13 années plus tard.

-Quinte flush les gars ! Allez-vous rhabillez ! M'exclamais-je.

J'abaisse mes cartes sous leurs regards ahuris, Rosie la serveuse du bar m'applaudit en passant reprendre nos verres de bières vides.

-Tu as triché ! S'écrie Pierron, mon voisin, sa femme va encore le mettre à la porte, elle déteste le poker surtout quand son mari perd.

Rosie revient avec nos verres remplies et me tapote l'épaule, je me tourne vers elle :

-Je suis désolée de t'annoncer ça mon pauvre Walter mais ton gosse sèche encore les cours.

Pour preuve elle pointe du doigt Timéo qui bécote une fille contre un mur. Ce n'est pas vrai, pas encore une fois. Je me lève, laisse un billet pour ma collation et d'un pas plus qu'énervé me rends vers l'énergumène qui me sert de fils.

-Je ne savais pas qu'une sortie scolaire était prévue, grogné-je presque.

Au son de ma voix il se fige et la fille qui il n'y a même pas deux secondes avait sa langue sur le cou de mon fils, écarquille ses yeux de peur.

Timéo se retourne lentement vers moi, avec un sourire contrit, il n'arrive même pas à être désolé.

-Lucie, tu devrais vite courir à l'école si tu ne veux pas que ton père ne te court après avec une scie.

-Oui Monsieur Boones, tout de suite.

Elle s'écarte de nous prudemment, lance un faible « A plus tard Tim » avant de s'enfuir en courant, je me tourne vers mon fils qui la regarde partir avec un léger sourire aux lèvres. Pitié, je n'ai pas besoin d'un ado amoureux sous mon toit.

-Je t'écoute « Tim », demandé-je à mon fils en appuyant bien sur son nouveau surnom horrible.

-Papa, Miss Hopkins a voulus nous faire un contrôle surprise et … et bien ce n'était pas prévu !

Je ferme les yeux deux secondes avant de lui répondre :

-Ça s'appelle « contrôle surprise » pour cette raison, tu sais. Si tu bosserais un peu plus au lieu de traîner, tu aurais été prêt pour ce contrôle. Sécher est une chose, mais en plus entraîner Lucie dans ta chute est très mal. Je vais devoir prévenir son père et tu le sais, c'est un ami, je ne me vois pas lui mentir.

-P'pa, personne ne te demande de lui mentir mais de rien lui dire, elle ne voudra plus jamais me voir.

Ses grands yeux noirs de jais se font implorants, le visage de Maya trotte dans ma tête et évidement, comme d'habitude j'abdique :

-Je ne lui dirais rien mais si j'apprends que tu sèches encore une fois, crois-moi mon garçon tu signes ta …

-Je signe ma mort je sais Walter, bon sang peut-on passer à autre chose ? Tu vas faire une attaque et je vais être obligé de m'occuper du ranch tout seul.

Je ricane faiblement en passant ma main dans sa touffe de cheveux crépus qui encadre son visage fin, il grogne et essaye de s'échapper. Mais je le coince sous mon bras et le décoiffe jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus.

-Tu faisais une partie de Poker avec Pierron et Jenks ? S'enquit-il en se frottant les mains.

-Oh non n'y pense même pas, tu vas profiter du reste de la journée pour laver les écuries côté est.

Sa mâchoire se décroche. Faut bien punir quand un enfant fait quelque chose de mal, non ? Ou un truc comme ça.

-La moitié du côté est ? Tente-t-il de négocier.

-La moitié ? Tu te fous de moi là Timéo.

-Trois quart alors ? Et bien sûr j'ai toujours le droit d'aller à la cérémonie de commémoration.

Comment lui refuser ça ? La seule chose que Timéo sait, c'est que Maya était une rebelle. Il ne sera jamais qu'elle a participé aux Jeux, que j'ai participé aux Jeux, que j'étais Alexander Stark, que l'homme qu'il a devant lui n'est pas son père, juste un imposteur. Pourquoi je ne lui dit pas toute la vérité ? Vous direz qu'il est encore trop jeune est à moitié vraie mais j'ai surtout peur. Peur de n'être qu'un imposteur pour lui, d'être rejeté alors qu'il est toute ma vie. Sortez les violons, je suis devenu une vraie fillette.

-Marché conclu. Dis-je en serrant vigoureusement la main.

-Je rentre avec Alazée, dit-il en se dirigeant tout droit vers ma monture.

-Cours toujours, tu rentres à pied.

-J'aurais essayé. Il soulève ses épaules et part vers le ranch qui est très éloigné du centre-ville, il le faut puisque nous possédons des hectares de terrains. A la sueur de mon front, je suis parti de rien dans le District dix qui était devenu ruines, garçon d'écurie à propriétaire du ranch le plus important du pays.

-Alors Walter, on a peur de se faire dépouiller ? M'appelle Jenks qui commence à devenir trop guilleret par la boisson.

Je reviens vers eux et examine mon nouveau jeu de carte.

-Le petit est parti au ranch ? S'enquit Rosie.

Je hoche la tête pensivement en triant mon jeu.

-Arrête de faire cette tronche Walter, vas le rejoindre, ricane Rosie.

-Elle n'a pas tort et comme ça je garderais plus longtemps mes sous, s'exclame Pierron.

Je me lève et abat ma suite de cœur.

-Le salaud ! Comment tu fais ? S'étonna Jenks.

Je caresse ma monture que j'avais attachée au poteau de la terrasse, chapeau sur la tête je monte en selle avec souplesse.

-Il te mène par le bout du nez, ce gosse tu le sais ? Ricane Jenks

-Moi, je trouve ça trop mignon, glousse Rosie.

Non, je n'ai jamais couché avec elle. Je me sens obligé de vous le dire parce que je vous vois déjà avec vos conclusions attifes. Un petit coup dans les toilettes du bar, ça ne compte pas vous savez.

Comme prévu, je rattrape très vite Timéo, il fait mine de ne pas m'entendre arriver malgré les bruits des sabots. Mais d'un coup, il se met à courir très vite. C'est notre petit jeu favori, je m'élance à grande vitesse et lâche les rennes lorsque je suis à ses côtés, il monte avec difficulté alors je le tire par sa chemise. C'est notre petite dose d'adrénaline. Oui parent irresponsable blablabla, Miss Hopkins m'a déjà fait la leçon et je l'emmerde, ça ne m'étonne pas que Timéo ait voulu sécher son cours, quelle garce.

Arrivé au ranch, Timéo s'en va directement faire ses corvées en emmenant Alazée dans sa box tandis que je vais dans la prairie.

La prairie mon lieu favori, si paisible par ses couleurs printanières, un vrai havre de paix pour venir s'y recueillir.

Au fin fond, sous un saule se trouve quatres pierres tombales : Violette Stark, ma chère mère, Lysie Makov, mon allié le reste de ma vie et Maya Boones, la mère de mon fils et Lana Tupakle celle qui m'a sauvée.

Quatre femmes qui ont bouleversés ma vie, les femmes les plus courageuses qu'il eût existé sur Terre. Mes piliers, mes amours. Une rose blanche symbolisant la pureté et la paix est posée sur chacune des tombes.

-Le gamin m'a doublé à ce que je vois, tant mieux je n'avais que les pâquerettes de la prairie à vous offrir. J'espère que vous me pardonnez.

Je m'assoie à même la terre, le soleil se couche dans mon dos donnant au cadre des airs idylliques. Comme souvent, je commence par raconter ma journée et celle de Timéo.

-Lucie, le fils de Nick, le fromager, vous vous en rendez compte ? Il va la retrouver ce soir à la commémoration j'en suis sûr. Dîtes-moi pas que je vais devoir lui parler de l'histoire des bébés qui naissent dans des choux et les graines et ces foutus cigognes à la con. Pitié, on ne pourrait pas sauter cette étape-là ? Ce n'est pas à une fille de lui dire ? Je verrais avec Miss Hopkins si ils vont en parler en classe, ça serait mieux je pense.

Des oiseaux me survolent, j'espère qu'ils ne vont pas aller manger les pommes du verger de Frankie, il en pleurait pendant une longue semaine.

-Vous me manquez, soufflé-je.

-J'espère que là où vous êtes-vous vous marrez bien toutes les trois en me voyant me démerder avec Timéo.

-Vous me manquez, répété-je.

Des larmes me brouillent la vue. Fillette, oui oui je sais.

-Il faut que j'y aille, le petit m'attend. Je prendrais soin de lui Maya ne t'inquiète pas. Au revoir maman, Lysie,Lana.

Je quitte la prairie en lorgnant le soleil, le même qui nous surplombe depuis toujours me semble nouveau. Il fait partie d'une nouvelle ère.

Timéo coiffe un poulain avec un large sourire à l'entrée de l'écurie.

Nous faisons partie d'une nouvelle ère, un renouveau, des hommes et des femmes se sont battus pour que nous jouissons du bonheur, ils sont tombés pour que nous vivons, ils sont eux aussi dans notre renaissance, dans nos mémoires à tout jamais.


Serais-ce la fin de la fin de la toute fin ? Je vous avoue que même moi j'hésite, aie aie.

Je suis impatiente de savoir si cette fin vous a plu ainsi que toute la trame de cette fiction, des personnages, de tout en fait.

Je remercie tous les lecteurs qui m'ont encouragés et m'ont prodigués des conseils sans même sans rendre compte.

Je remercie aussi ceux qui ont pris le temps de la lire même s'ils ne m'ont pas donner leurs avis.

J'espère sincèrement que vous avez aimé Alexander Stark (Devrais-je plutôt l'appeler Walter Boones maintenant), son univers, tous les personnages.

Il est peut-être possible de le retrouver dans la fiction que j'ai commencé à écrire : 73 HG : L'oeil du tigre. Je vous invite à la lire si vous avez aimé les 72ème HG et 71ème HG.

Merci encore,

FleurEncre