Chapitre 23
Dimanche soir arriva trop vite à mon goût. Je n'avais même pas réalisé qu'une semaine s'était écoulée depuis mon retour avec Sookie. Nous nous étions entendus sur le fait qu'elle laisse ses vêtements ici puisqu'elle serait amenée à passer une semaine sur deux chez moi jusqu'au moment où je pourrais me permettre de quitter les rangs de Sophie-Anne. Pour le moment j'étais assis sur notre lit fixant le vide. Sookie s'approcha de moi et posa ses mains sur mon visage pour le caresser avec douceur.
« Je n'aime pas te voir triste Eric, grimaça-t-elle. »
« Je ne vais pas sauter de joie en sachant que je devrais attendre une semaine avant de te revoir, soupirais-je d'un air sombre. »
« Je suis certaine que tu ne verras pas la semaine passer, me rassura Sookie. »
« Je pense au contraire que ça va être la semaine la plus longue de ma vie, répliquais-je. Le temps passe si vite quand je suis avec toi. »
« Je serais de retour dimanche soir, me réconforta ma douce en s'installant sur mes genoux pour m'étreindre. Tu me fais confiance Eric ? »
« Evidemment, répondis-je prestement. »
« Alors tu dois savoir que je tiendrais parole. Je ne vois pas vraiment ce qui pourrait me retenir plus d'une semaine. Et puis je te téléphonerais tous les soirs, promit-elle. »
« Ce ne seras pas pareil, soufflais-je. Je ne pourrais pas te prendre dans mes bras ou te chatouiller ou même respirer ton odeur. Tu ne peux pas jumper pour passer la nuit avec moi ? Même si ce n'est que pour dormir ? »
« Eric !sourit mon aimée. Le chantier se poursuivra jour et nuit jusqu'à ce qu'il soit achevé. Je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil alors je m'en sortirais facilement mais je ne peux pas me permettre de rester dormir ici sinon je vais retarder le chantier et ça va durer encore plus longtemps. »
« Tu me promets de me téléphoner tous les soirs ?insistais-je. »
« Promis, affirma-t-elle en m'embrassant le bout du nez. Je dois filer, je te retrouve dans une semaine Eric. »
Je l'enlaçai fermement tentant de m'imprégner encore de son odeur tant que je le pouvais puis la laissais à regret s'éloigner de moi. Après m'avoir fait un dernier baiser sonore sur la joue elle jumpa. La nuit s'annonçait longue.
Je me rendis au bar pour éviter de ruminer inutilement ma tristesse et réglai les papiers administratifs auxquels je n'avais prêté que peu d'attention cette semaine en raison de la présence de Sookie. Malheureusement la tâche me pris moins de temps que je ne l'avais imaginé et je me retrouvai sans rien à faire dans mon bar vide –en raison du jour– à rêver de Sookie éveillé. Il était troublant de penser qu'elle m'était devenue indispensable en l'espace d'à peine 3 semaines. De pareilles relations mettaient des siècles à se tisser en général. La révélation de Godric n'était certainement pas étrangère à ce phénomène. Cette dernière me remplissait d'ailleurs d'espoir car elle signifiait que Sookie éprouvait les mêmes sentiments que moi. Nos destins sont liés à jamais car nos âmes font parties d'une seule et même entité. La tristesse m'envahit une nouvelle fois en songeant qu'elle m'avait quitté pour la semaine. Il devenait urgent que je me change les idées.
Je choisi de faire un tour en forêt pour me dégourdir un peu les jambes et changer d'air par la même occasion. Je pratiqua une activité hautement humaine : le jogging. Courir dans cette forêt humide et sombre m'aida à faire le vide pendant quelques minutes mais très vite la sensation de manque que j'éprouvai causée par l'absence de Sookie refit surface. Comment étais-je censé survivre une semaine ?
Je rentrai chez moi en marchant, comme à l'aller, et me laissai tomber sur le canapé comme une masse. Je n'avais envie de rien d'autre que de retrouver mon aimée et ça ne faisait que 2 heures qu'elle était partie. J'aperçu le cadeau qu'elle m'avait fait en milieu de semaine et choisi de le regarder une nouvelle fois. Pendant le film je saisi un coussin imprégné de son odeur et le serra fortement contre ma poitrine en respirant avidement sa fragrance. La vie me parut tout d'un coup fade ma solitude me pesait énormément en ce moment.
Jamais je n'avais ressentis un tel besoin de compagnie, mais je ne désirais pas n'importe quelle compagnie, je voulais sa compagnie. Cette pensée ne fit que renforcer mon désir de la faire mienne à jamais et l'idée quelle puisse devenir ma compagne dans l'éternité me charma au plus haut point. En d'autres temps je serais parti à la recherche d'un humain pour combler mes désirs et ma soif mais c'était totalement contraire aux principes que m'avait inculqué Sookie ces dernières semaines. De plus l'idée même de passer la nuit ainsi avec une autre personne que mon aimée me révulsai. Ma douce Sookie m'avais sevré du sang humain pour le remplacer par le sang de synthèse et m'avais parallèlement rendu totalement accro au sien.
Je soupirai lourdement puis me concentrais à nouveau sur le film. Justement c'était la scène finale du mariage et je pensai encore une fois à Sookie en la regardant. Elle ressemblait tellement à la jeune fille Viking : téméraire et combattive. Le mariage était une tradition humaine qui m'avait toujours inspiré le mépris auparavant mais désormais je me mettais sérieusement à l'envisager. Après tout Sookie aimait la vie au contact des humains et elle apprécierait certainement mon attention mais dans un même temps elle paniquait face aux engagements. Je ne doutais pas de sa loyauté mais je savais qu'elle n'aimait pas se sentir piégée. Peut-être que je m'inquiétais pour rien et qu'elle accepterait volontiers car elle se sent en sécurité avec moi. Toutes ces interrogations commençaient à me donner le tournis –façon de parler évidemment puisque c'est impossible pour un vampire– et je me levai pour aller me chercher du sang. Je pris une bouteille sans prendre la peine de la réchauffer car cette variété pouvait se boire aussi bien froide que chaude.
Il me restait encore des heures avant le lever du soleil et je n'avais strictement aucune idée de la façon de les combler. Je me mis à arpenter la maison en passant dans chaque pièce où elle était passée et me remémorai chacun de ses gestes, de ses sourires, de ses rires, nos nombreuses discutions, nos étreintes tendres, … . Je ressentis alors ses émotions à travers notre faible lien. Je ne les percevais pas très clairement mais ça suffisait à me rendre heureux. En ce moment elle était concentrée et je discernais une sensation de manque sous-jacente. Cette pensée me fit sourire car ça laissé entendre que j'avais la même importance pour elle qu'elle avait pour moi. Je passai les heures suivantes à l'étude de ses sentiments par le lien avant d'être finalement happé par le sommeil.
Dés mon réveil le lendemain l'absence de Sookie m'attrista et je m'emparais vivement de mon portable pour l'appeler. Elle décrocha à la seconde sonnerie et sembla aussi heureuse que moi de pouvoir me parler.
« Je te manque tant que ça ?me taquina mon aimée. »
« Tu ne peux même pas imaginer, soufflais-je. »
« Tu me manques aussi, m'avoua Sookie. Attends juste 30 secondes, me demanda ma douce. »
J'entendis le bruit d'une manipulation de son portable puis Sookie repris la conversation.
« C'est bon, m'informa-t-elle. J'ai installé un kit main libre pour ne pas être limitée dans le temps. »
« Très bonne idée, approuvais-je. Où en êtes-vous ? »
« On a coulé la dalle de béton ce matin et on a passé l'après-midi à construire l'armature de la maison qu'on vient juste de finir de fixer. Maintenant il nous reste à poser les planches sur les faces de la maison et après il y aura l'intérieur à faire mais l'étape la plus longue était celle d'aujourd'hui, le reste devrait vite se faire, m'assura-t-elle. Au fait tu as le bonjour de Matthew ! »
« Dis-lui que je lui renvois, répondis-je étonné. Il y a beaucoup de monde sur le chantier ? »
« Une dizaine d'immortels, éluda-t-elle en continuant à travailler. »
« Tous des mâles je présume, soupirais-je. »
« Eric !rit ma douce. Je ne vois même pas pourquoi tu t'inquiètes ! Ils sont tous des amis de longue date qui se sont toujours comportés de façon exemplaire avec moi et même si ce n'était pas le cas Matt serait là pour faire valoir son point de vue d'une façon absolument pas pacifique. »
« C'est agréable de l'entendre, souris-je. »
« Tu es incorrigible, pouffa mon aimée. Dis-moi plutôt ce que tu as fait de ta soirée d'hier. »
« Pas grand-chose. Il est déroutant de voir à quel point je perds mes repères en ton absence, avouais-je. »
« Tu as bien dû t'amuser un peu, insista ma douce. »
« Non, le temps ne m'a jamais parût si long. »
« Comment t'es-tu occupé ? »
« Je suis allé faire un tour au Croquemitaine pour régler quelques papiers puis je suis allé courir en forêt pour me vider la tête mais ça n'a pas vraiment fonctionné. Quand je suis rentré j'ai repérai Astérix et les Vikings sur la table basse du salon alors je me suis installé sur le canapé et l'ai regardé une nouvelle fois. »
« Mon pauvre Eric, soupira Sookie avec tristesse. Crois-moi, si je pouvais je rentrerais mais je me suis engagée et j'ai vraiment envie d'aller jusqu'au bout de mon projet. »
« Je comprends, lui assurais-je. Ca ne me plaît pas pour autant de t'avoir si loin de moi mais si c'est ce que tu veux je l'accepte. »
« Tu me manques, souffla ma douce Sookie avec émotion. »
« Toi aussi. C'est frustrant de ne plus avoir mon ''câlin du matin'', souris-je. »
Les nuits suivantes se déroulèrent ainsi me je commençai à percevoir de la tension et un soupçon infime de peur venant de Sookie. Sa peur m'inquiéta au plus au point, et pour cause, Sookie n'avait peur de rien ou personne quand il s'agissait d'elle mais elle se mettait à paniquer quand on s'en prenait au siens pour l'atteindre. Le samedi soir elle me prévînt qu'elle passerait voir Felipe avant de venir mais le dimanche venu elle n'arriva pas. Je tentais de me montrer patient mais 2 heures avant le coucher du soleil je n'avais toujours aucun signe de Sookie et je décidai donc de téléphoner à Felipe puisque le portable de ma douce ne répondait pas.
« Eric !s'exclama-t-il gaiment. Tu m'appelles pour me dire que tu rejoins enfin nos rangs j'espère ! »
« Non, pas encore Felipe. Je t'appelle parce que le portable de Sookie ne répond pas et qu'elle devrait déjà être ici. Elle m'a dit qu'elle passerait te voir avant de me rejoindre et il est déjà tard, l'informais-je. »
« Ah, oui, elle est passée il y a 4 heures, me dit-il. On a eu une grosse dispute sur un projet mené par Victor Madden et elle est repartie furieuse que je ne la soutienne pas. Ca m'a pas mal étonné de la voir si en colère, elle qui est tellement calme d'habitude. Bref, repris Felipe. Ne te fait pas trop de soucis, elle a dû partir se défouler quelque part, elle devrait être rentrée demain au plus tard.»
« Bien, merci Felipe, finis-je avant de raccrocher. »
Je passai le reste de la soirée assis dans le salon à l'attendre. La soirée de lundi fut occupée de la même façon, je restai toujours sans nouvelles de mon aimée. Je tentai à nouveau sans succès de la contacter sur son portable puis mercredi je me résolus à questionner Felipe au risque de paraître insistant.
« Ah ! Sookie n'est pas avec toi ?s'étonna Felipe semblant tout d'un coup anxieux. Ne te fais pas tant de soucis Eric ! Elle a dû faire une rencontre intéressante et a perdu la notion du temps. »
Je sentais bien dans sa voix qu'il tentait de s'en convaincre lui-même sans y parvenir pourtant tant l'argument paraissait ridicule.
« Tu sais quelque chose, l'accusais-je. Ecoutes Felipe, je ne sais pas ce qui se passe moi mais tout ce que je veux c'est retrouver Sookie. »
« Je n'ai aucune preuve qu'elle encoure un quelconque danger Eric, je ne vais pas me lancer à une chasse au traitre juste parce qu'elle a oubliée qu'elle avait des responsabilités auprès de plusieurs personnes, se justifia Felipe. »
« Si je n'ai pas de ses nouvelles d'ici vendredi je te rappelle, soupirais-je impuissant face à la situation. »
Je raccrochai vivement puis détruisis un meuble pour évacuer ma frustration avant de m'écrouler à terre pris d'une douleur inconnue. Lorsque la douleur fut passée j'examinai ma peau à l'endroit dont provenait la souffrance à la recherche d'une plaie mais n'y trouva rien. La douleur repris dans une autre région de mon corps et la soirée se poursuivit de la sorte. La souffrance se présentait sous différent aspects, parfois c'était une impression de brûlure, par moment c'était la sensation d'avoir une lame enfoncée dans le corps, électrocution,… .Le vendredi j'appelai Felipe pour l'avertir de l'absence de Sookie. Il m'apprit qu'il avait envoyé son frère à sa recherche hier et que d'ailleurs ce dernier n'était toujours pas revenu. Il m'assura néanmoins que Sookie était obligatoirement avec lui puisqu'ils pouvaient se repérer grâce à leur lien de parenté.
La peur de Sookie s'amplifia encore et une culpabilité écrasante s'ajouta à ses sentiments.
Cela faisait maintenant 2 semaines que Sookie aurait dû me rejoindre et ni elle ni Matthew n'avait donné de nouvelles. La peur de Sookie croissait de jour en jour et je commençai à penser que quelque chose de terrible lui été arrivé. Ma colère grandissait face à mon impuissance et je me mis à reprocher à Sookie la souffrance que m'infligeait son absence et je me sentis trahit, elle m'avait promis de revenir pour dimanche et je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis 2 semaines. Pourquoi ne jumpait-elle pas ? Pourquoi personne ne savait où elle était ? Pourquoi m'avait-elle fait ça ???
Mes douleurs n'avaient pas disparues mes je m'efforçai de les ignorer en pensant que l'éloignement de Sookie devait provoquer ce phénomène. Les ennuis s'accumulèrent après la brutale perte de contact avec les autres sheriffs et le palais de la reine. Un des sheriff avait appelé plus tôt pour nous informé qu'il était attaqué. Mais les révélations ne s'arrêtées pas là ! C'était Victor Madden et ses hommes qui menaient l'offensive.
Je me sentis trahit et abusé : Sookie s'était servie de moi, Felipe y avait concédé et Godric…, Godric y avait participé en me berçant avec ses histoires d'âmes-sœur. J'étais tout simplement incapable de réfléchir et ordonna à mes vassaux de se réunir au bar. Grave erreur de tactique…. J'aurais mieux fait de leur laisser la possibilité de partir pou sauver leurs vies.
Les troupes de Madden eurent vite fait de nous encercler, nous ôtant ainsi toute possibilité de fuite. A travers le lien que je partageai avec Sookie je perçu une peur panique, de l'appréhension et la sensation de manquer de temps.
Victor savourait sa victoire et nous appris que les sheriffs étaient tous morts de même que Sophie-Anne. Pendant que j'écoutai Victor je ne m'aperçu pas que Pam avait filé. Victor me posa un ultimatum puis commença le décompte du temps qu'il me restait avant son attaque. Mes vassaux savaient qu'ils allaient mourir mais refusaient de se rendre vivant. Ils combattraient jusqu'à la fin, même si c'était une cause perdue.
A ce moment-là Sookie fit son apparition sur le parking. Le bar n'avait aucune fenêtre et nous devions donc nous référer aux sons pour savoir ce qui se passait.
« Ma très chère Sookie, s'enthousiasma Victor. Je savais que tu changerais d'avis. »
« Je n'ai pas changé d'avis, claqua la voix de Sookie. Un petit combat à l'ancienne ça te dit ?proposa-t-elle d'une voix menaçante en lâchant un objet lourd en métal que je devinais être une arme sur le revêtement du parking. »
« Sookie !la sermonna Victor. Je ne voudrais pas te blesser ma chérie. »
On entendit le déplacement d'un vampire puis l'un des deux fut plaqué violemment contre le mûr extérieur.
« Je ne suis pas ta chérie, siffla Sookie. Sois un homme une fois dans ta vie Victor, le provoqua-t-elle en reculant. Tu ne vas pas me dire que tu as peur d'une femme. »
Victor grogna et se jeta sur elle. Une série de coups violents retentirent puis un des deux combattants tomba à terre.
« Allons Sookie, la réprimanda Matthew avec douceur et amusement. Ne l'amoche pas trop, il faut qu'il soit capable de marcher jusqu'au van. »
« Comment peux-tu être si indulgent avec cette raclure ? Tu devrais souhaiter sa mort au moins autant que moi. »
« C'est vrai mais je préfère respecter nos lois. »
« C'est bien tout ça mais on pourrait peut-être se charger des autres maintenant, proposa un autre vampire avec enthousiasme. »
« Bien sûr, concéda Matthew. Tiens Sookie, tu en auras besoin. Stéphane, Marcus et Vincent, interpella-t-il. Portez donc notre ''ami'' au palais. »
« On part tout de suite, assura l'un d'eux. »
« Quelles sont tes directives Sookie, demanda le vampire de toute à l'heure. »
« Je ne veux aucun survivant, trancha Sookie avec fermeté. »
…
