Bonjour à tous !
Voici le cinquième (et dernier) hors-série d'Aimerons-nous toujours le bleu ?
J'espère qu'il vous plaira. Il est fort en émotions - Demandez à Mrs Brunette, si vous ne me croyez pas ! Elle a versé des larmes et le corrigeant et en le relisant. (Je ne suis pas désolée ^^)
Ce hors-série a été éprouvant un peu à écrire. J'ai dû m'arrêter quelques fois parce que je pleurais x) (Ouais, je suis une auteure sensible)
Breeeef, j'espère qu'il vous plaîra et que l'histoire vous plaît en général.
N'hésitez pas à laisser une review,
Bisous,
Jess-Lili
À peine arrivée à trente-deux semaines, Fleur avait donné naissance à un tout petit garçon d'un peu plus d'un kilo et demi. Sans un bruit, il était arrivé par un froid soir de février. Plusieurs heures de poussés douloureuses, qui avait finalement abouties à une césarienne d'urgence et à peine quelques cris de l'enfant. Aussitôt arrivé, aussitôt parti : l'équipe médicale s'était empressée de le prendre et de l'amener à la pouponnière.
À cet instant, alors qu'il aurait dû rester près de la Française, pour lui insuffler du courage, le père de famille était sorti. Il n'avait pas supporté la vue de sa femme affaiblie. Quand elle s'était réveillée, la jeune Française avait crié, elle avait hurlé, elle s'était insurgée contre ce qu'elle croyait être une injustice. Pourquoi ne pouvait-elle pas tenir ce petit être dans ses bras ? Il avait besoin d'elle. Il avait besoin d'entendre une voix familière. On ne pouvait pas lui interdire de voir et de tenir contre son sein l'enfant qu'elle avait porté que trop peu de temps. On ne pouvait pas lui interdire de le nourrir, de le cajoler, de l'aimer.
À bout de force, elle s'était tue. La voix enrouée et brisée à force de crier, elle avait simplement murmuré le prénom de son mari. Ce dernier était rentré dans la chambre. Il l'avait regardé en souriant doucement. Comment pouvait-il sourire dans un moment pareil, elle n'en avait aucune idée. Cependant, il souriait. Il lui avait assuré que Louis était entre bonnes mains, que tous les trois allaient entrer bientôt à la maison. Il s'était approché d'elle et l'avait prise dans ses bras en murmurant que tout irait bien. Sa force tranquille était presque venue à bout de la colère et de l'impuissance de la jeune femme.
William avait eu le temps de réfléchir. S'il montrait sa détresse, cela ne servirait à rien à Fleur. Elle avait besoin de son soutien. Elle entendait les bébés pleurer dans les chambres des nouvelles mamans qui l'entouraient. Elle voyait les visiteurs arriver avec ballons et fleurs, et elle n'avait rien à fêter. Son bébé, même s'il était né sur papier, n'était pas prêt pour ses bras, ses baisers et ses caresses. C'était le début de leur premier défi : son cœur de mère se serrait à l'idée de l'imaginer si petit, sûrement entouré de sortilèges pour l'aider à respirer, à se garder au chaud. La nouvelle mère ne pouvait que sentir son cœur se fendre à l'imaginer en train de se battre pour croître.
Elle ne pouvait empêcher la culpabilité de lui ronger le cœur. Elle avait été imprudente, elle avait ignoré cette grossesse jusqu'à un certain point et le petit garçon qu'elle venait de mettre au monde l'avait ressenti. Le médicomage Kylian était venu la voir quelques fois depuis qu'elle avait accouché, mais elle refusait de sortir de son mutisme. Tout près d'elle, son mari lui avait murmuré à l'oreille que Louis Alastor Weasley avait les yeux bleus. Une nouvelle nuance de bleu venait de rejoindre la famille et Fleur avait senti des larmes couler sur ses joues.
L'infirmière qui avait assisté le gynécomage entra dans la chambre. Fleur lui accorda à peine un morne regard.
- Les soixante-douze prochaines heures seront décisives. Malgré quelques légères complications, Louis semble tenir bon. Le Docteur Kylian croit pouvoir vous donner votre congé d'ici quelques jours. Nous devons encore nous assurer que vous ne courrez aucun danger post accouchement.
Fleur tournait résolument le dos à son interlocutrice. Les lèvres pincées, elle retenait les nouvelles larmes qui menaçaient de couler. Le cri de colère qu'elle eut envie de pousser se transforma en faible gémissement. Comment cette personne osait-elle lui parler de retour à la maison ? C'était impossible ! Elle resterait ici jour et nuit sur une chaise inconfortable s'il le fallait, mais elle n'allait en aucun cas abandonner son bébé à nouveau. Il avait besoin de sa mère ! Il devait la sentir. Que faisait ces médicomages du premier contact peau à peau entre le nouveau-né et la mère ? Le premier allaitement, le premier léger baiser posé sur le crâne du poupon ? Ils ne pouvaient lui refuser ! C'était primordial. Résolue, la semi-Vélane vint pour se lever, mais son mari l'en empêcha. Le regard noir qu'elle lui offrit, ne le fit pas bouger.
- Fleur, tu dois rester alitée. Tu dois reprendre des forces. Pour l'instant, il ne sert à rien de monter sur tes grands hippogriffes. Notre fils est entre de bonnes mains.
- Vous ne serez d'aucune utilité dans votre état d'agitation actuel. Votre enfant a besoin de calme pour reprendre des forces. Il restera au service de néonatalogie pendant huit semaines, peut-être plus, peut-être moins. Tout dépendra de sa force. Après les trois prochains jours, vous pourrez sûrement aller le voir. Si vous êtes plus calme.
Pour qui se prenait cette femme ? On ne pouvait lui interdire de voir l'enfant qu'elle venait de mettre au monde ! La nouvelle mère avait l'impression de vivre un autre cuisant échec. Après deux accouchements par voie naturelle, elle n'avait pu mener à bien et à terme cette grossesse. Elle ne pouvait même pas voir l'enfant qu'elle avait porté dans son ventre pendant trente-deux semaines. Peu lui importait son état de faiblesse, son état de fatigue. Elle voulait le voir !
Fleur tremblait dans les bras de son époux, qui tentait de la rassurer comme il le pouvait. Quand elle commença à se débattre dans les bras de son époux, William la laissa lui frapper le torse. Cependant, il lui prit rapidement les poignets dans ses mains. Son agitation fit grimacer la jeune femme. La douleur à son ventre se rappela à elle. Son cœur s'emballait. La médicomage se tenait prête à lui donner un calmant. Le jeune homme chuchota doucement, pour ne pas la brusquer.
- Fleur, regarde-moi. Regarde-moi, chérie.
Après plusieurs minutes de panique, où la jeune femme hurla à son mari que tout était de faute, elle s'arrêta, épuisée. William avait refusé l'aide proposée par l'infirmière. Il lui avait jeté un regard sombre, lorsqu'elle était restée sur le pas de la pièce, prête à intervenir. Quand la nouvelle mère braqua son regard dans le sien, le rouquin eut de la difficulté à retenir ses larmes. Son épouse avait l'air complètement démunie, épuisée, perdue. Ses yeux bleus étaient brillants de larmes contenues.
- Ma Fleur, je sais que ce n'est pas facile, de garder son calme, mais tu dois essayer. Pour Louis. Concentre-toi sur mes yeux, chérie. T'énerver ne servira à rien. Absolument à rien.
Fleur le fixa dans les yeux. Peu à peu, elle sembla s'apaiser. William lâcha ses poignets et la serra contre lui. Il posa un baiser sur son front, avant de se tourner vers la Médicomage, qui n'avait toujours pas quitté la chambre. Il poussa un soupir.
- Monsieur Weasley, le Docteur Kylian aimerait vous dire deux mots seul à seul.
William regarda son épouse dans les yeux un long moment, avant de suivre la médicomage jusqu'au bureau de gynécomage. Une fois devant ce dernier, la femme partit. Le nouveau père frappa quelques coups à la porte avant d'entrer.
- William, félicitations. Dans l'agitation suivant l'accouchement, je n'ai pas eu l'opportunité de vous le dire. Comme Mademoiselle Calgary a dû vous en informer, votre fils devra rester ici pour une durée d'environ huit semaines. Votre femme pourra retourner à votre domicile d'ici deux ou trois jours. Passé le stade des premières soixante-douze premières heures, il vous sera possible de le voir autrement qu'à travers la fenêtre de la pouponnière. Cependant, il vous sera impossible de le tenir. Je sais que Fleur trouve la situation injuste, mais c'est une question de précaution. Si vous le souhaitez, je peux vous montrer où il se trouve. Je dois vous avertir, William, les premières fois causent un choc aux parents. Votre fils est entouré de sortilèges pour l'aider, mais il est aussi intubé. C'est-à-dire que des tubes l'aident à respirer, à être nourri… Les bruits peuvent paraître assourdissants, mais il s'agit simplement d'un moniteur pour permettre d'examiner ses signes vitaux. Il se peut que dans les prochaines heures, sa peau ait une pigmentation jaunâtre. Il s'agit de la jaunisse du nourrisson. Rien de bien grave. C'est très fréquent, surtout chez les bébés nés prématurément. Cette couleur peut perdurer jusqu'à deux mois dans certains cas. Cependant, ce n'est ni contagieux ni dangereux. Il est entre bonnes mains, William.
Le nouveau père regarda le Docteur en secouant légèrement la tête. C'était trop d'informations d'un coup. Tout ce qu'il retenait, c'est que son fils était vivant et en sécurité. D'un hochement de tête, il suivit le médicomage qui avait suivi sa femme pendant sa grossesse. William se rappelait brièvement qu'il avait parlé d'une possibilité de prématurité, mais rien de si… grave. Tout comme sa femme, il ressentait un profond sentiment de culpabilité face à la situation. S'il n'était pas parti ? Si tout cela n'était pas arrivé ? Fleur aurait-elle pu mener cette grossesse à terme ? Mike Kylian se leva et fit signe au nouveau père de le suivre.
William suivait le médicomage en regardant autour de lui. La jalousie lui étreignait le cœur, lorsqu'il voyait des familles célébrer l'arrivée d'un nouveau poupon en l'ayant près d'elles. Il poussa un soupir. La nuit serait longue. Il souhaitait rester à Sainte-Mangouste. Quelques instants plus tard, lorsqu'ils arrivèrent devant la pièce où était le nouveau-né, le jeune homme s'arrêta devant la vitre. Des infirmières s'affairaient autour de son fils. La pièce ressemblait à une ruche remplie d'activité. Elles ne semblèrent pas s'arrêter. Replaçant un fil ici et là, s'assurant que le moniteur fonctionnait, que le prématuré respirait. À ce moment seulement, Bill pleura. Le nouveau père se laissa aller à sa peine.
- Louis Alastor Weasley…
Le moniteur cardiorespiratoire commença à émettre un bruit strident. Le Docteur Kylian obligea William à reculer et à partir, tandis que plusieurs membres médicaux entrèrent dans la pièce pour stabiliser l'enfant. Le jeune homme n'arrivait pas à détacher son regard de la scène. Quelques minutes passèrent avant que l'état du nouveau-né se stabilise. Pourtant, cela semblait durer des heures pour le nouveau père. Louis n'avait que quelques heures et pourtant, il devait déjà lutter pour sa survie.
- Monsieur Weasley, venez. William, vous ne pouvez rien faire. Pour l'instant, il s'agit du combat de Louis. À lui de décider s'il veut se battre ou pas.
.
.
Pendant ce temps, Apolline Delacour arriva en trombe dans la chambre de sa fille aînée. Il était près de minuit. L'insistance du hibou express venant de l'hôpital pour Sorciers avait eu raison de son sommeil. Lorsqu'elle arriva dans la chambre, Fleur fixait le mur en face d'elle. Silencieusement, des larmes coulaient sur ses joues tandis qu'elle caressait son ventre. Sa mère fronça légèrement les sourcils en la voyant faire. Elle s'adressa à elle en français, tâchant de donner une tonalité plus douce à sa voix.
- Fleur, comment vas-tu ?
Un silence suivit la question de la quinquagénaire. Sa fille semblait perdue dans sa fixation. Elle semblait épuisée et pourtant, elle avait les yeux grands ouverts. Ses lèvres bougeaient comme si elle parlait à quelqu'un. Apolline s'approcha de Fleur et s'assit sur le rebord du lit. Doucement, d'un geste étonnamment maternel, elle replaça une mèche des cheveux blonds de sa fille aînée. Cette dernière n'eut aucune réaction. La matriarche prit une profonde inspiration. Le moment n'était pas aux cris, même si c'était pour sortir la nouvelle mère de sa léthargie.
- Tu sais, ma fille, je peux comprendre ce que tu vis. Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il y avait neuf ans de différence entre Gabrielle et toi ? Peu après notre mariage, à ton père et moi, je suis tombée enceinte. La petite fille que je portais à ce moment-là n'a pas pris une seule respiration avant de mourir. Nous avons attendu un long moment avant de retenter l'expérience, malgré l'insistance de nos familles qui voulaient absolument que nous ayons des descendants. J'avais vingt-huit ans quand je suis réellement tombée enceinte, sans perdre l'enfant. Je t'ai tenue dans mes bras. Tu étais si petite. Tu me regardais de tes grands yeux bleus.
Apolline prit un instant avant de poursuivre. Fleur ne semblait n'avoir encore aucune réaction. Elle se contentait de fixer un point devant elle. Elle semblait tout ignorer. Pourtant, la quinquagénaire poursuivit.
- Quand tu avais cinq ans, lorsque ton père t'a demandé ce que tu voulais pour Noël, tu as répondu d'une voix autoritaire que tu voulais une petite sœur. Comme ça, tu allais pouvoir partager tes robes et tes jouets avec quelqu'un, si elle était gentille, bien sûr… Tu ne voulais pas que je porte un garçon. Tu souhaitais une fille. Tu posais ta petite tête blonde sur mon ventre et tu ordonnais au bébé d'être une fille, croyant que tu avais le contrôle sur cela. Quand elle est née, tu as tempêté parce que tu n'as pas pu nous voir, ta nouvelle sœur et moi. Tu voulais nous voir. Tu souhaitais la voir. Mais elle n'a survécu que quelques heures. Elle était petite, trop petite. J'étais convaincue que j'aurais pu éviter la situation. Alice était morte et j'étais convaincue que c'était à cause de moi. Pendant les semaines qui ont suivi sa perte, j'avais encore l'habitude de caresser mon ventre. J'espérais qu'elle soit encore là et que j'avais tout simplement fait un mauvais rêve.
Revenir sur ses souvenirs étaient particulièrement pénible pour Apolline Delacour. Malgré tout, elle continua en retenant ses larmes. Sa fille ne réagissait toujours pas. Elle ne savait pas ce qu'elle tenait de faire en lui parlant de son passé. Peut-être espérait-elle une réaction de la nouvelle mère ? Le masque de la quinquagénaire se fissurait sans personne pour le remarquer. C'était mieux ainsi. Un moment passager de faiblesse et après, le masque pour sauver les apparences.
- Quelques années plus tard, je suis tombée enceinte de Gabrielle. À neuf ans, tu ne voulais plus de sœur. Tu désirais plus que tout rester enfant unique. Quand je t'ai annoncé que j'attendais une fille, tu t'es enfuie de la maison après avoir tapé du pied. Pourtant, lorsque ta sœur est née, tu voulais empêcher quiconque de l'approcher. C'était ta petite sœur. Ta petite poupée. Le premier mot de Gabrielle a été ton prénom. Dès qu'elle a été en âge de marcher, elle te suivait partout. C'étaient tes bras qu'elle voulait, c'était toi qu'elle appelait après un cauchemar. Quand tu es entrée à Beauxbâtons, elle a voulu te suivre, du haut de ses deux ans. C'est seulement lorsque tu lui as parlé qu'elle a compris. Les années ont passé et votre lien ne s'est pas rompu. Elle était la seule que tu acceptais de voir quand tu n'allais pas bien, lorsque tu refusais toute aide, ignorant même ta détresse. Gabrielle ne comprenait pas, mais elle était là. Fleur, Gabrielle était ton trésor. Celle qui te permettait de vivre, je m'en rends compte maintenant. J'ai longuement réfléchi depuis les derniers mois. Des agissements de Maxence à ton égard me sont revenus en mémoire. Je ne sais pas tout et c'est peut-être mieux ainsi, mais je suis désolée, ma fille. Ton mari, malgré sa faute, impardonnable à mon avis, a su te rendre heureuse à sa façon. Maladroite peut-être, mais il t'aime. Je sais que tu l'aimes aussi. Je m'égare, pardon... Ton fils a besoin de toi, Fleur. Tu ne peux pas te laisser sombrer. Tu ne peux pas penser qu'il est encore dans ton ventre à grandir doucement. Tu te fais du mal. Louis est né. Tu ne peux rien changer à ce fait. Cependant, tu peux l'aider à aller mieux. Bientôt, tu pourras le prendre contre toi. Lui parler, le cajoler. Mais pour se faire, il doit être entre les mains des infirmières. Elles savent prendre soin de lui. Tu ne peux rien faire, Fleur. Tu dois laisser le contrôle au temps. Lui seul te dira si ton fils est assez fort pour survivre.
La seule preuve que sa fille l'entendait, c'étaient les larmes sur son pâle visage. Apolline prit la jeune femme dans ses bras et caressa doucement ses cheveux. Elle la trouvait si frêle dans ses bras. Sa grande fille… Les épreuves qu'elle avait traversées… Fleur posa sa tête sur le buste de sa mère. Elle ne savait quoi penser des confidences de sa mère. À ce moment-là, son cerveau semblait fonctionner au ralenti. L'accouchement, ses cris et son acharnement à vouloir sauver son fils l'avait exténuée. La douleur dans son ventre lui rappelait son impossibilité d'accoucher par voie naturelle, exacerbant son sentiment de culpabilité. Elle ne souhaitait pas dormir. Elle devait rester éveillée pour Louis. Cependant, son corps n'était pas de cet avis. Sa mère la força à ingurgiter la potion de sommeil sans rêve et l'antidouleur qu'on lui avait fourni.
Au même moment, Gabrielle apparut en courant dans le champ de vision de William. Elle atterrit dans les bras de son beau-frère. Ses traits étaient tirés, elle était décoiffée, elle semblait tout juste sortie du lit.
- Comment va-t-elle ? Comment va Louis ?
- Fleur est en état de choc. Louis est entre de bonnes mains. Pour l'instant, son état semble stable. Gaby, tu devrais le voir… Il est si petit… Les prochains jours seront fatidiques. Soit il survit, soit il… Soit…
William était incapable de terminer sa phrase. Il ne pouvait penser à cette éventualité. Il ne voulait pas y penser. Gabrielle sembla lire dans ses pensées, car elle posa une main sur son bras avant de parler.
- Tu sais, c'est un Delacour-Weasley, William. Bientôt, tu verras, vous allez tous être à ses pieds, charmés. Il est fort mon neveu.
Gabrielle entra dans la chambre où Fleur dormait, paisiblement grâce aux potions qu'elle avait prises. Apolline Delacour se tenait près du lit, le dos droit.
- Mère, comment allez-vous ?
- Parle moins fort, Gabrielle. Ta sœur dort. Je vais bien, merci. William, puis-je te parler un instant ?
Le susnommé hocha la tête et sortit de la pièce, suivit par sa belle-mère. Cette dernière le regardait, les lèvres légèrement pincées. Elle s'efforça alors de parler en anglais, au grand étonnement de son beau-fils.
- Mon mari et moi t'avons jugé. Nous t'avons haï de nous enlever notre fille alors qu'elle devenait à peine celle qu'elle avait toujours été. Tu es arrivé dans sa vie il y a huit ans et tu l'as changée. Tu lui as promis ciel et terre et elle t'a suivi sans se poser de questions. Elle avait dix-huit ans. Elle était à peine majeure. Tu l'as mise en danger. Mais surtout, tu l'as aimée. Tu as pris soin d'elle et malgré ta faute énorme, tu la rends heureuse. Alors aujourd'hui, au nom d'Alexis et du mien, nous te demandons pardon. Nous n'excusons pas ce que tu as fait, mais tu rends Fleur heureuse. Tu la rends épanouie et joviale. Nous ne pouvons que te remercier. Tu l'as blessée, oui. Cependant, nous osons espérer que c'est la dernière fois que cela se produisait. Tu as trahi sa confiance en toi, mais nous savons que ton amour surpasse ton geste et ta trahison. Nous t'avons haï, nous avons détesté son choix, mais il est temps d'enterrer la hache de guerre. Pour Fleur et pour mes petits-enfants. Je ne veux pas être privée de leurs présences à cause de notre décision, à mon époux et moi. Je ne sais pas où tout ceci va nous mener, mais ma fille a besoin de notre soutien. Elle a besoin que nous soyons unis.
Après un moment d'hésitation, Apolline s'avança vers son gendre et le serra dans ses bras. À ce moment, William chuchota, en français.
- Merci… Pour tout.
- Va te reposer, nous allons veiller sur ta femme. Va retrouver Victoire et Dominique.
Le conjureur de sorts hésita un long moment avant d'obéir à sa belle-mère. Il allait jusqu'à la zone de transplanage et alla au Terrier. Il était près de trois heures du matin et pourtant, ses parents semblaient l'attendre.
- Comment vont-ils ? Comment vas-tu ?
William retint un soupir de fatigue. Combien de fois allait-il devoir répondre à cette question qu'on ne lui posait que trop souvent depuis de nombreuses heures ?
- Fleur est sous le choc. Elle supporte mal cette séparation brutale. Pour l'instant, elle dort. Louis se bat. Je ne sais quoi dire de plus. Il se bat pour vivre. Il est bien entouré. Quant à moi, je suis épuisé. Je vais d'ailleurs aller dormir.
.
.
Plus tard, cette journée-là, Molly réveilla Bill en vitesse. Il devait absolument se rendre à Sainte-Mangouste pour Louis. En deux temps trois mouvements, William était parti en transplanant. Son fils se trouvait dans une pièce isolée des autres. Les infirmiers et les infirmières s'occupaient de lui. Les mouvements coordonnés ressemblaient presque à une danse. Il jeta un regard au moniteur. Tout semblait être revenu au calme. Après avoir parlé quelques instants avec le Médicomage, il partit voir son épouse. Il salua sa belle-sœur et son beau-père, avant d'embrasser tendrement Fleur sur le front.
- Le Docteur est venu nous voir pour l'état de Louis. Fleur a à peine réagi, comme si elle ne réalisait pas qu'on parlait de son fils. Elle n'a pas dit un mot depuis son réveil. Elle fixe le mur en marmonnant des paroles, tout bas, comme si elle parlait à Louis. Elle n'est pas sortie de son inertie. Le Docteur Kylian nous a expliqué que c'est normal, qu'elle est en état de choc. Cependant, son état m'inquiète.
- Dans moins de deux jours, elle pourra voir notre garçon. Elle a besoin de réaliser qu'il est vraiment là.
William jeta un coup d'œil à Fleur et regarda ensuite sa belle-famille. Contrairement à ce que les personnes semblaient penser, la Française était tout à fait consciente de ce qui se passait autour d'elle. Elle savait qu'elle posait sa main sur son ventre tout à fait inutilement. Elle savait que Louis n'était plus là et qu'il n'y serait plus jamais. Elle n'avait pas mené à terme cette troisième grossesse. Son enfant se battait pour sa vie par sa faute. S'il venait à mourir, elle ne se le pardonnerait jamais. Cependant, elle tentait de museler tout ce qu'elle ressentait. Le rouquin en avait sûrement assez avec ses propres sentiments, sans devoir vivre ceux de son épouse.
- Pouvez-vous me laisser seul avec mon épouse ?
Alexis et Gabrielle Delacour quittèrent la pièce. Le trentenaire s'approcha de son épouse et s'assit sur le bord du lit. Il lui prit la main. La blonde sembla enfin sortir de son hébétude.
- William… Je veux voir Louis. J'ai besoin de voir qu'il n'est plus en moi. Qu'il respire, qu'il est vivant.
- Fleur, le Docteur Kylian a été clair. Tu dois te reposer.
- Tu as pu le voir toi !
- Tu as besoin de repos.
- Tu ne comprends pas, Bill ! Je dois le voir. Je ne peux pas le tenir dans mes bras. Je ne peux pas poser un baiser sur son front. Je ne peux pas le regarder et remarquer moi-même la magnifique nuance de ses yeux. J'aimerais au moins pouvoir le voir ! Qu'il puisse entendre ma voix !
Son éclat de voix avait attiré une médicomage qui s'avançait dans la pièce. Fleur retint un juron. Elle soupira, elle n'avait pas la force de se battre, même verbalement avec quelqu'un. Tout ce qu'elle désirait, c'était voir son fils. Elle lança un regard noir à l'infirmière qui s'arrêta à quelques pas des nouveaux parents.
- Sortez, je n'ai pas besoin que vous m'abrutissiez de calmants ou que sais-je ! Je ne veux qu'une chose et c'est m'assurer que Louis est en bonne santé ! Je n'en peux plus de l'imaginer encore dans mon ventre. Je n'en peux plus de l'imaginer dans les pires états ! Il est trop petit pour vivre ce premier combat seul !
Félicia ne semblait pas se soucier de se faire comprendre ou non. William s'occupait de traduire ce qu'il pouvait. L'infirmière répondit, avec le plus de calme possible.
- Madame Weasley, vous n'allez pas pouvoir le prendre dans vos bras dans l'immédiat. Il faut absolument attendre que soit passé le stade critique. Par la suite, vous allez pouvoir le voir de plus près, mais en étant entourée d'un sortilège spécial. Il faut éviter toute contamination. Ma collègue viendra dans quelques instants. Il faut s'assurer que votre cicatrisation se passe sans encombre.
Sur ses paroles, elle sortit. Quelques minutes plus tard, une autre infirmière entra dans la pièce, un plateau dans les mains, et suivit par le Docteur Kylian. Fleur leva les yeux au ciel. Était-ce si compliqué d'accéder à sa demande ? Après quelques vérifications, le verdict du Médicomage tomba.
- Vous allez pouvoir rentrer chez vous demain soir. Nous allons vous garder aujourd'hui et demain, pour nous assurer que tout va bien. Ensuite, je vais vous prescrire des potions de sommeil sans rêve et des antidouleurs. Avant votre départ, je vais vous per…
- Je refuse de laisser mon fils seul ici !
- Fleur, il s'agit du proto…
- Par Pernelle ! Je m'en fiche du protocole ! C'est mon fils !
- Si votre état vous permet de retour chez vous, nous ne pouvons vous garder ici. Il faut libérer la chambre aussitôt que possible pour permettre d'autres admissions.
- Je ne veux pas l'abandonner.
Fleur pleurait, la tête posée contre l'épaule de son mari, comme pour étouffer ses sanglots. Elle ne pouvait laisser son enfant seul ici. Certes, elle allait avoir accès à la poudre de cheminette, mais ce n'était pas la même chose ! En même temps, il y avait tant à faire à la Chaumière aux Coquillages pour accueillir le nouveau-né. La blonde prit une profonde inspiration avant de hocher la tête. Elle allait écouter les médecins, mais à une condition.
- Je veux voir mon fils demain. C'est non-négociable. J'ai seulement besoin de le voir.
.
.
Le lendemain, Fleur se réveilla tôt. La nuit avait été courte. Regardant autour d'elle, elle remarqua qu'elle était seule. Par la fenêtre, elle pouvait voir que le soleil n'était même pas levé. Le réveil à ses côtés affichait à peine six heures. Elle allait retourner à la Chaumière aux Coquillages et tenter de reprendre un cours de vie plus normal, même si rien ne l'était. L'anxiété la gagna lorsqu'elle pensa à Louis. Allait-elle l'aimer correctement ? Allait-elle ressentir un lien d'attachement comme avec Victoire et Dominique ? La jeune femme ne se sentait pas apte à aimer un si petit garçon. Elle avait peur. Cependant, son inertie avait assez duré. Elle devait se reprendre en mains pour son bien-être et celui des enfants.
Ce choix fait, la blonde se sentait déjà mieux. Sans attendre l'aide de quelqu'un, elle prit une profonde inspiration et se leva. Ses jambes étaient engourdies à force d'être restées allongées. Elle ferma un instant les yeux en posant la main sur la cicatrice sur son ventre. Elle secoua la tête. Ce n'était pas le moment de ressasser ses noires pensées. Profitant de la petite salle de bain attenante à la chambre, elle prit une douche rapide et se changea. Malgré l'heure matinale, la jeune femme sortit de la pièce. Elle ne voulait pas retourner dans le lit ni s'asseoir. Elle fit les cent pas dans le couloir, jusqu'au moment où l'infirmière lui indiqua de retourner dans sa chambre. Une dernière vérification de la cicatrice, un dernier repas presque comestible et l'attente commença. Elle devait attendre l'arrivée du Docteur Kylian et celle de son mari. Lorsqu'ils arrivèrent enfin, la Française était déjà debout, prête à sortir de la pièce pour aller retrouver son fils. Ce que Vélane voulait, Vélane le recevait. C'était ainsi. Cela avait toujours été ainsi. Même défaillant, personne ne pouvait résister au charme des Vélanes.
- Votre fils a passé une belle nuit, d'après le Médicomage de garde. Il est sauf. Les prochaines semaines ne seront pas aisées pour autant. Plusieurs événements peuvent encore se passer. Cependant, il est un battant, Louis. Il charme déjà les infirmières. Vous êtes prête ?
- Ça fait trois jours que j'attends ce moment-là, Docteur. Je suis plus que prête. Allons-y.
Fleur attrapa la main de son époux. Lorsqu'ils arrivèrent près de la pouponnière, la nouvelle mère n'eut pas à chercher longtemps des signes de son fils. Le duvet d'un roux flamboyant sur le dessus de sa tête n'admettait aucun doute. À travers la vitre, la jeune femme l'admira. Louis était là. Vivant et c'est tout ce qui comptait. Un sourire serein s'afficha sur son visage fatigué. Bientôt, elle pourrait le tenir contre elle. Bientôt, elle pourrait mettre un terme à son sentiment de culpabilité et à la sensation de ne pas être à nouveau mère. Elle allait tenir Louis contre son sein et ça allait être la sensation la plus merveilleuse au monde, elle le savait déjà.
.
.
Quand Fleur put enfin prendre son fils dans ses bras, elle eut deux révélations. Premièrement, son fils avait de magnifiques yeux bleus. Il saurait lui faire de nouveau apprécier cette couleur. Elle n'était plus terne et sans éclat. Deuxièmement, elle allait l'aimer d'un amour inconditionnel. Quand elle put enfin le nourrir au sein, il lui semblait qu'il n'existait pas de plus beaux liens entre une mère et son enfant. Quand William immortalisa le moment où Victoire prit Louis dans ses bras, avec l'aide de sa mère, Fleur pleura. Le petit et rapide baiser que Dominique posa sur le front de son petit frère la fit sourire. Lorsque William le prit contre lui, Fleur le regarda amoureusement. Il semblait si fier d'avoir un fils !
.
.
Des hiboux express, il y en eu plusieurs pendant les deux mois suivants. À chaque pas de l'avant fait, trois de reculons étaient faits. C'était éreintant, mais les progrès faits par leur fils compensaient presque les moments d'angoisse extrême. Chaque hibou reçu leur nouait l'estomac. Chaque lettre leur faisait craindre le pire. Chaque visite à l'hôpital était remplie d'émotions. Ce n'était pas rare que Fleur en ressorte en pleurant, en espérant que c'était la dernière fois qu'ils devaient s'y rendre en craignant le pire.
William, quant à lui, tentait de soutenir son épouse et d'être plus optimiste. La culpabilité faisait peu à peu place à la fierté de voir son enfant se battre pour sa survie. Certes, Fleur continuait d'avoir un pincement au cœur lorsque son fils devait vivre diverses interventions. Elle n'arrivait pas à s'en sentir irresponsable. Après tout, elle avait ignoré les premières mises en garde du Docteur Kylian et elle avait ignoré cette grossesse. Cependant, le temps n'était plus aux larmoiements. Louis pourrait bientôt entrer à la maison.
Fleur et William partageaient leur temps entre Victoire et Dominique, pour qu'elles ne se sentent pas délaissées, et l'hôpital. William tentait aussi de mettre les touches finales à la chambre du nourrisson. L'arrivé du petit garçon avait demandé une nouvelle configuration de la demeure, puisqu'elle ne contenait que trois chambres. Quand Louis put enfin entrer à la Chaumière aux Coquillages, Fleur jeta un regard circulaire autour d'elle. La mer était calme, le ciel était vide de nuage. Le mois d'avril était radieux, à l'image de la famille. Enfin, elle rentrait à la maison, en tenant son fils contre elle. Les dernières semaines l'avaient éreintée. Elles n'avaient pas été de tout repos. Cependant, la Française ne voulait plus se laisser abattre. La fatigue faisait partie de sa vie. Elle avait trois enfants en bas âge et le petit dernier leur en avait fait voir de toutes les couleurs. Ne restait plus qu'à espérer que les prochaines années allaient être plus sereines et clémentes. Lorsqu'elle franchit le seuil de la demeure, Elle baissa la tête vers le petit endormi contre sa poitrine.
- Bienvenu à la maison, Louis Alastor Weasley.
