Spoiler : Ouh làlà, un paquet... 3x09 "Finding Judas", 3x10 "Merry Little Christmas", 3x11 "Words and Deeds", 5x24 "Both Sides Now", 6x01 "Broken".
Commentaires : Merci beaucoup pour vos reviews! *fait un câlin à tous* Voilà un long chapitre pour vous remercier (et même pas en retard, en plus!). La suite risque de tarder un peu plus, car elle n'est pas encore traduite. (Voui, j'ai eu deux semaines de vacances pour le faire, mais procrastination quoi. Pardon.)
Bonne lecture !
Julia était rentrée chez elle, Rachel dormait, il était plus de dix heures, et Cuddy n'en pouvait plus du comportement de House. Il n'avait pas quitté la chambre depuis leur dispute, même pas pour diner. Rachel l'avait réclamé, et sa mère en avait assez d'inventer des excuses pour le couvrir.
Elle prit son courage à deux mains et, peu importe qu'il voulût qu'elle entre ou pas, poussa la porte sans frapper, et la referma prudemment derrière elle. Il était recroquevillé sur le lit, allongé sur le flanc en lui tournant le dos, se tenant la cuisse droite. Elle alluma la lampe de chevet, s'assit au bord du matelas. Quelques secondes s'écoulèrent en silence. Il l'ignora complètement, bien que feindre le sommeil n'eût pas été nécessaire. Elle savait qu'il était peu enclin à lui adresser ne serait-ce qu'un seul mot. Néanmoins, elle essaya de discuter.
« House, » se lança-t-elle. « Il faut que tu manges. » Pas de réponse. « Je t'ai gardé des pâtes dans le frigo. » Toujours pas de réponse. « Si tu préfères autre chose, dis-moi. Je te le préparerai. »
Il refusa de lui dire quoi que ce soit. Elle soupira, baissa les yeux vers lui. Il semblait si fragile et vulnérable, roulé en boule sur les couvertures. Ses doigts serraient fermement sa cuisse. Il avait souffert tout ce temps-là, et elle n'avait rien remarqué. Enfin, si elle l'avait remarqué, elle avait inconsciemment choisi d'être égoïste et de l'ignorer. Elle se détestait. Elle était censée être là pour lui, le laisser s'appuyer sur elle comme il le faisait avec elle. Elle tendit la main, caressant son dos du bout des doigts.
« Je suis désolée. » s'excusa-t-elle à voix basse, un sanglot étreignant sa gorge. « Je sais que je t'ai exclu, que je n'ai pas fait attention à tes besoins. Je suis horrible. Et égoïste. » Il ne répondait toujours pas. Sa main retomba sur le matelas.
Il l'entendit agiter nerveusement quelque chose qui ressemblait à un flacon contenant des pilules. Il fronça les sourcils. Pourquoi lui donnait-elle de l'ibuprofène s'il revenait de la pharmacie ?
Parce que ce n'était pas de l'ibuprofène.
« Ça fait un moment que je garde ça. Juste au cas où. » dit-elle. « J'espérais que je n'aurais pas à t'en donner. » Elle s'interrompit, posa la bouteille sur la table de chevet. « Si tu veux en prendre, vas-y, mais... Pas devant moi. »
Elle se leva et se dirigea vers la porte, vaincue. Elle n'avait aucune chance contre la drogue. Il se retourna et, comme il s'y attendait, reconnut des cachets de Vicodin.
« Tu comprends pas, hein ? » cracha-t-il.
Elle se figea, sa main saisissant la poignée de porte. « Que-quoi ? » balbutia-t-elle en faisant volte-face.
Il se leva, sa cuisse nichée dans sa main, se saisit du flacon, le lui montra en regardant Cuddy dans les yeux. Elle déglutit. Il ne lui semblerait jamais menaçant, mais elle avait peur de ce qu'il allait dire.
« Tu veux encore traverser ça ? » demanda-t-il. Elle allait répliquer mais il la coupa. « Je t'ai fait du mal pendant des années à cause de la drogue. Est-ce-que je dois te rappeler tout ce que j'ai fait ? » Elle secoua la tête, terrorisée à l'idée qu'il lui ravive la mémoire, mais ce fut vain. Il l'ignora et poursuivit. « Je t'ai dit que tu ferais une mauvaise mère, je t'ai harcelée pour avoir des pilules, j'ai crié depuis le balcon que j'avais couché avec toi, tu as même été obligée de te parjurer ! »
« Fais pas ça... » murmurait-elle alors qu'il continuait son énumération, sa voix devenant de plus en plus forte de colère et d'amertume.
« Je t'ai constamment repoussée, je n'étais pas là quand tu avais besoin de moi. J'ai subi deux sevrages pour être un homme meilleur pour toi, pour te mériter. J'ai même failli te tuer à cause de cette... cette merde ! »
Elle pressa ses paumes sur ses oreilles, s'éloignant de lui. Il n'interrompit pas son discours impitoyable, avança de quelques boitillements vers elle. Il la dominait de toute sa hauteur à présent, son ombre la recouvrant.
« On s'est sortis de tout ce bordel, et tu fous tout ça en l'air ? Merde, qu'est-ce-que tu veux, Cuddy ? »
« Je veux que tu ailles bien ! » cria-t-elle enfin.
« J'ai pas besoin de Vicodin ! Je veux pas retourner en arrière ! » Pour le prouver, il jeta le flacon au sol, si fort que les parois de plastique se brisèrent et les pilules s'éparpillèrent sur le tapis. Ils se regardèrent dans les yeux, la tension électrisant l'atmosphère.
« Regarde la vérité en face, House. » insista-t-elle. « Tu as mal. Je te laisse prendre de la Vicodin, alors fais-le ! Je sais que tu es accro, et que tu as beso– »
« Je suis pas accro ! » rétorqua-t-il en élevant un peu trop la voix, ses mots résonnant dans la pièce. Ils se turent, craignant d'entendre Rachel pleurer. Ce qui n'arriva pas.
Cuddy secoua la tête, confuse. « Qu'est-ce-que toi, tu veux ? Je veux t'aider, mais tu... tu ne me laisses jamais m'approcher de toi ! » Elle s'avança, ses gestes exprimant tout son épuisement. « Tu m'as promis que tu me dirais si quoi que ce soit n'allait pas, mais tu me dis jamais rien ! Tu tiens jamais tes promesses ! Et j'en ai marre de devoir décoder ton comportement ! »
« Peut-être que tu devrais juste te demander si tu n'es pas un problème, aussi ! » répliqua-t-il. « Regarde-toi ! »
Elle le fusilla du regard. « Oh, c'est moi le problème ? Très bien. » dit-elle froidement. « Je suis désolée d'être tombée enceinte de toi, je suis désolée d'avoir porté ta progéniture pendant neuf foutus mois, je suis désolée de ne pas avoir réussi à lui donner la vie ! Tout est de ma faute après tout ! » cria-t-elle.
« Je voulais pas dire ça ! »
« Pars, si je suis un problème ! » continua-t-elle, ne l'entendant pas. « Je te retiens pas ! »
« Si, tu me retiens ! »
« Non ! J'ai pas besoin de toi, House ! »
« Que si ! Je te laisse seule une seule matinée et tu finis ivre morte... » commença-t-il à lister.
« Sors ! » ordonna-t-elle, pointant la porte du doigt et refusant de l'écouter.
« Tu as manqué de te tuer ! Tu es instable, t'as aucune idée de ce que tu fais, tu peux pas prendre soin de toi ! »
« Mais sors, bordel ! »
« Si tu me retiens, parce que tu es faible et tu nous fous en l'air ! »
Sa main saisit celle de Cuddy avant qu'elle n'atteigne sa joue.
Même la doyenne ne l'avait pas vu venir. Ils s'immobilisèrent, les yeux dans les yeux, l'un aussi choqué que l'autre. Elle n'était jamais devenue violente pendant leurs disputes, et lui non plus. C'était toujours une affaire de mots. Frapper, faire mal avec des mots. Même si cela pouvait être plus douloureux et conséquent qu'un poing.
Ils avaient poussé les choses trop loin, au point où elle avait voulu le gifler. Enfin, elle ne l'avait pas vraiment voulu mais cette pensée avait dû traverser son esprit aveuglé par la colère. Elle laissa échapper un sanglot nerveux, les ramenant vers la réalité. Il lâcha sa main.
« Je vais prendre la chambre d'amis. » marmonna-t-elle en se retournant. Il hocha la tête et la regarda partir, avant de s'affaler sur le lit.
xxx
« Cuddy. » geint-il.
« Attends. »
« Cuuuuuddyyyyyyy. »
« Je finis juste ça ! »
Il soupire, pousse l'écran de l'ordinateur portable jusqu'à ce que celui-ci se ferme. Cuddy lui lance un regard noir en entendant la petite musique annonçant la mise en veille.
« Il est déjà six heures. C'est l'heure de notre moment canapé. » dit House. Elle allonge le bras pour rallumer son ordinateur, mais il le maintient fermé.
« Pas aujourd'hui. » refuse-t-elle.
« J'ai dit, c'est l'heure de notre moment canapé ! »
Il fait le tour du bureau, saisit sa main, l'oblige à se relever et la guide vers le sofa, doucement mais fermement, ne lui laissant pas le choix. Jetant l'éponge, elle se laisse tomber sur les coussins. Un peu de détente ne lui fera pas de mal. Tant qu'elle peut se remettre au travail ensuite. Il baisse les stores, verrouille la porte avant de s'agenouiller devant la table basse. House soulève ses pieds, les libère de leurs chaussures. Il abandonne le droit sur la table et masse son pied gauche, puis sa cheville, son mollet, son genou, sa cuisse, jusqu'à l'extrémité de son bas, qu'il retire en le roulant le long de sa jambe. Tout au long de son voyage, Cuddy soupire de bien-être.
« Tu es beaucoup trop tendue. » dit-il en prenant soin de sa jambe droite, sa cheville posée sur son épaule.
« Je sais. »
Son pouce presse un point sous son mollet. « Sens les nœuds, là ? »
« Tais-toi, tu veux bien ? » le coupe-t-elle, frottant ses tempes. Il obéit, poursuivant son massage sans un mot. Puis il s'assoit à côté d'elle, lui retire sa veste et son haut, soulage ses seins douloureux de son soutien-gorge. Elle le laisse faire, trop fatiguée pour protester. Il tapote sa cuisse gauche. Elle sourit légèrement et s'allonge, sa tête posée sur ses genoux.
Quelques minutes passent en silence. Elle ferme les yeux pour profiter du moment alors qu'il glisse une main dans ses cheveux, et caresse occasionnellement son front. La main de Cuddy se promène sur son ventre. Elle se sent bien. L'épuisement comprimant ses tempes commence à se faire plus supportable. Elle ne veut plus jamais se lever.
« Tu as préparé le diner ? » demande-t-elle soudainement.
« Non. Pas eu le temps. »
« Pitié, House ! » se plaint-elle. « On va encore diner si tard ! »
« Mais non, on va commander un chinois ou... »
« Je veux un vrai repas. » l'interrompt-elle.
Il laisse échapper un soupir las. « Oui, et bien j'étais un peu à l'hôpital en train de bosser toute la journée, alors j'ai pas eu le temps de cuisiner. Désolé ! »
« Bosser, ce qui signifie te pointer à dix heures, voler le déjeuner de Wilson, » dit-elle en s'asseyant, empoignant son soutien-gorge pour l'enfiler. Il la regarde faire avec déception. « Glander toute la journée en faisant semblant de réfléchir, et éviter la clinique. » Elle glisse ses pieds dans ses escarpins – ou plutôt, les force à y rentrer. « Et quand finalement faire tes heures de clinique, emmerder ton monde. Tu es tellement occupé ! » ajoute-t-elle.
« Ça fait des jours que je t'ai pas embêtée. » plaide-t-il.
« Tu sais sur quoi je travaillais quand tu es entré ? » demande Cuddy, haussant le ton tout en faisant passer son pull par sa tête. « Un papier pour l'avocat parce qu'un de tes patients s'est encore plaint de toi ! » Il se lève pour lui tendre sa veste. « Tu fais des efforts pour moi, je comprends. » reprend-elle. « Mais essaie de faire de même avec tes patients. »
Elle se dirige vers son bureau, s'empare de son ordinateur et de quelques papiers. Il les lui prend des mains et les repose sur la table alors qu'elle lui lance un regard noir.
« Oh, non. Non non non. Tu ramènes pas ça à la maison. »
Elle soupire, se masse le front. « House, si je ne finis pas ça ce soir, je vais avoir plus de travail demain, et le surlendemain, ça va s'empiler, et... »
Il ne l'écoute pas, décroche son manteau de la patère, prend son attaché-case et sa main. « Allez, rentrons. »
A contrecœur, elle obéit et le suit à l'extérieur.
Ils arrivent chez elle vingt minutes plus tard. Marina se dépêche de sortir, sachant qu'ils ont besoin d'intimité. House insiste auprès de Cuddy pour lui prendre son manteau et son sac, massant ses épaules au passage. Elle s'enfuit vers la chambre de Rachel, où sa fille joue. Il la suit, son téléphone à la main.
« Bonjour toi. » la salue-t-il en entrant dans la chambre. Rachel court vers lui, lui tend les bras pour lui demander de la porter. Il la soulève prudemment, la tient au creux de son coude.
« Qu'est-ce-que tu veux diner ? » demande-t-il à Cuddy en composant un numéro.
« Tu piques ! » s'exclame l'enfant après avoir embrassé sa joue.
Il passe ses doigts sur son début de barbe. « Oh. Vraiment ? »
« House. » râle la doyenne. « Je t'ai dit non. » Il lui lance un de ses regards désapprobateurs qu'elle hait tant. « D'accord. » abandonne-t-elle. « Ce que tu veux. » Le regard persiste. « Ecoute, j'en sais rien ! Commande n'importe quoi ! » réplique-t-elle sèchement. Sa fille la fixe du regard avec une moue inquiète. Cuddy lui sourit. « Et si on allait prendre ton bain, ma puce ? »
La petite acquiesce avec joie. House la repose par terre, la laisse partir dans la salle de bains avec sa mère.
« Tu devrais pas te changer d'abord ? » dit-il en marchant sur leurs pas.
« Ça ira. » Elle lui claque presque la porte au nez.
Il s'immobilise là un moment, hébété, soupire et s'éloigne vers le salon. Evidemment, elle est fatiguée, elle n'a pas vu sa fille de toute la journée, elle a besoin de passer du temps loin de lui. Il peut comprendre. Néanmoins, il se sent négligé. Même s'ils travaillent dans le même bâtiment, il la voit à peine. Elle lui manque, terriblement. Leur relation semble avoir perdu cette étincelle qui brillait entre eux. Ça n'est plus que de la routine affreusement ennuyeuse.
C'est dur de l'admettre, mais il s'inquiète. Parfois, elle semble oublier qu'elle n'est pas seule, et que ce bébé est autant à lui qu'à elle. Elle devrait prendre soin de la vie qui grandit en elle. Est-ce-qu'elle le veut vraiment, ce bébé ? Autant que lui ? Il se le demande.
Il le veut vraiment. Il l'aime déjà !
Il veut une famille avec elle, regarder ses enfants grandir, vieillir avec Cuddy à ses côtés. Il en a marre d'être malheureux. Il veut beaucoup de choses, et il se demande s'il peut encore les obtenir. Il a l'impression de les avoir laissées filer avant d'avoir le temps de s'en apercevoir et de les rattraper. Comme un morceau de savon.
Après le diner, elle met Rachel au lit et s'installe dans le canapé, une couverture sur ses genoux et une tasse de thé dans ses mains, surtout pour se tenir chaud car elle le boit à peine. Il essaie de lire un magazine, assis à côté d'elle, mais il lui est impossible de se concentrer. Il a besoin de savoir, même si son ventre se tord d'angoisse à l'idée de lui demander.
Les mots sortent de sa bouche avant qu'il ne puisse les arrêter : « Tu veux toujours de Progéniture ? »
Elle se crispe, prend une gorgée nerveuse de son thé, se tourne vers lui, sa surprise peinte sur son visage, et le fixe pendant quelques secondes avant de prononcer froidement : « Comment tu peux poser une question pareille ? »
Elle retourne à la contemplation de son thé, remue sa tasse, la lumière émise par la lampe éclatée sur le liquide vert. « Tu n'en veux plus. » murmure-t-elle, couvrant ses yeux d'une main, puis la laissant retomber sur les coussins. « Je savais que tu finirais par te dégonfler. » Elle secoue légèrement la tête, les yeux perdus dans le vide. Son rêve s'effondre.
« Je me dégonfle pas ! » proteste-t-il au bout de quelques secondes. « Je veux ce bébé autant que toi. »
« Alors pourquoi tu demandes ça ? » s'énerve-t-elle, posant rageusement le mug sur la table. Elle se lève et lui fait face. « Bien sûr que je le veux ! Tu crois que je le garderais, sinon ? Etre enceinte à plus de quarante ans est risqué, surtout pour moi, et tu le sais ! »
« Je pense pas que toi, tu le saches. » dit-il en se mettant debout. Loin d'être impressionnée par sa taille, elle le regarde droit dans les yeux. « Regarde-toi, Cuddy. Tu caches ta grossesse à tout l'hôpital, quand tu rentres à la maison tu meurs d'épuisement. Tu es enceinte de cinq mois et tu n'as pas pris une seule journée de congé. C'est ce que j'appelle prendre des risques ! »
« Je ne prends pas de risques ! Je ne veux pas perdre mon travail, et mon hôpital. Tu n'as aucune idée d'à quel point je me suis battue pour les avoir ! »
« Ton hôpital, toujours ton hôpital ! » lui lance-t-il. « Tu ne penses pas sérieusement que tu peux gérer un enfant, une grossesse risquée et un travail stressant à la fois ? »
Cuddy riposte, défendant son orgueil. « Je peux le faire ! »
« Tu peux pas ! C'est peut-être pour ça que tu as subi une fausse-couche il y a cinq ans, tu crois pas ? Parce que tu travailles trop ? »
Des larmes commencent à envahir ses yeux. « Tu sais pas de quoi tu parles, House ! T'étais pas là ! » braille-t-elle, un sanglot dans la voix. « T'as jamais été là, t'es jamais là ! »
« Je suis jamais là ? » crie-t-il, encore plus fort qu'elle. « Merde, comment tu peux dire ça ? Je vis chez toi depuis qu'on s'est remis ensemble, je te soutiens, et– »
« C'est vrai ! Vivre chez moi et me soutenir, ce qui, pour toi, signifie t'affaler sur mon canapé, me faire l'amour parfois, et ne rien foutre la plupart du temps. Tu m'aides jamais ! Tu cuisines à peine, tu m'aides jamais avec la lessive, le repassage, le ménage, les courses,... »
Il coupe son énumération sans fin. « Je suis un peu estropié, tu vois. »
« Ne me dis pas que ta jambe t'empêche de mettre le linge dans la machine ! Tu ne peux pas toujours en faire une excuse. Je te demande pas de passer l'aspirateur dans toute la maison et de rester debout pendant des heures, je veux juste que tu me donnes un coup de main ! C'est trop te demander ? » Il tente de répliquer, mais elle le coupe. « D'ailleurs, est-ce-que ta jambe t'empêche de baisser la lunette des toilettes ? De fermer les tiroirs dans la salle de bains ? Tu as intérêt à faire quelques changements, sinon je vais te foutre dehors ! Je ne peux pas tout faire ! »
« C'est vraiment moi qui me cherche des excuses, ici ? »
« Ne change pas de sujet ! » a-t-elle le temps de crier. Il l'ignore.
« Tu ne caches pas ta grossesse parce que tu as peur de perdre ton travail. Tu as honte d'être avec moi. Ça ne concerne que ta putain de fierté ! »
« C'est faux ! C'est complètement faux ! » nie-t-elle.
« Honnêtement, qu'est-ce-que les gens vont dire ? Oh, la doyenne de Médecine s'est fait mettre en cloque par l'autre connard boiteux ! » imite-t-il. « Pauvre gosse, il méritait pas de naitre dans une famille aussi mal foutue ! Oh je me demande à quoi il va ressembler ! Peut-être qu'il va finir drogué, comme son père, ou peut-être que les services sociaux vont le sauver de cet enfer avant qu'il ait deux ans ! »
Cuddy lui lance un regard noir terrible. Ce n'est plus du badinage, c'est une vraie dispute, avec des vraies conséquences. Ils le réalisent tous les deux.
« Tu sais, je ferais mieux de dormir chez moi ce soir. » crache-t-il, s'emparant de sa canne et boitillant vers la porte d'entrée, sa veste posée non loin.
« Oui, tu devrais ! »
Il claque la porte.
Cuddy dort paisiblement cette nuit-là, son absence dans son lit est presque une bénédiction. Rachel se réveille vers deux heures, et cette fois elle peut dormir dans le grand lit de maman.
House regarde 'The Real Housewives of New-Jersey' en pyjama avec un verre de bourbon, assis dans son canapé. Pour une fois, la solitude lui fait grand bien.
Le lendemain matin, il arrive à l'hôpital en retard comme d'habitude, même si dix heures est maintenant considéré comme un horaire normal quand cela concerne House. Il jette un œil dans le bureau de Cuddy. Elle est en train de trier des papiers, debout avec son dos tourné vers la porte. Ses yeux tombent sur la photo prise avec Rachel. Elle soulève le cadre pour mieux la regarder.
Il songe que bientôt, cette photo sera remplacée par une toute nouvelle, avec eux quatre. Cuddy se retourne lorsqu'il entre et ferme la porte derrière lui. Voilà. Il a fait le premier pas. Maintenant, c'est à son tour de tendre la main vers lui. Ses yeux plongent dans les siens pendant quelques secondes, elle repose le cadre sur le meuble sans dévier le regard. Et, presque timidement, elle s'avance vers lui alors qu'il baisse les stores. Leurs corps se rencontrent, leurs bras s'enroulent autour de l'un l'autre. Ils partagent un baiser tendre, qui a le goût de la capitulation, de la résignation. Ils ont besoin de passer du temps ensemble, juste tous les deux – enfin, tous les trois.
Cuddy se recule légèrement pour reprendre son souffle, pose son front sur son épaule tandis qu'une des mains de House se faufile le long de son buste, se glisse sous son chemiser et caresse doucement son ventre. Elle frissonne de plaisir, le serre plus fort.
Ils ne s'excusent pas, n'essaient pas de s'expliquer, parce qu'ils savent que ce ne serait que des mensonges. Ils pensaient ce qu'ils ont dit, même s'ils se sont fait du mal. Il avait raison. Elle porte un bébé, elle doit prendre soin d'elle. Elle a appelé Westhall et a fixé une date pour la consultation du cinquième mois. House, de son côté, s'est promis de lui donner un coup de main plus souvent. Il ne peut pas se plaindre de son comportement risqué si lui-même ne fait rien pour arranger cela. Question de principes.
« Chez moi à sept heures ? » propose-t-il.
« Chez toi à sept heures. » confirme-t-elle. « J'appellerai Marina. »
« T'embêtes pas, je m'en occupe. »
Cuddy acquiesce avec un sourire reconnaissant. Ils restent enlacés encore un peu, sans bouger, profitant du moment. Elle se recule et embrasse ses lèvres.
« A ce soir alors. » murmure-t-elle.
« Oui. »
Ils sourient. Elle caresse sa joue et l'embrasse une dernière fois, avant de le laisser partir.
TBC...
