Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 24

EPOV

« Allô ? Tu es là, mec ? »

J'entends les pas de Bella dans l'escalier. Je respire avec difficulté, incapable de croire que ceci est réellement en train de se produire, putain de merde.

« Allô ? » Répète James.

« Ouais, mec. Je suis là, » je dis finalement. Ma voix manque de craquer à cause de la tension émotionnelle. Je m'empresse de me racler la gorge.

« Eh bien, quoi de neuf ? » Demande-t-il froidement. Mon esprit tourne à toute vitesse alors que je fouille pour trouver une solution de dernière minute à ce problème.

S'il y a une chose dont je suis certain, c'est que j'aimerais mieux mourir enchaîné sur ce lit que d'être sauvé par James-connard d'enculé-Smith.

« Euh, je te rappelais, c'est tout, » je réponds maladroitement. Je me déplace sur le lit, mais je grimace quand les menottes font du bruit. Je peux entendre Bella démarrer sa voiture à l'extérieur et mon cœur fait une embardée à l'idée qu'elle s'en va.

Ce n'est pas du tout comme ça que j'imaginais que les choses allaient se passer. Est-ce que je m'attendais à ce qu'elle me gifle ? Oui. Est-ce que je m'attendais à ce qu'elle m'insulte et qu'elle parte ? Absolument.

Est-ce que je m'attendais à être enchaîné au lit et à la voir se transformer en émule de Lorena Bobbit pour me régler mon compte ? Bien sûr que non.

« Ouais, alors ? Tu l'as mise dans ton lit ou quoi ? » Demande-t-il impatiemment.

« Non. Mais il me reste encore une semaine, pas vrai ? » Je suis beaucoup plus amical que d'habitude envers lui. Plus que tout, je veux juste qu'il raccroche. Maintenant.

Il renâcle dans le combiné. « Ouais, semblerait que tu vas en avoir besoin, aussi. Chacun de ces derniers jours. Hé, je n'ai jamais dit que ça allait être du gâteau de t'envoyer en l'air avec la princesse de glace, n'est-ce pas ? »

« Non, James. Je suppose que non, » je dis, ravalant la réplique que je voudrais vraiment lui servir. Bon Dieu, ce qu'il peut m'énerver. Raccroche, bon sang de merde. « Bon ben voilà, c'était les dernières nouvelles, » je conclus d'un ton sec. « Je te laisse à tes affaires. »

« Très bien, mec, » lance-t-il, manifestement amusé. « Bonne chance avec ça. Tu devras prier le dieu des lagons si tu veux pouvoir accéder au sien. Elle est vraiment autre chose, je t'assure. »

Je mords ma langue. Ne dis rien, ne dis rien, ne lui donne pas la satisfaction…

« Au revoir, James. »

« Paix à toi. » Il raccroche. Je soupire bruyamment de soulagement et me réjouis silencieusement quand mon cellulaire fait clique et que la communication est coupée.

Mais quoi maintenant ? Jésus Christ. M'a-t-elle sérieusement laissé en plan comme ça ? Qu'est-ce qu'un homme est censé faire ? Et avec mon pantalon à mes chevilles par-dessus le marché ! Quel foutoir !

Je reste allongé là pendant une minute, réfléchissant à ma situation. La clé est sur la commode. Je peux voir une lueur argentée de ma place sur le lit. Mais comment vais-je l'atteindre ?

Je me déplace aussi près que possible de la tête du lit. Ensuite je me retourne et, avec mes pieds dirigés vers celle-ci, je tente de remonter mon pantalon avant d'y renoncer et de l'enlever complètement. Il constitue un obstacle plus qu'autre chose.

Je pose mes pieds sur le sol et je découvre que je peux me tenir debout malgré le fait que je sois menotté. Lentement, tortueusement, j'attrape le milieu de la tête de lit et je commence à tirer, déterminé à faire glisser le lit sur le plancher. C'est une opération très lente, et je maudis le fait d'avoir tenu mordicus à m'acheter un lit King. Pour quelle putain de raison, exactement ? Ce n'est pas comme si je le partageais avec quelqu'un.

Et qu'est-ce qui m'a pris d'acheter un cadre de lit aussi gros ? Qui a besoin d'une tête de lit ? Un matelas à même le sol aurait très bien fait l'affaire…

Tirer le lit est un travail laborieux en raison de mon angle peu maniable. Et la moquette l'empêche de glisser aisément. Puis, quand je suis à mi-chemin de la commode, le coin du lit frappe le mur latéral et reste pris. Pas moyen de le faire bouger d'un centimètre.

Putain de vie.

Je transpire à grosses gouttes quand je réussis finalement à le décoincer. Je suis exténué, à la fois mentalement et physiquement. Et quand je parviens à la commode, je me rends compte que mes mains, piégées par les menottes, n'atteignent pas la minuscule petite clé. Je dois la faire tomber avec mon pied, et elle dérape sous le lit.

Putain de vie.

Je pousse, je presse et je force jusqu'à ce que le lit soit repoussé assez loin pour que je puisse récupérer la clé. Je ne peux pas l'atteindre avec mes mains, alors je fais face à la lourde tâche d'essayer de la ramasser avec mes pieds. Je me sens vachement pathétique, assis ici dans mes sous-vêtements, tentant de saisir une petite clé entre mes orteils tout en étant enchaîné à un lit. Qu'est-il advenu de moi ?

Finalement, la clé se retrouve dans ma main. Jamais je ne me suis senti aussi triomphant.

Je la mets dans la serrure, le son de la liberté retentissant dans mes oreilles, mais je tourne et… rien. La clé tourne et tourne en vain.

Mon cœur martèle dans ma poitrine tandis que je la retire de la serrure pour l'examiner. Il manque une pièce – une pièce importante. Une putain de pièce essentielle. Une pièce nécessaire si je veux me libérer de ces satanées menottes.

Manquante. Disparue.

Putain. De. Vie.

Je me rassois sur le lit, exaspéré, et j'essaye de me calmer. Ce n'est pas la fin du monde. Tu vas penser à quelque chose d'autre. Tu as toujours ton téléphone. Tu peux appeler quelqu'un…

Tout à coup il y a un vacarme en bas, suivi par des pas très lourds. Je suis instantanément alarmé. Ce n'est certainement pas Bella.

Avant que je puisse réagir – quoique vraiment, que pourrais-je faire ? – on frappe à ma porte de chambre avec fracas.

« Edward ? T'es décent ? »

C'est Emmett. Et bien que je ne veuille pas qu'il me voie dans cette situation compromettante, je suis soulagé. Mes options sont limitées, et au moins il y a de l'espoir pour moi à présent.

« Ouais, mec. Je suis présentable. » Mon ton est plus renfrogné que je l'aurais voulu. La porte s'ouvre instantanément, et les yeux d'Emmett s'écarquillent de façon comique en me voyant tout en en sueur, échevelé, et quasiment nu.

« Putain de merde ! » S'exclame-t-il. « Elle l'a vraiment fait ! »

Je suis plus qu'un peu irrité par sa réaction. « Tu savais qu'elle allait faire ça ? » Je demande avec colère.

« Eh bien, oui, » admet-il. « Après le fait accompli, cependant. Mais bon sang ! Je ne pensais pas que Bella avait les couilles pour le faire. »

Je soupire et baisse les yeux. J'essaye de lever la main pour tirer mes cheveux – une terrible manie – mais les menottes m'en empêchent, pinçant légèrement, en fait. Après avoir tiré et forcé pour déplacer le lit, mes poignets sont endoloris.

Je ne sais pas quoi dire à Emmett. Est-il fier de Bella ? Probablement. Il ne me laissera sans doute jamais vivre en paix après ça.

« Eh bien c'est génial, » je dis avec sarcasme, bien qu'en réalité ce soit tout le contraire. Ceci est un énorme putain de foutoir, et je sens que je vais devenir fou avant de voir la lumière au bout du tunnel.

Pourquoi ne lui ai-je pas tout dit la nuit dernière ? Au diable le mal de tête, j'aurais dû lui parler quand j'en avais l'occasion. Mais est-ce que les choses se seraient terminées différemment ? Elle n'aurait pas été armée de menottes, j'imagine. À moins qu'elle n'en trimballe en cachette dans son sac à main pour de pareilles occasions.

« Est-ce qu'elle a au moins laissé la clé ? » S'enquiert Emmett, et je tiens la minuscule petite chose brisée pour qu'il la voie. Mais il ne remarque pas qu'elle est inutile. « Alors qu'est-ce que tu attends ? Ne peux-tu pas te libérer toi-même ? »

« La clé est brisée, » je grogne. Je la mets de côté, sur le sol, et Emmett se penche en vitesse pour la ramasser. Il laisse échapper un long sifflement.

« Mince alors, vieux. On dirait que tu as une armée de lutins malfaisants qui te suivent partout ce soir pour te porter la poisse. »

« Putain qu'est-ce que je vais faire, Emmett ? » Je demande, me sentant désespéré et contrarié. Il a raison – j'ai la pire des malchances aujourd'hui.

« Es-tu au moins en mesure d'enfiler une paire de pantalon ou quelque chose ? » Questionne-t-il, et je peux dire qu'il se retient pour ne pas rire tellement il est amusé.

« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis menotté, bordel de merde, » je m'emporte. Mais je prends note mentalement d'essayer de me contenir, car la dernière chose que je veux c'est faire fuir Emmett pendant que je suis coincé de cette manière.

« Ça va, pas la peine de te fâcher. Je posais seulement la question. Fais voir. » Il regarde les menottes pendant un moment, les secouant et les tirant. Je siffle entre mes dents quand elles frottent contre ma peau déjà à vif.

« C'est du solide, » confirme-t-il.

Pas possible, merde.

« J'ai un oncle qui possède une scie, » continue-t-il. « Permets-moi de l'appeler. Il se peut qu'il soit en mesure de couper tes menottes. »

« Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Ne font-ils pas des doubles pour ce genre de clé ? » Je me lamente.

« Putain, où diable veux-tu que je trouve le double de cette clé si une telle chose existe ? »

« Je ne sais pas. Dans un magasin de jouets ? »

« Ce sont de véritables putains de menottes de police, mec. C'est différent. Je ne sais même pas où elle a pu se les procurer. »

Je ne peux pas exactement lui proposer de se rendre au poste de police du quartier et demander une clé pour son pote menotté. Je soupire, résigné. « D'accord, appelle ton oncle. »

« Donne-moi cinq minutes. Et essaye au moins de mettre un pantalon, vieux. Je peux quasiment voir tes bijoux de famille. » Il me lance mon pantalon et sort de la chambre. Je peux l'entendre dévaler les escaliers.

Pendant cinq épouvantables minutes, je me bats avec mon jeans pour l'enfiler à nouveau. Ce n'est pas une tâche facile avec mes mains enchaînées dans une position aussi peu maniable. Emmett revient juste comme je le remonte au-dessus de mes fesses et me félicite du boulot bien fait.

« Eh ben voilà, Eddie. Je savais que tu réussirais, » dit-il gaiement. « C'est une bonne chose que tu l'aies remis, aussi. Parce que les nouvelles sont plutôt mauvaises. » Il arrête avant de poursuivre, comme s'il voulait me laisser assimiler l'information. Je deviens impatient.

« Alors ? Crache le morceau, Em. Ça fait déjà presque deux heures que je suis coincé ici. »

« Eh bien, sa scie fait partie d'une énorme machine à la con ou quelque chose, » explique-t-il, « alors il va falloir se rendre à lui. »

Bon Dieu, dites-moi que c'est une plaisanterie !

« Et comment diable allons-nous faire ça ? » Je demande, mon ton dégoulinant d'irritation. Tout semble aller de mal en pis. « Est-ce qu'on devrait charger le lit dans ma voiture ou la tienne ? » Je lance sarcastiquement.

« On va simplement devoir enlever la tête de lit. » Il semble immunisé contre mes ronchonnements, ce qui est heureux. Je devrais vraiment essayer d'être plus aimable avec lui – s'il n'était pas ici, je serais royalement foutu.

Je laisse échapper un profond soupir. « Bon, d'accord. Allons-y. »

Emmett fait glisser le matelas et le sommier du lit et les pousse contre le mur. Très vite nous découvrons un nouveau filon de malchance – la tête de lit est boulonnée au cadre du lit.

« Est-ce que tu as des outils ? » Demande Emmett.

Je gémis. « J'en ai, mais ils sont dans l'autre maison. »

« T'as vraiment décroché la timbale, mec, » ironise-t-il à son tour. « Vaudrait peut-être mieux que je m'éloigne de toi avant d'être frappé par la foudre ou un truc de cet acabit. » Je n'ai plus le cœur à me fendre du moindre petit sourire malgré son humour.

Je me demande ce que Bella fait en ce moment. Est-elle contente ? Se réjouit-elle de ce qu'elle a fait ? Ou bien se sent-elle aussi merdique que moi à propos de tout ça ?

Emmett remue la tête de lit contre le cadre. « Il suffit de le rompre, » dit-il simplement.

Jésus Christ.

« Ça ne va pas être si facile, » j'argumente immédiatement.

« Bien sûr que si, voyons. Tiens, recule un peu. »

Je le regarde comme s'il était devenu fou. « Reculer ? Je ne peux pas reculer ! »

« Tu sais ce que je veux dire. Tiens-toi juste le plus loin que tu peux. Ou, à bien y penser, ça va probablement aller plus vite si tu m'aides à le plier. Alors mettons-nous à l'ouvrage. »

À contrecœur je fais un pas en avant pour l'aider. Ensemble, nous tirons la tête de lit vers le bas, pliant la structure métallique et fissurant les boulons directement à travers le bois. C'est loin d'être aussi facile qu'il l'a laissé entendre, et nous transpirons tous les deux abondamment quand c'est terminé.

Hélas, le moment arrive où je me retrouve en train de naviguer dans l'escalier avec une énorme tête de lit dans les mains. Emmett me suit de près, tenant mes chaussures.

« Garde-la stable ! » Répète-t-il sur un ton des plus agaçants. « Tu es sur le point d'arracher la rampe au complet ! »

« Tout est sous contrôle, Emmett. Arrête de t'énerver ! »

Nous prenons son SUV, qui est plus gros, et il doit abaisser la banquette arrière avant que je puisse me glisser à l'arrière avec la tête de lit. Plutôt que de m'aider, Emmett se tient à l'extérieur de la porte et râle tandis que j'essaye de manœuvrer la tête de lit à l'intérieur.

« N'égratigne pas la peinture, vieux. Je n'hésiterai pas à laisser ton cul ici si tu essayes de mutiler mon véhicule avec cette merde. »

J'ai tout juste l'espace pour m'asseoir. Le bois fait sailli jusqu'au siège passager avant. Je me comprime malhabilement sous le bois et m'appuie contre la portière. Je prie pour qu'aucun flic ne nous voie et ne nous fasse arrêter sur l'accotement.

La première partie du trajet se fait en silence. Le climatiseur souffle en rafales contre ma poitrine nue, mais ça fait du bien.

Et là, mon cerveau commence à s'emballer, m'inondant de pensées de Bella et du pari, et de toutes les choses débiles qui sont survenues depuis les deux dernières semaines. L'a-t-elle toujours su ? Ou bien vient-elle juste de le découvrir ? Est-ce que tout ce qu'elle m'a dit – chaque moment passé ensemble – était un mensonge ?

Je n'en mérite pas moins, mais j'espère que je me trompe. Je prie pour avoir tort.

Pourquoi suis-je encore en train de me languir de cette femme ? Elle me déteste, c'est l'évidence même. Je ferais bien de simplement l'oublier et de faire l'inventaire de mes pertes. Dans des années, ce ne sera rien de plus qu'une histoire drôle, un souvenir merdique.

Mais ce n'est pas drôle. C'est merdique. Et je ne veux pas que Bella ne soit qu'un souvenir.

Emmett commence à fredonner à l'avant. Je suis instantanément agacé à nouveau, mais plutôt que de me défouler sur lui, je commence à le bombarder de questions au sujet des choses qui affligent mon esprit en ce moment.

« Qu'est-ce que tu foutais chez moi ? »

Il arrête immédiatement de fredonner. « J'étais là pour sauver ton cul, » dit-il de façon hautaine. « Naturellement. »

« Mais comment savais-tu que mon cul avait besoin d'être secouru ? »

Il fait une pause momentanée, comme s'il réfléchissait à sa réponse. « Rose m'a dit ce que Bella était en train de fricoter, » admet-il finalement.

« Donc Rose et toi vous vous dites vraiment tout, » je déclare, me rappelant ses paroles de la veille. « Depuis combien de temps est-elle au courant au sujet du pari ? »

Il me regarde dans le rétroviseur. « Pourquoi diable as-tu fait ce pari, Edward ? »

« Je t'ai posé la question le premier. »

Il se raidit. Finalement, après un intolérable moment de silence, il répond. « Elle le sait depuis le début. »

Je pousse un soupir affligé, me demandant ce que ça veut dire. Rose n'aurait sûrement pas permis ceci sans que Bella ne le sache. « Et Bella ? »

Ses yeux rencontrent les miens encore une fois. Ils vacillent d'incertitude. « Bella le savait aussi. »

Connerie de merde.

« Et toi ? » Je demande furieusement. Je peux sentir la colère monter en moi et je donnerais cher pour ne pas être enchaîné à cette putain de tête de lit en ce moment.

« Écoute, mec, » rugit Emmett, « je ne suis pas celui qui a fait ce pari. Tu t'es mis toi-même dans ce bourbier. Alors ne t'imagine pas une seconde que tu peux rendre quelqu'un d'autre responsable… » Il agite sa main avec dédain. « … de cette merde. »

« Alors ça ne t'a pas traversé l'esprit une seconde de me dire ce que tu savais ? » Je crie.

« Je t'ai dit de lui dire à propos du pari ! »

« Comment aurais-tu pu faire ça alors que tu étais tellement occupé à prétendre que tu ne savais rien ? »

« Je n'ai pas arrêté d'y faire allusion ! Je veux dire, es-tu si bête que ça ? »

« Qu'est-ce que ça signifie, ça ? » Je demande avec colère. « Tu devais bien avoir une raison pour ne rien dire, foutu bordel. Je suis censé être ton putain de meilleur ami, Emmett. Alors crache le morceau. »

« Tu ne m'as rien dit de ton côté, Edward. Et il se trouve que toute cette histoire d'honnêteté va dans les deux sens. »

« Ça ne te regardait pas. »

« Ouais, eh bien. Continue de te dire ça pendant que tu te demandes pourquoi Bella te déteste à présent et ce que tu dois faire pour arranger les choses. Ne t'attends pas à ce que je t'aide, parce que ça ne me regarde pas, bordel de merde. »

Je suis fâché – irrité, furieux, enragé – mais sa remarque me blesse quand même. Et il a raison. Je ne mérite pas son aide. Mais je mérite tout ce qui est arrivé.

Je m'appuie contre la portière, mon visage brûlant comme l'enfer, et je boude en silence. Nous n'échangeons plus une parole jusqu'à la maison de son oncle.

ooo

Nous nous garons devant une petite maison avec un garage attenant. La cour est encombrée de débris : un pneu, deux jantes, un cric, du bois. La maisonnette elle-même a besoin d'un sérieux travail de peinture, et les buissons autour du porche semblent négligés ou à l'abandon. Les mauvaises herbes dominent le gazon qui n'a pas été coupé depuis des lustres.

La porte d'entrée est grande ouverte, mais nous n'avons pas l'occasion de l'atteindre. Dès qu'Emmett – qui n'a toujours pas rompu le silence – claque la portière derrière moi, une voix profonde retentit du garage et nous appelle.

« Par ici, les gars ! »

Nous nous dirigeons vers le garage en silence. Un homme à la carrure imposante – encore plus grand qu'Emmett – vient nous accueillir, tendant une main sale et graisseuse à son neveu. Je ne peux pas échanger une poignée de main avec cet homme, pour des raisons évidentes, et pendant un moment fugace j'en suis reconnaissant.

Il sourit de façon tapageuse en me voyant, sa ressemblance avec Emmett des plus troublantes.

« Et bien, et bien, » dit-il, amusé au plus haut point. « Tu t'es dégoté tout un pétard de femme, à ce que je vois ! »

Je ne suis pas d'humeur à plaisanter, alors je me contente de lui offrir un sourire forcé en retour.

« Je suis Demetri, » continue-t-il, nullement décontenancé pas mon humeur acerbe. « Viens, tu peux te placer là. » Il désigne une grande table sur laquelle trône une scie électrique. « Nous allons te sortir de ces menottes en un rien de temps. »

« Merci, Demetri, » répond Emmett, et si je ne le connaissais pas, je penserais que toute la tension de notre dispute a disparu de sa voix. Mais elle est là à l'état de traces, et son sourire pincé ne me dupe pas une seconde. « Essaye de ne pas le couper trop mal. »

Il me lance un dernier regard glacial avant de se glisser dans la maison, me laissant seul avec son oncle.

Demetri se dirige vers la scie et la met en marche, renversant la puissance à plusieurs reprises pour qu'elle vrombisse comme une tronçonneuse. Je crois qu'il fait ça pour l'effet comique, mais je ne vois pas l'humour. En fait, je crains un petit peu pour ma vie, d'autant plus que la seule personne qui a l'habitude de m'affectionner vient de me laisser seul avec ce fou, peu soucieux que je vive ou que je meure.

« Ne tombe pas dans les pommes maintenant, » me lance Demetri, remarquant probablement à quel point je commence à pâlir. « Ce n'est pas si terrible que ça. Je vais couper directement dans la partie épaisse où se trouve la serrure, et le tout va s'ouvrir. C'est vraiment simple. Et j'ai une plus petite scie, ne t'inquiète pas. Je ne faisais que m'amuser un peu avec toi. »

S'amuser un peu avec moi. Ouais, bien sûr.

« C'est génial, » je dis, la voix tendue. « Et merci de faire ceci. »

Il sort la petite scie, laquelle est encore trop grosse pour me mettre à l'aise. « Bon, maintenant place tes poignets juste ici, » m'ordonne-t-il. « Et essaye de ne pas bouger. Je ne vais pas te couper, mais si tu commences soudainement à t'agiter comme une bonne femme, alors là c'est une autre histoire et je pourrais ne pas être en mesure de l'éviter. Oh, et mets ça. »

Il me tend une paire de lunettes que je fais rapidement glisser sur mon nez. Je tiens mes poignets contre la tête de lit tel qu'indiqué, fermant les yeux et essayant très fort de ne pas broncher lorsque la scie grince contre le métal.

ooo

BPOV

Je suis censée aller chez Rose quand tout est fini, mais je décide ne n'en rien faire. Je me dirige tout droit à mon appartement – je n'arrive pas vraiment à me rappeler comment j'y parviens – et je monte les escaliers machinalement.

Ursula m'attend quand je pénètre à l'intérieur, perdue dans sa graisse et dans sa montagne de poil. Elle se fout complètement que ma vie soit fichue. Elle ne pense qu'à manger. Pâtée par-ci, lait par-là, spaghetti, spaghetti, miaou, miaou, miaou. C'est de sa faute ce qui est arrivé. Si ce n'était pas d'elle, qui est toute grasse, et dégoûtante, et fière de l'être, je ressentirais encore le besoin désespéré d'être accompagnée demain. Et j'aurais encore Edward pour une autre journée.

Maudit chat.

Elle me regarde quand j'entre dans l'appartement, clignant de ses grands yeux innocents. Elle est complètement inconsciente du massacre félin imminent que je complote secrètement.

« Qu'est-ce que tu veux ? » Je lui demande avec colère. Elle cligne des yeux insensiblement, peu intimidée par mon emportement.

« T'es contente que tout ceci soit arrivé, pas vrai ? Est-ce que c'était ton plan tout le long ? Et quoi d'autre as-tu réussi à détruire ce soir pendant mon absence, hein ? Hein ? »

Elle me tourne le dos et s'éloigne en trottant.

Je me rends à ma chambre, me sentant… engourdie. Je ne ressens plus rien, juste un vide froid et humide au fond de moi, qui n'est ni fâché, ni heureux, ni triste. Il n'y a rien, et je salue cet état de choses autant que je le crains.

Je m'assois sur mon lit et réfléchis pendant un moment. Est-ce que je viens de faire ce que je pense avoir fait ? J'ai laissé Edward menotté à son lit ? Je l'ai laissé être victime de ce trouduc de James, entre tous ?

C'est ce que tu voulais. Tu voulais le faire payer, et il a payé. Chèrement.

Mais le résultat final est loin d'être aussi satisfaisant que je l'avais espéré. Je me surprends à jeter un coup d'œil à l'horloge, me demandant combien de temps je devrais laisser s'écouler avant de retourner là-bas pour vérifier s'il a été secouru. Ce n'est pas parce qu'il a parlé à James que cet enfoiré va nécessairement lui venir en aide.

Peut-être que je devrais y retourner maintenant. Je vais juste passer devant en conduisant. Personne ne le saura.

Et s'il me voyait ? Il saurait ce que je trafique !

Bonté divine, Bella. Est-ce que ça te tuerait qu'il ne pense pas que tu es complètement sans cœur ?

Il le mérite. Il le mérite, il le mérite, il le mérite.

J'enfouis mon visage dans mes mains, résistant à l'envie de crier.

Finalement je m'allonge, victime de mes pensées, et je reste ainsi jusqu'à ce que j'entende mon téléphone sonner dans l'autre pièce. Je me traîne jusqu'à lui sans enthousiasme, curieuse de savoir qui m'appelle, mais déterminée à l'ignorer de toute façon.

Mais quand je vois qu'il s'agit d'Emmett, ma curiosité l'emporte. Je colle le téléphone à mon oreille.

« Bella ! » Sa voix est feutrée et réservée. Mon intérêt est piqué instantanément.

« Quoi ? Que se passe-t-il ? » Je demande frénétiquement. Est-il arrivé quelque chose à Edward ? Est-ce que James l'a assassiné ? Oh mon Dieu – est-ce qu'Emmett est dans la salle d'attente de l'hôpital ?

« Je ne pensais pas que tu aurais les couilles pour le faire, espèce de petite séductrice rusée. » Sa voix est basse mais amusée.

« De quoi parles-tu ? »

« J'ai été obligé de secourir ton petit ami. »

« Ce n'est pas mon petit ami, » je dis avec colère, indignée, mais je suis tout de suite soulagée que quelqu'un soit venu pour Edward.

« Ouais, ouais. Je sais, je sais. Vous vous détestez tous les deux. Bla, bla, bla. »

« Certainement qu'on se déteste. » Mais c'est un mensonge – je ne le déteste pas du tout. Mais que lui me déteste ou non à présent, c'est une toute autre histoire.

« Comment t'as su à ce sujet ? » Je me demande, bien que j'aie mes doutes.

« Rose me l'a dit. »

Rose ! Ahh !

« Est-ce que James est là ? » J'ai la ferme intention de raccrocher dans la seconde si j'apprends qu'il est là. Je ne peux même pas supporter l'idée d'être à l'autre bout de la même ligne téléphonique que lui en ce moment. Je le déteste vraiment. Lui et ses petits jeux tordus.

« Non, » grogne-t-il. « Je ne sais absolument pas pourquoi ce n'est pas le cas. Je n'ai pas eu l'occasion de lui demander. On s'est un peu chamaillé pendant une seconde. »

« Où est-il ? »

« Oh, on est chez mon oncle pour scier ses menottes, » répond-il avec désinvolture.

« Quoi ? Pourquoi ? J'ai laissé la clé sur la commode ! » Je m'exclame.

« Ouais, eh ben elle a brisé. »

« Non, pas possible. »

« Puisque je te le dis. »

« Mais ce sont de véritable menottes ! »

« Sans doute, mais cette clé ne valait pas de la merde. »

« Comment diable as-tu réussi à le sortir du lit ? »

« Je n'ai pas réussi. Nous avons dû apporter la tête de lit avec nous. »

« Non, c'est pas vrai. »

« Oui, tout à fait. »

Je suis sidérée. Ce n'était certainement pas censé se produire ! Dans toute autre situation, ce serait presque drôle.

Mais ce n'est pas une autre situation. Et ce n'est pas drôle du tout.

« Eh bien, j'ai une autre clé, » je propose, les battements de mon cœur s'accélérant alors que les mots quittent ma bouche. Leur apporter la clé signifierait affronter Edward et, à vrai dire, je ne suis tout simplement pas sûre que je suis prête pour ça. J'ai besoin d'au moins une journée pour récupérer de tout ça.

« Trop tard, » dit Emmett. « Il est déjà en train de passer à la scie. »

Nous faisons tous les deux une pause. J'imagine que je peux entendre la scie en arrière-plan, mais en vérité je ne peux rien entendre. Je me demande à quel point Edward me maudit à l'heure actuelle, et cette pensée me fait grimacer.

« Il t'aime vraiment, tu sais, » finit par dire Emmett. Je suis surprise.

« J'en doute. »

« Eh bien, je ne sais pas ce qu'il en est à l'instant même, » poursuit-il. « Pour être honnête, la scie a l'air de le traumatiser un petit peu. Mais avant il t'aimait. Je serais prêt à parier mon bras droit sur ça. »

Mince alors, merci.

Je gémis en réponse. « S'te plaît, ne dis plus rien au sujet de paris, » je réplique. « J'ai eu ma dose pour une vie entière. »

Il glousse. « Ouais, eh bien. C'est pour ça que j'appelais. Je tenais à te féliciter pour ta soudaine poussée de croissance de gonades, et aussi te dire ça. »

« C'est un peu tard pour ça maintenant, Emmett, » je dis, et je suis simultanément soulagée et horrifiée de réaliser que je recommence à éprouver des sentiments, et pas ceux de la bonne sorte. Je me sens incroyablement morose.

« Il est irrité contre moi aussi, » commente-t-il. « Je lui ai dit que j'étais au courant. Il n'était pas content d'entendre ça. »

Comme s'il avait le droit d'en vouloir à Emmett, je songe. Bien sûr, Emmett savait. Mais il n'a pas fait le pari, pas plus qu'il n'a forcé Edward à le faire. En fait j'ai envie de lui sauter au cou et de l'embrasser en ce moment.

« Eh bien merci, Emmett, » je dis avec gratitude. Un autre silence s'installe entre nous, et j'entends Ursula faire ses griffes sur ma porte de chambre, essayant d'entrer à l'intérieur de la pièce. Je peux clairement l'entendre déchirer le tapis en lambeaux sous ses griffes. « Y a-t-il une chance que tu viennes chercher ce putain de chat ? » Je demande sérieusement, toute gratitude envolée.

« Si elle se conduit mal, c'est seulement parce que tu es constamment grossière avec elle, » proteste-t-il.

« Emmett ! »

« Je ne peux pas en ce moment, okay ? Je te rappellerai plus tard et nous pourrons en discuter. »

« Sérieusement, Emmett. Tu me dois un nouveau canapé. »

« Écoute, y a Edward qui revient. Faut que j'y aille. Au revoir. »

Il raccroche abruptement avant que je puisse ajouter quoi que ce soit. J'imagine Edward se dirigeant dans la maison, fulminant contre moi. Et pourquoi en serait-il autrement ? Je ne valais pas mieux que lui ce soir, en toute vérité. Il a fait le pari, mais j'aurais pu faire preuve de maturité et lui parler en adulte. Mais je voulais m'amuser, et je voulais me venger.

Mais où est l'ivresse de la victoire ? Où est la satisfaction ?

Je me lève et j'éloigne Ursula de ma porte avec des pschtt bien sentis avant de lui préparer sa pâtée. Heureusement, elle me laisse tranquille une fois qu'elle a mangé. J'essaye de regarder la télé, mais je n'arrive pas à me concentrer sur quoi que ce soit sur l'écran. Les sentiments me reviennent et ils sont d'une brutalité sans précédent.

Finalement je fais ce que toute personne dans ma situation ferait en période de détresse.

J'appelle ma mère.

« Hé, Bella, » dit-elle en répondant. « Je pensais justement à toi. Est-ce que tout va bien ? » Elle semble inquiète, et j'attribue ça à son instinct maternel étrangement précis. Elle peut toujours sentir quand les choses ne vont pas bien pour moi, même si elle est à des milliers de kilomètres de distance.

Je me demande combien je devrais lui révéler. Nous avons toujours été ouvertes l'une envers l'autre, mais convient-il de dire à sa mère qu'on a séduit un gars jusqu'à ce qu'il soit à moitié nu, et qu'on l'a laissé menotté à un lit ?

Elle peut désapprouver, mais elle ne me jugera pas pour ça. Elle m'écoutera et m'acceptera quand même à la fin de tout ça.

« Non, maman, » je dis. Je peux sentir les larmes dans mes yeux, mais je continue sur ma lancée. « J'ai fait quelque chose de mal. De vraiment mal, je pense. »

Pourquoi est-ce que je me sens tellement merdique à propos de tout ça ? Il le méritait. Pas vrai ?

« Que s'est-il passé, trésor ? » Demande-t-elle, sincèrement anxieuse, et soudainement je déverse sur elle le contenu de mon cœur, lui racontant tout ce qui s'est passé dans ma vie depuis le soir où j'ai rompu avec James. Je pleure entre mes paroles, et j'ai honte pour toutes les personnes impliquées.

Elle m'écoute patiemment. « Alors tu as fait tout ça pour l'emmerder, mais tu as fini par l'aimer ? » Questionne-t-elle quand j'ai terminé.

Je renifle et essuie inutilement mes larmes avec ma main. « Oui. »

« As-tu essayé de lui parler ? »

« Pour quoi, maman ? » Je demande, exaspérée. « Je ne suis qu'un stupide pari pour lui. »

« Mais tu dis qu'il t'a arrêtée ce soir, » dit-elle, « quand tu le poussais à aller plus loin. » Il ne me viendrait même pas à l'esprit d'être étonnée par la conversation que nous avons en ce moment, car il en a toujours été ainsi entre nous. Elle a toujours agi avec moi comme une amie protectrice plutôt que comme une mère.

« Ouais, c'est exact, » j'admets. Je suis troublée par cette réalisation. « Tu crois que ça signifie quelque chose ? » Je me demande.

« C'est possible, chérie. La seule façon de le savoir avec certitude, c'est de lui parler. »

« Il me déteste maintenant. »

« Tu ne le sais pas. »

« Comment en serait-il autrement ? J'ai essayé de le balancer. Et peut-être que j'y suis parvenue, je n'sais pas. James n'est pas venu le tirer du pétrin, cependant. »

« Vous avez tous les deux fait de mauvaises choses, Bella. Aucun de vous ne s'est comporté admirablement dans cette situation. Mais si vous vous aimez vraiment l'un l'autre, vous devriez essayer d'apprendre de vos erreurs et peut-être repartir à zéro. »

« Je ne pense pas que nous soyons prêts pour ça, maman, » je dis avec désespoir. « Je ne crois pas que nous ayons un avenir ensemble. Toute cette affaire est stupide. C'est juste un petit béguin. Je suis sûre que je vais m'en remettre rapidement, » je lui assure, mais j'ai l'impression que c'est beaucoup plus que ça. Un simple béguin ne devrait pas faire si mal.

« Eh bien si tu es certaine, Bella, » concède-t-elle. « Sache que je serai toujours là pour toi, peu importe ce que tu décides. »

C'est sûrement censé me faire sentir mieux. Je devrais sûrement être réconfortée par le fait que ma mère, qui vit à l'autre bout du pays, sera là pour moi par l'intermédiaire du téléphone après que je serai morte de l'intérieur. Oui, sûrement.

« C'est super, maman. Merci. »

Je ne me sens pas réconfortée par notre conversation. Mais là où le réconfort était absent, j'ai trouvé la vérité dans ses paroles.

Nous avons tous les deux eu tort. En conséquence, nous avons tous les deux été blessés. Et peut-être que nous pouvons tirer quelque chose de cette mascarade et prendre cette nouvelle connaissance avec nous, parce que c'est tout ce que nous avons réussi à gagner.

Quand on joue avec le feu, on finit par se brûler.

J'ai oublié de fermer ma porte, alors Ursula vient se pelotonner à côté de moi sur le lit et ronronne. Et même si je prétends la détester, en ce moment sa présence me ragaillardit et je finis par m'endormir, ignorant mon téléphone tandis qu'il sonne encore et encore sur ma table de chevet.

Au cas où je n'aurais pas le temps d'updater d'ici la fin de l'année, je voudrais vous souhaiter une heureuse période des fêtes.

À bientôt

Milk