Chapitre 25 – Le pardon
Il lui fallut plusieurs minutes pour se rendre compte que tout avait été trop vite et trop loin. Il s'essuya la bouche d'un revers de sa manche, chose qu'il n'aurait jamais fait dans un état mental plus stable, mais aurait sorti son mouchoir blanc immaculé. Il fixa ensuite pendant une longue minute le sang qui tâchait désormais le manteau et sentit les larmes lui monter aux yeux. Il avait commis l'irréparable. Il fallait à tout prix reprendre le contrôle, cela n'était pas dans sa nature de se laisser aller ainsi.
Après avoir gardé longuement son visage entre ses mains, sans oser regarder le petit corps innocent au sol, il se leva du tronc où il s'était assis, histoire de se redonner une contenance, et s'approcha doucement du petit louveteau. Ses jambes ne semblaient pas le soutenir comme il l'aurait fallu. Il revit le corps de son frère, ses crocs dans son cou, et son impossibilité de stopper son envie de sang, ce besoin pour lequel il avait lutté tellement de siècles.
C'est alors qu'il remarqua que ses mains tremblaient et que la peur lui faisait battre le cœur bien trop fort. Il se baissa, posa la main sur le petit loup inconscient. Sentir son cœur, sentit son souffle, il ne demandait que cela. Le froid ne lui faisait plus rien à cet instant. Il hésita un moment avant de poser sa main sur le pelage du louveteau et ressentit un énorme soulagement quand il sentit son cœur battre normalement. Il le prit immédiatement dans ses bras et colla son front contre la petite tête velue. Il se concentra. Le cœur de Niklaus lui fit écho. Il aurait pu en pleurer…Son frère semblait être endormi, preuve pour Elijha qu'il n'avait vraiment pas su se contrôler. Il aurait pu hurler tellement cela le contrariait mais préféra se rassoir un peu.
Il se promit de ne pas jamais prendre du sang à Niklaus, quelque que soit sa forme. Il aurait pu tuer Kiki et tuer peut être dans le même temps son petit frère. Inimaginable…Le sang de Niklaus était trop tentant…
Il caressa doucement le petit louveteau, sur le ventre, sur les pattes, sous le cou, histoire de se rassurer lui-même et espérant que Kiki puisse savoir que son maître était près de lui, puis l'emmitoufla dans son manteau, bien au chaud, pour le coller contre lui. Il devait rentrer rapidement pour le nourrir et lui redonner des forces.
Son frère allait lui en vouloir de ne pas avoir su s'arrêter et il sentit que sa gorge se serrait. Jamais il n'avait lâché prise ainsi mais il avait tellement eu envie que les douleurs cessent.
Il respira un grand coup , mit le lapin peluche et tous les vêtements de Klaus dans son sac, et repartit à une vitesse vampirique au travers des bois, des champs, pour arriver non loin de la demeure. Ses frères et sa sœur devaient l'attendre. Encore un autre problème à régler de nouveau…Il finissait presque par regretter qu'ils soient venus le rejoindre ici.
Il était bien, apaisé et heureux, seul avec son loup, tout compte fait. Pas de douleurs, pas de contraintes, pas de cris , juste lui et Niklaus.
Il posa un regard attendri sur le petit museau qui dépassait du manteau et s'en voulut. Peut être que s'il n'avait pas craqué, son frère aurait gardé sa forme originelle. Il lui manquait déjà, tout lui manquait déjà.
De loin, il pouvait voir la fumée sortir des cheminées. Bon point pour eux, ils avaient suivi ses consignes et chauffer la maison. Carmen devait certainement y être aussi pour quelque chose.
Il entra doucement et se rendit dans le salon, le petit loup toujours dans ses bras. Finn lisait encore le journal, et ne daigna même pas lever les yeux sur lui, pendant que Rebecca et Kol, assis sur le canapé, semblaient attendre quelque chose de précis. Oh mon dieu, mais oui, il leur avait dit d'attendre son retour ici…si la situation n'avait pas un certain côté dramatique, il en aurait rit.
Au pied de Kol, Elijha put voir la valise posée près de lui. Il lui en voulut presque de l'avoir écouté car maintenant il allait devoir mettre ses menaces à exécution mais il se rendit compte qu'il ne lui en voulait déjà plus. Des erreurs de jeunesse et puis après tout, il avait été jaloux de ce lien qui unissait Nilkaus à lui , lien qu'il devait envier comme tout petit frère. Et de toute manière, il ne valait pas mieux qu'eux. Il resserra le louveteau contre lui presque en protection , soupira et entra dans le salon
Finn le regarda passer et l'interpella :
- Tu as encore ce louveteau ridicule
Vraiment il aurait mieux fallu être seul ici avec Niklaus que t'entendre ça …la colère lui monta au front et sa voix se fit rauque et profonde
- Et toi, Tu es encore là ?
- Je suis chez moi aussi
- Kiki est chez lui aussi
- Tu aurais pu appeler pour nous prévenir que tu ne revenais pas cette nuit, et que tu préférais batifoler dans les bois avec ce chien
- Pourquoi, te serais-tu inquiété pour moi ?
Rester le plus zen possible, voilà la seule chose qu'essayait de faire Elijha. Garder son calme légendaire et se désintéresser des méchancetés.
Finn haussa les épaules et soupira. Son frère avait le don pour employer un ton dédaigneux quand il lui parlait. Il savait très bien que leur relation n'avait jamais été bonne et l'écart s'était creusé au fil des siècles.
Mais oui, ce qu'il ne dirait jamais à Elijha, bien sur, c'est qu'il s'était inquiété de ne pas voir revenir ses deux petits frères, malgré tout le mal qui leur avait souhaité à tous les deux. Mais Elijha ne semblait pas en disposition non plus de faire la paix, lui non plus ca tombait très bien.
Il reposa son journal et se leva. Il Se plaça devant Elijha, son visage à hauteur de celui de son frère et plissa les yeux
Non , moi non, je ne me serai pas inquiété pour toi…mais ca aurait évité que ces deux abrutis te cherchent partout et attendent ici comme deux piquets plantés dans le salon à coup de marteau et moi, de devoir jouer les grands frères en espérant que tu reviennes vite reprendre le flambeau que tu m'as volé il y a des siècles de cela.
Elijha ne répondit pas. Il avait un profond respect pour la hiérarchie dans la famille. Un grand frère devait rester un grand frère, et Finn était à juste raison son grand frère. Il aurait du le prévenir puis il se reprit. Il avait appris à vivre sans un modèle et ne pourrait certainement plus jamais considérer Finn comme tel. Mais au fond de lui, il aurait aimé que son « grand frère » le serre contre lui pour lui montrer qu'il s'était inquiété, comme lui l'aurait fait avec Niklaus. Finn recula un peu et désigna les deux plus jeunes
- Je crois que tu as affaire avec eux
Kol et Rebecca rougirent puis le jeune « menteur » se leva et avança vers Elijha, la valise à la main.
- Je te demande pardon, Elijha. Je ne m'étais pas rendu compte de l'impact que aurait pu avoir mes actes vis-à-vis de…de ce louveteau
Elijha ne répondit pas et le toisa de toute sa hauteur. Son petit frère semblait ne pas avoir dormi de la nuit, le visage pâle et les traits tirés. Il avait pleuré cela se voyait sur ses yeux encore un peu gonflés.
- On a fait tout ce que tu nous as demandé, ranger nos chambres, aider Carmen et chauffer la maison. On a même préparé un gâteau avec elle pour …enfin pour quand tu rentrerais. Je suis soulagé que tu l'ai retrouvé, je te le jure
Finn souffla et répliqua :
- Bientôt ils vont se mettre à genou devant toi, en clamant ton pardon. Tu devrais avoir honte Elijha, tu te comportes avec eux comme un parrain de la mafia.
Elijha soupira puis se tourna vers son aîné. Sa colère dut envahir son esprit plus fort qu'il ne l'aurait souhaité car il ressentit immédiatement la présence de son frère, éveillé. Mais il se taisait et semblait écouter. Elijha ferma les yeux et se contrôla
- Comment te dire, Finn, laisse moi réfléchir à ce que pourrait te répondre certains des mes frères ou sœur dans de tel moment … …ah oui, …je t'emmerde, Finn !
Kol écarquilla les yeux, tandis Rebecca sourit légèrement en entendant la réplique cinglante de son frère préféré et aurait été prête à lui sauter au cou tellement elle aimait quand il se la jouait mauvais garçon de cette manière , mais préféra rester assise, bien sagement sur le canapé.
Elle fronça cependant les sourcils en apercevant les tâches de sang sur le manteau et l'allure épuisé de son grand frère. Il semblait avoir lui aussi passé une nuit des plus mauvaises, surtout dehors par ce temps là. Mais elle était rassurée, le petit Kiki était lové dans ses bras et ouvrait un œil vers eux. Il restait cependant tout blotti dans la chaleur des bras d'Elijha.
Ce dernier fit signe à Kol de le suivre et l'entraîna dehors sous le porche.
- Je pense que tu sais ce que j'attends de toi et que tu t'ai préparé en conséquence.
Elijha avait repris son visage froid et distant mais n'osait pas regarder son petit frère droit dans les yeux. C'était trop dur pour lui aussi de devoir se tenir à la décision qu'il avait prise la veille. Il n'avait pas le choix.
- Elijha, s'il te plait, laisse moi une chance
- Je t'en ai déjà laissé des tas par le passé, et tu refais toujours les mêmes erreurs envers Niklaus ou moi-même, je ne peux pas laisser passer les évènements d'hier
Elijha se tut. Il savait que les trémolos qui commençaient à poindre au fond de sa gorge allaient trahir ses vrais sentiments.
« ELijah ? »
Elijha sursauta ne s'attendant pas à ce que son autre frère s'insinue dans son esprit et lui parle. Il pencha son regard vers le petit louveteau et sourit
« Ca va ? dis moi que ca va Nikaus ? S'il te plait…je te demande pardon, je…»
« Chut, silence …oui je vais bien, même si je viens de me faire pomper par un vampire assoiffé de sang et qui m'a laissé sur le carreau mais tout est parfait, excepté ce corps poilu mais bon… »
Elijha soupira. Il s'en voulait tellement qu'il ne savait plus vraiment où donner de la tête et Kol, qui attendait devant lui, avec ce regarde de chien battu !
« Je ressens tes doutes, mon frère, Je sais Elijha, que tu n'as pas envie qu'il parte , je le sens dans ton cœur. »
« Ce n'est pas de gaité de cœur, en effet, mais après ce qu'il t'a fait… »
« Je ne veux pas qu'il parte »
« Quoi ? »
« Dis lui de rester, fais la paix avec lui, après tout, c'est aussi notre petit frère, et je ressens trop ta détresse, tu ne sais plus si bien cacher tes sentiments »
« Comment tu peux savoir.. »
« On viens de partager plus de 5 litres de sang … »
« t'exagères »
« Pas loin, non… »
Elijha grimaça. Pas loin en effet, il aurait bien pu vider intégralement son petit frère. En attendant, il devait avouer que ses douleurs semblaient s'être légèrement atténuées malgré ses vomissements.
« Allez, Lijha, vas y on va lui pardonner, regarde sa tête, on dirait que ses lèvres vont de mettre à trembler et qu'il va nous faire une crise de larmes … »
« T'es certain de toi ? »
« Que veux-tu, toi ? »
« Je m'en veux un peu, c'est aussi de ma faute, je…enfin je ne m'occupe pas de lui comme je le fais avec toi »
Klaus sourit intérieurement et pensa immédiatement qu'il serait à la place de Kol, il souffrirait certainement fortement de la proximité entre ses deux frères.
« Allez, Lijha, je sais que tu meurs d'envie de lui dire de rester »
Elijha sourit malgré lui, sous le regard étonné de Kol. Il ne prononça pas un mot, s'avança à quelques centimètres de son petit frère, et attrapa la valise des mains. Puis il repartit vers la demeure laissant Kol, inerte sur le porche.
- Dépêches toi de rentrer avant que je ne change d'avis et tu pourras remercier Niklaus, avant de redevenir un petit loup, dans le bois, il m'a demandé de te pardonner. Je ne l'aurai pas fait sinon
« Menteur… tu crevais d'envie qu'il reste ici»
« Faut bien que je passe pour le méchant de l'histoire si tu veux rétablir de bonnes relations avec lui »
« Pas faux, méchant frère va ! «
Puis Elijha arrêta sa marche , fit demi tour d'un coup, mit le petit loup dans les bras de Kol et entra dans la demeure.
Kol tenait Kiki à bout de bras, le manteau pendu dans le vide et le petit loup les pattes qui brassaient du vent. Ils se regardèrent un petit moment sans un mot, le petit louveteau gémissant légèrement, Klaus fronçant méchamment les sourcils et Kol le regard baissé.
- Excuses moi, Niklaus…je te demande pardon
Puis Kol déposa un baiser sur le museau du petit loup , lui caressa de sa joue le visage et entra dans la maison avec Kiki, qu'il avait déposé sur son épaule, fier comme un gros loup de pouvoir voir le monde de si haut.
Niklaus ne lutta pas. Il se sentait encore épuisé. Son frère avait été un peu loin mais il ne lui en voulait pas. Il en avait besoin encore et il le sentait. Partager son sang ainsi rendait leur lien et leur sensation commune plus soudés. Il ferma un peu les yeux et laissa Kiki faire son « chiot »
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Carmen avait installé une très belle table dans leur grande salle à manger, qui regorgeait de bons plats chauds typiques de sa région. Elle avait même préparé une énorme plâtrée de crêpes pour les petites faims d'après-midi, avec à leurs côtés des confitures faites maison.
Kol se frottait les mains de satisfaction, étant très gourmand, tout cela lui convenait parfaitement. Il avait reposé rapidement sa valise dans sa chambre et avait comme si tout cela était du passé, le louveteau recalé rapidement dans les bras de son maître, histoire de ne pas s'encombrer non plus trop longtemps de la bête. Il n'était pas aussi désolé que cela , tout de même.
Finn s'était installé pour manger ainsi que Rebecca et la discussion de la fratrie ainsi réunie animait bien la salle. Elijha les regarda un instant et fit demi tour.
Suivi du petit louveteau, il entra timidement dans la cuisine, qui était lieu réservée à Carmen quand elle était là. Dès qu'elle le vit, son sourire illumina son visage rond. Il remarqua que la porte avait été réparée. Tant mieux, il n'aurait pas aimé savoir que leur gouvernante puisse attraper froid à cause de ses excès.
- Mon bel enfant, entrez donc, comme je suis contente de vous voir.
Avant même que le vampire ait le temps de réagir, elle vint lui attraper les mains et le força à descendre son visage à sa hauteur pour lui déposer un baiser chaleureux sur la joue. Elijha rougit légèrement. Il se faisait chaque fois avoir mais pour dire vrai, ce baiser lui réchauffait le cœur. Elle n'était vraiment pas grande à côté de lui mais son amour emplissait toujours la pièce comme si elle prenait toute la place.
Carmen regarda derrière lui et s'étonna.
- Monsieur Niklaus n'est pas là ?
Elijha haussa les épaules en signe de déception. C'est vrai qu'elle avait tellement l'habitude de les voir ensemble qu'elle les appelait parfois les jumeaux.
- Non, il sera absent un petit bout de temps
- Oh quel dommage, je lui avais préparé des beignets au sucre comme il les aime
« Oh non des beignets au sucre…elijha, elle m'a fait des beignets au sucre, juste pour moi…elijha… »
«Nikluas, Niklaus, Niklaus … On dirait que ca te fait plaisir dis donc »
« Personne ne m'a jamais fait des beignets au sucre »
« Elle t'en fait tout le temps quand elle est là »
« Oui, bon, ben personne d'autres ! Jaloux va »
Carmen semblait sincèrement peinée qu'il ne soit pas là. Monsieur Niklaus faisait partit de ces gamins qu'elle adorait, toujours en rébellion, qui refusait qu'on le voit tel qu'il était réellement mais dès qu'on grattait un peu la couche de mauvais volonté dont il se tapissait, elle y découvrait à chaque fois un trésor.
Elle avait eu du mal au tout début de son contrat dans la famille Mikaleson, à dompter les deux frères, l'un très méfiant et toujours à vouloir la faire tourner en bourrique, et Elijha assez distant comme si la moindre affection lui faisait peur. Rebecca par contre, très exubérante, était un peu la fille qu'elle n'avait jamais eu et elle la bichonnait à chaque instant. Et puis était venu se greffer à cette famille si particulière Kol, Freya, la grande sœur parfaite, qu'elle connaissait moins mais qu'elle appréciait aussi. Sa relation avec Monsieur Finn Mickaleson cependant restait très professionnelle, celui-ci ne lui ayant jamais permis de s'initier dans sa vie.
Elle déposa les fameux beignets sur la table et en proposa un à Eljjah.
- Non merci, je n'ai pas très faim
- Il faut manger, vous avez une petit mine, je vais vous préparer pour ce soir une soupe qui va vous faire un bien fou
Elijha grimaça. Tout comme Klaus, il avait horreur de la soupe mais par politesse, ne lui avait jamais dit, à la différence de Klaus qui ressemblait à un gamin capricieux dès qu'il fallait en avaler une cuillérée.
Le louveteau se mit à japper et à remuer la queue comme un fou. Puis il se mit à courir dans toute la cuisine , tout excitée, se cognant dans les pieds de chaise. Elijha se mit à rire en le voyant faire.
- Je me demande si Niklaus vous aurait fait une telle fête s'il avait été là en entendant le mot « beignet ». Kiki semble aussi gourmand que mon petit frère
« Je n'arrive pas à le contrôler, on dirait que l'odeur du gâteau le rend hystérique » »
« Oui ou c'est plutôt toi qui n'arrive pas contrôler tes envies »
Carmen se mit à rire aussi. Elle se pencha et appela le petit loup gentiment en lui tendant un petit bout de beignet
- Tu me reconnais, mon petit ange, on s'est vu à la Nouvelle Orléans. Tu es toujours aussi beau avec ton doux pelage.
Kiki n'en demanda pas plus pour avaler tout rond la délicieuse pâtisserie et lui sauta sur les jambes pour en réclamer un autre.
- Pas trop, Carmen, il va finir par être malade
- Vous savez, Monsieur Elijha, je me dis toujours qu'il vaut mieux faire envie que pitié, c'est toujours ce que me disait ma mère
- Parlez moi de votre mère, Carmen
- D'accord, mais vous vous asseyez et vous mangez un peu de mon ragout, sinon pas d'histoire !
« Ca fait quoi d'avoir l'impression d'avoir 5 ans ! »
« Mon dieu, j'ai l'impression d'être dans ton corps »
« Ah, Ah, ah »
Elle sortit une assiette sans lui donner le temps de refuser et y déposa un petit morceau de viande et un délicieux mélanges de légumes, pomme de terre, rempli de bonne sauces. Puis elle lui déposa devant lui et reprit :
- Vous êtes celui qui mangez le moins, Monsieur Elijha, toujours à vous préoccupez si vos frères et sœurs eux pourtant font honneur à mes repas
- Je n'ai pas autant besoin de me restaurer qu'eux, c'est tout
Carmen lui sourit et lui tendit une fourchette. Il soupira, elle ne lâcherait pas prise. Il goûta et dut avouer que ce plat était succulent.
- J'aurai préféré vous voir manger avec votre fratrie que venir tenir compagnie à une vielle femme comme moi, on croirait votre petit frère quand vous êtes absent, il vient toujours se réfugier ici plutôt que d'aller voir le reste de la famille. Vous êtes vraiment pareil tous les deux.
« Elle raconte des bobards, elle est vielle et devient sénile on dirait… »
Elijha ne répondit rien mais imagina très bien son frère se comporter de la sorte. Il aimait la compagnie de cette femme, toujours souriante, toujours une histoire à raconter et toujours un mot doux à prononcer à leur égard. Cela ne leur était quasiment jamais arrivé alors si le vieux vampire aigri qu'il était pouvait un peu en profiter, pourquoi quoi !
Et puis, aussi, elle avait été la première avoir apprivoisé Niklaus et l'avait considéré comme son petit garçon dès le début malgré toutes les méchancetés dont il avait preuve pour la faire partir, sans jamais écouter les rumeurs dont il faisait l'objet et cela, il lui serait éternellement reconnaissant.
Et il devait bien se l'avouer aussi, elle lui rappelait parfois un peu Esther quand ils étaient tous petits et qu'elle était encore la mère aimante qu'il avait tant adoré.
- Monsieur Elijha, je vous sens ailleurs
- Je vous écoute, alors votre mère ?
- Oh, mon petit, je suis l'aîné d'une famille de 8 enfants.
Puis elle s'arrêta d'un coup. Elijha la regarda, étonné, quand il vit qu'elle lui montrait l'assiette du doigt. De honte , il reprit un petit morceau de viande et lui fit honneur.
Le petit louveteau attendait aux côtés d'Elijha, au sol. Il lui frottait son museau contre la cheville. Elijha , très discrètement, glissa dans sa main, un autre morceau de viande, et lui donna. Le louveteau l'avala d'une traite et en profita pour lécher les doigts de son maître. Tout en continuant de cuisiner, faisant semblant de ne rien voir, Carmen continua :
- Donc, Mon père nous a laissé un soir pour partir avec une jeune danseuse. Nous ne l'avons jamais revu et à cette époque, la justice ne donnait que peu de droits aux femmes mariées, donc ma chère mère a du se tuer au travail pour réussir à tous nous nourrir. Et puis la maladie l'a emporté. Je venais de fêter mes 14 ans et je me suis retrouvée propulsée à sa place pour m'occuper de tout le monde. Maintenant, mes frères et sœurs ont une vie parfaite, ils sont tous mariés, certains ont eu de beau x enfants. Tenez, je vais vous montrer les photos…ils sont tellement mignons
Elle essuya ses mains sur son tablier, laissa comme « par hasard « tomber un morceau de viande , ce qui n'échappa pas à Kiki qui se rua dessus et qui revint fier se coller de nouveau contre son maître. Eijha le monta sur la table pour pouvoir le regarder plus facilement.
« J'aurai du prendre une photo »
« Punaise, mais qu'est ce que c'est bon, donne moi un peu de sauce que je goûte »
« Si elle me voit elle va me gronder »
Mais il ne résista pas , et posa sur la table un morceau de viande tout saucé. Le louveteau en couina de bonheur. Carmen revint juste à cet instant, et les deux se figèrent , empruntant un air des plus innocent. « Ce 'est pas moi, c'est lui ! «
- Monsieur Elijha… tout de même. Pas de chiot sur la table d'une cuisine, c'est une règle absolue sinon il va réclamer tout le temps. Allez…
Elijha se mit à rougir comme jamais cela ne lui était arrivé. Il redescendit sans protester le petit louveteau qui se re blottit dans le bas de pantalon de son alpha.
Carmen lui montra avec une telle fierté toutes les photos de sa famille. Ils avaient l'air gentil et semblaient heureux. Elle avait fait du bon boulot avec eux.
- Ils vivent ici ?
- Non, ils sont tous restés au Mexique
- Et vous ?
- Moi, ….oh une histoire un peu triste. Vous savez quand on donne à sa vie à sa famille, on finit par s'oublier. J'ai malheureusement de ce fait laissé un peu de côté ma vie familiale mais je suis heureuse tout de même. J'ai préféré venir travailler par la suite aux Etats unis, n'ayant plus besoin de gérer ma grande famille. Il n'avait plus besoin de moi
Elijha sentit son cœur se serrer. Un jour, ses frères et sœurs n'auraient plus besoin de lui. Que deviendrait-il ?
- Vous avez des enfants , Carmen ?
- Non, c'est mon plus grand désespoir mais j'ai eu mes frères et sœurs, je leur ai tenu lieu de maman, de sœur, de confidente, d'amie…ils ont été en quelques sortes mes enfants
Un voile de tristesse passa rapidement sur le visage de Carmen mais elle se reprit rapidement.
Klaus écoutait cela avec intérêt et songeait à son frère. Puis il laissa le louveteau s'approcher doucement d'Elijha et se coller encore plus contre lui pour lui faire un câlin
« Tu es un peu notre Carmen, après tout , Elijha »
Elijha ne répondit pas. Sa vie ressemblait malheureusement trop à celle de cette femme.
- Et puis , Monsieur Elijha, j'en ai fait des familles où j'ai du m'occuper des progénitures de mes patrons, ca a un peu compensé ce manque
Elle repartit vers le four pour surveiller la viande qu'elle faisait cuire pour le lendemain puis se tourna vers Elijha avec un sourire des plus chaleureux mais un peu intimidé
- Je pense que j'ai trouvé les enfants qu'il me manquait dans votre famille
Elle se retourna, un peu émue, quelques larmes d'émotion au coin des yeux. Elle aimait tellement cette famille si particulière même si elle avait bien compris ce qu'ils étaient en réalité.
« Je me sens ridicule maintenant de l'avoir tant ennuyé »
Elijha ne lui répondit pas. Lui aussi avait été ému par cette déclaration et continua à manger doucement pour cacher les sentiments qui l'avaient parcourus.
- Allez, Monsieur Elijha, cessons de parler de moi et parlons un peu de cette nuit passée dehors, non mais , est-ce que vous vous rendez compte que vous auriez pu attraper un mauvais rhume…d'ailleurs…
Elle s'approcha un peu suspicieuse et prit les joues d'Elijha dans ses mains, sans réfléchir à ce geste qui aurait pu être déplacé avec son « patron » tout compte fait.
- Vous avez les yeux qui brillent, j'espère que vous ne me couvez pas une petite fièvre
- Je vous assure que je suis en pleine forme, Carmen, je ne suis quasiment jamais malade, et cela depuis des siè…des années
- Oui, Monsieur Niklaus me disait la même chose et nous a fait une belle frayeur la dernière fois avec sa fièvre qui ne passait pas.
- Je crois aussi qu'il avait fait une sorte d'allergie
- Oh mama mai …Je suis tellement désolée, je ne pensais pas que l'ammonite tue loup lui aurait fait du mal, c'est une plante que nous utilisons fréquemment dans mon pays pour aromatiser nos plats
Klaus grogna « Oh je m'en souviens, j'a cru que j'allais en crever »
« Quel cinéma tu as fait surtout ! Elle pense toujours que tu es allergique d'ailleurs «
Le petit louveteau quand à lui commençait à s'agiter sans raison et se colla contre les pieds de son maître en gémissant. Elijha tout à coup se rappela pourquoi il était venu dans la cuisine. Le biberon et la gamelle !
Il se leva, bien content de ne pas avoir à finir son assiette se sentant encore nauséeux de ce qui s'était passé dans la forêt quelque temps plus tôt et alla préparer tout cela.
Il mit la gamelle au sol pour que Kiki se restaure. Klaus maugréa mais le bébé loup eut le dessus. Le ventre était plus fort que la raison.
Puis Elijha le prit dans ses bras, remercia Carmen pour le repas, et attrapa le biberon qu'il glissa discrètement dans sa poche. Il revint vers la salle à manger où tous mangeaient de bon cœur et fit signe à sa sœur de le suivre.
Rebecca curieuse, monta avec lui dans sa chambre et s'installa sur le lit D'Elijha quand celui-ci lui fit signe de venir. Puis il sortit le biberon et lui tendit
- Tiens, je sais que ce la te ferait plaisir
Kiki sautillait désormais sur le lit, tout fou, son lait lui tendait les bras ! Il courut partout sur le lit, entrainant les draps dans ses pattes, tombant le museau directement sur le matelas mais il recommença encore , tout excité…son lait ! …le biberon était là devant ses yeux. Il gémit de plus en plus réclamant avec avidité son précieux breuvage. Il sauta sur les genoux d'Elijha et enfoui son nez dans son ventre pour le remercier. Puis il jappa de nouveau en gardant son regard fixé sur le biberon sacré
Rebecca resplendissait
- Tu es certain, tu m'autorises ?
- Oui je sais que tu en meures d'envie depuis le début
- Tu me pardonnes alors ?
- Mon dieu, oui…
Elle écarquilla cependant les yeux quand elle vit Elijha mordre dans son poignet et y verser quelques gouttes de son sang.
- Je ne suis pas certaine que le vétérinaire approuve ta manière de nourrir le louveteau
- Il a besoin de récupérer donc un petit fortifiant supplémentaire ne lui fera pas de mal et puis il en a vraiment besoin.
Puis il lui glissa Kiki dans les bras. En regardant sa sœur positionner le petit loup dans ses bras, le serrer contre elle et lui proposer la tétine avec tant d'amour, il sut à quel point elle aurait été une mère magnifique et aimante. Elle avait fait totalement abstraction que sous ces poils duveteaux, e tenait son frère. Elle était loin de tout cela et profitait juste de donner un biberon bien chaud à un petit bébé.
« L'humiliation absolue, on dirait que je suis un bébé de 2 mois »
« C'est un peu le cas, surtout Klaus , laisse la profiter un peu de ce moment »
Elijha observa les mouvements de sa sœur, qui ne laissait aucun doute que sa capacité à aimer sans discernement. Tout en le laissant sucer la tétine, elle le caressait sur le ventre. Le louveteau avait une patte dans le vide et l'autre tendu de bonheur. Sa petite queue remuait doucement et il remit une autre de ses pattes contre le biberon. Ses deux oreilles étaient à l'affut. Il prit tout son temps pour le boire heureux, d'être là avec ses deux maitres préférés. Puis quand il finit la dernière goutte, elle le posa sur son épaule et lui tapota le dos en lui faisant des petits ronds dans son pelage.
« Mon dieu, Elijha, ce que tu me fais faire…achètes lui une poupée qui parle et qui fait pipi, tout ce que tu veux mais trouve lui un palliatif autre que moi »
Elijha serra les lèvres. Il repensait à la manière dont il s'était abreuvé sur son frère, il n'arrivait pas à chasser ces images de la honte qu'elle lui apportait. Il soupira et posa sa main sur celle de sa sœur, juste pour y trouver un peu de chaleur. Il était un monstre…Il serra ses doigts contre ceux de sa sœur toujours en silence. Rebecca savait. Il avait besoin d'elle, il ne lui dirait pas ouvertement, mais elle savait. Elle connaissait tellement ses deux frères, l'un exubérant qui serait mis à tout casser, à hurler puis à se terrer dans un coin pour tout oublier refusant d'autre contact que celui de son grand frère, et l'autre, discrètement, cherchant un coin de chaleur quand il allait mal et qui se tournait alors vers elle.
Elle le laissa faire sans dire un mot. Le regard d'Elijha en disait long sur le mal être qui semblait le traverser. Puis alors qu'elle continuait à câliner son frère loup, elle entendit les murmures de son grand frère, tellement doucement qu'elle fallait ne pas comprendre. Il li raconta tout, la soif de sang, la manière dont il s'était abreuvé de son frère, les douleurs, la honte qu'il éprouvait…laissant ses larmes couler silencieusement sur ses joues. Il craquait.
Le louveteau se tendit et se mit à gémir. Il tendit ses pattes vers Elijha qui le prit et immédiatement Kiki posa sa langue sur les larmes de son maître pour lui lécher.
« Allez Lijha, je ne t'en veux pas…de toute manière, quoi qu'il arrive tu dois être guéri et c'est moi qui t'es forcé…Elijha, je t'en prie, ca me fait mal de te voir comme cela »
Rebecca serra ses bras autour de son frère et lui posa sa main dans la nuque pour l'attirer à elle. Puis elle le garda ainsi pendant quelques minutes en attendant qu'il se calme. Un peu honteux, il finit par s'allonger dos à elle et soupira. Rebecca connaissait trop bien son frère pour savoir que sa présence ici lui suffirait et elle reprit le louveteau pour jouer avec lui. Elle ne parla pas, loin de ses habitudes mais son frère lui en était reconnaissant. Il pouvait les entendre, le petit loup s'amusant maintenant à essayer de lui mordiller les doigts et elle, faisant semblant de se fâcher.
- Kiki, non…non , Kiki….oh le coquin de petit loup, viens donc ici que je t'attrape
Elijha entendait son petit animal couiner de plaisir. Il pouvait sentir ses déplacements amusés sur le haut du lit. Le louveteau semblait sautiller et revenait s'attaquer ensuite aux mains manucurés de sa sœur adorée. Sa voix lui faisait du bien, son rayon de soleil lui réchauffait le cœur.
Le vampire ne se sentait pas très bien, il avait des frissons et profita que sa sœur s'occupe de son bébé loup pour enfouir sa tête dans l'oreiller. Rebecca avait entamé une petite berceuse qu'elle aimait bien chanter et il se laissa emporter par sa voix, tout comme Kiki qui s'était allongé près d'elle, le ventre tendu en quête de caresses
Elijha avait chaud. Carmen n'avait peut être pas tord. Il avait du attraper un mauvais mal dans ce froid. Il bailla et replaça son oreiller pour se mettre plus à l'aise.
Kiki tourna un peu la tête vers lui et émit des petits bruits étonnés en le voyant ainsi. Il se défit en bougeant de l'étreinte de son amie femelle et vint glisser ses pattes jusque à son maître, puis il déposa son museau sur le ventre de ce dernier et bailla à son tour en imitant son alpah. Lui aussi comme son maitre allait faire une belle sieste.
Rebecca reposa le biberon sur le bureau de son frère et revint vers le lit. Elle s'assit près d'Elijha et le regarda avec beaucoup de tendresse. Elle ressentait les douleurs qu'il le traversait et savait que la seule manière de l'aider serait d'être juste présent au moment voulu. Il avait fermé les yeux. Très délicatement, elle lui défit les chaussures et lui dégrafa un peu sa cravate. Elle lui ouvrit légèrement les boutons de son pantalon et de sa chemise tâchée de sang d'ailleurs, pour qu'il soit plus à l'aise et tira un peu sur la couette pour la replacer sur lui. Il semblait fatigué et tellement déçu de lui-même.
Elle regarda le louveteau qui lui aussi s'étalait désormais sur le corps de son frère et sourit.
Même dans cette forme, Niklaus et Elijha, avait un lien indéfectible. Elle laissa la porte entrouverte bien décidé à venir voir si le sommeil de son frère lui serait réparateur et redescendit doucement.
« Franchement, les gars, je ne sais pas ce que vous feriez sans votre super petite sœur »
