Epilogue : Soleil Levant

Papa, Maman, Tomoya, est-ce que vous m'entendez de là-haut ? Je sais que ça fait longtemps que je ne suis pas venue à vous, mais j'ai été très occupée ces derniers temps. J'ai fait ce que vous m'avez suggéré, j'ai essayé d'aller de l'avant, de m'installer et de vivre une vie tranquille, loin des troubles de la guerre. La paix est revenue à présent, le démon a été vaincu, le soleil brille à nouveau dans le ciel. Les plaies de la guerre sont en train de cicatriser, lentement, mais sûrement.

J'ai un peu de mal à m'intégrer dans ma nouvelle école, il faut dire que tous ces élèves ont vécu de sacrées aventures également, mais j'ai décidé de réaliser mes rêves. Durant la guerre, j'ai été un fardeau pour vous tous, alors maintenant, je vais me prendre en charge, je veux pouvoir me défendre seule, je ne veux plus devoir me reposer sans cesse sur les autres, c'est pourquoi, j'ai créé un club de duel, pour lutter à armes égales avec nos ennemis s'ils revenaient. Ca n'a pas été facile, j'ai failli abandonner plusieurs fois, mais certaines personnes m'ont encouragé à continuer, et maintenant, je m'entraine dur pour vous égaler dans ce monde en paix.

Et vous ? Comment imaginez vous ce nouveau monde ? Pensez-vous qu'il restera en paix ? Je l'espère sincèrement. Ces semaines d'ombres ont été les pires heures de ma vie et de la votre aussi. Je suis sûre que, si vous le pouviez, vous vous effaceriez de ma mémoire afin que je ne souffre plus, que j'oublie les souffrances endurées et j'aimerai aussi que tout cela ne fût qu'un mauvais rêve, mais j'ai décidé d'arrêter de fuir la réalité.

Vous me demanderez certainement ce qui m'a fait changé d'avis ? C'est tout simplement mes amis du club de duel. Lorsque j'étais sur le point de mettre fin à ce que je pensais être mes souffrances, ils m'ont ouvert les yeux, ils m'ont montré que, même si ma vie n'a pas été toujours facile et même si j'ai été un fardeau, si vous n'êtes plus là aujourd'hui, ce n'est pas à cause de moi, mais parce que vous vouliez que je vive, parce que vous saviez que, à travers moi, vous survivriez à la guerre et au démon.

Papa, merci de m'avoir protégée. Le vieux m'a tout raconté, je te dois tout aujourd'hui et si j'étais allée jusqu'au bout, ta mort aurait vraiment été vaine.

Maman, même si tu n'as pas réussi à nous sauver en rejoignant la ville, tu as permis à Tomoya de fuir et nous rejoindre.

Tomoya, si j'ai pu survivre par la suite, c'est grâce à ton soutien, à ta volonté de me protéger. J'aurais tant aimé pouvoir te rendre la pareille.

Sunohara, je ne sais pas où tu es en ce moment, mais sache que tu as été un grand chef, tu as mené tout le village hors de danger puis tu l'as protégé au péril de ta vie. A présent, je ferai comme toi, je protégerai ceux qui me sont cher par ma seule force. Merci de m'avoir montré la voie, j'espère que nous nous reverrons un de ces jours, où que tu sois…

Je relève la tête en contemplant la pierre tombale qui se trouve devant moi. Même si elle n'est que purement symbolique, elle se trouve sur les ruines de notre village, montrant qu'autrefois, il y avait de la vie sur ces terres, que des gens habitaient ici, que nous existions, ma famille et moi.

Lentement, je me relève et j'obverse une nouvelle fois les habitations désolées. Il n'y a vraiment plus rien ici et il n'y aura sans doute jamais plus rien. Mais il en est mieux ainsi. Je ne veux pas qu'on remplace notre village par un autre, je veux qu'on se souvienne qu'ici il y avait des gens qui ont tout perdu lors de la guerre, je veux que personne n'oublie les atrocités dues au démon, et plus que tout, je veux conserver en mémoire notre vie passée.

Le vieux s'approche de moi et me met la main sur l'épaule, l'air désolé. Mais je ne suis pas triste. A présent, j'ai compris, je ne suis pas un poids, je ne suis pas non plus une ombre. La coquille vide que j'étais est maintenant remplie de vie, une vie protégée par le pouvoir du phénix, une vie que je compte bien savourer.

Je lève les yeux au ciel. Le soleil brille fort au milieu de la mer de nuages. Le voile des ténèbres s'est enfin déchiré. Cela a pris du temps, mais il a enfin réussi à décongeler mon cœur de glace qui bat à nouveau dans ma poitrine désormais.

-Nagisa, c'était le moins que je puisse faire pour toi, pour m'excuser de vous avoir tous entrainer dans ces histoires, tout est ma faute…se lamente le vieux.

-Vous n'avez pas à vous excuser, nous sommes fautifs également de vous avoir suivi, donc nous sommes quittes. Mais c'est à moi de vous remercier pour votre geste. Grace à vous, personne n'oubliera ce qu'il s'est passé ici. Mes parents doivent être heureux à l'heure qu'il est ; je réponds en regardant la pierre tombale.

-Adieu Sanae, Akio, Tomoya, vous allez nous manquer. Je vous jure de veiller sur Nagisa à partir de maintenant. Ne vous inquiétez pas, il ne lui arrivera rien. Je ferai en sorte de perpétuer votre dernier souhait.

-Adieu, papa, maman, Tomoya…je termine en versant quelques larmes.

Le vent souffle, m'arrachant ces larmes et les emportant au loin. Je les regarde s'envoler, comme des cristaux, brillant sous les rayons du soleil et je souris.

Soudain, mon oncle nous appelle. C'est déjà l'heure de rentrer ?

Je regarde une dernière fois les ruines de notre maison avant de tourner les talons et de me diriger vers la voiture avec le vieux. Nous entamons à nouveau notre voyage vers le nord, mais cette fois-ci, nous savons ce qui nous attend au bout, nous savons que nous serons encore tous les trois à la fin, nous savons que de nombreuses personnes attendent notre retour avec impatience.

Je monte dans la voiture, mon oncle démarre et je vois le village rapetisser lentement à travers les vitres.

La route est calme, lumineuse, nous parlons joyeusement de tout et de rien avec mon oncle et le vieux, rien à voir avec notre périple dans l'ombre, le silence et la peur.

Au dehors, les séquelles de la guerre sont maintenant presque imperceptibles. Personne n'aurait cru que, quelques mois auparavant, la route était déserte et pleine de fissures et de trous.

Le trajet ne dure que quelques heures et nous voilà déjà de retour dans la ville de mon oncle. Tout semble si différent par rapport à la fois où nous sommes entrés avec le vieux. Les rues sont bondées, les magasins remplis de monde et la mer scintille au loin sous le soleil couchant.

La voiture s'arrête devant la maison. Je descends et je vois mes amis du club de duel qui m'attendent, même Miyako est là.

A ma vue, ils cessent de se chamailler et se précipite à ma rencontre, l'air joyeux.

-Bon retour parmi nous Nagisa ; déclare Laura avec un grand sourire.

-La présidente fait son grand come-back, le club va pouvoir reprendre les affaires pour le tournoi inter-école dans un mois ! S'exclame Saya en me serrant dans ses bras.

-Vous en faites bien trop ; soupire Miyako avant d'ajouter : mais contente de voir que tu vas bien quand même.

-Alors quelle est la vraie Nagisa finalement ? Celle que nous connaissons ou bien l'ombre d'hier ? Me demande Darksky. Personnellement, je préfère celle que nous connaissons…

Je ris à sa blague même si ce n'en était pas une. Il a sa réponse. La vraie Nagisa vient de renaitre une nouvelle fois et renaitra autant de fois que nécessaire.

Papa, Maman, Tomoya, vous verrez, vous serrez fiers de moi, vous verrez que vous avez eu raison de me sauver, vous verrez que je saurai faire honneur à votre mémoire.

-Je suis rentrée ; je déclare en réponse à tous mes amis avant de leur sourire à mon tour.