisait pas. West l'avait surpris plusieurs fois en train de lui jeter un regard meurtrier quand Ginny venait lui taper dans la main, ou quand elle insistait pour faire un exercice difficile avec lui plutôt que son petit ami. Il avait même entendu Ritchie lui dire dans le vestiaire qu'il ne devait pas être jaloux puisque lui avait Hermione. Il eut tout juste le temps de partir avant d'entendre son camarade exploser. Il remarquait aussi que Ginny passait de plus en plus de temps avec eux. Après tout Hermione était sa meilleure amie. Mais depuis sa dernière confession, il savait que tout allait de pire en pire avec Dean et elle préférait nettement rester avec eux. Il ne s'en plaignait pas, au contraire, il adorait Ginny. Hermione aurait même pu avoir de sérieux doutes si elles ne les connaissaient pas aussi bien. On riait toujours quand elle était là et ça changeait des conversations de Ron et Hermione qui ne portaient que sur le Quidditch ou les devoirs. Puis il se rappela des soupçons d'Hermione plus tôt dans l'année et ça lui sauta aux yeux. Harry n'avait d'yeux que pour Ginny, c'était toujours lui qui faisait en sorte qu'elle passe du temps avec eux. Hermione n'avait finalement pas tort, qui sait ce qu'il s'était passé à Noël quand ils étaient tous les deux seuls au Terrier.
L'humeur de Dean ne s'améliora pas dans les jours suivants. Le premier dimanche d'avril, pendant le repas, ils eurent tous l'agréable surprise de voir débarquer Katie par la grande porte, visiblement guérie. Ginny la prit dans ses bras et elle fut rapidement rejointe par toute l'équipe de Quidditch (sauf Dean) et ses amis de septième année.
- J'espère que tu te sens d'attaque, parce qu'on a besoin de toi ! lança Ginny.
- Bien sûr, je ne vais pas vous laisser tomber !
- Tant mieux, le match est dans un mois, on a besoin de tout le monde.
- Est-ce que les Médicomages ont pu trouver ce que tu avais ? demanda Hermione.
- Non, c'était un puissant maléfice sans aucun doute. Et je ne me rappelle d'absolument rien, dit-elle en voyant Harry ouvrir la bouche. Tout ce que je sais, c'est que je suis entrée aux toilettes aux Trois Balais.
Harry acquiesça, il tourna la tête et croisa par hasard le regard de Malefoy, il était livide. Il était quasi sûr que c'était à cause de Katie. Mais il avait bien le temps d'y réfléchir, après tout il pouvait enfin retrouver son super trio de poursuiveurs et avec un peu d'entraînement, gagner le titre ne semblait plus aussi irréaliste.
Quelques jours plus tard, Harry annonça donc à Dean qu'il ne jouerait pas le dernier match puisque Katie était revenue. Mais il se sentit obligé de lui proposer de continuer à s'entraîner avec eux quand il le souhaitait et qu'il le considérait toujours comme un coéquipier. Dean accepta en grommelant, mais il mit une bonne semaine avant de venir pour la première fois. West retrouvait enfin ses sensations de début de saison, tout était tellement plus facile avec Katie et Ginny. Ron, même sans Félix Felicis, avait fait des progrès monstrueux grâce notamment aux tirs surpuissants de West qui l'avaient mis à mal pendant un bon moment avant qu'il ne s'y habitue. Les tirs de Katie et Ginny étaient chirurgicaux et le forçaient à faire des parades acrobatiques. Il maitrisait mal son balai au début mais il sentait que ça venait. Regarder West et Harry manœuvrer leurs balais l'avait bien aidé.
Seule Hermione restait indifférente à cette vague d'effervescence autour du Quidditch, elle martelait à qui voulait l'entendre que les examens de fin d'année approchaient et qu'il fallait commencer à réviser.
- Hermione, c'est dans deux mois, pesta Ron. Si je révise maintenant, j'aurais tout oublié.
- Tu vas me dire que tu ne sais pas ce que tu as appris il y a deux mois ?
Ron sembla réfléchir puis fit non de la tête avec un sourire.
- Mione, pour une fois Ron a raison, intervint West, il recommence à faire beau, tu ne voudrais pas passer l'après-midi avec moi dans le parc ?
Elle était vexée car il l'avait contredite, mais lorsqu'elle vit le beau ciel bleu par la fenêtre, elle ne put qu'acquiescer.
- C'est une excellente idée, dit Ron, on devrait tous faire pareil.
- Et il ne t'est pas venu à l'idée qu'on voulait être seuls, en amoureux ? répliqua sèchement Hermione.
Son teint devint pâle et il bégaya toute sorte de chose.
- Mais non elle plaisante, dit West avec un rire, au stade où on en est, ça ne nous dérange pas de nous bécoter devant tout le monde.
Et pour illustrer son propos, il la prit par les épaules et l'embrassa. Ron étant immédiatement mal à l'aise marmonna qu'il allait prévenir Harry et disparut. Lorsqu'ils se relâchèrent, Hermione soupira :
- On est vraiment devenu un vieux couple.
- Non je ne pense pas qu'un vieux couple ferait ce qu'on va faire ce soir dans la Salle sur Demande.
- Ah non ! Si tu veux qu'on se ballade cet après-midi, ce soir je révise.
- Mais c'est ce que je voulais dire, ce soir nous allons réviser tous nos enchantements dans la Salle sur Demande.
- Ne te moque pas de moi !
- Bon évidemment, quand on se sera rendu compte qu'on sait déjà tout parfaitement bien. On pourra faire… autre chose.
Hermione ne put réprimer un sourire. Non, elle n'était définitivement pas rentrée dans une routine avec lui. Ils virent Ron revenir avec Harry et – ils échangèrent un regard malicieux – Ginny. Harry sembla deviner leurs pensées et lança d'un air faussement enjoué :
- Plus on est de fous, plus on rit !
Seul Ron semblait complètement étranger à tous ces sous-entendus. Ils sortirent de la Salle Commune et croisèrent Dean qui entrait. Il allait passer sans rien dire et remarqua Ginny.
- Gin ? Où tu vas ? Je te cherchais.
- Oh… je vais me balader un peu dans le parc, j'en ai marre de réviser les BUSE.
- Mais… ça fait trois jours qu'à chaque fois que je te demande quelque chose, tu me réponds que tu révises les BUSE !
- Oui et bien là je fais une pause !
Les quatre autres se regardaient d'un air tendu, pas sûrs de vouloir assister à ça.
- Franchement c'est pas sympa et…
- On en parlera un autre jour ! le coupa-t-elle.
Elle prit Ron et Harry chacun par un bras pour les forcer à continuer leur route derrière elle. Hermione et West la suivirent sans poser de questions. West avait peur que Dean les suive mais il semblait trop estomaqué pour réagir.
- Pour une fois que je passe une bonne journée, pas besoin de Mr Pot de colle et ses problèmes d'égo… marmonna Ginny pour elle-même alors qu'elle avançait à vive allure.
- Ginny, lâche moi tu me fais mal ! pesta Ron.
Elle se rendit compte qu'elle les trainait toujours et les relâcha aussitôt.
- Ca va Ginny ? demanda doucement Harry en mettant une main sur son épaule.
- Je… je ne sais pas trop.
Elle tremblait légèrement, elle était au bord des larmes. Hermione tira Ron par le bras et avant qu'il ait compris quoi que ce soit, ils les avaient laissés seuls.
- Mais pourquoi… commença Ron.
- Elle a besoin d'en parler, mais pas à son frère ! rétorqua-t-elle.
- Je n'y comprends rien.
West et Hermione traînèrent Ron dans le parc et s'assirent contre les arbres au bord du lac. Hermione était allongée sur West qui lui caressait nonchalamment les cheveux et Ron prenait bien soin de regarder ailleurs, il se sentait tout à coup incroyablement seul.
- Vous êtes vraiment dégoûtants !
Ils se tournèrent et eurent la désagréable surprise de voir Pansy Parkinson qui n'avait visiblement rien de mieux à faire que de les embêter.
- Je ne vois vraiment pas ce qu'un garçon comme toi, Miller, peut trouver à cette… cette fouine !
- Tu as raison Parkinson, à la base je ne lui trouvais rien d'exceptionnel mais après avoir vu ta tronche… même Hagrid me parait séduisant.
Ron éclata de rire alors qu'elle devenait écarlate. Hermione lui fit une tape sur le bras.
- D'accord c'était drôle, mais tu viens de dire que je n'avais rien d'exceptionnel je te signale !
- Désolé Mione…
- Fais le malin tant que tu le peux, sale sang de bourbe ! Bientôt les gens comme vous n'auront plus leur place dans cette école !
Elle tourna les talons et partit. West ne riait plus.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? lui demanda doucement Hermione.
- Je n'en sais rien. Qu'est-ce qu'une idiote comme elle pourrait savoir ?
- Ce sont des paroles en l'air, expliqua Ron, en tout cas je l'entends dire ça depuis six ans.
West regarda Hermione, pas du tout convaincu. Dans le climat actuel, aucune menace ne pouvait être prise à la légère.
- Miaou !
- Comment fais-tu pour toujours savoir où je suis ? demanda West à Rocket qui accourait tranquillement.
Le petit chaton se contenta de se frotter contre la jambe de son maitre puis se roula sur le dos pour se frotter dans l'herbe. Hermione répondit à ses attentes et lui frotta le ventre.
Harry et Ginny arrivèrent enfin et elle semblait aller beaucoup mieux, ils préférèrent donc ne pas plomber l'ambiance et taire ce dernier évènement. Harry s'installa dans le no man's land entre Ron et les deux amoureux et Ginny s'installa naturellement à côté de lui et posa même sa tête sur son épaule pour somnoler. Harry sembla surpris mais ne dit rien, le sourire que lui fit Hermione le mettait mal à l'aise. Ron semblait avoir pris un autobus en pleine figure et restait scotché. Harry jeta néanmoins plusieurs regards vers l'entrée du château au cas où Dean aurait décidé de venir les rejoindre.
Le crépuscule approchait à présent mais personne ne semblait décidé à bouger. Hermione ne pensait plus du tout à réviser. Elle contemplait le ciel sombre, appuyé sur le torse de son petit ami, le petit chaton dans ses bras. Ce calme ne durerait pas, Voldemort allait bientôt frapper, elle le sentait. Elle avait tellement peur de ce qu'elle pouvait perdre dans cette guerre. Elle se rappelait toujours du regard qu'avait eu Harry quand Sirius était mort et comprit ce jour là la cruauté et le désespoir que représentait Voldemort. Elle trouvait Harry d'autant plus incroyable que malgré toute cette douleur, toute cette colère, il était resté le même, il n'avait pas sombré. Elle avait tellement peur à présent. Voldemort et ses Mangemorts savaient qu'elle était avec Harry au ministère. Et si l'envie leur prenait d'aller rendre visite à ses parents ? Elle savait que beaucoup de familles Moldues étaient retrouvées mortes ces temps-ci. Elle avait toujours peur de voir apparaître son nom dans les victimes annoncées par la Gazette.
Harry lui aussi était pensif, Ginny occupait déjà une bonne partie de ses pensées. Entre Dean et Ron, il avait l'impression de trahir tous ses amis en se rapprochant d'elle. Mais il venait de se rendre compte à quel point il se sentait heureux lorsqu'il était avec elle. Il était également tourmenté par la mission que lui avait confiée Dumbledore. Comment pouvait-il forcer Slughorn à lui confier un souvenir qu'il voulait manifestement garder pour lui alors que Dumbledore lui-même n'y était pas parvenu ? C'était dans ces moments là qu'il écrivait à Sirius pour avoir son avis. Sirius… il se sentait vraiment seul, c'était pour ça que Ginny lui faisait autant de bien. Mais peut-être était-ce égoïste de sa part d'aimer, vue la vitesse à laquelle ceux qu'il aimait disparaissaient… Voldemort allait-il pourchasser Ron, Hermione, Ginny, Neville ou Luna ? Après tout, il savait qui étaient ses amis, il était là au ministère.
Ron lançait beaucoup de regards discrets à sa petite sœur, son inconscient comprenait ce qu'il refusait de voir. Mais il avait remarqué même s'il ne s'en était pas rendu compte que Harry était tombé amoureux de sa sœur depuis longtemps déjà. Il ne savait même pas comment réagir à ça, il haïssait par principe tous les petits amis de Ginny. Mais Harry ? Son regard se posa sur Hermione et West et un incompréhensible sentiment de jalousie s'empara de lui. Il avait toujours pensé qu'il sortirait un jour ou l'autre avec Hermione même s'il ne l'admettrait jamais. Seulement voilà, l'amour de sa vie avait débarqué cette année et Ron savait qu'il ne tenait pas la comparaison avec West, il était brillant. Mais de voir ses deux meilleurs amis aussi passionnément amoureux lui procura un terrible sentiment de désespoir. Il était certes sorti avec Lavande et il avait aimé au début. Mais c'était une relation à sens unique et horriblement pesante, il avait mis longtemps à s'en rendre compte. Il commençait à comprendre ce qu'était l'amour véritable puisqu'il l'avait maintenant sous les yeux.
Ginny aussi était pensive, elle avait enfin intégré le cercle très fermé de la bande de Harry. Elle n'était plus la petite fille timide et effrayée assez naïve pour ouvrir la Chambre des Secrets. Elle n'était plus la fillette qui tremblait quand Harry entrait dans la pièce et qui se cachait derrière son livre plutôt que de croiser son regard. Maintenant, elle connaissait Harry et le considérait comme un véritable ami. Et avoir cette relation avec lui faisait qu'elle l'aimait encore plus qu'à cette époque. Seulement il y avait Dean, il l'avait réconfortée quand Michael Corner l'avait plaquée l'an dernier et sans vraiment savoir comment, elle s'était retrouvée à l'embrasser durant une sortie à Pré-au-Lard. Elle aimait bien Dean, il était drôle et gentil. Mais ça ne suffisait plus, elle aussi avait grandi et elle attendait plus que ça du garçon avec qui elle sortait. Harry était infiniment plus mature. Surement parce qu'il avait regardé la mort dans les yeux et qu'il s'en sortait à chaque fois. Il était malheureux, c'était évident. Elle voulait tant lui redonner le sourire.
