Chapitre 25 : Attitudes problématiques
Plusieurs jours sont passés, la livraison des
meubles pour la nouvelle chambre de Kerry doit avoir lieu le
lendemain. Le nettoyeur n'a rien dit de tout ça à la
petite fille pour lui garder la surprise.
Nous sommes exactement
le 20 mars, cet après-midi là Ryo s'est allongé
sur le canapé pour regarder son livre d'images préféré,
non pas qu'il ait oublié la présence de Kerry. Mais
il pense pouvoir la détecter, enfin jusqu'à présent
cela a toujours été le cas.
Seulement c'est sans
compter son état de manque, effectivement, étant donné
qu'il a des responsabilités il ne va aux cabarets que très
rarement ou alors Hideyuki doit être disponible pour la garder
et comme ce dernier tient un point d'honneur à remplir son
rôle de grand frère et donc de ne pas laisser sa petite
sœur Kaori toute seule, il faut à chaque fois qu'il se
débrouille pour qu'elle aille chez des amies.
Mais faire
correspondre tous les agendas est un brin difficile. C'est toujours
Hideyuki qui lit des histoires d'enfants à Kerry, car Ryo se
sent mal à l'aise, peu habitué à tout ça.
En revanche quand Hideyuki raconte une histoire à Kerry, il
lui arrive de se poser non loin pour l'écouter aussi.
Ryo se trouve allongé, la bave aux lèvres
son mokkori en garde à vous et les pensées perverses
face aux photos plus que dénudées des demoiselles qui
servent de modèle à ces revues.
Kerry est dans sa
chambre, mais commence un peu à tourner en rond aussi
décide-t-elle de descendre voir si son protecteur n'aurait
pas quelque chose à lui faire faire. Même si ce dernier
tient un point d'honneur a ce qu'elle ne fasse ni le ménage
ni le repassage. Mais les activités sont vites vues dans un
appartement d'un célibataire et surtout pour une petite
fille aveugle comme elle.
Mais à peine arrive t-elle sur
le même niveau que le canapé, qu'elle se fige. Elle
n'ose plus bouger. Ces pensées libidineuses, combien de fois
les avait-elle ressentie là-bas ? Combien de fois s'était-elle
dit que de toute façon elle n'y réchapperait pas ?
Kerry se sent mal à l'aise, elle a besoin
de sortir de s'oxygéner de s'éloigner de cette
source de danger, dans son affolement interne, elle n'a pas
vraiment reconnu la présence de son protecteur et même
si elle se doute que c'est lui, ces pensées sont tellement
indécentes, elle veut se protéger, se cacher.
Elle a
l'impression que même si elle retourne dans sa chambre ces
pensées toujours plus bizarres et males tournées
finiraient par se retourner contre elle. Elle a peur terriblement
peur. Elle sort donc de l'appartement à pas de loup et
descend les marches toujours et encore.
Ryo perdu dans ses pensées plus que
reprochable n'a pas senti la présence innocente de sa petite
protégée. Si cela avait été des pensées
négatives sans aucun doute il les aurait senties et serait
déjà entrain de chercher la source. Là, la seule
chose qu'il a ressentit et laissé perplexe c'est le bruit
de la serrure de la porte d'entrée.
Il se redresse
immédiatement, et regarde en direction de la porte d'entrée.
La petite poupée en laine que Kerry a fait avec l'aide
d'Hideyuki est en train de se balancer. Il fronce les sourcils, il
sort son arme de son holster, bien que ne sentant aucune tension
ennemie, Ryo fait chacune des pièces et son inquiétude
augmente quand il se rend compte qu'il manque quelque chose dans
l'appartement : Kerry.
Toujours aussi discrètement, il
descend les marches de l'escalier, il ferme les yeux un instant
pour essayer de repérer la petite fille.
C'est frustrant
pour lui, car il a l'impression de se chercher lui-même, peu
habitué à chercher quelqu'un sans aucune tension.
Pourtant il est sûr qu'elle est encore dans l'immeuble,
il se décide à rengainer son arme pour le moment, ne
sentant aucune pulsion meurtrière.
« Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'elle veuille sortir ? se demande-t-il. »
Et là il se remémore la scène, lui en train de lire ses magazines pornographiques, son ami en garde à vous devant les photos impudiques et très provocantes des mannequins. Un sentiment de culpabilité l'envahi.
Pris d'un pressentiment, il va dans la salle de tir, car si il y a bien un endroit ou Kerry ne devrait surtout pas être, c'est là-bas. Et tout le monde sait (même lui) que les enfants ont le don d'aller là où il ne faut surtout pas qu'ils soient. Il entre directement dans la salle de tir, mais personne. Mais il sent sa présence, il sait qu'elle est là. Il s'avance jusqu'à la salle de préparation et là, il la voit recroquevillée dans un coin de la pièce, entre l'armurerie et le mur.
- Kerry…
A l'entente de son nom, la petite fille sent qu'elle a fait quelque chose qu'elle n'aurait pas dut. L'homme s'approche d'elle mais au moment ou il va pour l'inciter à se lever, la petite fille se contracte sur elle-même et met ses bras au-dessus de sa tête pour se protéger.
Quand il la voit ainsi recroquevillé, il a
l'espace d'un instant envie de la câliner, la rassurer et
surtout lui dire qu'elle a rien fait de mal et surtout qu'il est
désolé…
Le nettoyeur se rend compte à quel
point se sera difficile de cohabiter avec la petite fille si cette
dernière ressent tout y compris les pensées
libidineuses qu'il a devant ses magazines préférés…
Que
peut-il faire ? il sait qu'il va devoir trouver une solution mais
il ne sait pas encore laquelle…
Doucement, il la soulève
dans ses bras alors qu'elle se rétracte de tout son être.
Délicatement, il l'assoie sur la table de la salle, l'enfant
a la tête baissée. Il l'oblige à le regarder.
Il prend le mouchoir propre dans sa poche (nda : merci Hideyuki mdr),
avec soin il lui essuie les larmes. Il s'écarte et va
s'adosser au mur et d'une voix étrange et basse, à
peine inaudible il dit :
- Je suis désolé Kerry. Tu sais, pour
moi regarder ce genre papier, m'aide à décompresser.
Mais je t'assure que je respecte les femmes, même si je fais
le clown.
- …
- Allons Kerry. Sur ce point, je ne changerais
probablement jamais. Je resterais toujours le simulacre d'obsédé…
(NDA : c'est parce qu'il n'a pas encore goutté aux
massues de Kaori…)
Alors qu'un léger silence s'installe, il déclare avec quelque chose d'assimilable à la tristesse
- Finalement peut-être que je devrais trouver un autre endroit pour toi.
Kerry relève rapidement la tête pour le
dévisager, elle devient pâle mais à présent
il est très loin le moment ou elle avait peur de ses pensées,
elle ne veut pas qu'il se sépare d'elle. Alors emprunt à
pardonner et surtout à faire des concessions, elle descend
doucement de la table avec un peu de maladresse. Et s'approche de
son protecteur et elle lui adresse un très beau sourire :
-
Bah c'est pas grave. Moi je te veux tel que tu es !
« Confiance », étonnant de la part de cette enfant torturée par les hommes. Elle lui octroie sa confiance à lui un nettoyeur, un ancien tueur à gage.
Encore une fois cette enfant l'étonne par ses actions, elle a pris sa main entre ses deux petites mains qui malgré tout ce qu'elle a traversé, ses mains sont restées juste un petit peu calleuse mais rien de grave. Il ressent toujours la douceur de ces mains d'enfant.
Il s'agenouille face à elle et lui dit :
- Kerry, il ne faut pas que tu viennes dans les pièces du sous-sol. Il y a plein de choses qui ne sont pas faites pour les enfants.
- …
Quelque chose la tourmente, il en est sûr.
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Les armes sont pas
faites pour les enfants ?
- Non, certainement pas.
- Pourquoi
y'a des enfants qui savent s'en servir alors ?
Le nettoyeur est décontenancé, comment en est-elle arrivée à cette théorie ?
- Des fois il arrive que les enfants n'ont pas le
choix.
- Quelqu'un comme moi par exemple ? demande-t-elle du
bout des lèvres.
- Oui… mais tu n'en auras jamais
besoin – il lui lève le menton pour s'assurer qu'elle le
regarde dans les yeux – parce que je serais là toujours pour
te protéger.
C'est à nouveau elle qui prend les devant pourtant c'est elle qui est sortie des ténèbres récemment alors que lui, ça fait plusieurs années. Mais peut-être que s'il avait rencontré Makimura avant, peut-être qu'il aurait essayé d'avoir une autre vie. Seulement voilà, il est ce qu'il est et ne pourra pas le changer. Jamais. (NDA : …)
Kerry passe ses bras autour du cou du nettoyeur et se laisse aller contre lui. Subjugué, Ryo la tient fermement contre lui et se relève.
Alors que le nettoyeur la monte jusqu'à
leur appartement, une notion un peu étrange pour le n°1,
la petite pense à ce qu'elle n'a pas avoué à
son protecteur.
Par moment, elle a l'impression de connaître
ce monde des armes à feu, elle ne sait pas trop comment
l'expliquer. Mais elle a l'étonnante sensation que cela ne
lui est pas étranger, pourtant elle n'avait vu d'armes à
feu avant le jour de la plage. Et là, elle s'était
sentie, presque en sécurité dans ce lieu interdit. A
présent encore, elle sent à travers la veste de Ryo son
arme, et bizarrement un sentiment de bien être l'envahi.
Elle ne lui a pas parlé de ces rêves parfois ou elle se voit armée d'une arme à feu, et étrangement même dans son rêve cette sensation la rassure. Etrange pour elle, la petite fille sait très bien que cela ne lui arrive jamais étant donné qu'elle ne voit rien du tout. D'un certain côté cette cécité lui permet de fuir ce monde abject dans lequel elle se trouve. Peut-être qu'un jour elle éprouvera des remords, mais à ces yeux ce monde ne mérite pas d'être vu.
Quant à Ryo, quand il la pose sur le canapé, il trouve Kerry absente, quelle importance, après tout lui aussi est solitaire et silencieux.
Il va se positionner devant la fenêtre et
regarde l'extérieur, les réactions de la petite fille
l'étonnent toujours autant, pourquoi lui a-t-elle posé
de telles questions ? Il meurt d'envie de faire des recherches
approfondies Kerry mais cela serait la mettre en danger.
A
contrecœur il va être obligé de rester là sans
rien faire et espérer que leur cohabitation se passe bien.
