CHAPITRE XXV : PLUIE DE PRINTEMPS
Durant les jours qui suivirent, Viviane se montra extrêmement discrète. Elle avait l'air d'avoir perdu tout envie de se battre ou de vivre. Les Teñval comprenaient sa peine. Son frère avait été durant toutes ces années, l'être qu'elle chérissait le plus. Ils n'avaient aucun secret l'un pour l'autre. Certaines fois, Viviane avait même pensé que leurs esprits ne faisaient qu'un.
Viviane n'était pas la seule à avoir changé d'attitude après la mort d'Erwan. Yannig s'isolait plus souvent, faisant de longue ballade en forêt durant parfois toute la journée à la grande tristesse de Luna mais surtout de Cho. La jeune femme pensait deviner ce qui n'allait pas chez son amoureux.
Alors que le temps était couvert et que la pluie menaçait, Yannig sortit pour de nouveau disparaître. Cho lui emboîta le pas à distance. Elle le suivit durant un long moment. Mais au détour d'un sentier, elle le perdit de vu. Elle courut pour essayer de le rattraper. Mais elle dut se rendre à l'évidence : il l'avait semée. Elle allait faire demi-tour quand une main se posa sur son épaule. Elle sursauta en se retournant. Yannig se tenait devant elle, un pâle sourire sur ses lèvres.
« Tu ne devrais pas te promener seule dans cette forêt, dit-il sobrement. Pour qui ne la connait pas, c'est un véritable labyrinthe.
-Je te suivais, avoua t-elle.
-Je sais.
-Je voulais te parler.
-Marchons. »
Cho tenait la main de Yannig en marchant. On aurait pu croire que rien n'avait changé, mais la jeune chinoise sentait que le breton ne lui tenait pas la main comme d'habitude.
« La mort d'Erwan t'as beaucoup touché, finit-elle par dire.
-Moins que celle de Gwen, je dois l'avouer. Si je semble plus touché, c'est parce que je m'en veux à moi-même.
-Pourquoi ? Tu n'es pas responsable.
-En devenant patriarche du clan Teñval, je suis devenu responsable de la vie de chacun de ses membres. Et en menant les drouzed-brezelel au combat, j'ai augmenté cette responsabilité envers eux en particulier. Je me doutais qu'il y aurait un mort, voir deux. Je pensais m'y être préparé. Mais je me rend-compte que non. Surtout qu'en perdant Erwan, j'ai aussi perdu Viviane. Elle ne veut plus se battre. C'est à peine si elle veut vivre. J'ai brisé leurs vies en les appelants pour cette guerre.
-Je ne connais ton clan que depuis peu. Mais ce que j'ai compris c'est que chacun des individus qui le composent est prêt à se battre et à mourir pour ce monde. Peu de gens seraient prêts à un tel sacrifice. Et en cette période de trouble en particulier, ce sens du devoir devient une force. Que tu ressentes de la peine pour tes guerriers tombés est normale et même rassurant. Ça veut dire que tu demeures humain. Que tu restes celui dont je suis amoureuse. Ne t'en veux pas pour Gwen, Erwan et Viviane. Ils ont accepté leur sort en te confiant leurs vies dans cette guerre. »
Cho n'en revenait pas d'avoir parlé ainsi. Yannig resta silencieux. Ils marchèrent sans rien se dire durant de longues minutes. Cho sentit quelques gouttes de pluie ruisseler sur sa chevelure noire. La pluie forcit rapidement. Le couple s'abrita sous un arbre centenaire. Ce fut un rapidement un vrai déluge. Le feuillage de l'arbre ne retint qu'une partie des eaux du ciel. Yannig tenait Cho étroitement pour la réchauffer car elle grelottait.
Yannig approcha ses lèvres des siennes et l'embrassa amoureusement.
« Merci, souffla t-il avant de reposer de nouveau sa bouches contre la sienne. »
Cho se blottit entièrement dans les bras de son petit ami sans interrompre le baiser. Elle sentit une chaleur l'envahir quand elle se décida à parcourir son corps fort de ses mains frêles et douces. Yannig répondit à ses caresses en lui prodiguant les mêmes intentions. Comprenant l'invitation à explorer des parties de son corps qu'il n'avait encore jamais effleuré. Lentement, leurs mains passèrent sous la protection des vêtements pour apprécier la peau. Les vêtements gênant, ils s'effeuillèrent l'un l'autre. Quand ils furent nus. Ils restèrent un moment à se contempler. La pluie ruisselait sur leur corps sans leur apporter le froid. Ils étaient de vrais brasiers vivant. Ils ne désiraient plus qu'une chose, ne faire qu'un.
Les amants s'allongèrent dans l'herbe trempée…
