25.
- Est-ce que la Flotte terrestre a perdu tout bon sens, capitaine Waldenheim ?
- Pourquoi donc, Salmanille ?
- Elle ne vous estime plus fiable dans la traque aux Pirates, d'un certain Pirate en particulier, mais sans en deviner la vraie raison. Mais elle vous a quand même renvoyé à ses trousses !
- Un réflexe…
- Et si elle savait pour moi ce serait encore pire, grinça l'Autrichienne. Le ferez-vous ? Il reste moins d'une journée, vous avez une décision à prendre.
- Je crains que les événements ne s'enclenchent d'eux-mêmes, soupira Skendar. Je peux quand même faire illusion…
- Vous croyez que si vous ne tirez pas, cela passera inaperçu ! ?
- Je sais surtout qu'il y aura un essaim de vaisseaux autour de l'Arcadia, ceux des flottes plus quelques-uns Pirates qui ne pourront manquer de s'en mêler !
- Vous savez très bien que le rapport des tirs, ou leur absence, sera automatiquement envoyé à l'état-major. Vous avez accepté la mission, il y a une semaine, et vous allez vous suicider Militairement parlant demain ! Et vous n'ignorez pas non plus que pour continuer à vous couvrir, ou plus simplement encore par revirement, le capitaine de l'Arcadia dirigera ses canons sur vous et que contrairement à la dernière fois ils parleront !
- Ce qui me donnerait une raison de riposter.
- Il vous a appelé « papa », à la tête que vous avez tirée, ça devait être la première fois depuis que vous l'aviez récupéré ?
- En effet. C'était pour me couvrir, mais il était sincère. J'en ai été effectivement bouleversé ! Je suis sûr que si nous avions eu plus de temps…
- Ou pas ! coupa sèchement la jeune femme qui avait noué ses cheveux blonds en un chignon.
- Il commençait tout juste à se laisser apprivoiser ! se désola Skendar. Je lui avais imposé ma soirée d'anniversaire, mais à la fin, c'est bien Ilian qu'il y avait sous le Pirate qui valsait avec vous ! Mon enfant était bel et bien là, à portée de main ! Mais le Pirate l'a emporté et il a filé ventre à terre !
- Et c'est le Pirate que vous allez retrouver devant vous ! appuya encore Salmanille.
Skendar bondit sur ses pieds.
- Mais vous ne comprenez donc rien à ce que le père que je suis peut ressentir ? ! hurla-t-il.
- Pourquoi, parce que je n'ai pas encore mes propres enfants ?
- Possible. On change du tout au tout quand on tient son petit entre les mains. On ne se remet jamais de l'avoir perdu. Et on ne peut que le soutenir inconditionnellement, quoi qu'il fasse.
Salmanille revint se planter devant lui.
- Vous êtes un brillant stratège, on sait de qui tient le capitaine de l'Arcadia. On aura besoin de vous quand ça pètera de tous les côtés. Vous avez accepté la mission, en toute connaissance de cause !
- Parce que j'avais le choix ? L'état-major ne l'a fait que bien que peu fiable je connais au mieux mon adversaire.
Il eut un ricanement.
- Nul besoin de faire preuve de génie Militaire, ça va être un carnage !… Et si je parviens à faire ralentir l'Octavion, j'arriverai aux coordonnées de la boucherie quand elle sera terminée ! Vous, en dépit de votre folle nuit, vous n'aurez aucun état d'âme.
- Je n'aurais pas choisi la carrière Militaire si la moindre émotion me mettait les nerfs à fleur de peau. Quelqu'un dans cette expédition doit garder la tête froide.
- Vous devriez arrêter de me faire la leçon, sinon moi aussi je pourrais bien finir par en pondre un sur vous ! gronda Skendar. Vous êtes discourtoise et vous dépassez les limites. Vous débutez, je vous chaperonne alors évitez de m'affronter, vous ne m'avez pas encore vu en colère !
- Je crois que je peux imaginer. Ce n'est pas uniquement Lothar Grugde qui a façonné ainsi Albator, c'était là, en lui, sous le vernis d'un jeune homme charmant ! Il aurait peut-être pu le redevenir à votre contact. Mais Militaires et Pirates ne font pas bon ménage. Il n'y a pas de juste milieu !
- Si, et je l'ai proposé à l'état-major avant notre départ. L'idée pourrait faire son chemin.
- Je ne pense pas qu'Albator sera encore en vie quand nos supérieures l'auront comprise et donné une réponse, quelle qu'elle soit !
- Vous voyez, on en arrive malgré tout à la même conclusion, que je me mêle du massacre ou non. Retournez à votre bord, finissez de vous préparer puisque vous serez la première de nos trois vaisseaux sur place !
Sur le seuil du bureau, Salmanille se retourna, tout courroux retombé.
- Il fallait que je vous remette les idées en place. Notre activité ne permet pas le sentimentalisme à l'extrême.
- Mais, je n'ai absolument pas changé d'avis !
- Evidemment. Je devais le faire, j'ai la conscience tranquille !
Elle soupira.
- Une dernière chose…
- Quoi encore ! ?
- Contrairement à ce que vous pensez, ce serait un très beau cadeau que vous feriez à votre fils d'atomiser son cuirassé !
- Je l'avais envisagé. Je ne peux pas. Il le comprendra.
A nouveau seul, Skendar reprit sur son ordinateur le visionnage des photos d'un père et d'un garçon brun dans les jardins d'un château d'Heiligenstadt.
