L'homme courageux brille par sa capacité à affronter le passé
Nous pénétrâmes dans le bureau de l'Hokage lequel, malgré les années qui s'étaient écoulées depuis ma dernière visite, n'avait pas changé. Tsunade se tenait droite sur son siège, son regard sévère braqué sur moi, et je remarquai qu'elle disparaissait presque derrière de multiples piles de papiers qui menaçaient de s'écrouler. Visiblement, la reconstruction du village donnait beaucoup de travail à l'Hokage. Malgré son expression fière et droite, je décelai beaucoup de fatigue derrière les traits en apparence jeunes de la kunoichi.
- Fermez la porte derrière vous, ordonna-t-elle en se levant.
Sakura poussa le battant du bout des doigts et celui-ci se referma d'un claquement sec. Elle me regarda d'un air incertain et désigna l'Hokage d'un imperceptible mouvement du menton. Je m'approchai du bureau encombré, en proie à une tension qui faisait légèrement trembler mes mains. J'inspirai une goulée d'air pour me calmer et fit face à la chef du village. Celle-ci ne laissa transparaître aucune émotion lorsqu'elle se plaça devant moi. Elle me détailla sans rien dire, puis posa son regard derrière moi.
- J'ai appris que tu n'étais pas venu seul, dit-elle en regardant Keiko et Iori. Mais nous parlerons de cela plus tard.
J'acquiesçai d'un signe de tête.
- Nous devons d'abord étudier ton cas, poursuivit-elle. J'espère que tu es conscient que...
La porte s'ouvrit avec fracas, l'empêchant d'achever sa phrase. Deux personnes apparurent dans l'encadrement, affichant un air furieux. Leurs cheveux blancs et les rides qui sillonnaient leurs visages ne me laissèrent aucun doute sur leur identité.
- Tsunade !, s'écria la vieille femme. J'espère que tu n'avais pas une fois de plus l'intention de nous évincer !
- Loin de moi cette idée, assura l'Hokage sans cacher sa mauvaise humeur. Je vois que vous avez été prévenu à temps du retour de Sasuke.
Elle se tourna vers moi et soupira. Elle avait visiblement espéré se passer de l'avis des deux conseillers.
- Tu te souviens de Utatane Koharu et de Homura Mitokado, les conseillers de Konoha ?, me demanda-t-elle.
Je les saluai d'un signe de tête, auquel ils ne répondirent pas, se contentant de me toiser d'un air hautain.
- Tu connais la loi, Tsunade, dit Homura. Cet homme devrait être jugé comme n'importe quel criminel. Nous t'avons déjà fait part de nos...
- Je connais vos revendications, répondit Tsunade d'un ton sec. Mais nous avons déjà débattu du fait qu'il pouvait être gracié en vue des services qu'il a rendu à Konoha depuis sa désertion de l'Akatsuki ! Je croyais que le sujet était clos !
- Une bonne action ne suffit pas à racheter un passé noir comme le sien !, s'interposa Utatane. Devons-nous te rappeler tout ses crimes ?
Homura posa son regard haineux sur moi et je fis mon possible pour ne pas perdre contenance. Dans mon dos, je savais que Naruto et Sakura se retenaient pour ne pas insulter les deux vieillards.
- Il a déserté le village, commença Homura sans me quitter des yeux. Ce simple fait justifie une condamnation à mort, selon les textes. Mais il a aussi rejoint les rangs d'Orochimaru, le meurtrier du Troisième et l'ennemi principal du village !
- Dois-je vous rappeler qu'il a tué Orochimaru de ses propres mains ?, demanda Tsunade d'un air irrité.
- Pour servir ses noirs desseins uniquement !, répliqua le vieil homme. Presque immédiatement après, il a rejoint les rangs de l'Akatsuki, l'organisation criminelle la plus crainte du monde shinobi ! Cette même organisation qui est responsable de la destruction du village et des morts que nous pleurons encore !
- Je ne vous ai jamais vu personnellement pleurer ces morts, Homura, précisa l'Hokage.
Ce dernier la fusilla du regard. Elle ne se laissa nullement démonter et le considéra d'un air buté.
- Sasuke et ses compagnons ont éradiqué l'Akatsuki, rappela-t-elle. Ce que nous ne pouvions accomplir, ils l'ont fait. Vous ne pouvez nier qu'ils ont rendu un énorme service non seulement à Konoha, mais au monde shinobi dans son intégralité !
- Vous..., hésita Utatane. Vous ne prendriez jamais la décision de lui faire réintégrer le village s'il n'était pas l'ami de ces deux gamins.
Elle montra Sakura et Naruto, dont les visages étaient empourprés de colère. Mais ce n'était rien comparé à la rage qui gagna l'Hokage à cet instant.
- M'accusez-vous de favoritisme ?, s'écria-t-elle. Je ne vous permet pas de croire que je prendrais le risque de nuire au village pour une raison si futile !
- Le Jinchuriki a toujours bénéficié de la plus grande tolérance de la part du Troisième, insista Homura. Et vous, la petite fille du Premier, vous suivez le même chemin.
Tsunade ouvrit la bouche pour protester, mais Naruto l'empêcha d'aller plus avant.
- Je ne suis pas le sujet principal de ce débat, dit-il d'une voix étrangement calme. Si je peux me permettre, vieil homme, à votre place je n'insisterais pas trop.
- Pour qui te prends-tu, gamin ?, s'irrita Homura.
- Vous et votre collègue êtes très doués pour montrer du doigt les horreurs commises par les autres, continua Naruto en les regardant avec colère. Mais je crois que vous n'êtes pas remontés assez loin dans le passé de Sasuke. Peut être avez-vous peur de dévoiler vos propres crimes ?
Homura l'observa d'un air outré et, l'espace d'une seconde, une expression de crainte tordit ses traits. A ses côtés, la vieille femme se raidit.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, déclara Homura d'une voix dure.
- Vous voyez parfaitement de quoi il veut parler, s'exclama Sakura. Ne niez pas ! Nous savons ce qu'il s'est passé il y a dix ans !
Tsunade l'observa d'un air sévère. Visiblement, elle avait espéré ne pas avoir recours à de telles extrémités.
- Rappelez-vous, continua Sakura. Vous avez contraint un jeune homme plus jeune que nous aujourd'hui de massacrer tout son clan ! Seulement, il n'a pas été capable de tuer son petit frère.
Elle se tourna vers moi, jaugeant ma réaction. Mon cœur était agité par la colère, mais ce n'était en rien comparable à la haine qui le rongeait auparavant. Tuer les responsables de la destruction de mon clan ne m'intéressait plus. Je ne me gênai pas néanmoins pour regarder les deux vieillards d'un air accusateur.
- Sans votre peur inconsidérée et vos mesure radicales, Sasuke n'aurait pas eu à subir tout cela !, continua Sakura. Il aurait peut être encore des parents et ne serait jamais parti à la recherche de son frère, dans le seul but de se venger ! Vous êtes les seuls responsables de tout cela ! Aujourd'hui, vous tenez une occasion de vous racheter. Après lui avoir enlevé sa famille, ne refusez pas à Sasuke de retrouver son foyer.
- Ça c'est bien dit, Sakura-chan, la complimenta Naruto.
- Vous ne pouvez nous reprocher les décisions de votre ami, rétorqua Homura. L'élimination des Uchiwa était nécessaire pour le bien du village, jeune fille !
- Je n'en suis pas si sûre, contra Tsunade. Vous savez quelle est mon opinion à ce sujet. Mais cela n'a pas d'importance, ma décision est prise. Sasuke peut réintégrer le village.
- Mais..., protesta Utatane.
- Néanmoins, la coupa l'Hokage, il ne pourra pas effectuer de missions dans l'immédiat. Je me garde le droit de juger à quel moment il retrouvera ses pleins droits au sein du village.
- Au même titre que le Troisième, tu..., commença Homura.
- Cessez de me comparer au Troisième dans l'espoir de me décrédibiliser, dit Tsunade d'un ton sec. J'ai beaucoup de respect pour lui et je suis fière d'appliquer ses méthodes.
Les deux conseillers s'enfermèrent dans un silence furieux. Quelques secondes plus tard, ils quittèrent la pièce en claquant la porte derrière eux. Leurs intonations rageuses résonnèrent encore quelques instants dans le couloir, puis disparurent. Tous les occupants de la pièce poussèrent ensemble un soupir de soulagement.
- Merci, Godaime, dis-je avant que quiconque prononce le moindre mot.
- Tu n'as pas à me remercier, dit-elle d'une voix qui trahissait encore sa colère. Cette décision ne découle pas d'une quelconque générosité. Je pense simplement que tu es un atout que le village ne peut se permettre de perdre et, contrairement à ce que pensent ces deux imbéciles, tu as mérité ta place à Konoha.
- Je ne vous décevrai pas, assurai-je.
- Il va falloir que tu refasses tous tes papiers pour être en règle, dit-elle. De plus, je te conseille de t'inscrire au plus vite à l'examen Chuunin qui doit avoir lieu la semaine prochaine.
Je lui lançai un regard surpris. Elle agita la tête d'un air excédé et précisa :
- Je te rappelle que, bien que tu sois d'un niveau plus élevé que la plupart de nos Juunin, tu n'as aucun diplôme en dehors de celui de l'académie...
Naruto s'esclaffa et Sakura elle même ne pu retenir un sourire amusé. Je soupirai à la perspective de l'ennui que cet examen allait me procurer.
- En ce qui concerne tes deux compagnons..., continua Tsunade.
Je me tournai vers Keiko et Iori, dont j'avais presque oublié la présence. Tous deux se tenaient par la main et semblait secoués par les évènements. Lorsque je croisai son regard, Keiko fronça les sourcils. Puis, elle s'approcha en tirant son frère derrière elle.
- D'après Yoz... Sasuke, dit-elle à l'Hokage en gardant les yeux baissés, mon frère à des capacités pour devenir ninja. Il n'a que sept printemps, peut être accepterez-vous qu'ils rejoignent l'académie ?
- Des capacités ?, s'étonna l'Hokage. Que veux-tu dire par là ?
Keiko se tourna vers moi, en quête d'une aide de ma part. Je pris la parole.
- J'ai rencontré ces deux personnes dans un village très loin d'ici, expliquai-je. Malgré le fait qu'ils ne disposent d'aucun enseignement shinobi, cet enfant a de réelles dispositions pour en devenir un.
- Très bien, nous verrons cela avec Iruka, décréta Tsunade en posant un regard intrigué sur le jeune garçon. Tu amèneras ce gosse à l'académie demain matin. Je m'occupe des formalités.
Iori afficha un air ravi et poussa un cri de joie en sautant en l'air. Sa sœur tenta de le calmer mais ce fut peine perdue. Vaincue, elle accorda un regard d'excuse à l'Hokage.
- Et toi, que veux-tu faire ?, lui demanda Tsunade alors qu'elle croisait son regard.
- Je ne sais pas, répondit la jeune fille. J'accepte n'importe quel travail et... Si vous le voulez bien, j'aimerais rester dans ce village avec mon frère.
- Je vois, répondit l'Hokage. Vous pouvez rester, quant à ta recherche de travail, adresse-toi au bureau à l'étage en dessous, nous avons besoin de main d'œuvre pour la reconstruction.
- Merci !, s'exclama Keiko en affichant un large sourire. Je ferais de mon mieux !
Elle recula vers la porte en tirant son frère surexcité. Après avoir salué tout le monde, elle se retira et referma le battant derrière elle.
- Eh bien, l'équipe 7 est de nouveau complète, nous félicita Tsunade. Tu te sens capable de les gérer tous les trois, Kakashi ?
- J'espère qu'ils sont moins turbulents qu'il y a quelques années, répondit celui-ci. Surtout en ce qui concerne Sasuke et Naruto.
Naruto me regarda en souriant et je su qu'il pensait à la même chose que moi. Autrefois, nous passions notre temps à nous chamailler. Malgré le fait que nous ayons chacun traversé des épreuves qui nous avait fait murir, je savais que cette rivalité ne disparaîtrait jamais vraiment. Au fond, c'était une bonne chose.
- Je les surveillerai, Kakashi-sensei, assura Sakura en souriant. Je ne suis plus la petite fille d'autrefois. Maintenant, ils ont plutôt intérêt à ne pas m'énerver !
Elle nous lança un regard amusé. Ses yeux brillaient un peu plus que d'ordinaire et je devinais qu'elle se retenait pour ne pas pleurer. Je pris sa main dans la mienne et elle la serra avec bonheur.
- Bien, j'en ai fini avec vous, conclut Tsunade. Sasuke, je te préviendrais quand tu pourras commencer à faire des missions. Ne t'inquiète pas, ce ne sera pas long, j'ai simplement dit ça pour faire taire les deux vieilles peaux !
Je la remerciai une dernière fois et nous quittâmes le bureau. Les sourires de Naruto et Sakura semblaient être fait pour ne jamais disparaître.
