-25-

J'étais dans une grande prairie semblait-il, recouverte de neige. Mais curieusement je ne sentais pas le froid ici. En fait, je pensais qu'il s'agissait de neige, mais c'était plus du brouillard, fluide, auquel je passais au travers en me demandant où mes pas me menaient. J'errai depuis quelques minutes quand j'entendis une voix familière.

- Ce fut plus dur que je ne le pensais, mais j'ai enfin réussi à te trouver…

Que faisait Bran dans cet endroit ? Je le cherchais du regard, tournant la tête dans tous les sens, puis je le vis s'avancer vers moi, tout sourire.

- Bran ?

- Je pense que c'est moi, effectivement.

Je m'avançai plus rapidement, m'arrêtant tout aussi vite quand je fus devant lui. Je le touchai du doigt et sentis son corps sous celui-ci. J'étais rassurée, au moins je ne rêvais pas. Mais si je ne rêvais pas, où étions-nous ? Et comment avais-je récupéré mes poignets intacts, sans plâtre ?

- Euh, c'est réel ?

Il eut un sourire amusé.

- Pas vraiment. Tout se passe dans ta tête, mais que veux-tu, tu as un grand-père très doué qui arrive à entrer jusque dans ton crâne… Oh et j'aimerai amener quelqu'un aussi, mais le pauvre, son lien avec toi semble moins fort qu'il ne le faudrait… il va falloir que tu travailles pour ça.

Je le regardai en fronçant les sourcils, amener quelqu'un ? C'est quoi ce délire ?

- Je sais, c'est bizarre comme situation. Disons que même sans être liée à la meute d'Adam, nous avons un lien familial qui me permet de te contacter de la sorte pendant que tu dors. C'est difficile et long à faire mais j'y arrive. Et une autre personne qui t'es liée voudrait te voir, mais tu dois recréer le lien qui a été détruit quand il t'as crû morte…

Je ne voyais qu'une personne dont il pouvait parler.

- Ben pourrait venir ?

Il acquiesça.

- Mais dépêche-toi, je ne peux pas tenir aussi longtemps qu'avec un lien de meute.

J'étais impatiente et stressée de savoir que je pourrai voir Ben, même si cela n'était pas tout à fait réel et pour une courte période.

- Comment dois-je faire ?

- Regarde à côté du rocher, derrière toi.

Je me tournai et avançai dans la direction opposée, Bran à mes côtés. Nous arrivâmes devant un gros rocher et je vis une sorte de corde qui reposait dessus.

- Ca, c'est ton frère qui a recollé votre lien. Il était par terre, un sorcier a eu la bonne idée de traficoter tout ça pour faire croire à ta disparition. Celui qui te relie à Ben doit trainer sur le sol, mais enfoui je pense. Tu n'as plus qu'à fouiller…

Je me mis à genoux à côté du rocher et me mis à fouiller le sol à tâtons pour essayer de trouver ce fameux lien. Bran se contenta de s'asseoir sur un rebord plat du rocher, me regardant faire.

- Tu pourrais m'aider quand même !

- Non, je ne le peux pas. Allez, fouille.

Je grommelai et farfouillai à nouveau le sol quand j'heurtai quelque chose de souple et filamenteux. Je le tirai et eut un large sourire en voyant le lien qui ressemblait à celui que mon frère et moi avions. C'était très étrange comme truc. Liés par un lien imaginaire…

- Rajoutes-le au tiens, le même qui te lie à ton frère…

Je me relevai en tenant le lien entre les mains et l'accrochai au mien. Je sentis une drôle de sensation en moi et regardai Bran.

- Et après ?

- Attend quelques secondes, je dois aider Ben à venir et ce n'est pas facile vu son état de nervosité…

Je sentis soudainement deux mains me saisir par la taille et j'hurlai de surprise en me retournant vivement. Ben se trouvait devant moi, souriant largement et me serrant fortement à la taille. Je me jetai littéralement contre lui, alors qu'il m'étreignait encore plus fort avec ses bras.

- J'ai cru t'avoir perdue…

Sa voix était tremblante et je me doutais qu'il aurait pleuré si on avait été dans la vie réelle. Je n'aurai pas fait mieux de mon côté. Il m'embrassa longuement et malgré le fait qu'on soit dans une sorte de songe, j'aurai pu croire que ce baiser était vraiment réel.

- On ne peut pas rester longtemps Ben, nous devons nous préparer.

Je regardai Bran, puis Ben, les interrogeant du regard.

- On va venir te chercher, nous sommes aidés par plusieurs meutes qui vont arriver d'ici peu. Ne dis rien de ce qu'on prévoit de faire.

- Ce n'est pas facile… il y a la femme d'Erik…

- Lena ? C'est une Omega, effectivement, j'avais laissé ce détail de côté.

Bran sembla réfléchir un instant et repris.

- Evite-la le plus possible.

- J'ai dit à Erik sans le vouloir qu'on avait une sorte de lien avec Ethan et que c'est comme ça qu'il m'avait retrouvée… il va vouloir se venger je pense.

- On va faire aussi vite qu'on peut ma belle… tiens le coup.

Je me tournai vers Ben, inquiète.

- Ben… il… Erik, il a …

Ben se contenta de poser son index au travers de mes lèvres.

- Je sais ce qu'il a fait… Il paiera t'en fais pas. Je veux juste que tu tiennes le coup et on arrive. Tu peux faire ça pour moi ?

Il me sourit et je fus surprise par son calme. Lui qui s'énervait d'un rien, il était serein et réconfortant.

- On doit partir, ça me prend de l'énergie de vous réunir et je voudrai être en forme pour affronter Erik, annonça Bran.

J'aurai voulu que Ben reste à mes côtés tout le temps et m'accrochai sans le vouloir à lui. Il me sourit à nouveau et m'embrassa le front.

- On fait vite, pour le moment, essaye de ne pas le provoquer. Je te connais maintenant, tu as tendance à vite monter d'un cran si on te cherches…

Il sourit, amusé.

- Lisa, à plus tard, on se dépêche.

Bran me salua et je fus bientôt entourée du brouillard épais qui s'intensifia, le regard de Ben se perdant au milieu de cette purée de pois. Je regardai autour de moi, affolée, tremblant de les voir repartir et me retrouvai seule à nouveau. C'est à ce moment que j'ouvris les yeux pour me retrouver plongée dans le noir. Les yeux me piquèrent et mes larmes inondèrent mes joues. Je voulais qu'il soit avec moi, pas uniquement dans un songe ou dans ma tête, je ne savais trop comment l'interpréter. C'était trop bref, je n'avais pas assez profité de sa présence… Faites qu'ils se dépêchent de venir…

La porte s'ouvrit et la lumière du couloir pénétra à l'intérieur de la chambre. Le bruit de respiration qui retentit me fit froid dans le dos. Ils étaient deux. Le premier, je le connaissais vu que la lueur qui brillait dans ses yeux était d'un rouge vif et luisait même dans le noir. Le second, je ne le connaissais pas. Mais il avait les yeux également rougeoyants. Je fermai les yeux, le souffle rapide, essayant de me calmer et me demandant s'ils allaient repartir rapidement. Une main parcourut mon corps, je frissonnai tant cela me répugnait. Quand la main froide saisit ma cuisse, j'entendis Armando chuchoter au deuxième protagoniste :

- Vladimir… tu peux t'approcher. Apprécie sa saveur…

Une autre main saisit ma jambe et je réprimai un cri, qui se transforma en gémissement.

- Chut… me calma Armando de sa voix ténébreuse et suave.

Il me caressa la tête et approcha son visage du mien. Son regard rougeoyant brilla à quelques centimètres de mes yeux. Mon souffle s'accéléra à nouveau et je me demandai si une crise d'asthme ne pourrait pas se déclencher pour me sauver, quelle ironie. Je sentis deux piqures au niveau de ma cuisse et une bouche se coller au même endroit, suivi d'un léger bruit de succion. Je gémis de plus belle, incapable d'ouvrir plus la bouche pour appeler à l'aide. Le doigt glacé d'Armando couru le long de ma joue et revint se poser au niveau de mes lèvres tremblant de peur.

- Petit oiseau affolé… n'aie pas peur…

Je le sentis s'approcher plus encore de mon visage et je fermai à nouveau les yeux, prise de panique et quand ses lèvres touchèrent les miennes, j'hurlai à grand peine sous son baiser forcé. Mes yeux se rouvrirent et je tombai aussitôt dans son regard flamboyant. Je sus alors que je ne pourrai rien faire à ce moment-là. Je le laissai me caresser le corps de ses mains glacées sans pouvoir réagir, me sentant comme dans une bulle agréable, où la douleur n'existait plus, où j'étais en paix avec moi-même. Plus cela allait et plus je m'enfonçai dans cette sensation de béatitude complète. Je ne vis qu'à moitié les gestes qu'il me prodiguait, le sentant me déshabiller entièrement, avant de venir couvrir mon corps avec le sien. Une sensation glacée se répandit de mes pieds à la tête tant son corps était froid. Je l'entendis à peine murmurer à Vlad de quitter la pièce et de nous laisser seuls.

Il glissa sa tête dans le creux de mon cou, puis je sentis ses lèvres se poser au niveau de la fine peau qui dissimulait la veine tant convoitée par lui et ses congénères de la nuit, venant la lécher avant d'y planter ses crocs. Je ne dis rien, toujours dans cet état second.

-Lisa ! Réveille-toi ! Allez !

Ethan. Ethan me parlait. Sa voix semblait si lointaine…

Je fermai les yeux, sentant des picotements dans le ventre et une profonde envie de dormir me saisir. La main d'Armando s'occupait de malaxer l'un de mes seins pendant que l'autre me caressait les cheveux. Toujours accroché à mon cou pour boire mon sang, je le laissai profiter de moi sans vouloir ou même pouvoir l'en empêcher.

- Merde Lisa ! Reprends-toi !

Je sursautai en entendant le ton plein de reproche et de peine d'Ethan.

- Ethan…

L'Ancien releva la tête et me regarda. Son regard avait perdu de sa couleur vive mais luisait toujours.

- Ton frère lit donc tes pensées mio cuore… et bien, offrons-lui du spectacle si c'est cela qu'il souhaite…

Je vis ses crocs luire dans le noir, il devait sûrement sourire. Puis son regard me pénétra entièrement et je perdis totalement pied dans la réalité. Je ne sus ce qu'il me fit ensuite, étant dans un état pire que le stade du légume et me réveillai le lendemain matin avec une envie urgente de vomir et un arrière-goût de sang dans la bouche.

oOo

Ben et Bran étaient en une sorte de communion privée depuis un moment déjà, j'avais préféré m'éloigner pour m'aérer. L'air était froid au dehors, mais au moins, il ne neigeait plus. Mes pas me conduisirent vers le portail refermé et je posais mon front sur le métal glacé. Quand allions-nous partir pour récupérer ma sœur ? On savait où elle se trouvait, les loups du coin étaient avec nous, mais on attendait sans rien faire… Ma nervosité ressortait et je ne savais comment l'éviter. Mon loup voulait aller se battre, leur arracher la tête et la ramener saine et sauve, mais tout cela prenait trop de temps à mon goût.

- On la ramènera rapidement…

Stefan avait vraiment le don pour vous foutre les jetons. Même en étant un loup-garou, il nous arrivait d'être surpris –rarement, c'est vrai- par lui. Sa façon d'apparaître et disparaître en un battement de cil était impressionnante et déroutante. Je sursautai à chaque fois et je n'aimais pas ça. Je commandais à mon loup de se calmer, Stefan n'était pas notre ennemi.

- Tu ne pourrais pas marcher pour une fois ?

- Je mets moins de temps de cette façon.

Il me sourit.

- Si tu pouvais aller la chercher de cette façon, ça irait plus vite, oui…

- Oui si je le pouvais, je le ferais, mais je ne sais pas l'endroit exact où elle se trouve et je ne suis pas lié à elle, sinon il lui suffirait de m'appeler et je serais à ses côtés. Désolé de ne pas pouvoir vous aider d'avantage.

- Et qu'est-ce que tu fais déjà dehors ? Le soleil n'est pas encore couché.

- Je peux me lever avant la nuit.

Mes yeux s'arrêtèrent sur le rai de lumière qui sortit de la porte d'entrée. Ben en sortit. La séance de yoga ou je ne sais trop quoi avec Bran était donc terminée. Il vint nous rejoindre, allumant une cigarette au passage. Quand il arriva, il avait l'air fatigué et était nerveux.

- Qu'est-ce que vous faisiez avec Bran ?

- Il m'a aidé à la voir.

Je le regardai, me demandant de ce dont il voulait parler. Il appuya mon regard.

- Lisa. Je l'ai vue… dans sa tête, mais je l'ai vue.

Il eut un léger sourire au coin des lèvres en disant ça. J'étais étonné que mon grand-père ait réussi à faire une telle chose.

- Il a vraiment réussi ? Et bien… sacrément doué le papi…

Stefan eut un sourire amusé en m'entendant dire ça.

- Je lui ai dit d'être patiente, mais elle a l'air à bout de force et apeurée d'un rien, même dans son inconscient. J'espère que ça ira. Au moins elle a réussi à renouer notre lien…

Il se parlait plus à lui-même qu'à nous mais j'acquiesçai à ses dires.

- Tu peux ressentir ses émotions alors ?

- J'en sais rien encore, je n'ai pas eu l'occasion de tester ça, je suppose que oui, bien que je n'ai jamais ressenti ses émotions quand on était ensemble…

- Tu le pourras sûrement quand elle sera liée à votre meute… nous dit Stefan.

- Qu'est-ce que tu en sais vampire ?

Ben était sur la défensive. Sûrement parce qu'il n'appréciait pas qu'on amenuise ses espoirs de pouvoir ressentir les mêmes émotions que sa petite amie, tout comme moi je le pouvais.

- Simple supposition.

Quelques minutes après, Wilfried et ses hommes nous conduisirent à l'aéroport où un avion privé avait été apprêté pour nous –c'est vraiment un avantage d'avoir du monde un peu partout, y compris dans un aéroport- et nous primes place sur les différents sièges. Il y avait tout le confort nécessaire et les derniers gadgets à la mode question technologie. Ben, en temps normal, se serait sûrement amusé comme un fou, mais là, il était surtout à nouveau rongé par le stress et l'envie de tuer. Les ondes données par Adam pour le calmer semblaient le tenir apaisé mais pour combien de temps ?

Je me frottai les tempes, sentant une migraine arriver. Nom d'un chien, j'en avais de plus en plus ces derniers temps, jamais je n'en avais eu de ma vie et voilà que ça se manifestait. Et généralement c'était synonyme d'un problème chez ma sœur… Non, pas encore… que lui faisaient-ils encore subir ?

A nouveau, j'étais plongé à quatre pattes mais sur le sol de l'avion cette fois, avant de me retrouver encore dans cet étrange brouillard. La louve de Lisa était une fois de plus devant moi et m'appelai encore pour que je la suive. Je le fis donc, et arrivai au niveau du gros rocher. Un nouveau lien était accroché dessus qui ne s'y trouvait pas un peu plus tôt. Le fameux lien de Ben et Lisa… Pas très efficace pour le moment, il n'y avait que moi dans cet endroit. Je me vis à nouveau transporté vers un autre endroit et finis par arriver dans un endroit sombre, sans lumière, mais j'entendis nettement la voix de cet enfoiré de vampire qui venait susurrer des mots à l'oreille de ma sœur. Je ressentais sa panique et sa peur, puis quand le regard de l'Ancien tomba dans le sien, toute trace de peur s'évanouit et je la sentis partir dans une sorte de transe. La louve à côté de moi hurla à la mort et je plissai les yeux. QU'est-ce qu'il est en train de lui faire ?

Je ne pouvais pas croire ce que je voyais… cette ordure de vampire était sur ma sœur ?

- Lisa ! Réveille-toi ! Allez !

Il fallait qu'elle réagisse, qu'elle hurle, j'en savais rien moi ! Il va se la taper et elle ne s'en rend même pas compte ! Je rêve il la pelote pas quand même ?

- Merde Lisa ! Reprends-toi !

- Ethan

Enfin elle m'a entendu ! Allez ma grande vire-le, même si tu te sens faible, tu dois lutter contre lui… Une minute, pourquoi est-ce qu'il la regarde comme ça ?

- Ton frère lit donc tes pensées mio cuore… et bien, offrons-lui du spectacle si c'est cela qu'il souhaite…

Je le vis continuer à s'occuper de son corps, à lui faire ce que je n'aurais jamais cru capable de voir un jour et j'hurlai pour que ça s'arrête, pour que Lisa se réveille, je voulais étriper ce vampire qui violait ma sœur.

- Ethan ! Reviens !

La voix de Bran raisonna dans ma tête et je sentis une puissante force m'aider à revenir. Je quittais la scène qui s'était offerte à moi un peu plus tôt, laissant ma sœur entre les mains de cet enfoiré et me retrouvai à nouveau dans la cabine de l'avion, à genoux, entre deux sièges. J'entendis aussi des gémissements.

- Il lui a fait quoi ?

Ben avait une voix tremblante de rage. Je relevai la tête et le vit en train de tenir la sienne entre deux mains. Bran m'aida à me relever et Ben fut sur moi à me pousser contre la coque, ce qui eut pour mérite de la déformer, les yeux luisant à la limite du changement. Je grognai férocement en le repoussant violemment.

- Calmez-vous !

Adam avait rappliqué assez vite, Bran le laissant se dépatouiller avec les loups de sa meute. La puissance de notre alpha nous inonda rapidement, nous forçant à mettre un genou à terre. Mon loup menaçait de sortir et je me doutais que celui de Ben n'était pas loin non plus de faire son apparition. Ils réclamaient vengeance.

- Ethan, que s'est-il passé cette fois ?

Je restai la tête baissée pour ne pas affronter le regard d'Adam, sentant sa colère face à notre altercation.

- Ils lui ont fait quoi Ethan ?

Ben avait rugi, mais Bran se contentait de le maintenir avec son bras autour du cou, l'empêchant de bouger, et sûrement en le tranquillisant à sa manière. Ben avait dû ressentir la souffrance ou la détresse de Lisa sans savoir exactement de ce dont il s'agissait réellement… Je ne voulais pas lui dire ce que je venais de voir, il pèterai un câble s'il l'apprenait.

- Ce n'est pas important, ce qu'il faut c'est qu'on s'en aille maintenant, lui répondis-je, essayant de me calmer le plus possible, chose impossible, je serai les poings et la mâchoire tant j'avais envie de tuer sur le moment.

- Dis-moi ce qu'ils lui ont fait !

C'était plus une lamentation qu'un reproche, je savais qu'il se doutait à moitié de ce qui venait de se produire mais si je le lui disais, que se passerait-il ?

- Ben, il ne te dira rien. On va bientôt arriver. Vous allez vous calmer tous les deux et quand vous serez en état de vous tenir à carreaux, on s'y rendra.

Le ton d'Adam était ferme et ne souffrait d'aucune réplique possible après ça. Les gémissements de Ben reprirent et il se libéra de l'étreinte forcée de Bran pour s'éloigner vivement vers la queue de l'appareil pour s'enfermer dans les toilettes. On entendit un grand fracas : le lavabo ou les toilettes devaient être en miette à l'heure actuelle… Quand nous fument seuls, alors seulement, ils me demandèrent des explications.

- Ils l'ont violée ?

Bran n'y allait pas de main morte avec ses questions, directement au sujet principal.

- Il n'y en avait qu'un. Le seul qui n'aurai pas du. Ce salaud de vampire.

Leur réaction ne se fit pas attendre, des grognements montèrent rapidement. Adam se tourna vers Stefan, qui semblait perplexe face à cette annonce.

- Ton Ancien vient de déclarer la guerre aux loups-garous…

- Il n'est pas Mon Ancien, loup. Armando ne viole pas, il met les femmes en totale soumission grâce à son pouvoir. Elle n'aura aucun souvenir de ce qu'il s'est passé, il fait en sorte de l'effacer de sa mémoire pour éviter qu'elle ne soit effrayée par lui à chaque fois qu'elle le verra.

- C'est sensé nous soulager ? Il se tape ma soeur sans qu'elle le veuille et on devrait le remercier pour lui faire un lavage de cerveau ?

Je me retenais violemment de lui sauter à la gorge et je sentis l'aura de Bran m'envahir, je ressentis aussitôt le calme s'imposer en moi et apaiser mon loup.

- Ethan, je sais ta colère mais si tu pars dans cet état pour te battre, tu n'arriveras à rien sauf à te faire tuer. Tout ce que je veux à présent, c'est qu'on se rende chez Erik avec un maximum d'hommes et que tu donnes le loup à ta sœur pour qu'elle avorte spontanément. Mais en te calmant. Pour le vampire, on s'en occupera plus tard, je ne pense pas qu'il reste là-bas.

Adam avait déjà tout prévu, comme toujours. Je dûs m'installer dans mon siège, jouant nerveusement avec l'appuie-tête situé devant moi, le réduisant à l'état de miettes au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient. La tension était à son comble dans l'appareil et chaque homme se préparait mentalement, se mettant le plus possible en accord avec le loup qui l'habitait. Ben était revenu s'asseoir, ne parlant plus et les yeux dans le vague, mais la lueur dorée était toujours présente et Bran se contenta de s'asseoir à côté de lui. Sam et Warren s'étaient mis, l'un devant et l'autre à côté de moi, pour que je ne reste pas sans surveillance rapprochée également. Pourquoi mon père ne ressentait-il pas la douleur de Lisa comme Ben et moi ? Même Bran parvenait à entrer dans son esprit et à lui parler… pourquoi pas lui ?

Une sonnerie de téléphone retentit et nous fit sursauter. C'était le portable de Wilfried et il regarda l'appelant, nous faisant aussitôt signe de ne rien dire. Il décrocha et répondit à son correspondant.

- Oui. Non je suis en déplacement en ce moment… mon ancien Marrok ? Pas depuis la dernière fois… oui. Non pas eu de soucis à Milan. Ok, je te préviens si je les vois et on les saigne. D'accord. Salut.

Il raccrocha, soufflant de satisfaction. Nous avions tous entendu la conversation, bien évidemment. Erik voulait savoir si Wilfried avait eu vent de la venue de Bran et d'autres loups dans les environs de Milan. Avec quelques accrochages possibles. Il lui avait menti en beauté, lui dissimulant la vérité avec un naturel incroyable.

- Quand je dis que tu feras un excellent Marrok Wil… lui dit Bran, un sourire en coin. Même moi j'ai failli marcher avec ta façon de mentir.

- Et ce n'est pas la partie la plus facile de mentir à son propre Marrok…

- En tout cas, il faut espérer qu'Erik ne se doute de rien jusqu'à la fin. A-t-il des éclaireurs à l'aéroport où nous nous rendons ? Demanda Adam.

- Nous allons sur une piste privée. L'autre est celle qu'utilise Erik justement, et il a des hommes qui travaillent pour lui là-bas.

Adam acquiesça et nous restâmes silencieux jusqu'à notre arrivée, la même tension toujours palpable dans l'habitacle.

oOo

J'étais dans un état étrange. Je n'arrivai pas à me souvenir de ce qui c'était passé la veille, à part de la vision que j'avais eue dans mon rêve, j'avais vu Bran et surtout Ben. Mon cœur s'emballa en y repensant. S'ils pouvaient venir me chercher rapidement ! Je me souvins également de la visite d'Armando et de celui qui se prénommait Vlad, l'un des fils d'Erik. Ils étaient venus se nourrir et je n'avais rien pu faire pour les en empêcher.

Mes avant-bras me démangeaient et je ne pouvais pas me gratter, fichus plâtres ! J'en avais assez de devoir garder ça sur moi, sans oublier qu'Emma n'était pas la douceur incarnée pour s'occuper de moi à chaque fois. D'autant plus qu'elle n'arrêtait pas de râler parce que mes pantalons commençaient à me serrer et qu'elle avait du mal à me les attacher.

Je vis arriver Alex alors que je me trouvais dans le salon, regardant désespérément dehors, croyant voir apparaître Ben ou Ethan au niveau du portail. De fausses joies à chaque fois que je reconnaissais l'un des hommes d'Erik.

- Allez ma jolie, on va aller voir l'état d'avancement de tout ça. Et si tu es sage, je t'enlève tes plâtres.

- Déjà ? Ca m'étonnerait que les os soient ressoudés…

- Ne sous-estime pas ce que tu portes en toi…

Il me sourit et me fit le suivre au sous-sol. L'endroit était frais par rapport au salon et je frissonnais en arpentant le long couloir. Il ne me conduisit pas dans la même salle où il avait procédé à l'insémination, mais dans une autre pièce, juste en face.

- Allez, entre là-dedans et allonge-toi, je reviens.

Il me tint la porte ouverte et quand je fus à l'intérieur de la salle, il referma derrière moi, me laissant seule. Il y avait un appareil pour échographie sur le côté de la table où je m'installai. La pièce n'était pas très grande mais très lumineuse. Il n'y avait rien d'autre que cet appareil qui lui servirait à voir l'état du fœtus. Mon cœur battit plus fortement en imaginant ce qu'il trouverait dans mon utérus. Un profond mal-être me saisit, me disant que ce genre de scène, j'aurai préféré l'avoir plus tard avec mon compagnon pour un enfant que l'on aurait désirés tous les deux… pas qu'on m'aurait forcé à porter. Surtout qu'il était à moitié vampire avec le sang d'Armando qu'il me donnait à boire, à quoi pouvait-il ressembler ce monstre ?

Alex revint, une bouteille dans les mains. Il souleva mon pull et déboutonna mon pantalon pour avoir assez d'espace pour regarder avec l'appareil à ultra-sons. Il plaça ensuite du gel contenu dans la bouteille sur l'embout et m'en badigeonna le bas du ventre, me donnant la chair de poule.

- C'est froid je sais. Hum ton ventre commence à s'arrondir, signe qu'il va vite en croissance. Bien… voyons voir à quoi ressemble ce bébé.

Bébé. Comment pouvait-on appeler cette chose un bébé ? Je regardai fixement le plafond, ne tenant pas à voir ce qu'il voyait à l'écran à présent.

- Il m'a l'air parfait comme ses frères et sœurs. Déjà bien avancé et formé.

Je le vis bouger et cliquer avec la souris sur l'écran de l'ordinateur de l'appareil. Aussitôt après, des bruits rapides de battements cardiaques retentirent. Je tournai la tête vers l'écran sans y penser et je le vis. Un foetus qui aurait pu avoir déjà plusieurs semaines était sur l'écran, devant moi. Je réprimai tout de même un cri de stupeur en voyant son apparence. Tout sauf un bébé humain, je n'arrivais pas à lui définir une apparence exacte. Les yeux étaient exagérément trop gros –même si à ce stade de grossesse, enfin la taille du fœtus, les yeux n'étaient pas vraiment formés et donnaient plus l'image d'un extra-terrestre- il me faisait surtout penser à un des monstres dans les films Alien. J'en eus la chair de poule, m'imaginant un mini Alien s'extraire par mon ventre. Je tournai la tête, me sentant prise de nausées. Quelle horreur, comment cela pouvait-il exister ?

Alex éteignit le doppler qui permettait d'écouter le rythme cardiaque et pris quelques mesures du fœtus.

- L'apparence est étrange quand le sang du vampire se mêle au fœtus, mais il va se modifier plus tard.

J'espérais surtout ne pas avoir à connaître ce « plus tard ».

- Bien, tout est ok pour lui. Armando va te donner de son sang assez souvent pour le faire grandir plus rapidement, il est déjà bien avancé, je me souviens que c'était le cas pour Maria au début aussi, sa croissance va se stabiliser par palliés le temps que son corps s'y fasse progressivement.

Je m'interrogeais sur Maria. Je ne l'avais pas revue depuis plusieurs jours et je commençais à m'inquiéter.

- Où est Maria ?

Alex éteignit l'appareil à échographie et me regarda en essuyant le gel sur mon ventre, avant de reboutonner mon pantalon.

- Elle est en phase finale et dort profondément, une sorte de coma. Elle se réveillera lorsque le bébé naîtra.

- Mais c'est horrible !

- Il vaut mieux pour elle qu'elle dorme, le bébé lui prend énormément d'énergie, elle serait un vrai légume autrement.

- C'en est déjà un…

Je secouai la tête devant une telle ignorance pour la souffrance de cette femme. Ils se moquaient complètement qu'elle ne soit plus qu'un corps sans âme à juste servir de poulinière.

Alex ne répliqua pas et me souleva pour me porter hors de la salle.

- Je peux marcher, je ne suis pas encore au stade du légume moi…

- Je sais mais on ira plus vite.

Il remonta l'escalier pour me ramener dans ma chambre. Il m'installa sur le lit et alla préparer ce que je reconnus comme étant le matériel qui servait à défaire les plâtres. Il avait vraiment espoir que tout soit résorbé en si peu de temps ? Il se plaça à côté du lit et commença à découper le plâtre. Je m'attendais à souffrir à nouveau quand mes poignets seraient libres à nouveau, mais quand il posa mon avant-bras enfin libéré de sa coquille, j'eu la surprise de ne ressentir qu'une très légère douleur, comme pour une foulure. Je relevai ma main et bougeai le poignet, mais m'arrêtai aussitôt, c'était quand même douloureux.

- Evite de t'en servir, ce n'est pas entièrement rétabli. On va juste mettre des orthèses pour te maintenir tout ça.

Il me plaça donc les fameuses orthèses pour me maintenir la main et je pus sourire enfin pour la première fois. Quelle joie de retrouver l'usage de ses mains et de ne plus dépendre de quelqu'un pour les actes quotidiens.

La porte s'ouvrit et Erik entra.

- Alors ?

Alex se tourna vers lui en baissant le regard.

- Tout est nickel. Le bébé évolue bien et rapidement, il faudra quand même veiller à ce que ça ne fasse pas comme avec Hector, il a grandi à la même vitesse et on sait ce que ça a donné.

- Le sang du vampire est arrivé trop tard pour lui, au moins cette fois, notre protégée est nourrie très tôt.

Le Marrok eut un sourire et me détailla du regard. Puis il reprit :

- Je t'ai apporté de la compagnie…

De la compagnie ? J'écarquillai les yeux quand je vis Max rentrer avec une personne parfaitement endormie dans ses bras et que je connaissais très bien, et qui risquait de faire changer les choses plus vite que prévu : Jesse.