1

La rentrée.

Harry regardait sa valise sans vraiment la voir, sagement assis sur le quai de la gare de Carbones-les-Mines. Sur le même banc, Dudley frottait le bout de ses baskets sur le bitume, le visage blême et la tête basse.

Pétunia passait tendrement ses doigts parmi les mèches douces et blondes de son fils.

Les deux garçons se rendraient une fois de plus à Londres sans elle. Le travail l'attendait elle n'avait pu prendre que quelques heures au bureau pour les accompagner à la gare.

L'année allait être longue, sans les garçons à la maison...

2

Le voyage fut long.

Le silence et la tension qui émanait de Dudley n'étaient finalement pas plus appréciables que ses colères, ses cris et ses accusations.

Une chance qu'ils ne prennent pas la même ligne de métro à Londres...

Harry n'était pas vindicatif. Il reconnaissait que la situation avait de quoi perturber grandement son cousin et il ne lui en voulait même pas de le choisir pour coupable désigné.

Mais il subissait lui-même depuis tellement de temps toutes sortes de pression... Cela le fatiguait et mettait à mal sa patience face à l'attitude de Dudley.

3

Une fois enfin sorti de la bouche de Métro du quartier de son école, Harry se permis de respirer une goulée d'air frais. En tout cas, plus frais que celui qu'il venait de quitter.

L'école se trouvait à l'autre bout de la rue et déjà il apercevait un rassemblement de voitures garées en double file tandis qu'une nuée d'élèves traînaient valises et sacs sur le trottoir, bavardant et saluant leurs camarades sans se soucier de gêner la circulation des autres passants.

D'ailleurs, lorsque Harry parvint à s'approcher, une étreinte possessive l'envahi.

4

« An' ! Mince ! Mais t'as encore grandi depuis début Août ! Zut. Comment tu fais ? »

« Salut Harry ! T'as vu ça ! Tout bien pour mon entrée en Seconde ! Je suis un Lycéen maintenant ! Et personne ne pourra me traiter de « petit Seconde » avec mon mètre soixante-quinze ! Bon Marita m'a dit que d'ici la fin de mes études j'avais encore des chances de prendre au moins quinze centimètres et franchement, à quoi ça servirait de devenir aussi grand ? Mais là c'est au poil ! Et pis- »

« Tiens, tiens... La Pipelette s'est déjà mise en marche ? T'oublies pas de respirer de temps à autres, hein Shefferd ? J'ai pas envie de commencer l'année par t'envoyer à l'infirmerie pour hyperventilation... »

« Jerem' ! Youpppi !Comment tu vas ?! »

« PAS DE CÂLIN SHEFFERD ! Espèce de pot-de-colle ! »

« Pfff, fais pas ton timide Jerem' ! Si je me rappelle bien t'étais pas aussi prude avec un certain voisin de Harry... Mmm ? »

« Rien à voir. »

5

« Alors ! Ces premières vacances d'été dans votre nouvelle maison ? Comment ça s'est passé dis moi ? »

« Heuuu, il a fait chaud ? C'qui est bien, c'est qu'avec le Fleuve, derrière la maison, c'est plutôt facile de se rafraîchir. Je me suis baigné régulièrement, comme le prof de Sport m'a dit de le faire pendant les vacances. Et puis j'ai jardiné aussi... Pour Pétunia. Elle et l'Oncle vont divorcer... Et j'vois bien qu'elle est bouleversée. Alors j'ai essayé de faire des petits trucs. Pour... ch'ais pas. La distraire ? Après avoir réaménagé le jardinet, on a pu prendre régulièrement le dîner à l'extérieur. Et ça changeait, quoi... Un peu... »

« Et toi Harry, comment te sens-tu vis-à-vis de ce divorce ? »

« C'est bizarre. Parce que je comprends pourquoi ils divorcent. Ils n'ont plus grand chose en commun aujourd'hui, à part Dudley et leurs souvenirs. Mais j'vois combien Pétunia est mal et.. et ça me rend mal moi-même... En quelque sorte... Sa vie a radicalement changé ces dernières années et... Je crois que ça s'enchaîne un peu trop vite pour elle. Le travail l'épuise. J'sais qu'elle a du mal à faire sa place là-bas. Que son patron est constamment sur son dos et que ses collègues sont distants ou indifférents avec d'elle. Je sais qu'elle a pas d'amis, là-bas. Personne pour la soutenir. Pour la comprendre ou même juste l'écouter. L'écouter vraiment, en se sentant concerné par ce qu'elle peut bien avoir à dire. Et puis y a Dudley... Lui, n'accepte pas du tout la situation et... Lui aussi il va très mal. Je le comprends tout à fait et même je pourrais compatir pour lui... Mais... »

« Oui ? Dis-moi. Que se passe-t-il avec Dudley ? C'est très bien que tu sois réceptif à sa situation. Je suis heureuse de le constater, Harry. Mais la situation de Dudley est justement la situation de Dudley. C'est à lui de trouver le moyen de s'en sortir. J'espère vraiment que tu resteras concentré sur ta propre situation, Harry. Tu n'as pas à porter celle des autres... »

« Oui, je sais ça. Et je sais aussi qu'il a tort en disant que c'est de ma faute. Je sais que j'ai pas à me sentir coupable... Mais c'est pas facile d'affronter tout ça. Son mal être, sa colère et ses accusations... C'est lourd à porter. Et... Et c'est loin de ce que j'espérais. Je sais que c'est le divorce qui provoque tout ça... Toutes ses réactions. Mais à Pâques... On avait réussi à cohabiter sans trop de tension... On a même passé du temps ensemble. Je veux dire... Autrement que simplement dans la même maison. Et maintenant... Barf. C'est compliqué, quoi... »

6

« Aha! Cette année, je ne suis pas déléguée ! Ils ont désigné une fille hyper rigide et aux allures de Sainte-nitouche... Mais si les profs savaient tout ce qu'il se passe dans les dortoirs à la nuit tombée ! »

« Oho. Et tu n'en es pas trop choquée Cadogan ? Tes chastes oreilles ne t'ont pas fait défaillir ? »

« Et ben tu vois, non. Tu peux me voir comme une gamine effarouchée mon cher Jerem', j'ai su garder la tête froide ! Rahlala, c'que tu es bête ! »

7

Étrangement, malgré les tensions de l'année passée et les révélations qui avait été faites, Harry avait été heureux de retrouver Remus Lupin.

Le Documentaliste avait accueilli Harry avec toute la chaleur et la douceur qui le caractérisaient. Le garçon s'en était senti réconforté et retrouvait peu à peu la complicité et l'amitié qu'ils avaient commencé à développer lors de leur première rencontre, l'année précédente.

Il avait pratiquement facilement retrouvé sa place dans le petit salon privé de l'homme et s'était surpris à presque ronronner lorsqu'il y dégustait chocolat chaud et gâteaux secs.

8

« Y a toujours quelque chose qui me chiffonne chez lui... Je sais pas quoi, mais il y a quelque chose qui cloche... »

« P'têtre le fait qu'il soit Sorcier, tout simplement ? C'est déjà louche comme info, à la base... »

« Nan. C'est autre chose. Il a encore des secrets à nous cacher j'ai l'impression. Et tu as vu comme il a l'air encore plus vieux et malade ? »

« Ouais. A trente-trois ans... ça fait peine à voir. »

« Ça existe les maladies magique, Cadogan ? »

9

Harry regardait la feuille de papier entre ses mains. Un mélange d'incrédulité, de fierté et de... de...

Il était ridicule. C'était rien pourtant juste un papier qui le rendait apte à exercer des sports plus physique que la simple initiation à la brasse...

Et son Professeur de Sport lui avait annoncé qu'il l'autorisait enfin à participer aux cours d'auto-défense.

An' était ravi et avait entamé une danse assez ridicule sur place, remuant du popotin et agitant ses bras en désordre sous les regards ironique et amusé, respectivement de Jem' et San'.

10

« Vous avez remarqué ?»

« De quoi Cadogan ? Si tu ne nous dis pas de quoi tu parles, y a peu de chance que l'on te réponde honnêtement, sincèrement... »

« Haha, Jerem', très drôle, comme toujours ! »

« Bref. De quoi tu voulais parler San' ? »

« Cette nouvelle pionne, la punk. Elle tournerait pas autour de Monsieur Lupin ? Je l'ai vu lui faire les yeux doux... »

« Quoi ?! Tonks ?! Naon ! Et nous qui attendions avec impatience une avancée entre lui et Mrs Bird ! »

11

Le premier vendredi soir de l'année scolaire, Harry eut une surprise dans son dortoir...

Les garçons qui partageaient sa chambre sortirent de leurs tiroirs où ils rangeaient leurs slips des bouteilles de bière, de whisky et de vodka...

Ses colocataires n'étaient pas de ceux qui lui avaient fait des misères les premières années, ce qui semblait être un point positif : ils n'appartenaient potentiellement pas à la catégorie de population qui avait une dent contre lui.

Mais en se voyant être servi (de force) une bouteille d'alcool, il se demandait soudain s'il avait gagné au change...

12

Harry avait retenu de justesse un ricanement lorsque après un détour aux toilettes, il avait trouvé dans sa chambre la fameuse nouvelle pionne, visiblement de garde, en train d'enguirlander joyeusement les autres garçons en les forçant à nettoyer les preuves de leur culpabilité, tout en leur interdisant avec aplomb de vomir sur la moquette.

Il s'était heureusement abstenu de se moquer du sort de ses camardes (passablement ivres) et parvint, sans vraiment comprendre comment, à ne pas être sollicité pour mettre de l'ordre avec les autres...

Le clin d'œil de Tonks devait-il être un indice ?

13

« Les notes remontent, je dois bien l'admettre... Mais honnêtement, Monsieur Potter, vos résultats sont loin de faire l'admiration de vos professeurs ! J'exige que vous ayez au moins la moyenne d'ici la fin de ce trimestre, jeune homme. Ou bien je me désintéresse définitivement de votre sort. »

« ... »

.

« Dans le fond, s'il t'a dis ça, c'est pour te faire comprendre que quelque part, il en a quelque chose à faire de toi et de tes résultats ! »

« Merci. Très encourageant... Je hais la Physique-Chimie... »

14

Caroline avait pris l'habitude de déjeuner avec Harry. Peu importait si ses amis étaient présents ou non, elle s'installait à sa table.

Le petit groupe s'y était fait. Même si quelques silences gênés et pesant envahissaient parfois la tablée...

Harry appréciait de passer du temps avec cette fille. Un peu décalée (mais qui ne l'était pas dans cet établissement?) et fantasque, il aimait partager ses temps de récréation avec l'orpheline. Ils les passaient généralement à papouiller le chaton (devenu gros matou) du concierge et à s'échanger au compte-gouttes des anecdotes sur leurs enfances désastreuses.

15

Harry remuait doucement ses marshmallows dans sa tasse de chocolat, observant par dessous ses cils Remus Lupin gratter nerveusement le tissu d'ameublement légèrement élimé de son fauteuil.

L'homme était nerveux et Harry sentait qu'il avait de nouvelles révélations à lui faire. Il se rappelait très bien des questions que Jem' se posait à son sujet et Harry n'était pas sûr de vouloir en connaître les réponses. Tout en sachant qu'il préférait de loin être informé de... euh, ce dont il avait besoin d'être informé. Plus de mensonge. Par pitié. Plus de secrets...

Harry se promit que si vraiment, révélations il y avait, il pardonnerait à l'homme de lui avoir caché des choses. S'il les lui révélait de lui-même. Avant que Harry n'apprenne quoi que ce soit de la bouche d'une autre personne. Il était décidé à lui accorder sa confiance.

Il voulait soigner leurs relations.

« Harry, je... H-Huum ! Harry. Je sais que tu as été très en colère contre moi en apprenant la véritable histoire de tes origines, la Magie et tout ça... »

Remus s'était levé et faisait les cents-pas dans le petit salon tout en agitant nerveusement les mains dans tous les sens au fur et à mesure qu'il cherchait ses mots. Harry s'inquiéta un peu que l'homme ne finisse par butter dans la table basse en le voyant passer et repasser devant le meuble...

« Je sais que d'une certaine manière, tu t'es senti trahi en apprenant que je savais tellement de choses sur toi, que je connaissais tes parents, tout ça... Et aussi que je n'avais pas cherché à te contacter dans ton enfance... »

Harry touilla de plus en plus nerveusement ses guimauves tandis que Remus se perdait progressivement dans ses propos. Il bafouilla encore un peu, tortura distraitement un mouchoir qu'il avait sorti de sa manche puis souffla un coup et se lança.

« J'ai décidé d'être tout à fait honnête avec toi. Je sais que les révélations que je t'ai faites n'ont rien eu d'agréable et que... ça fait beaucoup à encaisser. Et que ce que je m'apprête à t'annoncer ne va en rien arranger les choses. Mais j'ai besoin de me confier à toi. Et surtout je veux que tu sois tenu au courant de ce qu'il se passe dans notre monde. Je ne veux plus te laisser dans l'ignorance et prendre le risque de te blesser. Même si pour cela, j'enfreins les consignes que l'on m'a donné pour cette année... »

Ça allait être moche, à tout les coups. Et il lui faudra encore des semaines et des semaines pour encaisser, Harry le pressentait...

« Harry... Si je n'ai pas pris contact avec toi pendant ton enfance... et si j'ai l'air d'un vieillard usé... J'ai... Je... Mince. Harry. Je suis un Loup-Garou. »

16

Harry avait sursauté, renversant un peu de son précieux breuvage tandis qu'il relevait brusquement la tête vers son interlocuteur, les yeux exorbités.

Un Loup-Garou ?! Waw ! La classe !

« Un Loup-Garou ? Vrai ? Waw, La classe ! »

Oui, très original comme réplique, mais il n'avait rien trouvé d'autre à dire... Waw...

Remus lui avait envoyé un regard effaré, complètement pétrifié sur son siège.

« Harry... Ça veut dire que je suis quelqu'un de potentiellement très dangereux... Voir mortel... »

Le ton douloureux de l'homme avait finalement interpellé Harry. Remus allait mal.

17

Remus s'était totalement confié à Harry.

Il lui avait raconté ses parents, son père anti-Loups-Garous, Fenrir Greyback, l'année de ses cinq ans où tout avait basculé, sa morsure... Les transformations, la peur, l'incompréhension du petit garçon qu'il était à l'époque.

Dumbledore et son inscription miraculeuse à Poudlard.

Sa honte et sa peur, vis-à-vis de sa nature. Et à l'idée que qui que ce soit se rende compte de ce qu'il était...

Et ses amis. James Potter, Peter Pettigrow et Sirius Black.

Et l'histoire glaçante de Sirius Black, son crime, puis son évasion...

18

Donc pas si waw que ça... En tout cas, pas comme Harry se l'était imaginé.

Donc Remus Lupin était un Loup-Garou. Jem' avait donc eu raison quelque part, en le surnommant "le loup"...

Et Sirius Black, un ami de ses parents, l'un de ceux qu'il avait vu sur la photo qu'il avait trouvé dans les affaires de sa mère, avait apparemment trahi les Potter, était un Mangemort-espion et s'était fait enfermé à Azkaban, la prison des Sorciers, après avoir tué une douzaine de personne, dont Peter Pettigrow. Et il venait de s'évader.

Okay.

19

Après avoir encaissé le choc de ces nouvelles révélations, Harry se fit la réflexion qu'en fin de compte, il y avait plus mal loti que lui sur cette terre.

S'il avait trouvé super cool que Remus soit un Loup-Garou, le récit de son enfance et du reste de sa vie, l'avait forcé à admettre que les choses n'étaient pas si simple...

Ça brisait quelque peu l'image (complètement fausse et tout droit sortie de son imaginaire) qu'il s'était faite de ces Créatures Magiques. Mais soit. Qu'en savait-il de ces choses, après tout ?

20

Bien entendu, avec l'autorisation de Remus, Harry avait tout raconté à ses amis.

San' avait été horrifiée et terrorisée en apprenant la nouvelle. Il fallut que ses trois amis la consolent et lui fasse remarquer que l'homme s'était toujours montré doux, gentil et prévenant jusqu'ici et qu'il n'avait à priori rien d'une bête sauvage assoiffée de sang.

Sans même s'être concertés, les trois garçons s'étaient mis d'accord pour dire que la Lycanthropie (c'était Remus qui avait appris ce terme à Harry) du Documentaliste n'était pas un problème...

21

Par ailleurs, Jem' jubilait sans se censurer de la nature du documentaliste aux vues de ces révélations, Harry était finalement réellement en danger puisque celui qui avait vendu les parents de Harry à ce fameux Mage-Noir était en liberté.

À tous les coups, ce dingue allait chercher à venger son patron et Harry était très certainement sa cible...

Oui, Jem' jubilait. Un Loup-Garou affecté à la protection rapprochée de Harry... C'était parfait !

Harry avait souri à son raisonnement puis avait demandé à San' de lui dire tout ce qu'elle savait sur les Loups-Garous.

22

La petite bande d'amis se trouvait devant le panneau d'affichage de l'école et lisait le nouvel avis qui y était placardé.

« HALLOWEEN !

Chers élèves,

Cette année encore, une soirée spéciale sera animée le 31 Octobre dans la Salle des Rassemblements. Les costumes y seront autorisés, même encouragés.

Profitez de cette occasion qui vous est offerte pour passer un moment agréable !

L'équipe Pédagogique »

Harry grimaça sans se cacher tout en réprimant un haut-le-cœur... Halloween... Oh ouais. Le jour où ses parents étaient morts... Il avait oublié.

Ça s'oubliait ces choses là ?