Yo,

Réponses aux reviews:

kama-chan59: Ta prière est entendue, j'espère qu'elle s'exaucera... Mais désolée d'avance pour ton petit cœur à cause de ce chapitre... Bonne lecture à toi quand même !

boubouille: Effectivement ! Merci pour ton suivi, bonne lecture à toi !

Trolocat: En effet, les choses s'accélèrent... Bonne lecture à toi !

Voici le chapitre 25. Bonne lecture à tous !


Lorsqu'Ichigo remonta les escaliers, aussi rapidement que sa cheville et son état général ne le lui permettaient, il entendit de légers bruissements du côté de la chambre d'Aizen, laissée ouverte. Plus personne n'était visible aux alentours. Tous les domestiques, habituellement actifs, avaient disparu au retour du propriétaire. Les agents de sécurité venaient de sortir. La maison était silencieuse. Ichigo aurait presque cru qu'il n'y avait qu'eux deux dans cette immense demeure. De ce fait, il était aisé d'entendre à quelques mètres Aizen se murmurer des choses. Mais il ne comprenait pas ce qu'il se disait clairement. Il se rapprocha donc prudemment, alerte à chaque pas pour ne pas faire craquer le bois sous ses pieds.

— Il l'a fait… Il l'a fait… J'aurais dû m'en douter… Ce serpent…

Ichigo se doutait bien que quelque chose de grave était arrivé depuis sa rentrée fracassante. Mais, en distinguant difficilement ses mots murmurés, il était à présent persuadé que les plans d'Aizen venaient d'être contrecarrés de la manière la plus imprévue et la plus insupportable qui pouvait exister pour l'homme.

Ichigo songea soudain à Grimmjow Jaggerjack. Parlait-il de lui ? Un serpent… Un traître ? Se pourrait-il qu'un traître se soit infiltré dans son armée ?

Perdu dans ses pensées immédiates, le jeune homme en oublia ses précautions et le bois craqua horriblement à un de ses pas. Ichigo eut alors l'impression que ce bruit s'entendait jusque dans les chambres reculées des bonnes. Cela agita au moins la personne la plus proche qui stoppa ses messes basses.

Quand Ichigo aperçut Aizen, il ne crut un instant pas le reconnaître. Ses cheveux, toujours impeccables, étaient retombés sur le devant et ne répondaient plus à aucun ordre. De plus, son regard était bien plus sombre qu'à l'accoutumée. D'habitude, Aizen apparaissant séduisant, parfaitement maître de ses émotions, le regard impénétrable et un sourire faussement poli, assuré, presque méprisant. Là, Ichigo avait l'impression que ses émotions avaient repris le dessus, surpassant la domination qu'il imposait à sa beauté. Ses traits étaient plus tirés et visibles. Ses yeux semblaient rougis d'amertume et de tristesse. Aucun sourire mais des dents serrées et des joues affaissées faisant naître des cernes. Dernier détail et non des moindres, Aizen était torse nu. Ichigo remarqua de suite l'immense bandage autour de la compresse apposée à son épaule. Que s'était-il passé ?

— Entre, Ichigo.

La voix était légèrement cassée. Aizen avait dû crier un peu plus tôt et, encore une fois, ça n'annonçait rien de bon.

Le jeune homme préféra ne pas poser de questions et entra de suite dans la chambre. Une chemise blanche maculée de sang, trouée de la même manière qu'une veste noire trônaient sur une chaise. Dans le miroir, Ichigo observa douloureusement Aizen fermer la porte et tourner la clé avant de la mettre dans sa poche. Il ne parvenait pas à voir son visage. Ses cheveux tombaient sur sa tête baissée, on ne distinguait qu'une ombre à l'emplacement de ses yeux.

— Déshabille-toi, mon garçon.

Ichigo rougit et son cœur s'accéléra. Il n'avait pas l'habitude -et ne voulait pas prendre l'habitude- de se sentir à l'aise face à ce genre de phrase. Mais qu'allait-il se passer s'il ne le faisait pas ? Il serait battu ou pire…

Il eut du mal à décrocher le premier bouton de la chemise grise qu'il avait trouvé à son chevet en se réveillant d'un énième cauchemar aux alentours de midi.

Se faisant, il se risqua à suivre des yeux son bourreau qui se dirigea lentement près d'un buffet au fond de la chambre. Il le vit sortir d'un des tiroirs une bouteille à moitié vide et un verre de whisky. Il se servit généreusement et soudain, leur regard se croisa.

— Dépêche-toi.

Ichigo acquiesça en bafouillant des excuses polies. Sa chemise disparut bien vite, suivi de son pantalon. Un nouveau regard assassin sur le boxer d'Ichigo lui indiqua très clairement qu'il fallait qu'il l'enlève. Ainsi nu, cachant maladroitement son sexe, il attendit patiemment que quelque chose se passe, priant pour que ça ne soit pas trop douloureux. C'était la première fois qu'il voyait Aizen ainsi et il ne savait pas à quoi s'attendre.

Aizen, son verre à la main, perdait son regard sur la peau de son vis-à-vis avec passion. Il but une gorgée et s'approcha ensuite tout près du jeune homme. Il passa une main distraite sur son torse et, alors que ce toucher l'apaisait, il se souvint de la traîtrise de Gin, du couteau dans son épaule, de sa fuite hors d'Inemuri. Il serra sans prévenir l'un des tétons d'Ichigo entre deux de ses doigts. Le garçon grimaça légèrement.

— Tourne-toi.

Il s'exécuta et Aizen put à nouveau déguster la vue qui se présentait à lui. Il posa sa main sur sa nuque qu'il serra légèrement, reprenant une gorgée de whisky, la fit ensuite descendre lentement le long de la colonne vertébrale puis sur ses fesses avant de se toucher lui-même au niveau de son entre-jambe, emprisonné dans son pantalon de plus en plus serré.

Gin. Il avait douté de lui au début. Il s'en souvenait clairement. Son sourire démesuré et faux, ses pupilles à peine visibles, son silence quand il marchait. Mais, après tant de loyaux services, il avait fini par baisser sa garde. Et il pensait avoir eu raison. Gin l'avait accompagné dans les pires crimes pour servir sa seule ascension, sans discuter une seule fois ses ordres, le conseillant même à plusieurs reprises. Aujourd'hui, Aizen devait avouer avoir été bien trompé. Mais cela ne se reproduirait plus jamais.

Lorsqu'il sortit de ses pensées, il était en train de griffer le dos d'Ichigo. D'un geste résolument colérique, il poussa le jeune homme qui tomba comme il le voulait, à moitié sur le lit. Seul son torse touchait les draps et longeait le rebord du lit, ses genoux étaient à terre. Il sentit le garçon frémir et cela ne réussit qu'à exciter encore plus sa rage.

Lentement, il déboucla sa ceinture qu'il fit ensuite glisser autour de ses hanches. N'y tenant plus, il la plia en deux et abattit avec force un premier coup violent sur le dos d'Ichigo qui cria de surprise.

Les frappes s'enchaînèrent au rythme de ses pulsions de rage. Envers tout ce qui pouvait déstabiliser ses plans. Envers toutes les personnes qu'il voudrait mieux voire mortes pour avancer paisiblement. Il n'entendit ni les cris ni les pleurs du garçon.

Ichigo pensa à plusieurs reprises à se rebeller, à se retourner et à se jeter de toutes ses forces sur son bourreau. Mais quelle force avait-il pour le faire ? Et si cela n'allait qu'aggraver la situation ? Au bout du dixième coup, il tenta une approche différente :

— Monsieur… Je vous en prie… Pas plus… Pitié… Je ferai tout ce que vous voudrez…

Pour murmurer ces mots, entrecoupés de ses pleurs, il avait légèrement tourné la tête pour regarder son bourreau. Mais, par-dessus ses larmes qui brouillaient sa vue, il ne crut pas voir un homme. D'abord, il n'aperçut dans la lumière tamisée qu'un monstre ténébreux. Une aura malfaisante transparaissait dans ses yeux, résolument plus sombres que d'habitude, rehaussés d'une folie qui prenait les traits d'une passion destructrice. Les coups de ceinture faisaient bouger tout un buste qu'Ichigo trouva bien plus musclé qu'il ne pensait – preuve qu'il n'avait pas toujours été assis à un bureau— et d'où se perlait une fine couche de sueur. Ses mâchoires serrées rendait son visage plus carré, violemment tiré et dur. Des mèches de cheveux retombaient hasardement sur son visage anormalement rougi de colère et aux tempes apparentes.

— Monsieur Aizen… Monsieur Aizen…

Il n'avait pas l'air de l'entendre et pour seule réponse, Ichigo reçut trois coups en plus. Puis soudain, cela s'arrêta. La ceinture vola d'un coup brusque de l'autre côté de la chambre. Aizen fit un pas de côté et, au bruit métallique aigu qu'Ichigo put entendre, il se saisissait de la chaîne qu'il avait portée autour de sa cheville pendant un temps.

Voulait-il l'attacher à nouveau ? Mais un nouveau coup d'œil lui donna la réponse. Aizen enroulait la chaîne comme avec la ceinture pour n'avoir qu'un bout de même longueur à tenir en main.

— Non, Monsieur, non ! Je vous en supplie !

Mais aussitôt dit, un coup s'éclata sur son dos et la douleur lancinante lui arracha un nouveau cri. Il sentit son corps brûler jusqu'à l'intérieur de ses os et se déchirer au contact de l'acier. Aizen recommença quatre fois. À la fin, quand il reposa la lourde arme à terre, Ichigo s'était évanoui de douleur, le dos strié de rayures, rougi de sang dégoulinant sur les côtés.

Aizen ajusta sa respiration, essoufflé par ce qu'il venait de faire. Mais alors qu'il croyait se sentir plus calme, quelques secondes de silence plus tard, toutes les images du traître, de ce qu'il s'était passé ce matin, revinrent, ainsi qu'un horrible sentiment d'humiliation. Il grogna de mécontentement et d'insatisfaction et décida d'aller se chercher à nouveau à boire vers le buffet.

Mais cela n'eut aucun effet d'apaisement et quand la pression fut si intenable en lui, il renversa d'un coup sec de la main tout ce qui se trouvait sur le buffet. Il y eut un grand bruit de fracas et de verre cassé qui fit trembler le corps mortifié près du lit.

Aizen continua de passer sa colère sur tout ce qu'il lui venait à la main. Il renversa ainsi des livres sur le secrétaire, envoya la chaise au loin contre la porte, faisant un bruit tonitruant, arracha férocement les rideaux à la fenêtre et renversa le miroir après qu'il lui ait renvoyé un reflet qui ne lui plut guère.

Mais, une fois le tout sans dessus dessous, les images et le rire de Gin restèrent en tête. Il n'y avait alors qu'Ichigo pour l'aider… Il se précipita près de lui et le souleva légèrement pour l'étendre entièrement sur le lit, à plat ventre.

Ichigo se sentait à peine conscient. Au contact d'Aizen, il frémit et tenta de s'en échapper mais il n'avait plus aucune force. Il entendit seulement des habits se froisser et sentit le corps nu d'Aizen contre lui. Il se doutait de ce qui allait se passer et une larme longea sa joue lentement.

L'instant d'après, Aizen lui écarta les fesses avec force et viola son entrée. Ichigo gémit et cria longuement sa peine. Il ne pouvait pas croire qu'après tant de douleur, il réussirait encore à sentir quelque chose dans son corps. Une fois entré, Aizen s'agita avec précipitation et violence, plongeant sèchement dans le corps du plus jeune qui cherchait de l'air pour ses poumons vidés sous l'effet de la surprise et de la douleur. Il tourna à nouveau la tête. C'était encore le même démon qui lui faisait tant de mal. Un regard sombre, perdu, colérique, fou. Pas l'Aizen qu'il connaissait et qu'il finissait, à ce moment-là, par regretter.

L'homme n'entendait plus rien autour de lui, enfermé dans sa bulle, répétant frénétiquement un râle rauque et court à chaque coup de boutoir, se plaisant à regarder le sang sur le dos du garçon. Il passa une main dessus pour le toucher et s'imagina un bref instant qu'il puisse s'agir du traître sous ses coups. Il continua avec force, jusqu'à une jouissance mesurée, peu libératrice. Mais il apprécia soudain être vidé de toute pensée, enfin. Il retomba lourdement sur un Ichigo en pleurs et resta ainsi, apaisé.

Le plus jeune se sentait vaciller, un voile noir barrant sa vue petit à petit. Il ne vit en dernier lieu que le visage calme et lisse de son bourreau tout contre lui. L'aura malfaisante et les ténèbres s'en étaient allés, laissant les conséquences de son passage.

OoOoOoOoOoOoOo

QG de Grimmjow Jaggerjack

Après-midi

Stark était arrivé un quart d'heure après l'équipe de Renji qui apportait Kaien Shiba ainsi que Gin Ichimaru. Le commissaire était tombé sur le jeune Ulquiorra Schieffer au croisement de deux couloirs. Il était plus morose que jamais et ne lui avait même pas décoché un regard. Ils étaient ainsi entrés tous les deux sans se saluer dans le bureau de Grimmjow.

Mais lorsqu'Ulquiorra vit Gin Ichimaru et qu'un ensemble de mauvais souvenirs resurgit soudainement en lui, il se figea, les yeux fixes et grands ouverts, les poings serrés :

— Ulquiorra… Schieffer…; murmura Gin en décomposant chaque syllabe comme si ce nom réapparaissait dans sa mémoire à mesure qu'il le regardait, véritablement étonné.

Aussitôt, Ulquiorra parut perdre son calme. Il ne supporta pas cette voix l'appelant plus longtemps. Il avisa le revolver de Stark, coincé dans son holster et lui prit d'un geste rapide, enleva la sécurité, pointa Gin…

— Non ! Ulquiorra, surtout pas ! hurla Grimmjow depuis son bureau en levant sa main, comme si cela pouvait le dissuader.

— Ulquiorra, stop, ne fais pas ça !

Le commissaire eut à peine le temps de hausser le bras d'Ulquiorra pour dévier sa trajectoire que la détonation retentit et tout le monde se baissa, protégeant ses oreilles au rugissement du coup de feu qui perça le plafond.

— Ulquiorra, donne-moi ça ! ordonna Stark, tout en maintenant le brun de mains fermes.

— Non, non ! Il faut qu'il paye !

Ulquiorra perdit l'équilibre et tomba sur le dos, Stark sur lui. Il se démena pour viser afin de tirer à nouveau mais Renji protégeait de son corps le traître aux cheveux d'argent. Ulquiorra rugit de plus belle, ivre de colère, tandis que Stark maintenait son poignet tenant l'arme à feu. Le plus jeune lâcha le revolver et chercha à se relever. Mais, à peine Stark se recula qu'il reçut du garçon un coup de tête qui le fit tomber sur le côté.

Ulquiorra se releva, oubliant l'arme et courut sur Gin.

— Ulquiorra, arrête ! entendit-il à nouveau de la part du bleuté.

Mais il s'en fichait et lorsque Renji lui prit le bras pour le stopper, il le surprit d'une prise bien habile qui le libéra en un instant et poussa l'homme sur le côté. Puis il sauta sur Gin et lui envoya une droite bien précise dans la mâchoire que l'argenté se prit sans rien pouvoir faire, les mains toujours attachées dans le dos par des menottes. Il tomba à la renverse et atterrit lourdement par terre. Une seconde plus tard, une pluie de coups affluait sur son torse et son visage. Mais le chaos se termina bien vite et, lorsqu'il rouvrit les yeux, Ulquiorra gigotait comme un enfant pour se débattre de la prise de Grimmjow qui le ceinturait avec force.

— Calme-toi, bordel ! On a besoin de cet homme !

— Il mérite pas de vivre, ce putain de clebs ! Ce déchet immonde…

Stark vint de suite au secours du bleuté pour calmer Ulquiorra et quelques instants plus tard, le brun stoppa ses mouvements, comprenant qu'on ne le laisserait de toute façon jamais faire. Gin, pour sa part, avait eu légèrement peur de la Furie qui lui avait bondi dessus bien plus vive et passionnelle que dans son souvenir.

À présent, Ulquiorra semblait tiraillé tant par la vue de Gin que par son impossibilité à se venger. Ses yeux étaient brillants et ses poings toujours serrés.

— Vous m'avez torturé… Pour me faire parler… Vous avez tué des mecs de sang-froid… Ils n'avaient rien fait !

Stark tenait toujours Ulquiorra aux épaules mais ce dernier ne semblait pas vouloir s'attaquer à nouveau à l'homme qui se relevait face à lui. Il ne faisait que l'observer avec le plus de mépris et de haine possibles.

— Je sais ce que tu as vécu Ulquiorra… avec Aizen; répondit Gin d'une voix douce qui se voulait apaisante et pacifiste; Je me souviens bien de toi. La plupart des choses qui te sont arrivées sont bien pires que pour la plupart des autres à Inemuri, j'en ai conscience. Et j'admets avoir abusé de toi pour te faire parler. Mais c'étaient les ordres d'Aizen, je ne pouvais pas faire autrement ! Je t'ai dit qu'il valait mieux pour toi coopérer.

— Fermez-la !

Grimmjow vit sur le visage crispé d'Ulquiorra la douleur des souvenirs passés et préféra clarifier la situation :

— Ulquiorra, Gin a trahi Aizen et va nous être d'une aide précieuse. Il paiera ses crimes à sa juste valeur le moment venu, je te le promets.

Sur ces mots, Ulquiorra se défit de la prise de Stark et releva rageusement son tee-shirt pour montrer son torse. Des cicatrices de brûlures et de coupures étaient nettement visibles.

— Et moi alors ?! J'ai eu un traitement « juste », peut-être ?!

Gin ne put s'empêcher de regarder l'état du garçon, prenant réellement conscience de ce que sa couverture avait coûté. Maintenant, il devait aider. Il lui semblait être un pion important sur l'échiquier pour le camp de Grimmjow. S'il était utile à l'arrestation d'Aizen, il irait à son jugement le cœur plus léger. Rien qu'un peu.

Grimmjow eut un air peiné et s'approcha du jeune homme pour rebaisser lui-même le tee-shirt.

— Je te comprends, Ulquiorra; lui murmura-t-il; mais on ne peut pas se permettre de se laisser aller à nos envies. Sans réflexion ni stratégie, nous n'arriverons à rien. Autant se dire tout de suite adieu et attendre Aizen avec un pied dans la tombe. J'te demande juste… de m'faire confiance…

Sur ce, le bleuté plongea son regard dans celui d'Ulquiorra. Il y lut beaucoup de choses, de la haine à la tristesse. Lorsque le plus jeune hocha la tête en guise d'acquiescement et de capitulation, Grimmjow lui sourit et tapa amicalement sur l'épaule de ce dernier.

Stark le tira à lui légèrement pour l'éloigner de Gin et le fit s'asseoir sur un des canapés qui se trouvait un peu plus loin. Il prit place juste à côté.

— Bien, un peu de calme…; reprit Grimmjow; ce qu'il se passe là est réellement un atout pour nous. Ce que perd Aizen, je le gagne doublement.

— Je serais ravi de vous aider à le coincer; déclara Gin sans son habituel et faux sourire.

— Il n'y aura aucun mort, n'est-ce pas ? fit la voix de Kaien, moins assurée.

À ses dires, tout le monde le regarda, presque attendri par sa naïveté. Ce fut Renji qui répondit, remis d'aplomb depuis la prise habile d'Ulquiorra :

— Dans tous combats, il y a des victimes.

— Mais… Je veux dire… Vous n'allez pas faire sauter Inemuri ou quelque chose du genre ?

Grimmjow eut un rire cynique :

— Et faire disparaître toutes les preuves ? Certainement pas ! À ce propos… Tu vas encore pouvoir nous aider Kaien mais je t'assure que cela sera moins dangereux pour toi.

Kaien fut tout ouï, même s'il devait avouer que ce discours l'inquiétait quelque peu.

— Si j'ai bien compris, tu as dû t'enfuir car tu allais vite être démasqué, que ça soit par Aizen ou par un de tes… collègues… afin que le jeu de hasard morbide d'Aizen disparaisse, c'est bien ça ?

— Oui… Il n'y a pratiquement aucune amitié ou solidarité parmi les pensionnaires d'Inemuri. Il n'existe que la loi du plus fort ou du plus malin…

— Mais il y a bien des personnes auxquelles tu tiens là-bas, n'est-ce pas ?

— Oui, deux hommes et deux enfants: un garçon de douze ans et une fillette de sept ans. Il faut absolument les sauver de là.

— Il y en a d'autres des aussi jeunes ? demanda Stark gravement.

— Non, ils sont les plus jeunes.

Stark parut effaré d'apprendre que de si jeunes enfants avaient perdu toute innocence et n'avaient jamais connu l'amour d'un parent à un si jeune âge. Il repensa d'un seul coup à sa fille et se demanda comment ces enfants avaient pu survivre dans un tel enfer. Quels adultes deviendraient-ils ?

— Écoute Kaien; débuta Grimmjow en s'asseyant de nouveau dans son fauteuil de bureau; on peut les sauver à la seule condition qu'ils suivent le plan à la lettre.

— Ils vont devoir ouvertement trahir Aizen ?

Le regard du bleuté lui répondit aisément. Bien sûr qu'ils devraient… Kaien prit peur :

— Non ! Ils ne peuvent pas s'exposer à un tel danger !

— Si tu n'es plus à Inemuri, il faut bien rétablir un contact ! Stark, explique-lui…

— Oui, Jaggerjack a raison, il faut un contact pour agir à l'intérieur du système. Le problème qui persiste dans l'arrestation d'Aizen, c'est la preuve. On peut aisément en trouver d'un point de vue financier, politique, économique... Mais quand le crime est davantage… social, seules la parole et l'image comptent. Or, il est impossible pour la police d'obtenir un mandat de perquisition pour entrer à Inemuri et Kyôka Suigetsu n'est à vrai dire même pas connu des flics. Pour les pensionnaires, on parle juste d'honnêtes contrats de travail. Rien ne nous justifie la vie que tu as vécue là-bas.

— Sauf si tu nous la décris ! s'exclama Grimmjow, un sourire aux lèvres.

Face au regard dubitatif du hacker, il poursuivit :

— Comme Stark l'a dit, il nous faut une parole et une image pour prouver les faits et arrêter Aizen. Jusqu'à présent il n'avait pas peur que la police ne débarque devant lui puisque toutes ses affaires sont cleans ou veulent avoir cette apparence. Je me suis penché plusieurs heures sur les affaires d'Aizen grâce aux documents que tu as envoyé et rien de foncièrement hors-la-loi, évidemment. Mais, ce qu'Aizen ne peut pas voiler, ce sont les conditions dans lesquelles il vous retient. Il cache habilement cette vérité en vous enfermant dans une tour bien gardée qu'il fait passer pour son lieu de travail, au centre d'un quartier fantôme qu'il présente comme une stratégie de discrétion qu'il veut offrir à ses clients. On ne pourrait pas l'arrêter pour des atouts de businessman. En revanche, te savoir en vie en dehors de son château-fort est déjà problématique pour lui. Seul hic : qui croirait la parole d'un jeune mec tombé du ciel qui assure qu'il s'est fait violenté plusieurs années par l'unique et intouchable Aizen Sosuke ?

L'assistance écoutait Grimmjow avec attention, silencieuse.

— Une voix ne tiendra pas la route. Tu serais renvoyé du poste de police avec un « bonne journée le cinglé et bye bye ! »… Par contre, si l'on arrive à avoir le témoignage de plusieurs dizaines de personnes au même moment ainsi que des images des conditions de vie, là, la police ne peut plus gentiment fermer les yeux. Il nous suffit alors de stopper Aizen avant qu'il ne s'échappe et c'en est fini.

Le discours mené à terme, tout le monde avait les yeux rivés sur le jeune entrepreneur, tout sourire, bras croisés sur son torse. Il vit le visage satisfait de son bras droit ainsi que l'acquiescement du commissaire. Kaien mesurait l'ampleur du plan et les conséquences en cas de victoire. C'était un coup énorme.

— Comment ça se passe concrètement ? demanda-t-il.

— Tu connais quelqu'un qui pourrait être un allié parmi les hackers ? demanda Grimmjow, à nouveau sérieux.

Kaien réfléchit un instant et l'évidence lui vint tout à coup.

— Rukia Kuchiki. Elle est au courant de ma traîtrise… Elle a certainement compris que c'était moi qui avais aidé Urahara et elle n'avait pas l'air de m'en tenir rigueur.

— À la bonne heure ! Il faut que tu prépares un message codé pour lui expliquer la situation et une plateforme sur laquelle elle pourrait t'envoyer tous les témoignages. Il faut être sûr des personnes à qui elle demandera de trahir Aizen car la situation pourrait vite virer au carnage.

— Oui, je la conseillerai; répondit Kaien d'un ton solennel.

— Bien. Maintenant, j'ai une idée…

OoOoOoOoOoOoOo

Inemuri

Début de soirée

Shûhei, Yumichika, Toshiro et Yachiru étaient alignés face à Aizen accompagné de deux agents armés dans une pièce froide qu'ils n'avaient jamais connue auparavant.

Plutôt petite, elle en devenait presque suffocante en étant sept à l'intérieur. Elle ne possédait qu'une table, deux chaises de part et d'autre et une lampe de plafond dont l'abat-jour poussiéreux empêchait d'éclairer l'entièreté de la pièce. Pour y accéder, ils avaient dû descendre les escaliers menant au sous-sol pour bifurquer à un moment donné sur leur gauche au lieu de continuer à descendre, franchissant alors une lourde et grinçante porte en métal.

Le groupe des quatre gardait la tête baissée et la minuscule Yachiru tirait continuellement sur son sweat trop large –qui avait appartenu à Toshiro quelques années auparavant-, s'agitant en regardant partout, cherchant du réconfort chez le garçon qu'elle considérait comme son frère. Mais ce dernier restait immobile, l'air concentré, fixant le sol avec dureté. Exactement comme les deux autres adultes. Mais elle, elle ne comprenait pas ce qu'il se passait. Et elle n'aimait pas du tout. Elle avait ce sentiment qu'ils allaient se faire gronder par Aizen et cela l'angoissait.

— Shiro'… Je veux remonter dans la chambre… on va y aller, hein ? murmura-t-elle en tirant légèrement sur le pull détendu de l'intéressé.

— Avant cela, on va jouer à un petit jeu, Yachiru; fit Aizen en souriant tendrement à l'enfant.

Shûhei mordit sa langue en comprenant ce que le mot « jeu » allait signifier. Il se risqua à jeter un coup d'œil à Aizen. Il était totalement maître de ses émotions, parfait dominateur qui tenait ses proies dans un filet. Impeccable dans son costume, les cheveux tirés en arrière avec soin, un sourire dangereux plaqué sur le visage. Il se tenait debout sur le rebord de la table et conservait ses bras croisés sur son torse.

— Un jeu ? demanda Yachiru, retrouvant un peu d'aplomb.

— Oui, c'est à propos de Kaien Shiba, disparu plus tôt dans la journée. Il a d'ailleurs embarqué Rangiku Matsumoto avec lui.

Aizen ne souffla pas un mot sur Ichimaru. Inutile qu'ils sachent. Plus cela prendrait du temps à percer avant de devenir une rumeur solide, mieux c'était pour lui.

À l'entente de la nouvelle, les deux adultes du quatuor se regardèrent, comprenant ainsi pourquoi Kaien avait été introuvable dans la journée. Il y avait eu des rumeurs circulant dans l'enceinte, on avait parlé d'agitation et de coups de feu… mais on ne savait jamais qui croire. Maintenant, c'était officiel.

— Pourquoi il n'est pas parti avec nous aussi ? demanda innocemment la petite fille.

— Mais c'est une très bonne question, ça, Yachiru; répondit Aizen d'un ton paternel.

Sur ce, il croisa le regard des deux hommes face à lui et se délecta de leur détresse. Puis il vint poser un genou à terre pour s'abaisser et faire face à la petite fille, armé d'un nouveau sourire :

— Et toi, tu saurais pourquoi Kaien est parti si vite sans te dire au-revoir ?

Yachiru fit une moue triste et tourna la tête de gauche à droite, tripotant toujours son sweat tristement. Elle regarda alors ses trois compagnons et demanda d'une petite voix :

— Et vous, les garçons, vous savez ? Si on répond à la question, on gagne le jeu et on peut remonter dans la chambre, hein ?

Aizen caressa doucement les cheveux roses de l'enfant :

— Absolument ! Que dirais-tu, Shûhei ?

Aizen se redressa promptement et avec souplesse avant de dire :

— Approche-toi près de la table.

Le concerné fit ce qu'on lui demandait après une seconde d'hésitation. Son regard fixé sur la table de fer, il n'arrivait plus à penser correctement sous l'atmosphère pesante et malsaine qu'instaurait Aizen. Ce dernier s'était dirigé vers un des agents de sécurité qui lui avait donné quelque chose qu'il cachait dans son dos. Après un temps d'adaptation à la pénombre du fond de la pièce, tout le monde comprit qu'il s'agissait d'un marteau.

— Shûhei, pose une main sur la table.

L'interpellé déglutit et ferma les yeux avant de s'exécuter.

— Tu peux répondre à ma question, je te prie ? Que prévoit de faire Kaien Shiba ?

— Je… Je ne sais pas … Je le jure…

— Tu jures ?

Shûhei trembla. Il sentait le réconfort de son petit-ami dans son dos mais ce n'était pas suffisant.

Soudain, il y eut un fracas horrible qui déchira le silence et réveilla tout le monde assommé par la torpeur. Shûhei rouvrit les yeux et observa le marteau qu'Aizen avait violemment tapé contre la table, tout près de ses doigts.

— La prochaine fois c'est sur ta main, Shûhei. Que. Prévoit. Shiba ?

Sur ce, Aizen saisit avec force le poignet du jeune homme pour ne pas que sa main s'échappe de la table.

— Je le jure, oui ! Il ne nous parlait pas ! Il ne nous parlait jamais de tout ça ! Seulement à Rangiku… Nous ne savons rien !

Aizen le regardait, à l'écoute, voulant visiblement tout savoir :

— Je pense qu'il ne voulait pas nous causer des ennuis avec ça; continua Hisagi avec empressement; on savait qu'il préparait quelque chose mais on ne lui demandait rien…

Sur ce, il y eu un nouveau coup de marteau mais le bruit métallique fut assourdi. Aussitôt, Hisagi cria de douleur, la main échauffée par le violent coup.

— Il va falloir me donner un peu plus de détails… On va recommencer depuis le début.

Yumichika parvint à s'approcher de son amant pour le réconforter, ses mains sur son dos. Toshiro était dents et poings serrés, se sentant plus impuissant que jamais. Yachiru, qui avait bien compris qu'il ne s'agissait pas d'un jeu lorsqu'un des participants criait de douleur, se sentit tout à coup très triste et eut les larmes aux yeux en tirant encore sur son sweat.

— S'il vous plaît… Pas les enfants…; murmura Hisagi; épargnez-les, ils sont trop jeunes… pour comprendre… et voir ça…

Aizen jugea la pertinence du point de vue d'Hisagi et réfléchit. Si Kaien avait eu ce côté protecteur à ne parler à personne de ses projets pour leur propre bien, il était impossible que les enfants ne lui apportent une quelconque information utile. Ils ne seraient qu'une gêne bruyante dans cette salle.

— Mets-les dehors; ordonna Aizen à l'homme qui lui avait donné le marteau; et quand j'en aurai fini avec vous, vous serez enfermés dans votre chambre pour deux jours. Sans nourriture. De quoi vous apprendre à vous lier à un traître.

OoOoOoOoOoOoOo

Une heure plus tard, Aizen ressortit de la petite pièce sombre en poussant la lourde porte en métal et il tomba sur un garde à qui il tendit le marteau maculé de sang.

— Sors-les d'ici pour les mettre dans leur chambre et ferme à double-tour.

— Bien, Monsieur si vous voulez bien…; répondit le soldat en tendant une serviette humide à deux mains.

Aizen s'en saisit en échangeant avec l'arme et remonta l'escalier bien vite en essuyant ses mains salies. Une fois en haut, il reprit le chemin de son bureau en jetant la serviette dans la première poubelle qu'il vit.

Dans une marche plutôt soutenue, il observa son état de fatigue. Sa blessure à l'épaule le lançait un peu. Son cœur battait encore assez vite et il se sentait essoufflé. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas mis la main à la pâte aussi durement. Même si ça n'avait pas apporté grand-chose, si ce n'était l'assurance que Shiba avait bien fait cavalier solitaire (en se confiant à Matsumoto), il avait pu passer à nouveau sa colère due à la traîtrise de Gin qui lui revenait sans cesse.

En s'asseyant à son bureau, il réfléchit. Il lui faudrait être d'autant plus intelligent et perspicace dans les prochaines actions de son jeu avec Grimmjow Jaggerjack. Mais, soudain, son téléphone portable sonna, stoppant ses pensées. Il avisa le nom sur l'écran. Ichimaru Gin. Quelle blague.

— Eh bien, j'ignorais que même les pires chiens dans ton espèce revenaient vers leur maître.

Non, je crois bien qu'il ne retournera pas de sitôt à vos pieds.

Aizen reconnut immédiatement la voix moqueuse de Grimmjow. D'une certaine manière, il préférait parler à son adversaire de jeu. Il n'aurait su dire comment il aurait réagi en entendant l'autre langue de serpent.

— Grimmjow Jaggerjack… Alors, il vous préfère à moi ?

De quoi vous remettre en question.

Le ton était volontairement grinçant et espiègle. Aizen passa au-dessus il n'avait pas envie de jouer très longtemps, trop fatigué après le temps passé dans la salle du sous-sol.

— Allons donc. Vous l'avez adopté ainsi que Kaien Shiba, voilà votre armée un peu plus grande. Que puis-je pour vous, maintenant ?

Et bien je vous propose un petit rendez-vous. Un comité restreint, pas besoin d'amener mille hommes. Je serai pratiquement seul pour ma part. Ne parlons plus d'armées et sortons de nos forteresses respectives.

— Que célébrons-nous ?

Notre possible accord quant à ma Caja Negación.

Aizen se stoppa un instant, le regard perdu sur son bureau. Il ne souriait plus. Voilà une nouvelle qu'il n'avait pas du tout calculée. Il devait se méfier.

— Vous revenez sur votre décision ? Cela me ravirait si nous pourrions collaborer mais j'ai un peu de mal à le croire; répondit-il après un petit instant de réflexion.

« Collaborer » me paraît un peu trop chaleureux pour nous convenir. Disons qu'un marché pourrait se conclure sous certaines clauses. Je peux compter sur votre présence ?

Aizen sourit. Grimmjow préparait certainement quelque chose.

— Absolument. J'ai mon agenda non loin, je vous écoute.

Très bien; ajouta Grimmjow d'une voix assurée; rendez-vous après-demain, 20h. J'aurai privatisé l'Ishikawa sur le quartier de Kagurazaka à Shinjuku.

— C'est noté.

Aussitôt, la ligne fut coupée, Grimmjow venait de raccrocher. Aizen inscrivit distraitement l'adresse du restaurant de luxe en gardant un sourire. Il fallait qu'il réfléchisse. Il était peut-être temps de piocher une nouvelle carte.

OoOoOoOoOoOoOo

Grimmjow renvoya à Gin son portable une fois l'appel fini. Ce dernier le réceptionna de justesse à deux mains et, comme toute la petite assemblée, regarda le bleuté avec interrogation.

— C'était quoi… ça ? fit Renji.

— C'était mon plan.

Grimmjow prit cette fois son propre portable et tapota un message dessus :

« J'ai besoin de toi. Après-demain, 20h, à l'Ishikawa habituel. RDV armé contre Aizen. »

— C'est de la folie, Jaggerjack ! fit Stark en se levant du canapé où il demeurait assis.

Ulquiorra, à côté, toujours assis, regardait Grimmjow continuer de taper un message sur son portable, l'air plutôt enjoué. Son plan n'avait rien de suicidaire. Il avait déjà calculé chaque option possible. À force de le côtoyer, c'est ce qu'il ressentait de cet homme. Il parlait seulement pour dire quelque chose d'intéressant et le reste du temps il sombrait dans un flot de pensées que son intelligence se chargeait de ranger au mieux.

Grimmjow tapa un nouveau message à l'adresse de Kensei. Il aurait besoin de quelques-uns de ces hommes pour cette fameuse soirée.

— On va vraiment s'allier à Aizen dans ce plan ? demanda Renji, complètement perdu.

— Non, ne le faites pas…; fit Kaien d'une petite voix, les poings serrés.

— On se calme, tous; acheva Grimmjow.

Une fois les messages envoyés, il rangea son téléphone puis croisa ses bras sur son torse.

— Aizen m'a eu une fois en me volant une petite somme dans mon dos. À mon tour maintenant de lui voler quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.

Face aux mines dubitatives, il poursuivit :

— Ce rendez-vous n'est qu'une mascarade pour l'occuper un moment. Pendant ce temps, un groupe ira délivrer Ichigo dans sa demeure.