Donc, c'est officiel, le chapitre sur Pelennor, c'est mercredi prochain.

Arwen Jedusor : Pourquoi as-tu du mal à lire les chapitres ? Est-ce que le contenu est difficile, ou est-ce que tu trouves le style difficile ? Si c'est le contenu... je ne peux pas y faire grand-chose, mais si c'est le style ça peut venir de la traduction et il faut me le dire. En tout cas j'espère que ça va continuer de t'intéresser !

Julindy : La scène avec Holdwine est à la fois touchante et marrante. Contente que l'identité de Mablang t'ait surprise ! Bilbo et Thorin n'ont pas fini de te faire pleurer !

flower black : Ne t'inquiète pas tu n'es pas la seule à avoir cru que j'étais l'auteur ! Tant mieux si l'histoire te plaît.

Altair-Ezio-Two Assassins : Toute l'histoire en deux jours ? Mais tu n'as fait que ça ma parole ! Oui Bilbon n'est pas épargné, le pauvre ! Je crois qu'il subit encore plus de trucs que Frodon ! Et pour ce qui est de la fin... je ne peux rien dire^^

lalala1995 : "Le dénouement approche", dit-elle... Compte encore 7 chapitres après celui-là pour avoir ton dénouement, quand même !

Sabrinabella : Bien sûr que Bilbon va encore avoir des problèmes. Souviens-toi de ce qui se passe pour Frodon et Sam entre l'antre de la bête et la destruction de l'Anneau... Bien sûr que Fili et Dernwyn sont mimis ! En sécurité à Minas Tirith...

justelaura : En moyenne, un jour pour traduire un chapitre^^ Sauf le prochain. Deux jours xD Adorables mais pas discrets, nos deux archers ! Personne n'avait compris pour Mablang haha, pas complètement^^

aliena wyvern : Je crois que tout le monde est soulagé^^

Noooo Aime : Je shippe tellement Fili et Dernwyn. Et moi aussi je suis arachnophobe, je te laisse imaginer la joie en traduisant le chapitre du coup lol Apparemment, Thorin à la place de Galadriel, ça a plu à tout le monde^^ Vous en avez pas fini avec les hallucinations de Bilbon... Pour tuer le Nazgûl, eh bien... réponse mercredi.

Le calme avant la tempête

Il lui fallut presque deux heures pour trouver son bien-aimé, et quand il le fit, ce fut dans l'endroit le plus improbable qui soit. À ce stade, Legolas avait presque renoncé, supposant que Kili voulait être seul. Après que le jeune nain ait disparu durant le vacarme causé par l'exclamation de Denethor, Legolas était immédiatement parti le chercher.

« Où allez-vous? lui avait crié Denethor.

- Il est amoureux, lui avait dit Finduilas. C'est ce que font les gens amoureux : ils poursuivent celui qu'ils aiment.

- En effet. »

Cette dernière remarque avait été prononcée d'un air songeur par Gandalf, derrière lui, mais Legolas n'avait eu ni le temps ni la patience pour les magiciens manipulateurs à ce moment-là. Il fallait qu'il retrouve Kili.

Alors quand il soupira et sortit sur l'un des balcons, avec l'intention de tirer de la force de l'air avant de retourner chercher Kili, il fut surpris de le découvrir occupé. Dans le coin était assis son nain, les bras enroulés autour de ses genoux, le front appuyé contre ses avant-bras. Il était l'incarnation du malheur, et tout chez lui criait qu'il voulait être seul.

Legolas demanda tout doucement :

« Dois-je partir ? »

Kili ne répondit pas tout de suite.

« Je peux vous laisser seul, poursuivit Legolas. Je vous ai suivi parce que... parce que j'étais inquiet. Parce que je vous aime. »

Cela poussa Kili à lever la tête.

« C'est vrai ? murmura-t-il. »

Legolas vint s'asseoir à ses côtés, ce qui appuya son côté gauche contre la chaleur de Kili.

« Oui, dit doucement Legolas. Jamais de ma vie je n'ai eu besoin d'être à côté de quelqu'un. Quand vous vous êtes enfui,j'ai senti ma poitrine se resserrer à tel point que je ne pouvais presque plus respirer. Ce n'était pas juste que je voulais vous suivre : c'était que je devais vous suivre. »

Kili étendit finalement un peu plus les jambes et s'appuya contre Legolas. Cela lui donna une chance de l'attirer encore plus près, et Legolas enroula son bras autour du jeune nain.

« Je ne pouvais juste pas rester, avoua Kili. Pas après avoir découvert que Bilbon est là-bas avec un, un meurtrier et qu'il n'y a rien qu'on ne puisse faire-

- Gandalf a dit qu'il ressentait la présence de Bilbon près du Mordor, et personne avec lui, dit Legolas. Il y a encore de l'espoir que Bilbon ait échappé aux griffes de celui qui voudrait lui faire du mal. »

Kili ne dit rien pendant un moment. Le vent soufflait autour d'eux, et il murmurait de viles choses sur l'ouest. Osgiliath brûlait encore et toujours, la fumée noire s'élevant désormais à plusieurs mètres dans les airs. Legolas pensa aux deux jeunes filles qui étaient avec Denethor et Gandalf, aux centaines d'hommes, de femmes et d'enfants éparpillés dans les niveaux inférieurs de Minas Tirith, et son cœur ressentit le même chagrin que la brise. Le sang coulerait encore, très bientôt. Le soleil de demain se lèverait terriblement rouge de deuil. Il pensa au sang sur la joue de Kili, à la flèche qui avait failli le tuer, aux orques qui l'auraient achevé si Legolas n'avait pas été là, et il ne put s'en empêcher. Il serra Kili contre lui et déposa un baiser désespéré sur son front, sentant une peau chaude et vivante sous ses lèvres. Kili était vivant. Kili était vivant.

« Vous m'aimez. »

Legolas hocha la tête, ses lèvres toujours sur le front de Kili.

« Ca tombe bien, parce que je vous aime, répondit Kili. »

Legolas savait que le nain le sentait quand ses lèvres se retroussèrent sur un sourire.

« Hum. Je ne sais pas comment les autres vont le prendre, cela dit. Mais ça m'est égal que vous soyez un elfe de la Forêt Noire. Vraiment, et je vous défendrai jusqu'à mon dernier souffle. Vous êtes... vous êtes le sentiment de chaleur dans mon cœur, la présence calmante qui m'a tellement manqué ces derniers jours. C'était déjà dur sans Fili ou mon Oncle, mais sans vous, non plus... Vous m'avez tellement manqué. »

Ce n'étaient pas des mots qu'il voulait dire, mais Kili devait quand même les entendre.

« Je suis un prince de la Forêt Noire, dit-il à voix basse. »

Kili s'immobilisa dans ses bras.

« Vous êtes... le fils de Thranduil ?

- Le plus jeune.

- Je croyais que vous étiez son intendant, le jour où vous êtes venus à Erebor !

- Je suis son intendant, en quelque sorte. Je suis le premier qu'il appellerait à ses côtés en cas de besoin. »

Un silence. Puis Kili eut un léger rire.

« Eh bien, ça rendra intéressant le jour où je vous présenterai comme mon fiancé. »

Legolas sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.

« Fiancé ? demanda-t-il. »

Kili déglutit, et Legolas se recula pour le regarder. Kili avait l'air nerveux, mais dans ses yeux se trouvaient détermination et amour.

« Eh bien, ce n'est pas vraiment le moment idéal pour ça, et je ne sais pas comment s'en sortirait un elfe avec la forme naine de cour ou de fiançailles, et je n'ai vraiment aucune idée de ce que je fais, par Mahal, mais- »

Legolas pressa ses lèvres contre celles de Kili, le faisant taire. Quand il avait embrassé Kili auparavant, il avait senti ces mêmes lèvres chaudes sous les siennes, mais elles avaient été calmes, sous l'influence du Palantir. Maintenant, maintenant elles étaient féroces et audacieuses, se penchant de côté pour approfondir le baiser, et les lèvres de Kili étaient comme un feu sur sa peau, le brûlant à chaque contact. C'était l'esprit de Kili qui rencontrait le sien dans une salive chaude et une cajolerie étonnamment douce de sa langue, et Legolas emmêla ses doigts dans les cheveux de Kili et l'attira encore plus près, savourant le gémissement qu'il arracha au nain. Voilà le baiser qu'il avait attendu de Kili. Voilà la passion, le feu, l'amour qu'il avait vu en Kili.

Il se sépara enfin de Kili, haletant fortement, ses pensées uniquement concentrées sur Kili et ses lèvres et l'appel de plus plus plus.

« Ca vous est égal ? demanda-t-il. Pour mon père ?

- Il n'est pas vous, dit fermement Kili. »

Enfin, aussi fermement que possible, étant donné qu'il était essoufflé et fixait les lèvres de Legolas comme si elles détenaient la réponse à tous les secrets du monde.

« Ce qui est bien, parce que je ne veux pas l'embrasser, je préférerais nettement vous embrasser à nouveau. On le dira aux autres plus tard.

- Votre oncle le sait, avoua Legolas. Et depuis un certain temps. »

La langue de Kili caressa sa lèvre inférieure, et Legolas n'avait même pas énoncé convenablement ses intentions, rien de tout ça n'était fait correctement, et il ne s'en souciait pas particulièrement.

« Tant mieuxpour lui, dit Kili. »

Puis il embrassait enfin Legolas à nouveau, ses lèvres humides et pleines, et Legolas ignora la brise quand elle souffla autour d'eux. Il y avait un moment de bonheur à prendre parmi toute cette destruction et cette mort, et c'était pour Legolas et Kili, et il le prendrait. Il y aurait peu d'occasions plus tard.

Il emmêla ses mains à celles de Kili, et leurs doigts glissèrent ensemble comme s'ils avaient été faits pour cela. Peut-être que c'était le cas.

Puis il cessa de réfléchir et se laissa envahir par les lèvres de Kili et la langue de Kili et les cheveux de Kili et Kili.

(-)

Mon Anneau est perdu pour moi.

« Je le chercherai pour vous, Maître. »

Tu ne peux pas le chercher. Moi seul peux écouter son appel. Tu dois commencer la marche, lever ma bannière. Déjà mes alliés viennent à ton aide. Tu es mon général, mon seul fidèle, mon bien-aimé. Toi et ton fils êtes à moi, et pour votre loyauté, vous serez récompensés. Déjà ceux que vous voulez viennent vers vous. Frappez en mon nom et prenez-les pour vous ! Mettez à genoux la Terre du Milieu !

Avec un hochement de tête, Azog enroula sa langue autour du Westron.

« Ce sera fait. »

Il se tourna vers l'armée qui se préparait près de la Porte Noire. Il était temps de mettre un terme à la lignée de Durin. Il était temps de porter les neveux de Thorin Écu-de-Chêne comme armure. Il était plus que temps de transpercer d'une lance la tête de Thorin et de le porter à travers la bataille.

C'était dommage que personne n'ait retrouvé le Semi-Homme qui avait tant défendu Thorin. Azog aurait apprécié de le déchirer devant le nain. Il devrait se contenter des deux jeunes nains.

Il appela son fils à ses côtés et désigna d'un geste la bataille.

« Tu les mèneras avec moi, dit-il d'une voix éraillée. Toi et moi servirons bien notre Maître. »

Bolg balança sa massue en os et se mit à rire. Oui, ils le serviraient bien. Azog reporta son regard vers l'armée d'orques et d'Uruk-haï qui criaient. C'était une armée digne d'un roi, d'un dieu. Azog serait leur dieu, et Bolg serait juste à côté de lui.

Il est temps.

Et Azog sourit.

(-)

« Dernwyn. »

Elle leva les yeux en entendant la voix de son oncle. Thengel lui adressa un gentil sourire et hocha la tête en direction de sa tente. Elle tendit son bol encore plein de ragoût à Fili – il y avait peu de chance qu'il en reste plus tard, étant donné que c'était à Fili qu'elle l'avait tendu – et suivit Thengel à l'intérieur. L'air froid de la nuit était diminué par le tissu qui les entourait, mais malgré les bougies il faisait quand même froid.

« Oui ? »

Thengel resta debout un long moment, le dos tourné. Assez longtemps pour que Dernwyn vienne le là il manque un mot, et qu'on me dise pas le contraire ^^.

« Mon Oncle, qu'est-ce qui vous trouble ? »

Il se retourna enfin et posa les mains sur ses épaules.

« Je sais que je vous ai déjà donné ma bénédiction, àFiliet vous, dit-il. Mais je veux que vous sachiez que vous serez toujours chez vous à Edoras. »

Elle sourit, sincèrement touchée.

« Je le sais. Sincèrement, je ne sais pas si je pourrais le quitter. Mais je sais que Fili est lié par devoir à Erebor, étant l'héritier régent après Thorin. C'est une inquiétude pour plus tard, quand il n'y aura pas de bataille devant nous. »

Thengel hocha la tête.

« Oui, la bataille. C'est pour ça que je voulais vous parler. »

Dernwyn sentit son sourire s'effacer de son visage.

« S'il vous plaît, ne nous insultez pas tous les deux en essayant de me renvoyer, dit-elle aussi calmement que possible. Je sais que vous ne pensez pas que j'ai ma place ici, mais la fille d'Elrond est venue-

- Paix, Dernwyn. Vous avez plus que mérité une place parmi les autres guerriers. Arwen ne verra pas la bataille : son objectif est d'atteindre Minas Tirith et de s'occuper des gens là-bas, en tant que guérisseuse. Elle sera bien protégée. Tout comme vous. »

Dernwyn essaya de ne pas rouler des yeux à ces mots. Savoir que les nains la considéraient comme une guerrière douée l'aida un peu à calmer sa colère montante. Un peu.

« Alors qu'y a-t-il ? »

Thengel sembla chercher quelque chose sur son visage. Quelque chose qu'il ne trouvait pas. Perturbée par le fait qu'elle ne correspondait pas aux standards, quels qu'ils soient, auxquels il la comparait, elle fit en sorte de se tenir plus droite et leva le menton.

« Alors qu'y a-t-il ? demanda-t-elle à nouveau, plus gentiment que la première fois. »

Il toussa, du moins c'est ce qu'elle crut. Son sourire s'élargit et il riait, éloignant une mèche rebelle de son visage.

« Je me souviendrai toujours de la jeune fille déchaînée qui courait à travers Edoras comme si c'était son champ de bataille, combattant des orques au marché, défendant les salles des méchants et des voyous. »

Son visage se mit à brûler, mais il souriait encore avec affection.

« Je l'admets, il y a des jours où cette enfant me manque. Elle était jeune et libre des vraies batailles. »

Il secoua la tête.

« Mais j'aurais regretté de ne pas connaître cette belle jeune femme devant moi, cette femme volontaire, obstinée, mais forte qui combat dans ses propres vraies batailles. »

Son visage rougit encore davantage devant le compliment.

« Je ne pars pas au combat pour le combat, mon roi, dit-elle. Je pars pour défendre le Rohan. Je pars pour vous protéger.

- Et je voudrais que vous me promettiez à nouveau que quand le moment viendra, c'est vous que vous défendrez d'abord, et pas moi.

- J'ai fait ce que vous m'avez demandé en Isengard, argumenta-t-elle. »

Elle ne savait pas pourquoi elle protestait, mais il y avait une pointe de peur qui la traversa devant sa voix, ses paroles, et elle sentit la glace recouvrir son ventre.

« Je me suis défendue d' je pars au combat pour protéger mon roi.

- Je ne suis plus votre roi, dit doucement Thengel. »

Dernwyn cligna des yeux, stupéfaite.

« Vous promettez votre main à votre nouveau roi. Un jour, Fili prendra le trône de son peuple, et ce sera vous à ses côtés. C'est un futur beau et brillant, un futur d'espoir et de paix, et je ne voudrais qu'il soit perdu sur le champ de bataille. »

D'une façon ou d'une autre, elle avait oublié cela. Fili était un prince, Thorin le roi. Mais les rois laissaient la place aux princes, et un jour ce serait Fili le roi. Alors elle ne pourrait jamais retourner au Rohan.

« Je... »

Elle s'aperçut qu'elle n'avait pas la voix pour continuer.

Thengel se pencha en avant et déposa un baiser sur son front.

« Je ne vous verrai pas tomber, dit-il. Vous, qui avez été une fille, une nièce, une enfant pour moi. Je ne vous verrai pas tomber à ma place.

- Vous parlez comme si vous alliez mourir, dit-elle brusquement. N'avez-vous aucun espoir pour demain ? »

Quand Thengel refusa de lui répondre, Dernwyn tendit les bras et prit son visage dans ses mains.

« Mon Oncle, câjola-t-elle, détestant le fait que sa voix tremblait. Mon Oncle, parlez-moi. Vous me faites peur. »

Thengel soupira, et sembla vieillir sous ses yeux.

« J'ai tant d'espoir pour le futur, pour notre peuple, pour vous et Fili et mes enfants, dit-il. Mais mes rêves sont sombres dernièrement. J'ai vu la citadelle blanche du Gondor, envahie par les orques, et je tombe avec elle. J'ai de l'espoir pour votre futur, Dernwyn. Mais je n'en ai aucun pour le mien. »

Elle avait l'impression que son cœur était agrippé dans une pince.

« Ce sont des rêves, et rien de plus. Vous ne tomberez pas. Je ne vous le permettrai pas. Ne craignez pas cela. »

Son sourire triste ne fit qu'accentuer la terrible impression de pressentiment en elle.

« Je ne le crains pas. Je crains votre perte plus que la mienne. J'ai vécu ma vie, Dernwyn. Je passerais encore bien des années sur cette terre, et avec bonheur, si c'était ce que le sort voulait m'offrir. Mais j'ai peur que ce ne soit pas le cas. »

Il respira profondément.

« Morwen régnera à ma place jusqu'à ce que Théoden soit adulte. Je voudrais que vous alliez avec Fili, pour faire de son royaume votre royaume. Mais sachez qu'Edoras vous accueillera toujours.

- Mon seigneur, le Seigneur Elrond voudrait vous parler. »

Thengel adressa un signe de tête à l'homme à l'entrée de la tente, puis se retourna vers Dernwyn, qui était figée devant lui.

« Cette bataille sera plus féroce que l'Isengard, dit-il. Je vous ai perdue de vue si vite, et n'ai pu que prier que vous restiez avec le peuple de Thorin. Cela se produira de nouveau, et je voulais que vous entendiez ces mots maintenant, avant qu'il puisse être trop tard. »

Il y avait des larmes dans ses yeux, mais un sourire, le plus doux, le plus tendre des sourires, sur ses lèvres. Cela lui rappela le sourire qu'il lui avait offert quand son père avait été ramené à la maison, mort, et qu'il l'avait réconfortée. Il la laissa ensuite, partant parler avec le Seigneur Elrond. Dernwyn découvrit qu'elle ne pouvait pas bouger.

« Dernwyn ? »

Lentement Dernwyn cligna des yeux. Bofur était accroupi devant elle, et elle réalisa qu'elle s'était assise par terre.

« On vous cherche depuis un moment, dit-il. »

Il fronça les sourcils et prit ses mains dans les siennes.

« Vous êtes pratiquement gelée sur place ! Je devrais vous amener près du feu, vous réchauffer un peu.

- Pensez-vous que nous allons gagner ? se surprit-elle à lui demander. »

Sa gorge était enrouée par la peur et les larmes retenues. C'était une question injuste : on devait croire à la victoire, sans quoi le combat était déjà perdu.

Bofur cligna des yeux, mais quand il répondit, ce n'était pas la réponse à laquelle elle s'était attendue.

« Je pense que nous nous battons pour quelque chose, quelque chose de plus précieux que l'or ou les joyaux, dit-il lentement. Je pense que nous nous battons pour tout ce qui nous rend bons. Amis, famille, étrangers qu'on ne connaîtra jamais. Nous nous battons pour eux parce que ça compte. C'est pour cela que Bilbon se bat. Pour ceux qu'il appelle son trésor. Et si nous nous battons pour ça ? Alors nous avons déjà gagné. Le combat, c'est la partie facile, après cela. »

Il lui adressa un clin d'œil, et elle ne put s'empêcher de rire.

Elle renifla et s'essuya les yeux.

« Des gens vont tomber, dit-il doucement, la faisant s'interrompre. On ne part au combat en pensant qu'on va tous s'en sortir. Mais on fait de son mieux, et on gagne pour que les morts s'arrêtent. Et si c'est quelqu'un qu'on connaissait, quelqu'un qu'on aimait, quelqu'un de la famille, alors on laisse les gens autour de soi aider à supporter le deuil. »

Il y avait un air entendu dans son regard étant donné qu'il l'avait trouvée dans la tente de Thengel, elle savait qu'il devait savoir ce qui l'avait effrayée, ce qui l'avait frappée au point de la faire s'écrouler au sol.

« Thengel jure qu'il a vu sa mort prédite dans un rêve, lui dit-elle. Il jure que quand le Gondor sera pris, il ne vivra plus.

- Alors nous ne laisserons pas le Gondor être pris, dit simplement Bofur. »

Elle inspira profondément, puis retint son souffle, laissant l'air brûler en elle avant de le relâcher. Cela lui apporta plus de clarté, plus de réconfort dans l'ici et maintenant de ce qu'elle pouvait contrôler.

Si le rêve était vrai, alors le Gondor devait tomber pour que Thengel meure. Si le Gondor ne tombait pas, alors il vivrait. Le sort, cependant, n'était souvent pas si aimable, ni si facile à déjouer.

Mais que le Créateur protège celui qui se tiendrait entre elle et son roi. Elle ne le laisserait pas tomber. Surtout pas.

« Vous serez là pour me protéger, demanda-t-elle. »

Bofur acquiesça facilement.

« Et je serai là pour le protéger. »

Il lui adressa un grand sourire lumineux.

« Ca m'a l'air la meilleure façon d'aller au combat, jeune fille. On ne le laissera pas tomber. »

Ori et Fili ne tardèrent pas à entrer, et Bofur relaya les événements quand Dernwyn ne put trouver les mots. Tous acquiescèrent rapidement qu'ils protégeraient Thengel à tout prix.

« S'il craint le rêve, alors nous le craindrons avec lui, dit fermement Fili. Mon Oncle et Aragorn reviendront avec l'armée, et le Gondor ne sera jamais envahi. Nous empêcherons que cela se produise, Dernwyn, je vous le jure. »

Peut-être le sort ne pouvait-il être détourné. Mais avec trois nains déterminés devant elle, et son cœur s'envolant avec espoir, Dernwyn s'autorisa à croire qu'il pouvait être arrêté. Et peut-être que ce n'était rien d'autre qu'un rêve angoissé de Thengel.

Elle ne le laisserait pas avoir peur seul sur le champ de bataille. Elle l'aiderait, et Fili serait juste à côté d'elle. Ils repartiraient tous de ce champ de bataille. Elle ne perdrait aucun d'entre eux. Elle ne les perdrait pas.

Elle s'appuya quand même contre l'éteinte de Fili toute la nuit, et si elle ne dormit pas vraiment, personne ne commenta.

(-)

Quand il trébucha pour la troisième fois, Bilbon sut qu'il devait faire quelque chose.

Son sac avait été déchiré lors de sa fuite désespérée de l'antre d'Arachne. Par conséquent, plusieurs choses, telles que la viande séchée qu'il gardait, avaient été perdues. Il avait trouvé une dernière miche de pain lembas un peu plus loin, encore emballée dans sa feuille protectrice. Il avait enfoncé sa cape au fond du sac pour tout protéger à l'intérieur, et avait délibérément ignoré son estomac pour la nuit. Les baies, la viande, tout avait disparu. Tout ce qu'il avait était le pain lembas, et ça ne suffirait pas pour l'aller et le retour s'il n'en mettait pas de côté. Il aurait faim, et voilà tout. C'était très anormal pour un hobbit, mais tandis qu'il parcourait les vallées et le terrain rocheux du Mordor, le sol brûlant sous ses pieds déchirés, il déduisit avec ironie que rien de tout ça n'était normal pour un hobbit.

Il était maintenant assis à côté du petit chemin qu'il avait trouvé, qui était passé bien trop près de la tour orque pour sa propre sécurité. Il avait entendu une dispute éclater à l'intérieur avec des rires tapageurs et bien trop de cris d'agonie. Il avait avancé aussi vite que possible, la lumière de la fiole aidant à guider son chemin. Dard avait brillé d'un bleu si intense qu'il avait cru qu'elle allait dépasser la fiole. Ici, il était en sécurité : Dard brillait argentée maintenant, et rien de plus.

Ses vêtements étaient collés à son corps par la sueur, mais étaient trop grands dans l'ensemble, et sans ses bretelles, son pantalon serait à peine resté en place. Il avait déjà perdu beaucoup de poids, et sa peau commençait à marquer facilement. Il se sentait comme l'une des statues près de l'entrée d'Erebor, sale et craquelé : une bonne chute et il se briserait en morceaux.

Il se secoua et regarda la poussière voler de ses cheveux autrefois propres et bouclés. La chaleur les avait asséchés, et ils grattaient contre sa joue et son cou quand les vents chauds soufflaient. Ils étaient comme de la paille quand il les éloignait, mais ses propres mains étaient tellement blessées qu'il avait mal au bout des doigts : si ses cheveux étaient vraiment comme de la paille, il ne le saurait pas en les touchant.

Il se remit enfin sur pieds, et une vague de vertige l'envahit si vite qu'il retomba au sol. Cela envoya un pic de douleur dans son dos et le fit tituber à la rechercher d'une prise ferme sur n'importe quoi autour de lui. Un gémissement de douleur franchit ses lèvres, et il les serra pour en empêcher un autre, alors même que ses lèvres sèches protestaient contre ce traitement.

Tu souffres inutilement.

Oh non, pas maintenant, s'il vous plaît pas maintenant. La chaîne qui tenait l'Anneau lui coupait la nuque chaque jour, et des traces de sang avaient commencé à tacher sa chemise. Il enfonça ses doigts déchirés dans le sol et agrippa les rochers, assez fort pour rompre la peau.

Mets-moi, et tu pourras te reposer. Tu pourras enfin te reposer, car tu es fatigué.

Une main avait monté vers l'Anneau sans qu'il le sache, et il le sentait battre contre sa peau. Ce fut comme un verre d'eau froide et rafraîchissante quand il le toucha, et Bilbon soupira de soulagement. Juste... juste une minute. Il pouvait le tenir juste une minute, ensuite il le lâcherait et il irait bien.

« Oh, mon amour, mon cœur. »

Bilbon cligna des yeux. Elle était là juste devant lui, telle qu'elle avait toujours été,jusqu'au tablier qu'elle avait pris l'habitude de porter quand les autres femmes à Hobbitbourg avaient ragoté sur elle et ses aventures. Elle avait l'air si triste maintenant, en le regardant qu'il tendit la main vers elle pour l'essuyer de son visage.

« Mère ? »

Belladone sourit alors,mais la peine était toujours là.

« Tu es arrivé si loin tout seul, dit-elle. Mon brave et brillant Bilbon.

- Plus loin que tout autre hobbit, tenta-t-il de dire fièrement, bravement, mais son visage s'effondra. Plus loin que je n'ai jamais voulu aller. »

Elle se mordit la lèvre, et ce fut presque comme s'il était de retour à Cul-de-Sac, la regardant essayer de trouver les mots justes pour le réconforter. Elle s'inquiétait toujours des mots justes, et il ne savait pas pourquoi. Elle avait toujours trouvé les mots justes à dire.

« Tu sais qu'il faut aller plus loin, n'est-ce pas, mon amour ? »

Il le savait, mais il ne voulait pas.

« Je veux rentrer à la maison, avoua-t-il. Mère, je ne sais pas si je peux faire ça-

– Tu le peux, et tu le feras, dit-elle. »

Et son sourire était si beau et lumineux que des larmes lui montèrent aux yeux. Sa brave et merveilleuse mère, et il voulait si désespérément la serrer contre lui, qu'elle le prenne dans ses bras, lui dire combien il l'aimait.

« Tu vas le faire, Bilbon Sacquet. Tant dépendent de toi, mais tant croient en toi, aussi. Y compris moi. J'ai toujours cru en toi, chéri. »

Puis elle avait disparu.

« Mère ? dit frénétiquement Bilbon, cherchant autour de lui. Mère ! »

Seuls les vents hurlants lui répondirent. Il se retourna contre un large rocher et pleura, des larmes chaudes qui lui piquaient les yeux et roulaient sur ses joues. Il était seul, et ça lui allait d'être seul, mais sa perte immédiate était comme un couteau qui lui transperçait le cœur. Dans son esprit, il savait qu'il avait toujours été seul, mais elle avait été si réelle, et il avait senti les pivoines qu'elle cueillait toujours fraîches pour les mettre dans ses cheveux. Elle avait été si réelle.

Il était de nouveau réveillé, cependant, son esprit totalement alerte, et avec ça vint la réalisation qu'il ne pouvait pas continuer avec tout ce qu'il avait sur lui. Il devait alléger le fardeau. Et la première chose qui lui vint à l'esprit fut son manteau. Son manteau sale, taché, déchiré, l'une des seules choses qu'il lui restait de la Comté. Il ne pouvait pas supporter de le laisser. Mais le Mordor était trop chaud, et il était épuisé, et le poids du manteau était juste trop grand. Il devait le laisser.

Il tira l'un des boutons jusqu'à ce qu'il se détache, et le rangea dans la poche de son pantalon, ne serait-ce que pour garder avec lui quelque chose de réconfortant. Ses yeux se portèrent vers le bord, vers la bordure qui avait été brodée pour lui. Une partie avait déjà été arrachée dans sa tentative désespérée d'échapper aux griffes de Mablang, mais une autre partie avait été soigneusement coupée par ses propres mains. Il n'en restait qu'un petit morceau, mais quand bien même, Bilbon ne pouvait pas faire ça. Il ne pouvait pas le jeter.

Il s'assit sur l'un des rochers et tira Dard d'une main tremblante. Soigneusement, oh, si soigneusement, il découpa le bord et lutta pour libérer le dernier morceau de broderie, grimaçant tandis que ses coups tiraient sur ses mains déchirées. Mais il ne pouvait pas le laisser : c'était le dernier morceau de chez lui, de Thorin, qu'il avait.

Quand il le libéra, il jeta le manteau dans le ravin derrière lui et ne le regarda décidément pas tomber. À la place il garda les yeux sur le long fil dans sa main. Peut-être qu'il était juste assez long... ?

Il l'étala sur son genou et reposa son poignet dessus. Avec l'autre main et les dents, il réussit à réunir les deux bouts pour le nouer, malgré les protestations de ses doigts. C'était serré et étroit, mais ça suffisait. Le nœud ne glisserait pas facilement, et avec un peu de chance il ne le déchirerait pas trop dans son ascension.

Il rengaina Dard au second essai, son bras ayant besoin d'une concentration accrue sur ce qu'il devait faire, et il se remit à trébucher, la broderie contrastant avec son poignet blanc pâle. Avec un peu de chance, enlever le manteau suffirait. Avec un peu de chance, il pourrait continuer à un bon rythme à partir de maintenant.

Et s'il imagina une présence à ses côtés, d'une longue jupe rouge qu'il avait agrippée dans son enfance et d'un sourire tendre qui lui était réservé, c'était assez pour le faire continuer.

(-)

« Je ne t'ai donné aucune autorité ! »

La voix dure fut suffisante pour pousser Kili et Legolas à courir vers la salle du trône. La scène devant lui était surprenante.

Denethor était debout au centre de la pièce, face à Ecthelion, dont les yeux trahissaient une grande rade. Dans un coin, Finduilas et Ivriniel étaient recroquevillées près d'un pilier, regardant les événements se dérouler avec des yeux écarquillés. Gandalf se tenait à côté d'Ecthelion, tournant le dos à Denethor de façon à montrer clairement de quel côté il était. Cela ne fit qu'encourager Ecthelion.

« Vous vous rangeriez avec ce... ce traître, cet enfant que j'aurais dû chasser- ?

- Cet homme a sauvé des vies innombrables en réfléchissant vite, explosa Kili. »

Il ignora le regard perçant de Gandalf, et la main de Legolas sur son épaule. Kili fusilla du regard Ecthelion, qui fut réduit au silence par son apparition soudaine et ses mots.

« Vous devriez être fier de lui, vous devriez être reconnaissant ! »

Le visage d'Ecthelion se tordit en quelque chose de si vil qu'il faillit faire reculer Kili. Faillit : il avait affronté assez d'orques, il avait affronté l'Orque Pâle, pour ne pas être si facilement intimidé.

« Comment osez-vous me parler ainsi ? siffla Ecthelion. Vous n'êtes pas du Gondor, et je suis son Intendant !

- Je suis un prince, rétorqua Kili. En termes de pouvoir, mon seigneur, je crois que cela signifie que je vous dépasse. »

Le silence retomba dans la pièce. Ecthelion semblait sur le point d'exploser, mais les épaules de Denethor retombèrent de plusieurs centimètres avec soulagement. Kili aurait pu jurer que Gandalf dissimulait un sourire, mais quand il se tourna vers Ecthelion, il était de nouveau sérieux et solennel.

« Kili n'a aucun désir de prendre l'autorité politique ici, assura-t-il à Ecthelion avant que l'Intendant ne puisse parler. Il voulait simplement faire entendre sa voix. Il est dur d'être si jeune et d'avoir tant de responsabilité quand personne ne veut l'accepter. »

Il adressa un regard pointu à Kili.

Eh bien, cette fois, l'injustice politique était juste, étant donné la façon dont Kili avait dit ces mots. Au nom de Mahal, à quoi avait-il pensé ?

« Gandalf dit vrai : je voulais seulement que mes mots aient le poids qu'ils devraient avoir, dit-il. »

Quand Gandalf étrécit les yeux, il se força à continuer.

« Mais même si je n'étais pas un prince, ne suis-je pas un invité ? Je ne parle pas mal de votre fils, mais je chante ses exploits. Il a bien agi envers votre peuple-

-Il a perdu Osgiliath, dit amèrement Ecthelion. Il n'y a nul exploit à chanter.

- Et si vous aviez augmenté les hommes sur la rive ouest, comme je l'avais suggéré avant de partir pour le Conseil, alors peut-être que ce ne serait pas arrivé ! cria Denethor. Des vies auraient pu être sauvées, vous auriez pu avoir gloire et honneur, mais au lieu de cela, vous régnez sur une terre mourante avec des cités qui brûlent où se trouvent des victimes carbonisées. »

Le claquement de la main d'Ecthelion sur la joue de Denethor tira des halètements de sursaut aux filles, et c'était assez. Avant que Kili ne puisse parler, cependant, Legolas intervint, sa voix froide et calme.

« Il dit vrai. Osgiliath est perdue.

- Ne me parlez pas, elfe, de terres perdues : votre forêt est envahie et ruinée, n'est-ce pas ? dit Ecthelion. »

Les yeux de Legolas ne firent que s'étrécirent de fureur silencieuse.

« Au moins nous savons admettre quand elle a été perdue, répondit-il froidement. »

Le visage d'Ecthelion se fit rouge vif tandis qu'il essayait de contrôler sa colère, et Kili lutta pour ne pas sourire. C'était probablement mal de sa part de penser que Legolas était encore très attirant quand il était en colère, du moment que ce n'était pas contre Kili que Legolas était en colère. C'était un être fort et dangereux, aussi doué avec les mots qu'il l'était avec son arc, et d'accord, c'était vraiment attirant.

« Legolas a raison : Osgiliath est perdue. Nous devons concentrer notre défense sur la protection de Minas Tirith, dit Gandalf. Le roi Thengel du Rohan chevauche rapidement pour vous aider, mais il ne peut combattre cela seul. Nous devons parler avec votre capitaine. Quels hommes avez-vous ? »

Ecthelion incendia Legolas et Kili du regard un long moment, puis se tourna enfin vers Gandalf. Denethor, il l'ignora complètement, et le jeune homme saisit l'occasion de s'éloigner de son père, le visage rouge d'humiliation, sa main appuyée soigneusement contre la joue giflée. Il y avait là du sang, une ligne fine et nette qui saignait juste assez pour que quelques gouttes s'accumulent et coulent sur sa peau. L'un des anneaux d'Ecthelion. Kili eut soudain envie de tempêter contre Ecthelion au nom de Denethor, pour son propre cœur qui se brisait à la vue d'un rejet si évident, mais alors même qu'il s'avançait, Legolas le prit par le bras.

« Lâchez-moi, siffla Kili dans sa barbe.

- Si je ne peux pas tirer une flèche sur lui, vous ne pouvez pas lui faire de mal, non plus, murmura Legolas. Ce n'est que justice.

- Vous n'êtes pas drôle, murmura Kili. »

Il céda néanmoins. Ecthelion et Gandalf partaient déjà voir le capitaine.

Ce fut donc une surprise quand Finduilas s'éloigna de sa sœur et vint leur bloquer la route. Ecthelion lui sourit gentiment, bien que son front soit toujours plissé.

« Bonjour, petite, dit-il. Veux-tu que je demande des nouvelles de ton père pour toi ?

- Denethor le fait déjà, parce que c'est un homme bon, dit-elle poliment, mais ses yeux étaient furieux. Vous êtes un homme cruel et terrible, et un horrible père. Si vous ne pouvez même pas diriger votre maison dans la paix et l'amour, comment comptez-vous mener votre peuple de la même façon ? »

Ce fut seulement Ivriniel éloignant rapidement Finduilas qui épargna sans doute à l'enfant le poison qui serait ensuite sorti de la bouche d'Ecthelion. Mais l'Intendant semblait être en état de choc, regardant entre elle et Denethor. Ses yeux se posèrent sur le sang sur la jour de Denethor, mais avant que quoi que ce soit d'autre ne puisse arriver, les portes s'ouvrirent, et Gandalf les fit sortir tous deux.

Lorsque les portes se refermèrent, tout le monde laissa échapper son souffle.

« A quoi pensais-tu ? cria Ivriniel à sa sœur. Non, tu ne pensais pas, tu as réprimandé l'Intendant !

- Il méritait une bonne réprimande, dit Finduilas avec obstination. Il a fait du mal à Denethor. »

Elle se dirigea vers Denethor, qui s'agenouilla dès qu'elle s'approcha suffisamment. Ses yeux prirent une lueur effrayée quand elle vit le sang, mais elle se dressa résolument devant lui.

« Est-ce que ça fait mal ? demanda-t-elle. »

Denethor secoua la tête.

« Non, plus maintenant, promit-il. Le sang a déjà séché.

- Et ici ? demanda-t-elle. »

Elle appuya sa main sur sa poitrine, là où son cœur se trouvait.

« Est-ce que ça fait encore mal ici ? »

Les yeux de Denethor brillèrent, mais il lui adressa un sourire amer.

« Ça fait toujours mal ici, dit-il doucement. Et un jour, je crains que cela ne fasse de moi un homme aussi misérable que lui : seul et fou.

- Il ne serait pas seul, s'il ne voulait pas être seul, dit Kili. »

Il se dirigea vers eux avec Legolas pour les rejoindre.

« Ce n'est pas votre faute. »

Finduilas leva la main jusqu'à la joue de Denethor, qui était encore rouge vif et ensanglantée.

« Je ne pense pas que vous serez seul, dit-elle enfin. Trouvez quelqu'un qui sera toujours à vos côtés. Ainsi vous ne serez plus jamais seul. »

Il lui sourit, touché par ses paroles.

« Des mots sages, venant de quelqu'un si jeune, dit-il. Merci, Finduilas. »

Elle lui rendit son sourire, et Kili aurait pu jurer que l'air était plus léger à respirer. Même Ivriniel souriait maintenant, bien qu'elle secoue la tête avec résignation en regardant sa sœur. Kili connaissait ce regard : il le recevait souvent de Fili. Et la douleur était là, toujours ponctuelle, quand il pensait à son frère. Fili, fais vite.

Les portes s'ouvrirent largement, mais ce ne fut ni Ecthelion ni Gandalf qui entra. Deux hommes entrèrent, l'un un garde, l'autre dans des vêtements sales.

« Mon seigneur, commença l'homme. »

Mais Finduilas et Ivriniel coururent alors vers la porte, leurs cris de joie ne rendant le moment que meilleur.

« Papa ! Papa ! »

Les filles furent soulevées un instant plus tard par la figure échevelée, et leur rire joyeux emplit lasalle du trône. Pendant un moment, Denethor sembla si heureux pour elles, mais si douloureusement jaloux, que Kili voulut le réconforter. Puis le visage de Denethor s'éclaircit, et il alla saluer l'homme. Kili observa les deux jeunes filles s'accrocher à leur père, discutant et serrées dans ses bras comme si elles étaient le plus grand trésor du monde, et tandis que son cœur avait mal de l'absence de Fili, il avait aussi mal désormais de l'absence du seul vrai père qu'il ait jamais connu. Il avait été soulevé et adoré et aimé comme ça, enfant.

« Ils seront bientôt là, dit Legolas, comme s'il lisait dans l'esprit de Kili. Il n'y a rien qui pourrait maintenir Fili ou Thorin éloigné de vous. Vous n'avez pas vu leurs visages, quand le Palantir vous tenait sous son emprise. Il y avait une telle peur que... »

Il secoua la tête.

« Vous êtes tout aussi aimé que Finduilas et Ivriniel.

- Vous aussi, dit Kili. »

Il ne savait même pas si les mots étaient vrais. La tristesse qui avait été visible sur le visage de Legolas, ce jour-là à Erebor, lui arracha les mots.

« Votre père vous aime.

- Quelque part, au fond, oui, acquiesça Legolas. Mais la Forêt Noire est sombre et dangereuse et déchire son esprit. Ce Thranduil n'est plus celui que j'appelais ma famille. J'ai peur pour lui.

- Si nous pouvons prendre l'Isengard, si nous pouvons sauver le Gondor, alors nous pourrons ensuite nous attaquer à la Forêt Noire, dit Kili. Nous ferons sortir les araignées de là. Peut-être même que nous forcerons mon oncle et votre père à parler gentiment. »

Legolas rit doucement.

« Les ténèbres dans la forêt seraient plus faciles à combattre que cela. »

C'était vrai. Kili eut un grand sourire, mais le reste de ses paroles fut coupé par un cri de panique à l'extérieur.

« Les orques ! Les orques sont venus à Minas Tirith !

- Mais Fili et mon Oncle ne sont pas là, murmura Kili, levant les yeux vers Legolas. »

L'elfe pinça les lèvres mais ne dit rien.

« Legolas, ils ne sont pas encore là !

- Alors nous aiderons à défendre le Gondor jusqu'à leur arrivée, dit Legolas. Venez : je veux vous voir arracher des orques du sol avec vos flèches.

- Ça a l'air amusant, dit Kili en ravalant sa peur. »

Il courut chercher son arc, Legolas juste derrière lui, et une fois armés, ils se précipitèrent ensemble vers le mur.