25. La troisième heure d'Occlumencie
Quand Granger pénétra dans la pièce il dut lever le regard. Il s'était imposé de ne pas le faire, et il se maudit pour cela, mais il ne pouvait rien faire contre.
Il avait au moins réussi durant la Défense à garder son regard fixe à distance. Il savait très bien qu'elle tremblait encore de peur devant son regard comme n'importe quel élève. Severus laissa tomber sa plume quand il la vit s'approcher de sa table de travail.
Il se leva et l'aida à bannir ses pensées dans la Pensine.
C'était remarquable combien l'odeur qui venait d'elle caressait ses narines. L'odeur de laine et de savon. Shampoing et-il dut inspirer un peu d'air pour identifier la dernière odeur. Essence de ver à soie. Avec cela même les chevelures les plus rétives pouvaient être domptées. Ce fut alors seulement qu'il remarqua que sa chevelure, qui était normalement une relative catastrophe, pouvait être caractérisée aujourd'hui comme relativement humaine. Elle se déroulait en mèches brun noisette délicatement bouclées sur ses épaules, sans donner l'impression qu'elle voulait immédiatement se retransformer en la masse redoutable que trop connue.
Concentration, Severus ! Reducio Cogitatum !
Dès l'instant d'après, quand il recula, tirant à lui le fluide de pensée brillant à la pointe de sa baguette magique, l'odeur de formol, d'herbes et de reptiles séchés l'entoura à nouveau, soulignée par une décente note de poussière.
« Miss Granger, vous devez apprendre à placer vous-même vos pensées dans la Pensine ! » lui rappela-t-il.
Cela faisait du bien. Oui, effectivement. Le miracle sur pattes qui était l'amie de Potter remarquerait alors qu'elle n'était pas totalement accomplie.
Elle était encore sujette à la fausse croyance qu'on pouvait tout apprendre du parchemin, une fausse croyance que lui-même avait dû à sa haine des êtres humains. Il se voyait encore, assis sous des arbres, se cachant entre les murailles de Poudlard, son gros nez touchant presque le parchemin d'un livre – souvent un autre chaque semaine- ne levant que parfois le regard pour garder un œil sur les Maraudeurs ou d'autres troubleurs de calme potentiels.
« J'ai essayé, Monsieur. »répondit-elle.
« Ah vraiment ? » fut ironisé en retour. « Sans grand succès, de toute évidence. »
« Non, Monsieur, je crois que j'ai trop peu de temps pour ces exercices. Car j'ai une montagne de devoirs à rendre, quand je n'ai pas à recopier le registre de punition de Poudlard sur de nouvelles cartes. »
« Pour cela vous ne pouvez vous ne prendre qu'à vous-même, Granger. Vous savez que vous ne seriez même pas ici si cela dépendait de moi. Vous auriez déjà pu faire votre valise il y a longtemps, si le directeur n'avait pas été pris d'un penchant pour vous » dit Severus d'un ton mielleux. « Asseyez-vous, Granger. »
Granger lui obéit. Pourtant elle était de nouveau là. La tristesse grandissante dans ses yeux. Mais cette tristesse contribuerait sûrement à l'aider à clore son esprit, ne serait-ce qu'un peu. Il devait de gré ou de force donner raison à Albus. Elle avait du talent et était intelligente. Et avant tout appliquée. Il ne pouvait croire qu'elle ferait preuve des mêmes performances misérables que Potter.
Severus sortit sa baguette magique et soupira intérieurement. Fais en sorte que ce soit fini !
« Legilimens » lança-t-il à contrecœur.
Alors qu'il était entraîné dans ses pensées il ne pouvait à nouveau sentir aucune résistance. Mais il ne lui restait pas de temps pour réfléchir à cela.
Il se trouvait à nouveau dans une pièce. Le cachot.
Un homme avec de longs cheveux noirs est assis à la table. Il parle avec une fille qui a une chevelure brune et sauvage. Derrière eux les élèves quittaient la salle de classe.
La fille avait une expression furieuse. Elle lui tendait un parchemin.
Pourquoi seulement un Acceptable, Professeur ? J'ai pourtant tous les ingrédients justes ! Pierre de lune ! Vous l'avez pourtant dit vous-même durant cette heure ! protestait tristement la fille.
L'homme n'eut aucune expression quand il répondit. Miss Granger, vous avez presque tout recopié mot à mot du Livre d'enseignement des Potions Tome 1. Je ne donne pas de notes qui soient meilleures qu'Acceptables pour des compositions auxquelles l'élève n'a pas réfléchi lui-même.
J'y ai réfléchi. J'ai consulté cinq livres diff-
Impressionnant, Miss Granger. Allez-y ou Gryffondor ne parviendra à remonter cette année même avec une victoire au Quidditch !
Mais Professeur, c'est-c'est INJUSTE !
DISPARAISSEZ ! grogna très fort l'homme et avec une expression déformée par la colère. Avant que je ne m'oublie !
La fille se ramassa sur elle-même de peur. Elle voulait dire quelque chose mais dès l'instant d'après elle fuyait la classe de classe avec sa cape volant derrière elle.
L'image se brouilla.
L'homme avec la longue chevelure sombre tenait une baguette magique dans la main. Il la dirigeait sur un homme dans des vêtements déchirés et une longue chevelure sale. Son visage pâle est déformé par la colère. La folie brillait dans ses yeux.
Venez avec moi. Tous ! TOI et le loup-garou ! Les Détraqueurs s'occuperont de vous.
La fille sort de l'ombre et lui adresse la parole. Que se passerait-il s'il y avait une erreur ? Si vous écoutiez ce qu'il-
L'homme vêtu de sombre la fixe d'un regard froid. Tais-toi, enfant stupide ! crie-t-il. Ne parle pas des choses que tu ne comprends pas !
Severus pouvait à peine saisir sa colère quand il se vit lui-même. Expelliarmus ! crie le garçon aux cheveux en bataille. L'homme vêtu de sombre heurte le mur dans un rayon de lumière et demeure à terre sans connaissance. Harry, dit une voix choquée de fille. Tu as attaqué un professeur.
« Granger » grogna Severus. Un brouillard de lumière.
L'homme dans les vêtements en haillon marche à côté d'un autre homme aux cheveux bruns. Il fait flotter l'homme vêtu de noir sans conscience flotter auprès de lui.
M. Black. M. Black ? Résonne une voix de fille. Faites attention à la tête du Professeur Rogue, il-il
Tout va bien, ma fille. Il y survivra, crois moi ! répondit l'homme en haillons avec un sourire revanchard et il retourna vers le chemin devant lui. La tête de l'homme sans connaissance heurta à nouveau le mur du tunnel avec un bruit sourd. Mais… La fille avait des paroles sur le bout de la langue, pourtant elle abandonna et se tut.
Severus inspira de l'air et fit un pas en arrière. Il ne savait pas ce qu'il devait dire.
Mais au moins il savait à présent d'où était venu les dommages crâniens. Black ! Même après sa mort il ne pouvait ressentir rien d'autre que de la haine quand il pensait à lui. Cet incroyable bâtard. Même s'il n'avait pas trahi James et Lily – il demeurait un bâtard.
Granger s'agrippa à nouveau fermement à sa chaise et chercha de l'air.
« Vous n'avez pas intérêt à tomber de la chaise ! » s'adressa-t-il à elle. « Je n'ai pas de temps pour cela ! »
« Non, Monsieur ! »
« LEGILIMENS ! »
Je t'en prie, Harry, arrête… Le Professeur Rogue t'a sauvée…voulez vous tester le nouveau chewing-gum qui fait un nœud de votre langue… Il m'a donné un troll, Hermione, cette chauve-souris m'a donné un troll, il est temps qu'il reçoive un peu de poudre à gratter dans ses robes….
Est-ce que tu sais seulement à quoi tu ressembles…. Non, non, non, cette partie de vos devoirs vous feriez mieux de la faire seuls, non ne me regarde pas ainsi… Severus…Severus…aucune de tes paroles entends-tu ?
Bonne chance, Professeur… je méritais plus qu'un Acceptable…je me suis donné tant de mal… le fauve et le serpent…est-ce que cela signifie que quelqu'un va mourir ? Dong, dong, dong…. Le doux bruit de sa tête de bois contre le mur… il l'a tué, il a tué Sirius. Non, Harry !
Une femme avec une permanente se pencha par-dessus une jeune fille qui est assise à une table baignée de soleil. Elle caressa sa tignasse brune. Tu dois manger quelque chose. J'ai fait la cuisine exprès pour toi. Viens donc. La fille observe sans envie la nourriture et commence à y picorer.
On pourrait croire que tu es amoureuse. L'es-tu ?
Assez ! Voulut dire Severus. Mais cela ne franchit pas ses lèvres.
« Essayons encore une fois. Vous verrez. A un moment vous sentirez la résistance. »
Severus ne pouvait faire autrement. Il devait continuer pour le supporter.
Il voulait justement élever à nouveau sa baguette magique quand il sentit un pincement douloureux dans son poignet. Granger qui avait levé les yeux vers lui dans l'attente le regardait d'un air interrogateur.
« Levez-vous ! » aboya-t-il. « Récupérez vos pensées ! »
Granger se leva lentement et douloureusement, tandis que son regard interrogateur était encore posé sur lui.
« Professeur, j'ai vraiment travaillé…j'ai vraiment essayé de-«
« J'ai dit que vous deviez reprendre vos pensées. Et après disparaissez. Nous continuerons mercredi. »
« Mais, Monsieur. »
« Ce sera bientôt ! » grogna-t-il et il se détourna.
Elle était déjà à la table de travail et chercha d'un geste brusque son fluide de pensée dans le bassin. Une éternité sembla passer pour Severus jusqu'à ce qu'elle ait enfin fini. Alors que ce faisant il l'observait, il saisit son poignet enveloppé de tissu dans lequel la douleur pulsait désormais sans interruption. Cette douleur était supportable. Plus supportable que le battement de son cœur et le sentiment froid et fébrile qui conquérait une nouvelle fois sa peau.
« Monsieur, j'ai fini. »
Le regard de Severus rencontra le sien. Son regard. Il y avait de l'inquiétude dedans. Comme autrefois. La douleur tranchante qui coulait des profondeurs de lui-même se mêla à la crampe dans son bras.
Il se détourna tout en laissant précipitamment retomber son poignet.
« La porte est là-bas ! »
Hermione Granger alla à la porte et l'ouvrit, mais avant de sortir elle s'arrêta net et le recouvrit d'un regard pressant de ses yeux brun noisette. « Faites attention à vous –à vous, d'accord ? »
« Dehors ! » grogna-t-il doucement. « Les affaires de l'Ordre ne vous concernent en rien ! »
« Je ne me soucie pas de l'Ordre, Monsieur. Et ça vous le savez. » murmura-t-elle et détourna son regard de lui. Elle s'arrêta un instant pour reprendre contenance.
Dès l'instant d'après il fixait une porte fermée.
A nouveau la douleur le rappelant à l'ordre pulsait dans son poignet. Lui aussi devait partir maintenant.
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