Jack quitta Bunny un peu à regret après avoir grignoté quelque chose avec lui bar. La matinée avait été parfaite de A et Z. Jusqu'il se rende devant le bâtiment d'art. Et qu'il voit de loin les journalistes. Certains étaient debouts, alertes, et d'autres, qui semblaient attendre depuis un moment, s'était finalement assis sur les bancs. Jack s'arrêta, assez loin. Il les regarda longtemps.
Jackson Frost n'était vraiment pas quelqu'un qui s'inquiétait de ce que pensait les autres. Jamais ça ne l'avait gêné qu'on pense qu'il était un enfant gâté, né avec une cuillère en or dans la bouche avec tout un empire à portée de main. Jamais non plus ça ne l'avait gêné qu'on se moque de son apparence ou de sa façon d'être. Là, c'était un peu différent. Parce qu'il y avait aussi Hiccup. Et de penser que certains de ses journalistes – et pas que – assumaient qu'il avait pu faire du mal à son meilleur ami sous l'influence d'une quelconque maladie mentale le mettait dans une rage folle, triste.
Soudain, on posa une main sur son épaule gauche ; le garçon sursauta, effrayé et se retourna, prêt à se défendre.
- Je suis désolée ! Se défendit aussitôt Tatiana en levant les mains en signe de paix.
- Tooth… gronda Jack qui sentait son cœur battre la chamade.
- Désolée, Jack. J'ai plus pensé, pardon. Mais t'avais l'air paralysé alors je me suis inquiétée.
L'albinos sourit enfin à son amie. Et remarqua enfin :
- T'as changé de couleurs de cheveux ?
Le visage de la jeune fille s'illumina d'un immense sourire et elle tourna sur elle-même. Effectivement, elle avait encore plus rajouter de mèches colorées, si bien qu'on ne pouvait même plus distinguer ses véritables cheveux châtains. Jack rit presque, notant momentanément que Tooth lui avait fait oublier en une seconde ce pourquoi il s'était figé. Il vint l'embrasser sur la joue et murmura :
- T'es la plus belle, Tooth.
- Merci, Jackson.
Puis elle arrêta de parader et pointa du doigt l'entrée pleine de journalistes :
- Sab nous attend, il est déjà à l'intérieur. T'es prêt ?
Jack déglutit puis se força à répondre « oui ». Tatiana ne perdit pas son sourire quand elle attrapa son bras gauche pour s'y pendre. Quand elle sentit Jack se tendre un peu, elle reprit d'une voix douce :
- Tout ira bien, Jack. On sera là avec toi.
L'albinos baissa la tête puis la releva pour montrer sa reconnaissance à son amie. Et quelqu'un les vit arriver de loin et tous les journalistes finirent par accourir vers eux. Jack tira un peu sur le bras de Tatiana pour les faire avancer plus vite afin de se réfugier dans le bâtiment. Il baissa la tête, se forçant à ignorer les questions des journalistes. Vraiment, il aurait pu en frapper un si jamais il disait quoi que soit. Il se concentra simplement sur la porte qu'il réussit à passer avec succès.
Seulement quand il fut à l'intérieur, il releva la tête et sourit à Tooth. Il lui demanda gentiment :
- Ça va ?
La jeune fille n'avait pas l'air très bien.
- Je… Pourquoi ils disent des choses pareilles ?
Jack secoua la tête en continuant de marcher, s'éloignant de son amie.
- Ils cherchent à me faire réagir pour que je dise la vérité, je pense. Honnêtement, j'écoute pas leurs conneries.
- Tu fais bien, Jack. Parce que c'est vraiment des connards.
Jack fit la grimace :
- C'est pas… ils font juste leur métier, Tooth. Chacun veut être celui qui obtiendra la confession ultime. Je ne les défends pas, mais je peux comprendre. Ça m'empêche pas d'avoir envie de les tabasser, cela dit.
Tatiana réfléchit quelques instants puis finit par hausser les épaules :
- J'espère qu'Hiccup s'en sort bien lui aussi.
Et Jack aurait vraiment préféré qu'elle ne dise rien. Penser à Hiccup était déjà assez stressant sans qu'elle ne vienne en rajouter une couche. Alors il ne répondit rien.
Ils arrivèrent devant la porte de leur salle principale, celle où ils peignaient et qui abritait leur casier respectif. Il y avait déjà presque toute la classe à l'intérieur. Dans celle-ci, ils étaient 19, donc tout le monde se connaissait plutôt bien. Aussi, Jack fut autant surpris que déçu de voir marqué sur son casier « Violeur » à la peinture rouge, qui dénotait avec le bleu de la porte. Quand on le vit entrer et se stopper devant ça – Tooth posa une main sur sa bouche –, on se figea. Sab était en train d'essayer de faire partir l'inscription mais, se retournant, il vit Jack et comprit qu'il n'avait pas été assez rapide.
Personne ne disait rien, attendant simplement que Jack réagisse. Celui-ci ne savait pas quoi faire. Les élèves de cette classe se connaissaient. Jack avait une petite idée de qui aurait pu faire une chose pareille, mais il ne voulait pas accuser qui que ce soit. Il regarda un à un les personnes présentes dans la pièce. Il y avait Jennifer et Oliver, Rita à leurs côtés. Luna regardait dehors, toujours autant dans son monde et non loin d'elle, Toulouse avait arrêté de dessiner pour relever la tête. Dinah et Figaro, les jumeaux, grimaçaient un peu. Louis le regardait d'un ton peiné, ce qui fit penser à Jack qu'il savait très bien qui avait fait ça.
D'ailleurs, au plus près de lui, il y avait Oogie, Yokai, Sid et Vanessa. Ces trois-là ne s'entendaient pas trop avec le reste de la classe et pour cause, ils n'étaient pas très sociables et carrément désagréable. C'était Oogie, Sid et Yokai qui avaient embêté Sab en début d'année. Gidéon aussi était parfois con, mais lui avait au moins le mérite de ne pas chercher querelle aux autres élèves. Le regard de Jack tomba dans celui de Yokai. C'était lui le chef de la petite bande Oogie et Sid étaient trop dérangés pour prendre des décisions. Vanessa elle, était plutôt du genre diabolique : c'était soit elle soit Yokai qui avait pensé à faire un coup pareil.
- Qu'est-ce que tu regardes, Frost ? Cracha Sid, toujours prêt pour une bonne bagarre.
Jack ne lui accorda pas un regard, regardant Yokai. Oogie explosa de rire et Vanessa lui sourit, d'apparence sympathique mais Jack savait ce qui se cachait sous ce joli visage. Yokai s'avança vers lui en faisant la moue, jouant visiblement la comédie :
- Décidément, il y a des gens qui ne savent pas se tenir, hein Jackie ?
Le sang de Jack ne fit qu'un tour ; c'était son père qui l'appelait Jackie. Et ça n'était pas un surnom affectif. Il asséna d'un ton froid :
- C'est Jackson, Yokai.
- Et visiblement pas que, dit d'un ton mesquin l'autre en pointant des yeux le casier, sur lequel Sab continuait de s'acharner avec une éponge.
Jack ne pouvait pas frapper. Au mieux, il pouvait lui donner un coup de plâtre. Il serra le poing gauche et se mordit l'intérieur de la joue. Il pensa à Hiccup et décida de prendre exemple sur son sarcasme pour ne pas avoir à tabasser l'autre garçon à coup de bras plâtré :
- Si tu ne peux pas te faire ta propre opinion, c'est ton problème, Yokai. Mais je suis sûr qu'il y a des gens ici qui peuvent penser par eux-mêmes au lieu de croire aveuglément ce qu'ils entendent.
Jack savait que Yokai était impulsif, aussi il s'était préparé à recevoir un coup. Mais celui-ci ne vint jamais. Entre lui et Yokai se tenait Ralph, qui bloquait le bras du garçon. Il venait d'arriver avec Vanellope et Félix. Et Ralph était le seul de la classe à être plus grand et plus impressionnant que Yokai et Oogie réunit. Même Louis était plus petit et moins costaud que lui – enfin, sa personnalité maladivement timide le faisait sûrement paraitre moins grand, aussi.
- A quoi vous jouez ici ? Gronda Ralph alors que Yokai se défaisait rageusement de sa prise.
- Oh non, sérieux les gars… vous êtes vraiment des connards, grogna à son tour Vanellope et allant aider Sab à supprimer le mot.
L'arrivée des derniers élèves de la classe sembla réanimée les autres. Tooth alla vers le casier et Rita vint se placer vers Jack. Alors qu'elle allait parler, ce fut Luna qui s'avança vers l'albinos, à sa grande surprise – Luna avait toujours l'air défoncée et parlait souvent plus seule qu'avec les autres élèves. Elle tendit le journal d'aujourd'hui à Jack, qui le prit sans même vraiment en avoir conscience.
- Hiccup à l'air d'être un garçon très bien, Jackson. Je suis désolée que les gens soient si méchants avec vous.
Il y eut un silence assez long avant que Jack ne finisse par baragouiner, un peu perturbé :
- M-merci Luna.
Et soudain, alors que Vanessa s'approchait du groupe pour, sûrement, donner une petite réplique cinglante, le professeur Koro arriva en classe et s'arrêta sur le seuil :
- Whao les enfants, s'exclama-t-il en voyant la scène, puis le casier, dont les lettres restaient toujours un peu visibles. Ok, je m'y attendais.
Il claqua dans ses mains, habitué à se faire respecter.
- Assis, tout le monde.
Chacun obéit et Jack s'éclipsa au fond de la classe avant que Ralph n'est pu lui demander s'il allait bien. Il sentait Yokai et Oogie le fusiller du regard quand il s'assit calmement, Tooth et Sab s'asseyant à sa gauche. Jack leur sourit brièvement pour les remercier.
- Alors, déjà, ceux qui ont tagué le casier de Jackson auront droit à une colle ; je vous répète cent fois par jour qu'il vous respecter le matériel. Qui est-ce que je dois punir ?
Comme personne ne répondait, Koro se dirigea vers le bureau de Yokai et s'assit nonchalamment dessus.
- Vous êtes des adultes maintenant. Donc j'attends de vous que vous assumiez vos choix et vos actes, aussi idiots soient-ils.
Silence.
- Et vous me connaissez trop bien pour savoir que je serai intransigeant envers ce genre de pratique.
Jack, comme toute la classe, adorait le professeur Koro. Il était parfois très sévère mais incroyablement impliqué dans leur éducation.
- Et je connais vos écritures, ajouta d'un ton sombre Koro en tournant son regard vers Sid.
- C'est Yokai qui a demandé à Sid d'écrire monsieur.
- Oogie l'a aidé.
- Et Vanessa les a encouragés.
C'était les jumeaux, Dinah et Figaro, qui avaient parlé calmement comme s'ils avaient prononcé une seule phrase. Ils étaient spéciaux, tous les deux, ne se lâchant jamais d'une semelle et finissant les phrases de chacun. Ils étaient tantôt très sérieux, tantôt presque bêtes. Là, visiblement, ils étaient un peu des deux : Yokai et sa bande allaient leur tomber dessus, sûrement. Cela dit, Jack les défendraient – comme il pouvait – si jamais, comme ils le défendaient maintenant alors qu'il n'avait rien demandé.
- Merci pour votre honnêteté, Dinah, Figaro, répondit, toujours aussi pédagogue, Koro. Yokai, Sidney, Oogie et Vanessa, qu'est-ce que vous avez à dire pour votre défense ?
Cela surprit les élèves que le professeur veuille vraiment faire ça maintenant. Et en même temps, ça lui ressemblait. Jack fut plutôt content de voir qu'il mettait les quatre élèves très mal à l'aise de devoir répondre de leur acte devant toute la classe. Aucun ne répondait, avachis dans leur chaise sauf Vanessa qui se tenait droite mais qui n'osait quand même pas regarder le professeur.
- Ok, continua, serein, Koro. Alors je vais me permettre de dire quelques mots. Jackson, d'abord, est-ce que tu vas bien ? Le proviseur m'a informé que tu ne pourrais pas dessiner pendant un moment. J'espère que tu guériras vite. En attendant, tu observeras tes camarades, de préférences ceux qui ont des techniques différentes des tiennes.
Jack hocha la tête devant le pragmatique professeur Koro.
- Oui, monsieur. Merci.
- Ensuite, j'aimerais, si ça ne te dérange pas, qu'on parle un peu de ce pourquoi Yokai a eu cette idée ce matin.
Jack baissa les yeux. Il n'avait pas très envie d'en parler, à vrai dire. Il secoua la tête, comme pour demander au professeur de ne pas aborder le sujet : Koro continua comme s'il n'avait rien dit avant :
- Comme tu ne peux pas peindre, j'ai pensé que tu pourrais nous servir de modèle.
Cette fois, l'albinos releva vivement la tête. Pardon ? Servir de modèle ? Ça n'était jamais les élèves qui posaient, normalement. Et pourquoi lui ? Le professeur Koro comprit son trouble. Il se releva du bureau de Yokai et se mit à marcher dans la classe.
- Je m'explique. Vous connaissez mon avis sur la relation étroite d'un dessinateur et son modèle. C'est un moment de partage intime, extrêmement intense, pour les deux protagonistes. Aussi, je ne suis pas né de la dernière pluie : je sais que dans cette classe, les avis divergent quant au cas de Jackson et du procès qu'il mène actuellement. J'aimerais que ça ne soit pas un tabou car ce genre d'élément bride votre créativité. Hors, vous êtes tous des artistes prometteurs et je m'en voudrais de ne pas crever l'abcès qui vous fait obstacle.
Il s'arrêta un instant devant Jack.
- Je vous crois, Jackson, vous et votre ami, dit-il sans aucune émotion dans la voix.
Jack sentit son ventre se serrer ; il ne s'était pas attendu à ce que les professeurs en parlent, encore moins donne leur propre avis.
- Je vous crois mais ça n'est néanmoins que mon propre avis. Je comprends et accepte parfaitement que, dans cette classe, mon opinion ne soit pas partagée.
Koro se remit à marcher, calme.
- Cependant, j'ai une aversion des plus grandes pour le genre d'initiative qu'ont eu Yokai et ses camarades plus tôt. Des divergences d'opinions ne devraient pas pousser à des actes de lâcheté, surtout s'ils ne sont pas assumés par la suite. Yokai, Oogie, Sidney, Vanessa, vous pensez que Jackson ment et que c'est lui qui est l'auteur des crimes dont il accuse son père. C'est une pensée légitime et je l'accepte, bien que je ne la cautionne pas.
Jack sentit sa gorge se serrer et ses yeux s'humidifier en entendant ces mots. Ces quatre-là pensait vraiment qu'il était capable de violer son meilleur ami, ou bien n'avaient-ils pas réfléchis avant de l'accuser de la sorte ? Il ferma les yeux pour ravaler ses larmes quand Koro reprit :
- Jackson est votre camarade de classe, votre collègue. Aussi, je ne tolérerai pas qu'on lui manque de respect, qu'il le mérite ou non. C'est pourquoi j'aimerais ré-établir, établir peut-être, une connexion entre lui et vous tous. Afin que chacun se fasse une idée sur lui via ses propres moyens. En oubliant tout ce que vous savez, en faisant fi des rumeurs, en ne vous basant que sur ce que vous ressentez au moment où vous le dessinez.
Jackson grimaça : il n'était pas sûr d'être d'accord avec ça. Ça n'allait sûrement rien changer et, franchement, il s'en fichait de ce que pensaient ces abrutis. Mais d'un autre côté, il avait confiance en Koro ; si le professeur proposait une telle chose, c'est qu'il y avait une raison. Une bonne raison, sinon, il ne lui infligerait pas ça.
- Jackson ?
Le garçon reconcentra son attention sur son professeur qui était à nouveau devant lui et le regardait intensément.
- Seriez-vous d'accord ? Voulez-vous qu'on en parle en privé ?
Jack se laissa un long moment pour penser. Est-ce que ça allait vraiment aider ? Puis quand Koro lui sourit, il se dit que oui. C'était comme l'interview qu'Hiccup avait fait avec Judy. C'était un moment difficile à passer mais après, on était content d'avoir réussi à le faire et satisfait du résultat.
- Je… je suis d'accord pour être le modèle, professeur.
L'homme fit un de ces immenses sourires dont il avait le secret et retourna vers son bureau.
- Très bien ! Aménagez la salle selon vos besoins et armez-vous. Jack, vous pouvez vous installer au centre ; je vous laisse choisir une position qui serait confortable pour vous.
Jack se leva en même temps que les autres, certains étant réticents à l'idée de dessiner un camarade. Tooth et Sab s'avancèrent vers lui.
- Tu es sûr que ça va aller ? Demanda doucement le garçon.
- Oui, merci Sab, répondit Jack sur le même ton. Pour le casier et… merci.
Tooth posa une main sur son bras.
- Tu crois que tu te sentirais capable de… non, c'est idiot.
Jack tiqua :
- Quoi ? Tu penses que c'est une mauvaise idée ?
- Non, Jack, au contraire. Mais je pense que… ça serait mieux si tu enlevais ton haut. Tu sais, pour te…
- Mes cicatrices, la coupa Jack.
- Oui, confirma Tatiana, incertaine. Tu pourrais te mettre dos à nous, si ça te gêne moins.
Jack avait la bouche sèche. Vraiment ? Lui qui détestait son corps, encore plus ses cicatrices, il allait poser topless devant sa classe ? Il secoua la tête.
- Non, Tooth, je suis pas sûr que ça soit un bonne id…
- Je pense comme elle, Jack, intervint Sandy.
Vraiment ? Sab aussi ? Les épaules de Jack s'affaissèrent un peu. Il ne savait pas…
- Mais si vraiment tu ne le sens pas, ne le fais pas, ajouta Sab, toujours aussi gentil.
- Ça serait bien que tout le monde les voit.
- Je… j'ai pas envie qu'on les voit, Tooth, souffla Jack.
Il ne savait pas. Que dirait Hiccup ? Que ses cicatrices étaient comme une œuvre d'art, qu'il était magnifique. Ça aidait, de penser à Hiccup et à la façon dont il le voyait. Il pensa aussi à Ania et Dimitri. Il expira longtemps. Puis alla vers le bureau du professeur pour l'informer de ses plans. Koro sourit à nouveau et demanda aux élèves de s'installer en arc-de-cercle au fond de la classe.
Jack prit un tabouret et s'installa, dos à la classe. Il ôta l'écharpe qui lui retenait le bras. Et il enleva précautionneusement son Hoodie, dévoilant sa peau marquée. Il y eut quelques respirations coupées, quelques petites exclamations et même des grognements de dégout, pour certains. Jack ferma les yeux, pas dans son élément. Il était quand même content qu'aucun ne puisse voir son visage.
- Bien. A vos crayons, chers élèves, commenta Koro, qui se plaça pour le voir de profil, à sa gauche, face à la lumière. Si vous le permettez, Jackson, j'aimerais moi aussi vous croquer.
Le garçon fut un peu surpris mais il hocha la tête.
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La séance de dessin prit toute l'après-midi. Jack avait les jambes et le bas du dos engourdi au bout d'une heure ; il se leva trois fois au total pour se dégourdir, ne se mettant jamais face aux élèves. Il s'exposait déjà beaucoup trop à son propre avis ; il n'allait pas non plus leur montrer le devant, qui était pire – de peu – que le derrière. Certains élèves avaient finalement opté pour une peinture plutôt qu'un dessin, d'autres choisissant le fusain, chacun ses propres outils. Jack avisa du coin de l'œil le professeur Koro prendre un chevalet après avoir croqué afin de le peindre, à l'aquarelle, sûrement.
Le dernier élève, Jennifer, qui était une grande perfectionniste, finit enfin, pas si longtemps après les autres. Jack remit son Hoodie, s'étirant comme il pouvait. Koro ordonna aux élèves de ranger la classe, afin que chacun puisse s'installer à son bureau. Lui-même prit sa toile pour la poser, de dos, contre le mur près de son bureau.
- Je suis fiers de vous, les enfants c'était un travail long et compliqué. Prendre pour modèle quelqu'un que l'on connait, quelqu'un pour qui on éprouve des choses, de l'amitié comme de l'animosité – disant cela, il regarda Yokai, Oogie, Sidney puis Vanessa, lentement – est une tâche ardue : nos émotions influencent nos créations. Celles que nous éprouvons mais aussi celle que nous fait éprouver le modèle. C'est pourquoi il est toujours plus facile de prendre pour modèle un ou une inconnue. J'espère cependant que l'expérience vous a plu. A toi aussi, Jackson, passez de l'autre côté du tableau est peu habituel pour un artiste ; je suis content que tu te sois prêté au jeu. Bien, je vais vous laissez filer, je vous ai déjà assez retenu. Laissez-moi vos créations sur ou à côté du bureau, je vous prie.
- On sera noté sur ça ? S'étonna Vanellope.
- Sérieux ? Gronda Oogie, qui n'avait pas vraiment fait d'effort pour traiter ce sujet.
- Je ne sais pas, Vanellope, répondit Koro en ignorant le garçon. Si vos travaux sont corrects, c'est fort probable. D'ailleurs, je vais vous demander également un petit travail pour demain : j'aimerais que chacun d'entre vous repense à son œuvre et à ce qu'il a ressenti lors de cette séance. J'attends un texte assez conséquent, au moins 1 page, et vous laisse la pleine liberté de lui choisir un fond et une forme originale. Je vous remercie et vous souhaite une bonne soirée.
L'homme ajouta :
- Jackson, vous resterez un instant que je vous donne également un devoir.
Le garçon hocha la tête même si, en regardant l'heure, il se rendit compte qu'Hiccup devait déjà être sorti de cours. Mais Rapunzel était sûrement encore avec lui. Et puis Jack était presque sûr que Bunny allait également aller le chercher, comme il n'avait eu qu'un cours à 14h. Il regarda ses camarades sortirent doucement, certains, comme Ralph, lui donnèrent des sourires ou des mots d'encouragements, de remerciements, même, d'avoir posé. Rita lui ébouriffa les cheveux et lui souffla un :
- On te croit, nous.
Nous, c'était elle, Jenny et Oliver. Ces trois-là étaient inséparables. Cela fit plaisir à Jack qui lui dit en retour :
- Merci Rita. Passe le bonjour à Roublard pour moi.
Le garçon que tout le monde surnommait Roublard était un ancien élève qui avait arrêté la formation et, accessoirement, le petit-ami de Rita. La jeune femme hocha la tête et sortit. Tooth, avant de la suivre avec Sab, posa un instant sa main sur l'épaule de l'albinos.
- On t'attend à la sortie, Jack.
A son tour, Jack hocha la tête et se retrouva seul avec le professeur Koro. Il s'avança jusqu'au bureau, où l'homme écrivait tranquillement. Au passage, le garçon avisa quelques-unes des créations des élèves. Certaines étaient très réalistes, d'autres farfelues et Jack aurait pu reconnaitre chacun des auteurs. Toulouse avait fait quelque chose de volontairement flou, Luna l'avait déformé en jouant avec les lignes de ses cicatrices, Félix avait fait un portrait hyper réalistes et Vanessa, qui malgré sa méchanceté avait un talent incroyable, avait insisté sur les contours, dans un ballet très sombres d'ombres. C'était sûrement Vanellope qui avait fait un tableau où chaque cicatrice avait une couleur différente. Cela fit sourire Jack. Même les cancres de la classe s'étaient prêté au jeu.
Même ceux qui l'avait qualifié de « violeur » avait participé à l'expérience.
- Je suis vraiment content de vous voir revenir en cours, Jackson, commenta le professeur. J'ai lu l'article de votre compagnon – Jack tiqua un peu : la relation qu'il avait avec Hiccup n'était pas censé être connue, mais visiblement, Koro s'en fichait – : il est très malin.
Jack ne put s'empêcher de sourire :
- Il l'est, monsieur. Il essaye juste de nous protéger de l'opinion publique.
- Et il a raison. Voyez ce qui s'est passé tout à l'heure. Je m'excuse pour cela d'ailleurs. Je leur parlerai personnellement.
- N'en faites rien, monsieur, contredit gentiment Jack. Je pense que votre leçon d'aujourd'hui a porté ces fruits.
- Ne prenez jamais pour acquis ce que vous pouvez confirmer, Jackson. Je ne veux pas de ce genre de comportement dans ma classe. Vous le comprendrez.
Jack hocha la tête. Puis comme Koro ne reprenait pas la parole, il demanda :
- Que dois-je faire pour demain ?
- Oh, oui, se rappela le professeur.
Il se leva et, prenant en main la toile sur laquelle il avait peint plus tôt, il l'enleva de son châssis, la roula puis l'enfila dans un tube qu'il sorti de sous le bureau.
- Cette toile est à vous, Jackson. J'attends que vous m'écriviez ce que vous ressentez en la regardant. Essayez de faire abstraction du contexte : ça n'est pas vous sur cette toile, c'est un inconnu et j'aimerais savoir ce qu'il vous fait ressentir. Comme vous n'avez pas peint, j'attends de vous un texte plus long que celui de vos camarades. Disons 3 pages environ. Vous arriverez à écrire ?
Jack était complétement décontenancé par la consigne. Il prit le tube dans le creux de son coude et hocha la tête, incertain :
- O-oui, monsieur. Sinon, je dicterai mon texte.
- Je suis certain que vous le ferez, Jackson, sourit Koro et l'albinos ne comprit pas vraiment ce qu'il voulut dire. Filez, maintenant, je vous ai assez retenu. Oh, et faites attention aux nuisibles à l'extérieur.
Jack sourit. Les nuisibles étaient sûrement les journalistes. Ce professeur était le meilleur au monde. Lorsqu'il sortit, il perdit un peu son sourire. Hiccup était déjà là, avec Rapunzel et Bunny, parlant tranquillement avec Tooth et Sab. Jack gronda en fonçant presque sur son petit-ami, lâchant le tube qui tomba à terre pour lui faire relever la tête afin de mieux voir l'hématome sur sa mâchoire. Il avait la lèvre fendue, aussi. Hiccup siffla de douleur mais se laissa faire : Jack bouillonnait de colère mais était délicat. Sa voix, en revanche, était glacée :
- C'est Pitch Black qui t'a fait ça ?
Hiccup faillit rouler des yeux mais il haussa les sourcils à la place : Jack se souvenait du nom de son tortionnaire. C'était à la fois surprenant, à la fois tellement Jack. Le brun se défit gentiment de la prise. Il lui sourit tendrement, un peu piteusement, sans rien dire, amena sa propre main caresser la joue de l'albinos qui fronça les sourcils.
- Ça va Jackson, Philippe a eu ce qu'il méritait lui aussi, commenta sagement Rapunzel.
- Tu l'as frappé ? Demanda, un peu surpris, Jack, tout près d'Hiccup.
Celui-ci rit en soufflant par le nez.
- Je l'ai juste aidé à tomber. Et je lui ai craché dessus.
Jack rit à son tour en venant embrasser la pommette de l'autre.
- Je suis fier de toi, Trésor.
Bunny intervint avant qu'Hiccup ne puisse le faire :
- Sab et Tooth nous ont dit pour l'inscription.
- Ça va ? Demanda doucement Hiccup.
- Ouais, le prof a été génial. Faut que je te raconte ça. Oh, et…
Jack se retourna pour chercher le tube qu'il avait fait tomber par terre, juste à temps pour voir, justement, Koro sortir de la salle de classe, se baissant pour ramasser l'étui. Il se redressa et sourit à Jack. Mais ce fut à Hiccup qu'il le tendit.
- Prenez-en soin, monsieur Haddock, je vous prie.
Le garçon s'avança, hésitant, mais prit le tube en hochant la tête, pas sûr que la demande concerne l'œuvre à l'intérieur ou Jack lui-même.
- A demain, les enfants, conclut Koro en s'éloignant.
Il y eut un blanc avant que Rapunzel ne geigne :
- Nos profs ne sont vraiment pas aussi cools.
- Il… commença Hiccup mais il s'interrompit lui-même, regardant le tube, puis Jack, qui avait baissé la tête en souriant.
- Rentrons, fit simplement le garçon quand il remarqua le regard d'Hiccup.
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Sur le chemin, Hiccup leur raconta sa journée et Aster lui parla également de la sienne il avait entendu pas mal de conversations, bonnes ou mauvaises. Ils avaient réussi à éviter les journalistes en sortant par derrière, donc personne ne les suivit jusqu'à la madhouse, à leur grand soulagement. A leur arrivée, les deux garçons allèrent directement dans leur chambre, prenant au passage de la glace pour la mâchoire d'Hiccup qu'il appliqua à peine quelques secondes.
Arrivée dans celle-ci, Hiccup leva le tube en demandant d'un ton enjoué – il était content d'être rentré :
- Tu vas enfin me dire ce que c'est ?
- Ouvre-le. En attendant, je te raconte ce qu'il m'est arrivé cet après-midi.
Jack s'installa dans le siège de bureau tandis qu'Hiccup ouvrait le tube, assis sur le lit.
- Alors, tu sais pour l'inscription. Quand Koro est arrivé, il nous a fait nous asseoir, à fait un de ses incroyables speech. D'ailleurs, il a dit qu'il était complétement de mon – notre – côté, genre ouvertement. Ça m'a surprit mais c'était cool. Ceux qui ont fait ça, je t'en ai déjà parlé, c'est ceux qui ont embêté Sab en début d'année. C'est surtout Yokai et Vanessa qui sont vraiment malveillants, Oogie et Sidney sont juste un peu dérangés. Bref, ils se sont fait expliquer par Koro qu'ils n'avaient pas de jugement à faire sans eux-mêmes avoir une opinion. Du coup, il a eu l'idée de me faire poser po…
- Jack…
Le garçon releva les yeux vers Hiccup et ses yeux s'écarquillèrent. Le brun tenait la toile à bout de bras, bouche bée. C'était compréhensible. L'aquarelle était splendide. C'était lui, Jack, de profil. Les couleurs, dans les tontes bleues, étaient plutôt sombres, seulement pour mettre en valeur certains détails. Le garçon était représenté assis, les bras tendus en arrière pour le retenir, une jambe tendue, l'autre plié, la tête levée vers le ciel. Il ne portait qu'un jean, il était même pieds nus. La scène prenait place la nuit, quelques étoiles jaunes et blanches dans le ciel presque noire. Son visage était magnifique, doux et serein. Le seul œil qu'on apercevait brillait d'un bleu glacé intense et ses cheveux blancs luisaient dans l'obscurité. Il avait une expression calme. Mais le plus impressionnant, c'était son corps. Les cicatrices reflétaient à merveille le ciel. Jack était le ciel, en fait. Son corps était bleui et ses marques formaient tantôt des étoiles, des étoiles filantes, des comètes ou même des constellations.
Le ventre de Jack se serra. Il ne s'était jamais vu comme ça. Il paraissait tellement tranquille, serein, en paix avec lui-même. Et il était beau. Vraiment, il était magnifique. Avec ses cicatrices. Grâce à ses cicatrices.
Hiccup leva ses yeux vers lui, remarquant que Jack pleurait presque. De confusion, de se voir comme ça. De gratitude pour son professeur. Lâchant enfin la toile des yeux, Jack planta son regard dans celui, magnifiquement vert, d'Hiccup. Il retint ses larmes, l'émotion lui serrant la gorge, l'étranglant presque. Le brun lâcha prudemment le bas de la toile, qui ne remonta pas, bloqué par ses jambes, pour venir poser sa main sur la joue de Jack, presque aussi ému que lui.
- Je te vois comme ça Jack.
Une larme finit par s'échapper des yeux de Jack qui baissa la tête en inspirant, reniflant presque. Il mit sa propre main gauche sur celle d'Hiccup pour la presser contre lui. Il céda finalement aux autres larmes. Jamais il n'aurait pensé qu'on pouvait aimé son corps. Il avait toujours pensé qu'Hiccup lui disait qu'il était magnifique juste… juste parce que c'était Hiccup et qu'il était Jack. Mais là, après tout… c'était peut-être vrai, alors. Peut-être qu'il pouvait être beau, malgré toutes ses stigmates que lui détestait plus que tout.
- M-merci, Hic, réussit à articuler l'albinos, calmant ses pleurs, relevant la tête.
L'autre sourit et dit tendrement :
- C'est pas moi l'auteur de ça, mon amour.
C'était vrai, mais pour Jack, c'était comme si c'était Hiccup lui-même qui avait dicté à Koro la façon dont il voyait Jack. C'était… ça voulait vraiment dire quelque chose pour lui, un tel dessin. Une telle vision. Il sourit cependant devant la remarque de son petit-ami, devant le surnom affectif. Il se recula pour s'essuyer les joues et émit un rire encore un peu larmoyant.
- J-je sais. Je vais devoir remercier ce bon vieux Koro demain.
Hiccup lui souriait toujours, puis son regard retourna sur la toile, qu'il retint en haut et en bas.
- Elle est vraiment incroyable, souffla-t-elle, stupéfié par la beauté de l'œuvre.
Ce qui rappela à Jack un détail.
- Oh, je dois… je dois écrire un texte dessus. Dire ce qu'elle me fait ressentir. C'est le devoir que le professeur Koro m'a donné pour demain. Tu… tu veux bien m'aider ?
- Tu me demandes d'être ta secrétaire ou de t'aider à écrire ?
Hiccup avait toujours été très doué pour écrire de façon lyrique, presque poétique. Mais Jack secoua la tête :
- Script, ça serait bien, si ça te dérange pas.
- Je suis tout ouïe, sourit le garçon, prenant déjà des feuilles et un stylo.
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En fait, parler de ce que lui avait fait ressentir le portrait avait été plus délicat que prévu c'était très intime comme sensation et prononcer ce genre de choses à voix haute aurait pu être gênant. Mais c'était Hiccup, avec qui la notion de gêne avait été abolie depuis à peu près dix. Jack avait été un peu inconfortable au début puis finalement, il s'était tellement laissé emporté par ses émotions qu'Hiccup avait dû parfois l'arrêter, n'arrivant plus à écrire à son rythme.
Ça prit aux garçons un peu plus de temps que prévu et au bout du compte, après avoir rempli 5 pages, Hiccup arrêta de prendre des notes et écouta simplement l'autre garçon parler avec émoi, riant parfois de ses éclats de rire qu'Hiccup adorait tout bonnement. Jack marchait dans la chambre, déambulant et agitant parfois les bras, enfin surtout le bras gauche, dans les airs pour faire des signes pour accompagner ses paroles. Il s'éloigna pas mal du sujet, au final mais continua de parler. Hiccup, couché sur le lit, le dos appuyé contre le mur, interagissait parfois avec lui mais préférait l'écouter, le regarder.
- Hic ?
Le brun sortit de sa contemplation et s'aperçut, un peu avec horreur, qu'il avait arrêté d'écouter depuis quelques minutes. Il reconcentra son attention sur Jack et lui sourit tendrement quand il vit que l'autre faisait une petite moue boudeuse.
- Pardon, s'excusa Hiccup, un ton faussement désolé. J'étais trop absorbé par ce corps et par ta voix pour comprendre quoi que ce soit.
Jack dodelina de la tête d'une manière de dire « fous-toi de ma gueule ». Hiccup se mordit la lèvre pour s'empêcher de rire mais grimaça en sentant sa coupure. Jack répondit à sa grimace :
- Ça te fait mal ?
Hiccup roula des yeux.
- Je t'en prie, Jack, je suis passé par pire, je me remettrai d'un coup de poing.
Jack gronda furieusement en venant s'asseoir à côté du garçon.
- Vraiment, Hiccup, j'aime pas que ce type s'en prenne à toi comme ça.
Hiccup posa une main sur le bras de Jack pour le calmer, prenant un air blasé.
- Jack, je t'assure que Pitch n'est pas une menace. C'est juste un idiot et je suis presque certain qu'il ne pense pas méchamment. Il veut juste se prouver quelque chose à lui-même.
- Pourquoi toi tu serais impliqué là-dedans ?
- Parce qu'il a besoin de quelqu'un de plus faible.
- Ce que tu n'es pas, contredit férocement Jack.
A nouveau, Hiccup leva les yeux au ciel et sourit :
- Je le sais. Et s'il continue, il finira par l'apprendre à ses dépens.
- Ça c'est mon Hiccup, sourit enfin Jack en venant l'embrasser.
Hiccup rit dans le baiser avant de vite reprendre son sérieux, se penchant vers l'autre garçon pour approfondir l'échange. Les souvenirs de la matinée revinrent dans leur deux esprits et Jack laissa Hiccup le renverser sur le dos, un peu à regret de ne, lui, pas pouvoir le faire à cause de son bras et de sa main – bien que celle-ci aille déjà mieux, il ne pouvait pas s'appuyer dessus à ce point. Le brun répondit aux attentes de l'autre assez avidement, rapprochant leurs deux corps.
Dans le baiser, Jack donna une impulsion et Hiccup gémit, un peu de douleur à cause de sa coupure et de son hématome.
- D-désolé, haleta Jack, réellement désolé mais déjà excité.
Hiccup le regarda intensément et secoua la tête, comme pour dire qu'il s'en fichait. Ses yeux naviguèrent entre ceux de Jack il avait comme lui la respiration saccadée.
- Jack, je… Je veux… Je voudr…
Jack ne lui laissait pas le temps de finir sa phrase ; il se redressa pour de nouveau capturer ses lèvres, posant sa main gauche derrière sa nuque pour le garder contre lui. Il savait ce qu'Hiccup voulait. Il le savait très bien : il le sentait clairement. Et dans l'état où il était, il n'allait pas rechigner à accepter. Hiccup gémit une fois encore, cette fois d'impatience et de plaisir quand Jack cambra le bassin pour qu'il bute le sien.
L'albinos se recula quand même en pensant à une chose :
- Attends, o-on a pas de quoi…
Faire ce genre de remarque était plutôt bizarre vu les circonstances actuelles. Il vit Hiccup rougir – rougir ! Jack n'avait pas souvenir d'avoir un jour vu Hiccup rougir comme ça – et baragouiner en guise de réponse :
- En fait, je… enfin Zel m'a offert quelque chose quand elle a su pour nous deux.
- Quelque chose ? Hasarda Jack qui trouva encore plus étrange d'entre le nom de Rapunzel se mêlé à cette conversation.
Hiccup grogna. Il se releva et Jack faillit geindre quand le poids et la chaleur de son corps quitta le sien. Il regarda le garçon aller fouiller au fonds d'un placard et en ressortir ce que Jack devina, même de loin, même avec la tête penchée sur le côté, même avec le plaisir qui embuait sa vision, un tube de lubrifiant et une boite – beaucoup trop grosse ; pour qui les prenait Punz ?! – de préservatifs.
- Oh… fut le seul commentaire que Jack réussit à faire, aussi intelligent que se fut.
Hiccup haussa les sourcils comme pour lui demander si ça allait. Jack hocha la tête puis après quelques secondes, il se fit la réflexion que ça serait plutôt à lui de s'inquiéter de si Hiccup allait bien ou non. Puis quand il vit la moue un peu gênée, il sut que ça allait, qu'il ne pensait qu'à lui. Alors il lui fit un sourire suffisant.
- Ton esprit est incroyablement corrompu, Haddock, dit-il de sa voix la plus rauque, un peu pour se moquer, aussi pour se donner un côté pédant – qu'il savait très bien qu'Hiccup adorait.
L'autre expira fortement en le regardant de ses yeux verts presque noirs maintenant.
- J'ai vraiment envie de toi, Jack.
Il le dit d'un ton si honnête, si sûr de lui que Jack se sentit durcir rien qu'à l'entendre, qu'à le regarder. Il savait qu'Hiccup n'était pas prêt au point de prendre la position passive. Cela dit, tant qu'il pouvait avoir du sexe avec l'autre, Jack s'en fichait éperdument, d'être dominant ou dominé – et, vraiment, avec ses blessures, il ne pouvait pas prendre la place de ce premier. Il voulait juste Hiccup. Et, contrairement à lui, celui-ci semblait prêt à jouer le rôle du dominant.
- Alors viens, dit simplement Jack en lui faisant comprendre que, justement, il avait compris.
Hiccup ne se fit pas prier.
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Jamais Jack aurait pensé que le sexe avec un garçon, même avec Hiccup, pouvait être aussi bien. Douloureux au début, mais littéralement orgasmique une fois la douleur passée. Et, après coup, il jugea qu'il n'aurait pas voulu que les positions soient échangées, tellement Hiccup avait été attentionné et doux. A tel point que Jack soupçonnait qu'il ait fait passer son plaisir avant le sien, ce qui le dérangeait un peu mais il n'avait pas eu l'idée de se plaindre, sur le coup. Mais alors, vraiment pas.
Il tourna la tête pour aviser Hiccup, couché à ses côtés, qui le regardait, sa respiration calme depuis un moment. Ils avaient tous les deux revêtu leur caleçon, pour avoir au moins sur le dos si quelqu'un venait à frapper – ou entrer d'ailleurs – à leur porte. Les deux garçons se regardèrent longtemps sans parler. Jusqu'à ce que Hiccup sourit doucement en venant caresser la joue de Jack du bout des doigts. Il murmura, comme pour ne pas gâcher l'instant.
- Ça va ?
Jack sourit en retour, riant un tout petit peu.
- J'ai un peu mal au bras. C'est pas très sexy un mec plâtré hein ?
Hiccup rit doucement.
- Ça m'a pas arrêté, tu vois. Mais vraiment… ça va ? T'as pas mal ?
- Hic, tu me l'as déjà demandé. Crois-moi, ça va. Vraiment. Vraiment.
Il attendit un moment avant de demander en haussant un sourcil, presque inquiet :
- Toi ça va ?
Hiccup hocha la tête.
- Sûr ? Désolé, j'étais pas beaucoup attentif.
Le brun rit presque à nouveau devant l'euphémisme. Puis fit un sourire en coin avant de se mordre la lèvre inférieure.
- Franchement, Jack, te regarder et t'entendre m'aurait suffi. Genre, pour de vrai.
Jack rit à son tour et vint blottir son visage contre celui de l'autre garçon.
- Alors ça va vraiment ? Tu me mens pas ? T'as pas pensé à… ?
Hiccup gronda sourdement, presque menaçant et fit mine de mordre le nez de Jack.
- Eh ! Protesta doucement l'albinos.
- Jack, mes seules pensées rationnelles étaient « Oh mon dieu » et « Jack ». J'étais pas du tout dans l'humeur « Tiens, et si je pensais plutôt à mes affreuses autres expériences dans ce domaine ? ».
- Juste, répondit Jack en frottant son nez contre le sien. Pas très rationnelles, cela dit comme pensées.
- Jackson, tais-toi, grogna Hiccup avant que Jack ne vienne l'embrasser, espiègle.
Ils se taquinèrent un moment jusqu'à Jack reprenne la parole d'un ton plus sérieux :
- Ça t'ai aidé ?
- Je te redirais ça demain, répondit sincèrement son petit-ami. En attendant, je propose qu'on aille manger quelque chose. Et je crois qu'il faut que mette quelque chose sur ma mâchoire, ça me fait un mal de chien.
