Et voilà le chapitre 10 ! Un peu moins drôle que le précédent, mais sympa quand même ^^
Amandine Lepage
Je me trouvais dans les vestiaires, sous le stade de Quidditch. C'était étrange de ne pas me tenir près du compteur de points, comme d'habitude. D'ici, tous les sons me parvenaient étouffés. J'entendais la foule des élèves qui hurlaient leurs slogans comme s'ils étaient très loin et non juste au-dessus de moi. J'avais l'impression d'être un gladiateur sur le point d'entrer dans l'arène. C'était presque angoissant.
- Leah... lança Violett dans mon dos, me faisant sursauter. Je n'ai volé qu'une seule fois sur un de ces balais...
Ah oui, c'était elle qui devait entrer sur le terrain, pas moi ! Je me retournai vers elle avec un large sourire qui se voulait rassurant.
- T'en fais pas, vous êtes sûrement tous les quatre dans le même cas.
Lorsque Hassan Jones et George Wagner avaient insisté pour participer, ils avaient également décidé de voler eux aussi sur de vieux Etoile filantes, par souci d'égalité. De mauvaise grâce, Carmella Decker s'était alors rangée à cette décision, sûrement parce qu'elle n'avait plus véritablement le choix.
- Oui, mais... commença Violett.
- Oui, mais rien du tout, la coupai-je. Ce défi, je l'ai pas mis en place pour que tu le gagnes, c'est clair ? Je me fiche totalement de son issue, et je peux t'assurer que peu d'élèves pensent différemment. Ce qu'on veut, et c'est ce pourquoi on aime ce sport, c'est du spectacle ! Que tu attrapes ou non ce vif, on s'en fiche, on ne t'en voudra pas pour ça ! On veut simplement que tu nous montres ce que tu sais faire et à quel point tu es douée sur un balai, si vieux soit-il. Imagine ça comme une grande représentation dont tes entraînements auraient été les répétitions. Quoi que tu fasses, ça se passera bien, d'accord ? Ne pense pas à nous, pense à toi, à ton balai et concentre-toi sur ton vol. Fais-nous rêver !
J'évitai soigneusement de mentionner le fait que j'avais parié gros sur sa victoire, comme la plupart des Poufsouffle d'ailleurs. L'heure était arrivée pour elle d'entrer sur le stade. Prenant une grande inspiration, elle poussa la porte qui donnait directement sur le stade. Le vacarme des supporters nous parvint alors, assourdissant. D'un air résolu, Violett entra sur le terrain et se dirigea délibérément vers le centre de celui-ci, en même temps que les autres Attrapeurs. Pour ma part, je tournai les talons et me précipitai en direction des gradins.
Lorsque j'eus rejoint Louis, du côté Poufsouffle du stade, le coup d'envoi avait déjà été donné et les Attrapeurs sillonnaient furieusement les airs... enfin aussi furieusement que le peuvent quatre vieux balais usés et d'une marque bon marché. Dans les gradins, c'était tout simplement de la folie pure. Chacun criait, chantait, hurlait, encourageant l'Attrapeur de sa maison. Mais au bout d'une heure de jeu, la folie commença à retomber. Nous n'avions pas le jeu des poursuiveurs et des batteurs pour nous divertir, et voir quatre élèves tourner en rond sur leurs balais commençait à nous lasser.
Louis était sur le point de se rasseoir lorsque Violett entama soudain une descente en piqué vers le sol. Aussitôt, les autres Attrapeurs se lancèrent à sa poursuite, persuadés qu'elle avait aperçu le vif. De notre côté, chacun retenait sa respiration, plissant les yeux en espérant apercevoir un quelconque éclat doré. Aussi vite qu'elle était descendue, Violett remonta en flèche et entama une série de loopings impressionnants, sous les exclamations admiratives de la foule. Elle n'avait pas repéré le vif. Elle jouait son spectacle, montrant à tous à quel point elle était douée, quel que soit le balai qu'elle chevauchait.
Finalement, ce fut Carmella Decker qui attrapa le vif environ une heure plus tard. Mais personne n'y prêta attention, et elle dut l'annoncer elle-même, après s'être lancé un Sonorus. Tous les yeux étaient tournés vers l'Attrapeuse de Poufsouffle et ses cascades impressionnantes, ainsi que vers celui de Serdaigle qui s'était également pris au jeu. Lorsque la foule quitta les gradins, ce furent eux que l'on félicita et non Decker, malgré sa superbe performance. Celle-ci enrageait. Cependant c'était bien le cadet de mes soucis. Toute mon attention était tournée vers Violett. Elle avait réussi ! Maintenant c'était certain, le championnat était à nous !
Comme je le lui avais promis, je passai une partie de l'après-midi avec Holden. Cela me fit le plus grand bien. En effet, j'avais besoin de me confier, au sujet de mes doutes concernant les Scam's, et je n'avais personne à qui en parler. Du moins personne qui m'aurait écouté et comprise, sans m'interrompre toute les cinq secondes pour hurler qu'ils n'étaient que des presque-assassins. Le problème qui se posait toutefois avec Holden, c'était qu'il ne savait pas grand-chose de ce qui était arrivé. Je n'avais raconté toute l'histoire en détail qu'à un nombre réduit de personnes, celles en qui j'avais le plus confiance.
J'ai donc longuement hésité avant de tout lui raconter. Mais Holden était quelqu'un de confiance, je le sentais, et puis il avait bien le droit de savoir pourquoi on lui avait dérobé des affaires à lui aussi. Sans compter que vu le nombre restreint de personne à qui il adressait la parole, le risque qu'il répète ce que j'allais lui raconter était moindre. Alors je lui ai tout dit, du début à la fin. Il a semblé d'abord très choqué, puis perplexe. Mais je ne lui ai pas laissé le temps de poser la moindre question.
- Le problème, tu vois, c'est qu'il y a certaines choses qui ne collent pas. Par exemple, le sabotage du balai d'Hugo, ou celui des étagères de la bibliothèque. Je sais de source sûre qu'à moins d'être un immense surdoué, il est impossible qu'ils aient réussi ces sorts en étant seulement en quatrième année. Et puis il y a le sort de mémoire que j'ai reçu. Il a dû être parfaitement dosé pour que je n'oublie que ce qui s'était passé pendant la nuit. Pareil pour Louis, il n'a oublié que les semaines qui ont suivi la rentrée et durant lesquelles il a voulu intégrer la CAPA. Il faut être sacrément doué pour maîtriser ce sort à ce point. Et en parlant de Louis, quand il a voulu intégrer la CAPA, il a fait les devoirs de quelqu'un d'autre, en s'aidant d'un manuel d'Arithmancie de septième année. Je l'ai vu moi-même ! Et en admettant que Lorcan et Lysander fassent de l'Arithmancie, ce dont je ne suis même pas sûre, pourquoi s'aider d'un manuel de septième année ?
Holden resta un moment silencieux, fixant un point à l'horizon en se passant une main sur le bas du visage.
- Peut-être... avança-t-il finalement. Peut-être que le fait qu'ils ont lancé le sort tous les deux en même temps... Je veux dire, pour le balai et l'étagère. Ça aurait pu décupler la puissance du sort... Pour le sortilège de mémoire, je pense qu'il n'est pas si difficile que ça de le maîtriser, avec de l'entraînement. Reste à savoir s'ils s'y sont entraînés, et dans ce cas-là, sur qui. Pour l'Arithmancie, peut-être que, comme Louis n'en a jamais fait, il a eu besoin de plus de précisions, et donc de s'aider d'un manuel de septième année... Mais je te l'accorde, ça fait beaucoup de paradoxes. Ce que je ne comprends pas, c'est que si ton hypothèse est vraie, alors pourquoi se sont-ils dénoncés ?
- Je n'en sais rien... admis-je.
- Peut-être que tu devrais aller leur demander directement ? Après-tout, ce sont eux les plus concernés.
Je levai les yeux vers lui, incrédule.
- Mais, tu avais dit qu'il fallait que je les laisse tranquilles et qu'ils reviendraient vers moi avec le temps...
- C'est vrai, mais est-ce que tu te sens d'attendre jusqu'à ce qu'ils se décident à revenir vers toi ? Ça peut prendre longtemps, tu sais.
Je restai à mon tour silencieuse. Pourquoi pas après-tout ? Je n'avais rien à perdre à aller leur demander. À la façon dont ils s'étaient dénoncés alors que je le leur avais à peine demandé, peut-être que leur soutirer des explications serait aussi simple ? Je décidai donc de me mettre à leur recherche le soir même, mais mes plans furent rapidement interrompus par mon propre talkie-walkie rose.
- Leah, code Jaune ! grésilla la voix de Val' alors que je venais à peine d'atteindre la bibliothèque.
Le code Jaune, pour ceux qui ne le savent pas encore, désigne une information de la plus haute importance. Le genre d'info qu'on ne peut vraiment pas attendre avant de la révéler à sa meilleure amie. Et notre règlement des codes indiquait très clairement qu'on ne pouvait pas faire attendre un code Jaune.
- Jaune tu es sûre ? demandai-je en soupirant, avisant les jumeaux Scamander assis à une table non loin de moi.
- Certaine ! Amène-toi, ça va te plaire !
Je rangeai l'appareil dans mon sac avant de tourner les talons en faisant la moue. Je préférais avoir du temps devant moi lorsque j'irais parler au Scam's, et de toute façon, ils n'allaient pas s'envoler... jusqu'à preuve du contraire.
Je me dirigeai donc rapidement vers la salle sur demande, que je trouvai vide. Je pestai intérieurement tout en farfouillant dans mon sac à la recherche de mon Talkie-walkie, lorsque je fus violemment propulsée au sol par quelque chose de lourd.
- BOUUUUUUH ! hurla la chose – ou devrai-je dire « hurlèrent les choses », puisque comme vous l'avez sûrement deviné, il s'agissait de mes deux amies – à ce même moment, manquant de peu de m'achever d'une crise cardiaque.
- Si c'est uniquement pour ça que vous m'avez fait venir, vous allez m'entendre ! m'écriai-je après avoir retrouvé mon sang froid.
- De toute façon, on t'entend déjà, répliqua Lily en haussant les épaules.
- Et puis ce n'est pas pour ça qu'on t'a fait venir. On ne plaisante pas avec un code jaune ! renchérit aussitôt Val' d'un ton très solennel.
Elles me firent asseoir sur mon trône habituel avant de me laisser mariner un moment, en me dévisageant d'un air grave.
- Bon alors, qu'est-ce qui se passe ? m'impatientai-je au bout de tout juste dix secondes.
- Une nouvelle de la plus haute importance ! susurra Lily d'un ton mystérieux avant de se taire à nouveau.
- Mais dîtes moi à la fin ! explosai-je. Sinon, j'utilise une vision !
- Bon, bon, pas besoin d'en arriver à de telles extrémités ! lança alors Val', visiblement mécontente.
- On va avoir un nouveau cour de DCFM un peu spécial, annonça alors Lily.
- Oh pitié, pas encore une sortie sur le terrain ! geignis-je. Mais au fait... comment ça se fait que vous soyez au courant avant moi ?
Lily gloussa.
- Rassure-toi, pas de sortie sur le terrain cette fois ci, m'assura-t-elle. On va juste avoir la visite de vrais Aurors... dont le chef des Aurors lui-même, eh oui ma petite !
- Soit ton père, en fait, conclus-je, comprenant enfin comment mes amies étaient au courant de tout ça.
- Oui, aussi, répondit-elle en riant. Bien sûr, l'info est classée top confidentielle, interdiction d'en parler à qui que ce soit ! J'ai déjà du ruser comme tu n'imagines même pas pour la soutirer à mon père...
- Même pas à Louis ? demandai-je en faisant la moue.
- Surtout pas à Louis ! s'écria aussitôt Val'. C'est un coup à ce que tout le monde soit au courant !
- Hey, dis tout de suite que mon cousin ne sait pas garder un secret ! s'indigna Lily.
- Ton cousin ne sait pas garder un secret, répliqua ma meilleure amie sans attendre. Rappelle-toi quand Leah a eu le malheur de lui dire qu'elle dormait encore avec une peluche, le lendemain, Van Hogen la lui avait volée pour l'accrocher au plafond de la salle de Sortilèges. Et il ne sortait même plus avec !
- Van Hogen est dans le même dortoir que Leah, elle a très bien pu s'en rendre compte par elle-même !
- Ah oui ? Et la fois où tu lui avais fait promettre de ne dire à personne qu'Al' avait provoqué Scorpius en duel et qu'il a fait prendre des paris à toute l'école ?
- C'était une idée d'Hugo ça !
- Et tu peux me dire comment Hugo était au courant ?
- Ben...
- Hé ! Au pire, on s'en fiche ! m'exclamai-je, exaspérée. Dans le doute, je ne lui dirai pas, d'accord ?
Ce que je fis effectivement. Mais non sans le faire mariner un peu !
- RAAAAAAAAAAAH, LEAH DIS MOI !
- Quoi donc ? minaudai-je en me servant une portion de patates frites, ce soir-là.
- La chose super intéressante que tu ne dois pas me dire ! s'exaspéra Louis.
- Mon cher petit Louis, que ne comprends-tu pas dans « que je ne dois pas te dire » ?
- Leah, dis le moi tout de suite, ou sinon je... commença-t-il en sortant sa baguette.
- Ou sinon vous... quoi ? l'interpella aussitôt le professeur Carter, qui passait devant nous afin de rejoindre la table des professeurs.
- Mais, Professeur, elle ne veut pas me dire ce qu'elle ne doit pas me dire ! geignit Louis en croisant les bras.
Risible.
Carter leva les yeux au ciel avant de continuer sa route tandis que je contenais à grand peine mon fou-rire.
Le lendemain, j'attendais avec impatience le double cours de Défense contre les forces du mal qui avait lieu l'après-midi. À mon grand étonnement, le professeur Beetson nous attendait devant la grande porte qui donnait sur le parc de Poudlard, son éternel air de rapace guettant sa proie plaqué sur le visage. Lorsque nous l'aperçûmes, une clameur s'éleva parmi nous. Quoi ? Mais nous n'avions pas été prévenus qu'il y aurait à nouveau une sortie !
Louis se tourna lentement vers moi, une lueur assassine dans le regard.
- C'est ça que tu me caches depuis hier soir ? siffla-t-il.
- Quoi donc, qu'on a une nouvelle sortie sur le terrain où on devra s'affronter les uns les autres afin d'être notés sur nos performances au combat ?
- Précisément !
- Absolument pas, assurai-je avec un sourire angélique.
Je déchantai bien vite lorsque Beetson nous mena droit vers la forêt interdite.
- M... Mais... Mais Professeur... m'entendis-je bredouiller tandis que je m'accrochai au bras de Louis comme un futur noyé à une bouée de sauvetage.
Face-de-rapace se tourna lentement vers moi, me fixant de ses petits yeux perçants. J'ouvris plusieurs fois la bouche, imitant la carpe à la perfection, avant de la refermer définitivement. Comment poser la question qui me brûlait les lèvres, sans admettre que Lily m'avait annoncé la venue de son père en cours de DCFM ?
- Non rien, marmonnai-je finalement en baissant les yeux.
Sans autre mot, nous reprîmes notre marche à travers la forêt interdite. Cependant, nous n'allâmes pas aussi loin que d'habitude. En effet, Beetson nous mena jusqu'à une toute petite clairière située à seulement cinq minutes de l'orée de la forêt. Et à la surprise de tous, il nous demanda de nous asseoir et d'attendre.
Après plusieurs minutes assis par terre dans le froid, des murmures commencèrent à s'élever parmi nous. Quelle mouche avait donc piqué Beetson ? Celui-ci, qui s'était d'abord tenu debout, plus droit qu'un manche à balai et fixant obstinément l'autre bout de la clairière, s'était alors retourné brusquement avant d'aboyer un « Taisez-vous ! » des plus efficaces.
Les minutes continuèrent à défiler et j'avais distraitement commencé à arracher l'herbe à mes pieds, formant maintenant un cercle de terre à nue devant moi, lorsqu'une explosion se fit entendre.
- Ah ! Enfin ! s'exclama Beetson visiblement ravi.
Sous nos yeux pleins d'admiration, une demi-douzaine d'Auror – de vrais Auror ! – débarquèrent en plein milieu de la clairière et commencèrent ce qui ressemblait fort à l'une de nos « sorties sur le terrain »... à cela près qu'ils étaient autrement plus habiles et plus doués que nous. Après cinq bonnes minutes de démonstration, les Auror s'arrêtèrent et se serrèrent tous la main en riant avant de s'avancer vers nous. Ils saluèrent d'abord le professeur Beetson comme s'il s'était agi d'un vieil ami, puis l'un d'eux s'avança vers nous. Je le reconnu immédiatement puisqu'il s'agissait du père de Lily.
Le célèbre Harry Potter.
- Bonjour à tous, commença-t-il.
Il attendit un moment, s'attendant sûrement à ce que nous lui répondions, mais la plupart des élèves avaient la bouche si grande ouverte qu'il leur était impossible de prononcer quoi que ce soit.
- Très bien, marmonna-t-il alors, avant de reprendre plus fort : Si nous sommes là aujourd'hui, c'est parce que votre professeur nous l'a demandé. Et surtout parce que nous avons accepté.
Quelques Auror ricanèrent, et Beetson s'autorisa un demi sourire.
- À ce qu'il paraît, certains d'entre vous auraient besoin de discuter technique avec des... professionnels ? continua-t-il en se tournant finalement vers Beetson.
- Précisément, acquiesça ce dernier en se tournant vers nous. Je sais que certains d'entre vous ont pour vocation de devenir Auror. Je pense qu'il est donc intéressant pour eux de se confronter aux acteurs de leur... potentielle future profession.
Tandis qu'il disait cela, le regard de Beetson s'attarda sur quelques élèves, donc Arod Zitshweger, ce qui ne me surprit qu'à moitié vu la détermination du Serdaigle à briller en Défense contre les forces du mal.
- Pour les autres, continua Beetson, voyez cela comme l'opportunité de connaître un peu de l'expérience de personnes qui sont réellement confrontées aux forces du mal, et ce à longueur de journée. Bien ! Vous allez vous mettre par groupes de cinq ou six. Un Auror viendra ensuite dans chaque groupe afin de vous instruire quelque peu. Bien sûr, je compte sur vous pour être aussi aimable et poli que vous le pouvez, n'oubliez pas qu'ils ont eu l'amabilité de prendre sur leurs heures de travail pour venir nous voir.
Au signal du professeur, les groupes commencèrent à se former.
- Bonjour oncle Harry ! s'écria Louis aussitôt levé, bien déterminé à montrer à tout le monde qu'il avait la chance de le connaître personnellement. Mieux : d'être de sa famille !
- Bonjour Mr Potter, dis-je alors moi-même, plus bas.
- Bonjour Louis, bonjour Leah, nous répondit-il aimablement.
Au grand désespoir de Louis, son oncle ne s'attarda pas sur nous, sûrement afin de garder un maximum de professionnalisme, et nous nous retrouvâmes en compagnie d'Eloïse Cartage, d'Arod Zitshweger et de Jeffrey Summers, assis sur de grosses pierres autour d'une Auror dénommée Amandine Lepage. Elle était très grande et très mince, de longs cheveux blonds descendaient en cascade sur ses épaules, coiffés impeccablement malgré la scène de bataille qui venait d'avoir lieu et elle parlait avec un fort accent français. Mais ce qui me fascina le plus chez cette femme, ce furent ses mains. Elles étaient grandes et fines, comme elle, et ses ongles étaient parfaitement manucurés. C'était bien simple : cette femme était à l'opposé de l'image que l'on se faisait d'un Auror.
- Eh bien, quand je suis moi-même entrée chez les Auror, j'ai dû passer quelques tests de capacités, mais je faisais déjà partie du Corps d'élite de la Police magique française... l'équivalent français de vos Auror. Alors autant dire que ce n'était qu'une formalité, exposa-t-elle en agitant ses mains parfaites sous mes yeux émerveillés. Mais je crois que la sélection a changé à présent. Il paraît que trop de jeunes veulent devenir Auror, alors que votre police magique est en sous-effectif, alors ils ont été chercher quelques idées du côté des universités Moldues. À présent, une institution a été mise en place, il s'agit d'un à trois ans de préparation et de cours supplémentaires après Poudlard, qui débouchent ensuite sur un concours. À l'issue de celui-ci, seuls ceux qui ont les meilleurs résultats sont admis chez les Aurors. Les autres peuvent intégrer la Police magique ou proposer leurs services pour la garde rapprochée de certaines personnalités.
Cette femme était en train de devenir mon idole ! Je voulais les mêmes mains, les mêmes ongles, les mêmes cheveux et même le même accent ! Et à voir les yeux de merlans frits que faisaient les autres personnes de mon groupe, je n'étais pas la seule à être éblouie par Amandine Lepage. Ma fascination atteint son paroxysme lorsque l'Auror rembarra sèchement Louis, après qu'il eut tenté de la charmer en lui parlant français. Vexé comme un pou, Louis n'ouvrit alors presque plus la bouche jusqu'à la fin de l'entretien. Je jubilais. Je tenais enfin ma revanche pour sa victoire totalement injuste de l'autre fois !
Mais je commençai à déchanter lorsque nous abordâmes la partie technique.
- Si j'ai un seul conseil à vous donner, à votre niveau tout du moins, c'est d'utiliser vos points forts pour masquer vos points faibles, répondit Amandine Lepage à l'une des nombreuses questions d'Arod. Tiens, toi par exemple, dit-elle en se tournant vers moi.
- Qui, moi ? sursautai-je.
- Parfaitement. Quelle est le domaine magique dans lequel tu excelles ?
Les élèves de mon groupe ricanèrent, malgré le regard noir que je leur lançai.
- Euh... je... bafouillais-je en rougissant. La... divination.
- La divination ? répéta-t-elle d'un air sceptique, après un bref silence surpris.
Du coin de l'œil, je voyais Louis suivre cet échange avec un intérêt soudain, un sourire narquois naissant au coin des lèvres. Je décidai de ne pas me laisser faire. Aussi étrange que cela puisse paraître de prime abord, la divination restait une discipline magique tout à fait respectable.
- Oui, dis-je après avoir pris une grande inspiration. J'ai des visions qui me permettent de connaître l'avenir, avec plus ou moins de précision.
Un nouveau silence accueillit ma déclaration. Puis, l'Auror eut une réaction à laquelle je ne m'attendais pas du tout : elle éclata de rire.
- Hihihi ! Des visions ! Hihi... Oh, comme c'est... Pittoresque ! Hihihi !
- Pito... Quoi ? Mais c'est vrai ! m'indignai-je.
Voilà comment Amandine Lepage chuta radicalement et à jamais dans mon estime, si magnifiques soient ses ongles parfaitement manucurés.
- Allons, se radoucit-elle après avoir repris contenance, il doit bien se trouver une matière dans laquelle tu n'es pas trop mauvaise ? La Métamorphose ? Les Sortilèges ? Peut-être la Science des éléments... Oh, non, c'est vrai que l'on ne vous enseigne pas cela à Poudlard...
Ce fut au tour de Louis d'exploser de rire.
- Demander à Leah si elle est douée en Sortilèges ou en Métamorphose, c'est comme demander à un puceron s'il sait faire un triple salto arrière ! s'exclama-t-il une fois calmé.
- Hé ! protestai-je, de plus en plus contrariée.
- Il ne me semble pas avoir demandé votre avis, jeune homme, rétorqua l'Auror sèchement.
Je pensais alors très sérieusement à reconsidérer son cas. Mais avant tout, sauver mon honneur. Je me plongeai donc dans ce que j'appelais une « vision express ». Aussitôt après avoir rouvert les yeux, je me tournai vers Amandine Lepage.
- Comme disait souvent l'un de mes anciens collègues, « vigilance constante ». On le prenait souvent pour un fou paranoïaque, mais il faut avouer que sur ce point il n'avait pas forcément tort, annonçai-je rapidement. C'est ce que votre collègue, là-bas, s'apprête à dire.
Mon groupe eut tout juste le temps de se tourner vers l'Auror que je désignais, un homme d'un certain âge, les cheveux grisonnants et la joue barrée d'une immense cicatrice.
- Comme disait souvent l'un de mes anciens collègues, « VIGILENCE CONSTANTE ! ». On le prenait souvent pour un fou paranoïaque, mais il faut avouer que sur ce point il n'avait pas forcément tort, dit-il alors très distinctement, en désignant sa cicatrice.
Amandine Lepage se retourna lentement vers moi, ne sachant visiblement plus que penser. Il y eut un moment de flottement durant lequel je soutins son regard.
- Impressionnant, hein ! ne put s'empêcher de lancer Louis.
L'Auror ne le regarda même pas, continuant de me fixer moi.
- C'est... intéressant, finit-elle par lâcher en m'observant d'un air curieux. Très intéressant...
Elle semblait hésiter entre me croire ou penser que ça n'était dû qu'au hasard. Finalement, elle haussa les épaules et se tourna vers Eloïse.
- Et toi, ton domaine magique de prédilection ? Ne me dit pas qu'il s'agit de la divination également, je ne te croirai pas !
Le cours continua ainsi. Amandine Lepage nous donna de précieux conseils que seul Zitshweger s'empressait de noter dans un carnet. Visiblement, il était le seul d'entre nous à espérer finir Auror. A moins qu'Eloïse ou Jeffrey n'aient une très bonne mémoire. À la fin, nous eûmes tout juste le temps de leur dire au revoir que les Auror se précipitèrent vers les grilles, à l'entrée du parc.
- Pourquoi ils ne partent pas en Transplanant ? demandai-je en les regardant s'éloigner à grand pas.
- Aucune idée, me retourna Louis en haussant les épaules.
- Tsss, vous êtes une belle bande d'ignares ! nous rétorqua Van Hogen, qui passait alors mystérieusement à côté de nous. On ne peut pas Transplaner dans l'enceinte de Poudlard ! C'est pourtant la toute première chose qu'on apprend en Histoire de la magie. Pourquoi les cours de Transplanages se passent-ils à Pré-au-Lard, d'après vous ?
Nous restâmes comme deux ronds de flan, tandis que Van Hogen s'éloignait de nous en levant les yeux au ciel.
- Je crois qu'on vient de trouver la seule personne au monde qui écoute vraiment les cours d'Histoire de la magie, marmonna alors Louis.
- Espèce en voie d'extinction, répondis-je d'une voix morne.
- Encore heureux ! Tu imagines si les Van Hogen pullulaient à Poudlard ?
Il frissonna... ou tout du moins, il simula un frisson.
- À propos, commença-t-il ensuite d'un air qui se voulait détaché. Tu sais, tout à l'heure, tu me disais que tu avais quelque chose de très intéressant à me dire absolument...
Je pouffai.
- C'était ça ! répondis-je.
- Quoi, « ça » ?
- Ben, ça ! Les Auror, ton oncle, tout ça quoi !
- Tu étais au courant !? s'écria-t-il, scandalisé. Très bien. Ma vengeance sera terrible, TERRIBLE.
- Hâte de voir ça, déclarai-je avec un large sourire.
Une fois dans le château, je prétextai quelques devoirs à faire pour fausser compagnie à mon ami. Une excuse parfaite dans le cas présent, étant donné que Louis ne connaissait tout simplement pas le mot « devoirs ». Dès que ce dernier eut disparu de mon champ de vision, je me mis en quête de Lorcan et Lysander Scamander.
Ironie du sort : je les trouvai effectivement à la Bibliothèque. Assis tous les deux à une table, ils discutaient à voix basse. Lorsque je m'approchai d'eux, je pus saisir quelques bribes de leur conversation :
- … lui laisser du temps, bientôt plus personne ne s'en souviendra.
- Je ne sais pas... Elle a vraiment l'air fâchée, elle ne me parle plus et elle détourne le regard dès que j'ai le malheur de la regarder !
- T'en fais pas Lys, je suis sûr que ça va passer.
Tiens, Lysander aurait-il une amoureuse secrète ? Si c'était le cas, alors visiblement il y avait de l'eau dans le gaz. Et je n'avais pas besoin de don en divination pour deviner que j'en étais la cause. Je poussai un soupir avant de les interrompre.
- Bonjour, dis-je doucement, un peu gênée de les aborder ainsi.
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