- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.
XXV : Procédure Moldue
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
Période couverte par le chapitre : 9 au 20 décembre 2004
Pritchard était déjà arrivé quand Harry pénétra dans le QG le lendemain matin.
— J'ai le dossier sur Mr et Mrs Grimstone, commença-t-il en guise d'accueil. Elle est relectrice chez un imprimeur, et lui est enchanteur dans une fabrique de conserves. Ils habitent une maison isolée dans les environ d'Exeter, sur la côte sud. Pas d'autres enfants. Pas d'accointance connue avec des Mangemorts, ni eux, ni des membres de leur famille proche. J'ai demandé à la police magique de faire une enquête de proximité.
— J'aimerais me rendre dans leur jardin, annonça Harry.
— Tu n'es pas supposé les rencontrer, rappela son partenaire.
— Je veux juste prendre le buisson de grifftouts en photo. Mais si tu préfères qu'on ne s'y rende pas, je peux aller en parler au brigadier Thruston.
— Ce sera mieux, approuva Pritchard.
— D'accord. Et il faudrait qu'on se procure un mannequin de la taille du gamin et un autre buisson de grifftouts pour faire notre expérience.
— Ton copain qui a fait les portraits à ton mariage, il connaît peut-être des artistes qui pourraient nous créer ça, suggéra Pritchard.
— Bonne idée, le félicita Harry qui était soulagé que son partenaire s'approprie lui aussi sa méthode.
Il passa au service de Police magique pour indiquer sa demande au brigadier Thruston qui lui promit de faire passer le message à l'équipe qui serait envoyée pour enquêter sur la réputation des Grimstone. Ensuite, il partit sur le Chemin de Traverse pour se rendre à l'atelier où se formait Dean Thomas.
La porte était ouverte et il entra. C'était une vaste pièce, haute de plafond, et toute en verrière. Il y avait une demi-douzaine de chevalets, ainsi que des sculptures en cours d'élaboration. Il s'était présenté au bon endroit.
Des yeux, il chercha son ami. Avant qu'il ne l'ait repéré, une jeune femme ayant en main un ciseau de sculpteur s'adressa à lui.
— Bienvenue, Monsieur Potter. Pouvons-nous faire quelque chose pour vous ?
— Je voudrais parler à Dean Thomas, expliqua-t-il.
— Je vais le chercher tout de suite, Monsieur Potter, assura-t-elle avant de se précipiter vers le fond de l'atelier.
Moins de vingt secondes plus tard, Dean arrivait avec un grand sourire.
— Quelle bonne surprise, Harry ! Tu vas bien ?
— En pleine forme, répondit Harry. Je viens te voir parce que j'aurais besoin d'un mannequin grandeur nature pour une enquête.
— Je serais ravi de pouvoir t'aider. Un mannequin ? Sans vouloir être indiscret, que veux-tu en faire ?
— C'est pour reconstituer une scène, expliqua Harry. La chute d'un enfant, pour vérifier que ses blessures correspondent à ce qu'on nous a raconté.
— Je vois. Façonner un modèle, ce n'est pas bien compliqué, mais pour qu'il ait la résistance et la masse d'un corps humain cela demande quelques sorts. Je pense connaître la personne qu'il te faut. Il crée des personnages en cire et les enchante pour jouer des histoires. Un peu comme un spectacle de marionnettes, explicita-t-il, mais à échelle réelle et activé par la magie. Suis-moi.
Il le fit traverser l'endroit puis passer une porte, monter quelques marches, prendre un couloir et débouler dans une pièce remplie de figurines dans diverses positions qui rappelèrent à Harry sa visite avec l'école au musée Madame Tussaud à Londres. Il y avait non seulement des sorciers, reconnaissables à leurs robes et chapeaux pointus, mais aussi des trolls, une licorne et d'autres créatures magiques.
— Mr Perks ! appela Dean.
— Je suis là, cria une voix venant de derrière un modèle de sorcier chinois du XVIIIe siècle portant une robe à ganse.
Ils s'avancèrent dans cette direction jusqu'à ce qu'un homme râblé et très brun, au tablier maculé, surgisse devant eux.
— Harry Potter ! reconnut l'artiste. Enchanté de vous rencontrer. Vous devez connaître ma fille Sally-Ann, qui était de votre année à Poudlard.
— Tout à fait, répondit Harry en tentant de se souvenir si elle était Poufsouffle ou Serdaigle.
— Désirez-vous une reproduction de vous-même ? À moins que vous ne vouliez que j'organise un spectacle de figurines animées.
— Harry a besoin d'un modèle pour reconstituer un accident, expliqua Dean.
Harry résuma la mise en scène qu'il imaginait, sans préciser le contexte.
— Pour que ce soit significatif, il faudra me dire la taille et le poids exact du modèle, fit l'artiste.
— Je les connais. Combien de temps vous faudra-t-il ? s'enquit Harry.
— Une demi-journée, peut-être. Je réutiliserai un mannequin existant.
— Nous passerons sans doute autant de temps à faire nos essais, évalua Harry. Par contre, il faudra plusieurs robes pour rejouer la scène un certain nombre de fois. Pourriez-vous me faire un devis pour tout cela ?
Ils se serrèrent la main pour marquer leur accord. De là, Harry se rendit dans l'herboristerie où travaillait Neville.
Il impressionna grandement l'employé qui arrosait les plantes et obtint les coordonnées de la serre où se trouvait son ami. Il le retrouva à l'endroit indiqué, en train de mettre en terre des arbustes qu'il avait dû acheter auparavant.
— Harry ! Ginny va bien ?
— Aussi bien que la semaine dernière quand elle a déjeuné avec toi, lui assura Harry. Je suis venu pour te demander un renseignement. Tu saurais où je peux trouver des buissons de grifftouts ?
— Dans les régions escarpées, lui répondit Neville.
— C'est un peu vague comme coordonnées, sourit Harry.
— Ah, d'accord. Essaie Pré-au-Lard. Je ne sais pas si tu t'es déjà promené au-dessus du village...
— Là où il y a des grottes ? demanda Harry.
— Oui, c'est ça.
— Merci, mon vieux, je te laisse travailler.
— À la prochaine, le salua Neville avant qu'il ne transplane au ministère.
Harry tint au courant Pritchard du résultat de ses démarches.
— Perks ? répéta l'Auror. Christopher Perks ? J'ai déjà vu un de ses spectacles, ce n'est pas mal du tout. C'était la reconstitution de la cinquième révolte des gobelins et on était vraiment au cœur de la bataille, entouré de toutes ces statues animées. Je pense qu'il n'aura aucun mal à nous faire plonger un gamin dans les ronces. De son côté, ton copain brigadier n'a pas chômé. Il est venu nous apporter ça, tout à l'heure.
Il tendit à Harry un paquet de photos. On voyait le buisson incriminé pris sous toutes les coutures, ainsi que la clôture qui marquait la fin du jardin des Grimstone. Le policier dépêché sur les lieux avait bien compris ce que recherchaient les Aurors car il y avait des clichés d'un collègue en train d'escalader la barrière et de sauter en direction du grifftout. Il était évident que l'enfant n'avait pu s'y retrouver de cette manière, les deux éléments étant trop éloignés.
Pritchard passa ensuite un morceau de papier à Harry sur lequel il était marqué : Ainsi que vous pouvez le constater sur les photos, le buisson ne semble pas abîmé. Aucun fragment de branchage n'a été repéré à proximité. Il est peu probable qu'un humain y soit tombé hier.
Harry reconnut l'écriture du brigadier. Visiblement, le policier avait lui-même exécuté le travail demandé. Il rédigea un mot de remerciement pour Thruston et partit déjeuner avec son partenaire.
L'après-midi, ils examinèrent les vêtements de l'enfant avec des sorts de grossissement.
— Tu crois qu'on pourrait prendre des photos de ce qu'on voit comme ça ? demanda Harry.
— Ce n'est pas forcément indispensable, jugea son partenaire. On s'en est passé jusqu'à maintenant. Il suffit d'écrire un rapport descriptif, c'est plus précis.
Harry n'en était pas persuadé car il trouvait une bonne photo plus claire et plus convaincante qu'une description écrite, mais il n'insista pas, considérant qu'il avait déjà eu davantage qu'il n'en avait espéré.
En fin d'après-midi, il reçut le devis demandé auprès de l'artiste. Il alla frapper à la porte de son commandant pour obtenir le déblocage des fonds, bien décidé à payer de sa poche en cas de refus. Mais Faucett parapha sans réticence la note que lui apportait son subordonné. Harry se demanda si un autre que lui aurait bénéficié d'autant de bonne volonté pour mettre en place une procédure aussi peu usuelle.
— Des nouvelles du petit ? interrogea-t-il.
— Son état est satisfaisant. Les parents ont fait un scandale quand on leur a interdit de le voir mais le directeur de Ste-Mangouste a soutenu son guérisseur. Un juge-mage s'est déplacé cet après-midi. Je n'ai pas encore de retour sur sa démarche. Ne t'en fais pas, je te tiendrais au courant. Et de ton côté ?
Harry lui résuma les éléments récoltés et décrivit les actions qu'il avait prévues. Son commandant l'écouta attentivement, sans laisser transparaître ce qu'il en pensait.
En partant le soir, Harry repensa à son histoire de photo agrandie et, au lieu de crier le nom de sa maison dans le conduit de cheminée, il appela une autre adresse.
Dennis Crivey habitait une maison sorcière dans une banlieue moldue. En attendant qu'on lui débloque l'âtre, Harry se dit qu'il aurait peut-être dû prévenir avant de passer. Dennis l'accueillit :
— Harry ? Content de te voir ! Tu vas bien ?
— Très bien, merci. Si cela ne te dérange pas, j'aurais voulu te poser quelques questions techniques.
— Mais bien sûr, entre, je t'en prie.
Il s'effaça et Harry avança dans le salon. S'y trouvait une homme qu'il ne connaissait pas, mais qu'il avait l'impression d'avoir déjà croisé. Sans doute avait-il fréquenté Poudlard en même temps que lui, mais dans une autre classe.
Il ouvrit de grands yeux en le découvrant et regarda Dennis comme pour lui demander la conduite à adopter.
— Mon ami, Timothy Aubrey, présenta simplement celui-ci.
— Enchanté, assura Harry en lui tendant la main. Je ne voulais pas vous déranger, ajouta-t-il un peu gêné. Je peux repasser.
— Ne dis pas de bêtises, assieds-toi, le tranquillisa Dennis. Tu bois quelque chose ?
— Pareil que toi, accepta Harry en prenant place dans un fauteuil.
Dennis sortit une bouteille de sherry et les servit tous les trois. Il leva ensuite son verre et Harry prit une gorgée.
— Qu'est-ce qui t'amène ? l'encouragea Dennis.
— Est-il possible de faire des agrandissements de photos magiques ? demanda Harry. C'est pour mon travail.
— Aussi étonnant que cela puisse paraître, non. La potion utilisée est incompatible avec un agrandissement. Tu peux toujours essayer, mais le résultat sera flou.
— Il n'y a vraiment aucun moyen ? insista Harry.
— À part en utilisant un appareil moldu, je ne vois pas, le renseigna Dennis.
Harry le regarda bouche bée :
— Je suis trop bête, finit-il par dire. Je n'ai même pas pensé à ça.
— Sans vouloir être indiscret, que veux-tu faire, exactement ?
— C'est dans une procédure criminelle. Je cherche à prouver qu'un tissu n'a pas pu se déchirer comme le prétendent les témoins et je pense que ce serait bien de montrer les lacérations en gros plan.
— Je vois. Tu es certain que les photos moldues sont reçues en justice ? douta le photographe.
— On n'est plus à ça près, lui assura Harry.
— Tu as un appareil moldu ?
— Non, mais je peux aller en acheter un. Tu as une marque à me conseiller ?
Dennis resta un moment silencieux et Harry s'apprêtait à répéter sa question quand le jeune homme proposa :
— Je peux te donner celui de Colin. Il est comme neuf. Il l'avait reçu pour Noël, six mois avant...
Le reste de la phrase resta informulée. Ce fut le tour de Harry de demeurer coi.
— Tu ne veux pas le garder ? finit-il par demander précautionneusement.
— Je n'arrive pas à m'en servir, répondit Dennis en regardant le tapis. Je préfère le vieux qu'il m'avait donné quand il a eu celui-là.
— Tes parents n'en veulent pas ? insista Harry.
— Ma mère pleure à chaque fois qu'elle voit un objet ayant appartenu à Colin. Mon père me l'a refilé pour qu'elle ne puisse pas tomber dessus.
Dennis releva la tête et plongea son regard triste dans celui de Harry :
— Il aurait été content que tu l'aies, Harry. Il t'admirait tant. Ça lui aurait vraiment fait plaisir.
Harry ne pouvait refuser cette requête.
— Je le prends alors. Merci Dennis.
— C'est normal. Tu as toujours été sympa avec lui alors qu'il devait être un peu pénible à te suivre partout.
— Il a fait partie de ceux qui m'ont fait confiance, rappela Harry. À l'époque, c'était loin d'être un sentiment très partagé.
Dennis se leva et passa dans la pièce à côté. Harry sourit à l'homme avec qui il partageait le canapé qui ne semblait toujours pas remis d'avoir le Survivant chez lui. Le photographe revint avec une boîte qu'il posa sur la table basse.
— Le mode d'emploi est dedans. N'hésite pas à venir me demander si tu as un problème. Pour le développement, il y a des magasins qui s'en chargent dans le Londres moldu, conclut-il. Mais si tu juges que les sujets sont trop compromettants, je pourrai m'en charger.
— Je ne veux pas te déranger. Au pire, les Moldus croiront que j'ai été à un bal masqué.
Ils échangèrent un sourire un peu triste. Harry jugea qu'il était temps de prendre congé :
— Je vais rentrer avant que Ginny ne se demande où je suis passé. Merci pour tout Dennis. Enchanté d'avoir fait votre connaissance, Timothy.
Ginny était dans le salon quand il y entra avec la boîte sous le bras.
— Qu'as-tu acheté ? demanda-t-elle.
— Rien, je... Je suis allé voir Dennis Crivey et il m'a donné l'appareil photo moldu de son frère.
Le sourire de bienvenue de Ginny se figea.
— Oh Harry !
Il se souvint un peu tard que sa femme avait été dans la classe de Colin et qu'elle avait durement ressenti son absence lors de sa dernière année à Poudlard.
— Désolé, ma chérie, je n'aurais pas dû te dire ça.
— Mais si, bien sûr. Je peux le voir ?
Il le sortit de son emballage et elle le prit. Elle le regarda longuement, plongée dans ses souvenirs. Finalement, elle demanda :
— Tu avais une raison spéciale de voir Dennis ?
— Je voulais savoir comment prendre des clichés avec agrandissement, et il semble que ce ne soit pas possible avec un appareil sorcier. C'est pour ça qu'il m'a donné celui-là.
— Et que vas-tu photographier avec ? s'intéressa-t-elle.
— Je ne peux pas réellement t'en parler, éluda-t-il. Pour faire simple, on ne peut pas prouver le crime que nous suspectons avec les sorts habituels, du coup, j'essaie d'appliquer la recherche et présentation des preuves de la façon dont ça se fait chez les Moldus. Je ne sais pas si ça va passer, mais mon chef est d'accord pour qu'on tente le coup.
— Tant mieux, mon chéri. Tu es le meilleur, assura-t-elle. Je suis certaine que tu vas réussir.
Les jours suivants furent frustrants pour Harry car il était arrivé au bout de ce qu'il pouvait faire par lui-même. Il avait pris les clichés de la robe de l'enfant et il avait appris avec soulagement que le juge-mage dépêché à Ste-Mangouste avait décidé l'interdiction pour les parents de rendre visite au petit malade. Il réussit à savoir que l'état de santé de Benjamin était satisfaisant. Cependant, l'enfant se montrait incapable d'expliquer comment le drame était arrivé. Il semblait avoir tout oublié de l'incident.
Harry dut attendre la semaine suivante pour que Christopher Perks le contacte et lui indique que l'objet commandé était prêt. Ils se retrouvèrent le lendemain en compagnie de Pritchard à l'endroit que le jeune Auror avait repéré quelques jours auparavant, dans les hauteurs de Pré-au-Lard.
Ils commencèrent par vérifier que la figurine correspondait parfaitement aux mensurations de l'enfant. Ils le revêtirent d'une robe cousue sur le même patron que celle que Benjamin portait le jour du drame. Ils discutèrent ensuite longuement de la façon de faire tomber le mannequin sur le buisson pour que les blessures correspondent. Heureusement pour eux, Christopher Perks était un professionnel qui connaissait sur le bout de la baguette l'anatomie humaine et toutes les façons possibles de se mouvoir. Il maîtrisait en outre parfaitement ses créations et ses pantins avaient des mouvements saisissants de vérité.
Dès le premier essai, le résultat fut plus que satisfaisant : de nombreuses branches avaient été cassées dans le buisson, la robe était criblée d'épines. Les dommages sur le mannequin, bien que correctement positionnés, n'avaient rien à voir avec les estafilades distinctes que les Aurors avaient constatées sur la victime.
Harry mitrailla le fruit de leur expérience. Puis ils firent un second essai, afin de tester toutes les possibilités de chute. Trois heures plus tard, Harry se rendait dans un centre commercial près de chez lui pour faire développer ses deux pellicules.
Le lendemain matin, il alla prendre livraison de ses photos. La vendeuse les lui passa sans manifester d'étonnement particulier. Il ouvrit la première pochette pour vérifier que c'était bien la sienne et se figea en découvrant les premières prises.
Il savait que plusieurs des clichés n'étaient pas les siens, car ils étaient déjà dans l'appareil quand il en avait pris possession. Il avait pensé que c'était les tentatives de Dennis pour prendre en main l'appareil de son frère. Il s'était trompé.
Les clichés représentaient la bataille finale contre les Mangemorts.
On y voyait les couloirs de Poudlard emplis de sorciers en plein combat. À l'arrière-plan, les portraits contemplaient le champ de bataille les yeux écarquillés ou la bouche ouverte dans un cri d'encouragement. Colin avait dû prendre des risques insensés car on distinguait nettement les Mangemorts en train de lancer des sorts. La détermination sur les traits des défendeurs du château était impressionnante, et Harry sentit sa gorge se serrer alors que les souvenirs de cette nuit tragique lui revenaient.
— Un problème, Monsieur ? s'enquit la vendeuse.
— C'est parfait, merci, dit précipitamment Harry, se demandant comment les Moldus qui les avaient développées avaient interprété ces images.
Il vérifia rapidement l'autre pochette, paya et repartit ébranlé. Il marcha un moment sans but, juste pour reprendre ses esprits. Quand il se sentit mieux, il chercha un coin tranquille pour transplaner au ministère. Arrivé au QG, il mit le paquet de photos de Colin dans sa poche et tenta de se concentrer sur les siennes.
Il tendit les clichés de la veille à Pritchard qui admit en les parcourant que c'était plus parlant qu'une description. Ils passèrent ensuite la journée à monter le dossier qu'ils communiqueraient au Magenmagot et qui servirait de base à l'accusation. Ce fut heureusement assez prenant pour que Harry ne songe plus aux images qu'il avait mises de côté avant le soir.
Une fois de plus, il cria l'adresse de Dennis.
— Rentre donc, Harry, l'accueillit le photographe toujours aussi chaleureusement.
— Je ne reste pas, protesta Harry en restant devant la cheminée. Je voulais juste te donner les photos que j'ai trouvées dans l'appareil et que Colin avait prises.
Dennis le dévisagea une seconde avant de reconnaître :
— J'aurais dû m'en douter. Je n'ai pas rouvert la boîte quand mon père me l'a donné, mais je savais que c'était McGo qui nous l'avait rendu, et il était évident qu'il l'avait utilisé. C'est... que voit-on ?
— La bataille de Poudlard. Il a pris ces photos dans des conditions insensées.
Harry tendit la pochette où il les avait mises. Dennis le fixa un moment, figé et sans expression. Harry ne bougea pas. Comme s'il accomplissait un effort surhumain, Dennis souleva doucement sa main vers les clichés et les prit enfin.
Harry, qui avait eu l'intention de les lui donner puis de repartir, sentit qu'il ne pouvait laisser le frère endeuillé seul avec ces images. Il attendit donc que le jeune homme les contemple lentement, une à une. Ensuite, il l'attira avec douceur pour offrir une épaule compatissante à ses sanglots.
Quand Dennis eut repris contenance, Harry lui demanda :
— Ça ira ? Je peux rester avec toi ?
— Non, c'est bon, merci Harry. Timothy va arriver. Ça va aller.
Dennis rassembla les images qu'il avait laissées tomber sur le sol et demanda :
— Tu les veux ?
— Garde-les. Si tu le permets, je ferai des retirages. J'aimerais en faire un jeu pour tous ceux qui sont représentés dessus.
— Fais comme tu le penses. Je te fais confiance.
Harry hésitait encore à le laisser quand la cheminée s'anima derrière lui, et le compagnon de Dennis arriva. Harry en profita pour repartir.
Dès le lendemain matin, il repassa au supermarché de quartier pour demander les quelques agrandissements dont il avait besoin pour terminer son dossier et reproduire les photos de Colin. Le lundi suivant, son accusation était bouclée et fut déposée au service concerné du Magenmagot. Harry entreprit alors de faire sa tournée afin de distribuer les images de la bataille de Poudlard.
Ginny pleura autant qu'il l'avait craint, mais il s'y était préparé et il l'endura stoïquement. Neville les reçut avec un sourire nostalgique et retourna à ses plantes. Lavande essuya une petite larme, mais Harry, à son grand soulagement, ne fut pas requis pour la consoler. Padma estima que cela pourrait illustrer un article sur le sujet, et il la renvoya à Dennis pour en obtenir la permission. Il ne vit pas Luna, mais son père en profita pour lui faire ingurgiter une des boissons bizarres qu'il affectionnait.
Enfin, il alla voir Seamus au QG et lui donna le denier jeu. L'Auror les examina et remarqua en pointant un cliché où il se trouvait :
— Je me rappelle quand il l'a prise. Dean était à côté et lui parlait d'un certain Albert vivant à Londres ou un truc comme ça.
— Le prix Albert Londres. Pour récompenser les grands journalistes, lui apprit Harry songeant que Dean avait bien résumé la situation.
— Je suis content que tu les aies retrouvées. Je pensais qu'elles avaient été perdues, continua Seamus.
— Elles attendaient qu'on s'occupe d'elles dans l'appareil, expliqua Harry.
— C'est toi qui l'as ?
— Dennis me l'a donné.
Seamus regarda de nouveau les clichés et il en choisit deux qu'il fit tenir sur les parois de son box :
— Pour ne jamais oublier où doivent être nos priorités, justifia-t-il.
En raison de la nature de la procédure, la date de l'audience devant décider si Mr et Mrs Grimstone seraient déchus de leurs droits parentaux avait été fixée une semaine après le dépôt du dossier des Aurors, le lundi 20 décembre. Harry n'avait pas eu le temps de s'ennuyer. Pritchard lui avait fait travailler son témoignage en lui posant toutes les questions pièges qui lui passaient par la tête.
Au moment d'entrer dans la salle d'audience, Pritchard lança à Harry un « On ne va pas perdre » tellement convaincu que l'Auror sentit son appréhension s'alléger. Ils saluèrent d'un signe de tête le guérisseur de Ste-Mangouste — qui avait lui aussi été appelé à témoigner — mais sans lui parler, sachant que ce serait mal vu par la Cour.
Les parents arrivèrent ensuite avec leur défenseur et s'assirent le plus loin possible d'eux, en les foudroyant du regard. Harry et Pritchard avaient échangé un regard contrarié : leur conseil, St-John Bielinski, était un des meilleurs et des plus pugnaces de la profession. Un des plus chers aussi. Il n'y aurait personne d'autre car le département de la Justice avait demandé le huis clos en raison de l'âge de l'enfant et il n'y avait donc pas de public.
Une juge du Magenmagot entra à son tour, ainsi qu'un représentant du département de la Justice Magique. Ce dernier n'était pas là à toutes les audiences, considérant que les dossiers étaient suffisamment défendus par les policiers ou Aurors qui les avaient constitués. Il ne se déplaçait que pour les sujets sensibles intéressant de près le ministère ou pour les crimes les plus graves.
En théorie, il pouvait même demander à présider les débats. C'est ainsi que Fudge avait pu diriger lui-même l'audience disciplinaire de Harry. À l'opposé, Kingsley n'avait jamais utilisé cette prérogative ou accepté qu'un de ses délégués le fasse. Harry ignorait même si cette possibilité était encore en vigueur. Quoi qu'il en soit, le représentant de la Justice magique s'assit à côté du greffier.
La juge-mage vérifia que toutes les personnes convoquées étaient bien présentes puis annonça :
— L'audience est ouverte. Nous devons décider si Mr et Mrs Grimstone doivent se voir retirer le droit d'élever leur fils, Benjamin Grimstone, suite à une présomption de mauvais traitements portée contre eux.
Mrs Grimstone laissa entendre un sanglot qui fit grincer les dents de Harry.
— Bien. Mr Grimstone, pouvez-vous nous donner votre version des évènements ?
Le père de Benjamin se leva et s'en tint à sa position initiale : l'enfant jouait dans le jardin. Il avait sans doute profité de ce qu'on ne le regardait pas pour franchir la barrière qui délimitait le périmètre où il avait le droit de se trouver et était tombé dans le massif de grifftouts. Ses cris de douleurs avaient fait venir ses parents qui, affolés à la vue du sang, l'avaient mené à Ste-Mangouste.
— Je me sens affreusement coupable de l'avoir mal surveillé, conclut Mr Grimstone. Mais de là à dire que nous lui avons nous-mêmes infligé ces blessures…
Il s'arrêta comme si l'émotion l'empêchait d'aller plus loin. La magistrate le remercia et demanda à sa femme de témoigner à son tour. Elle répéta ce que son mari venait de dire.
La juge appela le témoin suivant :
— Guérisseur Diesdorf vous avez la parole.
Le médicomage se leva et commença à raconter d'une voix tremblante ce qu'il avait suspecté à la vue des blessures de son patient. C'était sans doute la première fois qu'il témoignait en justice et il avait du mal à exposer clairement ce qu'il avait à dire.
La juge l'écouta et demanda à la défense si elle avait des questions à poser :
— Effectivement, dit Bielinski en se levant. Guérisseur Diesdorf, vous affirmez que Benjamin a reçu un sort de magie noire. Lequel ?
— Un Sectumsempra, répondit le médicomage.
— Est-ce un sort que vous avez déjà jeté ? s'enquit l'avocat.
— Bien sûr que non.
— Est-ce un sort que vous avez déjà vu être jeté ?
— Non, mais j'en ai vu le résultat.
— Vous avez vu le résultat, mais pas la cause. Vous ne pouvez donc pas garantir que ce que vous avez constaté est bien causé par un sort que vous ne connaissez visiblement pas.
— L'enfant avait des blessures qui ressemblaient beaucoup à...
— Qui ressemblaient, le coupa Bielinski. On ne peut fonder une certitude sur une ressemblance.
Il se rassit, montrant qu'il en avait terminé avec le premier témoin. La juge se tourna vers le représentant du ministère qui secoua négativement la tête. Diesdorf se rassit, la mine défaite.
— Auror Potter ! appela la présidente de séance.
Harry se leva et fit posément apparaître un lutrin pour poser son dossier.
— Madame la juge, répondit-il poliment ?
— Nous vous écoutons.
Harry prit une inspiration et se lança :
— Nous avons été appelés par le guérisseur Diesdorf le 9 décembre. Il nous a montré les plaies de Benjamin Grimstone. Elles avaient partiellement été soignées mais j'ai immédiatement reconnu des blessures causées par le sort de Sectumsempra. J'ai vu ce sort être lancé, précisa-t-il avant qu'on le lui demande, et j'ai constaté les dégâts qu'il causait et la difficulté d'arrêter le sang.
— Pour vous, il ne fait aucun doute que les blessures de Benjamin aient été causées par ce sort, demanda la magistrate.
— J'y ai pensé immédiatement en les voyant, et les difficultés de soins évoquées ensuite par le guérisseur Diesdorf n'ont fait que confirmer ma déduction, affirma Harry. Par ailleurs, nous avons aussi démontré que la version soutenue par Mr et Mrs Grimstone n'est tout simplement pas vraisemblable.
— Justement, Auror Potter, fit la juge, je pense que vous êtes conscient de l'aspect hum… excentrique du dossier que vous avez présenté. Il n'y a aucun témoignage direct ni début de preuve d'un sort noir.
— Madame la juge, il est des cas où la magie montre ses limites. Devons-nous baisser les bras ? Devons-nous fermer les yeux pour ne pas voir ? Devons-nous repousser ce que nous savons parce que ce n'est pas corroboré par un sortilège ?
— Mais vous êtes allés assez loin pour prouver votre hypothèse, remarqua la magistrate. Quelle ténacité, quelle inventivité !
Harry se donna quelques secondes avant de répondre à ce portrait qui pouvait se retourner contre lui :
— Parfois, la connaissance d'autrui est plus efficace que la plus puissante des magies, répondit-il. J'ai juste cherché à savoir si les faits racontés par les parents pouvaient être conformes à la réalité. Ce n'est pas le cas.
— Ce sont des suppositions que vous avez montées en épingle, opposa l'avocat de sa place.
Harry ne lui répondit pas, attendant que la juge donne officiellement la parole à son adversaire.
— Maître Bielinski, je vous remercie d'attendre d'avoir la parole à votre tour, dit la mage-présidente. Vous avez la parole, concéda-t-il immédiatement.
Harry se tourna vers le conseil et attendit les questions.
— Je n'ai jamais vu un dossier contenant autant d'approximations, attaqua Bielinski. On tente de nous embrouiller avec des pseudo-expérimentations et on les rattache abusivement à une situation qui est toute autre. Ce n'est que de la poudre aux yeux, des connaissances moldues mal digérées que l'on veut ériger en certitudes, espérant que nous ne les examinerons pas de trop près.
Harry avait serré les lèvres quand l'avocat l'avait accusé de ne pas maîtriser les techniques moldues. Tu veux te battre ? pensa-t-il. Alors, allons-y.
— Quelle partie du dossier n'avez-vous pas comprise ? demanda-t-il de sa voix la plus calme. Le moment où nous expliquons qu'une masse de vingt kilos ne peut tomber sur une branche d'un centimètre de diamètre sans la briser ou l'écraser ? Peut-être n'avez-vous pas noté l'énorme différence entre l'état de notre buisson témoin et celui qui est supposé avoir causé les blessures de Benjamin. À moins que la description des vêtements de l'enfant, mise en parallèle avec celle de nos robes jetées dans les grifftouts, n'ait produit chez vous aucune image mentale vous permettant de saisir la grande disparité des résultats. N'hésitez pas à poser des questions précises, je me ferai un plaisir d'y répondre.
Ils se toisèrent un moment les yeux féroces. Tu es le meilleur dans ta partie, lui concéda silencieusement Harry, mais je ne me défends pas trop mal dans la mienne. Du coin de l'œil, il remarqua que la mage-présidente ne faisait pas mine d'intervenir, attendant sans doute de voir ce qui allait sortir de ce choc frontal.
Mais Bielinski était trop professionnel pour se laisser aveugler par la colère. Il fit à son tour apparaître un support pour son dossier et se mit à le parcourir.
— Très bien. Commençons par votre assertion selon laquelle l'enfant ne serait pas tombé dans un buisson de grifftouts. L'enfant a-t-il contredit ce fait ? En aucune façon.
Harry avait bien étudié le compte rendu du témoignage Benjamin interrogé par un représentant du ministère. Il s'empressa de répondre son adversaire :
— Benjamin n'a pas non plus confirmé leur version. Il a été décrit comme en état de choc et confus dans ses propos. Aucune conclusion ne peut être tirée de cette audition.
— Je constate que vous pensez en savoir davantage que Benjamin sur ce qui s'est réellement passé. Vous avez dit que les blessures de l'enfant avaient « toutes les caractéristiques » d'une blessure par un sortilège que vous semblez le seul à connaître. Avez-vous des preuves de ce vous avancez ? Avez-vous détecté des traces de magie noire par exemple ?
— Ainsi qu'il est indiqué dans le rapport du guérisseur Diesdorf, un baume à base de mandragore avait été appliqué sur la plaie avant notre arrivée. Or cette plante absorbe toute forme de magie, y compris les résidus de magie noire qui auraient été détectés. Le fait que seule la mandragore ait pu traiter ces blessures indique qu'il y avait bien une forme de magie à l'œuvre. Les blessures de grifftouts ne sont pas magiques. Le suc de cette plante met en échec les sorts de guérisons courants, mais d'autres sortilèges peuvent être appliqués avec succès.
— Le rapport du guérisseur Diesdorf n'indique pas que ces fameux sortilèges aient été lancés. Vous ne pouvez donc affirmer qu'ils n'auraient pas suffi.
— J'ai reconnu les effets d'un sort noir et l'enfant était en train de se vider de son sang, protesta le médicomage. Je ne pouvais pas perdre un temps précieux à lancer des sortilèges complexes qui auraient été inefficaces.
— Vous ne pouvez pas accuser les parents de mentir parce que vous avez cru reconnaître un sort noir, le contredit l'avocat, et imaginé que les sorts en questions auraient été inefficaces.
— Nous avons prouvé que ce n'était pas des grifftouts, rappela Harry.
— Ah, parlons-en, rebondit l'avocat.
Point à point, le défenseur attaqua toutes les conclusions du rapport fourni par Harry. Ce dernier démonta méthodiquement tous les arguments visant à les discréditer, tentant de montrer que les expériences avaient été menées avec sérieux et bon sens, et que les faits avancés par les parents ne pouvaient matériellement s'être produits.
Voyant qu'il n'arriverait à rien de cette façon, le défenseur conclut :
— Nous sommes du début à la fin dans le domaine de la supposition. De notre côté, nous avons fourni de nombreux témoignages attestant de l'excellente réputation de Mr et Mrs Grimstone. Du vôtre, pas de preuve, juste des élucubrations sans fondement, illustrées par des images moldues, comme si nous ne savions pas lire. On ne peut sérieusement condamner mes clients sur de telles bases.
— L'audience ne porte pas sur leur condamnation éventuelle, mais sur la question de savoir si Benjamin peut ou non leur être remis sans que sa vie soit en danger, lui rappela Harry. En l'espèce, il a subi des blessures qui auraient pu être mortelles et ses parents nous ont sans conteste menti sur les circonstances du drame.
— Vous vous battez comme si vous aviez un intérêt personnel à prouver que vous avez raison ! s'énerva l'avocat.
— Je ne connais qu'une façon de me battre, rétorqua Harry. Et personne ne s'en est jamais plaint.
Considérant qu'il n'avait pas intérêt à faire porter les débats sur ses motivations, Harry se tourna vers la juge-présidente qui avait suivi tout l'échange sans intervenir. Elle s'adressa aux parents :
— Maintenez-vous votre version ? demanda-t-elle.
Mr et Mrs Grimstone se regardèrent, se demandant manifestement si c'était défendable. Harry vit l'avocat leur faire un léger signe affirmatif de la tête pour les encourager à ne pas faiblir.
— Les choses se sont passées si vite, commença cependant Mr Grimstone d'une voix incertaine.
Le défenseur se tourna vers la juge-mage avec l'intention manifeste de reprendre la parole pour empêcher son client de continuer mais la magistrate lui lança un tel regard qu'il comprit qu'il valait mieux qu'il s'abstienne.
— Les enfants sont parfois turbulents, reprit la juge d'une voix compréhensive en direction de Mr Grimstone.
— Oh oui, Benjamin n'en fait toujours qu'à sa tête. Il n'est pas méchant, mais il désobéit beaucoup.
— En tant que parents, cela vous oblige à réagir, convint la magistrate.
— Vous savez comment sont les gens, continua le père. Dès qu'on a l'air de ne pas tenir un enfant, ils le considèrent comme mal élevé. Il faut bien sévir, quelquefois.
— Mais tais-toi ! lui dit brutalement sa femme. Il raconte n'importe quoi, assura-t-elle à l'intention du juge.
— De toute façon, y'a que toi qu'a le droit de parler, s'insurgea Mr Grimstone. Mais t'es bien contente que je rattrape tes bêtises !
— Mais tu vas la fermer, oui ?
— Sinon, quoi ? demanda-t-il d'un ton provocateur.
Harry vit le défenseur fermer les yeux et eut presque pitié de lui. Aussi bon soit-il, il ne pouvait rien faire si ses clients se discréditaient au mauvais moment. L'avocat tenta tout de même de sauver les meubles :
— Madame la juge, commença-t-il, il me semble que nous sommes en train de nous éloigner du sujet de cette audience.
— Je n'en suis pas certain, observa la juge-mage. Avez-vous puni Benjamin le jour où il a été blessé ? demanda-t-elle aux parents.
Même le père parut comprendre qu'il n'avait pas intérêt à répondre. Sa femme se contenta de le fusiller du regard. Cela promettait une explication quand ils se retrouveraient seuls.
On ne peut pas remettre cet enfant là-bas, songea avec ferveur Harry. Vous ne pouvez pas le rendre à ces déséquilibrés !
— Nous n'avons aucun élément tangible prouvant qu'une punition a été infligée ce jour-là, tenta encore l'avocat.
— Mais aucune explication rationnelle n'a été apportée sur la façon dont l'enfant a été blessé aussi grièvement, trancha la juge-présidente. Avez-vous des questions à poser ? demanda-t-elle au représentant du ministère.
— Je pense que tous les points ont été discutés, déclina celui-ci.
La juge resta un moment sans rien dire, feuilletant le dossier qui se trouvait devant lui. Tous les autres se taisaient, attendant sa décision.
— Au vu des éléments qui ont été exposés ici, nous savons que Benjamin Grimstone a été gravement blessé d'une façon non élucidée, et à propos de laquelle ses parents ont manifestement menti, déclara finalement le juge-mage. Ces éléments sèment le doute sur la capacité de Mr et Mrs Grimstone à prendre soin de leur fils de manière satisfaisante. En conséquence, Benjamin Grimstone est retiré de la maison de ses parents et sera placé pour une durée d'un mois renouvelable dans une famille d'accueil, en vue de lui assurer une convalescence paisible. Mr et Mrs Grimstone seront autorisés à voir leur enfant uniquement en présence des personnes à qui leur fils sera confié. L'audience est levée.
— Non, vous n'avez pas le droit de faire ça ! hurla la mère.
Son avocat se tourna vivement vers elle en tentant de la calmer, mais elle ne lui prêta pas attention et cracha en direction de Harry :
— C'est de votre faute ! Vous vous acharnez contre nous sans raison. Je ne me laisserai pas faire.
Pritchard tira discrètement sur la manche de Harry pour le dissuader de répondre et l'attirer vers la sortie. Le jeune Auror obtempéra et suivit son collègue sous les menaces et malédictions de Mrs Grimstone.
Ils se retrouvèrent dans le couloir en compagnie du guérisseur Diesdorf. Ils entendaient toujours les hurlements de la mère, mais assourdis par la porte qui les séparaient d'elle.
— Je suis désolé, je n'ai pas été très convaincant, fit Diesdorf d'une voix contrite.
— Vous avez été très bien, lui assura Pritchard. La preuve, on leur a retiré leur fils.
— Y'a des chances qu'ils soient maintenant poursuivis pour avoir jeté un sort noir ? lui demanda Harry.
— J'ai bien peur que non, soupira Pritchard. Le représentant du ministère aurait posé des questions s'il avait jugé qu'il avait assez d'éléments pour le faire. Mais c'est déjà pas mal qu'on les ait amenés à protéger le gamin. Sans compter qu'ils ont accepté les conclusions de notre dossier malgré la forme novatrice de nos preuves.
Harry eut une moue désabusée. Il se réjouissait que Benjamin soit momentanément mis à l'abri, mais qu'on ne puisse davantage incriminer les parents lui laissait un goût amer dans la bouche.
— Tu as remarqué, continua Pritchard, que le juge n'a pas posé une seule question précise sur notre travail. Il a laissé Bielinski se débrouiller avec. C'est la première fois que je vois un avocat et un Auror apprendre à un juge comment traiter un dossier, conclut-il avec son éternel demi-sourire.
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20/06/2009 : Bonjour à tous !
Notes : Le prénom de l'avocat, St-John, ne vient pas de la série télévisée Supercopter comme la croyait une de mes correctrices, mais de St-John Rivers, un personnage de Jane Eyre (Charlotte Brontë).
Toute ressemblance avec une série américaine présentant les méthodes d'investigation scientifique est fortuite ou ajoutée par mes correcteurs, car je n'en ai jamais vu un épisode.
En règle générale, la procédure est un mélange de procédure américaine, anglaise, française et de ce que j'imagine être les habitudes sorcières. Toute différence avec une série connue est donc normale.
Le prochain chapitre s'appellera La preuve par Harry et sera en ligne samedi prochain.
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