Date de publication du chapitre XIX : le 29 mars 2012
Titre de la fanfic : Nos cœurs dans la guerre.
Auteur : AliLou
Bêta française : CandyShy
Bêta anglaise : Ptiteaurel
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Disclaimer : Je précise que les personnages principaux de l'histoire ne m'appartiennent pas, ils sont la création de SM. Je ne fais que m'amuser avec en les mettant en scène dans un cadre historique et géographique différent ! C'est cette histoire-là qui naît sous ma plume et qui m'appartient.
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Juste une petite information : ce chapitre est entièrement un POV de Bella.
Donc, lorsque des personnages parlent anglais, ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez pas !
Bella ne comprend pas non plus ! Ce n'est pas pour vous perdre, loin de là, mais juste pour être sûre que vous soyez bien dans la tête et dans la peau de Bella. Ne vous étonnez pas de voir de l'anglais et du français mêlés : en anglais sont les propos que Bella ne comprend pas, et en français, ce qu'elle perçoit de leurs émotions, de leurs ressentis...
Ne paniquez pas non plus si vous maitrisez parfaitement la langue de Shakespeare ! Dans ce cas, vous serez un peu plus dans la tête d'Edward ou d'Alice.
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Trêve de blabla ! Place à la lecture immédiatement ! Il me semble que vous avez suffisamment attendu.
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Résumé du chapitre 18 (trois parties) :
Du côté des soldats mobilisés :
Philippe Weber a été fait prisonnier par les Allemands et il est emmené en captivité ; grâce à un soldat astucieux qui savait nager, le régiment de Charlie Swan a réussi à fuir l'avance des troupes allemandes ; il est supposé qu'Emmett et Carlisle ont été évacués avec les troupes anglaises à Dunkerque pour rejoindre les Iles Britanniques ; nous ne savons pas où se situe la Légion étrangère avec Jasper et Ben. La défaite de l'armée française a eu lieu en moins de deux mois.
Du côté des civils :
Edward, Esmé, Alice Cullen ont fui la capitale parisienne devant l'avance de l'armée allemande et les bombardements. Ils sont partis en voiture avec la famille Swan au complet (Bella, Renée, les grands-parents, Samuel, Éric, Michel) et les dames Weber (Marie, Angèle, Lucie). Les routes sont encombrées de civils qui fuient et paniquent. C'est l'Exode.
Après avoir vécu l'horreur des bombardements (feu, bruits d'obus, sang, blessés, morts, panique, crises de nerfs, folie, nuits dans des fossés ou des granges...), ils arrivent épuisés en Provence chez Madame Platt, la mère d'Esmé, où ils espèrent être en sécurité, mais surtout avoir des nouvelles des hommes mobilisés.
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Livre II, Chapitre XIX
Titre : L'Appel
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POV Bella
En Provence, 12 juin 1940 – 16 juin 1940
Après une semaine éprouvante de fuite et d'abominations sanglantes aperçues sur la route de l'Exode, nous étions finalement arrivés en Provence, chez la grand-mère d'Edward et d'Alice.
Quel soulagement ce fut de se sentir en sécurité dans un lieu si agréable !
En effet, le mas de Madame Platt semblait être un lieu hors du temps, hors de l'espace, comme si la guerre ne l'avait pas atteint, comme si elle ne pouvait pas l'affecter et venir troubler ces lieux si calmes, si enchanteurs, si féériques.
J'espérais surtout y être aussi heureuse que lors de l'été dernier, qui avait connu mes premiers baisers avec mon amoureux.
Le mas provençal refermait sur nous l'horrible parenthèse de la guerre, nous offrant un refuge où nous ne pouvions qu'être rayonnants après les terribles et affreux événements que nous venions de vivre, des événements qui nous laissait malheureusement sans nouvelles de nos proches.
Au travers de toute cette folie, de toute cette horreur, je n'en revenais pas encore d'avoir surmonté ma peur du sang et d'avoir réussi à assister Edward lorsqu'il opérait des blessés pour leur sauver la vie. Ses gestes étaient si précis, si réfléchis, si admirables. Je ne l'en aimais que davantage.
J'avais toutefois bien conscience que ma mère s'enfonçait de plus en plus dans un état apathique, qui l'isolait de plus en plus de son entourage. Elle n'attendait, n'espérait qu'une seule et unique chose : avoir des nouvelles de mon père.
Je ne savais plus que faire pour la faire sortir de son état dépressif. Heureusement que je n'étais pas seule à devoir gérer ses crises et que je savais que je pouvais compter sur ma grand-mère paternelle mais aussi sur Mesdames Cullen et Weber, sans oublier Edward qui lui administrait régulièrement des calmants par piqûres, les cachets ne faisant plus effet.
Mes grands-parents restaient eux-aussi marqués par les événements, comme en témoignaient les sursauts soudains de ma grand-mère au moindre bruit inhabituel, tel un claquement de porte ou du volet d'une fenêtre dû à un courant d'air insidieux. Elle frissonnait dès qu'elle entendait un avion survoler la propriété. Mon grand-père avait surmonté le choc en étant devenu un accroc à l'écoute des nouvelles de la TSF.
L'Exode avait laissé des séquelles psychologiques sur ma mère, ma grand-mère, mais aussi sur mon plus jeune frère Michel. Plusieurs fois par nuit, des terreurs nocturnes l'effrayaient au point de le faire hurler dans son sommeil et de le réveiller. Si Maman n'avait pas été en dépression, si elle avait été présente pour lui en le serrant dans ses bras pour le rassurer, peut-être qu'il aurait moins souffert.
J'étais complétement dépassée par la souffrance et la peur que ressentait mon petit frère. Je n'arrivais à le calmer que lorsque je m'allongeais dans le même lit que lui pour qu'il se rendorme. Edward disait qu'il aurait pu lui donner des calmants, mais qu'à terme cela risquait d'être plus dangereux pour lui que bénéfique. Madame Platt avait alors proposé de préparer chaque soir une tisane à base de plante pour Michel, afin qu'il soit plus apaisé et qu'il ne se réveille pas en hurlant. Cela portait jusqu'à présent ses fruits... J'espérais que cela dure et que mon frère retrouve son insouciance de jeune enfant à laquelle il avait le droit.
Alice, qui avait été éprouvée et paniquée durant notre fuite, s'était heureusement ressaisie depuis qu'elle avait passé une nuit complète de sommeil dans cet environnement protégé. Elle disait avoir confiance en son Jasper, que tout irait bien pour lui comme pour tous les soldats de notre connaissance.
Je ne pouvais que croiser les doigts et espérer qu'elle eusse raison. En tout cas, de tels propos si positifs avaient le mérite de remonter le moral des femmes et des enfants du mas, le seul qui en doutait étant Edward. Toutefois, il se gardait bien de nous montrer ses incertitudes pour ne pas nous désespérer. Je crois avoir été la seule à avoir perçu son inquiétude et à qui il l'avait énoncée, à l'exception peut-être de Madame Cullen, dont le regard maternel savait toujours tout capter.
Si Edward ne remettait pas en cause les paroles confiantes d'Alice sur le retour prochain de nos soldats, il nous préparait tout de même à la future et rapide défaite de la France face à l'envahisseur nazi.
Il passait tout son temps dans le salon du mas, avec mon grand-père paternel, à écouter la radio française. Bien souvent, il essayait également de capter la BBC pour connaître l'analyse anglaise des événements qui avaient lieu sur le continent.
Mon amoureux était en perpétuelle colère contre l'incompétence de nos chefs, qu'ils soient politiques ou militaires.
Le maréchal Pétain, appelé en renfort par l'État-major français, n'avait rien pu faire pour contrecarrer l'avance allemande.
-Ils sont fous ! Grognait Edward qui faisait les cent pas dans le salon tout en passant une main dans ses cheveux auburn. Comment ont-ils pu pensé qu'un homme de 84 ans pourrait redresser la situation en quelques jours ! Il n'est plus bon à rien, sauf à faire la sieste chez lui !
-S'il a été nommé vice-président du Conseil, parla mon grand-père, c'est qu'il doit être compétent pour remplir cette mission.
-Compétent ! Compétent ! Bougonna mon amoureux. C'est un vieux croûton maintenant ! C'est un incapable !
-Edward ! Le reprit sévèrement sa grand-mère. Comment peux-tu dire cela ? Tu ne peux pas parler du vainqueur de Verdun ainsi ! Il a sauvé la France en 1916 !
-Oui, en 1916, quand il était jeune, dynamique et ambitieux ! Mais maintenant que peut-il pour nous ? Que peut-il réellement pour la France ?
-Jeune homme ! Tu devrais te calmer ! Reprit à nouveau sa grand-mère. Tu n'es pas en état d'argumenter, ni de critiquer cet illustre homme. Tu n'étais pas là lors de la Grande Guerre.
Puis, elle sortit du salon furieuse, rejoignant la cuisine pour préparer le déjeuner. C'est que nous étions désormais toute une flopée de bouches à nourrir au mas.
Edward soupira fortement.
-Tu n'arriveras pas à lui faire entendre raison, expliqua Madame Cullen. Mère a perdu son époux à Verdun. Pour elle, le maréchal Pétain restera à jamais le sauveur de la France.
-Je sais bien, souffla Edward. Comme je sais que je n'arriverai pas non plus à vous le faire comprendre qu'aujourd'hui il n'est plus aussi brillant qu'autrefois, reprit-il.
-Exactement, sourit sa mère. Elle a perdu son mari là-bas. Et moi, je suis devenue orpheline de père.
-Mum ! Je ne remets pas en cause ses actes ou sa bravoure passés concernant la Grande Guerre, mais simplement son jugement d'aujourd'hui, qui est loin d'être pertinent. Très loin de l'être ! Avez-vous vu l'hécatombe que nous avons traversée lors de notre fuite ?
-Je sais bien, mon fils ! S'exclama Madame Cullen. Mais cela ne changera pas le fait qu'il reste pour la majorité des Français le vainq...
-...Vainqueur de Verdun, acheva Edward. J'ai été à bonne école ! Reconnut-il quand même, un léger trait d'humour dans sa voix. Même si aujourd'hui, je reste convaincu, qu'à l'âge qu'il a, il est totalement incompétent !
-Je vais finir par penser que ma mère a raison et que nous ne pouvons pas dialoguer avec toi, Edward, le taquina-t-elle en se levant. Bella, peux-tu venir nous aider à la cuisine ? Ta mère se repose encore dans sa chambre, et je crois que Marie n'a pas terminé de faire la classe aux petits, et je ne voudrais pas l'interrompre. Pour une fois qu'ils oublient tous les événements difficiles qui les entourent...
Madame Weber avait insisté pour faire la classe à Samuel, Éric et Lucie. Elle estimait qu'un cadre normal et des habitudes scolaires permettraient aux enfants de reprendre pied dans la réalité le plus rapidement possible et éloignerait leur esprit des horreurs de la guerre qu'ils avaient pu apercevoir durant notre fuite.
Suite aux terreurs nocturnes de Michel, elle l'avait même intégré dans sa mini-classe et lui apprenait déjà à lire et à écrire, même s'il n'avait pas encore l'âge d'être scolarisé.
-Oui, je viens, répondis-je avec plaisir en me levant rapidement du fauteuil où j'étais assise, essayant de comprendre les propos qui étaient échangés devant moi au sujet du Maréchal Pétain.
-Je me demande où sont passées Alice et Angèle...
-Elles ont évoqué le fait d'aller à l'écurie s'occuper des quelques chevaux qui restaient, expliquai-je.
Une grande partie des chevaux du mas avait été réquisitionnée par l'armée française. Madame Platt n'avait pu garder que les chevaux les plus âgés ou qui avaient une faiblesse musculaire ou un boitillement.
-Encore une idée d'Alice pour échapper à la préparation des repas, sourit malicieusement Madame Cullen. Et toi, les chevaux ne t'intéressaient-ils pas ?
Je haussais les épaules. Certes, j'aimais monter à cheval mais j'appréciais encore plus de passer du temps avec Edward, fut-il en colère contre la radio qui captait mal ou contre tous les généraux incompétents de l'armée française.
-J'aime bien cuisiner, j'ai toujours aidé ma mère et ma grand-mère pour les repas...
Alors que nous quittions toutes les deux le salon, j'entendis Edward parler.
-Monsieur Swan, cela ne vous dérange-t-il pas que j'essaie de capter la BBC pour voir s'ils en savent plus que la radio française ?
-Cherche donc le canal, jeune homme..., l'encouragea bien volontiers mon grand-père. N'oublie pas que je ne comprends pas l'anglais et qu'il faut que tu me traduises ce que dis le commentateur radio...
Edward toucha alors les boutons de la TSF. Le bruit caractéristique du changement d'ondes se fit entendre alors que nous arrivions à la cuisine, où Madame Platt avait déjà commencé à peler les pommes de terre.
Le 14 juin, la radio française nous apprenait que Paris était occupée par l'Armée allemande, alors que le gouvernement français avait fui à Bordeaux. Le maréchal Pétain évoquait déjà le fait de demander l'armistice. À son opposé, le Président du Conseil, Paul Renaud, souhaitait poursuivre la lutte armée.
Edward ne cessait de répéter que cesser le combat serait une terrible honte pour la France, qu'il fallait soutenir Paul Renaud et continuer à lutter contre l'Allemagne. Il ne cessait de critiquer le vainqueur de Verdun et de le traiter d'incapable et de traitre à la Nation.
Sa grand-mère Anne le contrecarrait immédiatement, de même que Madame Cullen et ma mère. Si la première voyait en Pétain le sauveur de la France, les secondes ne pensaient qu'au retour prochain de leurs époux si l'armistice était signé. Alice avait tendance à suivre leurs avis, alors que Madame Weber gardait un silence obstiné, refusant de donner son avis sur la situation, comme si elle avait envie d'une chose -l'armistice et le retour de son époux- mais qu'elle ne pouvait l'accepter dans de si honteuses conditions -un armistice signifiant l'occupation de la France par l'armée allemande.
L'atmosphère au mas était de plus en plus oppressante, chacun souhaitant donner son avis sur la situation européenne, des avis qui s'opposaient bien souvent et qui entrainaient des querelles entre les uns et les autres. Certains élevaient la voix, vite rejoints par leurs opposants. Parfois, il devenait impossible de suivre une discussion dans le salon, les arguments des uns et des autres volant avec rapidité et avec force sans que nous puissions les saisir, les comprendre, les assimiler.
Tout le monde, y compris mes plus jeunes frères, percevait alors cette tension affreuse, qui menaçait d'exploser à tout moment dans notre groupe pourtant soudé à la base lorsqu'il avait fallu évacuer Paris rapidement.
Nous étions désormais nettement divisés en trois camps : ceux qui souhaitaient continuer la lutte, minoritaires autour d'Edward et de mon grand-père ; ceux qui voulaient la signature de l'armistice,qui représentaient le groupe le plus nombreux et qui étaient menés par Madame Platt, Madame Cullen, Alice et ma mère ; et le troisième groupe, les indécis, soit parce qu'ils hésitaient entre les deux solutions ne sachant laquelle serait la meilleure comme Madame Weber et ses filles, soit parce que comme moi ils se sentaient complétement dépassés par les événements et n'osaient pas donné leur avis (comme moi), soit parce qu'ils étaient trop jeunes...
Chacun d'entre nous écoutait alors avidement toutes les informations radiodiffusées afin de se forger la meilleure opinion et d'avoir un maximum d'arguments à opposer à ceux qui soutenaient la thèse opposée.
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En Provence, 17 juin 1940 (matinée)
Ce lundi 17 juin, tôt le matin, Madame Weber, Madame Cullen, Angèle et moi avions quitté le mas pour nous rendre à la ville d'Arles en voiture afin de nous ravitailler d'un point de vue alimentaire.
Certes, les potagers et la basse-cour ainsi que les quelques vaches du mas produisaient suffisamment pour nous ravitailler en légumes, en lait, en œufs et en volailles. Mais nous avions néanmoins besoin d'acheter à la boucherie et à l'épicerie de la viande bovine ou ovine, des céréales (pâtes et riz), de la farine et du sucre... Bref, quelques indispensables qui étaient de plus en plus difficiles à obtenir.
Il avait fallu toute la force de persuasion de Madame Weber qui maitrisait parfaitement les prix usuels et le fait que Madame Cullen connaissait l'épicier depuis son enfance pour que nous puissions obtenir, à un prix presque correct, ces quelques denrées en nombre suffisant pour nourrir tous les habitants du mas.
J'étais heureuse de quitter le mas pour une matinée, car l'atmosphère y était de plus en plus étouffante. Les disputes entre Edward, sa sœur et sa grand-mère étaient désormais quotidiennes. Chacun essayait de persuader l'autre du bien fondé de sa position. Et je détestais cela ! Surtout quand l'un ou l'autre me prenait à partie afin que je me range de son côté. J'avais donc été ravie lorsque Madame Cullen m'avait proposée de me joindre à elle pour ce ravitaillement alimentaire.
La ville d'Arles avait bien changé depuis l'été dernier.
Elle semblait avoir perdu ses couleurs provençales et son visage joyeux.
Elle était désormais surpeuplée, envahie d'étrangers venus de Belgique, du Nord de la France ou de Paris.
Chacun essayait de se loger à prix d'or dans le moindre recoin, espérant ainsi trouver une intimité toute relative parmi cette foule de réfugiés. Devant la pénurie de logements, les arènes d'Arles avaient même été ouvertes pour les abriter.
Quand je voyais cela, j'étais heureuse de partager une chambre au mas avec mes deux amies. Nous avions la chance de dormir dans de vrais lits, d'avoir accès à de vraies salles d'eau pour faire notre toilette.
Alors que nous regagnions la voiture, toutes les quatre chargées de paniers de provisions bien remplis suite à d'âpres négociations, un mouvement de foule nous bouscula toutes du trottoir sur la chaussée.
Nous entendîmes un brouhaha s'élever, telle une rumeur qui courait de rangs en rangs et qui s'amplifiait de plus en plus fortement...
-Ils arrivent ! Ils arrivent !
-Qui donc ?
-Les Boches ! Ils sont là !
-Oh ! Mon Dieu ! Cria une femme en s'évanouissant.
-Toute la France est occupée !
-Ils sont même à Bordeaux et Marseille...
-Il paraît qu'ils vont traverser la Méditerranée pour se rendre à Alger !
-J'ai vu des uniformes verts ! Je les ai vus ! Ils sont là !
Je frissonnai. Qu'allions-nous devenir si la France était envahie ?
Madame Cullen fut la première à réagir.
-Dépêchons-nous de regagner la voiture. Nous n'avons pas à nous attarder ici plus longtemps, encore moins maintenant.
-Sans compter qu'ils risquent de s'inquiéter au mas s'ils ont vent de la nouvelle avant notre retour, poursuivit Madame Weber.
Nous marchâmes toutes d'un pas rapide en direction du parking où la voiture était garée.
Madame Cullen, Angèle et moi rangions nos provisions dans le coffre de la voiture pendant que Madame Weber se préparait à démarrer quand soudain nous l'entendîmes s'exclamer :
-Oh ! Ce n'est pas possible ! Ils n'ont quand même pas osé !
-Marie, que se passe-t-il ? Demanda Madame Cullen, inquiète, à son amie.
Cette dernière ne lui répondit pas et se dirigea vers un groupe de militaires allemands qui venaient de débarquer sur la place.
-Maman ! S'écria Angèle. Que fais-tu ?
Mon amie essaya de s'élancer à la suite de sa mère, mais Madame Cullen la retint avec force, l'empêchant de faire un pas de plus.
Ce que nous vîmes nous surprit et nous étonna grandement.
La tête haute, Madame Weber s'approcha du gradé allemand d'une démarche digne et fière. Elle exigea alors dans un français irréprochable et très soutenu de récupérer le képi que portait ce capitaine allemand, arguant du fait qu'il lui revenait de droit car son mari appartenait à ce régiment.
-Madame. Le capitaine allemand s'inclina devant elle puis claqua des talons avant de lui répondre dans un parfait français sans le moindre accent germanique. Si toutes les femmes de militaires étaient de votre trempe, la France n'aurait pas perdu cette guerre. Ce fut un plaisir de converser avec vous et j'ai grand honneur de vous remettre cette prise de guerre, qui vous revient davantage qu'à moi. (1)
Nous étions toutes les trois bluffées devant un tel aplomb.
Soulagées aussi de la voir revenir vers nous.
En effet, une fois le képi récupéré, Madame Weber se détourna du soldat allemand et revint à la voiture, dans laquelle nous grimpâmes toutes rapidement.
-Maman, demanda Angèle une fois que nous roulâmes sur la Nationale en direction du mas, que penses-tu qu'il soit arrivé à Papa ? Si cet Allemand avait le képi de son capitaine, ce n'est pas bon signe... Sa voix s'était presque éteinte sur ces derniers mots.
Madame Weber serra fortement ses mains sur le volant de la voiture. Ses phalanges étaient toutes contractées et toutes blanches. Je sentais qu'elle appréhendait de répondre à sa fille.
-Marie, tu n'es pas obligée de... Madame Cullen déposa sa main sur celle de son amie afin de l'apaiser.
-Si, Esmé, Angèle est en âge de savoir. Il nous faut préparer nos jeunes à devenir de jeunes adultes. De toute façon, si elle ne l'apprend pas par moi maintenant, elle le saura tôt ou tard par quelqu'un d'autre... Autant que cela soit moi qui le lui apprenne !
-Maman... Souffla mon amie apeurée.
Comme Madame Cullen l'avait fait, je pris sa main dans la mienne, essayant de lui faire comprendre que j'étais là, que je la soutenais du mieux que j'étais capable de faire.
-Lorsque Esmé et moi étions à la boucherie, certaines personnes parlaient de prisonniers de guerre. Les Allemands auraient capturé, elle insista sur le conditionnel, de nombreux régiments et les emmèneraient en Allemagne dans des camps. J'espérai que ton père ne ferait pas partie des captifs... Mais, avec cette histoire de képi... Je crains de m'être trompée...
-Tant qu'il est captif, au moins nous savons qu'il est en vie, répliqua Angèle essayant de voir le côté positif des choses.
-Oui, c'est exact, affirma Madame Weber. Toutefois, tant que nous ne sommes sûres de rien, je préférerai que vous ne parliez pas de cette hypothèse au mas. Peut-être que Philippe a quand même réussi à s'échapper ou bien... Elle laissa volontairement sa phrase en suspens. Je compte sur votre silence, les filles.
-Oui, bien sûr, répondis-je. De plus, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de parler des prisonniers de guerre à ma mère. Elle risque d'imaginer le pire pour mon père et de refaire une crise.
-Tu as tout fait raison, approuva Madame Cullen. Nous ne parlerons de nos suppositions qu'à Edward et peut-être à Monsieur Swan. De manière discrète, ajouta-t-elle.
Lorsque nous arrivâmes au mas, nous le trouvâmes en pleine effervescence.
-Dépêchez-vous ! Nous hurla Samuel de la porte-fenêtre du salon alors que nous nous trouvions encore dans la cour à décharger les provisions achetées.
-Que se passe-t-il ? Questionna Madame Cullen d'une voix plus calme.
-Le Maréchal Pétain va parler à la radio, répliqua Madame Platt. Laissez les provisions ici et venez donc l'écouter ! C'est important !
J'étais sidérée ! Personne ne nous demandait des nouvelles de la ville, ni si les Allemands étaient là. Et, en plus, on nous disait de laisser les provisions au milieu de la cour ! Que s'était-il passé en notre absence pour que tous réagissent d'une telle façon ?
-Nous déposons tout dans la cuisine puis nous les rejoignions rapidement au salon, suggéra Madame Cullen, qui conservait son sens pratique et logique quelque fut la situation. Nous rangerons plus tard...
-D'accord, répondîmes toutes dans un bel ensemble.
Lorsque nous arrivâmes dans le salon, des « chut... chut... chut... » nous accueillirent de toutes parts alors que nous poussions qui une chaise, qui un coussin, qui une personne pour trouver une petite place confortable et s'asseoir.
« Français ! »
La voix chevrotante et âgée du Maréchal Pétain résonnait dans tout le salon.
Edward avait mis le son de la radio au maximum pour que nous puissions tous saisir son discours. Il était debout, appuyé contre le buffet qui soutenait la TSF, les sourcils froncés, concentré sur le discours du Maréchal. J'étais déçue de ne pouvoir m'asseoir à ses côtés. Je m'assis donc par terre entre Samuel et Alice.
«À l'appel de monsieur le Président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France.
Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur expri... ».
-Comme nous ! S'exclama gaiment mon petit frère Michel, nous empêchant d'écouter l'une des phrases du discours de Pétain.
-Chut ! Tais-toi Michel, le sermonna ma mère qui le tenait sur ses genoux.
C'était d'ailleurs agréable de la voir si proche de mon frère, si maternelle avec lui... C'était devenu si rare depuis notre arrivée au mas et l'inquiétude perpétuelle qu'elle ressassait pour mon père.
« … et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire, pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du Gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie ».
-Il va demander la signature d'un armistice. C'est cela ? Ai-je bien compris ? Demanda ma mère anxieuse.
-Oui, c'est la fin de la guerre ! Expliqua Madame Platt. Il l'a bien dit : « Il faut cesser le combat » ! répéta-t-elle. Quel grand homme, ce Maréchal !
-Cela signifie que les hommes vont rentrer dans leurs foyers, s'écria joyeusement Alice en sautant sur ses pieds et en levant les bras en l'air.
-Quel soulagement ! S'exclamèrent ma mère, Madame Cullen et ma grand-mère paternelle.
-Papa va-t-il revenir de la guerre ? Demanda Éric.
-Oui, il va revenir sain et sauf, approuva Maman, même si nous n'avions plus aucune nouvelle de mon père depuis notre départ de Paris.
-Génial ! Cria mon frère Michel, qui était loin de comprendre tout ce qui se passait autour de lui. Peut-être pensait-il qu'il n'aurait plus peur si la guerre était finie.
Avec la nouvelle de l'armistice qui la réjouissait tant, ma mère oubliait même ce petit détail qui la rendait si malheureuse et si stressée depuis le début de la Campagne de France. C'était incroyable ! Elle était convaincue du retour de mon père alors que nous ne savions pas où il était, ni s'il était prisonnier, encore moins s'il était... Le pire auquel je ne voulais absolument pas penser... Parce que si c'était le cas, ce serait l'apocalypse pour ma famille.
-Je me demande toutefois à quel prix cet armistice va être négocié, souligna doucement Madame Weber, qui s'inquiétait déjà des conséquences pour notre pays.
-Quelle honte pour la France ! S'écria Edward en colère. Nous avons perdu la guerre ! Comment peut-on appeler cet homme le sauveur de la France ?
Il était furieux ! Encore plus pâle que d'habitude, les traits de son si beau visage étaient déformés par la rage. Je ne l'avais jamais vu dans un tel état. Il me faisait presque peur.
-Edward, n'as-tu donc pas entendu ce que le Maréchal a dit ? Le reprit vertement sa grand-mère. Nous ne pouvions pas combattre l'Allemagne ! C'était impossible. Elle a plus de soldats et d'hommes que n'en avait la France !
-Si, j'ai bien entendu, lui répondit-il sèchement en passant une de ses mains dans sa chevelure. Je savais que ce geste signifiait sa colère, son mécontentement ou sa confusion. L'Allemagne a peut-être plus d'hommes que la France, mais ça m'étonnerait grandement qu'elle en ait plus que la France et le Royaume-Uni réunis. Sans oublier que nous avons la force des empires coloniaux avec nous ! S'écria-t-il.
-Edward, calme-toi, je t'en prie, exigea calmement de lui sa mère. Je peux comprendre que tu ne sois pas d'accord avec ce discours, mais ne te donne pas en spectacle.
-Ce jeune homme a pourtant raison, intervint mon grand-père pour prendre sa défense.
-Edward n'a pas connu le dernier conflit qui a engendré tant de morts parmi les jeunes Français, répliqua Madame Platt. C'est à se demander d'ailleurs si vous vous rappelez des événements horribles et sanglants auxquels vous avez assisté lors de l'Exode ! Rajouta-t-elle durement. L'armistice n'est peut-être pas à notre honneur, mais il a au moins le mérite de faire revenir les hommes dans leurs foyers EN VIE, insista-t-elle. Regardez en Pologne ! Il y a eu tant de morts ! Peut-être auraient-ils pu être évités ! Résister n'a pas empêché Hitler de la conquérir et de l'occuper.
Mon grand-père n'osa plus rien rétorquer, Madame Platt venait de toucher son talon d'Achille, et ce d'autant plus que nous n'avions plus de nouvelles récentes de notre famille.
De toute façon, elle était une fervente partisane du Maréchal, qui venait de sauver une seconde fois la France. Je pense que personne, pas même Edward ou mon grand-père, n'aurait pu essayer de lui faire suivre un autre raisonnement.
Certains estomacs gargouillèrent, nous rappelant à la réalité de la vie quotidienne.
-Il est temps de passer à table, s'exclama Madame Platt.
-Alice, Bella, Angèle, je compte sur vous pour mettre le couvert dans la salle à manger, nous demanda Madame Cullen. Je m'occupe de ramener les plats et les salades avec Marie et Renée. Les autres, installez-vous.
La faim ayant le bon vouloir de nous mettre tous d'accord, nous nous levâmes tous, obéissant aux demandes de Madame Cullen pour déjeuner le plus rapidement possible.
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En Provence, 17 juin 1940 (après-midi)
Le repas s'était déroulé dans la bonne humeur, malgré les tensions sous-jacentes qui existaient entre certains d'entre nous. Les plaisanteries de Samuel y étaient pour beaucoup.
Dès que nous eûmes partagé le fromage, Edward se leva et se précipita au salon.
Madame Cullen préféra en rire plutôt que s'énerver.
-Je vais finir par croire que la TSF l'a complétement intoxiqué et qu'il ne peut plus s'en passer.
Sa grand-mère enchaina, toujours aussi moqueuse.
-S'il continue ainsi, elle lui sera bientôt greffée sur la main ! Il ne pourra plus jouer du piano.
Si habituellement j'aidais aux tâches ménagères avec plaisir et sans me faire prier, cette fois-ci, je m'éclipsais discrètement de la salle à manger pour fuir la corvée de vaisselle. Je souhaitais en effet parler avec Edward. Je voulais savoir comment il allait. J'espérais aussi que nous pourrions partager un petit moment à deux car, même si nous nous voyions tous les jours depuis notre départ de Paris, nous nous n'étions presque jamais retrouvés seuls tous les deux.
Lorsque je pénétrai dans le salon, mon amoureux était déjà focalisé sur la TSF, tournant les boutons et redressant l'antenne, recherchant déjà le canal de l'une des radios...
-Edward, l'appelai-je doucement.
-Bella, me répondit-il sans pour autant se retourner, toujours aussi concentré sur la TSF et ses diverses manipulations pour capter les meilleures ondes possibles.
-Que fais-... ?
-J'essaie de capter la BBC, m'expliqua-t-il en me coupant la parole. Il me semblait presque agacé. Je veux savoir ce que pensent les speakers du discours de Pétain...
-Speaker ? Répétai-je sans comprendre, légèrement interloquée.
On aurait dit un mot anglais. Or, Edward ne mélangeait jamais deux langues habituellement.
-Les commentateurs radios... Enfin, ce qu'ils répètent des propos des journalistes anglais !
-Mais toi, comment vas-tu ? Insistai-je en le contournant afin de lui faire face et surtout de me positionner entre lui et sa nouvelle drogue, la TSF. Est-ce que tu comptes me parler un peu ? Me dire ce que tu penses ?
-Bella, je vais bien, m'assura-t-il en lâchant enfin la radio et en posant délicatement ses mains sur mes hanches. Je suis encore furieux contre Pétain, mais je vais bien, me promit-il d'un ton apaisé. Je veux juste connaître quelles sont les dernières informations annoncées par la BBC. Je suis sûr que les Allemands vont imposer des conditions d'armistice très dures aux Français pour se venger du Diktat (2). Je veux savoir ce qu'en pense le gouvernement anglais.
Je restais toutefois encore sceptique face à ce calme apparent qu'il mettait tant en avant, comme s'il essayait encore de me dissimuler quelque chose soit disant pour mon propre bien. Toutefois, ce qui me semblait fort étrange, c'est qu'il n'avait pas tenté de m'embrasser pour me rassurer. Cela ne lui correspondait guère.
Nous fûmes cependant interrompus par un raclement de gorge de mon grand-père.
-Hum... Hum...
Finalement j'étais plutôt heureuse que nous ne nous soyons pas embrassés ! J'aurai été fort mal à l'aise d'être ainsi surprise.
Le regard de grand-père Abraham se fit d'ailleurs soupçonneux lorsqu'il regarda avec attention les mains d'Edward posées sur ma taille.
Je ne savais pas ce que Maman lui avait dit -ou non- de ma relation avec Edward, et je n'avais aucune envie de me lancer dans un tel sujet avec lui aujourd'hui. J'estimai qu'il était du devoir de mes parents de lui annoncer que je fréquentais Edward. Ce n'était pas mon rôle de le faire. Sans compter que rien n'était pour l'instant officiel entre nous, nous n'avions jamais parlé de fiançailles.
Je fis alors tout pour détourner son attention.
-Edward, ne pourrions-nous pas faire un peu de musique ? Nous n'avons pas joué ensemble depuis notre départ de Paris, me plaignis-je légèrement.
Edward soupira. C'était bien une première ! Cette saleté de guerre l'intéressait plus que nos heures musicales.
Vexée -et un peu furieuse-, je lui fis la moue et m'éloignais de lui.
-Bella ! M'appela-t-il. J'écoute la BBC et les dernières informations. Ensuite, je te promets que nous jouerons un moment ensemble, un long moment ! Tu peux déjà choisir les morceaux que tu veux jouer ou entendre !
-Super ! Lui souris-je en attrapant mes partitions dans la poche extérieure de la housse du boitier de mon violon. Grand-père, avez-vous envie d'écouter un morceau de musique plus particulièrement ? Lui demandai-je pour lui faire comprendre que j'avais bien perçu sa présence.
-Du Chopin, cela fait longtemps que vous n'en avez pas joué, me répondit-il avant de se tourner vers Edward. Arrives-tu à capter quelque chose ?
Edward ne réagit pas, restant concentré sur sa recherche d'un canal audible de la BBC.
Alice et Angèle nous rejoignirent au salon, la première chargée de son classeur de modèles de couture sous le bras.
-Bella ! S'exclama-t-elle. J'ai envie de vous montrer à toi et Angèle les derniers modèles de robes que j'ai dessinés. J'ai déjà terminé le modèle de ma robe de mariée. Le voile va être splendide ! Tout comme le jupon ! Rêva-t-elle. Que j'ai hâte de débuter les travaux de couture ! S'enthousiasma-t-elle en sautillant. Je pense aussi avoir créé le type de robe parfait pour vous deux lorsque vous serez mes demoiselles d'honneur.
-Pfff ! Je n'avais pas envie de commenter des patrons, ni de faire de la couture. Je ne voulais qu'une chose : passer un moment avec seule à seul mon amoureux. Et éventuellement jouer du violon. Mais la couture arrivait bien loin sur la liste de mes envies. Alice ! Comme si tu allais pouvoir te marier bientôt ! Je te signale qu'il faudrait déjà que Jasper soit revenu de la guerre ! Tu ne vas quand même pas te marier toute seule ! Plaisantai-je.
-Bella, tu es ridicule, rétorqua-t-elle amusée. Avec l'armistice dont a parlé le Maréchal Pétain, Jasper va rapidement rentrer à Paris et nous pourrons nous marier, comme c'était prévu, en octobre prochain. Je suis trop heureuse ! J'ai trop hâte de le voir ! Cela fait dix mois que nous sommes séparés ! Elle était déchainée et tournait sur elle-même dans tout le salon, toute à son bonheur. Il va falloir que j'accélère les préparatifs du mariage. L'Exode et cette fuite en Provence m'ont fait perdre beaucoup de temps...
-Sans compter que tu n'as pas pu passer ton baccalauréat, rajouta Angèle, toujours aussi pragmatique.
-Je l'avais oublié, celui-là ! Rigola Alice. Je verrai bien si je le passe ou non.
-Alice ! Comment peux-tu dire cela ? S'exclama Angèle. Réussir ton baccalauréat est important ! Primordial !
-Tu parles ! Lorsque je serai mariée, il n'aura aucune utilité ! A quoi veux-tu qu'il me serv... ?
-Chut ! Nous interrompit Edward. Je capte enfin la BBC !
Une forte voix de stentor retentit alors dans le salon.
-Qui parle ? Demanda mon grand-père.
-Winston Churchill, le Premier Ministre anglais, répondit rapidement Edward, nous demandant d'un simple regard le silence, contrecarrant ainsi l'action de sa sœur qui s'apprêtait à papoter encore sur son mariage et qui, surprise par ce regard sans équivoque, resta bouche-bée.
« We have before us an ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many long months of struggle and of suffering. You ask, what is our policy ? I will say: It is to wage war, by sea, land and air... »
-It is to wage war, by sea, land and air..., répéta Edward, le regard brillant.
Je ne comprenais pas ces paroles, mais je savais déjà qu'elles plaisaient à mon amoureux.
« I will say: It is to wage war, by sea, land and air, with all our might and with all the strength that God can give us; to wage war against a monstrous tyranny... »
-To wage war against a monstrous tyranny..., continua-t-il de souligner avec joie.
« … to wage war against a monstrous tyranny, never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim ? I can answer in one word: victory; victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival ». (3)
-... You ask, what is our aim ? I can answer in one word: victory; victory at all costs, termina-t-il en tapant de ses doigts le tempo endiablé du discours de Churchill, comme un musicien battrait la mesure de sa partition.
Edward semblait être à entièrement d'accord avec les propos de Churchill. Il n'avait pas du tout la même réaction que ce matin, suite au discours du Maréchal Pétain. Il semblait motivé, prêt à agir et j'étais ravie qu'il soit si enjoué, même si j'aurai bien aimé comprendre ce qu'avait dit ou promis Churchill pour que l'humeur de mon amoureux se transforme du tout au tout.
Par contre, la réaction d'Alice me stupéfia. Elle se leva et s'écria subitement :
-You're not going to do what I think you're going to do, aren't you ?
-And what am I supposed to do ? Répondit un Edward plus que calme.
Je me demandais réellement ce que sa sœur venait de lui demander. Pourquoi ne parlait-elle pas en français ? Quel désagrément c'était !
-Keep on doing this war ? Elle respira fortement. Keep on doing this war at sea, on the land and in the air as our dear Prime Minister just announced with such emphasis ? He isn't the one who's going to risk his life on the front !
-Alice ! Essaya-t-il de l'apaiser. Churchill is right : we must keep on fighting.
-No way ! Edward ! You can't do that ! Hurla-t-elle en tapant du pied. You can't do that when everybody is finally coming back. It's not your fight ! It's not our family's fight !
-Alice ! Stop lying to yourself !Rétorqua Edward. Do you actually think Emmett will be able to live in France when our country is invaded by German troops? Don't forget the United Kingdom hasn't given up its fight yet and it's still fighting Germany. Do you know that all the English people living in France will soon be considered as Public Enemies at the end of June ?
-No, it can't be true... Souffla-t-elle.
-Yes it is true,répondit-il d'un ton plus clément, ne souhaitant certainement l'effrayer. I'm sure Emmett will keep on fighting the Nazis ! It seems natural for him to keep the fight he started when he was in Spain and which was against both Franco and the extremely right-wing parties. Il rajouta tout aussi doucement après une courte pause. And don't forget Daddy ! He's going to be in the same situation as Em !
Déboussolée par les propos de son frère, Alice s'assied tremblante sur une chaise près d'Angèle.
-Daddy ! He won't be able to stay with us... You really think this is what's going to happen? Oh ! It's impossible !
Des larmes coulèrent sur les joues de mon amie. Edward la rejoignit et la prit dans ses bras alors qu'Angèle lui tendit son mouchoir. Je ne comprenais toujours pas ce qu'ils se disaient tous les deux, mais je voyais bien qu'il essayait de réconforter sa petite sœur.
-Alice, I don't want to cause you more pain.. But... Mais... Edward hésitait à poursuivre sa phrase. I think it might be the same for Jasper.
-No way ! It can't be true ! He's not even English ! S'écria-t-elle.
-Yes indeed but he's Polish... And Poland is invaded by German troops... And he's Jewish too... Jasper may not be declared Public Enemy contrary to the English people but I think he will want to keep on this fight... It will be his way to defend his native country and to show his support.
-Oh ! Edward !Continua de sangloter Alice dans les bras de son frère. Do you believe Jasper will try to join Emmett in London ?
-It's quite possible.. You know, it might be the best thing he could do...
-Hum... Décidai-je d'intervenir. Pourquoi parlez-vous d'Emmett et surtout de Jasper ? C'était les seuls prénoms que j'avais pu saisir dans toute leur conversation en langue anglaise. Est-ce que Churchill a parlé d'eux à la radio ?
J'avais bien conscience que ma question serait bête, voir ridicule, mais je voulais comprendre pourquoi ils parlaient de nos cousins. Je me sentais bien isolée de ne pas pouvoir les comprendre. Heureusement qu'il en était de même pour Angèle et mon grand-père.
Ma question simplette eut le mérite de détendre l'atmosphère et de faire rire tout le monde, y compris Alice, dont les pleurs cessèrent.
-Non, non, Churchill n'a pas parlé ni d'Emmett, ni de Jasper, nous expliqua enfin Edward, un sourire toujours sur ses lèvres que j'aimais tant embrasser. Il a simplement encouragé les Anglais à poursuivre la guerre.
-Malgré la défaite française ? Demanda mon grand-père.
-Oui, tout à fait, approuva Edward. Il veut que nous continuions la guerre sur terre, sur mer et dans les airs, avec pour seul objectif la victoire du Royaume-Uni sur la tyrannie monstrueuse qu'est l'Allemagne nazie, pour résumer en quelques mots son discours.
-Sur mer... Murmura mon grand-père. La Marine, c'est la force de l'Angleterre.
-Exact ! Certifia mon amoureux. C'est d'ailleurs elle qui a permis d'évacuer les soldats anglais bloqués à Dunkerque et de les sauver.
-Pourquoi Alice pleure-t-elle ? Questionna Angèle, inquiète pour son amie.
Edward regarda sa sœur qui, d'un regard, lui demanda de continuer l'explication si tragique de son point de vue à elle.
-Alice vient de comprendre qu'Emmett allait continuer le combat contre le fascisme, et qu'il en serait certainement de même pour notre père, pour Jasper...
-Et pour Ben, compléta Angèle.
-Je le pense, soutint Edward.
-Et pour toi ? Interrogeai-je d'un murmure si faible que seuls lui et Alice m'entendirent.
-C'est probable que je les rejoigne dans leur lutte... Mais tu n'as pas à... Vous n'avez pas à vous inquiéter, se reprit-il se rappelant de la présence de mon grand-père, pour l'instant, nous ne pouvons pas nous avancer sur ce qui se passera ou pas, tant que nous n'aurons pas toutes les cartes en main, nous expliqua-t-il tout en nous rassurant. Les modalités de l'armistice ne sont pas encore connues en France. Et puis, nous n'avons pas encore de nouvelles de nos combattants.
-J'espère que nous en aurons bientôt, l'interrompit Alice.
-Moi aussi, respirai-je soulagée que Edward cesse de parler de s'engager pour combattre le monstre nazi.
-En attendant d'avoir de leurs nouvelles, que diriez-vous d'une heure musicale pour se détendre et nous distraire des événements récents ? Proposa mon grand-père, qui ne souhaitait pas que des larmes coulent à nouveau.
-Excellente idée ! M'écriai-je en battant des mains.
-Je vais chercher Lucie et tes frères pour qu'ils participent aussi, ajouta Angèle en quittant la salle à manger pour se diriger vers le jardin, où jouaient nos fratries.
-Cela fait longtemps que des accords musicaux n'ont pas résonné dans le mas, termina Alice ravie de nous écouter jouer.
Je sortis mon violon de mon boitier afin de l'accorder en attendant que mes frères et Lucie nous rejoignent.
OOOoooOOO
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En Provence, 18 juin 1940
Cette nouvelle journée de juin débuta de manière parfaite pour ma petite personne.
Réveillée par le chant des oiseaux avant mes amies de chambrée, j'étais descendue à la cuisine, où Mesdames Cullen et Weber bavardaient des événements de la veille tout en préparant le petit-déjeuner.
-Bonjour Bella, me salua Madame Cullen. Tu es bien matinale ce matin... Les filles dorment-elles encore ?
-Oui, mais j'ai préféré descendre car je n'arrivais plus à dormir, répondis-je doucement.
-Il me semble que Michel n'a pas refait de terreurs nocturnes cette nuit ?
-Non, cela fait deux nuits qu'il n'a réveillé personne. J'espère que cela va continuer. Je respirais profondément, soulagée de voir que mon frère semblait se porter mieux. Puis-je vous aider à préparer... ?
-Rien du tout ! Rétorqua-t-elle rapidement. Tout est prêt. Tu n'as qu'à t'asseoir.
Madame Weber déposa devant moi une tasse de thé alors que Madame Cullen me tendit une assiette de toasts grillés et beurrés.
-Voici des œufs tout frais pondus de ce matin, annonça Edward en entrant dans la cuisine avec un panier. Mamée arrive de l'étable avec du lait pour les plus jeunes.
-Merci Edward, répondit sa mère tout en tendant les mains pour récupérer le panier.
Elle cassa quelques œufs dans un bol, puis les battu avec une fourchette avant de le verser dans une poêle chaude pour réaliser une omelette.
Edward s'approcha de moi et m'embrassa sur la joue pour me dire bonjour. J'étais ravie de ce petit geste si tendre, mais je rougis violemment quand je saisis que Madame Weber avait tout observé. Elle eut la gentillesse de ne rien dire pour ne pas accroitre mon malaise et offrit un bol de café à Edward, qui s'installa à mes côtés pour petit-déjeuner.
Lorsque Madame Platt arriva chargée du pot à lait, les trois femmes profitèrent du fait que la cuisine ne soit pas encore envahie par les habitants du mas pour discuter du menu des repas de la journée.
Elles constatèrent que nous manquions de légumes. Madame Cullen demanda alors à Edward d'aller au potager cueillir des courgettes et des tomates. J'étais déçue : j'aurai tant aimé passer un petit moment avec mon amoureux. Je réalisais que ce ne serait pas encore pour cette fois.
-Bella peut l'accompagner si elle en a envie, suggéra alors Madame Weber. Ils iront plus vite et ramèneront plus de légumes à deux.
Si j'avais le moindre doute sur le fait que Madame Weber n'avait peut-être pas compris le lien qui m'unissait à Edward, ce n'était plus le cas désormais.
-Avec plaisir, acceptai-je la remerciant d'un regard.
-Bella, pourras-tu penser à ramener deux salades vertes ou bien deux laitues pour l'entrée ? Me demanda Madame Cullen.
-Oui, bien sûr.
Edward prit des paniers pour ramener notre futur chargement de légumes.
Lorsque nous fûmes sortis de la cuisine, il sera ma main dans la sienne et me sourit.
-On court pour aller plus vite et avoir du temps à nous ?
-Oh que oui !
Tomates, courgettes et salades, ainsi que quelques fraises, furent cueillies fort rapidement et c'est avec une grande joie que je me précipitai dans les bras ouverts de mon amoureux, me collant étroitement contre son torse musclé et levant déjà le menton vers lui en vue de rechercher la douceur de ses lèvres.
Il était hilare devant mon empressement ! Pour autant, j'étais presque convaincue qu'il était dans le même état que moi, qu'il avait envie de mes lèvres autant que je souhaitais les siennes. Nos langues se trouvèrent rapidement, se goûtèrent, se caressèrent.
Ce baiser fut profond, fougueux, explosif…, presque violent.
Ce baiser était violent parce que cela faisait si longtemps que nous n'avions pas eu de petit moment tous les deux, si longtemps que je peinais à m'en souvenir : nous étions encore à Paris la dernière fois que s'était arrivé, à réfléchir à l'hypothèse d'un prochain départ pour la Provence.
Mais surtout, au travers de la violence de ce baiser, c'était comme si nous voulions tous deux transmettre en urgence à l'autre tout notre amour, qui avait été si exacerbé ces derniers jours avec l'enchainement des événements guerriers et l'incertitude de l'avenir...
Je voulais vivre ! Je voulais tout partager avec Edward ! TOUT ! Avant que la guerre ne nous rattrape et ne nous fasse sombrer dans un possible chaos qui dévasterait tout sur nos chemins, dans nos vies.
Ses mains glissèrent doucement dans le bas de mon dos, se posant délicatement sur mes reins, me faisant ainsi frissonner de désir, alors que les miennes vinrent se nouer autour de son cou, afin de nous rapprocher encore plus l'un de l'autre.
C'était si agréable que j'aurai aimé que ce moment soit éternel.
Mais nous n'étions que deux simples humains. Le manque d'air nous força à séparer nos bouches, à délier nos langues. Toutefois, nous restâmes proche l'un de l'autre. J'étais si confortable dans le bras d'Edward.
Ses lèvres chaudes et sensuelles glissèrent dans mon cou, mordillèrent mon lobe d'oreille. Ces parties-là de mon corps étaient si sensibles que je frissonnais à nouveau tout en gémissant le prénom de mon amoureux.
-Oh ! Edward...
Mes mains rejoignirent alors sa tignasse désordonnée qui si douce lorsque je caressais son cuir chevelu auburn.
Edward revint alors picorer mes lèvres de petits baisers rapides mais nombreux, me rendant impatiente d'en avoir plus.
-Plus... Murmurai-je entre deux embrassades en tirant sur ses mèches auburn folles.
-Oh ! Bella ! Tu vas me rendre fou ! Susurra-t-il au creux de mon oreille.
Fou ? Comment pouvais-je le rendre fou ?
C'était lui qui me faisait sentir toute chose en m'embrassant de manière si superficielle alors que j'attendais plus !
Avant que je ne puisse lui poser la question, il avait repris possession de mes lèvres, de ma bouche, fouillant cette dernière avec lenteur de sa langue si puissante et si délicieuse.
Ce baiser passionné avec le goût de la Provence : il sentait le thym, le romarin, l'éclat du soleil sans oublier le goût fantastique de la langue de mon amoureux.
Lorsque nous dûmes reprendre nos respirations, je me blottis contre son torse chaud et musclé, qui me semblait être un véritable roc taillé dans le marbre, sur lequel je savais déjà que je pourrais toujours m'appuyer.
-On va chercher du miel à la ruche avant de retourner au mas ? Me proposa-t-il.
J'acceptai avec grand enthousiasme et gourmandise : d'une part car je souhaitais que notre petit moment dure le plus longtemps possible, d'autre part car j'aimais voir Edward approcher de la ruche de la manière la plus discrète possible pour ne pas effrayer les abeilles et ainsi récolter le surplus de miel qu'elles n'utiliseraient pas et qui agrémenterait nos petit-déjeuners ou nos desserts.
Lorsque nous rentrâmes au mas, nous déposâmes notre chargement de fruits, légumes et miel à la cuisine.
Sous le regard hilarant de sa grand-mère, Edward se précipita au salon pour écouter les dernières nouvelles de la TSF alors que je me restais dans la cuisine pour aider à laver et éplucher les légumes pour préparer les repas de la journée. Nous papotions gaiement avec Alice et Angèle sous l'œil maternel de Madame Cullen, qui s'occupait de hacher la viande. Même si elle allait un peu mieux, ma mère se reposait dans sa chambre. Quant à Madame Weber, elle faisait déjà la classe aux plus jeunes d'entre nous.
Le déjeuner se déroula dans une ambiance agréable. Depuis le discours du Maréchal Pétain annonçant l'armistice, l'atmosphère était plus sereine au mas, même si tous les habitants n'étaient pas d'accord avec ce dernier.
L'argument qui nous réunissait et recueillait tous nos suffrages était l'espoir que nous avions tous de recevoir prochainement des nouvelles de nos mobilisés ou engagés.
Nous attendions le facteur comme des croyants pouvaient espérer la venue de leur Messie. Chaque jour, nous étions si déçus de constater qu'aucune missive ne nous était encore parvenue.
Nous avions la même réaction à chaque fois que le téléphone résonnait dans la bâtisse : nous espérions tous qu'il s'agisse d'un appel de l'un des nôtres. Toutefois, nous avions bien conscience qu'une grande partie de la France était située hors réseau téléphonique suite aux bombardements de l'invasion allemande, et que les rares lignes qui fonctionnaient étaient plus que surchargées. Les appels téléphoniques étaient donc rares, les locaux préférant se déplacer à vélo ou à cheval pour porter une nouvelle à un voisin.
Une fois la vaisselle lavée, essuyée et rangée, nous rejoignîmes Edward, mon grand-père et mes frères au salon, où ils écoutaient déjà la TSF pour connaître les dernières nouvelles.
-Que disent-ils à la radio ? Questionna Madame Weber.
-Rien de nouveau, rien de passionnant, répondit mon grand-père d'un ton presque blasé.
-Il n'y a que de la musique ! S'écria Samuel. Mais je préférerai jouer du violon qu'écouter de la musique à la radio !
-Oh ! Non ! Jeune homme ! Le contredit Madame Weber. Ton violon attendra la fin de l'après-midi pour sortir de son étui. S'il n'y a pas d'informations nouvelles, nous allons en classe pour reprendre les calculs que nous n'avons pas terminés ce matin.
-Pfff ! Ronchonna Éric. C'est long l'école ! C'est quand les vacances ?
-Si c'est des maths, je suis d'accord ! Se leva Samuel.
-Moi, je préfère le français, surtout les dictées, nous apprit Lucie.
-Et moi, je sais presque mon alphabet par cœur, me murmura à l'oreille Michel.
-Oh ! Bravo ! L'encourageai-je. Me le réciteras-tu ce soir ?
-Peut-être ! Ses joues étaient toutes roses de plaisir.
-Allons ! Allons ! Direction la classe ! Annonça Madame Weber en se dirigeant vers la salle à manger.
« Ici Radio-Londres... Le Général de Gaulle vous parle... »
-Edward, es-tu sur la BBC ? Questionna Madame Cullen surprise d'entendre parler en français sur ces ondes-là.
-Oui ! Chut ! C'est le Général de Gaulle ! Murmura ce dernier.
« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont …. »
-Mais on ne va pas comprendre si c'est en anglais ! Le contrecarra ma mère.
-Si, il parle en Français ! Il s'adresse au peuple français ! Expliqua Edward. Asseyez-vous tous et silence ! Exigea-t-il.
Madame Weber fit asseoir par terre tous ceux qui étaient debout et nous écoutâmes tous avec grande attention ce jeune Général.
« … Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous ont fait reculer, qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils sont aujourd'hui ».
-Je suis d'accord avec cela, me susurra Edward en me prenant la main discrètement. Nous n'étions pas à armes égales ! Nous n'avions pas de tanks, ou si peu...
« Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? NON ! »
Entendant ces mots, Edward me sourit grandement. C'était ce qu'il attendait. Après Churchill, De Gaulle lui offrait de l'espoir pour l'avenir de nos pays, pour le nôtre...
« Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et qui vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire ».
-Rien n'est perdu pour la France ! Chuchota Madame Weber, les yeux embués.
« Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limite l'immense industrie des États-Unis ».
-Pas seule ! Répéta en écho Michel, qui se trouvait à mes côtés.
-Chut ! Lui murmurai-je pour qu'il se taise.
« Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la seule bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour notre ennemi. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là ».
-Il est complétement fou ! S'exclama Madame Platt. Comment peut-il penser que la France peut encore gagner ?
« Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres ». (4)
Edward était plus que souriant, enthousiasmé suite à ce discours. Que j'aimais tant le voir ainsi !
Il est vrai que, même pour moi qui n'y connaissais pas grand chose, je pouvais d'ores et déjà voir la différence entre le discours de la veille, prononcé par un Maréchal Pétain à la voix hésitante et chevrotante, et celui-ci, déclamé par le Général de Gaulle sans hésitation. Il savait mettre le ton là où c'était nécessaire, répéter des passages-clés de son discours pour que nous y adhérions, et enfin susciter l'espoir parmi nous.
Après un instant de calme durant lequel chacun d'entre nous assimilait le discours du Général, le salon fut soudainement envahi de clameurs, chacun souhaitant alors le commenter et donner son avis.
-Ce Général, c'est quelqu'un ! Commenta mon grand-père. Son discours n'a rien à voir avec celui du Maréchal.
-Mais il veut la guerre ? Questionna ma mère. Lorsqu'il fallait écouter la radio, elle doutait toujours de comprendre correctement le français. Je ne suis pas d'accord avec cela ! Je veux que mon époux rentre sain et sauf. Et, en plus, c'est tout le contraire du discours d'hier !
-Le Maréchal a parlé de signer l'armistice, rappela Madame Platt pour la rassurer. Ce général de pacotille ne peut pas tout remettre en cause !
-Il a dit que « La flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas » ! S'extasia Angèle d'un ton rêveur. C'est bon signe pour...
Elle se mordit subitement les lèvres par peur d'évoquer celui pour lequel son cœur battait. Elle jeta un regard apeuré à sa mère, qui compléta la phrase de sa fille :
-Bon signe pour ton père ? Oui, en effet ! Quoique je doute que tu aies plus pensé à lui qu'à un autre ! Plaisanta Madame Weber. Ma fille, toi et moi allons devoir avoir une petite conversation entre femmes..., murmura-t-elle d'un ton plus bas pour que seule Angèle entende la fin de la phrase.
Je me rendais compte que Mesdames Cullen et Weber étaient réellement attentives à nos besoins, à nos actions, à nos envies, à nos interactions les uns envers les autres.
J'aurai tant aimé que ma mère agisse ainsi avec moi. J'avais toujours l'impression qu'elle ne me regardait pas grandir, évoluer, mûrir... Qu'elle passait tout son temps à s'occuper de mes petits frères ou à s'inquiéter pour mon père depuis son départ pour le front.
Au début, j'avais repoussé avec force cette envie, m'accusant d'être jalouse envers ma fratrie, que les actions de Mère étaient normales puisque j'étais l'aînée, j'avais besoin de moins d'attention. Toutefois, je réalisais que ce n'était pas un argument logique, puisque Madame Weber s'occupait autant d'Angèle que de Lucie. Je frissonnais en constatant cette différence entre nos deux familles.
Je quittais mes pensées pour revenir aux discussions qui se tramaient dans le salon lorsque j'entendis la grand-mère d'Edward se fâcher et vociférer.
-Vous parlez de résistance ! Cracha-t-elle d'un ton vénéneux. Vous vous enthousiasmez pour un rien ! Continua-t-elle en regardant d'un œil acide Madame Weber, mon grand-père et Edward. Mais, que Diable ! Allez-vous réaliser ? Il est où votre Général ? Où est-il ? À Londres ! En sécurité ! Loin des Allemands et des bombardements ! S'il veut continuer à se battre, il n'a qu'à revenir en France au lieu de nous abandonner comme un lâche !
-Mamée, ne vous emportez-pas, essaya de la calmer Edward. Avec Dad, Emmett et Jasper, nous avons lu ses livres avant la guerre. De Gaulle n'est pas un lâche ! C'est un homme sincère, franc, courageux. Il suffit de voir son action pendant la Grande Guerre. Il a été fait prisonnier de guerre et a essayé à plusieurs reprises de s'échapper...
-Oui ! Tu prends sa défense ! Pourtant, tu me donnes des arguments qui ne font que le desservir. Un prisonnier de guerre ! Il n'était pas dans les tranchées à risquer sa vie comme ton feu grand-père ! Le Maréchal était là ! Lui ! Dans les tranchées de Verdun ! Comme aujourd'hui, il est encore là pour nous ! Il a fait don de sa personne à la France. Il l'a dit hier dans son discours.
-Madame Platt, votre petit-fils a raison, intervint Madame Weber fort calmement. Le Général de Gaulle a dû longuement réfléchir avant de lancer un tel Appel à la résistance. Il y a de grandes chances pour que cet Appel radiodiffusé le mette hors-la-loi, lui qui est un militaire, un homme habitué à obéir.
-Elle a raison, approuva mon grand-père.
Secouée par tous ces arguments, Madame Platt qui s'était levée pour s'exprimer pleinement s'assit à nouveau dans un fauteuil.
-Mère, s'exprima pour la première fois Madame Cullen, vous savez combien j'ai approuvé le discours du Maréchal Pétain hier. Madame Platt acquiesça d'un signe de la tête. Pourtant, vous savez qu'avec la signature de l'armistice, Carlisle et Emmett ne pourront plus rentrer en France. Ce Général offre une possibilité aux Français de s'allier aux Anglais pour continuer à combattre. Il permettra peut-être à mon époux et à mon neveu de revenir plus rapidement dans leurs foyers en France.
-Oh ! Esmée ! Soupira Madame Platt. Même si ton couple est heureux et que tu m'as offert d'admirables petits-enfants, j'ai toujours su qu'épouser un Anglais ne t'apporterait rien de bon.
-Mère, il est inutile de refaire le passé ! Répliqua Madame Cullen un peu durement.
Elle n'aimait pas quand sa mère s'en prenait à son époux.
-Notre famille va être divisée alors qu'elle n'a pas besoin de cela pour traverser ces terribles événements.
-Je le sais ! J'en ai bien conscience ! Nous allons tout faire pour rester ensemble. Mais si nous devons nous séparer à cause de ce conflit, nous ferons tout pour rester unis et nous retrouver après cette guerre. De son regard ferme et déterminé, elle nous observait tous. Et cela est valable pour Carlisle et Emmett, mais aussi pour le fiancé d'Alice et sa famille.
-Oh ! Maman, s'exclama Alice en se précipitant dans les bras de sa mère pour un câlin.
Edward renforça sa poigne sur ma main, me prouvant par là même qu'il serait toujours là.
OOOoooOOO
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Notes :
(1) Anecdote vraie ! Ma grand-tante, qui ne connaissait pas un mot d'allemand, a eu le culot de demander et d'exiger le képi, porté normalement par le capitaine du régiment auquel appartenait son époux. Képi qui lui a été remis avec grand honneur par le soldat allemand qui l'avait pris en tant que butin de guerre, surpris d'une telle dignité chez une dame française. Bon, cela n'a malheureusement pas empêché mon grand-oncle de passer cinq ans en Allemagne en tant que prisonnier de guerre.
(2) Le Diktat : il s'agit du Traité de Versailles qui a imposé des conditions d'armistice très dures et très humiliantes aux Allemands suite à la fin de la Grande Guerre. L'Allemagne a perdu le droit d'avoir des colonies, le droit d'avoir une armée supérieure à 100 000 hommes, l'interdiction aux militaires allemands d'occuper la Sarre (région frontalière de la France), … et surtout elle a dû payer aux pays vainqueurs de fortes indemnités financières (appelées « les Réparations »).
Toutes ces clauses humiliantes symbolisaient le fait que les Allemands étaient jugés responsables de tous les dégâts matériels et humains de la Grande Guerre. Ce traité de Versailles est considéré comme une dictature des pays étrangers sur l'Allemagne. Les Allemands le détestaient. Et il y a un homme politique qui a su tirer parfaitement parti de cette haine... Ai-je besoin de préciser qui ?
Edward n'aurait pas dû parler de Diktat mais de Traité de 1919 car il n'est pas Allemand. Toutefois, le mot Diktat était utilisé sur les ondes de la radio.
(3) Discours de Winston Churchill du 13 mai 1940.
Traduction du texte en langue française pour celles et ceux qui appréhendent la langue de Shakespeare (en gras, ce sont les trois phrases que Edward répète) :
« Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance. Vous demandez ce qu'est notre politique ? Je peux vous le dire : c'est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec toute la puissance et avec toute la force qu'il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d'un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n'est point de salut. »
Pourquoi Edward entend-t-il ce discours le 17 juin 1940 alors qu'il date du 13 mai 1940 ?
C'est une petite erreur de ma part. Dans mes souvenirs, avant de faire une recherche plus approfondie, j'étais sûre que ce discours de Churchill datait de la mi-juin 1940. Or, quand je me suis rendue compte de mon erreur, j'avais déjà publié le précédent chapitre. D'où une pirouette : Edward l'entend la mi-juin... J'ai toutefois vérifié : ce discours de Churchill a été plusieurs fois rediffusé à la BBC pour être sûr que tous les Anglais l'aient entendu. Donc, je ne suis pas tout à fait en porte-à-faux avec la vraie Histoire...
(4) Discours du Général de Gaulle le 18 juin 1940 sur les ondes de la BBC.
Ce discours a en fait été très peu entendu le jour même, soit le 18 juin 1940, contrairement au discours du Maréchal Pétain du 17 juin, qui a été écouté par 90 % des Français. Comme Edward est franco-anglais et qu'il écoute la BBC depuis plusieurs années avec son père et Emmett, il est plausible que les familles Cullen – Swan – Weber aient entendu ce discours.
Comment les Français ont-ils donc eu connaissance de ce discours : parce que le général de Gaulle s'est exprimé chaque jour sur la BBC et parce que la Résistance, quand elle sera créée et organisée, diffusera sur papier cet Appel du 18 juin.
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Note de l'auteur :
Chères lectrices, chers lecteurs,
J'ai tardé, je m'en excuse...
Il arrive parfois, que même avec la meilleure des volontés, il soit impossible à un auteur de pouvoir écrire et poster. J'en ai expliqué les raisons à toutes celles qui m'ont contactée par review permettant une réponse privée ou par MP.
Pour les autres, sachez que je ne suis pas adepte des notes auteur car, d'une part, elles engendrent de faux espoirs chez tous les lecteurs qui reçoivent une alerte de fiction puisqu'il ne s'agit pas d'un vrai chapitre et, d'autre part, j'aurai l'impression de raconter ma vie au monde entier, ce qui me met mal à l'aise et ressemble guère, d'autant plus que ce n'est pas intéressant puisque je ne suis pas une personne de notoriété publique (de toute façon, l'auriez-vous cru ? lol !).
Je resterai toujours à disposition pour tous les lecteurs inscrits qui m'écrivent une review ou pour tous ceux qui ont gentiment demandé de mes nouvelles par MP.
Revenons désormais à ma fiction, chose plus intéressante que des justifications sans fin...
Tout d'abord, je remercie mes deux bêtas pour leur travail formidable, pour leur rapidité et leur efficacité.
Ensuite, pour celles et ceux qui sont fâchés avec la langue anglaise et qui souhaitent avoir la traduction exacte de la conversation entre Edward et Alice, précisez-le moi dans votre review et je vous l'enverrai rapidement.
De même, pour celles et ceux qui souhaitent un TEASER du chapitre XX, dites-le moi également dans votre review.
Prochain chapitre : je fais au mieux, il est débuté mais il n'est pas achevé, ni encore en relecture. J'espère toutefois ne pas dépasser un mois de délai (*croisons les doigts pour que je fasse moins long*).
Au plaisir de lire vos commentaires sur ce chapitre ! À bientôt ! Alilouane.
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