Bonjour bonjour ! Rien de spécial aujourd'hui, quand je m'ennuie je lis des Drarry quotes sur tumblr.
Merci à Aralorn (merci pour tes compliments ! Harry aura bien sa petite histoire avec Ginny et voilà la scène des toilettes ! En espérant que tu aimes :) ) et Lolitamaguis (cette histoire est pleine de hauts et de bas comme tu dis, mais elle se terminera bien ^^)
Note (1) : « incapable de voir que tous mes refuges sont mes tombeaux », Inachevés, Les Casseurs Flowters.
Précédemment : Le deal tient toujours et Harry et Draco se voient régulièrement dans la Salle sur Demande. Ils regardent des films, couchent ensemble, écoutent de la bonne musique, bref, ils passent du bon temps. Tout aurait été parfait si la mission de Draco avançait comme il le voulait et si Harry n'avait pas décidé de mettre le nez dans ses affaires...
HIBRIDAE
SIXIÈME ANNÉE
Chapitre 25 : Sectumsempra et Tour d'Astronomie
''Le martyre aux mille cicatrices''
6 mai 1997 – Toilettes du sixième étage
Draco inspirait fort, ses deux mains cramponnées au lavabo, ses cheveux sales tombant piteusement devant ses yeux. Cela faisait plusieurs minutes qu'il essayait de se calmer, en vain : ses genoux flanchaient, ses yeux larmoyaient, ses aisselles suintaient, et ses pensées se faisaient de plus en plus noires.
Il avait encore passé une nuit blanche dans la Salle sur Demande.
Il aurait donné tous ses Gallions pour que la pièce secrète se transforme en petit salon privé, avec un bon feu de cheminée et une télévision diffusant Jumanji. Il aurait abandonné son nom de famille pour que Potter et lui discutent jusqu'à l'aurore, lovés dans leur canapé-lit, respirant l'expiration de l'autre.
Mais c'était dans l'immense Salle des Objets Cachés qu'il avait passé la nuit.
Entre des armures cul-de-jatte et des miroirs brisés, il avait une nouvelle fois échoué à réparer l'Armoire à Disparaître. La pomme était revenue croquée – il avait cru à la victoire ! – mais le moineau était réapparu mort.
Draco s'était effondré par terre, le petit oiseau dans les mains. Encore un innocent sacrifié pour un plan détestable. Et tout ça pour rien. Car Draco n'arriverait jamais à faire entrer les Mangemorts dans Poudlard et il ne parviendrait jamais à tuer Albus Dumbledore.
Draco allait mourir et personne ne se souviendrait de lui. Personne car, après avoir tué Draco, le Seigneur des Ténèbres se dépêcherait d'ôter la vie à ceux qu'il aimait et qui l'aimaient.
– Non, calme-toi, dit Mimi Geignarde, quand les épaules de Draco se remirent à trembler.
Mais le garçon avait beau ouvrir la bouche et aspirer, l'air restait figé dans ses poumons comme s'il avait croisé le regard du Basilisk.
Et s'il se tuait maintenant, dans les toilettes, avant de faire d'autres victimes ?
S'il mourrait... Ce serait une libération et pour lui, et pour les autres, n'est-ce pas ? Ses amis n'auraient plus à lui répéter, l'air soucieux, « tu sais qu'on est là si tu as besoin », Snape ne se sentirait plus obligé de chercher à l'aider ou à le protéger, ses parents arrêteraient de se ronger les sang pour lui...
Et Potter ne coucherait plus avec l'ennemi.
En pensant à Potter, Draco eut envie de rire d'un rire dément, mais sa crise de panique brisa l'effet général. De sa gorge, ne sortit qu'un tout petit bruit étranglé, semblable à un sanglot.
Un sanglot ? Si Draco en avait la force, il se serait mis une claque. Sangloter en pensant à Potter était lamentable, car Potter n'en avait plus rien à faire de lui. En effet, depuis deux semaines, Monsieur Potter passait tout son temps libre en compagnie de Ginny Weasley, laquelle était de nouveau célibataire.
Tous les matins, ou presque, Blaise se lançait dans une longue plainte jalouse, agitant sa tartine dans tous les sens et constellant la nappe de taches de confiture.
« Ils sont toujours fourrés ensemble, bras dessus, bras dessous, comme des foutus siamois. J'ai presque envie de les coudre l'un à l'autre... Après tout, l'amour entre jumeaux fusionnés est sûrement immoral, n'est-ce pas ? » disait-il.
« Cette innocence solaire me répugne au plus haut point. Pourquoi éprouvent-ils le besoin de rire en montrant leurs dents étincelantes, comme si elles étaient serties de diamants ? Pourquoi se jettent-ils des regards complices et mièvres à tout bout de champ ? » disait-il encore.
Durant les monologues de Blaise, Draco hochait toujours secrètement la tête, se posant lui-même des questions rhétoriques ridicules :
Pourquoi jouent-ils dans la même équipe de Quidditch, pourquoi vivent-ils dans la même tour, pourquoi mangent-ils à la même table ? Pourquoi sont-ils dans le même camp ?
– Calme-toi, répéta Mimi... Dis-moi ce qui ne va pas... Je peux t'aider...
Draco s'accrocha à la voix du fantôme comme un alpiniste à un point d'ancrage. Sa respiration se stabilisa peu à peu. Contrairement à la majorité des habitants du château, la présence de Mimi Geignarde l'apaisait.
Mimi lui rappelait des moments heureux de sa vie : son premier rendez-vous avec Potter à Pré-au-Lard, quand ils avaient découvert que les noms des fantômes apparaissaient en gris sur la Carte du Maraudeur, mais aussi leur bain dans la Salle de Bain des Préfets en quatrième année.
Des moments de sa vie où Draco avait de l'espoir. Où tout était facile.
Puis Draco voulut encore rire d'un rire sinistre, car ce n'était pas vrai, tout n'était pas simple à cette époque-là. Certes, le Seigneur des Ténèbres n'était pas encore revenu d'entre les morts, mais Draco n'était pas non plus heureux et insouciant comme un bébé licorne émergeant du vagin de sa mère.
Au moment du bain avec l'Œuf d'Or, il commençait à sortir avec Théo, ce qui impliquait un paquet de doutes et de scrupules. Quant à sa relation avec Potter, elle était tout aussi malsaine qu'aujourd'hui.
Potter et lui, c'était toujours la même histoire, en fait. Depuis la troisième année, ils tournaient en rond. Ils luttaient contre leur attirance, ils cédaient à leur attirance, ils vivaient quelques instants sympas, puis ils se faisaient du mal, ils se disputaient, ils se rejetaient, ils se promettaient que ça n'arriverait plus jamais. Quelques mois après, ça recommençait.
Ils revivaient la même histoire passionnée depuis des années, une histoire intense mais brève. Ce n'était plus viable, cela ne menait à rien ! Ils grandissaient, ils mûrissaient, mais leur relation, elle, n'évoluait pas.
Potter était son refuge. Potter était aussi son tombeau (1).
Est-ce que l'un d'eux saurait un jour dire « stop » ? Ou continueraient-ils à danser la même danse à trente, quarante, soixante-dix ans, mariés chacun de leur côté mais se retrouvant en secret pour batifoler comme des gamins de treize ans ?
Peut-être. Sûrement.
Ça ne s'arrêtera que lorsque l'un de nous deux mourra, songea lugubrement Draco. On n'aura pas à attendre longtemps, alors. On va bientôt crever. Dès que l'année scolaire sera terminée, le Seigneur des Ténèbres me tuera. Plus que quelques semaines...
– Personne ne peut m'aider, bafouilla Draco, le corps agité de soubresauts. Je n'y arrive pas... C'est impossible... Ça ne marchera pas...
Merlin, il était pathétique.
Contrairement à Théo et Pansy, qui avaient des projets après Poudlard – ils voulaient monter un magazine queer safe et inclusif –, Draco n'avait pas de rêve auquel s'agripper.
Sa raison de vivre ? Sa famille et Harry Potter.
Draco ne croyait pas en un monde meilleur. Il ne vivait pas pour le façonner. Minable petit Veracrasse qu'il était, il vivait pour continuer à passer du temps avec les personnes qu'il aimait. Il tenait à la vie, car il tenait à Potter.
Cette obsession était d'autant plus pitoyable qu'elle n'était pas réciproque. Même dans ses moments les plus sombres, Draco restait réaliste. Il savait que Potter ne se battait pas pour la même raison que lui. En effet, Potter était né pour affronter les Ténèbres et pour sauver le monde.
C'était le hasard qui les avait liés en première année, rien de plus. Sans l'Incident dans la Forêt Interdite, Potter ne se serait jamais intéressé à Draco. Qui sait, ils seraient peut-être restés rivaux jusqu'à la fin de leur scolarité...
Draco renifla et s'essuya le nez sur sa manche, étonné de constater que son corps puisse encore secréter des fluides. Il se sentait vide et creux, comme un fantôme. Pas étonnant que Mimi se soit prise d'affection pour lui. Si seulement il pouvait s'enfermer dans sa maudite Armoire et disparaître...
– Si je n'y parviens pas bientôt... Il a dit qu'il me tuerait... continua-t-il d'une voix lasse, soudain fatigué d'entendre ses propres lamentations.
Sa crise de panique était passée et il pouvait de nouveau respirer normalement. Il essuya ses dernières larmes sur sa manche et jeta un coup d'œil à son reflet. C'est à ce moment-là qu'il vit Potter.
S'il n'avait pas été aussi fatigué, il aurait crié d'effroi.
Depuis quand est-ce que Potter était là ? Non, plus important, pourquoi était-il là ? Potter l'avait-il encore traqué sur sa Carte magique, essayant de savoir ce que Draco fabriquait dans la Salle sur Demande ?
– Tu cherches ta rouquine ? cracha le Serpentard, en se retournant. Désolé, mais ce n'est que moi.
Potter sortit sa baguette et se mit en position de défense. Draco chercha à dégainer la sienne puis il s'aperçut avec surprise que c'était déjà chose faite.
– Ginny n'est p–
– Et moi, je ne suis pas aveugle, Potter. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il se passe quelque chose entre vous.
– Je ne ferai pas ça, sauf si tu me donnais une bonne raison de le faire, Malfoy.
– Qu'est-ce que ça veut dire ? grogna Draco entre ses dents. Tu attends ma permission ? Surprise, Potter, mais on n'est pas mariés ! Fais comme–
– Tu es jaloux, dit doucement Potter, en baissant sa baguette. Jaloux et fatigué.
– Quand j'aurai besoin d'un Psymage, je te ferai signe, ricana Draco. Maintenant, dégage.
Pourquoi était-il cruel ? Ah oui, parce que Potter avait raison. C'était vrai, il était jaloux et fatigué.
Évidemment, Potter feignit de n'avoir rien entendu. Il rangea sa baguette dans sa poche et fit précautionneusement un pas en avant. Draco recula. Son bassin se cogna contre le lavabo.
– Pourquoi tu pleurais ? demanda Potter, d'une voix qu'il devait espérer rassurante mais qui sonnait fausse, voire condescendante.
– Ça ne te regarde pas, rétorqua Draco en se courbant en avant, à la manière d'un animal qui se recroqueville avant de bondir. N'approche pas !
Encore une fois, Potter ne fit pas attention à ses ordres. Il tendit les bras, la tête penchée sur le côté, invitant Draco à se blottir contre son torse. Son regard était soucieux et compatissant, sa baguette rangée dans sa poche et ses bras grand ouverts. Il avait confiance en Draco. Ou bien se mentait-il à lui-même ? Niait-il le fait que Draco était un Mangemort ? Faisait-il comme s'il n'y avait pas de Marque des Ténèbres entre eux ?
Pourquoi aurait-il envie de serrer Draco dans les bras, sinon ?
Malgré tout, Draco faillit se laisser tenter... puis il croisa une nouvelle fois le regard de Potter et il comprit que le Gryffondor avait pitié de lui. Et Théo lui avait appris qu'on ne pouvait pas avoir pitié d'une personne qu'on aime.
– Quoi ? Tu t'imagines peut-être que je vais te faire un câlin, Potter ? On n'est pas amis, lança Draco, en serrant si fort sa baguette dans son poing que ses jointures en devinrent blanches. On s'appelle toujours par nos noms de famille, par Salazar !
– Pas amis ? Merde, Malfoy ! Draco ! I peine deux semaines, on se racontait nos vieux souvenirs, on parlait des photos que j'avais prises–
– Des vieux souvenirs, comme tu dis, Potter, rit Draco de toutes ses dents. Des putains de vieux souvenirs de troisième année ! Des souvenirs à la con, fantasmés, et qu'on peut compter sur les doigts de la main d'un Elfe de Maison !
Il n'avait pas besoin de voir son reflet pour savoir qu'il avait l'air dément.
– N'insulte pas la semaine qu'on a passée–
– Oh, cette fameuse semaine, soupira faussement Draco, en portant une main à son cœur. Était-elle si merveilleuse que tu sembles le croire ? Pour quelle raison tu t'es pointé le premier jour, déjà ? Ah oui, parce que McGonagall t'avait confisqué ton balai de course. Tu avais besoin de réconfort. Et comment est-ce que tu t'es barré, le dernier jour ? Ah oui, sous ta Cape d'Invisibilité de merde, sans rien dire, parce que tu ne voulais pas assumer. Tu sais quoi, Potter ? En un an et demi, j'ai passé plus de temps avec Théo qu'en quatre ans avec toi. Tu ne te rends pas compte qu'il y a un problème ?
Potter déglutit et ressortit sa baguette.
Tant mieux, se réjouit Draco.
Potter n'avait aucune raison de le sous-estimer. Draco n'était pas un petit être fragile. Il n'était pas une victime.
– Draco, on se crée tout le temps des souvenirs ensemble. Et tu ne peux pas comparer ce qu'il y a entre nous avec ta relation avec Nott.
– Et pourquoi donc ?
– Parce que Nott et toi, vous sortiez ensemble ! Alors que nous deux–
– Il n'y a pas de nous deux, Potter.
– Tu es ridicule et toujours aussi grandiloquent, grimaça le Gryffondor. Je disais donc, nous deux, ce qu'il y a entre nous, c'est la prophétie des centaures. C'EST LE LIEN !
– Mais ta cicatrice te rend fou, ma parole ! hoqueta Draco, ahuri. La seule prophétie qui te concerne, c'est celle avec le Seigneur des Ténèbres ! Tu sais comment sont les centaures, ils vivent sur la lune ! Il n'y a pas de prophétie entre nous, seulement du hasard.
– Alors pourquoi est-ce que tu as fait de bons choix, après l'Incident dans la Forêt ? Pourquoi tu n'as pas insulté Buck en troisième année, pourquoi tu n'as pas rejoint la Brigade d'Ombrage l'année dernière ? S'il n'y avait pas eu le Lien...
– Tu appelles ça de bons choix ? Ce sont des non-actions, Potter. Ne pas provoquer un hippogriffe et ne pas m'allier à un groupuscule stupide, ça aurait une influence sur la guerre ? Sérieusement, Potter, tu es tellement obsédé par l'idée qu'il y a un Destin avec un grand D, que tu ramènes tout à l'Incident. Mais peut-être est-ce parce que tu ne me l'as toujours pas pardonné, hein ? Comme tu m'as dit devant la Cabane Hurlante ?
– Quoi ? bredouilla Potter, déconcerté.
– Tu ne te rappelles pas ? Tu m'as accusé de t'avoir fait boire le sang de la licorne contre ton gré. Tu m'as reproché de t'avoir sauvé la vie. Tu as insinué que c'était de ma faute si tu avais une vie de merde !
– Je...
Potter semblait perdu. Puis un éclair de compréhension passa dans ses yeux et sa bouche s'entrouvrit.
– C'est toi qui ne m'as jamais pardonné pour notre dispute ce jour-là, Malfoy. Tu m'en veux toujours d'avoir dit ça, alors que ça s'est passé il y a des années. J'étais jeune et paumé et–
– Ça, ça n'a pas changé, ricana Draco.
– Arrête ! Pourquoi est-ce que tu cherches toujours à m'enfoncer, Malfoy ?
– Tu veux que je t'explique ? Et bien c'est simple. Depuis que tu es entré dans ma vie, tu es un putain de problème. Maintenant que j'y pense, j'aurais dû te laisser crever dans la Forêt. Si tu n'avais pas été attaqué par cette créature encapuchonnée–
– Quirrell, souffla Potter.
– On s'en fout, Quirrell, un hibou géant, le monstre du Lock Ness, peu importe. Le fait est que si tu n'avais pas été attaqué cette nuit-là, je n'aurais pas eu à me souiller les mains. Je serais resté pur ! Toi, Saint Potter, évidemment que tu es resté pur, tu n'as pas eu à toucher le cadavre d'une licorne, tu n'as pas enfoncé tes doigts dans son cou pour lui voler son sang... Tu as simplement attendu que quelqu'un fasse le sale boulot pour toi...
– En fait, si je comprends bien, Malfoy, tu regrettes de m'avoir sauvé la vie, c'est ça ?
– Exactement, articula Draco, soulagé que Potter ait enfin saisi l'idée.
– Tu mens. Ce n'est pas possible. Je sais que je suis important pour toi–
Potter devait se taire. S'il continuait à parler, Draco céderait, Draco se jetterait dans ses bras, et tout recommencerait, et Draco n'arriverait pas à se concentrer sur sa mission, et ils allaient tous les deux mourir.
– Silencio ! cria Draco.
Son sortilège manqua Potter de quelques centimètres, fracassant la lampe accroché au mur, tout près de lui. Potter se jeta sur le côté, lança un sortilège informulé, sa baguette brandie, mais Draco bloqua le maléfice et leva la main pour en envoyer un nouveau...
– Non ! Non ! Arrêtez ! s'écria Mimi Geignarde, l'écho de sa voix résonnant avec force sur le carrelage. Arrêtez ! ARRÊTEZ !
Draco fit explosa la corbeille à papier derrière Potter. Le Gryffondor contra avec un bloque-jambes qui ricocha sur le mur, derrière l'oreille de Malfoy, et fit voler en éclats le réservoir de la chasse d'eau, juste au-dessous de Mimi Geignarde. L'eau déferla de tous côtés, inondant le carrelage.
Potter glissa et perdit l'équilibre. Draco, sans vraiment y penser, s'exclama :
– Endolo–
– SECTUMSEMPRA ! hurla Potter à terre, en agitant frénétiquement sa baguette.
C'était comme si une épée invisible tailladait Draco. Hébété, le blond vit du sang, beaucoup de sang, tellement de sang, jaillir de son visage et de sa poitrine. Il vacilla et s'effondra sur le sol recouvert d'eau, dans un grand bruit d'éclaboussure, sa baguette tombant de sa main inerte.
– Non, s'étrangla Potter.
Draco l'entendit se précipiter vers lui, mais il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas ouvrir les yeux. Ses mains crispées sur sa poitrine ensanglantée, il se sentait partir.
Potter m'a enfin tué, songea-t-il et, malgré la douleur, il était étrangement heureux.
xXxxXxxXx
Salle Commune de Gryffondor
– Je ne te ferai pas le coup du je-te-l'avais-bien-dit, déclara Hermione une heure plus tard, enfoncée dans un canapé de la Salle Commune.
– Laisse tomber, Hermione, lança Ron, en tapotant l'épaule de Harry. Hey, ça va aller, vieux.
Même s'il n'avait jamais eu autant envie de se noyer dans ses larmes, Harry se força à relever les commissures de ses lèvres dans un faible sourire.
Il venait d'expliquer à Ron, Hermione et Ginny ce qui s'était passé avec Malfoy un peu plus tôt, bien que ce ne fût pas vraiment nécessaire. En effet, la nouvelle n'avait pas tardé à circuler. Mimi s'était chargée de faire la tournée des toilettes du château pour raconter l'histoire. Pansy Parkinson, elle, s'était dépêchée de répandre les pires horreurs sur Harry.
De son côté, Snape avait informé les autres professeurs, ce qui signifiait que Harry avait passé un très mauvais quart d'heure en compagnie de McGonagall. Cette dernière avait notamment affirmé qu'il pouvait s'estimer heureux de ne pas avoir été renvoyé et qu'elle approuvait sans réserve la décision de Snape de lui infliger une retenue tous les samedis jusqu'à la fin du trimestre.
– Je t'avais prévenu qu'il y avait quelque chose de louche chez ce Prince, insista Hermione. J'avais raison, non ?
– Non, je ne crois pas, répliqua Harry.
Ce n'était pas la faute du Prince... C'était sa faute à lui. Comment avait-il pu lancer à Malfoy un sortilège inconnu, destiné aux ennemis ? Pourquoi n'avait-il pas réussi à choisir les bons mots ? Pourquoi n'avait-il tout simplement pas laissé Draco tranquille ?
Une retenue par semaine, ce n'était pas suffisant. Harry aurait accepté avec joie d'être puni jusqu'au dernier jour de sa vie.
– Harry, comment peux-tu encore défendre ce livre alors que le maléfice...
– Tu vas cesser de me harceler avec ce bouquin ? Le Prince a seulement copié la formule, il n'a jamais conseillé de l'utiliser !
– Je n'y crois pas, reprit Hermione. En réalité, tu justifies...
– Je ne justifie pas ce que j'ai fait ! protesta Harry et, soudain, il sentit les larmes lui monter au yeux.
Malfoy lui avait sauvé la vie alors qu'ils n'avaient que onze ans et, lui, Harry, avait failli le tuer. Si Snape n'était pas arrivé à temps...
L'air réprobateur de Hermione se transforma immédiatement en sourire compatissant. Elle et Ron se rapprochèrent de Harry pour le prendre dans leurs bras, dans un câlin à trois qui n'eut pas d'autre effet que de renforcer son sentiment de culpabilité.
Harry nota que Ginny était restée assise dans son fauteuil, l'air désemparé. Elle ne semblait pas comprendre sa détresse.
– Est-ce que je devrais lui rendre visite à l'Infirmerie ? demanda Harry, entre deux reniflements. Est-ce que Malfoy...
– Malfoy a essayé de te jeter un Sortilège Impardonnable, intervint Ginny, les sourcils froncés. Tu t'es défendu.
– Ça n'aurait pas abouti... Pour jeter un Impardonnable, il faut le vouloir, rétorqua Harry, en essuyant ses larmes sur l'épaule de Hermione.
– Tu penses que Malfoy ne voulait pas vraiment lancer Endoloris ? demanda Ron.
– Je ne le pense pas, je le sais. Ce que je voudrais vraiment savoir, c'est si j'ai le droit de lui rendre visite...
– Oh, Harry... Il est normal que tu t'en veuilles et que tu t'inquiètes pour lui, dit Hermione. C'est une réaction très saine. En fait, je trouve que McGonagall a raison, tu as eu de la chance de ne pas avoir été renvoyé.
Ron lui lança un regard furibond par dessus l'épaule de Harry et la sorcière continua précipitamment :
– Mais tu n'es pas obligé de lui rendre visite. Tu pourrais lui envoyer une carte–
– J'imagine bien le truc, ricana Ron. « Salut, Malfoy ! J'espère que tu te rétablies comme tu le veux. Allez, un petit effort et remets-toi vite sur patte. Au passage, déso pas déso pour les cicatrices. C'est plutôt sexy, si tu veux mon avis. Ton meilleur ennemi, Harry Potter ».
Hermione battit des paupières, hésitant entre rire et grimace, mais Harry fut pris d'un fou rire incontrôlable.
– Hermione, pas besoin de faire semblant d'être effarouchée, dit Ron, en s'écartant un peu de Harry, qui riait en se tenant le ventre. Tout le monde sait que tu trouves Malfoy mignon depuis la troisième année.
– Là n'est pas la question !
– Tu ne vas quand même pas me dire que les cicatrices ne sont pas sexy ? Que notre Harry n'est pas sexy ?
– Ron ! dit Hermione d'un ton sec, mais ses lèvres se retroussèrent légèrement, trahissant son amusement.
– Alors, qu'est-ce qui te pose problème dans ma carte de vœux ? Oh, tu trouves peut-être que le « Salut » n'est pas assez formel ?
Harry redoubla de rire. Quand il se calma enfin, il remarqua que Ginny était partie.
Ron, Hermione et lui passèrent le reste de la soirée à se raconter des blagues de très mauvais goût et des histoires qui font peur, en évitant scrupuleusement d'évoquer l'accident avec Malfoy.
Tout était si simple avec eux... Bien que ce soit un événement improbable qui les avait unis – un Troll dans les toilettes un soir de Halloween – et qu'ils se soient parfois disputés violemment, leur amitié n'avait jamais été remise en question.
Avec Malfoy, tout était compliqué. Malfoy n'était jamais acquis. Malfoy était la constante la plus inconstante de la vie de Harry.
xXxxXxxXx
7 mai 1997 – Infirmerie
Draco entendit la porte de l'Infirmerie s'ouvrir. Il garda les yeux fixés sur le plafond. Il avait passé la soirée de la veille et une bonne partie de la nuit à attendre la visite de Potter, scrutant parfois la porte pendant de longues heures, mais le Gryffondor n'était jamais venu.
Il ne sert plus à rien d'espérer, songea-t-il dramatiquement.
– Comment va notre Apollon des temps modernes ? dit la voix narquoise de Théo.
Et voilà, ce n'était pas Potter qui lui rendait visite, mais Théo, son ex-petit ami.
– Apollon, tu parles, râla Draco en levant les yeux au ciel, tandis que Théo s'asseyait au bord de son lit.
– Est-ce que Madame Pomfresh t'a dit...
– Toujours pas.
Théo soupira. Malgré l'essence de Dictame généreusement appliquée sur ses plaies, l'infirmière ignorait si Draco allait garder des cicatrices. A chaque fois qu'elle changeait ses bandages, elle faisait une petite grimace désapprobatrice, comme si c'était de la faute de Draco que les marques du Sectumsempra étaient toujours aussi rouges.
– Sincèrement, ça ne m'embête pas tant que ça, marmonna Draco.
– Vraiment ? Tu risques de garder des cicatrices sur le visage, répondit Théo, en fronçant les sourcils. Sur le torse, à la rigueur–
– Je te dis que ça va, Théo.
Théo hocha la tête, avant de demander, sur le ton de la conversation :
– Est-ce que tu as des nouvelles de Potter ?
– Pardon ? dit Draco, d'une voix étonnamment maîtrisée pour quelqu'un dont la bouche était soudain devenue plus sèche que le désert.
Potter ? Pourquoi diable Théo parlait-il de Potter ?
– Potter. Harry Potter, explicita l'autre Serpentard, en lui tendant un verre d'eau. Celui à qui tu dois ton séjour à l'Infirmerie.
– Pourquoi est-ce que j'aurais des nouvelles de lui ? demanda Draco, d'un ton détaché. Je sais juste que Severus lui a collé des retenues jusqu'à la fin de l'année. Si tu veux mon avis, il méritait bien plus que ça.
Il but une gorgée d'eau, puis le verre entier. Sa gorge demeura aussi aride que le Sahara.
Théo se mit à tapoter sa cuisse du bout de ses doigts, dans un tic familier. Draco faillit lui proposer une cigarette, puis il se rappela que Théo avait arrêté de fumer.
Depuis la quatrième année, Théo n'avait jamais eu peur de changer, de grandir.
Draco était-il le seul à s'accrocher à son passé – les cigarettes, les Weird Sisters, Harry Potter ?
– En feignant l'ignorance, tu m'insultes, répondit finalement Théo. Les autres n'ont peut-être pas compris ce qu'il se passait entre Potter et toi, quoique Pansy ait des doutes, mais moi, je t'observe depuis longtemps. Je me rappelle que tu correspondais par P.d.C avec quelqu'un en troisième année. Et je sais avec qui tu as dansé au Bal de Noël l'année suivante. Et même quand on était ensemble–
– Je n'ai pas adressé la parole une seule fois à Potter de toute l'année dernière ! se défendit Draco.
– Exactement, rétorqua Théo, en continuant à tapoter sa jambe. Vous ne vous regardiez jamais yeux dans les yeux, vous faisiez des détours afin de ne pas vous croiser... Ignorer aussi consciencieusement quelqu'un, ce n'est pas de l'indifférence, c'est un effort permanent.
– Pourquoi me reparler de tout ça ? Tu as rompu avec moi, Théo. Tu m'as lâché parce que je n'empruntais pas un chemin qui te plaisait. Ce sont tes mots, pas les miens.
– C'est vrai. Il n'empêche que je m'inquiète pour toi. Ta relation avec Potter n'a pas l'air saine... Ça fait des années qu'il y a cette tension entre vous mais aucun de vous deux n'ose la faire éclater. Comme vous avez peur de vous faire confiance, vous ne communiquez pas. Vous vous maintenez l'un et l'autre dans l'ombre et, par conséquent, vous stagnez. Les sentiments ne suffisent pas. Une relation se bâtit à deux ou bien elle s'effondre sur elle-même, et elle vous écrase au passage.
– Qu'est-ce que tu en sais, tu nous espionnais ? gronda Draco, en tentant de se redresser.
La peau meurtrie de son torse protesta et il dut se rallonger avec un soupir frustré.
– Je devine seulement.
– Alors garde tes conjectures pour toi, je t'en saurai gré.
– Tu remarqueras que je ne t'ai jamais parlé de Potter jusqu'à aujourd'hui.
– Parce que ça ne te concerne pas.
– Non, Draco, contra Théo, parce que Potter ne te mettait pas en danger. Aujourd'hui, c'est différent. Il a utilisé de la Magie Noire contre toi. Tu aurais pu mourir.
– Nous sommes dans deux camps opposés. J'ai essayé de lui jeter un Impardonnable, raisonna Draco.
– Et tu lui cherches des excuses.
– On s'en fout, en fait, trancha Draco d'un ton sec. A quoi bon parler dans le vent ? Je vais crever, Potter va crever, tu vas crever, le Seigneur des Ténèbres va gagner et...
Théo lui lança un regard blasé, comme si Draco était un adolescent gothique qui parlait continuellement de la mort. Le blond s'arrêta net. Il comprit soudain pourquoi les jumeaux Weasley avaient décidé de monter un magasin de Farces et Attrapes. En temps de guerre, se changer les idées ne faisait pas de mal.
En tout cas, Draco s'était suffisamment apitoyé sur son propre sort pour la semaine.
– J'espère que les autres ont érigé une statue à ma gloire dans la Salle Commune, acheva-t-il en levant le nez, dans une parodie de lui-même. Si vous n'avez pas eu le temps d'installer une plaque, je suggère quelque chose comme : « Draco Malfoy, le martyre aux mille cicatrices ».
Théo renifla, entre dédain et amusement, mais il cessa de tapoter sa cuisse.
xXxxXxxXx
30 juin 1997 – Tour d'Astronomie
Contre toutes attentes, Draco réussit finalement à réparer l'Armoire à Disparaître et, trois semaines après le Sectumsempra, il fit entrer des Mangemorts dans l'école.
Il fut cependant incapable de tuer Albus Dumbledore.
Severus Snape lança le Sortilège de Mort à sa place, puis il emporta Draco dans sa fuite. Les deux sorciers dévalèrent les escaliers et déboulèrent dans le Parc à toutes vitesses, comme s'ils avaient le diable à leurs trousses.
– Courez, Draco ! hurla Snape en lâchant le bras du garçon pour se retourner et affronter un ennemi.
Draco crut entendre la voix de Potter, mais il continua sa course, trop terrifié pour s'arrêter ou faire volte-face. Quand il passa les grilles du château, il s'autorisa enfin à regarder derrière lui.
Dans la nuit étoilée, il n'eut aucun mal à discerner la silhouette imposante de Poudlard, avec ses tours aux toits pointus,ses murailles dentelées et ses fenêtres illuminées. C'était entre les murs de ce château que Draco avait vécu certains des plus beaux moments de sa vie...
Mais Albus Dumbledore, le Directeur de l'école et le chef de l'Ordre du Phénix, était mort.
Sans jamais quitter la forteresse des yeux, Draco tourna sur lui-même et transplana.
A Suivre...
Prochain chapitre en ligne le 27 septembre : Harry et Draco sont séparés par la guerre mais plus in love que jamais
Merci d'être là ! :D
